Speaker #0Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Mon avocat, ma famille et moi, le podcast qui parle famille, enfants, séparation et surtout émotion. Aujourd'hui, j'aimerais vous parler d'un sujet que je rencontre très souvent au cabinet, en médiation et dans mes accompagnements coparentaux. C'est cette idée qu'après une séparation, les parents devraient réussir à tout faire parfaitement ensemble. Se parler calmement, décider à deux, s'adapter en permanence et offrir à leur enfant une coparentalité idéale. Sur le papier, c'est séduisant. Mais dans la réalité, c'est souvent là que commence la fatigue, la confusion, la culpabilité, mais pas aussi le conflit. Aujourd'hui, j'aimerais vous proposer quelque chose de différent. Sortir de cet idéal pour revenir à ce qui protège réellement l'enfant. Je vais d'abord vous parler du mythe qui fait douter les parents. On parle beaucoup aujourd'hui de coparentalité apaisée, de communication fluide, de coopération. Et sur le principe, c'est une bonne chose. Mais dans la réalité, ce modèle devient parfois une vraie pression. J'entends souvent des parents me dire « je ne comprends pas » . On lit partout que ça doit bien se passer, pourquoi nous on n'y arrive pas ? Et derrière cette question, il y a souvent de la culpabilité, de la honte. et un sentiment d'échec. Comme si ne pas réussir à être de bons coparents signifiait être de mauvais parents. Or, c'est faux. Parce que ces modèles oublient une chose essentielle. Toutes les séparations ne partent pas du même point. Certaines séparations sont récentes et d'autres plus anciennes. Certaines ont toujours été apaisées, d'autres sont très conflictuelles. Et on ne peut pas demander la même chose à... toutes les situations. Alors, quels sont les pièges concrets que je rencontre ? Le premier, c'est de vouloir s'entendre à tout prix. Beaucoup de parents pensent qu'il faut arriver à se parler, il faut qu'on arrive à décider ensemble. Mais dans la réalité, les émotions sont encore là, les tensions aussi, et parfois la communication n'a jamais fonctionné, même quand vous étiez en couple. Et à force de vouloir bien faire, on se met en difficulté. Une coparentalité saine ne nécessite pas d'être en bon terme, elle nécessite un cadre. Le deuxième piège, c'est l'égalité qui rassure mais qui ne protège pas toujours. Beaucoup de parents se raccrochent à une semaine sur deux, du 50-50, une égalité stricte. Parce que c'est rassurant. Mais ce que je vois souvent, ce sont des enfants fatigués, des rythmes instables et des organisations qui ne tiennent pas. Parce que ce n'est pas l'égalité qui protège l'enfant, c'est la stabilité. Troisième piège, le « il choisira » . C'est une phrase très fréquente. « Il ira » , on parle de l'enfant bien sûr. « Il ira quand il voudra. Je ne vais pas le forcer. » L'intention est protectrice, mais en réalité, on fait porter à un enfant une décision qui n'est pas la sienne. Et cela crée de la culpabilité, de l'angoisse et un conflit intérieur. Un enfant n'a pas de culpabilité. pas à choisir entre ses parents. Et puis le dernier piège, c'est l'épuisement des parents à vouloir bien faire. Parce que beaucoup de parents s'épuisent à se remettre tout le temps en question, à essayer de faire mieux, à éviter le conflit. Alors qu'en réalité, ils gèrent une situation difficile avec les moyens qu'ils ont. Il y a un basculement important. À un moment, il faut accepter une chose, la coparentalité. idéale n'existe pas. Ce qui existe, c'est une coparentalité qui fonctionne ou une coparentalité qui ne fonctionne pas. Et la vraie question n'est pas est-ce qu'on fait bien, mais est-ce que ce fonctionnement protège vraiment notre enfant ? Une coparentalité réaliste, c'est aussi accepter que tout ne soit pas fluide, c'est poser des règles et parfois limiter les échanges. ou se dire que pour échanger, il faut passer par l'écrit. C'est pas un échec, c'est un ajustement. Et c'est souvent à ce moment-là que les parents viennent me voir, parce qu'ils réalisent que vouloir trop bien faire les a mis en difficulté. Mais alors dans ces situations, que, qu'est-ce que l'enfant vit réellement ? L'enfant, il ne va pas regarder si le planning est parfait, si tout est égal exactement, si les parents s'entendent. Par contre, il va ressentir et il va voir le niveau de conflit. le niveau de tension, les non-dits, les pressions, et surtout s'il doit s'adapter ou s'il est protégé. Une coparentalité qui fonctionne, elle n'est pas parfaite. C'est une coparentalité dans laquelle l'enfant reste à sa place d'enfant. Mais alors concrètement, comment on se positionne ? Parce qu'à ce stade, une question revient souvent. D'accord, mais qu'est-ce qu'on fait ? Et la réponse dépend du niveau de tension. Quand la communication est encore possible, vous pouvez envisager d'avoir recours à une médiation pour recréer du dialogue, pour trouver des accords, pour apaiser. Quand la communication est plus tendue entre vous, vous pouvez vous orienter vers le coaching coparental. Le coaching coparental, qui est un accompagnement plus long, va pouvoir vous aider à vous repositionner, à éviter l'escalade du conflit et à mieux comprendre ce qui se joue. entre vous. Et puis une dernière situation, c'est quand le conflit est installé. Vous êtes en conflit depuis plusieurs années, vous avez déjà plusieurs décisions de justice qui ont été rendues et pourtant la situation ne s'améliore pas. Dans ce cas-là, vous pouvez avoir recours ou demander au juge de vous enjoindre à une coordination parentale. La coordination parentale, c'est un accompagnement qui est beaucoup plus long, qui est sur une durée... en moyenne de 12 à 18 mois, et qui va permettre de remettre du cadre, de structurer les décisions que vous devez prendre ensemble, d'appliquer les décisions de justice et d'éviter les blocages. La coordination parentale, elle est vraiment centrée sur les besoins de l'enfant et construire une coparentalité efficace pour que l'enfant soit protégé. Et puis le dernier cas, c'est quand le cadre ne tient plus. Dans ces cas-là, il est nécessaire de saisir le juge aux affaires familiales. Quand les décisions ne sont pas respectées, quand le déséquilibre s'installe et quand le conflit devient permanent. Parce que sans cadre, le conflit flippe en toute la place. Et c'est souvent à ce moment-là que les parents viennent me voir. Pas au début, mais quand la situation s'est installée. En conclusion, j'aimerais que vous reteniez que la coparentalité idéale n'existe pas. Mais par contre, une coparentalité viable, stable et protectrice de vos enfants, oui. Et elle ne repose pas sur une entente parfaite. Elle repose sur un cadre adapté à votre réalité. Et parfois, cela veut dire d'accepter les limites, de poser des règles ou de se faire accompagner. Parce que protéger un enfant, ce n'est pas faire... parfaitement, c'est savoir se positionner au bon moment. Je vous remercie d'avoir écouté cet épisode et si vous vous reconnaissez dans ces situations, vous savez que ce n'est pas toujours simple d'y voir clair seul et qu'il existe des solutions adaptées à chaque situation. Je vous dis à très bientôt dans un prochain épisode de mon avocat, ma famille et moi.