Speaker #0Bonjour et bienvenue dans Mon avocat, ma famille et moi, le podcast qui parle famille, enfants, séparation et surtout émotions. Aujourd'hui je souhaite aborder avec vous un sujet particulièrement sensible dans les séparations parentales, la parole de l'enfant. C'est un sujet délicat parce qu'il touche à la fois la protection de l'enfant, à la place des parents et au fonctionnement de la justice. J'entends très souvent des phrases comme Il décidera quand il voudra. À partir de 12 ans, il peut choisir. Je ne vais pas le forcer. Ces phrases partent la plupart du temps d'une intention profondément protectrice, mais elles reposent sur des idées inexactes. L'objectif aujourd'hui est de remettre du cadre, sans nier la parole de l'enfant, mais en lui redonnant sa juste place. Alors tout d'abord, non, l'enfant ne décide pas. Il existe une idée très répandue. À partir de 11 ou 12 ans, L'enfant peut décider chez qui il veut vivre. Cette idée est fausse. En droit, il n'existe aucun âge à partir duquel un enfant décide seul. L'enfant peut être entendu, sa parole peut être prise en compte, mais la décision appartient au juge. Et cela pour une raison essentielle. Protéger l'enfant d'une responsabilité trop lourde. Parce que décider entre ses parents, c'est choisir, risquer de blesser. et porter sur tout les conséquences de ce choix. Et aucun enfant ne devrait avoir à porter cela. Mais alors qu'est-ce que fait réellement le juge ? Le juge ne se demande pas ce que veut l'enfant. Il va se poser la question de savoir qu'est-ce qui est dans l'intérêt de l'enfant. Et pour cela, il va prendre en compte la situation familiale, les capacités parentales de chacun des parents, la stabilité de l'enfant et la dynamique globale. La parole de l'enfant est un élément important, mais elle n'est jamais le seul. Et dans certains cas, le juge peut ne pas suivre ce que l'enfant exprime. Je voudrais maintenant vous éclairer sur le rôle de l'avocat d'enfant. Lorsque j'interviens en qualité d'avocat d'enfant, je prends toujours le temps d'expliquer une chose essentielle. Je dis toujours à l'enfant, tu peux dire ce que tu ressens, mais ce n'est pas toi qui décideras. Et très souvent, cette phrase est un soulagement. Parce que beaucoup d'enfants pensent qu'ils doivent choisir, qu'ils vont être responsables de la décision ou qu'ils risquent de faire du mal à un de leurs parents. Or, ce n'est pas leur rôle. Leur rôle est de s'exprimer, le rôle des adultes est de décider. Un focus particulier, attention aux situations de violence. Il est essentiel ici d'introduire une distinction importante. Dans certaines situations, le refus d'un enfant peut être lié à une peur réelle. un sentiment d'insécurité ou une situation de violence. Dans ces cas-là, on change complètement de cadre. La priorité devient la protection de l'enfant. Cela peut justifier des mesures urgentes, des adaptations, voire une suspension des droits. Mais ces situations doivent être analysées avec prudence. Elles doivent être objectivées et encadrées, parce qu'il est indispensable de différencier le conflit parental des violences intrafamiliales. Le risque ? c'est de faire porter la décision à l'enfant. Certaines phrases, même bien intentionnées, peuvent avoir des effets importants. S'il ne veut pas y aller, il n'y va pas. Sur le moment, ça peut sembler protecteur. Mais ça peut placer l'enfant dans une position très difficile, parce qu'il devient celui qui décide, qui tranche et qui assume. Et cette position peut générer de la culpabilité, de l'angoisse et un conflit intérieur. Vous avez la possibilité de faire entendre votre enfant. Oui, l'enfant peut être entendu par le juge, mais il est essentiel de comprendre ce que cela implique réellement. L'audition est un droit, mais ce n'est pas une obligation. Et surtout, ce que dit l'enfant ne reste pas toujours confidentiel. Dans la majorité des cas, ces propos sont retranscrits dans un procès verbal. Ce document est versé au dossier et il est communiqué aux avocats des parents. Ce qui signifie concrètement que ce que dit l'enfant peut être lu, analysé et discuté par les adultes. Et ça peut être très lourd pour lui. C'est pourquoi il est essentiel de ne pas le pousser à parler, de ne pas en faire un témoignage et surtout de respecter son choix. Il est également important de rappeler que l'enfant peut être assisté par un avocat. Dans la plupart des cas, les barreaux organisent des désignations d'avocats d'enfants. Et cette intervention est le plus souvent prise en charge par l'aide juridictionnelle. Mais il faut bien comprendre que l'avocat d'enfant est l'avocat de l'enfant et uniquement de l'enfant. Il ne représente ni le père ni la mère. Son rôle est de s'assurer que l'enfant dispose du discernement nécessaire et souhaite être entendu. Il va lui expliquer la procédure, il va préparer l'enfant à son audition et l'accompagner bien sûr s'il est entendu. Et surtout, les échanges entre l'enfant et son avocat sont confidentiels. L'enfant, excusez-moi, l'avocat ne transmet pas ce que l'enfant lui confie, ni aux parents, ni aux juges. Ça permet à l'enfant de s'exprimer librement, sans pression. Alors, je vous parlais du discernement. Le discernement, c'est une condition essentielle. En effet, l'audition de l'enfant est encadrée. Pour être entendu, l'enfant doit disposer d'un discernement suffisant. Mais alors, c'est quoi le discernement ? Ça signifie qu'il doit être capable de comprendre la situation, d'exprimer un ressenti et d'en mesurer les enjeux. Il n'existe pas d'âge fixe pour l'âge du discernement. En pratique, le discernement est rarement retenu avant 7 ans. Cette appréciation se fait au cas par cas. Et si le discernement n'est pas présent, l'enfant ne sera pas entendu. Là encore, c'est une mesure de protection. Je voudrais vous parler de ce que les parents ne perçoivent pas toujours. Dans les situations conflictuelles, la parole de l'enfant peut progressivement devenir centrale. Un enfant parle, un parent s'appuie dessus. L'autre conteste et peu à peu, la parole de l'enfant devient un enjeu dans le conflit, alors qu'elle devrait rester un élément de compréhension. Alors, comment se positionner concrètement face à une parole difficile ? Tout d'abord, il faut accueillir cette parole sans la minimiser. Et puis, il faut chercher à comprendre sans interpréter trop vite ce qui est difficile. Il faut maintenir sa place de parole. La décision ne repose pas sur l'enfant. Et surtout, ne pas le placer au centre du conflit, même indirectement. Enfin, il faut être attentif aux signaux d'alerte et agir si nécessaire. Alors, quand se faire accompagner ? Une question revient souvent chez les parents. Comment ça te va si je dois me faire accompagner ? Il y a plusieurs situations où c'est important. Quand la parole de l'enfant devient centrale. Quand tout tourne autour de ce qu'il dit, quand il devient l'argument dans le conflit, il est essentiel de remettre du cadre. Deuxième situation, quand vous n'arrivez plus à vous positionner. Est-ce qu'il faut forcer l'enfant ? Est-ce qu'il faut laisser faire ? Est-ce qu'il faut négocier ? Le risque est de basculer dans une réponse inadaptée. Troisième situation, quand la situation vous échappe. Vous avez des refus répétés de l'enfant, vous avez des tensions fortes, des désaccords permanents. Il peut être nécessaire d'être accompagné, de poser un cadre ou de saisir le juge. Et c'est souvent à ce moment-là que les parents viennent me voir, quand ils sentent que la situation leur échappe. Conclusion. La parole de l'enfant est essentielle. Elle doit être entendue et respectée. Mais elle a une place précise. Elle éclaire la décision. Mais elle ne prend pas la décision. Et protéger l'enfant, c'est aussi lui permettre de rester à sa place. Une place où il peut s'exprimer sans porter le poids des décisions des adultes. Je vous remercie d'avoir écouté cet épisode. Si ce podcast vous aide à mieux comprendre certaines situations familiales, vous pouvez vous abonner pour être sûr de ne pas manquer les prochains épisodes. Je vous dis à très bientôt dans mon avocat, ma famille et moi.