- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur Objectif Mental, le podcast où l'on explore le coaching et la préparation mentale. Je suis Kevin et chaque semaine je partage des conseils pratiques, des interviews d'experts, ainsi que des témoignages inspirants d'entrepreneurs, de sportifs et d'artistes. Mon objectif est de vous aider à débloquer votre potentiel pour performer en toute sérénité, que ce soit dans votre vie professionnelle ou... extra-professionnels. Je vous souhaite une excellente écoute. Salut Simon, tu vas bien ?
- Speaker #1
Ça va très bien, merci. Kevin, et toi ?
- Speaker #0
Très bien, merci. Merci de me recevoir chez toi, pour le coup. On est à côté de Chamonix. Pour donner le contexte, on s'est rencontrés juste avant le Covid. On avait fait une initiation avec ma copine de ski-rando. C'était le premier guide qu'on avait rencontré. C'est marrant, mais à chaque fois qu'on faisait des sorties en montagne... Il y a cette notion de mental qui venait et en fait si tu veux le podcast vient presque de ces sorties là. Quand j'étais dans le dur je me disais tiens ça joue vraiment au mental. Donc voilà j'ai toujours voulu faire cet épisode avec toi. L'idée aujourd'hui c'est qu'on parle du risque en montagne, de la gestion de la peur, du stress, de la gestion d'un groupe. Et on va voir en fait tout ça sous le prisme d'un guide puisque toi ton rôle c'est d'accompagner des personnes en montagne. Et j'ai à coeur de partager aussi ce que tu fais. en montagne, puisque ce n'est pas forcément connu de tout le monde. Donc voilà, est-ce que tu peux te présenter Simon ?
- Speaker #1
Bien sûr, oui. Je m'appelle Simon, moi je ne suis pas du tout originaire de la montagne, je suis originaire de l'Est de la France, du Nord-Franche-Comté. Je ne viens pas forcément non plus d'une famille de montagnards, même si j'ai eu la chance d'avoir des parents qui m'ont amené skier dès l'enfance et qui m'ont fait découvrir un peu cet environnement. Et je suis guide depuis, diplômé depuis 2021. Et je travaille comme guide depuis 2019 en tant qu'aspirant guide avant d'être diplômé. Et je suis installé dans la vallée de l'Arve qui est un peu plus en aval de la vallée de Chamonix. Et donc je travaille majoritairement dans le massif du Mont Blanc et à l'étranger aussi, partout dans les Alpes et d'autres massifs.
- Speaker #0
Tu reviens de Norvège justement ?
- Speaker #1
Je reviens de Norvège, j'étais il y a 15 jours en Norvège où on a fait un superbe voyage. qui mêlait ski et voilier. Et en fait, notre voilier était un peu notre camp de base pour partir skier sur des îles où il n'y a pas de route, où personne ne va. C'est assez exceptionnel.
- Speaker #0
Ça fait rêver. Donc en fait, l'idée, quand tu es guide dans ce cadre-là, l'idée, c'est que tu organises tout le voyage. Donc tu vas organiser autant la partie logistique que la partie montagne, sortie ski.
- Speaker #1
Oui, alors il y a l'organisation en amont. où je vais organiser un petit peu l'itinéraire, trouver le prestataire qui va bien pour le bateau notamment dans ce cas-là, et après trouver les itinéraires sur place, et puis sur le terrain, c'est vraiment le gros travail de guide, donc conduire des gens sur le terrain dans une discipline.
- Speaker #0
Niveau conditions c'était comment ?
- Speaker #1
Niveau conditions c'était... C'était changeant. On est arrivé, il y avait eu de la pluie très haut. Savoir que dans cet endroit-là, les montagnes culminent à 1600 mètres. On part de la mer avec les skis aux pieds. Nous, on a fait des sommets qui culminaient à 1200 mètres. Et en fait, il y avait plu à 1000 mètres. Ce qui veut dire que la neige jusqu'à 1000 mètres avait pris l'eau. Derrière, ça a regelé. On a eu de la neige très dure. Pas des conditions de poudreuse comme on peut l'imaginer dans les pays du Nord. Mais c'était quand même très intéressant et très enrichissant.
- Speaker #0
Excellent. Je voulais faire cet aparté sur la Norvège, parce que je savais que tu revenais à peine. Alors, est-ce que tu peux nous expliquer en quoi consiste le métier de guide, même si on en a une courte idée ? Et surtout, comment on se forme pour devenir guide de haute montagne ? Il me semble que tu es à la compagnie des guides de Chamonix, officiellement maintenant ?
- Speaker #1
Oui, depuis cette année, je suis membre stagiaire, donc nouveau membre. à la compagnie des guides de Chamonix. Le métier de guide, en gros, c'est conduire des gens dans cet environnement montagnard qui est un environnement spécifique par rapport aux risques qui sont liés à l'évolution dans cet environnement et à travers de plusieurs disciplines qui sont regroupées sous le terme alpinisme. En fait, ces disciplines, ça va être le ski de randonnée, ça va être l'escalade, l'escalade sur glace. Il y a aussi un volet Canyon maintenant qui est rattaché à la formation des guides.
- Speaker #0
Et donc, quelle est la formation pour devenir guide ? Parce que tout le monde ne peut pas se proclamer demain guide. Moi, je ne pourrais pas emmener un groupe demain en faisant payer des gens.
- Speaker #1
Non, en France, ça ne marcherait pas. C'est un diplôme d'État qui est régi par un arrêté. Il y a une école en France qui est l'ENSA, l'École Nationale de Ski et d'Alpinisme, qui se trouve à Chamonix. qui a été créée en 1946 et qui voit passer environ 4000 stagiaires par an. Cette école dispense plusieurs formations. La formation de guide d'haute montagne pour l'alpinisme, la formation des moniteurs de parapente, des moniteurs de ski et des pisteurs secouristes.
- Speaker #0
Ok, toi tu as fait la première formation. Oui,
- Speaker #1
alors elles ne sont pas forcément dans l'ordre, mais j'ai fait la formation de guide d'haute montagne. Donc le diplôme d'état d'alpinisme.
- Speaker #0
Et tu as toujours voulu faire ça ?
- Speaker #1
Non, pas du tout. Ça m'est venu petit à petit. À dos, j'ai fait beaucoup d'escalades. Et donc l'escalade est un tenant assez important de l'alpinisme. Et puis j'ai plongé dans la littérature alpine. J'ai rencontré des guides qui m'ont un peu donné le goût et qui m'ont un peu inspiré. Et c'est comme ça que je me suis retourné vers l'ENSA. Je suis rentré, j'ai réussi le probatoire en
- Speaker #0
2018. Donc c'est sur concours ?
- Speaker #1
C'est un examen d'entrée. En fait, la formation, pour y accéder, il faut réussir l'examen d'entrée qui se décline en plusieurs phases. Il faut avoir fait une préparation en amont, ce qu'on appelle la liste de course. En fait, il faut justifier d'une solide expérience en montagne et d'un fort niveau technique dans toutes les disciplines. Et en fait, cette liste de courses, elle te prépare un peu à ça. Donc, tu peux la faire en amateur avec des amis ou à travers des clubs, des équipes. Moi, j'ai eu la chance de faire partie des équipes du club alpin, des équipes jeunes, qui ne sont pas les équipes haut niveau, mais qui sont les équipes qui t'amènent vers le haut niveau. Après, moi, je n'ai pas poursuivi. Ça,
- Speaker #0
c'était à quel âge ?
- Speaker #1
Ça, c'était à... Je devais avoir 20 ans. Maintenant, j'en ai 34.
- Speaker #0
Voilà. T'as commencé, on va dire, tard parce que tu viens pas du... Moi,
- Speaker #1
j'ai commencé assez sur le tard. L'escalade à l'adolescence, le ski tout jeune. Mais par contre, la haute montagne en soi, j'ai commencé vraiment sur le tard. En fait, c'est une activité qui te demande quand même d'être assez indépendant, autant financièrement que par la mobilité. Et comme je venais pas de cet endroit-là, pour moi, c'était forcément toujours partir le week-end, prendre la voiture, etc.
- Speaker #0
Ouais, c'est des frais, quoi, c'est clair. Et donc comment tu justifies cette liste de courses ? Parce que c'est une question que je me suis déjà posée, c'est en fait, est-ce que c'est du déclaratif ? Une personne qui peut vraiment vérifier que tu as vraiment fait certains sommets, tu vois ? Ouais,
- Speaker #1
alors cette liste de courses, en fait, il y a des critères. Tu peux pas faire n'importe quoi. Ensuite, quand tu remplis ta petite liste de courses, là, pendant tes trois années, tu marques un peu, voilà, ce que t'as fait, quelle est l'altitude, quelles conditions tu as rencontrées. Et il faut savoir qu'en fait, les professeurs à l'école, ils connaissent tout. Et donc, ils peuvent très bien te poser des cols ou te cuisiner sur les courses que tu as réalisées. Et en fait, un stagiaire, un candidat en tout cas, qui n'a pas fait ses courses, il va vraiment avoir du mal à donner des détails sur l'itinéraire, sur les choses qu'il a rencontrées. Et ça se voit assez vite.
- Speaker #0
Difficile de mentir quand tu n'es vraiment pas passé par le tracé, on va dire, ou par la course.
- Speaker #1
Si t'es bon mentor, ça peut marcher. Comme tout. Oui, c'est comme tout. Mais c'est difficile. Et de toute manière, en fait, vraiment, cette expérience, elle te prépare à la formation que tu vas suivre. Donc en fait, t'as très peu d'intérêt à mentir. Et puis au final, tu deviens pas guide pour le... Je pense que tu deviens pas guide juste pour la médaille. Tu le fais par passion. Donc si tu veux cette liste de course, t'as le goût à aller en montagne avec tes amis. à réaliser des courses, à vivre des belles aventures là-haut.
- Speaker #0
C'est une passion que tu le fais naturellement,
- Speaker #1
de toute façon. Ça peut être très contraignant, c'est très contraignant, parce que justement, il y a ces critères, il y a ces dates, il y a un peu ces deadlines, il y a un peu le stress de l'examen. Mais en fait, quand tu es en montagne, tu oublies un peu ça. Oui,
- Speaker #0
je comprends. Tu parlais de stress de l'examen, c'est-à-dire parce que c'est une journée ou une semaine où tu vas devoir prouver des choses à... Des moniteurs ou des enseignants ?
- Speaker #1
L'examen, il se décompose en trois parties. Donc, tu as cet oral. cette liste de courses. Ensuite, tu as la partie un peu hivernale, qui est composée maintenant d'une recherche d'EVA, ce qu'on appelle la recherche d'EVA, détecteur de victimes d'avalanche. Les candidats sont testés dans leur capacité à mener à bien un secours en cas d'avalanche. Tu as une épreuve de ski ensuite. Ça, c'est pour la partie hivernale. Et quand tu réussis cette partie, tu as accès aux épreuves d'été, qui sont l'orientation, l'escalade, l'évolution. avec des crampons sur terrain glacé, sur de la glace. Et l'évolution, ce qu'on appelle en terrain varié, c'est dans des cas hauts de bloc, tu as un parcours et tu dois montrer ton aisance dans ce parcours de bloc.
- Speaker #0
Attends, cas hauts de bloc, quand tu marches, c'est-à-dire par exemple comme dans la mer de glace ?
- Speaker #1
Voilà, en montagne, on n'est pas toujours sur des sentiers. On est dans des endroits où il n'y a pas de sentiers tracés. Donc, tu es amené à évoluer dans des... sur des terrains qui bougent. Et donc, ils regardent un peu ce qu'on appelle le pied montagneur. Est-ce que tu as le pied montagneur ou est-ce que tu ne l'as pas ?
- Speaker #0
Forme d'agilité, quoi.
- Speaker #1
Voilà, l'agilité, exactement. Et à l'issue de ça, aussi l'été, tu as une semaine où tu vas être en haute montagne avec d'autres candidats et des professeurs. Et là, en fait, ils vont regarder un peu si tes capacités techniques, tu arrives à les transposer en haute montagne sur le terrain. et puis un peu comment tu t'adaptes. Ça, c'est vraiment toute la partie examen. Parce qu'en fait, ils attendent que les candidats, quand ils rentrent à l'école, aient déjà un fort niveau technique. La suite de l'enseignement, ça va être vraiment la conduite de groupe. Conduire des groupes, prendre soin des gens, prendre des décisions par rapport au risque, analyser ce risque.
- Speaker #0
Ça, on en a souvent parlé ensemble dans les sorties, c'est que toi, te gérer... Toi seul en haute montagne et gérer un groupe, évidemment, ça n'a rien à voir. Et finalement, c'est le groupe qui te crée le risque, quelque part.
- Speaker #1
Ce n'est pas le groupe qui crée le risque. Le risque, c'est la résultante de comment tu vas négocier le danger. En haute montagne, il y a des dangers qui peuvent être multiples. Un danger d'avalanche, une chute de serraque, une chute de pierre, le mauvais temps. Et en fait... Face à ces dangers, tu vas prendre des mesures qui peuvent aller de l'évitement, je vais éviter ce danger, à je vais passer en prenant des précautions. Et puis, quand tu corèles les deux, danger et mesure, tu as un peu ton niveau de risque qui en découle. Et donc oui, en effet, sur des itinéraires par exemple très techniques, un groupe nombreux peut amener à prendre plus de risques.
- Speaker #0
mais c'est pas le groupe en soi qui prend le risque oui carrément en fait c'est de toute façon t'as ton groupe c'est qui est un peu ton paramètre de base et après tu fais t'essaies d'arranger autour pour limiter justement ce risque là ouais alors du coup là on parle
- Speaker #1
un petit peu de gestion du risque il y a plusieurs manières de gérer le risque et en effet tu pars un peu de la demande qu'on t'a faite ou de ce que tu as proposé aux gens et par rapport à ça tu vas regarder un peu les conditions de la montagne tu vas regarder les conditions du groupe est-ce que tout le monde est en forme est-ce que le niveau technique de chacun est adéquat par rapport à l'itinéraire que je choisis et puis tu
- Speaker #0
vas gérer les différents risques par rapport à ça t'as eu des situations où t'as vraiment eu peur déjà ?
- Speaker #1
il y a eu plusieurs situations où tu as peur que ce soit en amateur quand je dis en amateur c'est à dire pas dans le cadre professionnel pas avec quelqu'un au bout de ma corde qui m'a payé pour faire ça donc avec un ami là oui et puis aussi dans le cadre professionnel il y a des moments où t'as peur t'as eu des exemples en perso ? si t'as envie d'en parler oui alors je peux en parler il y a des moments où t'as peur pour toi il y a des moments où t'as peur pour ton groupe des moments où tu te sens vulnérable euh... Moi, les moments où je me sens le plus vulnérable personnellement, c'est sur la neige. Parce que sur la neige, il y a très peu de moyens de s'attacher à la montagne, contrairement au rocher. Donc tu es avec une ou deux personnes sur ta corde. Et donc toi, tu te dois d'être infaillible à ce moment-là. Parce que le croche-pied que va se mettre le client devant toi, c'est toi qui dois l'anticiper, c'est toi qui dois l'arrêter avant que ça dégénère et que tout le monde se retrouve en bas de la montagne. Et j'ai déjà eu des pépins sur de la neige où j'ai dévalé la montagne avec mon client au bout de la corde. heureusement pas sur une grande distance, heureusement on s'est arrêté et donc tout c'est bien fini mais ça aurait pu se terminer bien plus mal.
- Speaker #0
Ouais parce que tu peux taper un rocher...
- Speaker #1
Oui bah quand tu tombes dans ces pentes tu prends de la vitesse donc après comment est-ce que tu t'arrêtes, où est-ce que tu t'arrêtes, faut imaginer que voilà des pentes tu peux faire plus de... plus de 100 mètres, plus de 300 mètres. Tu n'as même pas besoin de ça. Moi, en l'occurrence, c'était plutôt... Là, ce dont je te parle, c'était plutôt 50 mètres et puis assez raide. Et puis, on s'est arrêté parce que j'ai eu le moment d'esprit de sauter, en fait, dans une crevasse qui nous a permis de nous arrêter avec le client. On finissait bien plus bas et bien plus mal, je pense.
- Speaker #0
Ça a été difficile aussi de... Alors, on est d'accord que le risque, tu vois, fait partie de la haute montagne. notamment mais ça va être dur de se relancer derrière aussi parce que c'est quand même des micro-traumatismes enfin des micros ou des traumatismes à chaque fois et de se dire le lendemain potentiellement tu repars pour une course quoi comment tu gères ça toi ?
- Speaker #1
comment tu gères ça ? je pense que ces incidents ils te construisent aussi en fait dans la communauté des guides on a vraiment une culture du retour d'expérience qui s'accentue ces dernières années ... Et en fait, ces retours d'expérience qui peuvent être propres à chacun et le partage avec les autres te permet un peu de grandir, d'anticiper, d'être un peu, je ne vais pas dire meilleur, mais plus attentif à certaines choses. Et en fait, c'est une erreur. Il y a des erreurs. Un guide n'est pas infaillible, que ce soit un guide ou personne de toute façon. Et en fait, de ces erreurs, tu apprends, des erreurs des autres, tu apprends. Malheureusement, des fois, c'est des accidents. Des accidents qui finissent mal, toi, tu apprends de ces accidents. Et ça te permet de ne pas transposer la même chose, toi, quand tu es sur le terrain. Et donc, ça permet de rebondir et puis d'y aller pas forcément... L'idée, ce n'est pas d'aller avec des œillères, mais en se disant, OK, j'ai vu ça, moi, ça ne m'arrivera jamais. C'est pas ça, mais c'est de le garder dans un coin de la tête. Et en fait, quand tu es face à cette situation, te dire, ouais, il peut se passer ça. Et donc, qu'est-ce que je vais mettre en place pour que ça se finisse bien ? D'ailleurs,
- Speaker #0
dans la formation de guide, en fait, tu ne peux jamais anticiper tous les risques qui existent en montagne. Alors, tu as des risques principaux, j'imagine, mais c'est impossible, j'imagine, de tuer d'anticiper tout ce qui peut arriver en montagne. Comment vous êtes formé là-dessus ? Tu vois, ça peut être... des risques d'avalanche, les chutes de serraques, etc. Mais il y a tellement de configurations et de paramètres, j'ai l'impression qu'il faut surtout s'adapter sur le terrain. Oui, alors bien sûr.
- Speaker #1
La formation, elle est principalement sur le terrain. Elle se passe principalement sur le terrain. Et elle est aussi enrichie par l'expérience de professeurs qui sont eux-mêmes guides, qui ont eux-mêmes eu ou ont encore une carrière de guide. Et donc, tu te nourris un peu de ça. Et après... les différents risques que tu vas trouver en montagne, en effet, tu as des risques que tu ne maîtrises pas, qu'on appelle des risques objectifs. La chute de pierre, la chute de serraques. Quand je parle de serraques, c'est des falaises de glace qui, des fois, surplombent les itinéraires où on passe. Et puis, de manière aléatoire, ça tombe, des gros blocs qui tombent. Et donc, ça, en fait, le but de ces risques objectifs qui ne sont pas maîtrisables, ça va être de les minimiser. Après, de faire en sorte de choisir, OK, j'y vais, j'y vais pas. Ça, c'est aussi un grand sujet. Il n'y a jamais de risque zéro. Il n'y a jamais de risque zéro. Et il faut parler aux gens. Et c'est dans la construction du projet que tu vas avoir avec les gens que tu vas un peu mettre ton curseur de risque.
- Speaker #0
Il y a des personnes plus ou moins, entre guillemets, dociles. Alors, je ne sais pas si c'est le mot, mais c'est le mot qui me vient. Il y a des personnes à qui tu vas dire, mon, la tension... Moi, mon avis, c'est qu'il ne faudrait pas y aller. Et d'ailleurs, tu vas plus ou moins quand même l'imposer. Puis il y a des personnes, peut-être dans l'alpinisme, où tu vas dire, cette course, franchement, vu votre niveau, je ne la sens pas. Comment tu gères ces effets de l'ego ? Certaines personnes vont sentir un peu...
- Speaker #1
Oui, alors des fois, tu as un vrai aspect psychologique à tout ça.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
En général, les gens t'engagent pour ton expertise. j'ai rarement eu de soucis avec des gens qui voulaient pas aller dans mon sens là où j'ai eu le plus de soucis c'est des erreurs de jugement de ma part en fait Tu vois, par exemple, tu parles de niveau. Voilà, est-ce que ces gens ont le niveau ? Tu ne les connais pas. Tu te fies un peu à ce qu'ils t'ont dit. Est-ce qu'ils sont en forme ? Est-ce qu'ils ont des fois, ils te disent, j'ai fait ça, mais c'était il y a quelques années. Et puis, entre-temps, ils n'ont plus la même forme. Et donc, je pense que c'est des erreurs que tu fais quand tu es jeune guide. Et en fait, comme je disais, t'apprends de ces erreurs. Et le but, en fait, c'est que ces erreurs, en fait, tu... t'en rendre compte assez rapidement pour t'adapter et puis soit renoncer, soit faire demi-tour, soit changer de plan après tu parles de docilité non j'ai jamais eu de soucis avec des gens qui t'écoutent pas mais de toute façon quand tu te rends compte que les gens ne t'écoutent pas tu mets un terme à la course tu mets un terme à la sortie ok Et puis peut-être que c'est des gens que tu ne reverras pas. Mais oui, en fait, que ce soit avec des amis ou avec des clients, quand tu es en montagne, tu formes une cordée. Et donc la communication, l'écoute dans cette cordée, elle est hyper importante. Si elle n'est pas là, ça ne peut pas marcher.
- Speaker #0
Oui, complètement. C'est marrant, tu as beaucoup ça en entreprise, mais je vois beaucoup de parallèles quand on fait des sorties. En fait, il y a un gros côté management dans ce que tu fais, forcément. de gestion de groupe.
- Speaker #1
C'est marrant, hier j'étais avec une personne qui travaille pour la recherche pour le VIH aux Etats-Unis. C'est la première fois que je rencontrais cette personne et je lui donne un peu les règles de sécurité de base à suivre dans la journée. Au cours de la journée, je lui en donne un peu plus par rapport aux endroits qu'on traverse. Et puis, on fait la petite pause pique-nique à midi. Et puis, elle me dit, tu sais, moi, je fais, dans le cadre de mes recherches, je travaille beaucoup sur la communication et le management. Et en fait, j'ai vraiment apprécié le fait que tu donnes ces informations un peu au compte-gouttes quand elles sont nécessaires, plutôt que tout balancer d'un coup. Et puis, peut-être que j'en aurais oublié la moitié.
- Speaker #0
Intéressant.
- Speaker #1
Moi, je l'ai fait de manière assez inconsciente. Et puis, en fait, pour elle, ça lui parlait dans ses process, j'imagine avec son équipe, je ne sais pas à quoi elle faisait référence exactement, parce que c'est un sujet que je ne maîtrise pas.
- Speaker #0
Oui, mais tu as beaucoup de parallèles là-dessus. Sur la gestion de l'effort, quand tu emmènes un groupe, il y a aussi des différences de niveau parfois. Alors, ça va être assez difficile aussi de pouvoir jauger le niveau de forme de quelqu'un. Par exemple... Tu as des personnes qui vont se surestimer ou justement se sous-estimer dans les sorties. Et une personne qui va te dire non, je ne suis pas fatigué. Alors que toi, tu le vois que la personne n'est pas. Comment tu gères ça ? Parce que mine de rien, c'est justement la sécurité du groupe qui est en jeu.
- Speaker #1
Tout au long de l'année, on rencontre vraiment beaucoup de personnes dans plein d'activités différentes. Et donc au bout d'un moment, avec l'expérience, tu vois vraiment les gens, ceux qui sont capables de faire. Des fois, tu es surpris. Tu te dis, lui, il n'avancera plus. Et puis, au final, il retrouve de la ressource. Donc, c'est un peu toi de leur amener tes connaissances dans le domaine du sport, de la physio un petit peu, qui sont assez basiques en ce qui me concerne, pour que la journée se passe bien au niveau alimentation, au niveau hydratation, au niveau qu'est-ce que je mets comme vêtements, etc. Mais oui, des fois, tu es face à des gens qui vont... qui vont un peu serrer le moteur et puis tu ne peux plus trop les aider. Donc la seule chose que tu peux faire, c'est soit leur permettre de continuer si tu as un passage obligatoire. Donc tu as des choses techniques, tu allèges leur sac, tu vas les aider, tu vas les motiver, les encourager. Ou bien après, l'autre chose, c'est de redescendre. Vraiment, le rôle du guide, c'est d'amener les gens sur des sommets. faire des activités, se faire plaisir. Mais en fait, l'obligation qu'on a, c'est de ramener les gens en bas. Et ça, ça passe au-dessus de tout, en fait. Ramener les gens en sécurité chez eux. Et ça, en fait, c'est la règle de base qui passe au-dessus de tout. Donc, par rapport au niveau de forme des gens, oui, des fois, t'es obligé un peu pareil, toujours de t'adapter. C'est un mot qui revient souvent, l'adaptation, mais c'est vraiment au cœur du métier et au cœur de la pratique de l'alpinisme.
- Speaker #0
Je rebondis sur ce que tu disais, ton objectif c'est de ramener tout le monde en bas en vallée et on voit quand même beaucoup de documentaires sur des morts en haute montagne. Le point là-dessus, c'est comment toi tu es en tant que guide, tu arrives à te relancer à chaque fois, parce que chaque année il y a des histoires.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
il y en a toujours.
- Speaker #1
Récemment, à Chamonix, il y a une actrice qui est mortelle récemment.
- Speaker #0
La mort est quand même omniprésente, enfin omniprésente, j'exagère, mais en tout cas chaque année il y a des choses. On pourrait se dire que ça peut arriver à tout le monde. Mais est-ce que finalement, toi en tant que guide, quand tu analyses les situations, tu te dis que ça aurait pu être évité ?
- Speaker #1
Alors il y a des choses, oui, il y a des choses où tu te dis que ça aurait pu être évité. Après, tu n'es pas là. Et puis moi, ce n'est pas forcément mon rôle de donner un jugement là-dessus. À chaque fois qu'il y a un accident, il faut savoir qu'il y a des enquêtes qui sont menées par les secouristes, qui peuvent être la gendarmerie ou la police. Et puis ces enquêtes, elles vont un peu déterminer les circonstances et les responsabilités. Moi, personnellement, ce n'est pas mon rôle. Même si, bien sûr, nous, entre collègues, on parle. Mais je pense qu'il faut éviter de mettre un jugement sur ces affaires parce qu'on ne sait jamais les biais qu'il peut y avoir. Et on ne sait jamais à quel biais on aurait pu être confronté. Encore une fois, de dire « moi, ça ne me serait pas arrivé » , pour le moment, ça ne m'est pas arrivé, je te le dois, mais tu ne sais jamais, en fait.
- Speaker #0
Et justement, quand tu deals avec ça, c'est la notion de la mort.
- Speaker #1
Cette notion de mort, oui.
- Speaker #0
Tu fais un métier à risque. Dans ta promo, tu me disais la dernière fois... Dans ta promo ou dans certaines promos...
- Speaker #1
Nous, dans notre promo de guide, on a perdu plusieurs amis depuis 2020. Et en effet, c'est une activité à risque, en milieu spécifique. C'est une activité qui... qui présentent des risques, qui peuvent aller de la blessure au pire des cas, à la mort. Mais je pense que cette part de risque, elle est assez difficile à intellectualiser, à théoriser, en fait. C'est le propre à chacun, j'ai envie de dire. Tu peux être avec des gens qui vont te dire... Moi, je ne prendrai pas de risque. Zéro risque. Je vais te dire n'importe quoi. Moi, je suis pianiste. Je ne prendrai aucun risque de me geler les doigts. Et puis, il y a des gens qui vont te dire « Non, mais moi, je me geler les doigts pour le sommet. Je veux y aller. » Et ça, en fait, c'est très difficile de juger. Après, nous, on a aussi notre libre-arabie par rapport à ça. Moi, je sais que j'ai ma conception du risque. Elle est changeante en fait. Dans ma pratique perso, elle n'est pas la même qu'avec mes clients. Et même en fonction du client avec lequel je suis, elle ne va pas être la même. Je sais que j'ai des personnes qui sont prêtes à prendre plus de risques que d'autres. Et je sais qu'il y en a moins. Et donc notre rôle, c'est de faire ça. C'est d'arriver à mettre le curseur au bon endroit pour que la journée se passe bien. Et ça peut être une très grande aventure. qui va présenter beaucoup de dangers, mais ça peut être aussi une sortie super sympa. Et le matin, je sais que je rentrerai à la maison, que tout le monde rentrera à la maison sans me poser de questions. La majorité du temps, c'est quand même ça.
- Speaker #0
Ce sera plus simple, oui.
- Speaker #1
Mais parfois, il y a des courses, des sorties en haute montagne, où tu sais que ça peut être plus délicat et que tu as une part d'aléatoire. Ça, c'est de part d'aléatoire.
- Speaker #0
Sur certains couloirs, notamment ?
- Speaker #1
Oui, sur... par rapport au danger d'objectif, par rapport au danger d'avalanche, par rapport à... On parle beaucoup du Mont Blanc l'été, aux chutes de pierre, alors que c'est une course qui, techniquement, n'est pas la plus difficile du massif. Mais pour autant, des fois, tu as une part d'aléatoire qui est importante. Et après, c'est... Je pense que chaque guide est un peu différent dans cette acceptation. Moi, personnellement, je n'ai pas d'enfant, je n'ai pas de... de famille à charge. Donc, je n'ai pas la même acceptation du risque qu'un autre guide, peut-être, qui a des enfants en bas âge ou quoi. Et juste, l'important, c'est d'en être conscient et puis de l'assumer. Et puis, après, en général, ça mène à des beaux projets,
- Speaker #0
ouais. De savoir où tu es prêt à mettre le curseur, en fait.
- Speaker #1
Voilà, c'est une histoire de curseur.
- Speaker #0
Tu sens un accord avec ça, quoi.
- Speaker #1
Ouais, c'est vraiment une histoire de curseur.
- Speaker #0
Toi, ça a changé depuis que tu as commencé ? Cinq ans, là ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y a une prise de conscience.
- Speaker #0
Il y a une prise de conscience, il y a des événements qui te retournent un peu, mais j'ai encore beaucoup de projets. Je sais que ces projets sont peut-être un peu plus exigeants que d'autres et j'ai encore envie de les mener à bien.
- Speaker #1
Ces projets ici,
- Speaker #0
tu peux en parler ? Je ne pourrais pas te donner des noms comme ça.
- Speaker #1
Ça ne parlera peut-être pas à tout le monde. Oui,
- Speaker #0
ça ne parlera peut-être pas à tout le monde. Mais oui, c'est des projets plutôt locaux, donc dans les Alpes. Et pourquoi pas ouverts à d'autres massifs. Mais non, il y a tellement de choses à faire ici, dans les Alpes, qu'une vie ne suffirait pas à tout faire.
- Speaker #1
Avec le changement climatique, on parlait des chutes de Serac, donc ces falaises de neige qui tombent, en fait. De glace, pardon. C'est différent. Avec le changement climatique, il y en a de plus en plus, quand même. Ton métier va changer dans les prochaines années. Tu te prépares, tu réfléchis un peu à la suite ? Ou alors c'est encore trop long terme pour te dire ?
- Speaker #0
On y est bien confrontés en fait. Et tu vois, pour parler avec des guides de génération précédente, ils nous disent presque que nous on a de la chance parce qu'en fait on commence avec ça, avec un milieu qui change, et donc ça va être plus facile pour nous de nous adapter. et que pour eux qui ont connu les choses totalement différentes et qui doivent maintenant changer après plusieurs années de carrière.
- Speaker #1
Intéressant.
- Speaker #0
Et donc oui, on y est déjà confronté chaque été, chaque hiver. Et je pense que la formation initiale de guide met l'accent là-dessus. Moi, je suis sorti en 2021, donc je ne suis plus trop auprès de ce qui se fait, mais j'imagine qu'ils mettent bien l'accent là-dessus. Et je pense que chaque guide se pose un peu la question. Et puis, en fait, c'est un... Je vais revenir encore. J'aurais utilisé ce mot d'adaptation, mais c'est vraiment un grand atout. En fait, on est formé à s'adapter. On est formé à aller dans des terrains qu'on ne connaît pas. Et donc, en fait, même on peut imaginer qu'un terrain qu'on connaît, qui change, entre guillemets, devient un terrain qu'on ne connaît pas. Et donc, en fait, cette adaptation perpétuelle, c'est vraiment un atout pour les guides. qui permet de donner un exemple concret, qui permet de changer la saisonnalité des pratiques.
- Speaker #1
Oui, parce qu'utiliser le Mont-Blanc en été, c'est très compliqué.
- Speaker #0
L'ascension de la voie normale du Mont-Blanc, il y a quelques années, ça se faisait encore tout l'été sans problème. Maintenant, il y a des périodes dans l'été qui posent problème du fait des chutes de pierres, du fait du réchauffement, du fait... que les endroits qui étaient auparavant enneigés deviennent très secs et donc ça libère des pierres qui traversent les itinéraires et qui sont très dangereuses quoi.
- Speaker #1
Tu penses que tout le monde peut faire le Mont Blanc ?
- Speaker #0
Là tu me poses la question là. Non non je ne pense pas que tout le monde est capable de faire le Mont Blanc. Après il faut me demander en termes de capacité physique, en termes de capacité morale, non physiquement je... tout le monde ne peut pas faire le Mont Blanc. Ça reste une ascension. C'est le plus haut sommet des Alpes, presque à 5000 mètres. Comme je disais tout à l'heure, ce n'est pas la plus difficile techniquement, mais ça reste deux jours de marche complets, avec de longues heures de marche en altitude, avec du matériel qu'il faut appréhender, qu'il faut connaître, et un environnement qui est quand même stressant. que je ne fais pas partie de ceux qui disent que tout le monde peut faire le Mont-Blanc, même si beaucoup de gens font le Mont-Blanc.
- Speaker #1
Après,
- Speaker #0
j'encourage, si c'est une idée que les gens ont, je les encourage déjà à découvrir cette pratique et à s'entraîner, et puis ensuite à envisager ce projet-là.
- Speaker #1
C'est un peu dommage, parce que peut-être que certaines personnes vont se dire... Alors, c'est dommage, je ne sais pas, je suis partagé, parce que ça peut être aussi un très beau projet, un très beau challenge. de se dire dans ma vie j'ai envie de faire le Mont Blanc mais il y a aussi ce côté de cocher le nom du sommet et je vais faire le lien tout de suite avec ce que j'avais en tête derrière tu penses quoi d'Enoxtac ? t'as suivi le projet Erest ?
- Speaker #0
alors j'ai pas du tout suivi t'as pas du tout suivi ? là j'ai vraiment pas du tout suivi j'ai suivi de loin j'ai pas vu son film je pense qu'il a un super projet c'est un super projet Moi, je trouve que c'est un super projet personnel. Après, la communication qu'il en fait autour... Je ne sais pas si je peux dire ça, mais le business qu'il en fait autour, ça ne me concerne pas, ça ne m'intéresse pas spécialement. Et puis en fait, c'est quelqu'un que je ne connaissais pas avant personnellement, même de loin. Enfin, je veux dire, je n'en avais jamais entendu parler. Ce n'est peut-être pas ma génération, je ne sais pas. Mais je pense qu'il a réalisé son truc. Après, il l'a fait, il s'est fait accompagner, il s'est entraîné. Et ça, il a vraiment un vrai mérite par rapport à ça. Et le reste, je ne sais pas, si ça peut inspirer des gens, tant mieux. Si ça peut inspirer des jeunes à aller en montagne, c'est super. Mais la vraie question qu'il faut se poser, c'est pourquoi justement on va en montagne ? Et tu parles de cocher la case. Ça peut être la motivation de certains. Je ne le jugerai pas forcément. C'est pas forcément mes motivations d'aller en montagne, donc je me reconnais pas forcément là-dedans, j'ai du mal. Et du coup, j'ai du mal à donner le meilleur de moi-même pour être avec ces personnes-là. Enfin, j'ai du mal. Je le fais, mais c'est pas toujours évident, en fait.
- Speaker #1
C'est très professionnel, quoi. C'est ton métier. Voilà,
- Speaker #0
le fait du fait que c'est professionnel, je joue mon rôle. Mais au niveau affinité, ça marche pas toujours. Et puis, tu vois, nous, on... On se côtoie depuis plusieurs années maintenant. Et c'est un peu ça, je trouve, la chose privilégiée qu'on a dans notre métier. C'est qu'en fait, tu arrives à créer des affinités avec les gens. Et puis, de ces affinités ressortent des projets qui vont faire plaisir aux gens, mais qui vont aussi faire plaisir au guide, motiver le guide. Et en fait, c'est vraiment cette question. Pourquoi ? Qu'est-ce que tu viens chercher en montagne ? Et après, libre à chacun de... d'y répondre, moi j'ai...
- Speaker #1
Ouais, il n'y a pas de jugement de valeur, je me demandais juste, tu vois, toi qui es connecté...
- Speaker #0
Non, je n'ai pas spécialement envie d'en donner, non.
- Speaker #1
C'est clair. Non, non, t'es connecté au monde, justement, des guides de Chamonix, et j'avais lu quelques-uns d'articles qui critiquaient un peu son projet, parce que, justement, comme tu disais, il sortait de nulle part,
- Speaker #0
etc. Ouais, ouais, alors, comme je te dis, je n'ai pas suivi, il sort peut-être de nulle part, mais il a fait quand même plusieurs sommets pour s'entraîner.
- Speaker #1
Il a fait le Servin, il a fait d'autres choses avant, je l'ai vu.
- Speaker #0
je t'imagine qu'il s'est entraîné aussi physiquement voilà moi l'Everest j'y suis jamais allé je sais pas si j'irai un jour c'est pas quelque chose qui m'attire et je pense que tu vois tu me demandais si tout le monde peut faire le Mont Blanc je te dis non et si tout le monde peut faire l'Everest je te dis non aussi quoi encore plus non donc il a vraiment le mérite de l'avoir fait ça reste une performance c'est
- Speaker #1
clair même avec l'assistance ça reste quand même une performance c'est clair
- Speaker #0
après je te dis ça, moi j'ai jamais fait de l'himalayisme j'ai jamais fait d'alpinisme à très haute altitude donc je suis pas forcément la bonne personne pour te renseigner là dessus mais je pense qu'il faut quand même y aller là-haut il faut quand même passer ses nuits sous la tente il faut quand même mentalement
- Speaker #1
t'as déjà eu des moments difficiles où tu t'es poussé moi ça a été à mon niveau cet été on a fait une sortie alpi j'avais peur de sauter dans les échelles c'est super haut Simon tu me disais mais t'avais pas peur t'es accroché à la montagne ce qui était vrai j'avais un mousqueton accroché à l'échelle donc en fait pas rien se passer de grave mais bon moi la peur du vide quoi mais
- Speaker #0
toi à ton niveau est-ce que t'as aussi des moments de peur comment tu les gères est-ce que tu te parles en même temps ouais il y a beaucoup de moments de doute peur il y en a et je pense qu'il faut qu'il y en ait en fait parce que cette peur elle te permet de de prendre les bonnes décisions au bon moment intéressant tu vois Et je pense que cette peur aussi, elle fait naître un peu d'audace, tu vois, aussi, de la persévérance. Et donc, oui, il y a beaucoup de moments de doute, souvent avant les sorties, quand tu as des sorties techniques exigeantes, tu vas un peu douter. Des fois, tu ne dors pas bien, tu vois.
- Speaker #1
Là, tu visualises la veille un peu la sortie, le tracé ?
- Speaker #0
Je ne visualise pas forcément, mais je regarde beaucoup les cartes.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Les cartes et puis on a ce qu'on appelle les topos, qui sont des bouquins avec les descriptions des itinéraires. Et oui, je les lis, je les relis, je recoupe des informations avec d'autres. Je partage beaucoup avec les collègues aussi qui peuvent déjà avoir fait cette sortie-là pour essayer de trouver des informations qui pourraient m'être utiles. Je me mets un timing. Ça, c'est un aspect en montagne qui est hyper important, le temps.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
D'ailleurs, je pense pour ça qu'on appelle ça une course. Parce qu'en soit on fait la course contre personne, mais par contre on fait quand même la course contre le temps en fait.
- Speaker #1
C'est marrant, je me suis toujours demandé pourquoi on appelait ça une course. Possiblement,
- Speaker #0
il y a des délais à respecter. Et en fait,
- Speaker #1
lié aux conditions météo,
- Speaker #0
souvent lié aux conditions météo, souvent lié aux conditions de la montagne. Donc, par exemple, si tu vas emprunter un itinéraire enneigé, nous, on aime bien quand on évolue avec des crampons sur la neige, que la neige soit froide et gelée. Et donc, en plein été, elle gèle la nuit et pendant la journée, comme il fait chaud, elle dégèle.
- Speaker #1
J'ai glissé cet été, oui.
- Speaker #0
Et là, on tient moins bien avec les crampons et tu glisses. Là où tu as glissé, il ne pouvait rien se passer. Mais si tu glisses dans un endroit exposé à la chute, là, ça peut être beaucoup plus problématique. Donc le temps, il est vraiment là. Et puis, ce n'est pas l'idée de rentrer le plus vite possible à la maison, mais c'est l'idée de garder de la sécurité. Et puis oui, il y a la météo qui change. Il y a les orages qui peuvent arriver en été. Des fois, il y a des fenêtres météo en hiver qui sont courtes. te permettre de passer un col, mais tu sais que si tu le passes pas avant tes l'heure, tu vas te faire prendre dans le mauvais temps, donc ça va être compliqué. Évoluer en haute montagne sur des glaciers crevassés, c'est déjà compliqué. Sur des glaciers crevassés, en plus dans le brouillard, là tu rajoutes quelque chose. Et donc t'évites de se mettre dans ces situations-là. Oui,
- Speaker #1
c'est clair.
- Speaker #0
Donc la veille, c'est ce que tu dis ? Pour revenir à ça, la veille, je regarde les cartes, je regarde les topos. Je me fais un petit rétro-planning de ma journée en fait. Je pars à telle heure, à telle heure je dois être là, à telle heure je fais ça. Des fois, tu le dépasses un peu et puis tu vois que tout se passe bien, mais des fois, tu le grilles et tu te dis, bon, moi là, je ne suis plus dans les temps, il faut qu'on fasse demi-tour, quoi.
- Speaker #1
C'était déjà arrivé plusieurs fois ?
- Speaker #0
Ça m'est arrivé, oui. Ah oui,
- Speaker #1
ok. Les deux,
- Speaker #0
oui. Oui, oui, ça arrive. Après, ça arrive souvent quand tu ne connais pas les gens et quand tu ne connais pas les courses. mais ce que je fais moi maintenant c'est que quand je connais pas les courses je prends toujours des temps plus larges tu dis 2h je dois être à tel endroit et puis en fait si tu mets 1h c'est tout gagné c'est un peu ça la visualisation un petit peu mais ça c'est presque plus quand je connais les endroits j'essaie de me les remémorer et de me dire ouais alors là je vais passer là j'ai un peu des images mentales qui me restent un peu de mémoire visuelle quoi
- Speaker #1
excellent ok mais comme quoi tout le monde visualise un peu en fait c'est une forme de préparation mentale parce que quand on dit préparation mentale c'est un grand mot tu as l'impression que c'est une discipline à part entière mais en fait on en fait tous un peu et c'est ce que tu dis ouais ouais j'imagine que tout le monde en fait tu sais avant par
- Speaker #0
exemple quand j'étais à l'ENSA à l'école de guide j'avais pas du tout les mêmes automatismes que maintenant hum Et donc là, par contre, je visualisais vraiment la préparation de mon sac, la pose, comment elle va se passer. Je suis en ski de randonnée, je vais déjà enlever mes pots de phoque, boire un coup, sortir mes crampons, mettre mes crampons, etc.
- Speaker #1
Dans un ordre bien précis.
- Speaker #0
Oui, essayer d'avoir un ordre bien précis qui sont maintenant devenus des automatismes. Donc je n'ai plus trop besoin de le visualiser, mais je me souviens vraiment faire ça.
- Speaker #1
Intéressant. Et tu avais des différences de niveau comme ça entre les personnes dans les promos ? C'est une question un peu…
- Speaker #0
Pour les stagiaires tu veux dire ?
- Speaker #1
Oui, c'est un peu bête, je me suis dit que oui.
- Speaker #0
Il y en a bien sûr. Il y a des gars très forts dans tout. Il y a des gars très forts dans certaines disciplines.
- Speaker #1
Toi, c'était l'escalade quand même de base ?
- Speaker #0
Ouais, moi je suis plutôt un profil grimpeur. Moi, j'ai raté deux fois l'examen de ski avant de le réussir. Ok. Donc je suis plutôt un profil grimpeur et oui, il y a des différences de niveau. Après, tout le monde a le même, comment dire, les mêmes minima. Pour réussir les unités de formation, il faut avoir ces minima. Il y en a qui l'ont pendant la formation et après, il y a des activités parmi lesquelles on est... parmi lesquelles... comment dire, les activités qu'on enseigne qui ne veulent pas forcément poursuivre donc ils arrêtent, ils lâchent un peu et puis il y en a qui font un peu de tout il y en a qui se spécialisent dans certaines choses
- Speaker #1
Tiens, en escalade puisque tu te fais aussi des sorties en perso d'escalade tu fais même des semaines entières parce que l'escalade c'est un sport très difficile quand même je trouve, personnellement pareil, est-ce que tu visualises tes voix, est-ce que hum Comment tu progresses en fait dans cette discipline ?
- Speaker #0
Comment tu progresses en escalade ? Je ne suis pas entraîneur, mais personnellement, moi, oui, bien sûr, tu visualises. À fond, tu visualises les mouvements. En fait, l'escalade, c'est la combinaison des aptitudes physiques, de la force, de la résistance physique et des aptitudes morales. Parce que quand on grimpe, on grimpe, comme on dit, en tête. Donc, on s'engage un petit peu au-dessus des points d'assurage, plus ou moins en fonction de la voie que tu vas faire. il y a toujours une chute qui se passe en général très bien mais chuter c'est un truc qui s'appréhende il y a toujours une chute ça arrive quasiment à chaque montée ? non alors là je te parle de l'escalade sportive ah oui d'accord je te parle de l'escalade sportive pas forcément l'escalade en terrain d'aventure en plaisir des fois non la chute est interdite je te parlais de l'escalade sportive oui d'accord Et oui, en fait, quand tu vas travailler dans ton niveau max, pour progresser, il faut un peu tomber. Je ne connais pas beaucoup de grimpeurs qui sont très forts et qui ne sont jamais tombés. Mais la chute, elle est assurée par une corde et par ton partenaire d'assurage. Donc, en fait, il ne se passe rien. Mais ça reste des fois impressionnant. Et donc, en fait, il faut... On dit d'ailleurs, on travaille une voie. Quand tu es vraiment dans ton niveau max, tu travailles spécifiquement une voix. Tu vas t'entraîner physiquement pour cette voix. Tu vas répéter les mouvements, tu vas les visualiser. Savoir qu'à tel endroit, je peux prendre un repos. À tel endroit, il faut que j'aille assez vite. Telle prise, je vais la prendre comme ça,
- Speaker #1
etc. Tu le visualises quand même à fond.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est intéressant.
- Speaker #0
Je pense que c'est ce qu'il se fait beaucoup. D'ailleurs, tu les vois, les mecs. Quand tu regardes des compétitions d'escalade, les compétiteurs sont au pied de la voie, ils regardent un peu, après ils vont en isolement, puis après ils font leur voie.
- Speaker #1
Ok, donc ils ont déjà le chemin en tête. Tu as un binôme avec qui tu sors souvent, faire des voies ?
- Speaker #0
Ouais, j'ai des amis avec qui...
- Speaker #1
Tu sais ce que je veux dire ? C'est des personnes avec qui tu sais que ça se passera bien, même sur l'entente, quoi. C'est important.
- Speaker #0
Ouais, ouais, ouais, c'est hyper important. Il y a des gens avec qui je ne me lancerai pas dans certains projets. OK. Et il y a des gens avec qui je me projette dans certains projets, ouais, ouais.
- Speaker #1
C'est intéressant.
- Speaker #0
Après, je ne vais pas uniquement toujours avec les mêmes personnes, mais ouais, il y a certains projets que je n'envisage pas avec certaines personnes, ouais.
- Speaker #1
OK. Quand tu crées une entreprise, c'est la même chose. Ça peut très bien se passer en bas, mais par contre... Oui,
- Speaker #0
après, c'est spécifique. Mais c'est beaucoup une histoire de confiance. Et puis, il faut être sur la même longueur d'onde. On en revient à ce qu'on disait tout à l'heure par rapport à l'acceptation du risque. Il faut être sur la même longueur d'onde.
- Speaker #1
Et qu'en fait, en cours d'aventure, il n'y ait pas de pétage de câble. Parce qu'on s'est mis d'accord avant de ce qu'on fait, en fait.
- Speaker #0
Oui, et puis il faut connaître l'autre. Si tu parles de l'entreprise, c'est un peu comme ton associé.
- Speaker #1
Exactement, oui.
- Speaker #0
C'est mieux de connaître l'autre. C'est mieux de savoir, quand tu vas recontrêter la situation, comment ça va se passer. C'est aussi de se dire, si moi j'ai une défaillance, l'autre va pouvoir un peu compenser. Et inversement, ça c'est important.
- Speaker #1
Oui, carrément. Il y a des projets qui te font rêver, que tu as vraiment envie de faire. Tu as fait la Norvège récemment, c'est génial. Il y a d'autres projets qui te font rêver ?
- Speaker #0
D'autres projets qui me font rêver ?
- Speaker #1
Pas forcément à l'autre bout du monde.
- Speaker #0
Il y en a beaucoup qui ne sont pas forcément à l'autre bout du monde. En perso ou en pro ?
- Speaker #1
En perso.
- Speaker #0
En perso, oui. Il y en a déjà de me dégager du temps pour... pour pouvoir réaliser le projet. C'était déjà pas mal. Non, j'en ai. Il y a plein de voies d'escalade. Ce qui est bien, c'est que j'en ai l'hiver et j'en ai l'été. Je ne suis pas en manque de projet. Mais se dégager du temps. Ce qui est difficile quand tu gardes une activité amateur et que tu fais le métier de guide, c'est qu'il faut gagner ta vie. C'est clair. Tu n'es pas toujours avec des gens qui te... permettre de pousser l'activité à un niveau dans lequel tu vas t'entraîner ou t'entretenir.
- Speaker #1
Oui, tu es souvent en zone plus que...
- Speaker #0
Des fois, tu es un petit peu en sous-régime. Oui,
- Speaker #1
largement, je pense.
- Speaker #0
Et donc, il faut garder la motivation à côté. l'énergie, parce que même si t'es en sous-régime, quand t'enchaînes les journées, tu fatigues quand même. On a un boulot qui est, même s'il se fait toute l'année, enfin la majeure partie de l'année, qui est quand même assez sujet aux saisons, parce qu'en fait on travaille dans le tourisme, donc on est dépendant de la fréquentation. C'est clair. Et donc c'est souvent concentré. Dans ces périodes-là, ça peut amener plus de fatigue. La fatigue, c'est compliqué pour s'entraîner. Et puis aussi se dire que des fois, la bonne période pour aller faire la belle course que tu as envie de faire en montagne avec ton pote, c'est aussi la période où tes clients t'appellent. Et puis voilà.
- Speaker #1
Il faut travailler.
- Speaker #0
C'est aussi la période où tu as ta vie perso et il faut être des fois aussi un peu à la maison. Donc c'est pas forcément... Il faut bien faire le grand écart des fois.
- Speaker #1
On arrive au bout de l'épisode Simon ? Est-ce qu'il y a des choses que tu voulais ajouter sur les valeurs de la montagne, sur ton métier, sur même des personnes qui ne connaissent pas du tout ce milieu-là, si tu as envie de leur partager quelque chose ?
- Speaker #0
Sur les valeurs ? Je pense que sur mon métier, j'en ai déjà dit beaucoup. Oui. Sur les valeurs de la montagne, pareil, il y en a beaucoup. Plutôt les tiennes alors. Mais je pense que la plus importante, c'est un peu cette idée de... de solidarité dans l'épreuve. En montagne, on vit des belles choses, on les vit des fois à travers des épreuves. Et puis en fait, ce lien de cordée qu'on a, c'est vraiment une preuve de solidarité, d'entraide, qui est, je pense, hyper importante et qui, à mon sens, n'est pas toujours assez bien valorisé dans d'autres aspects de la société. Et donc, je pense que c'est une des plus importantes. et puis après il y a le plaisir parce que ouais on prend des risques des fois, pas tout le temps mais le but en fait c'est de se faire plaisir c'est clair en dehors de la performance pure il y a déjà le plaisir c'est le moyen de te faire plaisir bien sûr mais voilà il peut être de plein de manières le plaisir la beauté du lever de soleil le plaisir d'être là en bonne compagnie d'échanger avec les gens parce que voilà C'est un truc qu'on pratique, qui peut se pratiquer seul, mais qui en général se pratique avec d'autres gens. Et puis voilà, le plaisir de voir des beaux paysages, les émotions que ça t'amène, etc.
- Speaker #1
Carrément, carrément. Si on veut partir avec toi en montagne, on te contacte comment ? Via Instagram ?
- Speaker #0
Ouais, via Instagram. Après, je ne promets pas de répondre rapidement via Instagram.
- Speaker #1
Un mail ?
- Speaker #0
Un mail,
- Speaker #1
ouais. On mettra tout ça ?
- Speaker #0
Je pourrais mettre mon mail, si tu veux, dans la description de l'épisode.
- Speaker #1
Merci Simon d'avoir partagé tout ça.
- Speaker #0
Merci à toi, Kevin. A bientôt.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. J'espère qu'il vous a plu et que vous avez appris des choses. Si c'est le cas, merci de mettre 5 étoiles sur Apple Podcasts ou Spotify et surtout de partager cet épisode autour de vous. N'hésitez pas à me faire part de vos retours pour les prochains épisodes. Je vous dis à bientôt. sur Objectif Mental.