Speaker #0Bonjour et bienvenue pour ce nouvel épisode de Mon avocat, ma famille et moi, le podcast qui parle famille, enfants, séparation et surtout émotion. Aujourd'hui, j'aimerais aborder avec vous un sujet difficile, un sujet dont on parle peu et pourtant je le rencontre très souvent, au cabinet, en médiation, en coordination parentale. et dans les accompagnements coparentaux. Pourquoi certaines séparations semblent ne jamais se terminer ? Pourquoi certains parents restent bloqués pendant des années, parfois des décennies, dans un conflit permanent ? Alors même qu'il existe un jugement, une organisation, parfois même une nouvelle vie, un nouveau conjoint. Et malgré tout, le conflit continue d'occuper toute la place. Ce que je voudrais vous expliquer aujourd'hui, c'est que dans certaines situations, le problème n'est plus seulement juridique. Il y a autre chose qui se joue. Et tant qu'on ne comprend pas cela, on a tendance à multiplier les procédures, les messages, les réactions, les tentatives de contrôle, en pensant que ça va enfin régler la situation. Alors qu'en réalité, ça entretient parfois le conflit. Au départ, le conflit est normal. Quand une séparation se produit, il est normal qu'il y ait de la colère, de la tristesse, de l'incompréhension, du ressentiment. Une séparation, ce n'est pas seulement une rupture juridique, c'est un bouleversement émotionnel. Il y a un changement de vie, parfois un sentiment d'échec, des pertes, des peurs, la peur de perdre son enfant, la peur d'être remplacé, la peur de ne plus avoir sa place. Donc au départ... Le conflit peut être une réaction normale. Le problème, ce n'est pas qu'il existe un conflit au moment de la séparation. Le problème, c'est quand le conflit devient le mode de fonctionnement durable de la relation. Attention au moment où le conflit change de nature. Dans certaines situations, il se passe quelque chose de très particulier. Le conflit ne sert plus seulement à régler un désaccord, il devient une manière de rester relié à l'autre. Une manière de garder le contrôle. Parfois même, une manière de continuer la relation autrement. Et là, le conflit change complètement de nature. Ce n'est plus « on n'est pas d'accord » , c'est « je n'arrive plus à sortir de cette dynamique avec l'autre part » . Et à ce moment-là, chaque décision devient un sujet. Chaque échange devient tendu. Chaque détail devient symbolique. On ne se dispute plus seulement sur les vacances, les horaires ou l'organisation. On se dispute sur ce que chaque comportement signifie émotionnellement. Ce que je vois très concrètement. Au cabinet, ça prend souvent des formes très concrètes. Par exemple, un retard de 15 minutes devient « tu ne me respectes pas » . Une demande de changement de week-end devient « tu veux m'imposer ta vie » . Une nouvelle relation… Tu remplaces notre famille. Et progressivement, tout devient chargé émotionnellement. Certains parents me disent « je pense à ça toute la journée » . D'autres « je relis les messages en boucle » . Ou encore « je ne supporte plus qu'il ou qu'elle décide quoi que ce soit » . Et là, on voit bien que le conflit dépasse largement le sujet de départ. Le piège auquel il faut faire attention, c'est croire que le problème est toujours l'autre. Dans ces situations, chacun pense souvent que si l'autre changeait, tout irait mieux. Et parfois, il existe effectivement des comportements problématiques, des attitudes rigides, des provocations, des manipulations. Mais ce que je constate souvent, c'est que le conflit finit par devenir autonome. Même lorsqu'un problème est réglé, un autre apparaît immédiatement. Alors pourquoi ? Parce que le conflit ne sert plus seulement à résoudre quelque chose. Il devient un besoin de contrôle, un besoin de reconnaissance et parfois une impossibilité à accepter la séparation elle-même. Qu'est-ce qui se joue souvent en dessous de ce conflit ? Derrière ces situations, il y a souvent des blessures très profondes, un sentiment d'abandon, de l'humiliation, de la colère, une perte de confiance et surtout un besoin d'être reconnu. Et parfois... La séparation est vécue comme une perte insupportable de contrôle ou de valeur personnelle. Alors, le conflit devient une manière de garder le lien, garder une place, continuer à exister dans la relation à l'autre, même lorsque cette relation fait souffrir tout le monde. Mais alors les enfants dans tout ça ? Parce que dans ces situations, les enfants sont souvent au cœur du système conflictuel. Pas forcément volontairement, mais parce qu'ils deviennent le sujet principal des échanges, le point de contact permanent, notamment lors du passage de bras. Parfois, le support du conflit. Et ce que l'enfant ressent alors, c'est de la tension constante, de l'hypervigilance, de l'instabilité émotionnelle, l'in... possibilité pour lui d'apaiser la situation. Certains enfants développent même une forme d'adaptation au conflit. Ils surveillent, ils anticipent, ils évitent certains sujets et ils essayent de protéger leurs parents. Et cela peut devenir extrêmement lourd pour eux. Mais alors pourquoi le juge ne suffit pas toujours ? C'est aussi pour ça que certains conflits continuent malgré les décisions de justice. Parce que le problème n'est plus seulement le planning, la pension ou l'organisation. Le problème est devenu relationnel et émotionnel. Et un jugement ne peut pas réparer ça. Il peut poser un cadre, et parfois ce cadre est indispensable. Mais il ne suffit pas toujours à sortir les parents de cette dynamique. D'autant plus qu'il faut souvent 12 à 15 mois pour obtenir une audience. Notamment dans certaines juridictions comme Nantes. Et donc pendant ce temps, Les tensions continuent, les habitudes s'installent, les réactions deviennent automatiques. Et parfois, le conflit s'aggrave avant même que le juge intervienne. Mais alors, à quel moment il faut se faire aider ? Beaucoup de parents attendent trop longtemps. Ils pensent que ça va finir par se calmer. Ou quand le juge aura décidé, ça ira mieux. Mais il y a des signes qui doivent alerter. Quand toute communication devient conflictuelle. Quand vous pensez au conflit, toute la journée, quand votre organisation entière tourne autour de l'autre parent, quand vous commencez à réagir impulsivement, quand les enfants commencent à être impactés ou quand vous avez l'impression de ne plus réussir à prendre de recul. Parce qu'à ce moment-là, on n'est plus dans un simple désaccord parental. Qu'est-ce que l'on peut concrètement améliorer ? Et je pense qu'il est important d'être honnête parce que l'objectif n'est pas toujours de supprimer totalement le conflit. ou de redevenir de bons amis. Dans certaines séparations, ce n'est pas réaliste. Mais on peut souvent remettre du cadre, diminuer les tensions, arrêter l'escalade, clarifier les règles, protéger l'enfant du conflit, éviter que chaque échange devienne une guerre et retrouver de la stabilité. Et parfois, ça change déjà énormément le quotidien des parents et des enfants. Attention, tous les outils ne répondent pas aux mêmes besoins. Et c'est aussi là que mon rôle est important. Parce que selon les situations, on ne va pas utiliser les mêmes outils. On peut avoir recours à la médiation familiale, quand les parents peuvent encore se parler, réfléchir ensemble et chercher des solutions. L'objectif, c'est de reconstruire du dialogue et de trouver des accords concrets. La médiation fonctionne particulièrement bien quand le conflit n'est pas encore totalement cristallisé et que les deux parents... sont capables d'entendre qu'ils auront chacun une part d'adaptation à faire. La coordination parentale. On est sur un conflit très enquisté. Quand chaque décision devient compliquée, les parents n'arrivent plus à appliquer le cadre, l'enfant commence à être pris dans le conflit et les procédures se multiplient sans améliorer la situation. Là, l'objectif n'est plus forcément de bien communiquer, mais de stabiliser le fonctionnement parental. et de limiter les zones de conflit pour protéger l'enfant. On travaille alors les règles de fonctionnement, les outils de communication, les prises de décisions et la réduction des escalades. Et puis nous avons le coaching coparental. Le coaching coparental est encore très méconnu. Et pourtant, dans certaines situations, il change profondément les choses. Parce qu'il n'agit pas seulement pour parler du conflit ou exprimer ses émotions. L'objectif est beaucoup plus concret. On travaille notamment le positionnement parental, les réactions automatiques, les limites, la manière de communiquer, la gestion émotionnelle, la compréhension des mécanismes du conflit et les stratégies relationnelles qui aggravent involontairement la situation. Très souvent, les parents me disent « Je ne sais plus quoi laisser passer. Je ne sais plus comment répondre. J'ai peur d'aggraver les choses. » Je réagis trop vite. Je suis épuisée. Et dans ces situations, le coaching permet de retrouver de la clarté et du contrôle sur sa propre posture. Parce que dans les conflits parentaux chroniques, on ne contrôle pas l'autre parent. Mais on peut comprendre ce qui se joue, modifier certaines dynamiques, éviter certaines escalades et retrouver une manière plus stable de se positionner. Et parfois, ça suffit à modifier profondément l'équilibre relationnel. Et puis il y a le cadre judiciaire. Parce que parfois, malgré tout, le juge reste indispensable. Parce qu'il faut protéger, recadrer, fixer des limites ou stopper une situation devenue trop grave. Mais même dans ces situations, la procédure seule ne suffit pas toujours à apaiser la dynamique. Alors, quelle est la question à se poser ? Il y a une question simple qui peut aider. Est-ce que ce conflit prend une place disproportionnée dans ma vie ? Si vous y pensez constamment que tout devient conflictuel, vous n'arrivez plus à prendre de la distance, votre organisation entière tourne autour du conflit, alors il faut probablement agir autrement. En conclusion, certaines séparations deviennent obsessionnelles, pas parce que les parents aiment le conflit, mais parce qu'à un moment, le conflit devient une manière de rester attaché à l'autre, même lorsque cette relation fait souffrir tout le monde. Et dans ces situations, Le véritable enjeu n'est plus de gagner, c'est de sortir de cette dynamique. Je vous remercie d'avoir écouté cet épisode. Et si vous avez l'impression d'être dans une situation où le conflit prend toute la place, vous savez que ce n'est pas simple d'en sortir seul. Je vous dis à très bientôt pour un nouvel épisode de mon...