- Vivien
Laurent, bonjour.
- Laurent Meillaud
Bonjour.
- Vivien
Merci d'avoir accepté mon invitation. que je t'ai envoyé via LinkedIn, je précise.
- Laurent Meillaud
Oui voilà, la connexion s'est faite immédiatement.
- Vivien
Exactement. On est aujourd'hui dans un très bel endroit que je vais te laisser présenter pour un beau constructeur prometteur.
- Laurent Meillaud
Alors effectivement, nous sommes au carousel du Louvre. Il y a quelques semaines de ça, le groupe BYD pour sa marque Denza avait choisi l'Opéra Garnier. On est donc au Louvre et le constructeur, c'est le groupe Geely. Alors on le connaît parce que c'est le propriétaire de Volvo, Polestar, Link & Co, Lotus. Il fait beaucoup de choses, on aura le temps certainement de détailler un petit peu plus, mais Geely arrive en France et donc on est dans un environnement avec une voiture qui est derrière nous et puis un satellite qui est juste là. On expliquera pourquoi dans un petit moment.
- Vivien
Ok, très bien. Alors pour commencer, pour donner un peu de contexte, est-ce que tu peux te présenter, nous dire en quelques mots ton parcours et ce que tu fais exactement aujourd'hui ?
- Laurent Meillaud
Alors, je suis un journaliste automobile depuis 35 ans, et ma particularité, c'est qu'en fait, je suis un spécialiste de la technologie, c'est-à-dire que plutôt que faire du produit comme 99% des journalistes auto, moi, ce qui m'intéresse, c'est ce qu'il y a derrière les voitures. Les matériaux, la technologie, c'est ce que je fais depuis très longtemps, et en fait, toutes ces thématiques d'électrification, de voitures autonomes, connectées, c'est des choses que je suis depuis déjà plus de 20 ans.
- Vivien
D'accord, OK. Pour la petite anecdote, j'ai un petit peu regardé ce que tu faisais aussi avant. Comment tu es arrivé là-dedans ? Parce que je crois que c'est un peu un accident de parcours en 88, si j'ai bien travaillé.
- Laurent Meillaud
En sortant de mon école de journalisme, j'ai eu l'opportunité d'inaugurer la tout première radio autoroutière de France. Ce qu'on appelle les 107.7, c'était à l'époque Autoroute FM, sur le réseau de CofiRoute. Et effectivement, j'ai travaillé pour cette toute première radio. Donc j'étais à l'antenne et en plus de donner les infos et faire les flashs trafic évidemment, il fallait choisir un peu une spécialité et c'est comme ça que je suis venu à l'automobile. Et je me suis intéressé à la technologie et je ne regrette pas ce choix car effectivement je ne suis pas un passionné à la base mais j'aime beaucoup ce que je fais.
- Vivien
Ok, tant mieux.
- Laurent Meillaud
J'ai le sentiment en tout cas d'être utile.
- Vivien
Je pense, ouais je pense. Mais c'est vrai que c'est... C'est drôle quand même de ne pas être mordu de voiture et de le devenir.
- Laurent Meillaud
La plupart des journalistes automobiles, c'est vrai, ce sont des gens qui aiment bien la voiture, qui aiment bien démonter des voitures, qui auraient voulu être pilote, et qui à défaut de pouvoir être pilote de Formule 1, essaient des voitures. Mais bon, il faut tout pour faire un monde.
- Vivien
Exactement, mais c'est marrant parce que tu as un... Moi ce que je t'avais dit quand je t'ai contacté, c'est vrai que tu as un côté presque ingénieur en fait, où tu vas vraiment au fond des choses et j'ai l'impression que tu prends la doc, et que tu épaules tout pour faire...
- Laurent Meillaud
Il faut savoir une chose, c'est que je n'ai pas de profil d'ingénieur. J'ai fait des études littéraires. Néanmoins, j'ai été le rédacteur en chef d'une revue d'ingénieurs. J'ai travaillé pendant des années pour la Société des ingénieurs de l'automobile. Pendant cinq ans, j'ai été le rédacteur en chef de leur revue. Et pendant des années, j'ai fait des dossiers très pointus. Donc, je parle la langue des ingénieurs. Je comprends. Et j'ai une faculté, je crois, qui est celle de pouvoir synthétiser et de comprendre les choses dans leur globalité. Mais quand je traite un dossier... C'est pas seulement la superficie, c'est je rentre vraiment dans les choses.
- Vivien
Ok, c'est ce qu'on aime. Juste là, la parenthèse, tu travaillais du coup chez Synergie ? Enfin, ça n'était pas Synergie avant, non, l'ingénieur autonomiste n'était pas. Alors, un magasin qui est chez Syner'j aujourd'hui ?
- Laurent Meillaud
Aujourd'hui, Syner'j édite effectivement ingénieur d'automobile, mais ce n'était pas le cas à l'époque où j'y étais. C'est un accord qui est plus récent.
- Vivien
Ok, très bien. On va encore rester un peu avant les années 2000, 1997. Tu publies un livre ?
- Laurent Meillaud
Premier livre, oui.
- Vivien
le guide de la voiture intelligente déjà 30 ans ouais
- Laurent Meillaud
Quand on y pense, il faut savoir qu'en 1997, le GPS était encore une rareté. En fait, ça a commencé en 1994 chez BMW sur la série 7. C'était un écran avec la télé. Ça marchait très mal, parce qu'on n'avait même pas la TNT à l'époque, c'était la télé hertzienne. On avait le GPS avec la carte de Paris. Sorti de Paris, on était dans le vert, il n'y avait rien du tout. Mais ça fonctionnait, parce que le GPS date simplement des années 90, pour un usage public. Et civile, donc c'est vrai. Et à l'époque, des gens commençaient à parler de voiture intelligente. Ce qui aujourd'hui est devenu quelque chose d'assez banal. C'est la norme. Mais il y a 30 ans, ce n'était pas tout à fait le cas.
- Vivien
On est d'accord. Donc il y a 30 ans. Et aujourd'hui, tu as un nouveau livre. Nouveau livre ? Oui. Est-ce que tu peux nous donner le titre, même si je le connais ? Est-ce que c'est une avant-première ?
- Laurent Meillaud
Alors, c'est tout récent. Je viens effectivement de sortir le poker menteur de la voiture autonome. Alors on peut se dire, pourquoi un tel titre ? Tout simplement, ce que je voulais, c'était... Rétablir un peu quelques faits autour de la voiture autonome et notamment ce qu'on appelle les robotaxi. Autrement dit, ces taxis sans chauffeur qui pourraient remplacer les Uber et les taxis type G7. La voiture autonome, ça fait assez longtemps que ça existe. Moi, depuis 25 ans, j'en essaye. Ça a commencé bien avant, dans les années 80-90. Et en fait,
- Vivien
il y a eu une espèce de folie,
- Laurent Meillaud
on va dire, vers 2015-2016. Beaucoup d'acteurs se sont dit, en 2020, on va lancer le niveau 4. Alors je rappelle qu'il y a une échelle de 0 à 5. On est au niveau 2. Et donc, dans l'idéal, on va jusqu'au niveau 5. Et le robotaxi, c'est le niveau 4. Bon, déjà, c'est une belle aventure. Mais il y a 10 ans, en fait, on était atteints de la même folie avec des promesses mirifiques qui ne se sont pas réalisées. À l'époque, beaucoup de constructeurs pensaient dur comme fer que le niveau 4 allait arriver en 2020. Aujourd'hui, je dirais que c'est un petit peu le même état d'esprit avec une espèce de hype, une espèce de bulle. Alors c'est vrai que la technologie a fait des progrès, c'est vrai qu'il y a de plus en plus d'acteurs, c'est vrai aussi qu'on commence à avoir un retour d'expérience. Mais moi je fais la distinction entre les acteurs sérieux qui prennent toutes les précautions en matière de sécurité, et là je vais citer Google à travers sa marque Waymo, qui est un opérateur, et puis ceux qui sont un peu moins conséquents, qui font beaucoup de promesses. C'est plutôt là que je mets Tesla, avec beaucoup de promesses. sans les citer. Je pense sincèrement qu'on aura moins... de voitures qu'on annonce en 2030. Il y en aura, mais je crois qu'il faut bien réfléchir aux usages. Et même si la technologie a fait beaucoup de progrès, je crois qu'il faut prendre en compte l'acceptation sociale et il faut prendre l'organisation du transport. En fait, on ne peut pas faire des robots taxis contre les villes et contre les transports en commun. Il faut travailler de façon plus harmonieuse.
- Vivien
D'accord, très clair. Alors justement, je reprends un peu ma casquette de marketer et je rebondis sur ce que tu viens de dire.
- Laurent Meillaud
C'est le titre de ce podcast.
- Vivien
Exactement, merci de le rappeler. C'est vrai qu'on a quand même un problème, alors moi en tant qu'utilisateur et aussi acteur quand même du monde automobile, à ma façon, c'est vrai que je ressens qu'il y a quand même un problème de storytelling en France.
- Laurent Meillaud
Ah oui.
- Vivien
On parle de Tesla, qu'on soit pour ou contre, parce que là en plus il y a une vague entière, l'on meurt, mais c'est pas le sujet.
- Laurent Meillaud
Ils savent raconter une histoire.
- Vivien
Voilà, exactement. Et en fait moi la question que je me pose, et que je te pose, en France en fait, qu'est-ce qui... Pourquoi est-ce qu'on n'arrive pas à raconter cette histoire, et on embarque... Enfin j'ai l'impression qu'on embarque personne justement dans le robot taxi, et au contraire, je vais pas dire qu'on y va en arrière, mais presque quoi. Alors, je sais que... Tu défends la cause française et tu l'as dit juste avant.
- Laurent Meillaud
Oui, en fait, ce qu'il faut savoir, c'est que la France a été un pays pionnier. D'abord, les ingénieurs français, bien avant Google, bien avant Tesla, donc évidemment, savaient déjà faire des voitures autonomes. La seule chose, c'est qu'il n'y a pas eu d'effort de la part des constructeurs au début des années 2000. Pour eux, en fait, c'était un sujet qui était un sujet mineur et ils ne veillaient pas d'appétence de la part du public. Ensuite, la France a fait un choix différent qui a été de privilégier les navettes autonomes. pour faire du transport collectif avec des navettes qui peuvent accueillir 10-15 personnes, en complément des transports en commun. Ce n'était pas du tout dans une optique robotaxi. On a fait des tests en France du robotaxi, c'est déjà arrivé. C'est déjà arrivé à Rouen avec des zoés. Ça a duré pendant un an et demi à banlieue de Rouen. C'était juste après le tramway, il y avait une technopole qui était desservie. Et puis il y a eu aussi des tests à Saclay, par exemple. Après, Valeo a fait des tests aussi pour traverser la place de l'étoile, 9 ans avant Tesla. Donc, il y a des choses qui ont été faites, simplement. La réglementation n'était pas prête. Et moi, je pense en tout cas que, même si la réglementation évolue petit à petit, toutes les briques ne sont pas encore là pour ça.
- Vivien
Alors justement, qui est-ce qui devrait porter ce récit pour la France, pour qu'on le mette tout ça en avant ?
- Laurent Meillaud
Alors, plutôt que de parler de récits, moi je pense qu'il faut parler de système et d'organisation. Aujourd'hui, dans ceux qui prennent la parole, il y a des acteurs comme Uber, comme Lyft ou l'équivalent. Par exemple, c'est Bolt en Estonie qui est la success story européenne comme équivalent d'Uber pour le VTC. En fait, c'est Transporter. qui font donc du transport de personnes. Ils ont des licences, c'est l'interlocuteur des villes. Donc je pense qu'ils sont mieux placés pour faire de la mobilité partagée, parce que c'est un métier en fait, la mobilité partagée. Un acteur comme Uber, il y a des voitures, il y a les trottinettes, il y a les vélos. Peut-être que demain il y aura des taxis volants ou autre chose. Et donc la voiture autonome, ça sera un élément de plus dans l'offre. Moi je pense pas que le taxi autonome va tout remplacer, va remplacer les chauffeurs. Je pense que le robot taxi, il a l'utilité notamment la nuit, lorsqu'il y a moins de voitures, lorsqu'il y a moins d'offres de transport, les métros sont plus là. Donc c'est plutôt sur des acteurs comme ça, je pense qu'il faut s'appuyer. Après, est-ce que le robot taxi est la bonne maille ? Est-ce que c'est lui qui fera tout ? Je dirais que le débat ne fait que commencer.
- Vivien
D'accord, ok. Juste pour dire deux secondes sur ton livre. Donc on l'a dit, le premier, le guide de la voiture intelligente, et presque 30 ans après, le poker menteur de la voiture autonome. Alors justement, c'est quoi les promesses qu'on nous a tenues, qu'on n'a pas gardées, la différence que tu vois, l'évolution en fait, par rapport à ces deux livres que tu évoques ?
- Laurent Meillaud
Alors à l'époque, en 97, quand j'ai fait le guide de la voiture intelligente, on commençait à avoir les GPS. Bon, la connectivité, c'était, il n'y avait même pas de 3G, il n'y avait même pas de 2G, on était vraiment, il n'y avait pas de G, c'était la 1G, on était vraiment au tout début. On a eu depuis l'appel d'urgence, même si personne n'achètera jamais cette prestation. C'est une prestation qui est obligatoire. Par contre, ce qui est vrai, c'est qu'on a le streaming pour écouter la musique. On a la réplication avec l'écran du menu du smartphone. Donc, c'est plus facile pour la navigation, par exemple. Ça, c'est des choses qui n'existaient pas en 97. Ça, cette promesse-là, on l'a eue. Ensuite, l'assistance à la conduite. Moi, je me souviens que dès le milieu des années 2000, on commençait à avoir des systèmes avec des caméras. Tout ça, ça remonte à loin déjà. Et il a fallu attendre, d'abord que ce soit les hautes gammes, ensuite ça descend un petit peu. Aujourd'hui, on voit que même sur des voitures de base, il y a 20 ou 30 ADAS, c'est ce qu'on appelle les Systems d'Aide à la Conduite. Et je dirais que de ce côté-là, la promesse a été respectée, c'est que oui, vraiment, il y a un effort considérable qui a été fait en matière de sécurité. Et on ne le dit jamais assez, mais si les statistiques ont baissé en matière d'accident, c'est en grande partie, je pense, non pas à cause des radars, mais... Aussi grâce à la sécurité.
- Vivien
Gros sujet que j'avais évoqué, notamment avec M.Bernard Dardiche.
- Laurent Meillaud
Bernard que je salue et que j'embrasse, mais il a bien raison, on est parfaitement alignés sur ce sujet. C'est vrai que pour les pilotes, c'est important de parler de ces systèmes d'aide à la conduite parce que tout le débat c'est est-ce que ces systèmes sont là pour nous assister ou nous remplacer ? Et moi je pense que ces systèmes sont là pour nous faciliter la vie, pour les parties de route qui sont moins sympas. Typiquement on est dans les bouchons. On fait du stop and go, là on peut se reposer sur la machine. Je pense qu'il y aura toujours en fait une clientèle, entre guillemets, en tout cas des usages qui font qu'on aura envie de pouvoir continuer à avoir un volant entre les mains. C'est pour ça que le débat actuel sur est-ce qu'il faut des voitures sans pédale, sans volant ou des voitures qui gardent malgré tout ces instruments, ça fait partie de ce qu'il faudra discuter dans le futur. Et à mon avis la réglementation aura un rôle important à jouer dans Zonel.
- Vivien
Et justement, tu vois... Moi, je me rappelle quelques années en arrière, quand j'étais plus jeune, je me souviens qu'en fait, ce qui, tu l'as dit tout à l'heure, maintenant, c'est des véhicules premium et après, on l'a dans les autres véhicules. Alors, ça, c'est pas pour dire que je suis plus vieux ou moins vieux, peu importe, mais c'est juste pour dire que moi, à mon époque, je me rappelle, c'était le sport automobile, en fait, qui avait des usages et qui ont transformé après par la voiture de Monsieur Tout-le-Monde. Est-ce que ça a changé aujourd'hui,
- Laurent Meillaud
justement ? Ça reste toujours un peu vrai. Il fut un temps où la Formule 1 testait des technologies, je me souviens des suspensions actives sur les Williams par exemple. Quand on se rappelle les années 90, ça avait été d'ailleurs un sujet de polémique parce que les voitures gagnaient trop facilement et du coup la réglementation est revenue en arrière comme c'est souvent le cas en F1. Quand ça va trop bien, en général, on arrête. Aujourd'hui la F1, je dirais qu'elle est presque en sens inverse. C'est-à-dire qu'en fait la série arrive avec de l'hybride, avec un certain nombre de technologies. Mais la F1 arrive toujours malgré tout à magnifier les choses par rapport à du logiciel, par rapport à la cybersécurité. Donc la F1 gappe toujours un effet d'entraînement. Mais la Formule 1 n'est pas le seul sport qui permet justement de faire du transfert entre la compétition et la série. Moi, je pense que la Formule E a fait beaucoup plus en matière d'électrique, par exemple. Parce que sur la batterie, sur la recharge ultra rapide, ce championnat qui a à peine 12 ans, c'est vraiment très jeune, a fait déjà un certain nombre de progrès. Et il y a eu récemment la révélation de la génération 4 des monoplaces. La Formule E, c'est la voiture la plus rapide du monde après la Formule 1. Et je pense que bientôt, sur la génération 5, ça sera l'inverse. Les FE seront devant les F1.
- Vivien
Il y a des chances, il y a des chances. Mais on fera un épisode justement pour voir si c'était ça ou pas.
- Laurent Meillaud
Avec plaisir.
- Vivien
Donc il y a un débat en ce moment. Journaliste versus Influenceur. Et c'est vrai que... De plus en plus, les constructeurs, alors je ne vais pas dire qu'ils vont plus vers les influenceurs ou les journalistes, mais il y a vraiment ce paradigme qui est en train de changer.
- Laurent Meillaud
C'est plus facile pour eux. Je vais donner un exemple. Quand la marque Denza a fait son grand show à l'Opéra Garnier, en fait, les premiers qui ont été autorisés à aller près des voitures, ce n'étaient pas les journalistes, c'étaient les influenceurs et les influenceuses. Parce que ces personnages ont de la visibilité. Ils ont des milliers, voire pour certains, des millions d'abonnés, dont forcément... on montre un bout de carrosserie, ça aura beaucoup plus d'impact pour les cibles que cherchent à avoir les marques. Mais ça ne date pas d'hier. Moi, je me souviens quand Renault voulait vendre ses voitures électriques au début, vers les années 2010, c'était pareil. Ils faisaient appel à des influenceurs qui étaient plus « favorables » à l'électrique et plus faciles à convaincre. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, on a beaucoup d'influenceurs. Alors, les constructeurs font en sorte de ne pas trop nous mélanger. Bon, sauf pour les essais que je vais faire avec Geely, parce que justement, voilà, on aura les deux populations, mais c'est vrai que c'est pas le même métier. Un influenceur, il est là pour, voilà, il se passionne pour un produit. Alors bon, généralement, il faut dire une chose, c'est que les influenceurs, des fois, ils sont aussi rémunérés. Donc il y a ça qui peut être un petit peu gênant quand même.
- Vivien
C'est un pilier de reportage, c'est pas exactement la même chose. On est d'accord.
- Laurent Meillaud
Les journalistes, c'est différent. Nous, on ne paye pas pour faire des essais. On est là pour donner notre avis et pour expliquer ce qu'est une marque. Et en tout cas, moi, ce que j'essaie de faire comme travail, c'est d'expliquer ce que font les constructeurs et aller au-delà simplement de la plaquette commerciale ou en tout cas de la vitrine.
- Vivien
D'accord, ok. Alors est-ce que tu penses que le journaliste automobile indépendant est en mode disparition ou pas ?
- Laurent Meillaud
Alors très sincèrement, le métier a beaucoup changé. Le métier a beaucoup changé. Il y a beaucoup plus de titres. Parce que moi, j'ai vécu l'arrivée des premiers blogs, les médias numériques. au début c'est Les blogueurs étaient très mal vus. Pourtant, j'ai vu des blogueurs être bien meilleurs et avoir plus de connaissances que des journalistes qui s'abritaient derrière leurs cartes de presse et leurs magazines en disant « Oui, mais moi, je suis un vrai journaliste » . Bon, il y a des gens qui sont des passionnés, qui connaissent vraiment bien leur sujet et qui ont leur place. Après, aujourd'hui, il y a une profusion de médias, beaucoup de médias numériques qui font de la vidéo, donc l'image a tout remplacé. Et le problème, c'est qu'aujourd'hui, on est plus sur du storytelling que sur... des dossiers de fonds. Je prends un exemple par rapport à Tesla. Avec notamment leur système autopilote, enfin on dit FSD maintenant pour la version plus évoluée, ils ont fait des vidéos pour montrer qui passait à la place de l'étoile, qui passait à tel endroit. Et donc depuis qu'ils ont eu une dérogation par exemple aux Pays-Bas, non pas pour de la conduite autonome contrairement à ce qu'ils racontent, c'est un système simplement d'assistance sous supervision. Et bien des journalistes ont été invités à Amsterdam pour justement voir ce que ça donne sur place. Et tout ça, ça donne des belles vidéos. Et tous les influenceurs pro-Tesla ou les gens qui simplement peuvent se passionner pour la société, indépendamment de la personnalité d'Elon Musk, qui considèrent que Tesla est un pionnier, un innovateur, montrent des belles vidéos. Mais derrière la belle vidéo, il y a aussi une histoire qui est un peu moins reluisante à raconter. Donc c'est ce que j'essaie de faire, moi. C'est plus compliqué et plus risqué en même temps.
- Vivien
Oui, vis-à-vis du constructeur. Pour parler un petit peu de mon agence, puisque je te l'ai dit et tu le sais, on est un service talent management.
- Laurent Meillaud
Est-ce que tu as de bons avocats ?
- Vivien
Ouais, on est bien entouré.
- Laurent Meillaud
On sait jamais,
- Vivien
ça ne peut s'intourer. Non mais, blague à part, on travaille avec des influenceurs et des journalistes. Et c'est vrai qu'on se rend compte, et c'est un constat sans citer de marque, mais de plus en plus, ils préfèrent avoir effectivement l'influenceur qui va dire c'est beau, il y a un storytelling.
- Laurent Meillaud
Il n'y a pas de remise en cause, il n'y a pas de nuances. On est dans la belle image, c'est bien léché, on est dans un beau cab. C'est un peu comme les essais de voiture. Moi, les essais de voiture, j'en ai fait plein, Bon, aujourd'hui, ça m'amuse moins. Et puis, je trouve qu'à notre époque, on ne devrait plus faire prendre l'avion à des journalistes pour essayer des voitures électriques en disant on saoule la planète. Ça me paraît complètement... Oui, il y a quelque chose,
- Vivien
ça ne va pas.
- Laurent Meillaud
Ça ne va pas. Et je pense que si les gens savaient un peu plus comment ça marche, ils seraient un petit peu ce qu'on aurait dit.
- Vivien
Oui, ils regarderaient ça différemment. Vraiment. OK. Alors juste sur le métier de journaliste automobile, est-ce que tu as une petite anecdote à partager ?
- Laurent Meillaud
Oui, alors les deux questions qu'on se pose le plus souvent dans ce métier, allez voir, c'est une préoccupation existentielle, c'est t'es chez qui, tu vas où ? Alors t'es chez qui, c'est quel constructeur t'invite ?
- Vivien
D'accord.
- Laurent Meillaud
Et tu vas où, c'est où est-ce que ça se passe ? Il faut savoir une chose, c'est que les journalistes roulent souvent par binôme, et en fait c'est un peu comme des vieux couples, donc quand l'un est invité chez Pierre-Paul-Jacques, l'autre essaie de se raccorder aux mêmes dates, etc. Mais c'est vrai que quand je reçois un coup de fil et si je dis, je suis à tel endroit, si c'est un journaliste auto qui m'appelle, c'est, ah mais t'es chez qui ?
- Vivien
Je peux venir ? Je peux me greffer ? C'est un peu ça, on l'a compris. On l'a évoqué, on est ici pour le lancement officiel de Geely en France. Est-ce que tu peux nous donner un peu tes réactions à chaud ? suite aux annonces officielles ?
- Laurent Meillaud
Alors Geely c'est une marque que je suis, j'observe depuis déjà un certain temps. Bon, tout le monde sait que Geely, c'est comme je le disais tout à l'heure, c'est le propriétaire de Volvo, mais c'est une marque qui aujourd'hui a une certaine surface en matière de technologie. Là en fait on a un satellite qui est juste derrière nous, alors pourquoi ? En fait Geely a une filiale qui s'appelle Geespace qui a lancé une constellation de 64 satellites. Pourquoi faire ? Notamment par rapport à une optique de voiture connectée et autonome. Ils se disent qu'il faut être indépendant par rapport au GPS. Alors il faut savoir que dans l'espace, on a des constellations avec le GPS. Il y a l'équivalent russe, il y a l'équivalent chinois, il y a l'équivalent indien et l'équivalent européen qui est Galiléo.
- Vivien
D'accord.
- Laurent Meillaud
Mais Geely voulait avoir sa propre solution propriétaire pour être certain de pouvoir offrir des services de connectivité. Ça, je trouve ça génial. Et en fait, dans beaucoup de domaines, l'électronique ou autre, ils sont... Ils sont assez forts et je pense qu'ils ont une vision d'ensemble, y compris la partie mobilité partagée avec Cao Cao Mobility. Ce qui fait que demain, s'ils veulent être opérateurs de robotaxi, et ça fait partie de leur projet justement, ils pourront le faire. Parce qu'ils ont tout cet univers autour de l'écosystème. Donc, Geely, j'en parle dans mon livre « Le poker sur la voiture autonome » , mais j'en parle aussi dans un autre domaine, parce qu'en fait, j'ai écrit deux autres livres, j'ai été très productif ces derniers temps. Et il y en a un que j'ai fait sur le sport auto face aux défis climatiques. Et justement, ce qu'il faut savoir, c'est que les Chinois, on les verra de plus en plus dans le sport automobile. Aujourd'hui, leur présence est très limitée. On a une écurie chinoise en formule E. Peut-être que demain, ils seront plus nombreux. On a des Chinois qui commencent à venir au Dakar. Geely est présent à travers le WTCC, donc le champion du monde de voitures de tourisme avec Link & Co. Et peut-être que demain, ça sera la Formule 1, les 24H du Mans. Chery va arriver en endurance, c'est certain. Et puis Geely, ils font du sport en Chine. Et notamment, ils vont lancer un championnat avec des voitures au méthanol. Ça, c'est assez extraordinaire. Et ça fait partie de ces petites choses que j'évoque d'ailleurs dans cet ouvrage qui n'est pas encore paru, mais qui fait le point sur la transformation du sport auto sur les circuits et dans les différentes catégories pour arriver à la neutralité carbone.
- Vivien
OK. Ok, on a hâte de le lire.
- Laurent Meillaud
Et puis le troisième, c'est sur Toyota. Le Toyota numéro un mondial, qui est un véritable point de repère dans un monde en pleine transformation. Toyota aujourd'hui, c'est la stabilité, c'est une stratégie lisible, qui ne change pas tous les quatre matins. Et c'est ce qui fait qu'à mon avis, ils sont forts. Et moi ce que j'ai voulu en fait, c'était comparer les trajectoires de Toyota et Tesla, parce qu'en fait, ils ont beaucoup de points communs. L'espace, la robotique. L'intelligence artificielle, l'électrification, et ce qu'on sait moins, c'est qu'à une époque, Tesla a été sauvé par Mercedes et par Toyota, qui ont injecté du fonds, et qui ont fait travailler Tesla dès qu'on fait des voitures électriques. Tesla a fait le RAV4 pour Toyota, et en fait, pour Mercedes, ils ont fait de la classe B, et ils ont travaillé ensemble, et Toyota leur a cédé, enfin revendu une usine. Et c'est grâce à Toyota qu'en fait Tesla a pu aussi apprendre beaucoup sur la production. Petit épisode que j'évoque dans cet autre ouvrage qui paraîtra, je l'espère, très prochainement aussi.
- Vivien
D'accord, on espère.
- Laurent Meillaud
Ça en fait de l'actu.
- Vivien
Oui, alors justement, où est-ce qu'on va pouvoir retrouver tous ces livres ? Comment on peut se les procurer ?
- Laurent Meillaud
Alors, pour l'instant, je ne peux pas encore te dire pour le sport auto et Toyota parce qu'en fait, ces livres sont en consultation auprès d'éditeurs pour le moment. Ce qu'on peut dire sur le poker menteur de la voiture autonome, c'est que c'est directement sur Amazon. Donc là, on va sur Amazon, on tape le titre et c'est assez facile à trouver.
- Speaker #2
D'accord, très clair.
- Laurent Meillaud
Tout simplement.
- Vivien
Petite question bonus. On l'a déjà un peu évoqué, je pense qu'on sait déjà la réponse. Mais si tu devais parier aujourd'hui, en 2030, on a des robots taxis partout ou on écrit le tome 2 du poker menteur ?
- Laurent Meillaud
Alors, en 2030, il y aura très certainement des robots taxis dans les grandes capitales du monde. Ce qui est évident, c'est qu'en Chine, il y en avait déjà 16 000 en 2024. Donc, il y en aura encore plus. Ça, ce n'est pas un souci. On en aura très probablement dans le Golfe Persique. Il est évident qu'à Abu Dhabi, au Qatar, dans ce style de pays, on construit des villes du futur. Donc la robotique et le transport autonome font partie naturellement de ce schéma. Aux Etats-Unis, dans les grandes villes, on en aura. Waymo est déjà présent dans une dizaine de villes. Donc il y en aura encore plus, c'est clair. En Europe, il y en aura. Après, combien ? Ça reste la grande question. En Europe, il y a une filiale de Rimac, propriétaire de Bugatti. La société s'appelle Verne, en référence à Jules Verne. Ils viennent de lancer un service qui vient tout juste de démarrer, le robotaxi, avec Pony.ai, qui est une société chinoise, à Zagreb. C'était un premier jet, on verra ce qu'il en est. Ce qui est certain, c'est que... « À mon avis, on verra plus de voitures chinoises venant faire le taxi en Europe, parce que c'est leur intérêt. En fait, ils maîtrisent la technologie, ils veulent se développer en dehors de leur pays d'origine. Ils ne peuvent pas aller aux États-Unis, en tout cas tant que Trump y est. Donc je dirais que 2028-2030, ils vont plus venir en Europe. »
- Vivien
« Ok. Donc si on veut aller plus loin, parce que c'est vrai que tu nous as donné un peu envie d'avoir des petites infos et de lire tes livres. » Tu as un podcast aussi qui s'appelle l'Automobile décryptée.
- Laurent Meillaud
Exactement.
- Vivien
Tu peux nous dire en deux mots de quoi il s'agit, si on comprend par le titre.
- Laurent Meillaud
Alors, en fait, c'est très simple. C'est un podcast hebdo. Et en fait, je reproduis ce que j'ai fait pendant plus de dix ans sur France Bleue, qu'on appelle ici. Pour une France Bleue locale, en fait, j'avais une chronique sur l'automobile et j'essayais en trois minutes d'aborder l'actu de la semaine pour un public de non initiés. C'est pas pour dire, bon voilà, j'ai essayé la super Mercedes ou la super Geely ou la super Toyota, elle fait ci, elle fait ça. J'aborde un sujet et j'essaie d'apporter quelque chose de plus personnel. Enfin, décrypter, ça veut dire apporter quelque chose pour mieux comprendre en fait le dessous des cartes. Donc c'est ce que je fais effectivement à un rythme hebdomadaire. Sinon, on peut me retrouver aussi sur Mobility TV. Alors, c'est aussi de la vidéo, je présente des émissions et je fais un édito pour eux chaque semaine sur LinkedIn.
- Vivien
Et si on veut rentrer en contact avec toi, LinkedIn ?
- Laurent Meillaud
LinkedIn, c'est ce qu'il y a de plus facile. Et au moins, ce réseau est un réseau professionnel. Et c'est une vraie source d'informations. Ça reste encore une vraie source d'informations. De plus en plus, on commence à avoir de l'IA et des...
- Vivien
Ouais, ça entre comme ce Facebook du milieu aussi.
- Laurent Meillaud
Ça se politise, ça se Facebookise, c'est vrai. Mais c'est là qu'on peut trouver des gens sérieux et on peut rentrer en contact avec des personnes inspirantes.
- Vivien
Ok, très bien. Écoute, merci beaucoup pour cet échange.
- Laurent Meillaud
Merci pour ton invitation.
- Vivien
Et puis on se revoit sûrement bientôt à un autre événement.
- Laurent Meillaud
Il y a des chances.
- Vivien
Il y a des chances. Bon, merci à toi.
- Laurent Meillaud
Merci encore.