Speaker #0Bonjour les pétillants, ici on pose le dentier, mais jamais la curiosité. Des histoires, des réflexions, un peu d'humour noir et beaucoup de lumière. Vous écoutez mon dentier sur la commode. Je suis ravie de vous retrouver pour un nouvel épisode qui s'intitule « Dire oui à la vie » . En cette période hivernale, j'ai appris, durant trois jours consécutifs, le décès de personnes que je connaissais. L'une d'entre elles venait tout juste de prendre sa retraite. Elle se gargarisait de la joie qu'elle allait avoir, celle de savourer le temps, de ne faire enfin que ce qui l'intéressait. Mais malheureusement, trois jours plus tard, elle décédait d'un arrêt cardiaque. Je me plais à espérer que cette pensée joyeuse occupait encore son esprit lorsqu'elle a fermé les yeux. J'en discutais avec d'autres connaissances et nous commencions à échanger sur le sujet de cette faucheuse qui arrive de façon inattendue quand je me rendis compte qu'un phénomène particulier commençait à se mettre en route. Mais je suis certaine que vous l'avez déjà vécu, vous aussi. Vous savez, c'est celui des répétitions et de l'exagération. Je ne sais pas pourquoi, quand on parle de maladie mortelle et qu'on évoque les tourments d'une personne qui s'est bataillée durant des années avant de décéder, quelqu'un d'autre va subitement réenchérir sur une autre mort plus catastrophique que la première, et ainsi de suite. Et ce groupe de paroles va très vite se transformer en un club. Le club des peureux de la vie, qui prennent conscience de leur fragilité et qui, subitement, se mettent à douter de tout ce qui les entoure. Mais ne d'entour pas vaincre cette peur irrationnelle. Ma grand-mère me disait « la peur n'évite pas le danger » et elle avait raison. La mort fait partie de la vie. Ne mourions-nous pas à nous-mêmes à chaque instant pour revivre plus grandis de nos expériences de vie ? Même si un dicton chinois dit « l'expérience est un peigne pour les choses » , nous devons nous-mêmes en tenir compte afin de pouvoir avancer en toute tranquillité. Car il y a bien deux choses que nous ne savons pas et que nous ne saurons jamais, c'est le jour et l'heure de notre naissance et le jour et l'heure de la mort. Alors à quoi bon ? vivre dans la tourmente de notre fin de vie. Mais il faut dire, c'est vrai que dès que l'on commence à avoir la soixantaine, les publicistes révisent les algorithmes sur nos réseaux sociaux. Et sans avoir rien demandé, nous nous retrouvons avec des propositions sur notre grand départ, qui n'est pas le grand départ au Clemède, mais bel et bien le grand sommeil, celui dont on ne revient jamais. Ainsi, moi-même, je me suis laissée berner, figurez-vous. Les insureurs qui pariaient sur ma mort, car cela était devenu plus rentable que de miser sur un cheval du PMU, m'ont tellement harcelée que j'ai craqué. Effectivement, me disaient-ils, pourquoi laisser des tracas à vos enfants quand vous ne serez plus là ? Préparez votre grand départ, prenez votre assurance d'essai. Et je les ai écoutés, et j'ai opté pour l'assurance. Fin de vie, grand luxe ! J'ai coché toutes les options ! Ainsi me suis-je dit, je serai tranquille et aussi. Je vais tout préparer et après je les inviterai à un repas familial et je leur expliquerai le contenu de mon grand départ. Mais comme je suis comme Saint Thomas et que je ne crois que ce que je vois, je voulais me rendre compte de mon vivant bien sûr. des bienfaits dictés par ces vendeurs de sommeil profond. Ainsi, j'ai commencé à tester le matériel. Je suis allée à l'agence et j'ai choisi mon cercueil. J'ai choisi, attention, le modèle capitonné en velours qui semblait plus douillet et confortable. J'ai même pu le garder une semaine à la maison pour dormir à l'intérieur afin de bien ressentir le bienfait de cet achat coûteux. Goûteux, certes, mais très apprécié par ma carcasse. Du reste, à vrai dire, durant ces quelques jours, j'ai fait des rêves fantastiques. C'est vous dire comme il serait bon pour mon repos éternel ce cercueil. Puis en fait... de faire une immersion totale, je suis allée au funérarium. J'ai même assisté à une crémation d'un individu pour voir l'ambiance. C'est là que j'ai réalisé que l'option musique intégrée était vitale. Sans ça, on entend trop le crépitement des braises. Avec un peu de jazz, on grille dans une sérénité absolue. Pour clôturer le tout, j'ai opté pour l'option Grand écran. À l'intérieur du couvercle, pendant que mon cercueil flambera, je verrai un diaporama de toutes les photos de famille qui défileront. Non, non, ne me croyez pas, je ne suis pas folle. Je sais que je serai morte, mais personne ne sait à quel moment la pensée s'envole à tout jamais. Je pourrai ainsi cramer avec de bons souvenirs et le cœur rempli de joie avant de partir complètement carbonisé. et ça C'est un vrai luxe. Et pour l'ambiance sonore, j'ai choisi mon entrée en scène, ou plutôt, excusez-moi, ma sortie. J'ai programmé Allumer le feu de Johnny Hallyday, quitte à finir en cendre, autant que ce soit rock'n'roll. Cette expérience m'a fait un bien fou. J'ai commencé subitement à relativiser. La mort devenait une amie avec laquelle je commençais à sympathiser. Bien sûr, chères lectrices et chers lecteurs, ce récit humour noir de la mort est irréaliste, quoique j'ai bien pris une assurance d'essai et j'ai bien préparé mon enterrement afin que mes enfants n'aient aucun ennui une fois que je ne serai plus là. Mais j'y pense, il risque d'en avoir un tout de même, parce que j'aurais demandé de jeter les cendres de ma dépouille dans la mer au large de Brest. J'espère pour eux qu'ils n'auront pas le mal de mer. Mais si j'ai fait un pas de côté pour parler de la préparation au décès de cette façon, c'est afin de vous amener à vous réviser votre point de vue sur la question de la faucheuse. Effectivement, à ce cristallisant sur la mort, sur ce qui peut nous arriver si on ne fait pas attention ou on met les pieds à cette excursion à laquelle on renonce. De peur d'attraper froid, au renoncement de ce beau voyage dans un pays inconnu car les hôpitaux sont inexistants. On se laisse complètement mener par une peur intestine qui nous empêche de vivre pleinement. Alors que faire, chères lectrices et chers lecteurs, pour vivre pleinement sans avoir peur ? Je pense que la meilleure solution est d'accepter son existence. Eh oui, la mort fait partie de la vie et personne ne peut vivre éternellement. Accepter son existence, cela signifie la prendre en considération, savoir qu'elle est là, qu'elle peut venir à tout moment, mais qu'elle cohabite avec la vie et qu'il faut que toutes les deux fassent bon ménage. Pour cela, une seule façon de le faire, il faut dire oui à la vie, oui à la vie avec ce que l'on est. Notre propre histoire, notre propre passé, continuer à avancer et surtout continuer à être curieux, à vouloir découvrir, apprendre, comprendre. Oui à la vie, continuer à s'émouvoir, à ne pas savoir, à pouvoir se tromper, à changer d'opinion et à regarder le monde avec des yeux d'anciens enfants. Oui à la vie, en oubliant les guerres, les... querelles qui ne mènent qu'à des ressentiments qui nous obligent à se recroqueviller sur nous-mêmes. Oui à la vie, avec l'ouverture à l'inattendu, la prise de risque qui va avec ce lâcher-prise pour lequel nous avons tellement dépensé d'énergie inutile. Oui à la vie, avec le partage de ses peines et de ses joies, de ses moments d'ennui et d'exaltation. Oui à la vie, en prenant soin de nous et des autres et en prenant le temps de contempler sans rien faire. Oui à la vie, oui à la vie. Alors, même si en ces temps très durs, les guerres à nos frontières, le manque de travail, l'augmentation du coût de la vie, l'insécurité qui se déploie dans les moindres quartiers et qui arrive dans nos campagnes, Le sentiment d'isolement et d'inutilité, l'amorosité du quotidien nous envahissent. Se dire et se répéter, oui ! À la vie, oui à la vie, car chaque jour nous apporte une joie nouvelle, et nous participons, même si nous semble ne pas faire grand-chose, au maillage du temps qui n'existerait pas sans notre présence. Alors chère lectrice, cher lecteur, même si le nombre des années s'accumule sur votre corps qui ne fait que prendre de l'âge, sachez que, si vous n'existez pas, il faudrait vous inventer. On ne meurt pas parce qu'on vieillit, on vieillit parce qu'on arrête de vivre. Et moi, à chaque mot que j'écris, je me réjouis de savoir que des yeux pétillants continueront à diffuser la joie autour d'eux. Avant de vous quitter, je vous laisse avec ces quelques pensées de philosophes. Sénèque Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas. pas qu'elles sont difficiles. Et Frédéric Nietzsche, il faut porter en soi un chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. C'était mon dernier sur la commode, le podcast des retraités pétillants. Les rides racontent l'histoire, mais l'élan écrit la suite. Prenez soin de votre flamme intérieure. Elle est claire bien plus loin que vous ne l'imaginez. N'oubliez jamais, on peut vieillir sans jamais s'éteindre. Nous nous retrouverons une fois par mois sur le net et sur les différentes plateformes YouTube, Spotify, Deezer, Apple Podcast. Vous pouvez aussi me joindre sur Facebook ou sur mon email Le dentier se repose, mais l'élan reste vivant. Je vous embrasse tendrement et surtout, continuez à faire du bruit !