- Speaker #0
Donc c'est ta femme qu'on attend là ? Oui, c'est ça. Elle devrait pas tarder.
- Speaker #1
Je vais prendre une petite bière en l'attendant, s'il te plaît.
- Speaker #0
Tiens, la voilà.
- Speaker #2
Je vais être Héloïde. Enchantée.
- Speaker #1
Enchantée, mais on se tutoie, ce sera plus simple.
- Speaker #2
Oui, c'est vrai. Alors c'est toi qui raconte tout un tas d'histoires qui ont fait que mon mari dormait.
- Speaker #0
N'importe quoi.
- Speaker #1
Je raconte des histoires, oui, mais c'est parce qu'il les demande.
- Speaker #0
Y'a vraiment pas de quoi avoir peur en plus. Bon c'est bon, j'ai jamais dit que j'avais peur.
- Speaker #2
La dernière en date sur les sorcières du Pays Basque.
- Speaker #1
Il me semble que t'es prof d'histoire en plus, c'est ça ?
- Speaker #2
Oui, c'est ça. L'Inquisition, le Moyen-Âge, etc., c'est une étape qui m'a toujours intéressée. Les gens pensent toujours à l'obscurantisme dû à la religion, mais on a fait pas mal de découvertes à l'époque, comme l'horloge mécanique, ou la vente, ou encore la boussole.
- Speaker #1
Oui, c'est cette dernière qui a permis de découvrir l'Amérique en plus.
- Speaker #2
Effectivement. En parlant d'Amérique, il paraît que tu connais toute l'histoire de Salem.
- Speaker #1
Ouais, mais je comptais pas en parler maintenant. Je garde ça pour plus tard.
- Speaker #2
Ouais, je vois. Il y a bien un autre sujet qui m'intrigue, mais je sais pas si ça te dit quelque chose.
- Speaker #1
Dis-moi toujours.
- Speaker #0
Si on vous dérange, dites-le.
- Speaker #2
Bah là, tu nous déranges un peu, mon chéri. Dans la série dont je t'ai parlé, il y a un personnage récurrent, Marie Lavo. Elle serait une sorte de prétresse du Vaudou, et il paraît qu'elle a vraiment existé. C'est vrai ?
- Speaker #1
Oui, tout comme Delphine Lalaurie dans la même saison. Mais ce qui est fascinant avec Marie Laveau, c'est que personne ne sait vraiment où s'arrête la femme et où commence le mythe.
- Speaker #2
Tu veux dire qu'elle a vraiment pratiqué le vaudou ?
- Speaker #1
Oui, c'est ce que je veux dire. Sous le ciel lourd de la Nouvelle-Orléans, les tambours résonnent encore. On raconte qu'à la tombée de la nuit, au bord du Bayou, une femme aux yeux de feu menait la danse des esprits. Son nom, Marie Laveau. Reine du vaudou, prêtresse, guérisseuse. Mystère vivant. Mais qui était-elle vraiment ? Une femme de foi ? Une manipulatrice ? Une légende née de la peur ? Pour la comprendre, il faut d'abord découvrir la ville qui l'a vu naître, la Nouvelle-Orléans du XIXe siècle. Une ville bouillante de vie, de musique et de contradictions, où le sacré et le profane dansent main dans la main. La ville dans laquelle Marie Laveau a grandi et exerçait son influence était l'une des plus singulières des Etats-Unis. Aucune autre ville américaine ne ressemblait, même de loin, à la Nouvelle-Orléans de cette époque. En 1800, elle était un véritable carrefour de culture. Esclaves africains, coulons français, réfugiés haïtiens, les traditions s'y mêlaient et les langues s'y croisaient.
- Speaker #0
Pourquoi ça s'appelle la Nouvelle Orléans ? C'est français ?
- Speaker #1
En faisant mes recherches, je suis tombée sur pas mal d'histoires en plus de celles de Marie Laveau. Le côté sombre de cette ville remonte à ses débuts, bien avant la prêtresse du vaudou. Sous le ciel lourd de la Louisiane coloniale, bien avant les tambours de Congo Square, un autre bruit hantait les rives du Mississippi. Le fracas des armes les ordres français aboyés et des cris étouffés dans les marais. Dans cette première moitié du XVIIIe siècle, la Nouvelle-Orléans n'est encore qu'une ville jeune, fragile, tout juste sortie de terre. Des baraques de bois s'alignent près du fleuve, les rues sont boueuses et l'air lourd du delta semble peser sur les épaules des colons, qui subissent de plein fouet la famine et les inondations. Quand le militaire français Étienne de Perrier, homme du roi, arrive en 1726 pour gouverner la Nouvelle-Orléans, Il est persuadé que l'ordre se maintient par la terreur. Il arrive avec des plans grandioses, assécher les marécages, bâtir des fortifications, contrôler les nations amérindiennes et faire de cette colonie une colonie pure. Dans l'esprit du gouverneur, il y a tout à faire. Et il n'y a pas de place pour la nuance. Il veut une colonie forte, disciplinée, soumise.
- Speaker #3
Et pour cela, il est prêt à tout. C'est quoi le rapport avec Marie-Gabelle ?
- Speaker #2
Si elle nous raconte tout ça, c'est bien pour quelque chose. Ça doit être pour planter le décor et nous expliquer un peu que ça doit ressembler au endroit où elle a vécu.
- Speaker #0
S'il y a eu des malheurs, ça explique les superstitions après. C'est un peu comme dans les maisons hantées où il s'y est toujours passé quelque chose avant qu'on y voit des fantômes.
- Speaker #1
À peine installé, Perrier écrit à Paris, à la Compagnie des Indes. Il se plaint, la colonie manque de femmes. Ou plutôt, de femmes mariables. Des femmes de bonne vie, comme on dit alors. Parce que la Louisiane, vue depuis Versailles, doit devenir une société stable, française, chrétienne. Et Perrier en est persuadé, on ne bâtit pas une société avec seulement des soldats, des trappeurs et des aventuriers. Il demande donc qu'on envoie un nouveau groupe de jeunes femmes, choisis dans les médias. des maisons de charité, des orphelinats et parfois des couvents. A leur arrivée, elles portent chacune une petite malle offerte par le roi, une cassette qui contient quelques vêtements, du linge et parfois un missel. Ces filles de la cassette doivent être accueillies par les Ursulines, fraîchement arrivées elles aussi, puis confiées à des maris soigneusement sélectionnés. Pour Perrier, c'est simple, plus il y aura de femmes honnêtes, plus l'ordre social pourra s'enraciner.
- Speaker #3
Des ursulines ?
- Speaker #2
En gros, ce sont des bonnes sœurs qui se chargent de l'éducation des jeunes filles.
- Speaker #1
C'est ça. Mais Perrier n'a pas seulement l'intention de peupler la colonie grâce à ses femmes. Il veut aussi la purifier. Car dans les rues du petit port, il voit autre chose. Des femmes vivant seules, travaillant dans les tavernes, ou simplement jugées trop libres pour convenir au modèle moral qu'il veut imposer. Il parle alors de vice, de désordre, et décide d'agir avec une fermeté implacable. Sous son gouvernement, les procès se succèdent à une vitesse fulgurante. Des femmes accusées d'être de mauvaise vie sont arrêtées, jugées, punies. Certaines sont fouettées. D'autres renvoyées vers la France ou dispersées dans des postes isolés de la colonie. Et les Ursulines, témoins directs de la sévérité du gouverneur, s'indignent parfois de la brutalité des sanctions. On raconte qu'en trois ou quatre jours, une affaire pouvait être jugée, condamnée et exécutée. Même la grossesse devient affaire d'état. Une femme enceinte hors mariage doit se déclarer. Ne pas le faire peut mener à des punitions terribles, voire même à la peine de mort.
- Speaker #0
C'était en quelle année déjà ça ?
- Speaker #2
Première moitié du 18ème siècle.
- Speaker #0
Ça me faisait penser au traitement des soi-disant sorcières des autres épisodes. Deux siècles après, les femmes étaient encore traitées de cette manière. C'est dingue ce que vous avez pris dans la gueule.
- Speaker #2
Parce que tu crois que c'est fini ?
- Speaker #1
T'es mignon. Les plans de Perrier fonctionnent, mais très vite, ses rêves se heurtent à la réalité. Maladies, ouragans, famines et tensions croissantes entre colons et tribus locales surgissent. Parmi ces dernières, les Natchez, fiers, organisés, installés depuis longtemps près du fort de Rosalie. À force d'humiliation, de confiscations de terres et d'ordres arrogants, Perrier brise un équilibre déjà fragile et la révolte finit par éclater en 1729. Les natchez attaquent le fort, tuent les colons, rument tous ce qui symbolise l'autorité française. C'est un coup de tonnerre dans une colonie qui se croyait maître de ses terres. Et pour Perrier, c'est une humiliation personnelle, un affront qu'il veut laver non pas par la justice, mais par l'exemple. Commence alors l'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale. Perrier ne cherche pas seulement à vaincre les natchez, il veut les effacer. Il mène une campagne de représailles féroce. Sans distinction, s'en prenant à ceux qui ont participé à la révolte comme à ceux qui n'y étaient pour rien. Des villages entiers sont incendiés. Les captifs sont torturés publiquement pour inspirer la peur. Les femmes et des enfants sont enchaînés, envoyés vers des ports où ils seraient vendus comme esclaves, arrachés à leur terre et à leur dieu. Et dans une décision qui choquera même ses supérieurs en France, Perrier promet la liberté à des esclaves africains s'ils acceptent de traquer, tuer, ou capturer des tribus voisines. Ainsi, il provoque un conflit nouveau, artificiel, où des hommes réduits en servitude se retrouvent utilisés comme armes contre d'autres peuples opprimés. Un jeu de domination cruelle, où chaque vie devient un pion politique.
- Speaker #2
Voilà, j'avoue, c'est violent. J'ai rarement vu ça, même en étant proche d'histoire.
- Speaker #1
Même dans les salons de Versailles, l'écho de ces violences remonte. Le ministre du roi lui-même... lui reproche des actions contraires à l'humanité. Mais Perrier persiste. Pour lui, la peur est un outil, et la Louisiane doit rester française, quel qu'en soit le prix. Finalement rappelé en France en 1733, Étienne de Perrier quitte la colonie en laissant derrière lui une terre encore plus instable, déchirée, marquée par des massacres dont la mémoire flotte toujours dans les baillons. Sa gouvernance n'est pas celle de la construction, mais celle de la répression. Et longtemps après son départ, les nations amérindiennes affaiblies, dispersées, porteront les cicatrices de sa violence.
- Speaker #0
Oui, donc ça laisse un héritage assez glauque pour en venir ensuite aux histoires de vaudous, etc.
- Speaker #3
Peut-être hors sujet, mais c'est quoi un Bayou ?
- Speaker #2
C'est une sorte de gros marécage qui s'étend dans le long du Mississippi. T'as jamais vu des animaux en arrêtant un cas ? La vilaine tente de la petite fille qui doit baider vit dans le Bayou avec ses deux crocodiles.
- Speaker #1
Bon exemple qui nous rappelle qu'on est plutôt jeunes. Mais oui, ça plante le décor, puisque malgré toute l'horreur, la Nouvelle Orléans, elle, survivra. Elle se réinventera, se métissera, deviendra un creuset culturel unique. Mais dans son histoire, entre les ouragans et les tambours, il reste une ombre lourde, un nom que les récits murmurent encore. Celui d'Étienne de Perrier, le gouverneur dont les décisions ont teinté le sol de sang avant que la ville ne devienne le berceau des légendes, dont celle bien plus lumineuse de Marie Laveau. Sous le soleil écrasant de la Nouvelle-Orléans du XIXe siècle, une silhouette avance sur les pavés du Vieux Carré. Une femme vêtue de blanc, turban impeccablement nouée, regard calme mais insondable. À son passage, les conversations se suspendent un instinct. Certains murmurent une prière, d'autres détournent les yeux, comme si porter leur regard sur elle trop longtemps pouvait troubler leur destin. Son nom, Marie Laveau. Elle naît en 1801 de Marguerite Henry. une mer noire affranchie, et de Charles Laveau, un politicien blanc d'origine française qui deviendra le cinquième maire de la Nouvelle-Orléans. Elle vient au monde dans une ville encore marquée par les cicatrices du colonialisme français et espagnol, mais déjà vibrante d'une culture unique façonnée par les esclaves venus d'Afrique, les créoles, les catholiques pieux, les superstitions populaires et les secrets murmurés dans les arrières-cours. Marie est une enfant libre, ce qui en Louisiane n'est pas un détail, mais une exception. Créole, métisse, catholique, fille d'une société où l'esclavage côtoie la liberté, elle grandit entourée de pratiques spirituelles. Là-bas, la religion catholique et les rituels vaudous se mêlent dans une symphonie de danseurs et d'incantations. Son entourage inclut des figures pratiquant la médecine naturelle et la divination, ce qui lui permet d'acquérir de précieuses connaissances en herboristerie et en soins holistiques.
- Speaker #0
Elle était déjà spéciale étant petite alors. Issue d'un métissage libre, élevé d'entre la religion, la superstition, ça donne l'idée d'une ambiance mystique dans laquelle la Nouvelle Orléans était plongée.
- Speaker #1
C'est l'esprit, mais c'est quand même pas tout à fait ça, puisqu'en 1815, en raison de la crainte des propriétaires d'esclaves face au culte, Les esclaves et affranchis n'ont le droit de se rassembler pour danser que le dimanche après-midi sur Congo Square. Il faut dire que le vaudou se développe rapidement, au point de voir émerger différents groupes de rois et reines vaudous. Parmi eux, Sanité Dédé, une femme qui réussit à unifier tous les mouvements de la Nouvelle Orléans. En 1820, alors que Marie Laveau n'a que 19 ans, elle épouse Jacques Paris, un créole originaire d'Haïti, venu s'installer en Louisiane avec la vague d'immigration suivant la révolution haïtienne des esclaves de 1804. Mais le mariage ne dure pas très longtemps, puisque son mari meurt un an après dans des circonstances inexpliquées. Elle se retrouve dans une situation de précarité et se tourne alors vers le vaudou. On dit qu'elle a été initiée à ces pratiques par sa mère, mais on entend aussi parler du docteur John, roi vaudou de la Nouvelle-Orléans, né au Sénégal et enlevé enfant par des négriers espagnols. Mais c'est peu probable, puisque ce dernier n'est né qu'en 1803, donc il avait à peu près le même âge qu'elle.
- Speaker #3
Effectivement, on voit mal un gamin de 17 ans jouer le mentor pour une jeune femme de 19 ans.
- Speaker #0
Donc on ne sait pas trop comment elle a commencé à bénir elle-dedans.
- Speaker #1
Non pas vraiment, c'est assez flou. Ce qu'on sait en revanche, c'est comment elle réussit à succéder à Sanité Dédé et devenir la nouvellement beau reine du vaudou. Après le décès de son mari, elle prend le nom de veuve Paris et devient coiffeuse. Un métier modeste, mais qui va changer son destin. Car chez les femmes de l'aristocratie créole, chez les épouses des planteurs, chez les familles influentes, elle écoute, elle observe. Elle comprend les failles, les peurs, les jalousies. les chagrins. Elle devient la confinante de celles qui dirigent la société et parfois la manipulatrice douce de leurs émotions. Pour sortir de la précarité, elle est placée chez un créole blanc d'ascendance française, Christophe-Louis du Ménil de Glapion, avec qui elle aura 15 enfants. Dans le même temps, elle s'immerge dans les traditions ritualistes héritées d'Afrique de l'Ouest, transmises discrètement par les esclaves dans les cuisines, dans les arrières-cours à Congo Square. Le vaudou créole prend racine en elle. Très vite, la rumeur enfle. Marie Laveau possède un don. On dit qu'elle peut guérir les malades, prédire la fin d'un procès, apaiser un mari violent, faire renaître un amour. On raconte qu'un modèle peut changer un destin. Et pourtant, elle ne ressemble pas aux sorcières dotées de dons qu'on imaginait en Europe. Elle est douce, pieuse, fidèle à la foi catholique. Elle assiste à la messe du dimanche, récite son chapelet, tout en tenant dans sa peau. poche des cri-cri bénis, mélange de saints et d'esprits africains. La nuit, dans le Bayou Saint-Jean, d'autres cérémonies prennent vie. Au clair de lune, les tambours résonnent, les corps dansent, un serpent sacré ondule dans les mains de Marie. Autour d'elle se mêlent esclaves, libres de couleurs, étrangers curieux, notables discrets. Les récits dans ces nuits deviennent des légendes, danses sacrées ou scandales. Religions syncrétiques ou magie noire, personne ne sait vraiment. Mais tous reconnaissent son charisme, sa présence, son pouvoir. Elle règle des conflits, protège les opprimés, soutient les prisonniers, veille les mourants. Et plus elle aide, plus la ville parle d'elle. Avec crainte, avec respect, avec fascination. A l'approche de sa quarantaine, elle devient la nouvelle Mambo du Vaudou.
- Speaker #3
J'ai peut-être passé pour un con, mais c'est quoi exactement le vaudou ?
- Speaker #1
Quand on prononce le mot vaudou, l'air semble se rafraîchir d'une manière étrange. Les visages se penchent, les regards se croisent, et dans l'imaginaire collectif, une nuée d'images surgit comme autant de fantômes qu'on aurait réveillés sans le vouloir. Dans l'esprit de beaucoup, le vaudou n'est pas une religion. C'est une menace, une ombre mouvante, au cœur des nuits moites de la Louisiane. On imagine des silhouettes d'hommes et de femmes noires, tenant des bougies vacillantes. dansant autour d'un hôtel où des symboles incompréhensibles sont tracés à même le sol. Les tambours résonnent, sourds et lointains, comme un battement de cœur qui ne cesse jamais. Chaque vibration semble appeler quelque chose ou quelqu'un. Les récits populaires parlent de malédictions, de poupées transpercées d'aiguilles, de sorts lancés dans les secrets des arrières-cours. On murmure que certains prêtres vaudous peuvent réveiller les morts ou punir les vivants d'un simple chuchotement adressé aux esprits. Les histoires racontent des ombres qui bougent seules, des portes qui claquent, des silhouettes qui apparaissent entre les arbres du Bayou, observant, silencieuses. Et dans cette mythologie effrayante, un élément revient toujours, la sensation qu'il existe un monde derrière le monde, un endroit où les frontières entre les vivants et les morts deviennent flots, où les paroles prononcées la nuit peuvent avoir des conséquences le lendemain, où les ancêtres écoutent et parfois répondent. Dans l'imaginaire collectif occidental, Façonné par des siècles de peur et de fantasmes, le vaudou est souvent synonyme de pouvoir cacher, de forces qu'on ne comprend pas, mais qui, dit-on, peuvent tout bouleverser. Les colons européens, terrifiés par la perspective de révolte d'esclaves, ont largement contribué à donner aux vaudous cette image d'une magie dangereuse, d'une force obscure. Ils y voyaient une menace invisible, une arme spirituelle impossible à briser. Ces histoires effrayantes ont survécu jusqu'à aujourd'hui. Les poupées aux yeux vides. les rituels de nuit, les danses possédées, les esprits qui se nourrissent des peurs humaines. Tout cela façonne une vision spectaculaire, déformée, mais profondément ancrée dans nos esprits. Et pourtant, lorsqu'on écarte le voile de la légende, on découvre une réalité tout autre, une croyance, une spiritualité qui pourrait répondre à toutes les questions de l'homme sur l'univers. Le Vaudou est basé sur des concepts généraux et une métaphysique propre, avec une organisation du monde par des rituels. des lignes de force. A l'origine, il y a une divinité qui est la divinité de l une unité unique qui a créé le monde, puis s'est retirée loin de tout. L'énergie s'est ensuite cristallisée dans des lieux sacrés ou des divinités, auprès desquels il est impossible de demander intercession. Mais ce ne sont pas tout à fait les mêmes dieux, ni les mêmes morphologies, symboles ou rituels qui vont être utilisés à tels ou tels endroits. Chacune de ces déités dans la constellation Vaudou représente une énergie qu'on peut activer ou désactiver pour le besoin d'une cause. Il y en a tellement que demander leurs attributs serait vain. Il y en a dont l'énergie se rapporte par exemple à la terre, à l'eau ou bien d'autres éléments. C'est d'elles dont se serait servi Marie Laveau pour guérir, sauver ou apporter gloire et richesse.
- Speaker #2
Elle a sans doute acquis ce niveau d'influence en mêlant les figures traditionnelles aux figures catholiques pour contenter la population de la Nouvelle-Orléans.
- Speaker #0
Dans la série que tu regardes, ma chérie, on fait mention de Papa Legba. C'est une divinité connue ?
- Speaker #1
Dans les traditions du Vaudou, on murmure qu'avant d'entrer dans le monde des esprits, Il faut passer par un seul être, Papa Legba. On le décrit comme un vieillard à la canne usée, assis au bord d'un chemin que personne ne voit vraiment. Mais ceux qui le rencontrent savent que son regard, derrière la fatigue, brille d'une lueur ancienne. Legba est le gardien des portes, le maître du carrefour où se croisent les vivants et les invisibles. Sans lui, aucun rituel ne peut s'ouvrir. Il écoute, il jauge, il décide. Parfois il sourit, parfois il se tait. Et ce silence vaut toutes les condamnations. On dit que lorsque les tambours commencent, l'Ekba est le premier à être appelé. Si sa porte s'ouvre, les esprits suivent. Si elle reste fermée, alors la nuit devient plus lourde et les ombres plus affamées. Papa l'Ekba n'est ni bon ni mauvais, il est la clé. Il ouvre la voie ou la dérobe. Et dans chaque souffle, chaque offrande, Chaque mot prononcé dans le noir, c'est à lui que l'on demande la permission d'entrer. Et c'est en 1881 que Marie Laveau demande la permission d'entrer dans le monde des esprits. Certains n'y ont pas cru. Trop de gens jurent l'avoir revu. Dans une rue, derrière une porte, près d'une église. Il faut dire que sa fille, identique à elle, portant son nom, pratiquant ses rites, entretient l'illusion. Peut-être est-ce pour cela que la légende de Marie Laveau ne s'est jamais vraiment éteinte. Elle n'est pas morte, dit-on. Elle veille encore, dans les ombres chaudes de la Nouvelle Orléans, au croisement du réel et de l'invisible. Je pense que ça a fait beaucoup pour la soirée, vous ne trouvez pas ? Je ferai peut-être une petite apartie sur la fille de Marie Laveau, comme j'aurais pu le faire pour les sorcières du labo. Mais il se fait tard là, et je ne voudrais pas rentrer quand les lumières de la ville seront éteintes.
- Speaker #3
Vous êtes mes derniers clients de toute manière. Je vais fermer derrière vous. Rentrez bien et reviens vite pour une nouvelle histoire, Héroïde.
- Speaker #1
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