Speaker #0Faites-vous cette erreur qui consiste à croire que si vous ne réussissez pas à changer tel truc dans votre vie, alors que vous en avez tellement envie, c'est parce que vous manquez de volonté, parce que vous ne vous en donnez pas les moyens, ou bien c'est la faute des autres qui sont trop ceci ou pas assez cela, ou bien encore c'est parce que le sort vous en veut, ou que les planètes ne sont pas bien alignées dans votre thème astral. Eh bien moi, je crois... qu'il y a certainement une autre raison. Et cette raison, c'est le risque du changement. Le prix qu'il faudra payer pour changer, c'est-à-dire ce que vous allez perdre si vous changez.
Nouveaux chemins, le podcast qui vous révèle les ressorts psychologiques d'une vie épanouie. Par Laurence Simond, saison 2, épisode 16.
J'ai accompagné une jeune fille en consultation, elle avait 15 ans à l'époque, et elle était tout le temps patraque. Pas vraiment malade, en tout cas les médecins ne lui trouvaient aucune maladie, mais elle avait toujours mal quelque part. Mal au ventre, mal au cœur, fatiguée, mal à la tête, mal au coude, mal au genou, pas énormément, mais suffisamment pour ne pas aller à l'école, assez souvent, et pour ne presque jamais sortir de chez elle. Ça n'allait pas fort, quoi. Sa mère et les médecins lui avaient conseillé de consulter quelqu'un pour parler, subodorant un problème psychologique. Donc, elle m'explique toutes les douleurs qu'elle ressent parce que ce sont, par ailleurs, de vraies douleurs. Elle ne fait pas semblant d'avoir mal. Elle souffre aussi d'être dans cet état. Elle est triste parce qu'elle voit bien que ça l'empêche de faire beaucoup de choses qu'elle aimerait faire. Et surtout, surtout, elle ne comprend pas pourquoi. Elle aime aller à l'école, elle a des amis avec qui elle aime passer du temps, elle fait du basket, du moins quand elle n'a mal nulle part, et elle aime beaucoup ça. Elle n'a pas d'angoisse particulière, elle n'a pas de phobie, et par ailleurs elle mange et elle dort bien. Ce qui l'inquiète vraiment, c'est que c'est inexplicable. Elle se dit que peut-être les médecins se sont trompés, qu'elle a une maladie difficile à diagnostiquer. Elle vient me voir pour comprendre pourquoi. elle est comme ça et trouver de l'aide pour ne plus l'être. Je lui demande ensuite si elle fait quelque chose pour que ça aille mieux. Elle me répond que, comme les médecins disent qu'elle n'a pas de maladie, elle essaye de faire comme si elle ne souffrait pas. Tous les matins, elle se lève, elle se prépare pour sa journée. Elle fait tout normalement comme tout le monde, mais en se forçant à ne pas ressentir de douleur ou à ne pas y penser. Il y a des jours où ça va à peu près. C'est-à-dire que la douleur n'est pas trop forte, donc elle parvient à surmonter et à vivre avec, comme elle dit. Mais certains autres jours, la douleur est trop forte et elle est obligée de se recoucher ou au moins de s'allonger. Il arrive donc assez souvent que sa mère ou son père soient obligés de venir la chercher au collège. Et puis, je lui ai posé la question qui a tout débloqué. Si tu n'étais plus malade, si tu n'avais plus toutes ces douleurs physiques, qu'est-ce que tu perdrais ? qu'est-ce que tu as aujourd'hui et que tu n'aurais plus est-ce qu'il y a dans ta vie aujourd'hui alors que tu as toutes ces douleurs que tu n'aurais plus si tu ne les avais pas je ne sais pas ce qui est le plus significatif dans sa réponse la spontanéité de sa réponse ou le sens de sa réponse probablement les deux j'ai lu dans ses yeux qu'elle a été tout comme moi très surprise du sens de sa réponse et de la spontanéité avec laquelle elle a répondu à cette question qu'elle ne s'était jamais posée. Elle m'a répondu du tac au tac, Ma mère ne s'occuperait plus de moi. Si j'avais osé, j'aurais dit, Wouah, bingo, nous y voilà ! Cette jeune fille avait peur de ne plus avoir l'attention de sa mère si elle ne souffrait plus. Elle craignait de perdre toutes les marques, tous les signes, toutes les preuves que sa mère l'aimait. Elle avait besoin d'être rassurée sur l'amour de sa mère et elle craignait que sa mère ne l'aime plus si elle n'avait plus à s'occuper d'elle. C'est toujours difficile de changer quelque chose d'important dans sa vie. On sait toujours ce qu'on va gagner au changement. C'est même le moteur de l'envie de changer. Je serai plus libre, plus riche, plus heureuse, par exemple. On sait aussi très facilement ce qu'on ne peut pas faire si on ne change pas. Et c'est aussi le moteur du désir de changer. Je ne peux pas m'épanouir au travail parce que je suis tout le temps sous pression ou parce que ça ne m'intéresse plus. Donc c'est aussi difficile de changer parce que c'est soit trop compliqué ou il y aurait trop de conséquences à gérer. On s'exposerait à beaucoup de difficultés matérielles notamment. ou ce serait trop cher, ou il y aurait trop de conséquences pour les autres, etc. Et puis, nous apparaissent relativement facilement également les difficultés matérielles du changement. Les points négatifs de notre vie aujourd'hui sont facilement identifiables. Les points positifs qu'il y aurait à changer également. On se représente également assez bien ce qu'il faudrait faire pour y arriver, et les difficultés que ça peut représenter. y compris gérer les conséquences négatives ou difficiles. On est donc focalisé sur ce désir de changement, on met toute notre énergie dans ce qu'il faut faire pour changer. Et si malgré tout, on n'y arrive pas, c'est souvent que la vraie difficulté est ailleurs. Il arrive qu'elle soit dans le négatif qu'il y aurait à changer. Il est donc intéressant d'explorer ce que je vais perdre si je change. Vous trouvez peut-être que c'est une question plutôt contre-intuitive. Vous avez raison. Parce que si je veux tellement changer, c'est souvent que ma situation ne me satisfait plus, que je souffre trop, que j'ai le sentiment de passer à côté de ma vie. Donc, qu'est-ce que je pourrais bien avoir envie de garder de ma vie présente ? La question qu'est-ce que j'ai aujourd'hui que je vais perdre demain si ma vie change ? est une façon de prendre conscience du risque qu'il y a à changer. C'est une façon de comprendre pourquoi je n'arrive pas à changer. Focalisé sur le désir de changement, sur les moyens pour y arriver, sur les avantages du changement, on en oublie que changer quelque chose à sa vie comporte toujours des risques. Il y a les risques identifiables, ce sont ceux qui font que c'est difficile de changer. Et puis, il y a les risques moins identifiables, moins évidents. Ce sont ceux qui représentent le vrai risque du changement, ceux qui rendent le changement impossible. Alors, je vous entends. Oui, oui, je vous entends penser qu'après tout, si je n'ai pas conscience de ces risques, à quoi ça sert de vouloir en prendre conscience ? C'est déjà bien assez difficile comme ça, alors pourquoi identifier des difficultés qui vont s'ajouter aux autres ? C'est vrai, si vous réussissez à mettre en place le changement, pas la peine de vous poser cette question. Mais, premièrement, si ce n'est pas le cas, c'est que vous êtes coincé dans une boucle qui tourne sans que vous puissiez en sortir. Je voudrais changer ce truc-là dans ma vie, je n'y arrive pas, je me le reproche, j'essaye encore, je n'y arrive toujours pas, je regrette, je souffre de plus en plus, je veux changer de plus en plus, j'y arrive de moins en moins. Et deuxièmement, se poser cette question ne signifie pas toujours, et même rarement, qu'on va avoir une difficulté supplémentaire. Ça signifie au contraire qu'on va mettre le doigt sur ce qui freine, sur ce qui rend le changement impossible. Et prendre conscience de ce qui empêche de changer, c'est se donner la possibilité de choisir vraiment entre changer ou pas. Tant que vous n'avez pas pris conscience de ce qui vous freine vraiment, C'est comme si vous vous battiez contre un ennemi invisible, un ennemi non identifié. Et donc, vous pouvez résoudre toutes les difficultés dont vous avez conscience, cela ne suffira pas à changer vraiment. Il faut pour cela lever les freins les plus importants. Important ne veut pas dire impossible. Souvent, la prise de conscience suffit à éclairer le chemin à prendre. Revenons à l'histoire de cette jeune fille dont je vous parlais au début. Quand elle a pris conscience qu'être toujours malade lui servait à être rassurée sur l'amour que lui portait sa mère, elle a réfléchi à trois choses. La première, pourquoi ne suis-je pas sûre que ma mère m'aime ? Ensuite, si c'est si important pour moi d'être sûre que ma mère m'aime, si j'ai besoin de signes pour le savoir, comment je pourrais continuer à le savoir ? tout en étant plus malade y a-t-il d'autres signes qui montrent que ma mère m'aime et enfin est-ce possible pour moi de vivre bien sans être sûre que ma mère m'aime Parce que tant qu'elle ne savait pas pourquoi elle était toujours malade, elle ne pouvait pas guérir. C'est comme si elle se battait contre un ennemi invisible ou contre le mauvais ennemi. Pour cette jeune fille, être malade était en quelque sorte une façon de répondre à la question ma mère m'aime-t-elle ? C'était un bon moyen puisque ça répondait à la question. La réponse était oui, ma mère m'aime vraiment Tant qu'elle s'occupera de moi, j'aurai la certitude, la preuve qu'elle m'aime. C'est sûr que n'étant plus malade, elle allait perdre cette assurance. Donc la vraie question, la seule question à laquelle il lui fallait répondre pour ne plus être malade, c'était Est-ce que je choisis de ne plus être malade et je prends le risque de ne plus avoir de preuve d'amour de ma mère ? Ou est-ce que je reste comme je suis en prenant le risque connu ? d'être tout le temps malade et de ne pas faire tout ce que je voudrais. Elle s'est trouvée devant ce qu'on appelle en thérapie brève une alternative stratégique qui permet de prendre une décision en accord avec nos désirs profonds, de choisir de changer ou pas, mais en sachant pourquoi, au lieu de subir le non-changement. En effet, une alternative stratégique, c'est comme se trouver devant un chemin qui se sépare en deux. Pour continuer son chemin, il faut faire un choix. Soit je continue le chemin que je connais et j'en connais aussi les inconvénients. Je sais ce à quoi je renonce et pourquoi j'y renonce. Soit je prends l'autre chemin et j'en accepte les incertitudes et les risques. Je connais toutes les données de mon problème et je prends ainsi la décision de changer ou pas.
À suivre ! Nouveaux chemins est un podcast conçu, écrit et réalisé par Laurence Simond, psychopraticienne en thérapie systémique de l'école de Palo Alto. Vous pouvez l'écouter sur votre application favorite. Et pour le soutenir, laissez des commentaires et des étoiles, partagez-le, abonnez-vous. Rendez-vous dans 15 jours pour le prochain épisode.