- Speaker #0
Il existe des naissances dont on parle peu, des naissances qui ne font pas de bruit, où le corps guide, les regards soutiennent et le silence travaille. Alors bienvenue chez nous. Nous, c'est le podcast où on parle de naissances organiques et originelles. Un espace spécialement créé pour la réunion, pour écouter ce qui se vit quand on fait confiance au corps. Un espace pour redonner une voix à la physiologie. Je suis Alicia et je suis doula. J'accompagne les femmes et les couples. Avant, pendant et après l'arrivée de leur enfant, je le fais avec cette conviction simple que le corps sait. Il porte cette mémoire ancienne qui, lorsqu'elle est respectée, entourée, sécurisée, devient d'une puissance remarquable. Dans ce podcast, tu entendras des récits vrais, des histoires de souffle, de doute, de courage, des histoires où des couples ont trouvé leur place et les professionnels ont collaboré, des histoires où les mondes se rencontrent parce qu'ils sont justement réconciliés. Réconciliation entre savoir médical et intelligence du corps, réconciliation entre les générations, réconciliation des couples et de leur foyer, c'est ça la prochaine humanité. Naître autrement, ici sur notre île, c'est honorer la vie dans sa dimension la plus simple et la plus puissante, c'est permettre à chaque famille de sentir qu'elle peut choisir, comprendre, s'informer et s'engager avec confiance. Ici, à La Réunion. Je donne la voix aux mères qui ont senti leur corps agir avec justesse, aux pères qui ont trouvé leur place dans la présence et la sécurité, aux professionnels qui œuvrent dans l'alliance et le respect du vivant. Chaque épisode est un témoignage, une traversée qui racontait avec sincérité un espace où la naissance est un passage conscient, soutenu, honoré. Chaque bébé arrive avec une promesse et chaque famille qui se transforme participe à une humanité plus apaisée. Bienvenue chez nous ! Bastien, merci d'être avec moi aujourd'hui pour parler de ton expérience de papa et de ton vécu dans la naissance physiologique. Est-ce que tu pourrais déjà, en quelques mots, nous décrire un petit peu qui tu es pour qu'on comprenne davantage ton histoire après ?
- Speaker #1
Qui suis-je ? D'habitude, c'est elle qui me décrit. Je ne suis pas habitué dans ce sens-là. Je suis un homme de 30 ans qui a une relation avec Gaëlle depuis plus de 10 ans maintenant. On a eu une petite fille il y a quelques mois de ça. Gail m'a proposé de faire un accouchement physiologique. Elle m'a parlé de maison de naissance, elle m'a parlé d'accoucher dans une baignoire, elle m'a parlé d'accoucher pas à l'hôpital. Ce qui, de mon point de vue et de mes références, me semblait un peu bizarre. Mais il y avait une partie de moi qui me disait que si ma femme, qui a une réflexion assez ouverte et précise sur son accouchement, a fait le choix que... pour son corps et son envie d'enfanter, ça devait se passer dans une maison de naissance. J'estimais que je devais la suivre et la soutenir à ce moment-là précis et que ça serait à moi de m'adapter, d'apporter ce que je peux apporter.
- Speaker #0
Avec ta réponse, j'ai déjà envie de pleurer. Alors, on commence bien ?
- Speaker #1
Ah bah non.
- Speaker #0
Si, ça va arriver,
- Speaker #1
je sens. Je vais pleurer.
- Speaker #0
Je sens que ça va arriver. Si tu avais trois mots pour décrire justement ce que tu as vécu, Bastien, toi, en tant que père, ce serait quoi ? ces trois mots ?
- Speaker #1
Le premier mot, je pense que c'est rencontre. Parce que j'ai rencontré une gal que j'avais jamais vue dans un premier temps. Et ensuite, il y a eu une rencontre avec ma fille. J'ai été dans les premiers instants, là, pour elle. Je pense que le deuxième mot, ça doit être instant présent ou moment. Il y avait une bulle temporelle autour de ça, autour de cet accouchement. Le temps ne passait plus. Il n'y avait pas de « qu'est-ce qu'on fera demain ? » Les problèmes de la vie quotidienne. C'était très ancré sur le moment. Et le troisième mot, ce qui me vient, c'est incertitude. Parce que malgré toutes les préparations, malgré des mois et des mois à suivre des masterclass, à aller au cours de préparation à l'accouchement, en fait, on n'est jamais réellement prêt. Chez l'accouchement, on ne sera toujours pas prêt, parce que c'est inédit, c'est nouveau à chaque fois.
- Speaker #0
Rencontre, instant présent et incertitude. Ce sont tes trois mots et je les aime beaucoup, en tout cas dans la façon dont tu l'as décrit tout ça. Ouais, c'est authentique. Est-ce que tu aurais une image forte qui pourrait décrire ton expérience, ce que tu as vécu ?
- Speaker #1
À chaque fois que je pense à l'accouchement, je pense à la baignoire. Je ne sais pas pourquoi je me vois rentrer dans cette pièce. Le lieu, la salle, c'est vraiment une image qui reste forte pour moi parce qu'elle ressemble bien à une salle d'hôpital. C'est un endroit où on se sent bien, un peu comme ici. Lumières tamisées. Avec des gens qu'on connaît, qu'on a déjà vus, qui ont les mots et qui ont l'habitude de rassurer. Mais surtout, vu qu'ils nous connaissent, ils savent nous rassurer. Je peux donner tous les détails, où il y avait les ampoules, toutes les décorations, les dessins sur les murs, le nom des enfants qui sont nés parce qu'il y avait des faire-parts.
- Speaker #0
Oui, tu as la mémoire sensorielle du lieu.
- Speaker #1
Oui, assez marquée.
- Speaker #0
Je garde la baignoire si tu veux bien.
- Speaker #1
La baignoire, allez. On a passé du temps dans cette baignoire, donc. Ben oui. On va se rappeler.
- Speaker #0
S'il y avait une peur... qui t'a traversé pendant ce moment-là, ce serait laquelle ?
- Speaker #1
À un moment donné, j'ai eu peur pour Gaëlle. J'ai eu peur par rapport à la douleur qu'elle avait, qu'elle était en train de vivre. Et à un moment donné, on est passé de la douleur à la souffrance. Et j'ai trouvé ça dur parce que je ne voyais pas comment l'aider. Je ne voyais pas comment je pouvais mieux la soutenir ou faire plus. Et j'avais peur que pour elle, ça la travaille au niveau de l'esprit, qu'elle abandonne. qu'elle lâche, et c'était un moment qui m'a réellement fait peur.
- Speaker #0
Est-ce que tu aurais découvert une force en toi quand tu as vécu cette expérience inédite ?
- Speaker #1
Avec le recul, j'ai été surpris de ma force physique. Pourquoi je dis ça comme ça ? À partir du moment où Gaëlle a perdu les os, on n'a pas beaucoup dormi. On a dû se déplacer jusqu'à la maison de naissance. Elle a passé cinq heures dans la baignoire et je l'ai portée littéralement pendant cinq heures parce qu'entre chaque contraction... Elle se laissait littéralement tomber dans la baignoire, la tête sous l'eau. Mais donc je l'ai vraiment soutenue, J'ai eu des courbatures dans le dos, les bras, pendant des heures et des heures et des jours après l'accouchement. Donc j'ai été très surpris d'avoir cette force physique qui sortait nulle part parce que n'étant pas quelqu'un de particulièrement sportif ou quoi, je me suis dit c'est bien, c'est beau.
- Speaker #0
Si tu avais un message que tu aimerais proposer aux parents qui nous écoutent, ce serait lequel ?
- Speaker #1
Mais je pense qu'il faut se faire confiance et s'écouter. S'écouter, vu que c'est au pluriel, enfin dans l'idée d'écouter la maman, écouter le papa, écouter le bébé, parce que je suis sûr que dans le fond on l'entend, peut-être qu'on ne le comprend pas, mais en tout cas on l'entend. Et si on a envie de faire quelque chose, se mettre dans une position, écouter une musique, manger quelque chose, se masser, si on se dit c'est maintenant qu'il faut aller à la maternité, ou non, je préfère attendre. Je pense que c'est ça qui est important.
- Speaker #0
S'écouter dans le sens de se faire confiance ?
- Speaker #1
C'est de se faire confiance et surtout de s'écouter et ne pas croire que toutes les personnes qui sont autour de nous, qui ont déjà vécu ça, principalement les sages-femmes, détiennent la vérité absolue. C'est dur à faire, mais je pense que c'est essentiel pour vivre le moment comme on l'entend et surtout être dans un vrai confort.
- Speaker #0
Vous avez évidemment préparé cette naissance ensemble, j'imagine.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
L'amont... toute la préparation des neuf mois de grossesse. Est-ce que pour toi, c'était important déjà de le préparer comme vous l'avez fait ? Et surtout, en quoi ça t'a aidé à vivre l'enfantement de manière efficiente ?
- Speaker #1
Je pense que cette préparation, elle est essentielle de mon point de vue pour intellectuellement comprendre ce qui va se passer le jour J. Parce que je n'étais pas du tout en soi perdu, dans le sens où je sais ce que c'est de l'ocytocine, de l'endorphine. J'avais des idées de qu'est-ce que c'était la phase de désespérance. J'avais aussi compris comment le bébé allait passer dans le bassin, qu'il y avait plusieurs étapes, qu'il y avait plusieurs positions qui pouvaient l'aider, qu'on avait des outils, des ballons, des lianes, de l'eau chanteuse. En fait, c'est comme quand on apprend à compter. Au début, on voit les chiffres et on n'en a aucune idée de ce qu'on peut faire avec. Et à partir du moment où on découvre, j'ai envie de dire, les quatre opérations clés, On arrive à faire plein de choses avec ces chiffres. Là, c'est un peu la même chose, parce que je n'y connaissais rien en accouchement, à part mes cours de SVT de 4e. Mais entre ce qu'on a appris à ce moment-là et la vraie vie, il y a un grand monde. Et je trouve ça rassurant et très aidant d'avoir préparé ça pendant de longs mois.
- Speaker #0
Au niveau de votre communication à tous les deux, est-ce que ça a justement... fait un petit peu un game changer, le fait de se dire, tiens, on a préparé ces neuf mois ensemble, on s'est documentés ensemble, on a construit un projet ensemble. Est-ce que ça t'a permis, le jour J, en tout cas, de former une équipe qui, selon toi, encore une fois, c'est ton point de vue qu'on expose là, était plus efficace ?
- Speaker #1
J'aurais tendance à dire que déjà, avec elle, on communique très bien. Enfin, très bien. On ne peut pas dire qu'on communique très bien. Mais on a travaillé et on connaît beaucoup d'outils. pour essayer de communiquer de la meilleure façon possible. Donc, je n'ai pas senti un énorme changement. Par contre, j'ai senti que tous les outils qu'on connaît depuis des années, et ils ont été utilisés à ce moment-là, je pense beaucoup à la communication non-violente. Ça aide beaucoup. Aux accords Toltec, ça aide beaucoup aussi. Ne pas prendre tout personnellement de ce qui était en train de se passer. Comprendre que dans la tête de Galil... Il était en train de se passer des choses qui n'étaient pas conventionnelles et habituelles. Et en fait, si on n'a pas conscience de tout ça, on peut passer un mauvais moment ou avoir des échanges tendus et compliqués.
- Speaker #0
Bien sûr, tu as totalement raison. Tous les outils, effectivement, qui permettent à l'humain d'être un meilleur humain, ce jour-là, c'est carrément utile, on est bien d'accord. Est-ce que tu avais vraiment conscience de la place et du rôle que tu allais pouvoir jouer, tant dans la grossesse, c'est-à-dire ce... Ce temps où on prépare, en fait, quelque part, le nid, que dans le moment de l'arrivée de votre bébé, et puis ensuite, l'après, parce que tu as bien vu, maintenant que le bébé a neuf mois, que c'est un continuum, il n'y a pas d'arrêt.
- Speaker #1
Effectivement.
- Speaker #0
Est-ce que tu avais vraiment le sentiment que ta place et ton rôle étaient clairs ? ou tu l'as clarifié au fil des étapes ?
- Speaker #1
Je pense que j'ai appris tout au long de toutes les étapes. Je n'ai pas non plus, moi, dans mon passif de référent paternel particulièrement présent à ce sujet-là. Mais en tout cas, toutes les préparations qu'on a pu faire avant et pendant m'ont permis de grandir et de me faire évoluer. À partir de là, je pense qu'à chaque fois, le maître mot, c'est que j'ai fait de mon mieux. Dans toutes les situations, je n'ai aucun regret. Je me dis que j'ai réellement fait de mon mieux.
- Speaker #0
Est-ce que tu pourrais nous décrire justement ce que tu as vécu toi de ton point de vue quand le jour J est arrivé, quand votre enfant a toqué à la porte et qu'il a choisi, elle a choisi, cette journée pour arriver au monde et pour rencontrer ses parents ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
J'avais prédit le jour et l'heure. Je n'étais pas particulièrement surpris. À quelques heures près, j'étais pile bonne dame, pile bonheur.
- Speaker #0
La communication avec ton bébé était parfaite alors ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si elle était parfaite, mais en tout cas, elle a dû me le dire. Je l'ai juste donné dans notre monde, quoi. Ce qui a donné l'alerte, c'est la perte des eaux. Et un haut putain. C'était les deux. J'ai entendu le splush et le haut putain.
- Speaker #0
J'adore.
- Speaker #1
Ce qui a défini un petit peu ce qui allait se passer. Donc après avoir épongé moi-même tout ça, j'ai compris qu'on y était. Et le début... était, j'ai envie de dire, pas particulièrement stressant, dans le sens où Gaëlle avait, elle aussi, travaillé toute cette partie-là et savait ce qui était en train de se passer. Donc, je la sentais plutôt stable, émotionnellement et physiquement parlant. Je la voyais dans un vrai contrôle. Donc, ça a réellement eu l'effet sur moi de me rassurer. Cependant, à un moment donné très précis, où les contractions commençaient à vraiment beaucoup se rapprocher, J'avais bien écouté les cours de la sage-femme, et quand elle m'a dit que les contractions sont en dessous de 5 minutes, même à 3 minutes d'écart, faut se décider à aller à l'endroit où le bébé va naître. Et à partir de là, il y a eu un peu plus de tension, parce que la sage-femme n'était pas trop pour qu'on vienne tout de suite. Moi, je n'ai jamais vu ma femme me dire « on y va maintenant » . Donc normalement, ce n'est pas une femme très à l'heure. Et là, quand elle m'a dit « maintenant, tout de suite, là, on bouge » , je me suis dit « ah ! » effectivement il faut y aller j'ai senti la perte de contrôle de ce côté là ce qui a tout de suite fait un effet miroir sur moi où j'ai été très tendu mais on avait tout préparé le sac était prêt enfin en partie on a dû faire un petit peu freestyle à la fin on est arrivé à la maison de naissance et là il ya eu une bouche fait d'air frais dans le sens où quand les sages femmes étaient là et qu'on était dans un lieu qu'on connaissait qu'on avait déjà visité La pression est redescendue, parce que je n'étais plus le seul à devoir veiller sur Gaël.
- Speaker #0
Le gardien avait des gardiennes pour l'accompagner.
- Speaker #1
Exactement, des maîtres gardiennes.
- Speaker #0
C'est important, parce que tu précises là que sur ton système nerveux, sur votre système nerveux, l'environnement a littéralement changé l'expérience.
- Speaker #1
Exactement. Dans mon rôle, il y avait m'occuper d'échanger avec la sage-femme, vérifier qu'on est le sac. Je voulais vraiment que Gaël reste dans sa bulle. J'étais le logisticien. de la journée. Donc j'ai fait de mon mieux. Gaël est rentré dans la pièce et là j'ai commencé à échanger avec les sages-femmes. C'est vraiment ce moment-là qui m'a fait décompresser. Et après, j'ai rejoint Gaël dans la chambre. Je voulais à tout prix lui donner un truc à manger. Mais elle, elle n'avait pas faim.
- Speaker #0
Oui, tu t'es dit, ça fait déjà une nuit presque qu'elle travaille, elle a peut-être faim.
- Speaker #1
Exactement. Et vu qu'elle n'avait rien mangé, je me dis, elle a peut-être faim. Elle adorait les belins à ce moment-là, donc j'ai voulu lui en donner à tout prix, mais elle n'a pas voulu. Par contre, c'est moi qui les ai mangés. J'étais un peu stressé, je crois, donc je les ai mangés moi-même.
- Speaker #0
Quand tu es rentré dans cette chambre, avec cette ambiance si cosy que vous connaissiez déjà, puisque vous avez fait votre préparation à cet endroit-là. Est-ce que du coup, on peut dire que Gaëlle, elle a utilisé l'ensemble des outils qui étaient mis à sa disposition ?
- Speaker #1
Elle a voulu. La vraie réponse, c'est ça. C'est qu'elle a voulu essayer tous les outils. Sauf qu'elle s'est vite retrouvée allongée par terre. Parce qu'il n'y avait que comme ça, où la douleur était gérable, où elle était bien. Elle a essayé un peu de se suspendre, un peu d'utiliser le ballon. Le ballon cacahuète. Ce ballon a sauvé cet accouchement. Je pense que sans ce ballon, ça aurait été beaucoup plus difficile.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui lui a fait du bien sur ce ballon cacahuète, justement ?
- Speaker #1
Position latérale de sécurité avec le ballon entre les jambes pour ouvrir un peu le bassin. Je pense que c'est vraiment une position qui l'a soulagé.
- Speaker #0
Et détendre tous les tendons du petit bassin.
- Speaker #1
Exactement. Je n'aurais pas mieux dit.
- Speaker #0
Avoir cette espèce de calme aussi au niveau du système nerveux qui fait que comme il s'apaise, la sensation... De l'expérience, de l'intensité, ce calme, bien que l'intensité est toujours là, mais c'est la perception qu'on en a qui se calme.
- Speaker #1
Elle était sur son tapis, j'ai essayé de lui donner à manger, non, niet. Par contre, je lui ai donné une paire d'écouteurs avec des méditations. Et j'étais le DJ ce jour-là, ce qui est un très mauvais rôle. Ce qui est un très mauvais rôle quand on n'entend pas la musique, ce n'est pas très pratique. Gaëlle avait suivi une formation en ligne et la formatrice avait proposé... des méditations qu'elle avait composées elle-même. Et donc, il y avait un enregistrement quand il y avait la contraction et un enregistrement entre les contractions. Et je crois même qu'il y en avait plusieurs entre les contractions. Et c'était assez simple. Je devais mettre l'enregistrement quand il y avait la contraction. Assez facile à voir. Quand la maman a des contractions, ça se voit très clairement. Et quand c'est la fin de la contraction, on changeait de musique. Ça a fonctionné 5 minutes, parce qu'après, il n'y avait plus aucune règle. Une contraction, 2 secondes de pause, re-une contraction. Qu'est-ce qu'on fait ? On relance la même musique, on fait une pause, on catastrophe. Donc ça a été une gestion anarchique de ces enregistrements-là. Mais on les a tenus un bon moment. Il s'est passé 3 heures entre on est rentré dans la pièce, elle est rentrée dans l'eau. Et j'ai l'impression que ce moment-là, il a duré 30 secondes. Je ne sais pas pourquoi.
- Speaker #0
Le temps se dilate ou au contraire se contracte en effet dans ces moments-là et la perception est totalement en dehors de ce qu'on a l'habitude de comprendre. On est bien d'accord.
- Speaker #1
Parce que pourquoi on est rentré dans l'eau ? C'est que la sage-femme, enfin je ne sais plus laquelle, une des deux sages-femmes, m'a dit tu devrais proposer à Gaëlle d'aller dans l'eau. Ça lui ferait sûrement du bien.
- Speaker #0
L'eau chaude.
- Speaker #1
L'eau chaude. Et ça tombe bien. Dans la maison de naissance, il y a une immense baignoire. On s'est dit pourquoi pas. Je crois que la première fois, elle a refusé. La seconde, elle a accepté. Et on a vu que c'était quand même efficace, l'eau chaude. Avec l'urcule, parenthèse, on se dit que peut-être qu'à la maison, avoir pris un bain ou une douche, ça aurait pu aider. Mais vu que c'est la première fois, ça ne s'est pas passé.
- Speaker #0
Je valide plus, plus, plus la douche chaude.
- Speaker #1
La phase de désespérance a commencé là. Ce moment-là a été très, très, très, très long.
- Speaker #0
La phase de désespérance, souvent, elle correspond au moment où on arrive à une dilatation proche de la fin.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Ça peut être long, mais si tu veux, il y a ce côté où on sait que quand on intègre cette phase-là, ça devrait normalement plus trop durer. Mais ça peut être long quand même un peu.
- Speaker #1
Cinq heures, c'est pas un peu.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Oh là là. Et là, ça a été un travail, un marathon pour tout le monde, pour toute l'équipe, dans le sens où Gaëlle gérait sa vie de maman, donc contraction, le fait de respirer, de rester en vie. Dans ma tête, il y a vraiment ce mot-là, rester en vie. Ça, pendant six heures d'affilée. avec la même musique. Cette phase-là, pour moi, elle a duré toute une journée. Enfin, elle a quasiment duré toute une journée, mais c'est cette phase-là, à l'inverse de l'entrée, qui s'est distendue dans le temps. Ça a duré très très très très très longtemps.
- Speaker #0
C'est à ce moment-là que tu as eu des inquiétudes, n'est-ce pas ?
- Speaker #1
C'est à ce moment-là que j'ai commencé à m'inquiéter. J'ai commencé à m'inquiéter parce qu'il y a une sage-femme qui était chargée de vérifier la dilatation du col, et à chaque fois qu'elle regardait, les scores n'étaient pas ceux attendus.
- Speaker #0
En fait, c'est important de le préciser, elle ne t'a pas donné d'informations bêta, c'est-à-dire que tu n'avais pas l'information sur ce qui se vivait dans le corps de Gaël, mais tu pouvais, par ton ressenti, voir dans son non-verbal que potentiellement, ce n'était pas tout à fait ça qu'on attendait.
- Speaker #1
Exactement. C'est cette phase-là qui a été très longue, et cette phase-là s'est terminée à un moment donné où la sage-femme a ordonné à Gaël de sortir de l'eau. Parce que... Dès qu'il y avait une contraction, elle avait tendance à, je mets des guillemets avec mes doigts, à fuir la douleur. En fait, elle avait du mal à pousser, à gérer la contraction parce que dans l'eau, elle flotte. Et donc, la sage-femme a été assez claire là-dessus. Elle a dit, je pense que tu ne peux pas bien utiliser la contraction pour aider ton enfant à venir dans l'eau. Donc, il faut sortir.
- Speaker #0
Donc, l'eau a servi à dilater et à avancer le travail. Et il fallait sortir pour achever la naissance de votre fille.
- Speaker #1
C'est ça. Et là, par contre, moi j'ai le souvenir que ça a été très rapide, mais peut-être que ça a été très long. Il faisait très nuit. Enfin, je ne sais pas s'ils avaient baissé la luminosité encore, mais il faisait vraiment sombre. Donc, ce qui est très marrant et à noter, c'est que Gaëlle, d'habitude, elle écoute les ordres, mais pas tant que ça.
- Speaker #0
Moyennement.
- Speaker #1
Moyennement. Là, sa femme, elle a dit, tu sors, elle est sortie directe. Il n'y a pas eu de négociation. Il y a eu juste un, mais je ne suis pas sûr, je suis mieux là. Elle a dit, non, tu sors, et hop, elle est sortie. Comme si elle n'était ni enceinte, ni en train de travailler, ni quoi que ce soit. Parce qu'il faut quand même l'enjamber, la baignoire, elle est haute, il y a des marges.
- Speaker #0
Pour l'avoir moi-même enjambée, oui, je confirme.
- Speaker #1
Tu as conscience que, voilà. Elle est haute. Et là, elle s'est redirigée vers le même tapis sur lequel elle s'était allongée au tout début. Et à partir de là, tout s'est très vite accéléré. Donc, ce tapis était au pied du lit. Moi, je me suis assis sur ce lit. Gaëlle s'est appuyée sur mes genoux. Elle avait donc sa tête dans ses bras et ses bras sur mes genoux. Je ne sais plus ce qui s'est passé là, mais ce dont je me souviens, c'est qu'à un moment donné, la sage-femme a dit clairement... Le col est dilaté à son maximum. Ça y est, on y est. Ça y est. Et Gaëlle a posé une question très claire. Est-ce que je peux pousser ? La Sacha m'a répondu oui. Et à ce moment-là, j'ai été, je ne sais pas si je suis, j'étais admiratif, impressionné. J'ai été impressionné de l'énergie que Gaëlle avait alors que ça faisait des heures qu'elle avait mal, qu'elle restait éveillée, qu'elle n'avait pas dormi, qu'elle n'avait pas mangé. Elle s'est mise à pousser d'une force, je ne sais pas, titanesque, objectivement, c'est le bon mot. Elle m'a mordu. Elle m'a arraché les cuisses avec ses mains. Elle m'a mordu au niveau du ventre. C'est très douloureux. Mais pas autant que l'accouchement. Et quand on lui a dit, oui, tu peux pousser, elle s'est mise à pousser si fort que là, j'ai vu dans le regard de la sage-femme, ça va vite, là. Le bébé arrive très, très vite. Et le bébé est arrivé très, très vite. Le bébé est sorti. Troisième point où j'étais inquiet, il n'a pas fait de bruit. Tout le monde m'a dit, le bébé, quand il sort, vous verrez, il va se mettre à pleurer. C'est normal. Moi, mon bébé, il n'a pas pleuré du tout.
- Speaker #0
Il y a des bébés qui ne pleurent pas, parfois.
- Speaker #1
Ah oui, elle avait sa petite tête, là. Si, je savais déjà que c'était elle. Parce que quand je l'ai vue sortir, j'ai... De base, je savais que c'était une fille, mais j'étais très content de confirmer que c'en était une. Le bébé ne bougeait pas trop. Il ne pleurait pas. Le cordon était très court. Maman ne pouvait pas le récupérer. Là, on m'a dit tout de suite, viens le prendre. Tu veux couper le cordon ? J'ai dit non. Je veux juste récupérer le bébé. Donc la sage-femme a coupé le cordon. Et là, j'ai récupéré mon bébé. Enfin, notre bébé. Je ne sais pas pourquoi je dis que mon bébé. En tout cas, je l'ai récupéré. J'ai fait une analyse complète du corps en check-up. J'ai regardé s'il y avait tous ses doigts, toutes ses mains. Vu qu'on avait fait des tests pour rien. Aucune maladie, aucune malformation. Rien du tout. Il y a eu cet instinct. Je ne sais pas si c'est un instinct. Mais en tout cas, je me suis retrouvé à tout regarder. S'il y avait deux yeux, deux oreilles, s'il y avait des trous dans les oreilles, si la bouche s'ouvrait bien, s'il n'y avait pas de lèvres coupées, s'il y avait tous ces traits au milieu de la main, j'ai tout regardé. Et je lui ai dit, bienvenue. Et là, elle n'a pas souri. Elle avait vraiment une tête toute écrasée. Et là, il a têté. Et j'ai pris la première photo. Je ne sais pas pourquoi. Mais j'ai la photo du moment où il y a quelques minutes de vie et elle tête.
- Speaker #0
Waouh !
- Speaker #1
C'est stop. Intense, j'en ai mal au ventre.
- Speaker #0
C'était intense. T'as tout réécrit en une seule fois. Qu'est-ce que ça a donné, toi, en tant que papa, sur le regard que t'as porté sur Gaëlle ? Comment tu l'as vue après ça ?
- Speaker #1
Je n'ai pas envie d'utiliser le mot impressionné. Ça veut dire qu'avant, je n'étais pas impressionné de ce qu'elle était capable de faire. Mais là, j'ai découvert une femme, un être vivant, hyper puissant. Mais hyper puissant dans tout, dans le mental, dans le physique, dans la capacité à créer la vie. Et... J'en ai des papillons dans le ventre, juste de le dire.
- Speaker #0
T'as choisi la bonne maman pour ton enfant.
- Speaker #1
Ouais, j'ai aucun doute de ça. Je pense que j'ai jamais douté, mais il y a eu une véritable confirmation, je pense, à ce moment-là. On est là, on est tous là, on était là l'un pour l'autre, on a toujours été là ensemble, et en fait, on est une super équipe, et rien ne peut nous arriver. Et en plus, on a été une super équipe, et on a un bébé qui est là, en bonne santé. qui est avec nous et on a déjà croisé son regard et il va être là toute notre vie Avec nous, on est maintenant, on est trois quoi. L'équipe s'est agrandie.
- Speaker #0
Merveilleux ce témoignage-là d'équipe et de foyer, parce que c'est ça pour moi un foyer justement. C'est quand on a compris que chacun a sa place et qu'ensemble on constitue une équipe, un duo de partenaires. Vous avez clairement vécu ça.
- Speaker #1
On a fait mentir les maths.
- Speaker #0
Ouais, vous avez fait mentir les maths, absolument. Si t'avais envie justement aujourd'hui de transmettre un message à tous ces bébés qui arrivent bientôt, parce qu'il y en a plein qui ont envie d'arriver. qui sont encore dans l'invisible, mais qui un jour seront visibles. Tous ces bébés qui arrivent bientôt. Et puis un autre message ensuite à tous ces parents qui vont les accueillir. Qu'est-ce que tu aurais envie de dire ?
- Speaker #1
J'ai envie de dire que pour les bébés, on sait tous que c'est eux qui ont choisi leurs parents. J'ai envie de dire à tous ces bébés que les parents qu'ils ont choisis, ils feront toujours de leur mieux, qu'il faudra être tolérant aussi avec eux, parce qu'il y a une phase d'apprentissage pour tout le monde. Et que cette tolérance permettra de développer... un bel amour tous ensemble.
- Speaker #0
Et les futurs parents qui ont envie de les accueillir ?
- Speaker #1
Je pense qu'il n'y a pas de bons parents. Il n'y a que des gens qui font de leur mieux. Et je pense que pour tous ces parents qui vont accueillir un enfant ou des enfants, s'ils arrivent en même temps, c'est de rester soudés. Quoi qu'il arrive, c'est une équipe, on est deux. On n'a pas le choix, on n'a plus le choix. En tout cas, on l'a choisi, que ça sera une longue aventure, mais qu'elle est belle.
- Speaker #0
Dans votre expérience, ce que j'entends, c'est que vous avez collaboré ensemble, vous avez collaboré avec votre enfant et vous avez collaboré aussi avec l'équipe qui était en place et qui était là pour assurer votre sécurité. Qu'est-ce qu'on aurait envie de dire justement à toutes ces personnes au service finalement de la naissance, de l'enfantement, des foyers, des familles, pour que dans l'humanité qu'on est en train de mettre au monde, il y ait plus de réconciliation ?
- Speaker #1
Je pense qu'il faut qu'elles continuent de faire ce qu'elles font. Le mieux possible. Je pense que si on arrive à avoir plus d'équipes qui laissent des fois le côté purement médical et qui se rapprochent d'un aspect plus spirituel, d'un aspect plus corporel, à la naissance, ça ne pourra apporter que du bon.
- Speaker #0
Ça transforme le moment, puis derrière, toute votre vie. Clairement. Est-ce que ça a changé ton regard sur toi-même, Bastien, cette expérience ?
- Speaker #1
Plus simplement être tolérant envers moi-même, sur le fait que des fois on n'arrive pas à être à fond, parce qu'on n'a pas dormi, parce qu'on n'a pas bien mangé, parce qu'il y avait plein de choses à gérer, qu'on s'est un petit peu laissé submerger. Comprendre qu'on est des êtres humains, et qu'il n'y a que dans les films, on est toujours à 100%, ou plus, comme ils aiment bien dire dans leurs répliques. Être tolérant, ça permet de mieux vivre tous ces moments-là. Tous ces moments où on a perdu un peu le contrôle, où on était un peu stressé, où on s'est un peu fâché. Je me suis découvert et j'ai appris à être tolérant envers moi-même.
- Speaker #0
Et avoir plus d'amour pour qui tu es, dans tes fragilités comme dans tes forces.
- Speaker #1
Exactement. C'est comme ça qu'il fallait lire.
- Speaker #0
Merci Bastien.
- Speaker #1
De rien. Merci à toi.
- Speaker #0
Merci d'avoir écouté cet épisode de nous. Merci d'avoir ouvert cet espace en toi pour accueillir ce récit. Parce que chaque histoire partagée est une empreinte vivante, une trace de ce qui se traverse, de ce qui se révèle et de ce qui grandit au moment d'une naissance. Je donne la voix à ces récits pour qu'ils circulent, pour que la physiologie retrouve sa place dans nos foyers et dans nos conversations. Ce que je souhaite, c'est que ces paroles t'accompagnent, qu'elles nourrissent ta réflexion, ton couple, ta confiance, et qu'elles ouvrent un dialogue simple et vrai autour de la naissance, ici. à la Réunion. Ce que je choisis, c'est de tisser des ponts entre les familles et les professionnels, entre l'expérience intime et le collectif, entre la mémoire du corps et les savoirs contemporains. Alors si cet épisode a résonné pour toi, eh bien partage-le, fais circuler ses voix, permets à d'autres familles réunionnaises d'entendre que d'autres chemins existent et que la confiance peut prendre racine. Si ton histoire demande à être racontée, alors écris-moi. Nous continuons de grandir. à travers chaque récit, parce que chaque naissance façonne le monde et chaque voix compte. A très bientôt pour un nouvel épisode de Nous.