Speaker #0Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Mon avocat, ma famille et moi, le podcast qui parle famille, enfants, séparation et surtout émotion. Aujourd'hui, j'aimerais vous dire quelque chose qui surprend souvent. La meilleure audience, c'est souvent celle qu'on a réussi à éviter. Et c'est contre-intuitif, parce que je suis avocate. et qu'on pourrait penser que mon rôle, c'est de vous préparer à aller vous battre devant un juge. Mais dans beaucoup de dossiers, la réalité est différente. La vraie victoire, ce n'est pas de gagner une audience, c'est de ne pas en avoir besoin. Et comprendre ça, ça change complètement la manière d'aborder une séparation. Il y a d'abord le moment où tout bascule. Je vais vous décrire une situation que je vois tous les jours. Au départ, il y a la séparation. Elle est plus ou moins difficile. Et pendant un temps, les choses tiennent plus ou moins. Puis progressivement, les échanges se tendent, les messages deviennent plus secs, les désaccords se multiplient. Et ça commence souvent par des choses simples. Un week-end déplacé, des vacances mal organisées, une décision prise seule, un retard qui se répète. Et un jour, vous vous dites, ça ne peut plus continuer comme ça. Et très vite, il faut que j'aille voir un juge. Ce moment-là est important, parce que c'est un moment de bascule. Vous êtes fatigué. Vous avez l'impression de ne plus être entendu. Vous voulez que ça s'arrête. Et le juge apparaît comme une solution. Le piège, c'est de penser que le juge va régler le problème. Oui, le juge va poser un cadre. Mais il ne va pas rétablir la communication, réparer la relation, ni empêcher les tensions. Et surtout, il va décider à votre place. Parfois de manière adaptée, parfois de manière imparfaite. Mais dans tous les cas, vous perdez la maîtrise. Et c'est là que beaucoup de parents me disent après, si j'avais su. Ce que les parents ne voient pas, c'est qu'avant le juge, il y a d'autres options. Mais elles sont peu connues. Et surtout, elles demandent d'agir plus tôt. Alors, quel est le vrai rôle de l'avocat ? On pense souvent que l'avocat est là pour attaquer, répondre aux arguments adverses, et bien sûr plaider. Mais en réalité, une grande partie de notre travail, c'est autre chose. C'est d'éviter que le dossier arrive devant un juge dans de mauvaises conditions. Très concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que les avocats se parlent, ils échangent, ils négocient. Et ça, les parents ne le voient pas. Régulièrement, on organise des rendez-vous à quatre, les deux parents et leurs avocats. Et ce moment-là est très particulier, parce que chacun peut s'exprimer, les positions sont clarifiées et le cadre est sécurisé. Et surtout, on va sortir du face-à-face conflictuel. Très souvent, c'est là que quelque chose change. Pas forcément un accord immédiat, mais une compréhension, un début d'apaisement, une structure qui apparaît. Et parfois, en une ou deux réunions, on débloque une situation qui était figée depuis des mois. Alors quels sont les outils concrets ? Parce que derrière ce travail, il y a des outils. Il y a d'abord l'accord écrit. On pose les règles, les modalités, les engagements. Et déjà, beaucoup de conflits disparaissent parce que ce qui est écrit n'est plus source de conflits. Ensuite, il y a l'homologation. Vous vous mettez d'accord et le juge valide. Et vous obtenez la sécurité juridique car l'accord homologué a la même valeur qu'un jugement. Sans perdre la maîtrise, c'est vous qui décidez. La médiation. Quand la communication est trop difficile, un tiers intervient. Et il va vous aider à... co-construire une solution. Et puis, il y a aussi la stratégie. Le vrai rôle de l'avocat, c'est de choisir le bon outil au bon moment. Parfois la médiation, parfois la négociation, un rendez-vous à quatre, des accords, ou le juge quand c'est nécessaire. Je voudrais partager avec vous un cas concret. Deux parents, chaque été le même conflit. Officiellement, le conflit, ce sont les vacances. En réalité, il n'y a... aucune règle qui a été prévue pour les changements. Par exemple, l'un des parents dit « j'ai un mariage, je voudrais échanger » . Non, ce n'était pas prévu. Et ça explose. On va travailler ensemble, on va poser un cadre fixe, une règle pour les ajustements et un mode de validation. Et là, le conflit disparaît. Pas parce que les parents s'entendent mieux, mais parce que le cadre fonctionne. Il y a aussi un moment où il est trop tard. Le juge devient nécessaire quand le dialogue est rompu, quand les règles ne sont plus respectées et que le conflit est installé. Mais ce que je vois souvent, c'est que les parents attendent trop longtemps. Et ils arrivent épuisés, en colère et dans un rapport de force. Alors qu'on aurait pu agir avant. Parce que le vrai risque, c'est d'attendre. C'est de laisser la situation s'installer, de penser que ça va se régler tout seul. Parce que quand on fait ça, à un moment, le conflit devient structurel. Et là, le juge devient nécessaire. Alors comment savoir si c'est encore possible ? Posez-vous trois questions. Est-ce qu'on peut encore échanger ? Même mal, même par écrit. Est-ce que le problème est précis ou est-ce que tout est conflictuel ? Et la dernière question, c'est est-ce que je suis prêt à bouger ? Parce qu'un accord implique des ajustements. Si oui, alors il y a une marge de manœuvre avant d'avoir recouru. En conclusion, la meilleure audience, c'est souvent celle qu'on a réussi à éviter. Pas parce qu'on a renoncé. mais parce qu'on a anticipé, structuré et qu'on a été accompagné. Parce que ce qui protège un enfant, ce n'est pas une décision imposée, c'est un cadre qui fonctionne dans le temps. Je vous remercie d'avoir écouté cet épisode. Et si vous sentez que la situation se dégrade, ne restez pas seul face à ça. Le bon moment pour agir, c'est souvent avant que tout se bloque. Je vous dis à très bientôt pour un nouvel épisode de Mon avocat, ma famille et moi.