Speaker #0Musique Mon dentier sur la commode Le podcast des retraités pétillants par Monique Chers auditeurs, chères auditrices, Bienvenue à mon dentier sur la commode que j'ai posé sur une commode aujourd'hui où se trouve un petit accordéon et un violon. Vous l'aurez peut-être deviné, et oui, Je me suis rendue dans l'Allier pour faire un stage de danse collective au Grand Bal de l'Europe. Mais aujourd'hui, chères auditrices, chers auditeurs, si vous entendez ma voix qui vacille un peu, c'est que j'ai un problème de souffle. Donc je vais quand même faire mon podcast parce que je n'ai pas du tout envie de vous abandonner et que je me dois d'être avec vous ce mois-ci. Pourquoi ? Car je l'avais inscrit dans mon petit carnet des choses à réaliser avant mon grand départ. Danser, comme quand j'avais 20 ans et que j'animais avec ma bande de copains des Bals folk. C'était l'époque des pantalons à pas d'éléphant, de la fumée du shit, des parties de cartes au bar avec un bon verre de vin rouge, des soirées endiablées où nous refaisions le monde et où on se lançait des défis. Danser, personnellement, me procure un sentiment particulier. Une fois par semaine, je fais de la Zumba et au son de la musique latino, je me déplace dans l'espace. Je gesticule sans jamais avoir aucun lien avec les autres personnes qui dansent autour de moi. Mais là, c'est autre chose. C'est de la danse collective, avec des personnes que je ne connais pas. qui viennent de toute la France, même de l'Europe, dont la diversité est étonnante. Cultures différentes, âges allant de 10 ans à 88 ans, expériences variées dans le domaine, aucune connaissance de leur statut professionnel, et malgré tout cela, tout le monde danse avec tout le monde, sans se poser de questions. Je me vois être invitée par un monsieur plus âgé que moi à participer avec lui à une danse méconnue de mon répertoire. Et malgré mon désir de danser, je lui signifie l'ignorance dans laquelle mon corps se trouve par rapport à sa demande. Mais avec un grand sourire, il me répond en me tendant sa main. « Pas de souci, en la faisant, tu l'apprendras, tu verras, c'est facile. » Et sans hésitation, Je rentre en communication avec lui à travers des pas méconnus qui deviennent de plus en plus habituels. Et là, la magie s'opère. Danser, se mouvoir dans l'espace tout en prenant en compte le temps de la musique, ce qui se cante de des rythmes différents. Et sans m'en rendre compte, j'apprends à me déplacer au bon moment, dans la bonne direction, avec la bonne distance. et le bon degré d'énergie. C'est comme apprendre à faire du vélo, cela ne s'oublie pas. Et c'est ce que je réalise à travers cette danse apprise aux débeautés par ce vieux monsieur rempli de gentillesse et de tolérance. Cette appartenance à un groupe multidifférencié uni par une seule chose, la danse, me renvoie des signaux émotionnels fantastiques. Effectivement, dans cet espace particulier, les modes de fonctionnement des humains changent complètement. Danser apparaît alors comme un moyen d'éveiller la conscience de soi et de soi par rapport aux autres. La danse ouvre la relation. Nul besoin de situer son partenaire par rapport à un statut social, par rapport à son pile d'origine, par rapport à son âge. Un dialogue muet et réciproque s'installe entre les danseurs et une disponibilité réciproque, un accordage où chacun puisse sentir un peu de la réalité du corps et des émotions de l'autre, sans s'y perdre, s'installe doucement, permettant un véritable dialogue qui s'établit entre nos deux individus. Mais sans attendre, Me voilà reparti pour faire un cercle circassien où par deux nous allons devoir avancer, reculer, tourbillonner pour changer de partenaire et ainsi connaître toutes les personnes qui sont autour de ce cercle. Après s'être déplacés tous ensemble, s'être poursuivis, avoir joué, se retrouver sur nos pieds tous ensemble pour marquer le pas avant de repartir, à la fin de la musique, nous nous applaudissons en souriant. Et là, on voit bien nos dents, et comme les ravis dans la crèche de Noël, Nous savourons ce moment de communion qui nous unit à tout jamais dans cette danse collective. Des liens se fixent et cette expérience engageante consolide mon appartenance à ce groupe de danseurs. Mais danser avec un partenaire, même pour quelques instants, demande une écoute et une adaptation réciproques. L'autre est-il plus grand ou plus petit ? Plus vif ou plus nonchalant ? Plus crispée ou plus détendue ? Est-il en capacité de comprendre ma proposition, de la recevoir, d'y réagir ? À travers ce jeu de connexion, c'est un véritable dialogue qui s'étendit entre deux individus. Une dynamique sans cesse renouvelée dans les mixeurs, cette catégorie de danse où on change régulièrement de partenaire. Et c'est là Merci. que la notion de consentement arrive. Durant le stage, l'enseignant danseur nous a bien briefé sur le fait de prendre en compte la personne avec laquelle on devait partager une danse. Effectivement, très vite, l'homme pour une valse peut se positionner d'une façon pour prendre la main de sa partenaire et mettre l'autre main sur sa taille. La femme, elle, doit manifester son désir d'être touché et dirigé d'une certaine façon en donnant au pas l'autorisation à son partenaire de faire ce qui lui plaît. Mais cette notion d'homme et de femme change énormément en danse collective, car au vu du nombre plus important de femmes que d'hommes pour danser, souvent les femmes prennent le rôle des hommes, et inversement, ce consentement mutuel renvoie à l'estime de soi, car pour pouvoir signifier ce dont j'ai besoin, il faut que je prenne en compte mes particularités, et surtout que j'ose les dire, les dénoncer et les affirmer, sans avoir peur de la réaction de l'autre. Vraiment, en m'inscrivant à ce stage de danse collective, je ne m'attendais pas du tout à vivre tout cela, et surtout à réaliser Merci. Combien le fait d'appartenir à une activité commune pouvait lisser, atténuer tous les comportements d'exclusion ou de valorisation pour enfoncer l'autre ? Aucun isme n'existe ici, aucun agisme, aucun racisme, aucun sexisme, aucun fascisme. Le fait de danser permet de tisser du lien social. et renforce l'appartenance à un groupe. Et tous ces échanges qui semblent tellement naturels me donnent à penser qu'ils pourraient être bénéfiques pour les personnes souffrant d'isolement ou de troubles dépressifs. Cette communication non-verbale, qui permet d'exprimer des émotions parfois difficiles à verbaliser, peut permettre effectivement d'aller au-delà de certaines peurs et ou de certaines préoccupations. Moi qui étais venue toute seule à ce stage qui comprenait 100 personnes, à aucun moment je me suis sentie abandonnée, ignorée. Il y avait toujours quelqu'un qui me parlait et m'offrait un verre ou une danse. Car il faut vous dire qu'en dehors d'avoir le plaisir de danser, tout le monde devait s'inscrire aux tâches de la vie quotidienne. Ainsi, Je me suis retrouvée tous les jours avant le repas à passer l'aspirateur dans les salles de danse pendant que d'autres servaient le repas ou faisaient la vaisselle. La particularité d'échanger des actions collectives pour le bien commun renforçait les alliances qui avaient pu débuter par les échanges de pas dans l'espace. Vraiment, ce stage m'a permis tout d'abord de mettre une croix en inscrivant réalisé dans mon petit carnet de choses à faire avant mon grand départ, mais surtout m'a permis de vivre des choses auxquelles je n'avais jamais pensé avant de venir m'y inscrire. En quelques jours, j'avais pris un peu plus de confiance en moi. Finalement, j'apprenais très vite les pas et une certaine créativité se dégageait de mes déplacements dans l'espace. En plus, j'arrivais à m'en rappeler. Moi qui me disais que j'avais la maladie d'Alzheimer car j'oubliais des choses, je suis vite revenue sur mon point de vue. De plus, même si je suis assez sociable et je... que je rentre facilement en communication avec les autres. Le travail sur le consentement m'a permis également d'être plus ferme avec moi-même et envers les autres. M'octroyer le droit de dire non et de montrer ce dont j'avais besoin et d'être attentive à l'autre m'a fait voir les liens sociaux sous un autre angle. La danse est devenue un excellent outil pour renforcer ma résilience. Tout cela a été d'une grande évidence quand j'ai regardé danser une personne âgée qui avait du mal à se mouvoir dans la vie de tous les jours. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, quand elle était sur la piste, ses pas devenaient fluides. C'est comme si le fait de danser lui permettait d'évacuer les émotions négatives. Son comportement était très inspirant car il démontrait qu'en fait, tout pouvait changer, évoluer. selon les lieux, et surtout la place que l'autre lui donne pour vivre pleinement, sans critique, en l'excitant telle qu'elle est. Alors, chères auditrices, chers éditeurs, vous voyez, tout est possible, et je vous invite vraiment à aller faire de la danse collective. Vous pourrez vous aussi réaliser les bienfaits que cela représente. Frédéric Nietzsche écrit « La liberté » c'est de savoir danser avec ses chaînes. Il faut avoir une musique en soi pour faire danser le monde. Voilà, j'espère que cette petite dose de pétillant vous a donné l'énergie pour la semaine. On se retrouve très vite pour une nouvelle chronique pleine d'histoires vraies et d'autodérisions. Vous pouvez me les faire parvenir à mon adresse mail Je m'en servirai pour les publier de façon anonyme, car cette chronique, c'est la vôtre. Vous pourrez me retrouver sur Youtube, etc. En attendant, prenez soin de vous et surtout, continuez à faire du bruit !