Speaker #0Vers 18-24 mois, l'enfant dit non. Il dit non souvent par principe, pour tout ou pour rien. Et un peu plus tard, il y a aussi les ados qui disent non. Les pédiatres et les psychologues ont expliqué depuis longtemps que c'est une période normale et même essentielle à la construction de la personne. Alors, on trouve ça bien. Les parents font en général mine de s'en plaindre, mais en fait, et si vous avez eu des enfants, vous le savez très bien, tous les parents sont fiers de leurs enfants à ce moment-là. On appelle cette période la phase d'opposition et, je le répète, nous savons tout ce qu'elle est nécessaire, normale et essentielle pour l'enfant comme pour l'adolescent dans son développement. C'est une période d'opposition aux autres qui permet de s'affirmer, de découvrir et de construire l'adulte que l'on sera ou que l'on devient. Et c'est bien pour ça que, quand je vois le nombre d'adultes qui ne savent plus dire non dans leur vie de tous les jours, je me demande comment c'est possible que nous ayons perdu cette capacité d'opposition alors qu'elle nous a été si bénéfique. Nouveau chemin, le podcast qui vous révèle les ressorts psychologiques d'une vie épanouie par Laurence Simon, saison 2, épisode 20. Il y a Marielle qui, à 34 ans, ne dit jamais non pour rendre un service à ses parents. Il y a Jacques qui ne dit jamais non à sa supérieure hiérarchique pour endosser des tâches qui ne sont pas les siennes. Il y a Françoise qui ne dit jamais non à ses enfants, quoi qu'ils lui demandent. Il y a Jacqueline qui ne peut rien refuser à son mari, bien qu'elle soit exténuée de sa journée. Et puis il y a Francis qui accourt dès que son ami d'enfance l'appelle, même si ça remet en question ses projets personnels. Toutes ces personnes, et bien d'autres encore, ont perdu leur faculté essentielle de dire non. Elles disent oui à tout le monde et non à elles-mêmes. Prenons Jacques par exemple. Jacques a compris trop tard que dire oui à tout ce que lui demande sa hiérarchie allait le conduire exactement là où il redoutait d'aller. Je dis trop tard parce que, quand il vient me voir, il est en burn-out. Un matin, il n'a pas pu se lever, il a essayé, mais ses jambes ont refusé de le porter pour aller travailler. En thérapie, il raconte qu'il disait toujours oui pour plus de dossiers à traiter, pour des deadlines toujours plus rapprochés, pour remplacer les collègues aux réunions, pour faire les comptes rendus à leur place et encore plein d'autres choses. Et il reconnaît que pour lui, c'était devenu impossible de faire face. Il a respecté les besoins des autres, mais pas les siens. Il a respecté les deadlines des autres, mais pas la sienne. Et il a failli y passer. Et tout ça pourquoi ? Parce qu'il avait peur de perdre son travail. Mais quand il vient me voir, il a perdu son travail. Il a été licencié. En disant oui à tout le monde, Jacques disait non à lui-même. Il disait non à ses besoins, à ses capacités. Il disait même non à ce à quoi il tenait le plus. Il a dit oui à tout pendant tellement longtemps que son corps a fini par parler à sa place et par dire non. Bien sûr, il avait bien conscience que c'était trop. Trop d'heures passées au boulot, trop de charges mentales, trop d'obligations à remplir. Mais il pensait que c'était le prix à payer pour atteindre son but, pour garder son travail. Il n'a donc jamais dit qu'il n'en pouvait plus, ni aux autres, ni à lui-même. Françoise, elle, ne dit jamais non à ses enfants, parce qu'elle pense qu'elle n'a pas de bonnes raisons pour le dire. que si elle leur dit non, ses enfants vont lui reprocher d'être une mauvaise mère. Parfois, on ne dit pas non aux autres parce qu'on pense qu'on n'a pas de bonne raison de dire non. C'est vrai, quoi ! Quelle bonne raison pourrait avoir une mère de refuser à ses enfants ce qu'ils lui demandent ? Donc, Françoise pense qu'elle n'est pas légitime à dire non. Par contre, et c'est ce qui la différencie de Jacques, elle se plaint beaucoup. Elle se plaint à ses copines que ses enfants sont super exigeants, qu'ils ne peuvent rien faire tout seul, qu'elle est fatiguée. Et quand ses amis lui répondent qu'elle doit leur dire stop, elle répond que ce n'est pas possible. C'est que Françoise ne peut pas dire non à ses enfants parce qu'elle ne sait pas se dire oui à elle-même. Il faut beaucoup de courage pour dire non. surtout quand on a passé sa vie à dire oui tout le temps. Mais ce n'est pas facile non plus de se dire oui à soi-même. Alors, se dire oui à soi-même, ça veut dire quoi ? Eh bien, ça veut dire savoir ce qui est bien pour soi, savoir identifier si ce que je fais pour les autres est aussi bien pour moi. Par exemple, pour Françoise, c'est ok de s'occuper des besoins de ses enfants, de faire le maximum pour eux, mais jusqu'à quel point ? Y a-t-il certaines choses qu'elle fait, ou un point à partir duquel, ce n'est plus ok pour elle, parce que ça n'a plus de sens, ce n'est plus en accord avec ses besoins à elle, ses désirs ou ses propres valeurs ? Et en parlant de valeurs, Jacques était d'accord pour en faire beaucoup au boulot, pour se donner à fond dans son travail, mais jusqu'à quel point ? À quel prix ? Était-il d'accord au fond de lui-même pour être celui dont tout le monde se sert, aller jusqu'à endommager sa santé mentale ? Arrivé à un certain point, les risques qu'il prenait n'étaient plus en accord avec la personne qu'il est. Et à ce moment-là, comme Jacques ne disait toujours pas non, son corps l'a dit pour lui, pour lui sauver la vie. Donc, se dire oui à soi-même, c'est dire par exemple Mes enfants, je vous aime et je ferai tout ce que je peux pour vous. Mais ce que vous me demandez là, je ne peux pas le faire parce que ce n'est pas OK pour moi. Ou encore Madame, je ne veux plus faire le travail des autres parce que je veux pouvoir me concentrer sur ce qui a du sens pour moi. Donc se dire oui à soi-même, c'est dire je veux ça pour moi-même, parce qu'il en va de mes valeurs, de mes désirs, voire de ma santé. Souvent, on dit non à la mauvaise personne, comme le fait Françoise. On dit non à des personnes qui ne sont pas concernées, mais on continue de dire oui aux personnes directement concernées. Pourtant, dire non, ce n'est pas tout refuser en bloc, ce n'est pas rejeter la personne à qui on dit non. C'est dire que pour une fois, on va s'occuper de soi en priorité, que, pour cette fois-là, je ne vais pas te rendre ce service, parce que je vais me rendre ce service à moi-même. ce qui est parfaitement légitime, ce qui est nécessaire aussi, et parfois ce qui est vital. Et votre nom sera bien compris s'il est expliqué. Si vous avez dit Non, je ne veux pas faire ce que tu me demandes et que vous avez rajouté Je veux faire cela qui est important pour moi Donc, un avantage incontestable de dire non, c'est d'être en accord avec soi-même, d'être aligné avec ses propres désirs, avec nos propres valeurs. Et puis, il y a un autre avantage à dire non quand il le faut. C'est que dire non donne de la valeur à nos oui. En effet, quelle valeur pensez-vous que les autres accordent à vos oui quand ils sont si nombreux, quand ils sont immanquables ? "Demande à maman, elle dit toujours oui." "Ben, on va demander à Jacques, il ne sait pas dire non." Plus vos oui sont nombreux, moins ils ont de valeur pour les autres. Et quelque chose qui n'a pas de valeur ou une valeur insignifiante, on continue de l'utiliser sans se soucier qu'elle disparaisse, sans se soucier du prix que quelqu'un paye pour le donner. D'ailleurs, est-ce que vos enfants, vos collègues, vos parents, votre conjoint cessent de vous solliciter ? Probablement pas. Sûrement parce que vous ne leur avez jamais ou très rarement dit non. Et certainement parce que vous ne vous dites pas oui. Je vous ai dit tout à l'heure que dire non comportait un avantage incontestable. Eh bien, je me suis trompée. Dire non... Ce n'est pas juste un avantage incontestable, c'est une nécessité. Parce que dire oui à soi-même, à la personne que l'on est, c'est vital et c'est non négociable. À suivre ! Nouveau chemin est un podcast conçu, écrit et réalisé par Laurence Simon, psychopraticienne en thérapie systémique de l'école de Palo Alto. Vous pouvez l'écouter sur votre application favorite. Et pour le soutenir, laissez des commentaires et des étoiles, partagez-le, abonnez-vous. Rendez-vous dans 15 jours pour le prochain épisode.