- Speaker #0
Bonjour, bienvenue dans Murmure de joie, le podcast qui vous reconnecte à votre joie intérieure. Je suis Bintou Mariko et aujourd'hui j'ai l'immense plaisir de recevoir Pascal Bataille. Pascal est journaliste, animateur, producteur de télévision, Et vous le connaissez notamment via l'émission « Il n'y a que la vérité qui compte » avec son complice Laurent Fontaine. Bonjour Pascal.
- Speaker #1
Bonjour Bintou, merci de me recevoir.
- Speaker #0
Très très heureuse de vous recevoir. Et comment va Laurent ?
- Speaker #1
Laurent va bien, on ne s'est pas beaucoup vu ces derniers temps parce que c'était les vacances. Et qu'il faut aussi savoir se faire des vacances à soi-même, entre partenaires, mais il va très bien, il est en pleine forme.
- Speaker #0
Et vous, comment allez-vous ?
- Speaker #1
Ça va bien actuellement, j'ai traversé des... Des moments moins faciles il y a quelques mois, mais là aussi, on en reparlera. Pour l'instant, la santé est très bonne et donc chaque jour est un cadeau.
- Speaker #0
C'est vrai, chaque jour est un cadeau. Merci pour ce retour. Alors moi, je vous reçois aujourd'hui notamment dans le cadre de la sortie de votre livre, Petit traité de la jouissance, aux éditions Guitré Daniel, précédé d'ailleurs du Petit traité du silence, on en parlera aussi. Et ce détour par la philosophie n'est pas du tout étonnant parce que vous êtes titulaire, si je ne me trompe pas, d'une maîtrise de lettres et de philo. Donc c'est tout à fait naturel. Alors traditionnellement, dans Murmure de joie, on commence par l'enfance parce que c'est quand même le début de tout et ça dessine un petit peu aussi ce qu'on devient plus tard. J'aimerais savoir quel enfant étiez-vous, quelles étaient vos joies, vos passions, vos peines ?
- Speaker #1
Alors j'étais un enfant plutôt jeune, quand j'étais vraiment jeune, j'étais un enfant plutôt sage, réfléchi, ma passion c'était la lecture, à tel point que quand je n'étais pas sage, ma maman me privait de lecture, vous voyez, aujourd'hui je pense que ça paraît peut-être très saugrenu à beaucoup, mais voilà, et puis j'ai été ensuite un adolescent assez classique, et... J'irais à la fois en profitant des plaisirs de l'adolescence et plutôt très bon élève, appliqué, passionné par ce que je faisais. J'ai la chance d'avoir des parents qui m'ont éveillé à plein de choses, au niveau culturel, au niveau intellectuel, au niveau aussi des valeurs. Donc je considère que j'ai été un enfant privilégié, même si... Il y avait au milieu de tout ça des nuages, notamment de couple parental, mais bon, il n'y a pas de long fleuve tranquille, ou alors ils sont rares ceux qui connaissent ça. Donc, je considère que j'ai eu une enfance, je dirais, de privilégiée, avec des épreuves à vivre quand même, notamment dans cette discorde entre mes deux parents. qui était parfois houleuse, même violente. Donc forcément, ça laisse aussi des traces et des traumatismes. Il suffit de regarder autour de soi pour se dire qu'on a quand même été un enfant très heureux par rapport à ce que beaucoup ont à vivre.
- Speaker #0
Et c'est bien de le reconnaître aussi.
- Speaker #1
Oui, il faut savoir se dire qu'on est privilégié, il faut savoir l'assumer, ce qui n'est pas toujours facile, mais en tout cas en avoir la gratitude aussi.
- Speaker #0
Tout à fait. Et donc cette enfance-là, finalement, il y a une logique entre votre enfance et le métier que vous avez choisi, et peut-être l'homme que vous êtes aujourd'hui ?
- Speaker #1
Oui, certainement. Mon père, qui était un médecin, psychiatre, puis ensuite psychanalyste, était un homme très lettré. Donc c'est lui vraiment qui m'a initié à la littérature, à la philosophie, aux choses de l'esprit en général, à la psychologie aussi. Toutes choses qui ont continué de me passionner ensuite. Alors lui avait fait médecine parce que sa mère l'avait forcé à faire médecine, mais son rêve c'était... de faire l'école normale supérieure, de faire de la philo, d'enseigner la philo, etc. Et du coup, il m'a beaucoup poussé là-dedans. Et il voulait que je fasse normale sup. Et donc, j'ai préparé normale sup. J'ai été reçu trois années de suite aux écrits de l'école normale supérieure en philo. Il se trouve que j'étais un garçon très timide et je perdais beaucoup mes moyens à l'époque à l'oral. Je me suis soigné depuis. Et du coup, j'ai raté trois fois l'oral de Normale Sup. Je pense que c'était quelque part aussi un acte manqué parce que ce n'était pas forcément ce que moi je voulais faire. C'était plus le rêve de mon père que le mien. Et moi, ce dont je rêvais, c'était d'être journaliste, c'était d'écrire, mais pas d'enseigner, pas de faire cette école qui normalement forme les... l'élite effectivement de la nation, mais normalement est censée former les professeurs des universités et des classes préparatoires.
- Speaker #0
Vous vous êtes bien rattrapé depuis en tout cas sur ce point,
- Speaker #1
sur l'oral. Oui, alors sur l'oral j'ai fait des progrès et j'ai continué néanmoins, comme vous le disiez, en fac ensuite, les lettres et la philosophie et puis je me suis spécialisé ensuite en troisième cycle en journalisme.
- Speaker #0
En journalisme, très bien. Alors, on se parle aujourd'hui de ce livre, justement, Petit traité de la jouissance. Ce n'est pas le petit livre rouge, c'est le petit livre rose. Et j'adore la couleur, je le disais vraiment, c'est un beau rose, parce qu'il y a plusieurs roses là, c'est particulièrement réussi. Moi, j'ai eu plaisir de recevoir, bien avant la sortie, donc j'ai pu le lire tout l'été. Et j'ai vraiment adoré, parce que moi, je parle de joie, et mon ambition est de reconnecter mes auditeurs à leur joie intérieure. Et là, en fait, ce livre aussi va complètement dans ce sens-là. Donc, il y a une cohérence et j'ai vraiment adoré le lire. Alors, il y a quelque chose qui m'a interpellée dans le livre, c'est que vous dites que vous avez eu de bons moments, mais que vous avez eu du mal à les habiter pleinement. Il y a d'ailleurs une citation où vous dites « J'ai longtemps mis un bémol à mes joies » . C'est quelque chose que j'ai noté parce que ça m'a interpellée. Concrètement, comment vous le manifestiez, ce bémol ?
- Speaker #1
En fait... l'un des premiers chapitres commence par une parodie de cette célèbre phrase de Proust qui commence la recherche du temps perdu en disant longtemps je me suis couché de bonheur et j'écris moi longtemps je me suis couché avant le bonheur, c'est exactement ce que vous venez de dire, en fait c'est je crois que j'ai rien de très très particulier là dedans on est malheureusement très nombreux à le faire, j'étais j'avais beaucoup de mal effectivement à habiter l'instant totalement Non. Et j'étais sans cesse préoccupé soit par le passé, la nostalgie, les regrets, les remords, la culpabilité, soit par le futur, l'appréhension de ce qui va advenir, l'anxiété ou l'espoir. mais un espoir qui parfois est vain, puisque, encore une fois, on n'a pas le contrôle sur ce futur, ces 10, 15, 20 chemins possibles dont on ne sait jamais vraiment lequel sera. celui qui sera emprunté par notre destin. Et donc, j'ai mis très très longtemps, et je crois qu'aujourd'hui même, je continue de travailler pour essayer de le faire mieux, à me dire, mais en fait, le passé, il n'existe plus, il ne doit servir que de leçon, mais pas pour y habiter. Le futur, il n'existe pas encore. Et donc, la seule chose à vivre, c'est vraiment le présent, l'instant. et je J'ai acquis la conviction et c'est aussi pour ça que j'ai écrit ce livre. Je dis un petit peu, ça peut paraître prétentieux, mais ça ne le veut pas du tout. Je dis, j'ai écrit ce livre pour pouvoir le lire. Qu'est-ce que je veux dire par là ? C'est-à-dire que moi-même, je suis vraiment... Je me sens encore un apprenti sur ce chemin de la jouissance et de la capacité à habiter vraiment le moment. Et en fait, je suis allé chercher pour écrire ce livre chez tous mes maîtres, tous ceux qui m'ont appris à penser, tous ceux qui m'ont appris à vivre, des philosophes, des auteurs, des psychologues, des scientifiques, des poètes. Je suis allé chercher chez tous ces gens-là des... On ne va pas dire des recettes, parce qu'est-ce qu'il y a vraiment des recettes au bonheur, mais en tout cas, des leçons de vie, des expériences, des propositions. Et j'ai essayé de compiler ça au fil des différents chapitres, pour que mes lecteurs, j'espère, y trouvent aussi quelques modes d'emploi, quelques pistes de réflexion pour eux-mêmes progresser sur cette voie. Mais avant tout, pour pouvoir moi le relire régulièrement, quand je suis en pleine faillite. par rapport à cette capacité à vivre le moment et que je suis en train de m'angoisser ou de culpabiliser et que je ne sais pas... On est tous les deux là, par exemple. Au moment où nous nous parlons, il faut qu'on soit tous les deux présents l'un à l'autre. Si je suis en train de penser à autre chose, je vais perdre toute la magie et je vais casser aussi la vôtre. Voilà. Donc... Et ça, on a vraiment du mal, parce que dès l'enfance, on nous déshabitue à ça. On est dans l'anticipation. Voilà, le bébé, il est dans l'instant. Le bébé, il n'a pas de notion du passé, du futur. D'ailleurs, on nous apprend plus tard les conjugaisons. Et je vois, moi, j'ai un petit-fils, tout récemment, qui aura un an dans quelques semaines. Je l'ai vu, donc, après avoir eu moi-même quatre garçons, mais je l'ai vu ces derniers temps grandir. j'ai vu À quel point, effectivement, le bébé qui vient de naître, il y a quelques semaines, quelques mois, il est à chaque instant dans l'instant. Alors, il peut avoir ensuite son attention détournée par un autre instant, un autre stimuli, etc. Mais à chaque fois, il est pleinement là-dedans. Et il n'est pas en train de se demander ce qui va se passer, s'il bouge le verre. Non, il vit la chose. Et c'est cette âme d'enfant qu'il faut essayer de savoir retrouver, je crois. Oui.
- Speaker #0
et Malheureusement, il y a deux ans, vous avez appris une nouvelle qui a quand même changé votre vie.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que l'écriture de ce livre est partie de là ou est-ce que vous aviez commencé déjà à réfléchir, à justement écrire ce livre pour vous et pour vos lecteurs ?
- Speaker #1
Non, alors je pense que vraiment l'écriture du livre, elle découle vraiment... de ce qui m'est arrivé, c'est-à-dire ce cancer, il faut savoir nommer les choses, un cancer du poumon, un stade assez avancé. Je pense que ça a vraiment déclenché la maladie, a déclenché un certain nombre de... ou pas déclenché parce que c'était déjà un travail que j'avais en tête et des choses que je m'efforçais de faire, mais la maladie, elle a donné vraiment... une sorte d'acuité terrible, formidable, à cette nécessité de savourer les choses. Parce que la maladie, quand elle est grave, elle vous met quand même devant cette échéance. Oui, la finitude, notre finitude, ce qui nous attend tous. J'ai un chapitre qui s'appelle « Memento mori » , « Souviens-toi que tu vas mourir » . Mais on essaie tous, toute notre vie, d'oublier ça, qu'on va mourir. Et puis un jour, la vie vous le rappelle brutalement, soit parce qu'un proche disparaît, soit parce que vous-même vous êtes atteint par une affection plus ou moins grave. Et en fait, cette notion de la finitude, elle vous redonne la vraie notion du temps. Et le fait que surtout la vie est faite d'impondérables, d'imprévus et d'incertitudes. Et que ce qui est certain, encore une fois, la seule chose certaine, c'est ce qu'on est en train de vivre là tous les deux. On ne sait pas ce qui va advenir dans un quart d'heure, ni même dans deux minutes, et encore moins dans deux heures. On peut avoir des projets, des espoirs, des envies, mais rien de tout ça n'est certain. La seule certitude, c'est ce qu'on est en train de vivre. Et donc, arriver à se reconnecter à ça, c'est quelque chose d'assez... difficile parce qu'encore une fois, on nous déshabitue de ça dès le plus jeune âge. Mais c'est quelque chose d'extrêmement gratifiant et satisfaisant profondément. La jouissance.
- Speaker #0
La jouissance. Dans le livre, c'est ce que vous expliquez aussi. Ce que vous essayez de nous apprendre, en tout cas, c'est de pouvoir se connecter à ça sans attendre qu'il y ait un événement. C'est de profiter de la vie sans attendre qu'il y ait un événement qui nous le rappelle.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et vous, depuis l'annonce de votre maladie, Qu'est-ce qui a changé dans votre manière de vivre ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui a profondément changé ? Ou est-ce que c'est juste votre état d'esprit qui a changé ? Est-ce que vous profitez plus de certaines choses ? Est-ce que vous faites des activités que vous mettiez à plus tard ?
- Speaker #1
Alors, je dirais, à la fois ça a profondément changé, et à la fois, forcément... On ne devient pas du jour au lendemain quelqu'un d'autre. Ce qui a profondément changé, c'est la volonté. C'est le désir de ne plus gaspiller du temps comme j'ai pu le faire. Encore une fois, j'ai eu une vie très heureuse. Je l'écris, j'ai aimé, j'ai été aimé, j'ai eu des enfants formidables. Vous avez les 4 T. Voilà, mes 4 T. J'ai eu la chance d'avoir. de faire un métier que j'adorais et qui me satisfaisait pleinement. J'étais heureux de me lever le matin. D'ailleurs, c'est la leçon que j'ai essayé toujours de donner à mes enfants. Devenez ce que vous voulez, me nuisiez, chirurgien, avocat, agriculteur, mais soyez heureux de faire ce que vous avez à faire. Et quand vous ouvrez les yeux, de vous dire, je vais faire quelque chose qui me passionne.
- Speaker #0
Ça, c'est rare, pardon de vous couper, mais beaucoup de... parents mettent la pression quand même aux enfants pour faire... Oui, voilà,
- Speaker #1
mais parce que malheureusement, et ça aussi c'est terrible, et je ne porte aucun jugement de valeur, mais je trouve que c'est... Voilà, il y a trop de parents qui se réalisent dans la réussite de leurs enfants, et qui en fait poussent leurs enfants en pensant sans doute bien faire, et travailler au bonheur de leurs enfants, mais en fait... derrière ça ce qu'ils cherchent souvent c'est une propre satisfaction, c'est une sorte de fierté, d'orgueil, etc.
- Speaker #0
Moi c'est quelque chose que j'ai beaucoup vu sur les terrains de foot, quand j'amenais mon fils au foot, quand il était plus jeune. Les parents mettaient une pression aux enfants, ils étaient vraiment en colère parce qu'il y a eu une mauvaise passe, parce que je me disais mais c'est pas logique en fait, on amène l'enfant pour qu'il s'amuse, pour qu'il sorte un peu de son quotidien. C'est amusant ce que vous dites,
- Speaker #1
parce que mon quatrième... Il est en sport études, il est joueur de foot à haut niveau, il joue gardien de but, il est très grand. Mais je ne l'ai jamais poussé en fait. Je me suis contenté, en fait c'est lui qui voulait. Je me suis contenté d'essayer autant que possible de lui faciliter les choses dans ce qu'il avait envie de faire. Mais jamais je ne l'ai poussé. et je me souviens un jour Il avait fait un mauvais match et je l'ai un peu grondé parce que j'estimais qu'il n'avait pas donné ce qu'il avait à donner. Et là, il m'a expliqué qu'en fait, il avait fait tout le match avec des crampons beaucoup trop petits parce qu'en fait, il avait prêté les siens à l'attaquant qui avait oublié les siens. et du coup il avait pris... Quelle générosité ! Mais voilà, et là je lui ai dit mais... En fait, finalement, tu n'as servi personne parce que tu as pénalisé ton équipe, puisque tu es quand même un élément, un maillon important de l'équipe, le gardien de but. Et puis, il faut aussi que tu saches penser à toi, parce que là, tu t'es pénalisé, tu as été mauvais, tu as souffert. Et finalement, c'est toute l'équipe qui a pâti aussi de ça. Mais bon, je n'ai jamais voulu... Je suis fier de lui. Je suis fier de lui. Mais je suis fier de lui parce qu'il fait ce qu'il aime. Et qu'il le fait, qu'il réussit dans ça. Mais pas parce qu'il fait ce que je lui ai demandé de faire.
- Speaker #0
Oui, et puis vous le coachez aussi. Ce que vous expliquez, c'est un coaching finalement. Exactement. Ok. Et je voulais aussi revenir, vous avez parlé de culpabilité tout à l'heure. Dans le livre, vous en parlez. Et souvent, moi j'ai entendu ça quand je parle de murmures de joie. Parfois on me dit, Et même, j'ai... Quelques commentaires négatifs parfois sous mes publications, où les gens disent, oui mais c'est bien beau de parler de joie, penser aux enfants à Gaza, voilà. Et je me dis, mais est-ce que si je plonge dans un malheur, ça va rendre l'autre plus heureux ? Non, en fait, finalement c'est un devoir quelque part, d'être aussi dans la joie, dans quelque chose de positif. Donc ça, vous en parlez également dans le livre. J'aimerais que vous développiez un petit peu cette culpabilité. Vous parlez du sens éthique.
- Speaker #1
Oui, parce que c'est le premier chapitre du livre. et c'est jouir dans un monde qui brûle. Est-ce qu'on a le droit ? Est-ce qu'on a le droit d'être heureux quand autant de personnes autour de nous, effectivement, de Gaza à la Somalie, de l'Ukraine aux Ouïghours en Chine, et on pourrait citer malheureusement tellement d'autres exemples, il y a tellement de gens qui souffrent, tellement de gens qui sont dans le malheur, dans la pénurie, dans la famine, dans la guerre, etc. Et je crois effectivement que c'est rendre service à personne d'être soi-même dans le malheur et qu'on ne peut être, au contraire, on peut donner que si soi-même on est bien. Donc évidemment, la jouissance, elle ne doit pas être égoïste, le bonheur, il ne doit pas être égoïste à partir du moment où on sait qu'on est privilégié et qu'on arrive à profiter justement de... De cet avantage incroyable qu'on a, nous, de vivre en France, en l'occurrence, par exemple, pour nous deux, dans un pays qui est quand même un des pays où il fait le meilleur vivre sur la planète, avec un système de santé. Moi, si je suis là aujourd'hui en train de vous parler, c'est parce que je vis en France. Je vivrais dans un pays où le système de santé est moins développé, moins aidé, moins assisté. Peut-être que je ne serai plus là. Moi, j'ai été remarquablement soigné. Je dis merci à la médecine, merci à l'avancée de la science et merci à la sécurité sociale. Est-ce que le fait de... Il faut savoir qu'on est des privilégiés. Mais il faut s'en réjouir et s'emplir de cette force que nous donne le bonheur tous les jours pour aller aider au maximum. Il ne s'agit pas non plus de savourer son bonheur très égoïstement en ne regardant jamais ailleurs et en se désintéressant de la souffrance. Non, ne pas culpabiliser d'être heureux, mais essayer de renvoyer. Très modestement. Un de cette force, en fait. Voilà, chacun à son petit niveau. Il y en a un qui peut faire des... qui ont la force ou la fortune. Voilà, tout le monde ne peut pas être Bert et Reza. Et tout le monde ne peut pas être Bill Gates qui peut distribuer des milliards s'il le veut. Mais on peut chacun faire ses petites pierres. Oui, faire sa part. Et faire sa part de boulot. Et si on était plus nombreux à le faire, je dis souvent, si on était... Si le... Les gens mettaient le dixième de l'énergie qu'ils mettent à dire du mal ou à faire du mal, à dire du bien et à faire du bien, ce monde serait sans doute, cette planète serait sans doute un paradis. Mais voilà, donc ne culpabilisons pas, puisque de toute façon on l'est, privilégié, donc ne culpabilisons pas de l'être, mais tirons de ça une force pour essayer de renvoyer quelque chose. Et même auprès d'un ami, d'un proche, de quelqu'un de la famille, d'un enfant, On ne peut pas... donner, et on ne peut pas apporter de la joie, vous n'allez pas me contredire, puisque vous travaillez là-dessus en permanence, si soi-même on n'en éprouve pas.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
On ne peut apporter au contraire que ce que certains appellent des mauvaises ondes, on appelle ça comme on veut, mais ce qui émane de vous, c'est ce que vous avez à l'intérieur, et c'est votre état d'esprit du moment, là encore. Donc, pour faire du bien, je suis persuadé, de plus en plus aujourd'hui, qu'il faut être bien soi-même.
- Speaker #0
Je partage complètement. Vous avez dit deux choses qui me parlent beaucoup. Vous avez parlé du système de santé en France et la chance qu'on a de vivre en France. Et souvent, moi, je dis aux gens qui se plaignent de la France, je dis qu'on a quand même énormément de chance. Je prends un exemple, je vais prendre deux exemples personnels. Là, j'ai en ce moment ma mère qui a aussi un cancer. Et donc, elle vit au Mali et le système de santé n'est pas du tout au même niveau que la France. Donc voilà, c'est beaucoup de chance de vivre ici. Et puis le deuxième exemple, c'est que dans ma famille, cette maladie malheureusement, elle fait beaucoup de dégâts en ce moment même. Et l'autre jour, je me disais, mais j'ai quand même beaucoup de chance d'être en bonne santé dans une famille où il y a beaucoup de gens qui sont malades. Et j'ai un devoir en fait de leur apporter. de la joie, d'être positive et pas me dire, oh là là, mais ils sont malades. Et moi, je suis en train de profiter de la vie. Non, en fait, parce que si je m'enferme, moi aussi, je ne pourrais pas les aider. Donc, ça va carrément dans le sens. Mais en revanche, effectivement,
- Speaker #1
utiliser la force que nous donne le fait d'être en bonne santé, d'avoir des enfants beaux et épanouis, d'être globalement heureux dans sa vie. Cette force-là, il faut savoir s'en servir pour pouvoir aider. aider les autres et s'engager. Et moi, c'est aussi ce que j'essaie de faire de plus en plus. Ma petite notoriété, je la considère comme une sorte de haut-parleur. Et ma parole, on en pense ce qu'on veut de ce système-là. Le système médiatique fait que ma parole, elle a plus de résonance, ma parole comme celle de tous ceux qui sont connus et qui ont donc accès aux médias et qui sont invités dans des émissions, des podcasts ou peu importe, elle a plus de poids que celle de quelqu'un qui est dans la rue ou de la vendeuse de la boutique en dessous, etc. Pourquoi ? Parce qu'on m'accorde de l'importance, encore une fois on pourrait longuement gloser sur est-ce qu'on a raison de m'accorder de l'importance à moi, Pascal Bataille ? Mais si... Je ne me sers pas du fait qu'on m'accorde de l'importance pour essayer de faire passer des bons messages, des messages utiles, des messages qui servent aux autres. C'est du gâchis, en fait. Voilà, donc, cette chance que j'ai, là encore, d'être médiatisé et qu'on me donne la parole, vous me faites l'honneur de me consacrer votre podcast. Moi, vous me faites l'honneur de venir. Non, non, moi, je ne vous... C'est vous qui me faites un honneur, parce que vous me donnez la parole. Vous considérez que je vaux la peine qu'on me donne la parole. C'est un privilège incroyable. Si je ne m'en sers pas pour faire passer des messages, vous savez, peut-être que je suis très investi dans la lutte contre la maladie de Charcot, depuis un certain nombre d'années. Je me sers de cette notoriété pour faire connaître cette maladie, pour appeler les gens à donner pour la recherche, parce que c'est une des dernières maladies incurables aujourd'hui. et on sait que... C'est juste une histoire d'argent.
- Speaker #0
Vous pouvez rappeler le nom de l'association d'ailleurs ?
- Speaker #1
Ça s'appelle l'ARSLA, A-R-S-L-A, Association pour la recherche sur la sclérose latérale amyotrophique. C'est le nom scientifique de la maladie de Charcot. Aujourd'hui, depuis que j'ai été malade, je me mobilise aussi pour faire connaître le nouveau programme de dépistage précoce du cancer du poumon, qui a été mis en place depuis quelques mois en France dans un certain nombre de régions. Ça consiste à dire aux gens qui ont plus de 50 ans, puisque c'est la cible, et qui ont fumé ou qui sont fumeurs encore, d'aller se faire dépister gratuitement. Et ça, ça permet de repérer évidemment des maladies beaucoup plus précocement que si on attend d'avoir des symptômes, souvent des maladies en plus silencieuses. Et donc voilà, c'est vraiment de l'utilité publique que de faire connaître ça. Être dans le déni, ça n'a jamais soigné personne. Tout à fait. Il vaut mieux savoir qu'ignorer quand on est malade. Et voilà. Vous voyez, c'est des choses qui donnent du sens à mes journées. Quand je me couche le soir et que je sais que grâce à moi, très modestement parce que j'en ai parlé, il y a peut-être trois personnes qui sont allées se faire dépister et que sur les trois, heureusement, il n'y en a aucun qui est malade. Mais peut-être que sur les trois du lendemain, il y en a un à qui on va trouver une tumeur assez précoce pour qu'on puisse bien la soigner. Je me dis que ma journée n'a pas été totalement inutile.
- Speaker #0
Complètement, complètement. Merci Pascal. On va parler de jouissance, de joie, de bonheur. Voilà, tous ces termes-là, moi j'ai du... Parfois j'ai du mal à définir ce que c'est que le bonheur, ce que c'est que la joie, j'ai ma définition. La jouissance, j'ai l'impression que c'est une autre forme de joie. Quelle est votre définition de tous ces éléments-là, de tous ces sentiments ? Et puis, il y en a plein d'autres encore.
- Speaker #1
Oui, il y en a plein. Mais déjà,
- Speaker #0
si on reste sur ces trois.
- Speaker #1
Il y en a plein d'autres. Et effectivement, on pourrait longuement, je ne sais pas si je vais discuter avec les gens de l'Académie française qui font le Larousse ou le Robert, etc., les dictionnaires.
- Speaker #0
D'ailleurs, il n'y a pas un petit combat Larousse-Robert dans le livre, il me semble que j'ai lu ça.
- Speaker #1
Mais voilà, pour moi, effectivement, Euh... Je ne sais pas comment vous définissez la joie, mais pour moi, la joie, c'est une émotion un peu forte et qui survient sans doute d'un événement, qui est créé par un événement. Le bonheur, au contraire, c'est une sorte d'état un peu constant, mais qu'on atteint quand même rarement. On y... On espère le bonheur, mais quelque part c'est une sorte d'idéal. Et ce que j'appelle moi la jouissance, c'est cette capacité à être soit dans la joie, soit dans le plaisir, soit justement c'est de fréquenter ces diverses émotions en allant à chaque fois chercher la bonne chose dans l'instant et dans le moment qu'on vit. Pour moi c'est ça la jouissance. Jouir, ce n'est pas sale, ce n'est pas s'approprier quelque chose. C'est être pleinement dans l'émotion qu'on traverse à ce moment-là. Y compris, pourquoi pas, la tristesse. Il faut savoir aussi parfois tirer tout le profit qu'on peut avoir d'un moment de tristesse. La tristesse, parfois,
- Speaker #0
elle peut être créative aussi. Bien sûr,
- Speaker #1
elle peut être créative, elle peut être source d'inspiration. Et puis...
- Speaker #0
Vous parlez de la joie, si on ne connaît pas la tristesse, on ne peut pas connaître la joie. C'est-à-dire que forcément, une émotion, si on est tout le temps là-dedans, si on est tout le temps dans cette émotion, on n'en est plus conscient. Donc on n'aurait pas de joie si on n'avait pas de temps en temps des déceptions et des tristesses.
- Speaker #1
Donc la jouissance, ça serait vraiment vivre pleinement les moments heureux ? Ou pas que les moments heureux d'ailleurs. C'est vivre pleinement les moments. C'est une façon de vivre.
- Speaker #0
C'est habiter ce que j'appelle habiter l'instant. Habiter le moment. Être pleinement dans ce qu'on vit. Ne pas le refuser. Et essayer d'en tirer à chaque fois le plus de positif possible. Alors je ne suis pas meilleur qu'un autre pour le faire. Je ne suis pas un gourou. Je ne suis pas Bouddha, etc. Mais c'est une aspiration, en tout cas, et un travail, je dirais, un peu de chaque instant, c'est le cas de le dire. Et que j'ai le sentiment de parvenir de mieux en mieux ou de moins mal en moins mal à faire.
- Speaker #1
Et vous, qu'est-ce que vous aimez faire qui vous met justement dans cet état de jouissance ? Jouir de la vie, c'est quand même un très beau projet que je remets dans tout le monde.
- Speaker #0
Mais vous savez, je trouve justement, et je me rends compte de plus en plus, que ça peut être, comme vous le disiez tout à l'heure, ce n'est pas forcément un événement qui va créer ça. Ça peut être un événement. Hier soir, j'ai dîné avec un groupe de 7-8 amis que j'aime beaucoup. Il y avait une sorte d'atmosphère. de bienveillance, de joie, d'amour. Ça, c'est un moment évidemment formidable. Mais ça m'arrive de sourire béatement. J'aime bien faire du deux-roues. En roulant à deux-roues, ça peut être dans Paris ou dans ma gérante. Vélo, moto, peu importe. Ça m'arrive de sourire béatement et d'être empli de cette jouissance simplement parce qu'il fait beau, parce que ça sent bon, parce que Parce que juste, je me sens vivant.
- Speaker #1
Et parce que vous avez eu cette capacité à vous connecter à ça, à ce moment-là aussi. Voilà, et en fait,
- Speaker #0
en me rendant compte que ça me rend heureux, ça me rend encore plus heureux, évidemment, de savourer ça et d'en être capable. Donc, ce n'est pas forcément un événement... Moi, j'adore lire, j'adore être avec des amis. Évidemment, quand je suis avec mes enfants, c'est aussi un régal. il y a plein de moments de vie qui sont... J'adore être au Sénégal, dans ce pays qui me touche énormément, au bord de l'océan, la présence de la mer. Tout ça, c'est des facteurs qui m'apportent beaucoup de joie, de sérénité et de bonheur. Mais ça peut être aussi quelque chose de tout simple, un bruit, une odeur, juste un paysage. De savoir à quel point on a la chance de vivre ça, d'avoir ça sous les yeux. Souvent, on ne voit pas les choses qu'on a sous les yeux, même les plus proches.
- Speaker #1
C'est vrai. Et souvent, on n'en tient plus trop compte. Les choses acquises, on ne se rend pas compte à quel point...
- Speaker #0
De ne jamais être blasé.
- Speaker #1
C'est ça, de ne jamais être blasé. Et c'est aussi essentiel dans le couple.
- Speaker #0
Oui, bien sûr, dans l'amour. Alors ça, c'est un autre sujet. vous voyez, moi en ce moment Je ne suis plus en couple, j'ai vécu des amours très belles, très longues, etc. Aujourd'hui, je ne suis plus en couple parce que j'ai le sentiment peut-être que je traverse un moment de ma vie où j'ai besoin de donner à plus de personnes qu'à une seule, comme on doit le faire dans un couple, parce que quand on aime, il faut vraiment se donner beaucoup et donner beaucoup. Et j'ai assez cette conviction-là en ce moment que je ne suis pas fait pour être en couple en ce moment. Peut-être qu'après-demain, je vous dirai bientôt que je suis tombé fou à vous. Mais en tout cas, c'est un moment de vie que je traverse, qui est celui-là. Mais bien sûr que l'amour est quelque chose d'extraordinaire et qui demande beaucoup de dons de soi.
- Speaker #1
Oui, et puis ce qui est le plus important, je pense, c'est... justement de vivre ce qui nous convient à un moment donné. Donc il y a des moments où on a envie d'être en couple, dans cette espèce de fusion. Il y a des moments où on a besoin de plus de liberté. Il y a des moments où on a besoin aussi d'arroser beaucoup de gens autour de nous de bonheur et d'amour.
- Speaker #0
On en revient à ce qu'on se disait tout à l'heure. C'est-à-dire qu'en fait, il faut être en cohérence avec soi-même avant tout. pour pouvoir apporter un peu de joie autour de soi. un peu de bien-être et de bienveillance, et que donc si on est dans quelque chose qui devient une contrainte, et le couple peut être une contrainte comme plein d'autres choses, eh bien on n'arrive plus ni à rendre l'autre heureux, ni surtout à être heureux soi-même.
- Speaker #1
Et c'est pas égoïste en fait de justement vivre ça.
- Speaker #0
Je pense qu'il faut savoir se déculpabiliser là aussi. Il y a des couples merveilleux qui restent 70 ans ensemble. je suis... Je les admire et ils me rendent heureux de les voir, bien sûr. Mais en même temps, il ne faut pas culpabiliser non plus d'avoir vécu une histoire d'amour qui est plus brève, qui a pu être intense. Si on a été sincère et vrai, peu importe, je trouve la durée, le nombre des années.
- Speaker #1
Je suis tout à fait d'accord avec ça. On va rebondir sur Apprendre à s'aimer, vous en parlez beaucoup dans le livre aussi. Est-ce que vous, dans votre parcours, ça a été un sujet ? Ou est-ce que vous vous êtes toujours aimé ? Non, non,
- Speaker #0
non. J'ai été quelqu'un de très complexé par plein de choses, physiquement, intellectuellement parfois. Souvent, je ne me sentais pas vraiment à ma place. J'avais même parfois... Ce qu'on appelle un peu le syndrome de l'usurpateur, vous savez, c'est le fait d'avoir l'impression qu'on ne mérite pas ce qu'on a, ce qui nous arrive, etc. Et j'ai longtemps été encore dans l'impossibilité de m'aimer vraiment moi-même. D'accord. Alors non pas que je me détestais, non pas que je me... voilà. Mais que j'avais honte de moi, mais... Je ne m'assumais pas totalement, je ne m'acceptais pas totalement. Et effectivement, apprendre à s'aimer, je pense que là encore, c'est une leçon qu'il faudrait essayer de donner à nos enfants, le plus jeune possible.
- Speaker #1
Mais qu'est-ce qui a fait que vous avez commencé à... À mettre de côté ces complexes dont vous me parlez ?
- Speaker #0
Alors les complexes, c'est au fil du temps. Physiquement, je me suis mieux accepté, etc. Mais je crois que je m'aime vraiment... Il y a encore des choses qui, sans doute, ne sont pas réglées, mais on va dire que je m'y mets vraiment depuis assez peu de temps, en fait. D'accord. Alors, j'ai fait une... et je continue de faire une psychanalyse, je travaille avec un psy formidable. On le salue. Je discute beaucoup, je m'interroge beaucoup sur moi-même, j'écris, comme je dis, ce livre, c'est aussi quelque part une sorte de réparation. Et voilà, en tout cas, il y a tout un chapitre sur le fait de s'accepter soi-même, y compris ces démons. On a tous une face obscure, on a tous des côtés moins jolis, moins beaux, ou en tout cas que la société ou la morale traditionnelle, la bien-pensance, vont nous présenter comme étant des défauts, voire des vices. Mais en fait... les refuser et refuser d'être soi-même, là encore, c'est se rendre malheureux et c'est surtout pas se rendre service. Donc accepter, y compris ces démons, se dire que finalement, ces démons, chacun en a et qu'on n'est pas le seul, chacun les sien et qu'ils ne sont pas forcément les mêmes que le voisin. mais bon S'aimer tel qu'on est, s'accepter tel qu'on est, s'assumer, parfois même revendiquer. J'aurais tendance à dire qu'il faut savoir revendiquer le fait d'être comme ça. Et dans tous les domaines, que ce soit les goûts, les envies, les affinités. On n'est pas obligé d'aimer la même chose que le voisin. ce que la société nous demande d'aimer ou ce qu'il est de bon ton d'apprécier, etc. On peut détester un film que tout le monde a adoré et on n'est pas obligé d'aller voir l'expo qu'il faut aller voir en ce moment parce qu'il y a 50 autres expos qui passent sous les radars et qui méritent peut-être notre attention. Donc voilà, essayez de... Il y a aussi un chapitre du livre où je parle de nager à contre-courant. Alors il ne faut pas que ça devienne une attitude... je dirais, une sorte de fausse attitude, de technique. Nager à contre-courant, ça veut dire quoi ? Ça veut dire, non, on ne sait pas parce qu'on me dit que c'est ça qui est bien, c'est pas parce qu'on me dit qu'il faut faire ça ou il faut être allé là, qu'il faut le faire. Est-ce que moi, j'ai vraiment envie ? Est-ce que moi, j'aime vraiment ça ? Est-ce que moi, je me sens vraiment comme ça ?
- Speaker #1
Donc ça passe par se connaître en fait aussi.
- Speaker #0
Ça passe par se connaître, s'accepter et oser. Oser ne pas être... dans la mouvance. Il ne faut pas en faire, encore une fois, une sorte de religion ou de précepte. Mais quand ça arrive, il faut l'accepter. Je vais vous prendre un exemple. Il y a eu une éclipse cet été. Tout le monde, il fallait absolument aller voir l'éclipse. Et moi, ça ne m'intéressait pas. L'éclipse, ça m'intéressait. Et ça m'intéressait d'autant moins quelque part que tout le monde allait la voir et la voir d'une façon un peu comme ça. Béat, parce qu'il fallait y aller. Et du coup, j'ai boudé l'éclipse. Mais voilà, je n'en tire aucune fierté. Oui, mais parce que vous n'en aviez pas envie. Je ne suis pas meilleur que celui qui est allé voir l'éclipse ou celle qui est allée voir l'éclipse. J'ai des amis qui sont allés se baigner pendant l'éclipse. Je trouve que c'est génial ce qu'ils ont fait. Parce que ça donnait une énergie particulière,
- Speaker #1
c'est ça ? Peut-être. Oui,
- Speaker #0
c'est ce qu'ils cherchaient en tout cas. D'accord. Mais... Moi, je ne le sentais pas. Je n'ai pas voulu me forcer pour faire comme tout le monde et pouvoir partager le lendemain les mêmes choses. J'ai pris un train à cette heure-là. J'étais dans un train au moment de l'éclipse. Mais bon, c'est une anecdote comme une autre. Ce que je veux dire par là, c'est qu'il faut essayer de se retrouver soi-même, de savoir se questionner. En ce moment, par exemple, je suis en train de... dans le cadre de ce travail quotidien que j'essaie de faire un peu sur moi-même. J'ai fait un tableau avec quatre colonnes. Qu'est-ce qui est essentiel pour moi ? Qu'est-ce qui est mes kiffs, mes plaisirs ? C'est une deuxième colonne. C'est pas la même chose. L'essentiel, c'est ce sans quoi je ne peux pas vivre. Les kiffs, c'est les plaisirs que je prends en plus. Qu'est-ce qui est superflu ? C'est-à-dire que souvent, on pense que c'est nécessaire ou indispensable, mais en fait, on peut très bien s'en passer. Et puis, la quatrième colonne, c'est ce qu'il faut que je fuis le plus possible. Parce que je sais que ça me fait du mal. Et c'est rigolo parce que faire ces quatre colonnes-là, vous vous rendez compte que d'abord, ce n'est pas si facile que ça à faire. Parce qu'il faut être très honnête avec soi-même, très sincère. Parfois... Je ne sais pas, on peut dire, je me rends compte que l'argent c'est essentiel, c'est moche d'être, ou je n'en sais rien, ou le sexe, ou la gourmandise, est-ce que c'est essentiel, est-ce que c'est un kiff, est-ce que c'est superflu ? Il faut faire ces colonnes-là, avec beaucoup de sincérité et d'honnêteté. Parfois, on y revient trois ou dix jours plus tard, et puis on se rend compte qu'on a mis un truc dans une colonne. En fait, non, on s'est trompé, c'est dans la colonne d'à côté.
- Speaker #1
Ça peut être des personnes aussi.
- Speaker #0
Ça peut être des personnes. Bien sûr, moi, dans la colonne essentielle, j'ai mes enfants, j'ai mon ex-femme, qui est, même si c'est mon ex-femme, c'est quelqu'un d'essentiel à ma vie, c'est un pilier, voilà. Et ce travail-là, il est fantastique, parce qu'il permet vraiment, et il n'est pas du tout égoïste ou égocentrique, contrairement à ce qu'on pourrait penser, parce que... Une fois que je sais, moi... Ce qui est essentiel, ce qu'il est moins, et ce dont je dois absolument m'éloigner, je suis mieux et je peux plus me consacrer aux autres et essayer de faire un petit peu de bien autour de moi. Donc c'est un exercice que je recommande. Ah oui,
- Speaker #1
moi je note et on le recommande aussi à nos auditeurs.
- Speaker #0
Pour mieux se connaître. Voilà, ce tableau à quatre colonnes. Et ça permet quoi ? Ça permet parfois d'arrêter de courir après des chimères.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
des choses dont on pense qu'elles sont indispensables, qui finalement nous font plus de mal qu'autre chose, de stress, du temps, et de se dire, mais non, l'essentiel c'est ça, c'est pas ça, et donc c'est à ça qu'il faut que je me consacre pour être heureux.
- Speaker #1
C'est une belle recette, je vais tester, je pense que ça va être utile aussi.
- Speaker #0
Je ne pense pas que vous apportez grand-chose, Bétho.
- Speaker #1
Non, mais je pense vraiment que faire un tableau comme ça avec... Moi, je l'ai déjà fait pour d'autres sujets. Chacun sa méthode, voilà. Je l'ai fait pour d'autres sujets. Je sais, par exemple, que souvent, quand on cherche l'amour, on peut aussi faire ce type d'exercice sur qu'est-ce qui est important pour moi chez quelqu'un, qu'est-ce qui est le petit plus, qu'est-ce qui est indispensable, etc. Donc, l'appliquer à la vie en général, je trouve que c'est intéressant aussi.
- Speaker #0
Oui, et puis c'est vrai que... Je pense que plus on arrive à faire ça assez jeune, plus on s'évite certaines erreurs. En même temps, il faut aussi vivre des expériences et les échecs sont des leçons. Et si on ne se trompe jamais, si on sait tout, si on savait tout dès l'enfance, si on savait exactement ce qu'il faut faire pour être parfait, la vie serait sans doute moins savoureuse aussi.
- Speaker #1
Peut-être, mais là où je suis d'accord avec vous, c'est qu'on peut quand même donner quelques clés aux enfants. Voilà. très rapidement, qu'on a nous appris avec le temps, pour ne pas leur permettre de gagner du temps en tout cas, mais pour orienter peut-être un peu plus...
- Speaker #0
On avait ce débat l'autre soir, j'étais avec des amis qui ont des enfants adolescents, comme moi, mon dernier, il vient juste d'avoir 18 ans, il sort de l'adolescence, et sur l'argent. Dieu sait si l'argent dans notre société est important. considérée même comme essentielle par beaucoup. Et donc on a des débats avec ces jeunes, et c'est intéressant, à l'ère où il y a ces influenceurs qui donnent un exemple qui est, encore une fois, je ne suis pas là pour le juger, mais de gens qui peuvent gagner énormément d'argent simplement finalement en faisant des trucs sur... en postant des choses sur Internet, etc. Et donc, ça peut paraître de l'argent très facile, etc. En fait, c'est sans doute beaucoup plus compliqué que ça, parce que tout le monde n'y réussit pas non plus. Donc, ils ont certainement un talent, ces gens-là. Et donc, cette discussion avec des adolescents sur est-ce qu'il faut avoir de l'argent pour être heureux ? Question bateau, s'il en est, de bac de philo des années 70. Mais c'était très intéressant de les écouter, et pas de leur donner, nous, notre vision, mais de les écouter, et de voir, d'ailleurs, ils n'étaient pas forcément d'accord sur ce que l'argent peut procurer ou pas par rapport au bonheur et à la jouissance. Donc, l'argent, est-ce que c'est essentiel ou pas ? à 30 ans, à 40 ans, à 60 ? Est-ce que c'est essentiel ? Est-ce que c'est un kiff ? Est-ce que c'est superflu ? Il y a plein de choses comme ça. Chacun a sa réponse.
- Speaker #1
Mais moi, je pense qu'en tout cas, l'argent ne fait pas le bonheur. J'ai plein d'exemples autour de moi où je peux dire que l'argent ne fait pas le bonheur.
- Speaker #0
Mais il peut aider. Moi, je dis souvent, l'argent ne fait pas le bonheur. Les plaies d'argent rendent souvent malheureux parce que dans notre société aujourd'hui, en tout cas, je parle dans les sociétés occidentales, Merci. Parce que justement, on parlait de l'Afrique tout à l'heure. Moi, ce qui me réjouit quand je vais là-bas avec mon statut de privilégié, riche, européen, etc., c'est de voir à quel point effectivement, souvent, qu'ils soient enfants ou adultes, ils ont très peu et ils sont heureux de vivre. Voilà, ça ne veut pas dire qu'encore une fois, on est dans l'angélisme, ils n'ont pas leurs problèmes. Globalement,
- Speaker #1
les gens sont heureux.
- Speaker #0
Ils sont beaucoup plus dans la jouissance que nous, en tout cas. Beaucoup plus, dans le moment, dans cette capacité à vivre l'instant et à moins se projeter. Mais nous, dans notre société, on voit des agriculteurs qui se suicident parce qu'ils n'ont pas de quoi finir la fin du mois, honorer leurs dettes et leurs emprunts, etc. Avoir des problèmes d'argent, aujourd'hui, ça peut être extrêmement... préoccupant, extrêmement stressant, ça peut être une source de maladie terrible. Et donc on voit à quel point, effectivement, ça a vicié notre rapport au plaisir et à la vie. Et donc, l'argent ne fait pas le bonheur, les plaies d'argent peuvent rendre malheureux.
- Speaker #1
Peuvent rendre malheureux quand même. J'aimerais qu'on parle de silence aussi. Donc vous avez, avant ce livre, alors c'est pas le petit, moi j'ai dit le, mais c'est Petit Traité de la Juissance. Donc, vous avez sorti aussi un petit traité du silence. Donc, le silence qui est un sujet, on en a parlé quand on s'est eu. Important pour moi, d'ailleurs, je sors d'une retraite silencieuse il y a quelques jours. Et puis, mon père m'a laissé un beau cadeau avant de partir aussi sur un éloge du silence. Et donc, j'aimerais que vous me disiez et vous disiez aux auditeurs aussi pourquoi vous avez écrit un traité sur le silence. et Quelle est la place du silence dans votre vie et dans votre philosophie aussi ?
- Speaker #0
En fait, oui, c'est une démarche. La jouissance vient après le silence, dans ma réflexion et dans l'approfondissement de cette démarche. Le silence a toujours été quelque chose de très questionnant pour moi, parce que déjà j'ai une particularité physique, que plein d'autres ont. c'est que j'ai depuis 35 ans des acouphènes, c'est-à-dire des bruits parasites en permanence. Je ne connais plus le silence depuis 35 ans. Là, vous les avez là, maintenant ? Je les ai en permanence. J'ai appris à vivre avec, donc il y a plein de moments où je n'y prête aucune attention. Là, puisqu'on vient d'en parler, je les entends. J'en suis conscient. Mais si vous me mettez dans un caisson insonorisé, je vais quand même entendre du bruit. et je ne vais pas... Ça fait 35 ans que je ne goûte plus le silence, le vrai silence, et que j'ai toujours ces bruits parasites qui viennent un peu dénaturer tout le reste. Même quand j'écoute de la très belle musique, j'ai quand même... Ah, vous entendez quand même ? Encore une fois, mon cerveau fait la part des choses. Donc déjà, ça a été une sorte de frustration qui m'a amené... aussi à réfléchir là-dessus. Évidemment, le silence absolu n'existe pas. Et j'ai aussi cet inconvénient, avec ces problèmes d'audition, d'être souvent très perturbé par les bruits, et les bruits qui sont agressifs pour le tout un chacun, vont être particulièrement agressifs pour moi. Ça peut être presque douloureux, etc. Et donc, le silence, c'est le silence où, en tout cas, L'absence de vacarme, l'absence de bruit, une sorte d'atmosphère paisible, etc. C'est des choses que je recherche depuis toujours. Et donc je me suis mis à travailler sur cette notion du silence. Et je me suis rendu compte à quel point, d'abord, on l'avait totalement oublié, totalement même chassé de nos vies, de plus en plus. On en a même peur, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, on rentre chez soi, on a presque tous tendance à allumer une radio, la musique, la télé. Parce que si on est... tout seul dans le silence de sa maison, de son appartement, c'est presque angoissant. Parce que là encore, on ne nous a plus appris à être avec nous-mêmes, parce que le silence, c'est quoi ? C'est juste se retrouver avec ça. Et donc, j'ai travaillé sur cette notion et j'ai voulu, à travers ce petit traité du silence, essayer de redonner au silence toute sa noblesse et d'interroger, de pousser les gens à s'interroger sur sur... leur rapport au silence. Aujourd'hui, là, vous êtes en train de m'écouter. Si vous parlez pendant que je parle, vous ne m'entendez plus. Donc, vous voyez, le silence...
- Speaker #1
Ou même si j'anticipe que je veux vous... Exactement. Je perds, en fait, les derniers instants.
- Speaker #0
Donc, savoir écouter, souvent, je mets en dédicace de ce guide du silence, ce petit traité du silence, je mets pour réapprendre à... Ouvrez la parenthèse, S apostrophe, refermez la parenthèse. Écouter. Apprendre à écouter, apprendre à s'écouter. S'écouter d'abord, et là on en vient après à la jouissance, mais aussi écouter les autres. On ne peut pas apprendre si on parle. Dans les écoles, dans les classes, malheureusement ça se perd beaucoup sans jouer les vieux réactionnaires, mais la voix du professeur, si elle est couverte par des bruits et par le bavardage de chacun, personne n'apprend. Donc pour apprendre, il faut d'abord écouter et faire taire ses propres pensées. Tous les sages savent que la méditation, etc. C'est un état où on recherche le silence. On ne peut pas méditer au milieu des barteaux piqueurs. Et cette notion d'apprentissage, de respect aussi. Savoir se taire, c'est respecter l'autre et sa présence et sa parole. On a prouvé, les scientifiques et les médecins ont prouvé que le silence est aussi vecteur de bienfaits physiques. Par exemple, le silence permet de... de faire diminuer le cortisol, qui est l'hormone du stress. Donc ça, c'est prouvé scientifiquement. Ça permet aussi aux neurones de se régénérer. Il y a plein de vertus au silence. Mais le silence n'est pas qu'une bonne chose aussi. Le silence, ça peut être aussi la dissimulation, le mensonge. Ça peut être la censure, l'interdiction. Donc, encore une fois, c'est un outil, comme beaucoup de choses. C'est un outil dont il faut savoir se servir à bon escient, savoir retrouver toutes les vertus du silence, prendre du temps pour soi, prendre du temps pour écouter les autres, savoir couper un peu ce vacarme informationnel aussi, ce que Garborin appelait l'infobésité, c'est-à-dire cette obésité de l'information qui fait qu'on croit être très bien informé, mais en fait, on ne comprend plus rien à rien parce qu'on n'a même pas le temps de réfléchir à ce qu'on nous... dit, à ce qu'on nous envoie en permanence comme connaissance et comme savoir. Retrouver le silence, mais aussi savoir utiliser la parole à bon escient, parce que quand on se tait tout le temps, ce n'est pas non plus la solution. Et donc il y a un proverbe d'ailleurs arabe qui est en exergue de mon livre sur le silence qui est « Si ce que tu as à dire n'est pas plus beau que le silence, alors tais-toi. »
- Speaker #1
Entendu. Merci Pascal. Avant de terminer, j'aimerais voir avec vous le message que vous souhaitez passer. Vous avez parlé des tests pour dépister éventuellement le cancer du poumon et d'autres maladies cardiovasculaires. Vous avez parlé aussi de la maladie de Charcot. On pense à Olivier Goy, à Loïc Rezibois et à son âme aussi. Et mon ami
- Speaker #0
Lorraine Vivier qui est... Aussi celle auprès de laquelle je mène ce combat depuis 5 ans et qui est pour moi un exemple de courage et de résilience chaque jour. Voilà, tous ces gens, Olivier, que je connais bien aussi, qui se battent alors qu'ils sont malades eux-mêmes pour faire connaître et pour la recherche.
- Speaker #1
Est-ce que vous avez d'autres choses, d'autres messages ?
- Speaker #0
Je crois que le message essentiel, et encore une fois, je ne suis pas du tout... Je ne veux pas du tout être un gourou et je ne suis sûrement pas meilleur qu'aucune des personnes qui nous regardent et nous écoutent en ce moment même. Donc, je n'ai aucune leçon à donner. Mais ce que moi, je me donne à moi-même comme un peu mission chaque jour, c'est finalement d'essayer de me ressembler le plus possible. D'être le plus possible honnête et sincère dans tous les moments. Ce n'est pas facile. Ce n'est vraiment pas facile. Et d'être le plus possible connecté à ce que je suis en train de vivre au moment où je suis en train de le vivre. Ce n'est pas facile non plus. Mais je vous assure que quand on y parvient, c'est terriblement jouissif.
- Speaker #1
Jouissif et enjoui de la vie.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Merci beaucoup Pascal pour votre présence. Merci pour votre modestie aussi. et voilà tout ce que vous nous avez transmis c'est important de partager son expérience et ce qu'on a appris de la vie aux autres c'est généreux, donc merci pour ça le petit traité de la jouissance donc c'est sorti aux éditions Guitré Daniel, le livre est beau et le contenu est excellent, n'hésitez pas à l'acheter, un joli petit bonbon rose voilà un joli petit bonbon rose et il y a le petit traité aussi du silence qu'on vous recommande voilà, merci d'être arrivé jusqu'au bout de cet épisode Et n'hésitez pas à vous abonner sur YouTube, sur les plateformes d'écoute, sur Instagram. Activez la petite cloche pour être notifié. Et puis, je vous dis à très bientôt. Au revoir.
- Speaker #0
À bientôt. Merci Bintou.
- Speaker #1
Merci Pascal.