- Speaker #0
Bienvenue dans Murmure Atypique, je suis Adeline, femme neuroatypique et maman. Ici, seule ou avec des invités inspirants, on brise le silence autour du TDAH, de l'autisme, de la parentalité et de la santé mentale. A travers mes partages et des témoignages sans tabou, on parle le vrai pour mieux comprendre votre fonctionnement et nourrir votre quête de sens. Un souffle de bienveillance dans un espace intime pour se reconnaître, s'inspirer et enfin...
- Speaker #1
Ne plus se sentir seule.
- Speaker #0
Bonjour à tous, on se retrouve aujourd'hui pour un nouvel épisode et aujourd'hui je ne suis pas seule puisque nous allons enregistrer un épisode en duo avec Laura. Bonjour Laura.
- Speaker #1
Coucou.
- Speaker #0
Donc Laura, vous l'avez déjà entendu dans l'épisode sur l'hyperphagie et les TCA.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et aujourd'hui on va évoquer un tout autre sujet, mais avant ça... si ça te dérange pas, j'aimerais bien que tu te présentes à nouveau de la manière dont tu le souhaites et ça va être un peu plus... je vais te challenger un peu parce que là comme on va parler d'un vécu très personnel, je pense qu'il pourrait être très intéressant que tu ne te présentes pas avec ta casquette de diététicienne ouh ouh ouh !
- Speaker #1
Exercice difficile ok alors, donc je m'appelle Laura Je suis maman d'un petit garçon qui va avoir 5 ans cette année, qui s'appelle Gabriel. Je suis mariée depuis bientôt 6 ans. Oh waouh, 6 ans. Voilà, on a un chien, on a un chat, on a des brebis. Et je suis neuroatypique.
- Speaker #0
Mais parfait ! On va tout de suite poser le cadre entre guillemets. Donc neuroatypique, diagnostiqué ?
- Speaker #1
Je suis diagnostiqué TDAH pour le moment.
- Speaker #0
Ok. TDAH avec ou sans hyperactivité, avec ou sans impulsivité ?
- Speaker #1
Avec hyperactivité et avec très grosse impulsivité.
- Speaker #0
Ça serait important pour la suite. Eh bien merci beaucoup, c'était parfait tu vois.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Donc là, ce qu'on va traiter aujourd'hui comme sujet, c'est un sujet qui pourrait être un peu trigger, qui pourrait trigger certaines personnes.
- Speaker #1
Oh oui.
- Speaker #0
Puisqu'on va parler de dépression post-partum. Alors j'aimerais tout d'abord vous dire que... si vous écoutez cet épisode, faites-le quand vous êtes dans de bonnes dispositions, parce que ça peut être un peu remuant.
- Speaker #1
Ça va être remuant, sachant que deuxième trigger warning, non seulement on va parler de dépression postpartum, mais vu qu'on va aller dans les détails, on va aussi parler envie... Enfin, idée noire et envie d'automutilation, donc peut-être pas à écouter si on est dans de mauvaises conditions.
- Speaker #0
Tout à fait. Eh bien, on va commencer par le commencement. donc comme on va parler de dépression postpartum, je pense qu'il est intéressant de revenir sur la grossesse. On pourrait peut-être revenir sur la préconception. Comment tu te sentais avant même d'être enceinte ?
- Speaker #1
Il faut que je me souvienne dans quel contexte j'étais avant d'être enceinte. Déjà, on était en année 2020, donc la naine Covid. Ça a été très compliqué professionnellement en parlant, puisque j'étais en cabinet libéral, on a fermé pendant plusieurs mois. Bon, pour le coup, le Covid, le premier confinement en tout cas, je sais qu'on l'avait très très bien vécu avec mon mari. On a la chance de vivre dans une grande maison avec un très grand jardin. Il avait fait très très beau. On avait vraiment eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de chance. Donc cette période avait été bien vécue, bien que le côté professionnel ne tournait pas. Ensuite, j'avais démarré un mi-temps en clinique avec une autre collègue diététicienne. Et il s'avère qu'en fait, j'étais déjà enceinte en démarrant ce poste-là. Donc, c'était une année, on va dire, compliquée. Ah si, chose importante, on devait se marier en 2020.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Il y avait, du coup, on devait se marier, donc le mariage civil, le mariage religieux en mai 2020. Évidemment, c'était au moment de tous les confinements. Donc ça, ça a été dur pour moi psychologiquement. Parce que quand ça fait déjà un an... que tu prépares quelque chose et qu'on te dit qu'en fait, tu ne vas pas pouvoir le faire comme tu le voulais. Et surtout, tout va être reporté. C'était déjà très compliqué de trouver des dates avec tous les prestataires. On a finalement reporté la date au mois d'octobre. On s'est mariés civilement en juin 2020. On a eu la chance de quand même pouvoir partir en voyage de noces entre les deux confinements. Ça, c'était plutôt la partie hyper cool. Mais ça a quand même été un petit peu chaud patate à vivre.
- Speaker #0
Oui. Je me souviens que t'étais... Parce que je ne l'ai pas forcément précisé, mais Laura et moi sommes amies. J'ai suivi de près tout ce qu'elle va... tout ce dont elle va parler. Et oui, ça a été anxiogène pour toi.
- Speaker #1
Il y a eu beaucoup de choses. Il y a vraiment eu beaucoup de choses. Ensuite, effectivement, en rentrant du voyage de noces, toi et Sam, vous êtes venus vivre avec nous. On était en colloque pendant six mois à peu près, je crois. Donc, tu l'as vraiment vécu de près, tout ça. Mon début de grossesse, tu l'as vécu avec moi aussi. Oui. Donc, voilà. On va dire que les prédispositions en préconception, elles étaient assez stressantes, assez floues. Mais dans ma tête, j'allais quand même plutôt bien, si j'essaye de m'en souvenir à peu près.
- Speaker #0
Au niveau santé mentale, quoi ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et du coup, la grossesse ?
- Speaker #1
Alors, la grossesse, elle est arrivée très rapidement. Donc ça, c'était quand même un soulagement parce qu'on essaie toujours de se dire, voilà, ça va prendre du temps. C'est normal parfois que ça prenne 6 mois, 12 mois avant de tomber enceinte, mais en fait quand on a le désir d'avoir un enfant, on a envie que ça vienne le plus rapidement possible. Donc ça, c'était vraiment la partie chouette. Je n'ai pas eu de problème particulier en tout début de grossesse, à part les nausées finalement. Les nausées qui étaient horribles, qui étaient là H24, et sachant que je ne vomissais pas, elles ne partaient jamais. C'était très dur à vivre, j'avais perdu 5 kilos. C'était vous qui cuisiniez à la maison parce que c'était impossible pour moi de rentrer dans la cuisine tellement il y avait des odeurs qui me débectaient. Je me souviens avoir une période où je mangeais que des chouca-piques et des pâtes à la sauce tomate. Mais les pâtes à la sauce tomate, ça durait trois jours et après, j'en pouvais plus. C'était affreux.
- Speaker #0
C'est vrai que cette partie de ta grossesse, ton début de grossesse, a été vraiment difficile parce que tu avais la fatigue.
- Speaker #1
J'étais très fatiguée.
- Speaker #0
Tu étais très fatiguée, tu travaillais.
- Speaker #1
J'étais fatiguée, je travaillais en plus. En fait, c'était surtout le travail à la clinique qui était très dur pour moi parce que j'avais du trajet. On était en plein Covid, donc on avait les masques toute la journée. C'était un boulot quand même très, très, très, comment dire, actif. J'étais très peu assise dans la journée. Je bougeais beaucoup, il faut monter les étages, les descendre. Il faut aller voir les patients. Il faut aller en cuisine. C'était ça aussi. Oui. De devoir aller en cuisine, de devoir gérer les plateaux repas. Dès qu'il y avait un souci, on y passait. C'était très compliqué. Et surtout, j'ai aussi très vite eu mal dans le dos et dans les hanches. Ça, c'est suite à un handicap de naissance. Mais c'est venu très rapidement dans le premier trimestre de grossesse. Et malheureusement, j'ai aussi été arrêtée très rapidement. Je suis tombée enceinte fin octobre et j'ai été arrêtée fin janvier.
- Speaker #0
Je ne me souviens pas que c'était aussi rapide. Oui.
- Speaker #1
C'était très, très rapide. Donc, en fait, dès la fin du premier trimestre, j'étais à la maison. Et ça, ça a été très dur à vivre.
- Speaker #0
Et tu sais pourquoi ça a été dur à vivre pour toi ?
- Speaker #1
Maintenant, je le sais. Je ne le remarquais pas à l'époque, mais je pense qu'avec l'hyperactivité, c'était horrible pour moi de ne pouvoir rien faire, de ne pas bouger. Alors, je précise, ça ne mettait pas du tout en danger ma grossesse, le fait que je bouge, mais c'est que j'avais des douleurs absolument horribles dans les hanches, dans le bas du dos. tout me faisait vraiment mal. Je dormais très mal aussi. Donc, je pense que c'était ce côté d'hyperactivité où j'avais juste besoin de bouger et de faire des choses de ma journée. Mais je ne pouvais pas les faire. Beaucoup de frustration.
- Speaker #0
Est-ce que tu as eu d'autres pathologies pendant la grossesse ?
- Speaker #1
Oui. Du coup, j'ai eu un diabète gestationnel qui s'est déclaré en tout début de grossesse aussi, dans le premier trimestre déjà. Ça, ça a été aussi très dur à vivre parce que Pourtant, je ne suis pas du tout une bouche sucrée à la base. Mais quand on nous interdit entre guillemets quelque chose, on a parfois un petit peu plus envie. Et surtout, j'avais très envie de manger sucré quand j'étais enceinte. Et ce diabète a été très frustrant, puisque je ne voulais absolument pas prendre de l'insuline. Donc, j'y faisais vraiment très attention. J'ai développé plein de stratégies du coup aussi pour mon métier d'après. Donc, ça, c'était cool. Mais c'était une surveillance accrue. C'est prendre six glycémies par jour. Tous les jours, pendant deux trimestres. Donc ça faisait beaucoup. C'était assez anxiogène quand même, un petit peu. Oui, je précise, je ne voulais pas prendre d'insuline. Parce que dans les protocoles médicaux en France aujourd'hui, la prise d'insuline lors d'un diabète gestationnel, c'est automatiquement un déclenchement à l'accouchement. Et j'avais un projet d'accouchement physio. Et pour moi, c'était hors de question qu'on me déclenche. Sauf gros problème bébé, évidemment. Mais je ne voulais pas passer par cette case-là. Donc oui, le diabète, ça a été une autre situation qui a été assez difficile à vivre.
- Speaker #0
Est-ce que tu avais des attentes, des images, des peurs par rapport à l'arrivée de ton bébé ?
- Speaker #1
Ça, je ne m'en souviens plus trop. Après, j'étais vraiment dans une bulle durant ma grossesse, vu que je ne pouvais pas faire grand-chose. Donc d'un côté, c'était horrible pour moi, mais d'un autre côté, j'ai pu m'informer sur plein de choses, j'ai pu lire plein de livres, donc il y avait quand même du bon. Et en fait, j'étais vraiment dans la maternité naturelle, le mois d'or, préparer des repas pour le postpartum. J'étais très renseignée sur le postpartum, sur les modes d'accouchement, sur les accouchements physiaux, ce que je voulais, ce que je ne voulais pas. Je pensais être très renseignée sur l'allaitement. Mais une fois que bébé était là, c'était autre chose. En tout cas, on va dire que j'ai eu le temps de m'informer le plus possible. même si entre la théorie et la pratique, il y a toujours un monde, peu importe le domaine. Donc je ne me souviens pas avoir eu des peurs particulières de devenir maman. Par contre, j'avais peut-être des attentes, en effet. Je voulais allaiter, je voulais, comme dit cet accouchement physio, je voulais pouvoir être disponible pour mon enfant, être dans de bonnes conditions, vivre un postpartum doux. Je pense que c'était ça les plus grosses attentes.
- Speaker #0
Comment s'est passé le moment de la naissance pour toi ?
- Speaker #1
Ça s'est passé en deux temps. C'est-à-dire que mes contractions ont démarré un soir et j'ai vécu 12 heures de contractions sans péril absolument génial. J'ai vraiment kiffé. Je m'étais préparée à l'accouchement physio, j'étais suivie par une doula. J'ai vraiment kiffé, j'étais dans ma bulle, on est arrivés à la maternité. Au bout de deux ou trois heures de contraction, il me semble, parce qu'elle commençait à être quand même bien rapprochée. J'ai tenu toute la nuit, j'avais mis mes petites lumières dans la salle de naissance. J'avais mes écouteurs sur les oreilles, j'ai pu prendre un bain. Bon, le moment du bain a commencé à exacerber les contractions, mais j'étais toujours bien, bien dans ma bulle. Et en fait, est venu le moment où ça commençait vraiment à pousser. Et malheureusement, j'ai vécu une heure trente à deux heures de poussée. Grosso modo, c'était très long, c'était très dur. Je commençais à être très fatiguée parce que j'avais des contractions depuis 18h la veille et il était 6h du mat. Et en fait, là, on me perce la poche des os en me disant que ça va aider. Bon, j'étais dilatée au maximum, mais malheureusement, mon bébé ne descendait pas correctement dans mon bassin. C'est-à-dire qu'il y a trois stades, en tout cas ce que la sage-femme avait expliqué, qu'il y a trois stades de descente dans le bassin. Il était descendu dans le premier stade, il descendait dans le deuxième quand je poussais, mais dès que j'arrêtais de pousser, il stagnait ou il remontait dans le premier stade. Je ne sais plus exactement tout ce qu'elle m'a expliqué, c'était un peu fou. Du coup, il a fallu faire intervenir un gynécologue et une équipe médicale. Et ce gynécologue, voulant suivre évidemment mon accouchement voix basse physio, m'a proposé de tester la ventouse. Ce que j'ai accepté parce que j'en pouvais plus, je commençais à être vraiment fatiguée et il fallait que bébé sorte. Pour le coup, heureusement, il n'était pas en détresse, il allait plutôt bien. Moi, j'allais bien aussi, c'est juste que j'en pouvais plus en péril. Et en fait, c'est à partir de la pose de la ventouse où mon accouchement a pris une autre tournure. C'est-à-dire que la douleur que j'ai ressentie à la pose de la ventouse a été tellement intense que j'ai eu l'impression de mourir. Et ça, ça a été... Un peu compliqué. Je pense que ce qui a été dur pour moi aussi, en dehors de la douleur, c'est que j'avais mon mari à côté de moi qui... Je sentais sa détresse et son impuissance aussi. Alors, c'est pas de sa faute. Clairement pas. Je pense que j'aurais été en PLS à sa place. Et je l'ai entendu dire au gynéco, stop, arrêtez tout, arrêtez tout. Et en fait, ça m'a... Ça m'a encore plus donné l'impression que ce qui était en train de se passer, c'était vraiment chaud patate. Et bon, il a testé deux fois et il a bien vu le gynéco que j'étais vraiment en détresse douloureuse comme pas possible. Et là, ils m'ont expliqué, honnêtement, ça s'est fait rapidement, mais je n'ai pas senti que ça s'est fait dans le stress. Ils m'ont expliqué qu'il allait falloir passer en césarienne. Ils m'ont demandé d'enlever mes lentilles parce que je portais des lentilles. Ils ont pris le temps d'expliquer ce qui allait se passer. Voilà, on va vous emmener avec le lit dans la salle d'opération. Votre mari va nous suivre. Il va juste être un petit peu à l'extérieur au départ, tant qu'on vous prépare. Il va falloir qu'on pose l'arachie anesthésie. Ils ont pris le temps. On a commencé à changer de salle. On m'a emmenée en salle d'OP. Et là, ça, c'est la partie drôle de mon pré-césarienne. la situation pré-césarienne, c'est qu'au moment où ils ont voulu me passer du lit de la salle de naissance à la table d'opération pour la césarienne, je me suis tapée la crampe au mollet comme je n'ai jamais eu dans ma vie. Et en fait, moi, ce qui se passe, c'est que pour faire passer une crampe au mollet, il faut que je marche. Et là, j'ai... hurler. Donc entre mes contractions et ma crampe au mollet, j'ai dit laissez-moi marcher, laissez-moi marcher, je veux descendre. Et en fait, on m'a interdit de descendre de la table. Et c'était horrible. Donc j'avais une sage-femme qui me tenait la main pour essayer de me calmer par rapport aux contractions. J'avais une autre sage-femme ou une infirmière, je sais plus, qui était en train de me... Tu sais, de me fermer la jambe pour que la crampe passe. Et elle passait pas. Et je pense qu'il s'est... Honnêtement, je pense qu'il y a eu entre 2 et 3 minutes de crampe au mollet.
- Speaker #0
Oh wow.
- Speaker #1
C'était horrible !
- Speaker #0
En plus, c'est hyper douloureux.
- Speaker #1
C'était horrible. Ça, plus les contractions, j'étais épuisée. C'était horrible. La crampe est passée. Ils ont pu me mettre sur la table d'opération. Franchement, je me dis, avec le recul, ils ont dû bien se marrer aussi intérieurement parce que la scène, elle devait être très drôle de l'extérieur. Donc voilà, on me prépare dans le calme, toujours. L'équipe a vraiment été géniale. Du début à la fin. l'équipe du CMCO HLTK m'était top mon mari est rentré donc il était habillé ils sont en habit stérile ils ont posé le champ et puis ils ont commencé la mise en place d'acétarienne donc évidemment ils m'ont anesthésié avant heureusement donc je commençais vraiment à être un petit peu dans les vapes c'était une anesthésie rachis donc j'étais pas en général mais je sais pas s'ils font passer un petit médoc aussi dans une intraveineuse au niveau du bras pour te calmer je sais pas ça je me Merci. Je ne me souviens pas, mais je commençais à être un peu dans les papes. La césarienne se passe très bien. Et au moment où Gabriel est né... Là, il a poussé un petit cri. Ils nous l'ont ramené, ils nous l'ont montré. Et ils nous ont demandé comment s'appelle ce jeune garçon. Et donc, on leur a dit Gabriel. Et l'autre histoire fun de ma césarienne, heureusement qu'il y a eu des moments comme ça, c'est que le gynécologue qui a pratiqué la césarienne s'appelait docteur Gabriele. Et du coup, lorsqu'on a dit qu'il s'appelait Gabriel, j'ai entendu le gilet-co de l'autre côté du champ opératoire dire mais c'est un excellent prénom c'était vraiment très très drôle c'était hyper chouette donc ils l'ont rapidement emmené pour le nettoyer un petit peu et ils nous l'ont aussi rapidement ramené ils l'ont posé sur ma poitrine Gabriel nous a scanné au rayon X on a vraiment été observé de haut en bas c'était un moment hyper intense Et là, j'ai commencé à me sentir mal. Je commençais à être très oppressée au niveau de la poitrine, donc ils me l'ont enlevée. Ils ont emmené Gabriel et mon mari dans une autre salle où il a pu faire du pot à pot avec son papa. Donc ça, c'est hyper cool. Le temps que moi... Je pense qu'ils m'ont mis un électrocardiogramme, ou je l'avais peut-être déjà, je ne me souviens pas, mais ils ont checké mon cœur, vu que je commençais à vraiment me sentir mal et j'avais l'impression que j'allais m'évanouir. Je sentais cette oppression thoracique. Donc je pense qu'ils m'ont... Le temps de me recoudre, ils m'ont gardée en surveillance aussi. Je suis allée assez relativement vite en salle de réveil. Et pareil, la chance que j'avais, c'est dans la clinique où j'ai accouché. Les salles de réveil sont individuelles. Donc, Jeff et Gabriel ont pu me rejoindre assez rapidement. J'ai pu voir Gabriel dans des conditions un peu plus douces. J'allais mieux. Ils ont pu me le poser sur moi en peau à peau. On a fait la première tétée. Donc, on va dire un accouchement en demi-teinte. Il y a eu des très beaux moments, comme il y a eu des moments de peur intense, de grosses souffrances. Donc à ce jour, je sais, je... Voilà, à part l'aspect ventouse, je pense que j'en garde un bon souvenir quand même.
- Speaker #0
Malgré tout.
- Speaker #1
Ouais, parce que j'ai pu le travailler aussi.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je l'ai travaillé en psychothérapie, je l'ai travaillé en hypnose, cette histoire de ventouse. Donc, même si ça trigger encore un petit peu, ça... C'est beaucoup moins de souffrance qu'avant.
- Speaker #0
Comment as-tu vécu ce gap entre tes attentes et la réalité ? Notamment par rapport à l'accouchement physio que tu souhaitais et finalement à l'urgence de la cédarienne.
- Speaker #1
Ça a été hyper dur au départ. J'en ai fait le deuil maintenant. Parce que j'ai aussi le recul nécessaire pour me dire que j'allais bien. Mon bébé allait bien. Et franchement, c'était vraiment ça le plus important. Mais ça a été dur pendant plusieurs mois, peut-être même années. Je ne me souviens plus trop la temporalité, mais ça a été dur parce que j'étais très préparée à cet accouchement physio. Je connaissais les bienfaits de l'accouchement physio. Je connaissais les conséquences que pouvaient avoir des péridurales, des anesthésies, des césariennes, autant sur l'enfant que sur la maman. Donc, moi qui suis en plus d'une filière scientifique et paramédicale, ça me tenait vraiment à cœur. Mais là, maintenant, à ce jour, j'ai passé ce cap. Je me dis que voilà, même si le jour où il y aura un deuxième enfant, espérons, si ça doit se passer comme ça s'est passé pour Gabriel, c'est pas grave.
- Speaker #0
Ok. Et comment se sont passés les tout premiers jours à trois ?
- Speaker #1
Alors là, ça va être compliqué parce que c'est le sujet de l'épisode. En fait, avec la dépression postpartum, j'ai l'impression d'avoir oublié quasiment les trois premières années de vie de mon fils. et ça par contre c'est très dur avec l'accouchement physio ce qui me tenait le plus à coeur c'était l'allaitement et malheureusement Gabriel n'a jamais su s'accrocher au sein comme il le fallait j'ai été assez mal accompagnée à l'époque j'avais pas les bons pros autour de moi pour m'aider je sais qu'il y avait une auxiliaire de puériculture qui avait été géniale à la maternité qui m'avait vraiment encouragée à allaiter et qui venait très souvent dans ma chambre pour m'aider à allaiter, pour essayer de trouver la bonne position pour que Gabriel ait la bonne sucion. Maintenant avec le recul on a vu qu'il y avait potentiellement un frein et qu'il y a quelque chose qui n'allait pas au niveau de sa sucion, d'où le fait que ça ne fonctionnait pas. Mais c'était la seule en fait qui a vraiment été très à l'écoute de mon projet d'allaitement, qui m'a vraiment aidée à fond et je pense honnêtement malgré les difficultés de Gabriel. que si c'était la même auxiliaire de puriculture que j'avais eu sur mes 4 jours de spit à la maternité, je pense que j'aurais réussi à allaiter, ou au moins à commencer à mettre en place quelque chose avant de complètement passer au biberon et que ce ne soit plus possible. C'est peut-être un regret que j'ai encore aujourd'hui, que cet allaitement n'ait pas fonctionné, que... J'avais pas les bons pros, j'étais aussi très fatiguée pour aller chercher les bons pros. Et je pense que je les ai cherchés trop tard. Et c'est vrai que lorsque je suis arrivée à la maison, la sage-femme qui m'a suivie, parce que tu as une dizaine de jours où la sage-femme vient, ou une quinzaine de jours, je me souviens plus, mais en fait, c'était pas la sage-femme qui m'avait suivie durant toute ma grossesse et que j'adorais, que j'adore toujours d'ailleurs. Bisous à Marie, si elle nous écoute. Parce qu'en fait, elle était en congé, et elle a le droit de partir en congé. Et c'était en fait une nouvelle sage-femme de l'équipe du cabinet libéral. Et je pense qu'elle n'était pas assez calée en allaitement pour réellement m'aider. De mémoire, elle sortait de l'école de sage-femme. Alors, il faut bien commencer quelque part, c'est clair. Mais vu les difficultés que j'avais vécues, et notamment les difficultés que j'avais avec la mise au sein, malheureusement, elle ne m'a vraiment pas été d'une grande aide. Et je pense que ça... contribué au fait que je n'y arrive pas. Donc j'avais mis en place le tiralettement directement parce que je voulais vraiment vraiment qu'il prenne que mon lait. La période du tiralettement a été absolument affreuse aussi pour moi, je l'ai très mal vécu tout simplement parce qu'en fait c'est un job à temps plein de tiraletter, sachant que tu dois tirer la nuit sauf que tu mets un réveil pour que tu te lèves pour tirer la nuit alors que ton bébé est en train de dormir. Tu peux être sûr qu'au moment où tu termines de tirer, c'est le moment où ton bébé se réveille. Donc tu tires ton lait pendant 20-25 minutes, tu dois tout préparer après, mettre le lait dans de bonnes conditions. Puis ton bébé se réveille, il faut lui donner le biberon, puis après il faut le rendormir. Donc en fait, c'était hyper dur. Et surtout au moment où tu te retrouves seule dans la journée avec ton bébé. Voilà, Gabriel, c'était pas toujours un très gros dormeur. Et je pense qu'il avait un petit peu des reflux au début, les premières semaines. Donc il n'était pas bien, il pleurait pas mal et devoir tirer à l'été, donner le bib en même temps, il y avait trop de choses en fait. Il y avait vraiment trop de choses et j'étais très fatiguée. J'avais, comme dit, à cette époque-là, j'avais très mal vécu mon accouchement. Je vivais vraiment mal le fait que je ne pouvais pas aller à l'été comme je le souhaitais. Je pense que je n'étais déjà pas bien durant ma grossesse, vraiment. Donc je n'étais pas du tout dans de bonnes énergies et c'était dur. Franchement, c'était dur. Heureusement... Je crois que le congé paternité venait de s'allonger quand on est devenu parent. Donc c'était cool d'avoir le papa à la maison pendant, il me semble que c'était 28 jours. Et ça, c'était hyper chouette, même si, clairement, ça pourrait être plus long. Mais bon, ça, c'est un autre débat. Mais ouais, c'était dur. Franchement, les premiers jours étaient durs.
- Speaker #0
Est-ce que t'as eu une chute d'hormones ?
- Speaker #1
Oui. J'ai eu un gros baby blues encore à la maternité. Ah ouais, je me souviens. Et en plus, ce jour-là, alors... Pour le coup, l'équipe vraiment en salle d'accouchement était géniale, à la maternité aussi, sauf une, je sais plus si c'était une sage-femme ou une auxiliaire de puériculture, je crois que c'était une auxiliaire de puère. Pour le coup, le courant passait pas trop et en vrai, tu peux pas t'entendre avec tout le monde, c'est ok, mais c'était le jour où j'ai eu ma chute d'hormone. Donc je pleurais à chaque fois que je vais mettre le petit au sein parce que je savais que ça allait pas fonctionner. Je pleurais quand il était au sein parce que... parce qu'il avait faim et qu'il n'arrivait pas à s'accrocher. Et je voulais tellement que ça fonctionne. Et en fait, c'était un soir, je me souviens, mon mari était encore là et cette nuit-là, il ne devait pas la passer avec moi. Et je me souviens qu'elle est arrivée pendant qu'on essayait de le mettre au sein et je pleurais, je pleurais. Et en fait, elle me dit, « Mais pourquoi vous pleurez, madame ? » Et en fait, ça m'a choquée parce que je me suis dit, alors déjà, ça ne doit pas être la première fois qu'elle voit une femme qui vient de coucher pleurer. Et ensuite, elle a vu mon dossier. Donc elle a bien vu que je voulais vraiment l'été, que ça ne fonctionnait pas. Ça m'a choquée et ce soir-là, ça avait été très dur pour moi. Je me souviens avoir eu très très très très mal au dos à partir de ce jour-là, mais au point où je pleurais aussi de douleur. Et tu sais, quand tu as eu une césarienne, tu reçois en fait... Je ne me souviens plus qu'est-ce que j'avais comme médoc à prendre, mais déjà je devais prendre du Doliprane tous les 6 heures, je devais prendre du Spasson et je devais encore prendre un autre médicament pour réduire les douleurs. Et malgré tout ça, mon dos, il était mais... affreusement douloureux. Il m'avait fait venir un kiné dans la chambre pour me masser un petit peu. Mais en fait c'était un combo parfait. Chute d'hormones, l'allaitement ne fonctionne pas, l'oscillaire de puerre qui était là ce jour-là a été vraiment désagréable et pas à l'écoute et pas compréhensive. J'avais très mal au dos et je savais que cette nuit-là j'allais être seule et en fait j'ai complètement craqué. Le soir j'ai demandé à ce qu'il prenne Gabriel un petit peu en pouponnière. Je m'en suis voulu pendant très longtemps d'ailleurs de ça. de ne pas avoir été capable de rester avec mon bébé. Je leur ai demandé de le prendre en pouponnière pour que je puisse dormir au moins la moitié de la nuit. Ouais, ça a été dur. Je me souviens, je n'osais pas demander. Et en même temps, c'était une nécessité pour moi de demander parce que j'avais vraiment peur de... J'avais peur de mal faire les choses. J'avais peur de ne pas y arriver toute seule. Enfin, c'était complexe. La montée de lait était horrible. On me ramenait des poches de glace toutes les deux heures tellement j'avais mal. Enfin, c'était... En fait, plus je vais dans les détails et plus je me dis... Même pas hyper cool, tout ça.
- Speaker #0
Oui, clairement, ton récit montre bien la complexité que peut représenter un accouchement, et surtout le postpartum immédiat. Et c'est vrai qu'en fonction des personnes qui vont t'accompagner les premiers jours à la maternité, ça peut être plus ou moins difficile, et puis aussi en fonction de ton vécu. D'ailleurs, je me posais la question, est-ce que tu t'es toujours vue mère ? Est-ce que tu étais justement à l'aise avec... L'idée de t'occuper d'un nourrisson, est-ce que tu te sentais capable avant ? Parce que tu disais que tu ne te sentais pas capable à l'instant T, et ce qui pouvait clairement être dépensé, apporté aussi par cette chute d'hormones, etc. Avant tout ça, qu'est-ce que tu pensais de ce toi qui deviendrait mère ?
- Speaker #1
Je ne pense pas que j'avais trop d'appréhension sur le fait de devenir mère. Je me voyais bien maman, je me voyais bien m'occuper d'un bébé, même si on ne se rend jamais vraiment compte de ce que c'est de s'occuper d'un bébé. On a beau se préparer, c'est jamais pareil quand le bébé est là. En plus de ça, avec tous les facteurs qui peuvent arriver, ça va vraiment être différent selon les situations, selon les familles. Mais non, je n'avais pas d'appréhension. Je me sentais vraiment plutôt sereine à l'idée de devenir maman. Même si tu as toujours des questions qui subsistent. Est-ce que ça, je vais réussir à le faire ? Est-ce que ça va fonctionner comme je le veux ? Parce que tout simplement, tu as envie que ton bébé soit en sécurité, tu as envie qu'il soit en bonne santé. Je pense que de toute façon, à partir du moment où tu deviens maman, Et bien avant même que bébé soit là physiquement, c'est déjà quand il est dans ton ventre, t'as mille questions qui arrivent. Mais j'avais pas particulièrement d'ombre au tableau, on va dire, avant cette situation de l'accouchement.
- Speaker #0
Quand est-ce que tu as commencé à sentir vraiment que quelque chose n'allait pas ?
- Speaker #1
Je ne sais pas. Alors si, je sais, mais ça répond pas exactement à cette question-là. Je sais exactement quand je me suis rendue compte qu'il y avait un vrai problème. Le fait que je n'allais pas bien, comme je le disais, je pense que déjà durant la grossesse, j'étais pas bien. Plus tout ce qui s'est passé à la naissance, les premières semaines, ça n'a fait que s'accumuler. Et par contre, le jour où j'ai vraiment, vraiment réalisé que ça n'allait pas, c'était en décembre 2021. Donc Gabriel avait cinq mois. C'était durant une nuit où là, je me suis vraiment dit, OK, là, il y a un problème. Il faut que t'en parles à quelqu'un.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui s'est passé cette nuit-là ?
- Speaker #1
C'était une nuit un peu comme une autre, c'est-à-dire que toutes les nuits se ressemblaient. C'était très dur de rendormir Gabriel après le bip de la nuit. J'avais très mal au dos, très très mal au dos. J'étais en train de le bercer dans sa chambre, ça faisait je pense déjà 40 minutes, 45 minutes que je le berçais. On avait pour habitude de murmurer toujours la même chanson quand on le berçait. Et en fait, je n'en pouvais plus de sa chanson. J'ai vraiment eu mal au dos et en fait, comment essayer de dire ça ? Je le berçais, j'avais mal au dos. il était en train de s'endormir et je me suis dit là il va falloir que je le pose dans son lit et je pense que je vais même pas y arriver tellement j'ai mal au dos ou alors je vais me baisser, je vais le poser, je vais plus réussir à me relever tellement j'ai mal et là j'ai eu ma première idée noire qui est arrivée dans la tête où en fait c'est vraiment arrivé d'un coup, d'un coup j'ai eu cette pensée dans ma tête de toute façon si tout s'arrêtait demain ce serait pas plus mal et la pensée elle est arrivée comme ça au moment où la phrase dans ma tête s'est terminée J'ai eu... un tsunami de peur qui m'a envahi. Je me suis dit, c'était quoi ce truc ? D'où ça vient ? Pourquoi j'ai pensé ça ? Qu'est-ce qui vient de se passer ? J'ai eu très peur et je me souviens, il était 3h ou 3h30 du matin. J'ai posé le petit dans son lit et j'ai directement envoyé un message à ma neuropsy. J'étais déjà suivie par une neuropsy. Parce que je me suis dit, si j'attends demain matin pour lui écrire, je vais me dire que c'était rien et je vais laisser passer. Donc j'ai... La pauvre, j'ai écrit à ma neuropsy, j'espère que son téléphone était éteint. Je lui ai écrit à 3h30 du matin, lui disant, écoute, il y a un problème. Voici ce qui vient de me passer par la tête. Qu'est-ce qui se passe ? Et en fait, elle a été hyper réactive. Elle ne m'a pas répondu tout de suite, évidemment, mais elle m'a répondu le lendemain matin. Elle m'a dit, je crois dans la semaine, elle m'a donné un rendez-vous très rapide. Elle m'a dit, là, il faut qu'on en parle.
- Speaker #0
Et donc, cette phrase qui t'est passée par la tête avec le recul. Est-ce que tu penses que c'était une pensée intrusive ou est-ce que vraiment c'était déjà la dépression postpartum qui toquait à ta porte et est-ce qu'en fait ça s'est reproduit ?
- Speaker #1
C'était clairement la dépression postpartum. Je pense qu'elle toquait pas à la porte, je pense qu'elle était déjà installée. Sauf que je me disais que c'était normal de pas être bien, qu'on était fatigué en début de vie d'un bébé, que voilà j'avais pas vécu des choses faciles non plus. Il faut dire qu'en fin de grossesse, il y a beaucoup de mauvais souvenirs de ma vie qui sont remontés. Il y a eu vraiment une remontée d'événements assez traumatisants pour moi. Donc il y a eu tout ça et je me disais peut-être que c'était normal en fait que j'aille pas bien. Je réalisais pas à quel point j'allais mal en fait. Donc là l'idée noire c'était clairement pas intrusif, c'est quelque chose qui était installé. Et en tout cas ça a été le début pour moi de me dire ok, je pense que je fais une dépression postpartum. heureusement j'étais, même si je m'en rendais pas compte j'étais quand même renseignée sur la DPP et c'est pour ça aussi que j'ai de suite fait le message parce que je me suis dit ça, c'est pas juste une chute d'hormones, c'est pas juste tu vas pas bien, c'est un autre niveau quoi.
- Speaker #0
Je trouve ça très intéressant ce que tu dis là parce qu'effectivement ce que tu ne t'es pas dit à ce moment là c'est ce que se dirait je pense la majorité des personnes et à savoir c'est rien ça va passer, c'était juste un truc comme ça et le fait que t'aies fait ce message tout de suite Je vais te le dire comme ça me vient, mais je pense que c'est vraiment ce qui t'a sauvée. Parce que oui, te connaissant, si tu avais attendu le lendemain matin, tu ne l'aurais pas fait. Et c'est quoi finalement les sentiments ou les pensées qui revenaient le plus souvent pour toi ?
- Speaker #1
Ah oui, du coup, ça me fait me rendre compte que je n'ai pas répondu à la moitié de tes questions juste avant. Tu m'as demandé si ça s'était reproduit. Oui, ça s'est reproduit plusieurs fois. En fait, j'avais deux types d'idées noires, entre guillemets. Enfin, je me rends compte que je connais pas forcément la définition d'idée noire, mais bref, je vais expliquer les deux choses qui me venaient. C'était soit j'avais envie de mourir, ce qui est déjà absolument horrible, vraiment horrible, soit j'avais envie de me faire du mal. Parce que j'avais tellement mal émotionnellement, j'avais tellement mal psychologiquement, qu'en fait j'avais envie de m'infliger du mal physiquement pour plus ressentir le mal émotionnel et psychologique. Parce que, ben, on est... pas du tout née dans une génération qui nous explique ce que c'est les émotions. Et surtout, on ne nous explique pas qu'une difficulté émotionnelle peut être aussi douloureuse qu'une blessure physique. Et je pense que j'ai vraiment eu du mal pendant très longtemps à me dire que c'est pas possible d'avoir aussi mal émotionnellement. Donc j'ai vraiment eu ces pensées, comme dit, de... de suicide, même si j'ai resté très lucide quand même quand j'avais ces pensées. En fait, elles venaient à des moments assez... Comment dire ? C'était pas prémédité. D'un coup, ça venait dans ma tête. Mais je savais très bien que j'allais jamais sauter le pas. Tu vois, il y avait cette lucidité, ce recul de me dire « Ok, la pensée, elle est là, elle fait peur. » Mais j'étais pas prête demain, je sais pas, à prendre une plaquette de médoc ou à me jeter sous un train, quoi. En revanche, les pensées... de me faire du mal, donc d'automutilation. Celles-là, elles étaient plus importantes, plus fréquentes. Là, par contre, j'essayais déjà de réfléchir à des stratégies pour vraiment me faire du mal. Donc, on va dire que le suicide, j'aurais pas sauté le pas, je m'en rendais compte. L'automutilation, c'était autre chose. C'était un autre niveau encore.
- Speaker #0
Tu disais que ça arrivait à des moments un peu random. Est-ce que ça arrivait à des moments où tu vivais quelque chose de fort ? Tu vois, par exemple, la première fois que ça t'est arrivé, c'était en berçant Gabriel depuis 40 minutes. Est-ce que c'était toujours comme ça ? Ou est-ce que ça pouvait arriver à n'importe quel moment de la journée, finalement ?
- Speaker #1
Le plus souvent, c'était quand même dans des moments, effectivement, un petit peu trigger. Exemple, ton bébé pleure. Il a mangé, la couche est changée. On le berce, on le prend dans nos bras. Il ne dort pas, on ne sait plus quoi faire. Donc c'était vraiment de l'impuissance, je pense,
- Speaker #0
avec le recul. Les moments d'impuissance ont été très compliqués. Ça pouvait aussi venir dans des moments plus doux. Et est-ce que tu étais accompagnée ? Tu disais que tu avais écrit et débuté ou continué ta thérapie avec la neuropsychologue. Est-ce que tu as continué à te faire accompagner ? Est-ce que ça te faisait du bien ? Est-ce que tu avais du relais ? Tu disais que tu avais repris le travail. Comment ça s'est passé tout ça pour toi, au fur et à mesure ?
- Speaker #1
En effet, j'avais poursuivi mes séances neuropsychologiques. J'avais également été vue par une psychologue les premières semaines à la maternité directement. J'ai pas vraiment l'impression que ça m'avait aidée en fait. Voilà, on a vu qu'il y avait des choses qui n'allaient pas, mais en fait à ce stade, très honnêtement, je me souviens plus. Est-ce que je disais tout à la neuropsy ou pas ? Je m'en souviens plus. C'est possible que non, parce que c'est dur à dire qu'on a envie de se faire du mal. C'est dur à dire que j'avais peur de rester seule avec le petit parce que j'avais peur de lui faire du mal. J'ai vécu des moments avec Gabriel qui ont été très difficiles où clairement j'ai eu des... je sais plus comment ça s'appelle. Des phobies d'impulsion, peut-être. Où je me voyais le secouer, je me voyais le frapper. C'est horrible. C'est encore horrible de le dire aujourd'hui. Et en fait, je pense que le... Plusieurs semaines sont passées, plusieurs mois sont passés. Je continuais évidemment les suivis. Mais effectivement, j'avais repris le boulot. Donc être à son compte avec tout ça, ce n'était pas facile. J'avais décidé en plus de changer toute ma façon de faire dans mon boulot. J'avais fait plein de formations. Je m'étais spécialisée justement dans la périnatalité et la pédiatrie. C'est là où j'ai démarré cette spécialisation. Donc il y avait beaucoup, beaucoup aussi au niveau boulot. Et je me souviens du moment où vraiment... Donc là, dans la temporalité, on parlait de la première idée noire en décembre. Et là, je me retrouve au mois de juin, donc juin 2022, où j'ai eu un moment de grande détresse, où j'étais seule avec Gabriel, et où, en fait, il était sur la table allongée. Et en fait, je me suis retrouvée à taper des deux points autour de la table allongée, tellement j'en pouvais plus. Et en fait, j'ai vu la peur dans les yeux de Gabriel. Et en fait, on a explosé en sanglots tous les deux. Je l'ai pris dans mes bras, je lui ai dit je sais pas combien de fois, pardon. Mais en fait, je pense que ce qui m'a permis de dire maintenant de ressonner une deuxième fois la sonnette d'alarme, c'est ce regard-là que j'ai vu. Ouh là, j'ai dit stop, en fait. C'est juste pas possible, parce que je suis en train de vivre, j'ai l'impression d'être folle. C'est pas possible de faire peur comme ça à son enfant. Et ouh là, pareil, ma neuropsy, j'avais rendez-vous avec elle, je lui ai écrit en urgence. Elle m'a pris en urgence. Je lui ai raconté ce qui s'était passé. Je me souviens que sur ce rendez-vous, elle m'a posé plein d'autres questions. Des questions presque qui n'avaient rien à voir. On dirait presque des questions au hasard, mais je pense que c'était très bien rodé. Et en fait, à la fin de la consultation, c'était un vendredi, elle me dit « Laura, si lundi matin, tu n'es pas dans le bureau de ton médecin, je te fais hospitaliser et tu ne seras plus avec Gabriel. » Elle a essayé de me faire peur, je pense vraiment. C'était son but de me faire peur pour que je comprenne que là, il fallait dire stop, que je ne pouvais pas continuer comme ça. Donc je suis allée voir mon médecin lundi en lui expliquant tout, parce qu'à mon médecin, pour le coup, je ne lui en avais jamais parlé. Vu que j'étais suivie déjà en psycho, en neuropsycho, je pensais pas utile de voir le médecin pour ça. Et en fait, le médecin m'a directement mis en arrêt pour trois semaines et m'a prescrit des antidépresseurs. Donc ça a été très compliqué déjà de trouver le bon antidépresseur, la bonne postologie, parce que ça me faisait somnoler très fort. Même des toutes petites doses, c'était très dur. j'avais vraiment du mal à le gérer et être en somnolence alors que t'as un bébé de... De 11 mois, c'est compliqué. J'avais vu ma sage-femme aussi à ce moment-là, qui m'avait mis en contact avec l'unité mère-enfant d'un hôpital dédié pas loin de chez moi. Et en fait, ils ont mis un peu de temps à me rappeler, cette unité-là. Et il s'avère que quand ils m'ont rappelé, ça faisait 3-4 semaines que j'étais sous antidépresseur et je commençais à souffler. Et en fait, je leur ai dit, je ne sais pas si j'ai bien fait avec le recul. Je leur ai dit que, écoutez, je commence à aller mieux, j'ai été mise sous traitement, gardez cette place pour une maman qui en a plus besoin que moi. Et au final, Gabriel avait 11 mois, et il me semble qu'en France, j'ai plus les tenants et les aboutissants en tête, mais à partir de 12 mois, tu n'es plus pris en charge par rapport à ces unités mère-enfant, hospitalisation, dépression postpartum, etc. Bref, je crois qu'il y a un truc qui change, mais je veux pas dire de bêtises. J'ai continué avec les antidépresseurs, j'ai quand même été en arrêt pendant 2 mois et demi ou 3 mois, si je me souviens bien. Sauf qu'au bout de 3 semaines où on a vraiment trouvé le bon antidépresseur, la bonne molécule J'ai commencé à avoir des fuites de lait alors que je n'allaitais plus depuis le mois d'août ou de septembre Et là ma médecin m'a fait très peur, elle m'a dit Oula il faut aller voir un psychiatre, il y a peut-être une tumeur à l'hypophyse Il faut arrêter tout de suite les antidépresseurs Et en fait j'ai fait un syndrome de sevrage en arrêtant alors que ça faisait que 3-4 semaines que je les prenais J'ai eu 3 ou 4 jours de démangeaisons globales sur tout mon corps J'avais l'impression d'avoir été piqué par des milliards de moustiques C'était... horrible. La psychiatre finalement me dit que non, il n'y a pas de tumeur à l'hypophyse, même si on n'est jamais allé vérifier. Je pense que tout va bien aujourd'hui, mais elle me dit que c'était peu probable. Et en fait, les fuites de lait étaient notées dans les effets indésirables très très très rares. Évidemment, vu que je pense que je faisais de l'hyperlactation, j'avais encore beaucoup de lait. Donc voilà un peu comment ça s'est passé, on va dire, mon année 2022 sous antidépresseurs. Et en parallèle, j'avais démarré de l'hypnose aussi.
- Speaker #0
Comment ton entourage proche a perçu la situation ? Comment est-ce que ton conjoint a vécu tout ça ? Est-ce qu'il s'est rendu compte de ce que tu traversais ?
- Speaker #1
C'est hyper difficile à dire, parce qu'on ne peut jamais savoir ce qui se passe dans la tête de l'autre. Déjà, ce qu'il faut dire, c'est qu'il a été présent, ça c'est clair. Il ne m'a jamais reproché quoi que ce soit, il a toujours été très soutenant, mais on ne peut pas demander à quelqu'un qui ne vit pas ça de le comprendre, c'est impossible. C'est tellement un truc violent, c'est... déjà il y a un truc chimique qui fonctionne pas dans la tête donc on peut pas se l'imaginer même si on vit avec et pour le coup et c'est super pour lui pas certaine qu'il ait déjà vu quelqu'un dans sa vie qui allait mal émotionnellement psychologiquement à ce point là donc c'était tout nouveau pour lui aussi j'en sais rien franchement je peux pas dire s'il comprenait je pense pas ça m'étonnerait je pense vraiment qu'on peut pas comprendre ça si on le vit pas mais sans pour autant comme dit qu'il soit complètement délirant dans le sens « c'est bon, ça va, tout va bien, on est en bonne santé, bébé va bien, etc. » Non, j'ai jamais ressenti de non-soutien ou de reproche par rapport à ça. Par contre, moi, je culpabilisais. Je culpabilisais d'avoir peur d'être seule avec mon fils. Je culpabilisais de ne pas être capable de rester seule avec mon fils. Je culpabilisais de ne pas ressentir de la joie d'être avec mon fils. Et je me disais que je n'étais pas normale.
- Speaker #0
Comment tu vivais le contraste ? entre ce qu'on attend des jeunes mères, à savoir justement ce... On m'a voilà quand on a un enfant en bonne santé, qu'on est soi-même en bonne santé physique, je précise. On est forcément heureux d'être maman, on doit... Enfin, heureuse plutôt, on doit vivre les choses comme un cadeau absolu. En plus, toi, alors aujourd'hui, t'as un autre point de vue sur la situation, je pense, puisque tu accompagnes des mamans qui... Alors pas que, mais aussi des mamans qui ont des problèmes de fertilité. On avait une amie qui m'a mis du temps à voir ses enfants. Donc on peut se dire que nous, on a eu cette chance. En plus, c'était rapide. Et justement, ce contraste entre ce que tu vivais vraiment, à savoir cette absence de joie, cette peur d'être seule avec ton enfant parce que tu étais épuisée mentalement, physiquement peut-être même aussi. Parce que c'est vrai qu'on n'en a pas forcément parlé, mais il y a aussi de « est-ce qu'on dort bien ? » etc.
- Speaker #1
Clairement, le contraste a été hyper difficile à vivre et je pense que c'est ce qui a fait aussi que je n'ai pas parlé de tout ça tout de suite, même au thérapeute, et qu'il y a certainement eu un gros retard de diagnostic me concernant. Parce qu'en fait, en effet, on a une copine qui a eu du mal à avoir ses enfants, ça a mis du temps. Moi, j'ai ma belle-sœur qui a mis des années, qui a dû passer par des parcours. C'est horrible de se dire, toi, c'est arrivé presque comme ça, tout allait bien, et en fait, t'es pas contente qu'il soit là. Et c'est même pas être contente, c'est que j'étais pas capable de ressentir de la joie parce qu'il y avait trop d'émotions négatives. Et ça, ça a été vraiment violent à vivre. Et c'est pour ça qu'à part mes très très très proches, donc évidemment mon mari, toi, Sam, nos amis très proches, en fait, on m'en parlait pas. Je suis même pas sûre que mes beaux-parents... le savais à ce point. Peut-être plus tard, je commençais à en parler un peu plus, que j'allais pas bien, que j'étais sous traitement. Mais ils ne connaissent encore aujourd'hui pas la gravité de ce que j'ai vécu.
- Speaker #0
Durant cette période-là, qu'est-ce qui, selon toi, t'a vraiment aidé ? Ou au contraire, pas du tout aidé ? Est-ce qu'il y a eu des moments, justement, où des choses ont pu être mises en place, ou des phrases qui ont pu être dites, qui t'ont plutôt enfoncée, plutôt qu'aidée à te relever ?
- Speaker #1
Je ne me souviens pas. pas forcément qu'il y ait eu des choses qui m'enfonçaient, à part ma propre perception des choses et ma propre culpabilité. Je ne me souviens pas avoir été face à quelqu'un qui me dise des choses négatives ou affreuses, ça je ne m'en souviens pas. Et en fait, c'est horrible à dire, mais vu que j'ai très peu de souvenirs de cette période, je pense que le cerveau fait un switch à un moment donné, il ne veut pas se souvenir. Je ne me souviens pas forcément non plus des choses qui m'ont aidée. Je sais que j'ai eu des proches très présents. Toi, tu as été, je pense, l'approche la plus présente en dehors de Jeff. Je sais que ce qui m'aidait, c'est quand j'étais pas seule avec le petit. Quand j'avais quelqu'un avec moi, ça me faisait vraiment beaucoup de bien. Même si finalement, l'autre pouvait pas forcément m'aider pour tout. C'était pas une histoire de relais. C'était une histoire de pas être seule face à la détresse de la journée. Parce que déjà, le matin, c'était une boule au ventre de se dire OK. je vais devoir gérer celle aujourd'hui. Après, à côté de ça, l'hypnose m'a quand même aidée. J'ai quand même fait un an et demi, me semble, d'hypnose, à raison de une à deux séances par mois. Pareil, je ne me souviens pas de tout. Je pense qu'il y a quand même un gros travail qui a été fait à ce moment-là. Beaucoup de couches qui ont été dépoussiérées, on va dire. Et en fait, à ce stade, même là, maintenant, je ne saurais même pas dire qu'est-ce qui aurait pu m'aider plus qu'un autre truc, tu vois. Si, franchement, mais ça c'est une utopie. C'est un cuistot qui vient cuisiner chez toi tous les jours, quelqu'un qui vient te faire les tâches ménagères, que tu n'as besoin de rien faire, de juste être présente, pouvoir être dans des moments calmes quand tu as besoin d'être dans des moments calmes. Oui, mais ça c'est une utopie en fait. Clairement, ça n'existe pas. Si, il y a peut-être les familles les plus riches qui peuvent se permettre cela, mais ce n'est pas comme ça à notre niveau.
- Speaker #0
Justement, ça faisait partie des questions que je voulais te poser. Qu'est-ce qui, pour toi, moins qu'aujourd'hui pour aider les jeunes mères qui peuvent traverser cette situation. Parce que finalement, pour toi, ça a duré combien de temps tout ça ?
- Speaker #1
Ça a duré... Donc pour rappel, je pense que j'étais pas bien durant la grossesse déjà, mais je le compte pas dans la temporalité. À partir du moment où Gabriel est né, jusqu'à ce que vraiment je me sens bien. Et en fait, j'ai checké avant qu'on enregistre ce podcast. Tu sais que j'ai un carnet depuis bientôt trois ans où j'écris tous les soirs dedans. Et j'ai regardé dans le carnet quand est-ce que je n'écrivais plus, qu'aujourd'hui c'était dur, je ne vais pas bien, etc. Ça a mis grosso modo entre deux ans et demi et trois ans. Et c'est pour ça que c'est en même temps horrible de se dire que les trois premières années de ta vie avec ton bébé, elles ont été très rudes. Je ne me souviens pas de grand-chose de ces trois années. Des bons moments comme des mauvais d'ailleurs. Je me souviens beaucoup plus des mauvais que des bons, en fait. Et c'est hyper rude. Et ce que je pense de ce qui pourrait aider les jeunes mères aujourd'hui, hyper difficile à dire parce que je pense qu'on a tous des besoins différents, mais déjà du relais, un soutien familial slash amical, des gens qui viennent soit juste passer une demi-journée avec toi, peut-être aller promener ton bébé pendant une heure, deux heures, le temps que tu puisses te poser, te dire que ce que tu fais, c'est bien, et qu'en fait, tu as le droit de ressentir ça. peut-être aider dans les tâches ménagères, la cuisine. En fait, on le dit, il faut un village pour élever un enfant, mais aujourd'hui, nos villages n'existent plus et on a toutes des vies qui vont à 100 à l'heure. Et en fait, j'en veux à personne non plus. Moi, dans mon post-mortem, j'en veux vraiment à personne parce que vraiment, on a tous des vies qui vont à 1 000 à l'heure et on a tous nos problèmes. Mais c'est hyper dur de, je ne sais pas, de concilier tout ça. Tu vois, même, tu es devenue maman 10 mois après moi. et pour toi ça a été hyper difficile et vu que pour moi ça l'était aussi je pense que j'ai encore une partie de moi aujourd'hui qui culpabilise de pas avoir été là pour toi comme j'aurais voulu l'être mais en fait on pouvait juste pas faire autrement et je me dis que quand moi j'étais dans ce moment là il y a peut-être d'autres amies qui ont voulu m'aider mais qui pouvaient pas parce qu'elles aussi a galéré et là je pense à une amie en commun qu'on a qui elle a vraiment vécu un postpartum horrible avec son premier enfant où nous on a pas été là parce que C'est la première à avoir eu un enfant et en fait, on ne se rendait pas compte. Et je me souviens qu'avec une autre copine, on lui a dit un jour, on lui a dit « Mais maintenant que nous, on est maman, on comprend par quoi t'es passée. On est tellement désolée de ne pas avoir été là. » Et je le redis, elle va se reconnaître. Vraiment horrible qu'on n'ait pas été là pour toi. Et en fait, on a tous fait avec les moyens qu'on avait à ce moment-là. Et ouais, encore aujourd'hui, on a tous des problèmes.
- Speaker #0
parfois c'est dur d'aller aider les autres sachant qu'on est soi-même dans son problème à fond et je pense que ce qu'il faut aussi préciser ce qui est intéressant de préciser c'est qu'on n'a pas fait le lien encore avec la neuroatypie mais clairement si on parle des amis qui ont fait des dépressions postpartum ou alors qui ont eu un postpartum très difficile, voire qui ont fait des burn-out par la suite etc et bien généralement ces personnes là ont un profil neuroatypique enfin généralement non elles ont un profil neuroatypique qui a été diagnostiqué parfois plus tard mais Merci. Et je trouve que dans ces cas-là, c'est encore plus dur d'être présent pour l'autre. Alors déjà, c'est, je pense, presque impossible d'être présent pour les autres quand on va soi-même mal. J'ai essayé de le faire. On y arrive un peu. Mais en fait, déjà, c'est pas, entre guillemets, suffisant. Et en plus, c'est se tirer soi-même vers le bas, malheureusement. Mais c'est vrai que je pense que les neuroatypies peuvent vraiment exacerber tout ce qu'on peut vivre à ce moment-là. D'ailleurs, est-ce que tu penses, toi... que ton TDAH a eu un impact sur tout ça ? Et qu'est-ce que ce serait ?
- Speaker #1
Alors déjà, je vois pas pourquoi tu dis ça. Évidemment que mon TDAH a eu un gros impact. Et par rapport à nos copines, nous deux inclus plus, je pense notamment à deux autres copines, donc on est quatre, on a toutes eu des dépressions postpartum slash burnout parentales. Et en fait, on a toutes été diagnostiquées en postpartum du neuro-ATB. Et donc... évidemment que la neuroatypie a grandement joué, je pense, dans ce que j'ai vécu. Rien que par l'impulsivité pour moi, en ce qui me concerne. J'ai été extrêmement en colère pendant ma dépression postpartum. J'ai eu beaucoup, beaucoup de colère. Elle ressortait de façon quasi exclusivement explosive. C'était tout le temps une colère explosive. Celle-là, je la montrais pas, hein. À part Gabriel. Et c'est pour ça, je pense que j'ai aussi vu la peur dans ses yeux. Ça, c'était... absolument impossible pour moi de le montrer à quelqu'un d'autre, à quelqu'un tout court en fait. Gabriel le voyait parce que quand j'étais seule avec lui, c'était très dur pour moi et bah voilà, quand on est au bout, c'est là où on explose. Et ça par contre, ça a été très dur. Je pense qu'au début, la seule personne à qui j'en parlais, c'était l'hypnothérapeute. On travaillait dessus et après j'ai commencé à en parler à Jeff et après aux autres. Et cette colère, mais elle était... Alors je dis elle était, mais en fait elle est restée. Et en fait, c'est pas le problème de la colère, c'est le problème de l'impulsivité. Alors chez moi, ça ressort en colère en premier. Donc ça, j'y travaille. Je cherche pourquoi. Et ce qui fait que... La colère, c'est quand même une émotion qui est vraiment envahissante. Elle est physique, cette émotion, je trouve. C'est de suite une très grosse rage dans le ventre, envie de crier, envie de taper du poing, envie de faire du bruit, d'exploser. Et ça, ça a été très dur à vivre pour moi parce que j'allais dire que je n'ai jamais été comme ça. Mais je pense que si, intérieurement, j'ai toujours été comme ça. Mais ce n'est jamais sorti. Donc ça fait peur aussi d'un coup. C'est pour ça que j'ai eu l'impression d'être folle, clairement. Et je ne sais plus où on en était, mais en gros, oui, la neuroatypie, elle a eu un impact sur mon postpartum. Elle a encore un impact aujourd'hui, de toute façon, ça ne changera plus. Mais ça a grandement joué dans le fait que je tombe aussi bas, je pense.
- Speaker #0
Oui, parce que finalement, je suis d'accord avec toi sur le fait que l'impulsivité était déjà là, mais je pense que tu as beaucoup masqué aussi. Ta colère a commencé à sortir au décès de ton père, mais c'est vrai que je pense qu'elle sortait, mais pas de la même manière. Et en fait, à mon avis, justement, la surstimulation quotidienne avec un enfant, les pleurs, je sais que le bruit, ça peut être difficile pour toi. Plus, voilà, toutes les émotions, pour toi, la partie émotionnelle a toujours été assez difficile à accueillir, etc. Forcément, je pense que ça a décuplé tout ça. Est-ce que ça fait partie de la neurotypie d'ailleurs ? Tu t'y connais mieux que moi ? Je pense que oui,
- Speaker #1
mais j'ai une tendance très people pleaser. Oui. Ça a diminué avec le temps, ça c'est cool par contre, je suis contente. Mais j'ai toujours été, et je pense que t'as raison, je masquais beaucoup. Je voulais toujours un petit peu me faire aimer par tout le monde, donc faut pas qu'un mot soit plus haut que l'autre. Et c'est vrai que j'ai quand même un tempérament très doux, très bienveillant, et ce contraste avec cette colère, c'est pour ça vraiment que j'avais l'impression d'être folle. C'est pas possible en fait d'avoir ces deux personnalités-là en une seule personne. Et c'est aussi, je pense que ça fait partie aussi de mon retard de diagnostic, clairement, parce que je ne comprenais pas ce que ça faisait là, parce que ce n'est pas moi. Et en fait, si, c'est moi, mais c'est juste que je l'ai très, très bien compensé. Et oui, l'hyperstimulation, clairement, encore aujourd'hui, c'est ce qui me fait monter le plus vite la colère. Quand il y a un facteur stress, il y a un facteur le bruit, le bruit, je ne me rendais pas... Enfin, avant d'être maman, je n'avais aucun problème avec le bruit. Maintenant, tu le sais, mais... Je vais le dire pour déculpabiliser peut-être des personnes qui nous écoutent, je ne supporte même plus les aboiements de mon chien. Alors que mon chien, je l'aime d'amour. Le jour où il n'est plus là, ça va être un deuil affreux à vivre. Mais je ne supporte plus quand il aboie. Je ne peux plus. C'est trop. Il y a trop de trucs. C'est trop fort. C'est trop intense. C'est trop fréquent. Et en fait, le pauvre, c'est juste une pipelette. En fait, en plus, ce chien, il a plein de choses à dire. Il est hyper expressif. Et en fait... Je suis aussi tout le temps un petit peu en train de me mettre en colère contre lui. Et ça, pour le coup, c'est dur à vivre pour moi, mais c'est dur à vivre aussi pour mon conjoint. Parce que, après, maintenant, Jeff, avec le temps, il se rend bien compte qu'en fait, j'arrive pas à faire autrement, j'arrive pas à le garder pour moi. Même quand je suis avec Gabriel et qu'il y a une situation qui est compliquée, je perds très très vite mes moyens, ça monte très vite dans la colère. Donc Jeff va prendre le relais et heureusement, il a ce tempérament qui est très calme à côté. Il comprend... Enfin, non, il comprend pas. Il voit que je ne peux pas faire autrement, mais c'est dur à vivre aussi pour lui, tu vois. On s'est éloigné de la question, mais voilà.
- Speaker #0
Et osons dire, pour moi, ce qui a été le plus difficile en postpartum, j'avais aussi un bébé qui pleurait énormément parce que RGO et tout, mais les pleurs, j'ai trouvé ça horrible physiquement. Alors, d'un point de vue auditif, forcément, mais ça me faisait tellement mal à l'intérieur de moi. Et c'est vrai que... En fait, c'est des situations qui sont courantes dans la maternité ou dans la parentalité. Et on va nous dire en fait, oui, mais bon, c'est comme ça. Voilà, un bébé, ça pleure, ça ne dort pas forcément. Sauf que quand on est neuroatypique, qu'on est sensible au bruit, que si on est fatigué, on fonctionne encore moins bien. Donc, on est plus impulsif, on est peut-être plus hyperactif. Il ne faut surtout pas être en SPM à ce moment-là, parce que sinon, c'est encore pire. Je pense qu'il y a énormément de choses qui font qu'en fait, la parentalité, ça va venir activer de gros déclencheurs chez nous. Comment s'est passée pour toi la sortie de cette période ?
- Speaker #1
Alors, elle s'est passée en deux temps aussi. C'est marrant, j'ai vécu beaucoup de choses en deux temps. Je me rends compte en discutant. C'est-à-dire que j'étais sous antidépresseur pendant... Je n'arrive pas à calculer. De juin à novembre. Alors, la bonne postologie que j'avais trouvée pour mes antidépresseurs, c'était de prendre un comprimé. Un soir sur deux. Ça m'allait bien pour pas être somnolente, et ça m'allait bien pour, comment dire, juste fonctionner normalement sans trop de haut et de bas. Donc ça m'allait bien. Sauf que j'ai oublié l'antidépresseur à deux ou trois reprises. Ça veut donc dire que je ne l'ai pas pris pendant une semaine et quelques jours. Je revoyais ma médecin à ce moment-là, et on partait deux semaines après en Thaïlande en vacances. Et donc je lui ai dit, et normalement l'antidépresseur tu ne l'arrêtes pas comme ça, ça doit se faire progressivement. Mais je lui ai dit, voilà, écoutez, je vais bien. Je me rends compte que je l'ai oublié depuis une semaine et demie à peu près jusqu'au rendez-vous. Je n'ai pas le syndrome de sevrage que j'avais eu il y a quelques mois avant. Qu'est-ce qu'on fait ? Sachant que je n'étais pas sur une dose de cheval, j'étais un jour sur deux, je me sentais capable, on va dire, d'arrêter là. Sachant qu'en plus, on partait en vacances après. Et la médecin, elle m'a dit, bon, ce n'est pas forcément l'idéal, mais si vous avez envie de le tenter, moi, je vous suis. Effectivement, ça fait une semaine et demie que vous ne le prenez plus. Vous partez en vacances dans deux semaines, ça va vous faire du bien. On peut le tenter comme ça et on se revoit au retour. Bonne TDAH que je suis, j'ai pas tout de suite repris rendez-vous pour le retour. Et en fait, les vacances, j'ai commencé à ressentir que je n'étais plus sous molécule chimique en vacances. Et ça a été dur. Déjà partir à l'autre bout du monde avec un bébé de 15 mois, voilà, en termes d'hyperstimulation... Mon mari n'est pas trop stressé des problèmes médicaux. Moi, avec le recul, je me rends compte du level d'angoisse que j'ai maintenant. Je pense que je l'étais quand même inconsciemment. On se pose toujours des questions quand t'es à l'auprès du monde. Ça a été dur. Ça a été dur parce qu'en plus, on était dans une période où Gabriel pleurait beaucoup. Où je pense qu'il y avait une grosse angoisse de séparation. Plus le fait qu'on est juste dans un autre pays, en fait. Les gens te parlent, tu les comprends pas, ils parlent pas la même langue que toi. Ils venaient de commencer à marcher. Donc il y a eu cette acquisition, ils commençaient à parler, donc il y a eu cette acquisition. C'était compliqué la nuit, enfin bref, il y a eu beaucoup de choses, il faisait très chaud, humide. Alors, et moi pour le coup, la chaleur et l'humidité, c'est un très gros trigger aussi pour moi. Donc j'étais tout le temps sur les nerfs en fait. Et là, j'ai vraiment ressenti que, ah, ben en fait, la béquille chimique ne m'aurait vraiment pas fait de mal encore en vacances. Et en fait, quand je suis rentrée, j'ai pas tout de suite pris le pli d'aller revoir la médecin. En vrai, en plus, à la base, j'étais contre les antidépresseurs, je voulais pas prendre de médicaments. Donc je me suis dit, non, allez, vas-y, tu vas y arriver, t'as l'hypnose, on reprend pas de médoc, on va y arriver comme ça. Donc ça a été encore très dur de novembre à grosso modo, je dirais, à l'été d'après. Je pense que c'est à partir de l'été du coup, 2023, où ça a commencé à réduire progressivement cet état de dépression. Ça s'est pas arrêté d'un coup, ça c'est sûr. Mais on va dire que... Ouais, je pense... Grosso modo, deux ans et demi de Gabriel, donc décembre 2023, ou on va dire premier trimestre 2024, là, je commençais vraiment à souffler.
- Speaker #0
À quel moment tu t'es dit, ou dans quelle situation tu t'es dit, là, ça y est, je commence enfin à respirer de nouveau ?
- Speaker #1
Et ça, c'est un grand souvenir pour moi. Je m'en souviens presque comme si c'était hier. Et c'est marrant parce qu'il y a encore des jours où je me dis exactement la même chose que je m'étais dit ce jour-là. C'est qu'en fait, Gabriel était à la crèche, j'avais fini plus tôt le boulot. Et on devait récupérer Gabriel à la crèche de mémoire à 17h30. Et en fait, en général, pendant toute la période avant, je redoutais 17h30 pour chercher Gabriel à la crèche. Parce que après ta journée de boulot, c'était dur d'enchaîner avec ta deuxième journée de maman. Et je me souviens que je m'arrêtais souvent de travailler vers 16h pour avoir au moins une heure et demie avant de le chercher. Au calme, je me mettais une série ou j'essayais de me poser. Et en fait, je me souviens très bien que de 17h à 17h30, je regardais maman toutes les deux minutes. Et en fait, ce jour-là, j'étais hyper heureuse d'aller le chercher. Vraiment contente de retrouver mon fils un soir de semaine après le boulot. Et là, je me suis dit, wow, il y a quelque chose qui a switché. Et il y a encore des moments maintenant où je me dis, parfois je vais le chercher plutôt au périple. Maintenant, il est à l'école, mais on le cherche en général pareil à 17h30 parce que journée de boulot. Et il y a des jours où je finis plus tôt et en fait où je suis super contente d'aller chercher plus tôt que prévu parce que j'ai envie de passer du temps avec lui. Et c'est vraiment là-dessus où j'ai remarqué que j'allais mieux. C'est juste que je n'avais plus peur ou je ne redoutais plus de passer du temps avec lui. Au contraire, j'étais contente de le voir. En disant ça, je me dis mais c'est horrible de ne pas avoir envie de voir ton enfant alors que tu l'aimes d'un amour inconditionnel. Mais en fait, c'était trop dur quand j'étais avec lui.
- Speaker #0
Je pense et c'est mon avis. personnelle sur la question parce que là, tu viens d'écrire des situations que c'est drôle, on avait vraiment la même technique à savoir s'arrêter une heure et demie avant pour essayer de passer du temps seul, en fait, pour baisser les stimulations, en vue des prochaines surstimulations qui approchent. Clairement, c'est ça qui se jouait. Mais moi, je pense que c'est pas vraiment... Alors, effectivement, on peut le voir comme ça, mais c'est pas vraiment le fait de pas vouloir passer du temps avec son enfant, mais c'est le fait... d'appréhender toutes ces sensations, cette fatigue, en fait tout ce que ça va engendrer. Parce que si maintenant, admettons, on nous disait « bon ben voilà, un enfant ne nous surstimule pas » en sachant qu'une personne neurotypique est très vite surstimulée. « Notre enfant ne nous surstimule pas et ne nous fatigue pas. » Je pense qu'en étant un minimum reposé, avec une bonne santé mentale, etc., on appréhenderait beaucoup moins. Tu disais que tu ne te souvenais pas trop de ce qui t'avait aidé durant cette période. Alors tu as cité quand même l'hypnose, le relais crèche. Je pense que c'est quelque chose, relais crèche puis école, qui a pu être aidant. Est-ce que si tu y réfléchis, là, peut-être pas vraiment dans le dur, mais quand ça commençait à aller mieux, justement, peut-être en cette période, entre novembre et l'été d'après, Qu'est-ce qui a pu t'aider à sortir complètement de cette dépression postpartum, tout en ne reprenant pas forcément une médicamentation ?
- Speaker #1
Alors déjà, chose importante, c'est que Gabriel dormait. C'est qu'en fait, il faisait des nuits complètes. En tout cas, ça faisait plusieurs mois que je redormais une nuit complète. Parce que Gabriel a fait des nuits... Alors, il faisait ses nuits à lui. Moi, j'aime pas l'expression « bébé faisait pas ses nuits » . En fait, il fait pas nos nuits, il faisait ses nuits à lui. Mais il a arrêté de se réveiller la nuit à 22 mois. Donc déjà, tu sais ce que c'est. Quand la fatigue s'accumule pendant des mois et du coup là, pour le coup, des années, c'est rude. Donc déjà, je pense que j'ai eu plusieurs mois où je dormais. Même si tu me connais très bien, tout est relatif. Moi, j'ai un sommeil qui est très difficile depuis mon adolescence. Je fais beaucoup d'insomnie. Donc mon sommeil n'a jamais été normal et à 100%. Mais déjà, le fait que je n'avais pas besoin de me lever la nuit parce que mon bébé pleurait ou qu'on avait du mal à le rendormir, ça a aidé quand même beaucoup. Après, je pense aussi qu'il y avait l'élément, c'est bête, mais professionnel. Je commençais à m'y retrouver un petit peu plus dans ce que je faisais professionnellement parlant, avec mes nouvelles spécialités. Le cabinet commençait un petit peu à refonctionner. Parce qu'en fait, sachant que j'ai complètement switché dans mes spécialités, c'est comme si je redémarrais à zéro. quand je suis sortie de congé maths. C'est-à-dire que je n'avais plus du tout le turnover de patients que j'avais avant. Donc c'était aussi un stress financier, une pression, une charge mentale au niveau de la rémunération. Donc je pense qu'il y a eu ce facteur-là. Je pense aussi qu'on avait vraiment déjà bien bossé en hypnose.
- Speaker #0
Clairement, il y a eu quand même plusieurs mois de boulot.
- Speaker #1
Et après, sur cette période-là, je pense que c'était un combo de tout ça. Relais, crèche, on avait les grands-parents. Les grands-parents qui étaient quand même présents, notamment mes beaux-parents, qui le gardaient un jour par semaine. Si on avait besoin de... Je sais pas, Jeff et moi, on est sportifs, donc on avait nos matchs. En vrai, la reprise du basket, en fait. Je crois que c'est à ce moment-là où j'ai repris le basket aussi. Donc quand on avait nos matchs, en même temps, le samedi soir, on pouvait laisser Gabriel dormir chez ses grands-parents. Il n'y a pas eu une chose plus qu'une autre, mais c'était un combo de tout ça. Et après, avec mes spécialités professionnelles, j'ai fait plusieurs formations en micronutrition, donc je me suis beaucoup aidée avec ça. Après la prise d'antidépresseurs, quand je me suis rendue compte que je n'allais pas bien à nouveau et que je ne voulais pas reprendre des antidépresseurs, je me suis fait ma propre routine complément alimentaire, celle qui était efficace pour moi, parce que ça va vraiment être différent selon les personnes. Je pense que ça, ça m'avait bien aimé. Et autre chose aussi que je n'ai pas du tout dit encore, on a amorcé la discussion par rapport au diabète gestationnel, mais je pense que tu t'en souviens, j'ai fait du coup le diabète gesta. Une fois que j'ai accouché, j'avais plus de diabète, mais j'ai eu beaucoup d'envie de sucre, alors que comme dit, ce n'était pas du tout mon truc avant. J'ai eu un problème hormonal de ce côté-là, où j'ai développé une insulino-résistance. Et en fait, l'insulino-résistance, c'est quelque chose qui te fatigue beaucoup aussi. J'étais très fatiguée, je n'arrivais pas à récupérer en énergie. Et du coup, en micronut, j'ai bossé sur le côté psychologique, émotionnel et sur le côté insuline résistance. Et il me semble que ça concorde avec la période où l'insuline résistance s'est stoppée, où j'ai réussi à sortir de ça. Donc je pense que j'avais aussi tout simplement récupéré en énergie.
- Speaker #0
C'est hyper intéressant. Alors moi, je note deux choses. Que déjà, tu t'es sentie mieux. Du moment où tu as réussi de nouveau à ressentir de la joie. Forcément, c'est quelque chose qui généralement, c'est pas tu t'es senti mieux car, c'est comme tu allais mieux, tu as pu ressentir de nouveau de la joie. Généralement, c'est quelque chose, c'est un peu comme ça aussi qu'on voit que notre santé mentale va mieux. Et l'autre chose que je voulais noter, c'est oui, tu ne le savais pas, mais tu es de nature anxieuse. Et c'est vrai que ça aussi, ça bouffe beaucoup d'énergie. Quand on cumule justement les nuits non complètes en tant qu'adulte, plus l'anxiété, plus les neuroatypies, le moulin qui ne s'arrête jamais dans la tête, l'hyperactivité, c'est vraiment un combo qui fait qu'en fait... une dépression postpartum peut durer longtemps. Est-ce que, je sais qu'on revient un peu en arrière en pensant à cette question, mais est-ce que tu as la sensation que cette dépression postpartum a bien été prise en charge ? Ou est-ce que, pour toi, c'est une dépression postpartum mal soignée qui fait que ça aurait peut-être duré plus longtemps que ça aurait dû ?
- Speaker #1
Je pense que le diagnostic a tardé surtout. Je pense vraiment que si le diagnostic avait été posé plus tôt, et pour le coup, là, je ne mets pas du tout en cause les thérapeutes ou les médecins qui m'ont suivie. parce que je pense que ça dépendait de moi aussi. Mais je pense vraiment, aujourd'hui, si ce diagnostic était posé plus tôt et de façon plus efficace, ça aurait duré moins longtemps. J'en suis persuadée. J'en profite du coup pour dire que s'il y a des personnes qui nous écoutent, qui sont vraiment toutes jeunes mamans ou qui sont en fin de grossesse et qui vont déjà pas bien, c'est de tout de suite, aller se faire suivre, tout de suite parler des choses et tout dire.
- Speaker #0
Surtout pas hésiter, quoi. Je suis tout à fait d'accord avec toi. Je pense que c'est important de... En fait, d'aller en parler dès les premiers signes, dès qu'on sent que quelque chose ne va pas et de ne pas avoir peur. Alors, peut-être se diriger par contre vers une personne qui a l'habitude de la prise en charge des dépressions postpartum, pour ne pas qu'on vienne nous dire que c'est juste un baby blues. Et oui, d'y aller vraiment dès les premiers signes, dès qu'on sent qu'on a du mal à ressentir de la joie, dès qu'on se sent très fatigué, dès que tout devient un effort, dès qu'on est en mode... Pilote automatique, ne pas hésiter à les consulter. Alors j'ai deux questions, on va commencer par la première. Comment est-ce que tu regardes cette période aujourd'hui ?
- Speaker #1
Ça c'est une question à laquelle je n'ai jamais été confrontée parce que je ne me la suis jamais posée. Je pense que je la regarde de deux manières encore. Je la vois d'un côté d'un œil encore assez amer, c'est-à-dire... que j'ai l'impression que ça m'a volé les deux, trois premières années de la vie de mon enfant. Je la regarde aussi d'un côté amer parce qu'il y a aussi eu ce diagnostic TDAH qui m'a fait comprendre un petit peu tout ce qui s'est passé. Et je me dis que c'est hyper rude quand ça t'explose au visage en plein postpartum. Donc, je ne suis pas forcément encore complètement dans un œil bienveillant. Même si, justement, j'allais dire, le deuxième regard que j'ai là-dessus, ça reste un œil bienveillant. C'est-à-dire que je pouvais juste pas faire autrement avec le fonctionnement que j'ai, que je ne connaissais pas, donc j'avais aucune idée de ce qui se passait pour moi. C'était juste pas possible d'anticiper tout ça de toute façon. Donc j'ai ce côté effectivement encore amer, vraiment je pense que sur l'aspect souvenir et émotionnel du fait que j'ai vraiment l'impression d'avoir perdu ces années. Mais je reste bien consciente que... En fait, je suis juste une femme qui a vécu déjà des choses difficiles dans sa vie, qui a une neuroatypie mais qui ne le savait pas, qui ne pouvait juste pas faire autrement. Et voilà, il fallait que ça se passe comme ça en fait.
- Speaker #0
Surtout qu'on est en plus dans une société centrée dans de grands débats politiques, mais dans une société où les mères ne sont pas bien accompagnées, tout coûte cher. que ce soit une prise en charge pour sa santé mentale, que ce soit une prise en charge pour un diagnostic de neuroatypie, tout coûte cher. Et encore, faut-il trouver les bons professionnels de santé pour nous accompagner. Il y a encore, je trouve, des gros clichés qui tournent sur la dépression, et donc forcément par effet ricochet sur la dépression postpartum. Et ça rend vraiment les choses difficiles. Difficile. Et d'ailleurs, qu'est-ce que tu aimerais que les gens comprennent sur la dépression postpartum ?
- Speaker #1
Je pense que c'est important de comprendre déjà que c'est beaucoup plus fréquent qu'on ne le pense. Je pense aussi que, et ça c'est plus, je le dis plus à destination des mamans, futures mamans, je pense vraiment qu'il y a des signes avant-coureurs. Une personne qui fait une dépression postpartum est pour leur... Là, je parle de moi, mais je parle de toi aussi. Je parle d'autres personnes que je connais qui ont fait une DPP. Elles ont déjà vécu dans leur vie des périodes de déprime, de gros, gros down, voire de dépression ou de burn-out. Donc, je pense vraiment que ça, c'est important de le dire aussi. Il y a des signes avant-coureurs. Alors, ce que je dis n'est pas vérité absolue. Il y a peut-être aussi des femmes qui n'ont jamais rien vécu, émotionnellement parlant, difficile, et qui vont faire une DPP. Ça reste une biochimie dans la tête qui bug à un moment donné. C'est pas voulu. Donc ça, c'est aussi ça. Je veux qu'on comprenne qu'en fait, on ne veut pas être en dépression postpartum. Clairement, on ne veut pas vivre ça. On ne dit pas qu'on ne va pas bien pour se faire plaindre. Je pense que déjà, pour une femme, de dire qu'elle ne va pas bien, c'est qu'elle est déjà arrivée à un stade assez compliqué. Parce qu'on demande effectivement quand même beaucoup aux femmes d'être fortes. de ne pas être hystérique, parce qu'on adore associer ce mot aux femmes, de garder un peu nos émotions, surtout nos émotions négatives, et surtout si c'est de la colère pour nous, une femme, elle ne doit pas être en colère. Donc je pense qu'il y a de ça. Qu'est-ce que j'aimerais qu'on comprenne encore ? Que c'est une pathologie. Ce n'est pas juste transitoire comme le baby blues, il y a un vrai truc qui se passe, que ça doit être pris en charge. Peut-être via plusieurs pros, peut-être via plusieurs techniques. Je pense que chaque femme doit trouver ce qui lui correspond le mieux.
- Speaker #0
Je trouve ça important effectivement de bien rappeler que c'est une pathologie. Moi, comme toi, j'étais contre les antidépresseurs. J'ai dû en prendre aussi. Moi, j'en ai pris finalement pour réguler l'anxiété. Mais voilà, ça reste une béquille. Alors, ce n'est pas forcément obligatoire. Ça, c'est à votre professionnel de santé d'en décider. Il y a des... Justement, si on consulte assez tôt, peut-être qu'on peut faire sans et c'est vraiment super. Mais si c'est nécessaire, n'oublions pas que c'est une béquille et que ça ne sera pas forcément quelque chose qu'on prendra tout le temps.
- Speaker #1
Oui, là, du coup, j'ai quelque chose d'important à rajouter. Justement, comme tu le dis, c'est une béquille. Et en fait, les antidépresseurs, toi comme moi, c'est ce qui nous a permis de sortir la tête de l'eau pour pouvoir mettre en place tous les autres outils qui, eux, sont là pour le long terme, le jour où justement il n'y a plus d'antidépresseurs. Donc, je pense que ça, c'est vraiment important de le rappeler. Pour toutes les femmes qui ont peur de prendre des antidépresseurs, mais qui vont vraiment pas bien, qui sont au fond du trou, et qui sont peut-être à la limite aussi de commettre un acte irréparable, un antidépresseur, c'est juste là pour... Je remonte à la surface, je peux à nouveau respirer, je récupère de l'énergie, et là, avec cette énergie-là, vous allez être capable de mettre en place tous les autres outils dont vous avez besoin pour vraiment que ça perdure, et que lorsque j'arrête les antidépresseurs... j'ai mon relais derrière. Et ça ouais merci de le dire parce que ça c'est hyper important pour moi de le dire, c'est trop trop trop important.
- Speaker #0
Je rejoins tout à fait ce que tu dis parce que c'est vrai que moi c'est du moment où j'ai pris le traitement parce que j'ai en fait devenu incapable même d'assister à une session soit d'hypnose soit de psychothérapie parce que j'avais plus du tout d'énergie. Par contre ce que j'ai fait et je pense que ça peut être intéressant de le faire si vous êtes si vous craignez de prendre des antidépresseurs, mais que votre professionnel, et vous pouvez même demander un deuxième avis, vous certifiez qu'en fait, là, il n'y a pas le choix. Moi, je leur ai dit que j'avais peur. Je leur ai dit que j'avais peur que ça devienne une addiction. Je leur avais dit que j'avais peur de plus jamais pouvoir m'en séparer. Je leur ai dit que j'avais peur des effets que ça aurait sur mon corps. Je leur ai aussi dit que j'étais très sensible aux médicaments et que du coup, vraiment, il fallait quelque chose de doux. Vraiment, j'ai mentionné mes craintes. Et j'ai eu un traitement vraiment adapté qui, j'ai eu de la chance parce que je sais que c'est pas toujours le cas, a été le bon tout de suite. Si le professionnel que vous avez contacté ne vous écoute pas, je sais que c'est de l'énergie aussi que de trouver quelqu'un d'autre, mais ne restez pas avec cette personne si vous sentez qu'elle n'est pas la bonne pour vous. Parce que surtout en tant que personne neuroatypique, c'est vraiment important qu'on soit vraiment entendus parce qu'on fonctionne pas comme tout le monde tout simplement. Je pense qu'on arrive à la fin de notre épisode. Ça a été vraiment... Très sympa de partager ça avec toi, même si c'était forcément pas simple pour moi non plus. Je te remercie beaucoup pour ta participation et j'espère que ce témoignage pourra aider d'autres personnes, d'autres femmes à se sentir moins seules. Au revoir Laura. À bientôt. Et de mon côté, je vous souhaite une excellente journée, soirée, matinée. Prenez soin de vous et on se retrouve très bientôt pour de nouvelles réflexions. Atypique.