- Speaker #0
Audace est le premier podcast belge francophone dédié au wellness. Je suis Cluj-Nicô, mariée et maman de deux enfants rapprochés. Curieuse et passionnée par le bien-être depuis toujours, j'ai créé ce podcast pour amplifier des voix, partager des récits authentiques et transmettre des clés concrètes. Ici, tu écoutes des conversations sans filtre avec des experts, des entrepreneurs et des invités qui nous aident à être alignés, outillés, et bien informé. Pense à t'abonner et à partager l'épisode si tu veux soutenir le podcast. Salut Nadege. Coucou Chloé. Alors Nadege, aujourd'hui j'ai voulu te recevoir dans Audace pour un épisode un peu différent, ça va être un témoignage plutôt, parce que tu as plusieurs casquettes, notamment doula. Mais ce n'est pas un épisode expert, même si je suis sûre que l'auditrice va sortir avec quelques tips, quelques conseils. En préparant notre échange, j'ai vu se dessiner trois grands pans, trois grands axes qu'on va explorer ensemble. D'abord, ton histoire d'accouchement, je pense qu'il y a un gros déclic qui est très important. On en parlait en off d'ailleurs. Je pense que l'accouchement, personnellement, ça m'a un peu chamboulée. Il y a pas mal de choses qui se passent à ce moment-là, cette période un peu charnière d'une vie de femme, je trouve, de mon vécu. Ensuite, ce déclic qui va te faire changer ta vie, on va parler de reconversion dans un deuxième temps. Et enfin, un sujet un peu profond, mais j'ai eu la chance d'assister à la projection du film de Chloé Debon, où tu étais présente et tu as pris la parole en tant que conférencière sur la chirurgie, le regard de soi, l'image de soi. Tu as toi-même subi une chirurgie esthétique et j'aimerais qu'on termine l'épisode par un mot sur ça. sur comment on vit ce changement, qu'on a des valeurs très fortes, des valeurs familiales très présentes, comment on va un peu contre les valeurs qu'on a reçues. Si ça te va, si le programme te plaît, Nadège, est-ce que je peux te demander d'abord par te présenter dans tes mots, dans tes termes ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. D'accord sur le programme. Alors, ce n'est pas facile de se définir en quelques mots, mais je dirais que... J'ai 38 ans, j'ai deux enfants qui ont 10 ans et 6 ans. Et je suis formée en communication au départ. Et dans tout ce qui est environnement et dans des valeurs plutôt du respect du cycle du vivant. Je dirais que ça, c'est un peu la base.
- Speaker #0
Très bien. On va peut-être quand même toucher un mot sur ton éducation personnelle. À toi, est-ce que tu as reçu l'avis de famille que tu as eu ? Est-ce que tu es fille unique ?
- Speaker #1
J'ai un frère qui a 5 ans de moins que moi et j'ai habité du côté d'Overeis et j'ai fait mes études du côté de Bruxelles. Ma mère avait trois soeurs, donc une famille nombreuse, plutôt dans une démarche d'écologie, plutôt économique, vu qu'après-guerre, ma grand-mère était femme au foyer et elle récupérait les bouteilles. boutons, des tirettes, elles étaient quatre filles, donc il y avait une logique de récupération, mais qui est du coup aussi écologique et économique. Et donc j'ai quand même été éduquée dans un environnement où on faisait du vélo pendant les vacances, où on n'allait pas trop loin, en France ou en Hollande. où on avait un compost dans le jardin, où on avait des panneaux solaires et où on faisait attention à la santé au niveau de l'alimentation, manger des fruits, ne pas manger des crasses, ne pas aller au McDo. Ce sont des valeurs sans trop de pression. J'ai quand même été baignée dans un environnement écologique.
- Speaker #0
C'était une évidence pour toi de tourner vers l'écologie ? Tu as fait l'IEX, une école de communication. On peut parler aussi de mode, on peut parler design, on peut parler presse. IEX ouvre plein de portes, mais pourquoi l'écologie ?
- Speaker #1
En effet, j'ai pas mal de copines qui sont parties sur la mode et qui sont parties dans la presse. Et moi, ce qui m'intéressait, c'était, j'ai fait relations publiques et affaires européennes et j'avais envie de changer le monde. Et c'est vrai que tous mes travaux étaient orientés, groupe d'achat solidaire ou groupe d'achat collectif au niveau des paniers bio, l'agriculture locale. système d'échanges locaux, donc échanges de services. J'ai fait mon mémoire pour Oxfam, pour tout ce qui était récupération seconde main. Donc c'est vrai que tout devait avoir un sens. J'ai besoin qu'il y ait un sens et que ça ait une valeur ajoutée. Pour moi, la mode, c'est chouette, c'est esthétique, mais il y a aussi tous les dessous. En fait, j'avais envie de dénoncer. J'ai hésité avec le journalisme. Mais finalement, j'ai préféré les relations publiques pour éventuellement changer le système de l'intérieur dans les entreprises ou au niveau européen pour pouvoir avoir plus d'impact.
- Speaker #0
Grandes ambitions.
- Speaker #1
Grandes ambitions, oui. Et finalement, j'ai trouvé un boulot. En fait, j'ai travaillé comme étudiante quand j'avais 18 ans, vu que je parlais trois langues. J'étais partie en Australie, j'avais fait un Erasmus en Irlande, donc j'étais trilingue. J'ai pu facilement avoir un boulot comme étudiante dans une... dans une PME qui contrôlait et certifiait les produits bio. Et donc ça me permettait d'allier sens et de mettre à disposition mes connaissances. Dans un premier temps comme contrôleuse sur la route, les pains quotidiens, les Deleuze, les Carrefour. Et puis après, m'occuper de la communication de la boîte. C'était cinq ans. tout ce qui était salon, communication interne, événementiel, rapport annuel, mais en lien avec la certification des produits bio, garantir une traçabilité. Oui,
- Speaker #0
quand je travaillais pour le groupe Exki, j'avais Certi6.
- Speaker #1
Exki, voilà, c'est ça, Certi6. Voilà.
- Speaker #0
Mais pour toi, allier boulot, travail, succès, j'ai envie de dire, avec valeur, c'était essentiel. Tu ne te voyais pas travailler dans une... Ce que je veux dire, c'est que... Ton boulot, ton travail tous les jours doit avoir une mission en lien avec tes valeurs.
- Speaker #1
Oui, impossible de travailler dans quelque chose qui n'est pas en respect avec mes valeurs.
- Speaker #0
Déjà à l'époque, parce qu'on va en parler de ta reconversion qui fait tellement sens, mais déjà à l'époque, tu avais ce gut feeling, c'était impossible de faire un boulot alimentaire purement et simplement.
- Speaker #1
En tant qu'étudiante, j'ai fait du babysitting et j'ai bossé dans quelques carrefours, mais en fait, ce n'était pas possible.
- Speaker #0
Ça ne te nourrissait pas ?
- Speaker #1
Non, il faut qu'il y ait du sens, il faut qu'il y ait des valeurs.
- Speaker #0
On peut parler de ta première grossesse et de ton premier accouchement ?
- Speaker #1
Tout à fait, mais qui est tout à fait dans la mouvance, vu que la première grossesse, j'étais suivie par un gynécologue qui n'était pas obstétricien. J'ai bougé dans un centre médical près de chez moi. Et il y a aussi des valeurs d'inclusion au niveau de mon homme, parce que ce n'est pas un projet qu'on mène seul, on est deux. Et donc le fait d'être juste la seule visée dans ce projet, où le gynécologue ne me parle qu'à moi, sans considérer et impliquer mon homme, ce n'était déjà pas possible. Et donc rapidement, dans ce petit monde alternatif bio, la maison de naissance de Namur est venue sur le tapis. Et le suivi du coup, sages-femmes, avec plus cette dimension d'un rythme qui est plus lent, de rendez-vous qui sont plus longs et d'inclusion sur le projet. Les sages-femmes, elles proposent tant un suivi médical qu'un suivi émotionnel. Et donc ça correspondait beaucoup plus à nos besoins, parce que j'avais une grossesse qui était tout à fait à bas risque et donc je n'avais pas spécialement besoin d'un gynécologue qui avait juste 20 minutes et qui me parlait des risques. Donc on a pu trouver auprès de la maison de naissance un lieu chaleureux, humain, et où les valeurs du respect du cycle et de notre rythme étaient respectées. Et j'étais tombée dessus, j'avais fait le lien entre l'agriculture et la maison de naissance sur un article qui avait été partagé par Bénédicte de Tisbar dans un journal Nature et Progrès. C'est ceux qui organisent la foire valérienne à Namur chaque année. Et il y avait vraiment cette... Le corps de la femme qui est labouré, vraiment tu vois avec ce côté engrais, pesticides, vraiment un parallèle entre respect du rythme de la terre et de ce qu'on y fait pousser et respect de la femme, de son corps et des produits qu'on va utiliser chimiques. Et j'avais vraiment fait le parallèle, c'était du coup beaucoup plus adapté à mon état d'esprit et mes besoins. Et il y a notre projet commun de couple où mon homme pouvait trouver toute sa place. Et où c'était quand même un grand chamboulement aussi familial à ce moment-là, au niveau privé. Et donc avoir un espace où on pouvait être entendu dans ce qu'on traversait au niveau émotionnel, c'était précieux.
- Speaker #0
Cet espace, vous l'avez trouvé à la maison de naissance de Namur.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est là que tu as accouché ?
- Speaker #1
Alors, j'aurais bien aimé.
- Speaker #0
Ça se faisait parce que ça remonte à dix ans.
- Speaker #1
Ça remonte à il y a 10 ans, je ne sais pas exactement. Je crois qu'elles viennent de fêter justement leurs 20 ans et je pense qu'on était les 300e si notre fille était née là-bas. Mais elle a décidé de se pointer à 36 semaines, 6 jours et 6 heures. Donc juste avant...
- Speaker #0
4 jours avant, je pense, le 37. C'est ça, il faut 37, entre 37 et 40.
- Speaker #1
6 heures avant, en fait. 6 heures avant. Et du coup, il y a une fenêtre pour pouvoir accoucher avant 37. Il y a des risques liés à la prématurité. Et donc, j'ai dû aller accoucher à Brunelaleu, qui était... pas du tout prévu. On n'avait pas du tout envisagé...
- Speaker #0
Du tout, du tout. Tu t'es pas dit envisager le pire cas ou tu vois... Si,
- Speaker #1
mais je pense qu'il y a un peu une naïveté de...
- Speaker #0
de croire que... En fait,
- Speaker #1
tout se passait bien. J'ai juste perdu les os à 36 semaines, 6 jours et 6 heures. Et du coup, voilà, je suis quand même un peu... J'ai été un peu surprise quand même. Je ne m'attendais pas au scénario avant terme. Il n'avait pas été anticipé, en fait, non.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui se passe alors ? Pas le choix, j'appelle la maternité.
- Speaker #1
Alors, j'avais trouvé une autre gynécologue, justement, de Brunelieu, parce qu'en effet, on avait quand même dû anticiper le scénario. Mais elle était en vacances et la sage-femme de la maison de naissance de Namur n'accompagnait pas. Donc, ça a quand même été un gros bouleversement de perdre les os trois semaines plus tôt, la gynécologue en vacances et la sage-femme qui n'accompagne pas. Donc, un peu le branle-bas de combat. Et finalement, c'était donc à Brunelaleu, mais je ne savais même pas si mon homme pouvait être présent ou pas, si on avait une chambre simple, une chambre double, vu qu'on avait tout projeté sur la maison de naissance. Et j'avais renvoyé mon homme à la maison, checké les papiers, voir si on avait bien accès à une chambre simple, parce que j'avais peur qu'on se fasse allumer au niveau du prix. Et donc j'ai vécu mon travail toute seule dans cette chambre, mon travail ne s'est pas spécialement mis en route tout de suite. Et puis vers 7h, je lui ai dit à mon homme, écoute, reste à la maison, ça ne sert à rien que tu sois ici avec moi. Ça s'est accéléré et en l'espace d'une heure ou deux, au moment où il est arrivé, on est allé en chambre, ça a commencé à pousser, hop, ma fille est arrivée. Donc, top chrono, 12h entre la pérapésie le vendredi soir et le samedi.
- Speaker #0
Mais donc, physiologiquement parlant, tu n'as pas eu de péridurale ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Pas de cytocine ?
- Speaker #1
Non, rien, vraiment. En fait, limite, je ne me suis pas sentie entendue parce que je sentais qu'à un moment donné, ça accélérait. Et c'est un peu le scénario où tu passes de 2 à 10 en l'espace de 30 minutes. Et donc, personne ne me croyait que je suis en train d'accoucher. Et finalement, ah bah tiens, super bébé est là. Donc quand même un bébé assez express. Et ce qui m'a plus perturbée, c'était la gynécologue de garde. Donc c'est quand même un parcours qui, j'ai eu quatre gynécologues, entre le premier qui n'était pas obstétricien, le deuxième qui l'était, mais qui n'était pas très inclusif. c'était pas celle de la maison de naissance c'était celle à côté de chez moi mais j'en avais aussi un backup à Namur si jamais, donc là j'en avais déjà 4 et puis j'ai eu la gynécologue de garde plus mes deux sages-femmes donc c'était quand même il y avait quand même plusieurs un suivi un peu morcelé et c'est la gynécologue de garde qui était venue me faire un petit point parce que j'avais une éraillure qui m'avait dit à... Vous avez un tout petit placenta, vous êtes fumeuse ? Et moi qui suis justement dans une alimentation saine, dans un milieu où je n'étais pas fumeuse, j'avais trouvé que sa remarque était complètement inadaptée. Ça m'est déjà arrivé aussi en tant que professionnelle d'être surprise de la taille du placenta, mais on sait comme ces mots sont hyper... Enfin, on garde ça pour soi, on ne le verbalise pas. Donc j'avais trouvé qu'elle avait été très maladroite et ça m'avait vraiment heurtée en fait. J'ai appris ça comme une... Une attaque personnelle en me disant, mais check mon dossier. Non, je ne suis pas fureuse.
- Speaker #0
C'est un moment où on est tellement vulnérable. Je trouve que c'est lors de l'accouchement, même du postpartum, je crois que chaque mot peut vraiment avoir un gros impact sur la mère, la jeune mère.
- Speaker #1
Et d'autant que j'avais accouché trois semaines plus tôt, donc du coup, je me sentais responsable de cette prématurité. Comme si ma santé... avait fait en sorte que je mette au monde un bébé qui était du coup plus petit. Elle faisait 2,4 kg. Donc voilà, j'avais trouvé que cette remarque était complètement inadaptée. Il m'avait vraiment heurtée. Donc voilà, finalement, tout est bien qui finit bien. Mais par rapport à l'accouchement que j'avais visualisé dans cette maison... Oui,
- Speaker #0
un petit deuil à faire, c'est ça quand même.
- Speaker #1
Dans cette maison de naissance.
- Speaker #0
J'ai eu un petit deuil à faire quand même par rapport au plan que tu avais.
- Speaker #1
Ah oui, il a fallu vite retrouver une stabilité. En fait, il n'y a rien qui va se passer comme prévu. Je ne vais ni accoucher là où j'ai décidé d'accoucher, ni avec les personnes de confiance avec qui j'ai tissé un lien, sans filet. Donc, il y avait quand même une grande insécurité et dans un scénario pas du tout anticipé, sans mon homme finalement, parce qu'il n'était pas là la nuit. Et dans une chambre qui n'était pas une chambre de travail. On m'avait mis dans une biaise chambre en se disant, comme j'étais encore en dessous de 37, on va voir si je n'étais pas en travail. Donc, j'en ai eu... accès à rien. J'ai pas de ballon, pas d'espalier. J'étais pas en salle d'accouchement. En fait, j'ai été en salle d'accouchement 15 minutes. Donc, c'était loin de ce que j'avais visualisé comme un truc un peu doux, de l'eau, ambiance, Et je n'avais rien. J'avais juste un triangle. Et c'était Evelyne Mathieu, ma sage-femme à la maison de naissance. Elle avait fait toute une très, très chouette préparation sur la gestion de la douleur. Ça, je me rappelais juste de bouche molle, col mou et de la traversée de la manche. Donc, voilà, j'avais vraiment bouche molle, col mou en tête. Et c'est finalement ça qui m'a aidée. seule ou pas seule, c'est quelque chose qui se traverse toute seule. Et donc, voilà, tu fermes les yeux, tu visualises, et puis ça a visiblement très, très bien marché.
- Speaker #0
Raconte-nous un peu, je fais une petite pause ici, mais bon, du coup, tu t'es reconvertie, tu es dit, d'où là, on va y venir, mais c'est bouche molle, col mou, et la traversée de la manche. Tu peux nous donner ça, peut-être des petits tips pour les auditrices ?
- Speaker #1
Oui, donc en fait, c'est un peu la loi des sphincters. L'accouchement, c'est s'ouvrir. Et donc, si tu as la mâchoire serrée, les épaules tendues, les mains serrées, Il y a tout qui se ferme si tu es tendu, si tu as peur. L'idée, c'est de créer un climat dans lequel tu te sens en confiance, en sécurité pour t'ouvrir et d'essayer d'avoir les mains ouvertes, les épaules basses et d'avoir la mâchoire qui s'ouvre. Un peu comme quand on fait l'amour, on va plutôt être à s'embrasser, à avoir une mâchoire assez détendue pour qu'en bas, ça s'ouvre. Et donc, c'est un peu l'idée, c'est de... relâcher la mâchoire pour pouvoir détendre tout le plancher pelvien. Et le diaphragme dans une respiration. Vraiment ouvrir. Parce que quand on est très tendu, on a plutôt une tendance à fermer. Et donc là, vraiment, c'est tout ouvrir.
- Speaker #0
Et traverser de la manche ? Ça, je n'ai jamais entendu.
- Speaker #1
Et alors, traverser de la manche, c'était un peu le côté... Tu vois, il fait froid. Parce que je me rappelle, c'était il y a dix ans. Mais il fait très froid. Et dans une piscine comme ça, froide, si on plante un... Un orteil, on n'a pas très envie d'aller. Donc l'idée, c'était vraiment d'oser y aller et traverser. Oui,
- Speaker #0
accueillir et faire confiance plutôt. Suivre ces vagues et ces mouvements, c'est ça ?
- Speaker #1
C'était plus le côté, il ne fallait pas juste tremper un orteil, il fallait aller dedans. Et le truc de, tu vois, cette difficulté à rentrer dedans. Mais une fois que tu es dedans, tu sais, ce truc un peu froid, ça peut même être vigorant. Donc j'avais souvenir que c'était cette idée de plonger pleinement et ressentir en fait cette... Cette énergie finalement, une fois que tu es dedans, et voilà, à un moment donné, traversée.
- Speaker #0
Quand on parle, j'ai envie de revivre ça. Tu vois, c'est dingue. Moi, j'ai tellement aimé accoucher, j'ai envie de revivre ça.
- Speaker #1
Oui, mais il peut y avoir justement cet effet euphorique et cet effet, oui, comme après avoir fait une séance de sport, des endorphines en fait, que tu as complètement high, et l'ocytocine dans ce cas-là aussi. Oui, bien sûr,
- Speaker #0
en même temps de l'amour. Tu vis ton postpartum comment ? C'est ton premier bébé, tu découvres tout. C'est quoi ? Raconte-nous, replonge-nous un peu dans cette période de premier bébé, parce qu'après on va venir à un déclic qui va te faire changer ta voie professionnelle.
- Speaker #1
La voie professionnelle, elle va plutôt venir après le deuxième, mais... Oui,
- Speaker #0
très juste.
- Speaker #1
La voie professionnelle, je change quand même. Je change quand même au niveau d'avoir envie d'être en quelque chose de plus horizontal. C'est-à-dire ? La boîte dans laquelle j'étais était quand même plutôt verticale. On est dans une boîte de contrôle et assez hiérarchique, N plus 1. J'ai accouché vers 27 ans. À 30 ans, ce n'était plus possible pour moi d'être dans quelque chose de hiérarchique. J'avais lu et été à plusieurs conférences de Frédéric Lalou, qui parlait de réorganiser les organisations, et d'être vraiment dans quelque chose où mon point de vue et mes valeurs sont au même poids. qu'une autre et d'être plutôt dans quelque chose d'une sociocratie, quelque chose où il n'y a pas cette hiérarchie. Et donc, il y a 30 ans, il fallait que je change et d'aller vers quelque chose de plus horizontal. Et donc, je me suis formée pour devenir éco-conseillère. J'avais aussi envie d'ouvrir les thématiques, ne pas être que dans l'agriculture bio, mais d'être dans quelque chose de multi-thématique. J'avais soif de mobilité, tourisme, déchets. Enfin, tu vois, ouvrir un peu toutes les perspectives et voir aussi d'autres publics, parce que je trouvais que finalement... J'étais en contact avec des agriculteurs, des transformateurs, des détaillants, des importateurs. Donc c'était très riche au niveau de la chaîne alimentaire. Mais j'avais envie d'être dans quelque chose de plus en lien peut-être avec les enfants. Quelque chose de plus innocent. Parce qu'on était un peu dans une ère de... Je ne sais plus comment on appelle ça, mais c'est un peu la fin du truc. La fin du monde. C'est Pablo Servigne qui a écrit un bouquin là-dessus. Je n'ai pas le terme qui vient, mais en gros, arrêter de manger de la viande, arrêter de prendre l'avion. Tu vois, c'est un côté... Tous ces films sur les pesticides, c'est très déprimant. Oxygène. Oxygène. Et l'éco-anxiété. Et quand tu as des enfants, tu as envie de quelque chose qui est porteur. Tu as envie de croire un peu en l'avenir. Tu as envie d'avoir de l'espoir. Et donc, j'ai eu aussi envie de tester d'autres publics. Et je me suis formée comme animatrice nature et éco-conseillère. plus de thématiques et éventuellement voir si le public des enfants, qui sont prescripteurs d'achats et qui sont dans cette espèce de naïveté, pouvait me plaire. Je me suis éclatée à 30 ans dans des centres régionaux de l'environnement. Et là, j'ai fait un stage dans ma commune, zéro déchet. Et mes deux formatrices, animatrices nature et éco-conseillères, avaient accouché à la maison.
- Speaker #0
Chez elles. Chez elles.
- Speaker #1
J'avais jamais envisagé l'option même si j'avais été suivie en extra-hospitalier dans une maison de naissance pour moi accoucher à la maison c'était je sais pas, il y avait un peu le mythe que c'était des gitanes ou dans d'autres pays j'avais plus ou moins entendu en Hollande mais j'avais jamais réalisé que c'était une option pour moi elle avait jamais été proposée comme quelque chose d'accessible, de sécuritaire donc du coup là ça a éveillé un truc en moi dans ce petit milieu toujours alternatif sur d'autres options possibles.
- Speaker #0
L'idée de BB2 germe quand pour vous ?
- Speaker #1
Plus ou moins à ce moment-là, parce que ça ouvre une nouvelle piste d'une ASBL qui fait de la sensibilisation à l'éco-consommation, donc trop bien, en plein dans le mille, et qui cherchait un poste mi-communication, mi-experte en zéro déchet. Donc en gros, ce job était pour moi en temps partiel. Comme quoi la vie, elle te fait des trucs vraiment, ce que tu as besoin. Et ce qui me permettait du coup de me dire, bon, ça ouvre du temps à potentiellement faire un bébé d'eux. Et donc, notre fille avait trois ans. J'aurais aimé dans l'idéal avoir des enfants plus rapprochés. Mais voilà, familialement, il a fallu le temps qu'on accuse un peu le coup. Et donc, finalement, c'était le très bon timing d'être en temps partiel. Et là, la question de l'accouchement extra-hospitalier n'est pas une évidence au départ. Je me dis plus. Je me dis plus, finalement, ça ne se passe pas toujours comme on l'a décidé. Donc, je vais plutôt aller accoucher proche de chez moi. Je ne veux plus aller en maison de naissance parce que je me dis, si de nouveau, ça ne rentre plus dans le cadre. Je n'ai pas envie d'être chamboulée. Je vais plutôt aller accoucher à Autigny, vu que j'habite à côté. Et je vais me trouver une gynécologue qui bosse à Autigny et qui reçoit Rixensa pour la facilité.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais euh... Mais ce n'était pas un très bon choix. Finalement, merci, parce qu'elle m'a permis d'en arriver là où je suis. Rien n'arrive par hasard. Mais elle n'était pas très inclusive non plus par rapport au projet familial, ni avec mon homme, ni avec ma fille. Parce qu'on avait envie, à trois ans et demi, elle était dans cette phase bébé, très intéressée, pleine de questions. Donc on la prenait avec nous aux échos, parce que c'était vraiment un moment de partage. Et à aucun moment, moi je pense que ça peut être dans le regard, Et ça peut être dans... Quelques mots qu'on dit à la petite et il n'y avait rien qui était fait dans ce sens-là. Ça restait juste tout centré sur moi. Aucun espace pour parler des émotions. Alors j'entends vraiment le rôle de la gynécologue. Ce n'est pas de prendre tout ça en charge. Mais alors on réfère, on renvoie vers une collègue sage-femme, une doula, des groupes. Ça amène énormément de questionnements, de rééquilibre dans la famille avec un deuxième. Et donc, ce qui a été le déclic, c'est qu'elle nous a dit à la deuxième écho que c'était une petite fille avec 100% de garantie. Moi, j'aurais préféré qu'elle ne s'avance pas en le disant à ma fille. Oui,
- Speaker #0
qui projette.
- Speaker #1
Voilà, qui projette. Donc, nous, on part sur un scénario. Et dix jours plus tard, quand on a les résultats du NIP, la secrétaire nous appelle en nous disant, voilà, tout va bien, c'est un petit garçon. Au revoir. Et en gros, ce n'est pas grave. Ce n'est pas du tout grave. mais quand... On a vécu ça vraiment comme un cataclysme.
- Speaker #0
Donc ça, c'est un petit peu le déquis qui dit, ok, on ne va pas aller dans cette voie-là pour l'accouchement.
- Speaker #1
Alors, ça a été ça, plus ça, plus ça. Il y a comme eu une rupture de confiance, en gros, pas du tout grave. Mais il n'y a pas eu de... Je l'ai revu après et je lui ai dit que vraiment, pour nous, ça avait été compliqué. Cette espèce de montée-descente qui appartenait aussi à l'histoire familiale de mon homme. Donc, il a dû faire un travail aussi sur le fait d'avoir un petit garçon. Je pense qu'on l'aurait plus facilement digéré si ça avait été fait avec plus de réserve que d'annoncer quelque chose avec autant de certitude, alors qu'il n'y avait pas de certitude. Et qu'elle ne se soit pas excusée en disant, ou fait une petite blague, en disant, ça arrive, je suis vraiment désolée. Oui, désolée,
- Speaker #0
il y a des humains.
- Speaker #1
Donc trop de médical, pas assez d'approche émotionnelle, très peu d'espace où on peut tout le demander, comment ça allait. Et donc, une perte de confiance. et à ce moment là du coup tilt 5 mois après je me dis parce qu'on en reparle avec une autre amie qui avait tenté d'accoucher chez elle et pour qui ça ne s'était pas mis mais où tout le contexte avait été très chouette et je me suis dit en fait c'est vrai qu'il y a cette option et comme j'avais envie que notre fille soit inclue
- Speaker #0
Là, c'était idéal.
- Speaker #1
Incluses. En fait, au lieu de moi bouger avec la difficulté de caser notre fille, parce qu'on avait toujours des tensions familiales et c'était un peu compliqué, de pouvoir faire appel à des personnes pour la prendre en filet. C'est souvent la question, comment on gère le premier quand on accouche, le premier, le ou les aînés. Là, du coup, de se dire qu'un accouchement à domicile, ça nous permettrait d'être tranquille à la maison et de régler ce problème de logistique. Moi,
- Speaker #0
j'avais un gros, gros stress avec ma fille. Ma maman est venue de France la garder, etc. Mais ça ne m'a pas quittée. Ça ne m'a pas quittée dans tout l'accouchement. Je suis restée six heures, dix heures, je pense, à la mat. Et puis, je dis, je rentre, je vais voir ma fille. Avec mon fils, évidemment. On est parti. On est resté quelques heures. Et en fait, ça allait tellement bien que j'avais une hâte, c'est de retrouver ma fille.
- Speaker #1
Oui, c'est vraiment un projet familial.
- Speaker #0
C'est un vrai questionnement. C'est vrai que tu le mentionnes maintenant, mais c'est vrai que moi, j'avais vraiment, réellement, ce truc de dire, au-delà du fait que j'ai envie qu'elle soit en sécurité, et c'était le cas, évidemment, avec ma maman, et j'avais envie d'être avec elle. C'est un truc un peu animal, comme ça. Oui,
- Speaker #1
envie de l'inclure. Et c'est vraiment une source de stress de ne pas savoir comment... Surtout qu'ils sont encore petits. Oui,
- Speaker #0
c'est ça aussi. C'est vrai que ma fille, elle n'a même pas 20 mois, donc c'était encore un bébé pour moi. Enfin bon, c'est pareil de moi. Donc là, ça te dit, tu te dis, en fait, pourquoi pas accoucher à la maison ? Ton mari, il est embarqué direct. Non,
- Speaker #1
je ne lui en parle pas direct. Mais c'est vrai que tu es à 5 mois,
- Speaker #0
6 mois de couple.
- Speaker #1
Je suis à 5 mois, oui. On est en janvier, février. Donc là, je me rends compte que c'est une voie qui est possible, vu que je l'avais discuté avec mes deux formatrices. Donc je sais que c'est quelque chose... Voilà, on a eu l'occasion de... Merci vraiment aux femmes de partager leurs témoignages parce que c'est grâce à ça que des voix s'ouvrent et que ça s'était très bien passé. Donc c'est aussi très nourrissant et ça booste la confiance de se dire d'autres l'ont fait, pourquoi pas moi ? Et donc là, il n'y a pas cent mille options. On les compte sur les doigts des mains les sages-femmes extra-hospitalières libérales. Et donc je me dis, je vais aller les rencontrer. C'est une histoire de feeling. Et voilà, dans ma région, il y avait... je pense, deux, trois binômes. Et donc, j'ai rencontré un premier binôme où le courant n'est pas spécialement bien passé par rapport à ce que je voulais. Elle était plus âgée et donc, il y avait plus aussi ce côté hiérarchique. J'avais envie d'une plus jeune pour me sentir vraiment dans cette énergie, plus de mon âge. Et du coup, j'ai rencontré une très chouette sage-femme qui avait vécu aux Etats-Unis, qui avait quatre enfants. Et qui avait justement ce côté très pep, spontané, dans lequel je me retrouvais plus. Et qui bossait en binôme avec une autre sage-femme hospitalière, qui avait du coup une dizaine d'années d'expérience derrière elle. Donc c'était rassurant parce qu'elles avaient à temps l'expérience de la maternité, deux et quatre enfants, et en même temps de l'expérience extra-hospitalière en Amérique. Parce que c'est beaucoup plus répandu là-bas, vu que les distances sont longues, donc il n'y a pas des accès aux structures hospitalières tout près. Donc c'est beaucoup plus répandu d'accoucher chez soi. et à la fois de l'expérience aussi clinique de celle qui avait 12 ans d'expérience à Saint-Pierre. Donc c'était un très chouette binôme, elles étaient très fun, on a beaucoup rigolé. Et donc moi d'abord, il fallait que je vérifie comment je me sens. Et puis une fois que moi je les ai rencontrées et que j'ai fait ma petite enquête et que j'étais sécure, alors j'en ai parlé à mon homme et je l'ai embarqué. Et alors mon homme qui est venu avec des questions qui sont très classiques pour un papa quand on accouche en dehors de la maison. C'est la question de la sécurité, la question de s'il arrive quelque chose, s'il arrive quelque chose au bébé, comment on fait ? Parce que jusqu'à présent, l'hôpital est souvent le seul lieu qu'on s'imagine sécuritaire, alors que ça peut amener certes une certaine sécurité et une accessibilité à du matériel, mais la notion de sécurité, elle peut aussi être à domicile, parce qu'on est sécure chez soi, dans ses affaires, avec ses odeurs, son chéri, ses Ausha. et avec des personnes qui sont formées. Donc, ce n'était pas un accouchement à domicile non assisté, c'était avec un suivi médical et une préparation. Parce que donc, ce que j'ai beaucoup aimé avec elle aussi, c'est que, et ce que je pense que je cherchais à ce moment-là, c'était une autonomie, une autonomie d'être outillée. Et là, j'ai vraiment la préparation qui est le...
- Speaker #0
qu'elle fournissait, on va dire, était vraiment hyper complète. Moi, je me sentais hyper préparée.
- Speaker #1
Encore plus qu'à la maison de naissance ?
- Speaker #0
Oui, encore plus. Je crois qu'il y a l'expérience du deuxième qui fait que tu as déjà toutes tes connaissances du premier. Donc, tu vois déjà un petit peu comment ça se passe. Tu n'es pas novice. Mais avec beaucoup plus de clés de compréhension. Il y a une soif, en fait, parce qu'elles étaient passionnantes. Elles avaient un très chouette programme. Et tout s'ouvrait. C'était aussi Karine, la sage-femme, à ce moment-là, quantique-mama. qui était en plein essor. Il y avait comme un truc sur la physiologie. Ça se développait très fort à ce moment-là. Oui,
- Speaker #1
la parole se libérait. Tu as suivi d'ailleurs quand tu te mets à mal, les formations ? Oui,
- Speaker #0
certaines. Mais en fait, la préparation de Message Femme était tellement complète. Et ce que j'ai beaucoup apprécié aussi, c'est qu'elle était holistique. Donc, ce n'était pas juste mécanique. Préparation du bassin, tu sais, tout ce truc un peu... Certes, c'est très bien la préparation du corps, mais il y avait aussi du sens. On parlait des valeurs au début de l'interview. Il y avait vraiment, pour certains, ces chalala, mais il y avait vraiment ce sens. On parlait de plusieurs aspects. On a travaillé aussi au niveau du cœur, au niveau des peurs. On a nourri l'intellectuel avec la compréhension des clés d'analyse du processus, mais aussi un sens un peu plus global sur... L'arrivée d'un bébé dans une famille, de l'incarnation, de l'accueil d'une petite âme sur terre. Ça donnait d'autres perspectives et ça donnait quelque chose de plus grand qui était très porteur.
- Speaker #1
Dans lequel tous les trois vous vous trouviez.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Du coup, je me suis sentie outillée, je me suis sentie toute nue,
- Speaker #1
entendue,
- Speaker #0
respectée. Et finalement... Le passage de 36 semaines et 6 jours est passé.
- Speaker #1
Parce que c'est les mêmes directives. Ah oui, c'est la même chose. Oui, tu dois. Mais tu as une obligation. C'est quoi, légalement, en Belgique ? Est-ce qu'on est obligé de se présenter ? Non. Tu peux accoucher... Enfin, je veux dire, même si tu ronds ta poche à 34 semaines, tu as envie d'accoucher seule chez toi.
- Speaker #0
Non. Non, non, il faut que ce soit 37 semaines pour une histoire d'assurance. Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Mais je veux dire, si tu as envie de faire YOLO, ton truc dans ton coin, est-ce que tu es... Même un non-assisté, quoi. Ah ben, si t'en veux... Légalement, t'as le droit.
- Speaker #0
Oui, tu fais ce que tu veux de ton corps. Ton bébé. Oui. Mais il y a des risques. Donc, il faut être conscient des risques qu'il peut y avoir avant 37. Il y a une immaturité parfois des poumons, de la glycémie. Et parfois, on a besoin d'assistance respiratoire. Et donc, t'as quand même intérêt à... Même à 37, parfois, il faut un petit coup de boost. En tout cas,
- Speaker #1
pour vous, vous concernant, le projet, c'était 37. et accompagné de nouveau, donc tu n'étais pas seule.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Alors raconte-nous de 36, 6 passes.
- Speaker #0
Oui, donc là, il y a vraiment un cap et on le voit. C'est comme s'il y avait une mémoire, en fait. Et donc, il y a comme un stress d'avoir l'impression qu'un scénario va se reproduire, malgré le fait que l'accompagnement était différent et tout était différent. Mais il y a comme un cap à passer. Et là, vraiment, ça voulait dire, OK, On réalise à ce moment-là qu'on est dans un autre scénario. Et on peut enfin souffler en se disant, OK, on continue. Toutes les balises sont ouvertes. Et le projet, du coup, va pouvoir avoir lieu.
- Speaker #1
Oui, potentiellement. Si on ne dépasse pas les 40, c'est ça ?
- Speaker #0
42.
- Speaker #1
Ah, OK, cool.
- Speaker #0
Mais en vérifiant toujours les monitorings.
- Speaker #1
Tu as une fenêtre de cinq semaines.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
OK, très bien. Donc, on passe à 37.
- Speaker #0
On passe à 37. 38, 39.
- Speaker #1
Wow,
- Speaker #0
On arrive presque à 40 et donc là, c'est la folie. Quand on a eu un bébé prématuré, on a un peu du mal à y croire. Et là, j'avais quand même anticipé, en extra-hospitalier, l'eau est vraiment une ressource à laquelle on fait plus appel pour la gestion de la douleur. Et donc, il y a souvent des piscines qui sont louées. Donc, c'est des piscines vraiment un peu typiques, un espèce de boudin très confortable. au niveau des genoux et au niveau du support des bras. Et du coup, pour gagner du temps, parce que potentiellement un deuxième, ça peut aller plus vite, et pas avoir la logistique la nuit, commencer à devoir gonfler, remplir ta piscine, voir si les embouts fonctionnent. On avait déjà gonflé la piscine, je crois, à 38 semaines dans la cuisine.
- Speaker #1
Très malin. Vous êtes restée deux semaines avec une piscine dans la cuisine ?
- Speaker #0
On est restée, je pense, deux semaines avec une piscine dans la cuisine. Après, c'était l'été, c'était début juin. Et notre fille kiffait, elle mettait ses poupées et tout dans la piscine. Après, notre cuisine est vraiment grande et on avait choisi la cuisine parce que c'était du carrelage au sol, qu'on avait directement accès à l'arrivée d'eau et qu'on a une rigole juste sur la terrasse avec récupération d'eau de pluie. Et donc, on s'était dit, voilà, rien ne se perd, c'était plus facile. Mais donc, du coup, tout était déjà installé. Il y avait aussi comme quelque chose de rassuré, parce que ton nid est prêt, tu vois, tout est prêt. J'avais mis tous mes mantras dans les toilettes, sur mes armoires de cuisine, mes petits diffuseurs d'huile essentielle, les bougies. Il y a comme quelque chose. Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Tu étais prête.
- Speaker #0
Tu te sens prête.
- Speaker #1
Oui, parce que c'est important dans ce genre de parcours d'être extrêmement préparée, même comme un athlète de haut niveau. Tu sais, on dit souvent que la préparation compte énormément. Mentalement, tu te sens forte, puissante. Ok, raconte-nous le jour J.
- Speaker #0
Alors du coup, le jour J, on a été se promener la journée. Je commençais presque même à me dire, si jamais je dépasse, on va passer dans d'autres problématiques. Et en fait, ça a été très très vite. Minuit, j'ai rompu la poche, vraiment comme quelque chose qui a éclaté.
- Speaker #1
Comme un élastique, tu l'as entendu. Ah oui, oui. Je n'ai pas connu ça.
- Speaker #0
Quelques secondes avant, j'ai senti que ça a éclaté. Minuit pile. J'étais un peu dans une euphorie parce que le liquide était clair et tu sais, il y a vraiment tous ces feux qui doivent être verts. Donc il y a la date de terme et puis tes prises de sang doivent être bonnes, ta glycémie, ta tension. Donc à chaque fois que tu vas... Je sais que trois jours avant mon dernier rendez-vous sage-femme, j'étais un peu fatiguée. Elle m'avait dit, ça peut être un des signes que tu es en train de rentrer dans une autre dynamique et tu peux comme avoir un visage qui change, comme une sorte de grosse fatigue qui arrive. Moi, je m'attendais, la première fois, j'avais eu plutôt des signes digestifs, comme une sorte de vidange naturelle. Et je m'attendais à ce que ça commence comme ça. Sauf que ça n'a pas commencé comme ça. Ça a commencé avec fatigue. Et puis, hop, poche des os qui explose. Et là, moi, j'étais très, très contente parce que je me disais vraiment, le liquide est clair, je vais rencontrer mon bébé. Genre, ça y est, quoi, on y est. Donc vraiment, je me rappelle de cette euphorie et de cette joie. Et impossible de me recoucher, enfin de me rendormir. J'étais trop excitée.
- Speaker #1
Tu réveilles ton époux ?
- Speaker #0
Alors lui, du coup, j'avais allumé mes petites boules lumineuses dans la chambre. Et lui, il me dit, rendors-toi. J'étais surex.
- Speaker #1
Évidemment, tu le sais. Donc,
- Speaker #0
je suis descendue. J'ai vite fait ma vaisselle. J'ai fait ma vaisselle pour que vraiment le truc soit comme là, ça se concrétisait. Que les contractions soient venues progressivement, doucement. J'ai allumé un petit peu tout. J'ai fait en sorte qu'en bas, ce soit clean. Et il y avait une photographe aussi qui devait venir, qui allait faire un reportage sur le boulot des sages-femmes et accessoirement, qui allait mettre à disposition le reportage pour moi. C'était expérimentiel. Et du coup, je faisais en sorte que ce soit clean pour le shooting. Et en même temps, profiter pour être debout, profiter de la gravité. Tout ça n'était pas pour rien. Puis je me suis recouchée avec mon homme et je me suis vraiment dit, voilà, je compte rien. Je suis vraiment dans le lâcher prise. Et je lui dis, toi, à chaque contraction que j'ai, je te serre la main et t'essayes un petit peu de voir si ça se rapproche.
- Speaker #1
Là, tu prévends ta sage-femme ? Non,
- Speaker #0
on est cool. On est cool, on laisse le truc monter. Vu que la première fois, ça avait mis 12 heures entre la perte des os et le bébé dans mes bras, je me suis dit, on ne va pas s'exciter et la faire venir trop tôt. Je suis bien, on gère. j'appuie sur sa main et puis on voit bien lui verra quand ça se rapproche dans ma respiration et dans mon toucher et puis vers 3h du mat il dit quand même je pense qu'on va peut-être l'appeler et il se trouve que j'apprendrai ça un peu plus tard que par hasard c'est le job des sages-femmes et des deux gardes parfois tu oublies de mettre ton téléphone parfois tu le mets sur avion ou tu oublies de l'allumer ou parfois il est dans une zone où il n'y a pas de Merci. où il n'y a pas de connexion. Et apparemment, vraiment, les trucs qui arrivent presque jamais, c'était son cas. Il était dans une zone de la maison où il n'y avait pas de réseau. Et heureusement, à un moment donné, elle est allée faire pipi pendant la nuit. Et elle a vu que j'avais appelé. Mais donc, je crois qu'elle a vu ça vers 4h du mat, au lieu de 3. C'est vraiment très rare quand ça arrive et finalement, tout s'est bien passé. Mais parfois, c'est une histoire de circonstances. Mais donc, du coup, nous, il n'arrivait pas à la joindre. Mais c'était encore... Tout à fait gérable. J'étais descendue, j'étais sur mon ballon, je gérais.
- Speaker #1
Il t'annonce qu'il n'arrive pas à la joindre ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Mais tu te sens plus sereine, toi. Oui,
- Speaker #0
très. En fait, moi, j'étais complètement honnête et bon. Et lui, il n'était pas spécialement inquiet non plus. Je crois qu'il avait juste envoyé un SMS à ce moment-là. C'est plus tard qu'elle nous dira en coulisses qu'elle avait la clôture. Parce qu'à une heure près, après, elles ont un sommeil qui est assez léger. Et on avait envoyé un SMS, on n'avait pas appelé. Donc voilà, et elle se réveille souvent la nuit. Donc en gros... Voilà, c'est vraiment exceptionnel. Mais donc, on descend, je suis sur mon ballon et en fait, ça va très vite. Là, je perds toujours beaucoup d'eau, donc je ne m'attendais pas à perdre autant d'eau. La première fois, ça avait été un gros flush au départ. Et ici, en fait,
- Speaker #1
c'était de l'eau qui continuait de couler.
- Speaker #0
Et puis, en fait, 4h du mat, même 4h30, je crois, la photographe arrive à la première. Et puis, la sage-femme, 4h30. et là euh euh Je suis complètement consciente, donc je leur propose à boire entre les contractions. Je leur propose de se mettre bien, enfin, tu vois, hôtesse de maison. Et elle a juste le temps de prendre une fois un paramètre, le rythme cardiaque du bébé.
- Speaker #1
Elle ne regarde pas l'ouverture de ton col ?
- Speaker #0
Non, pas besoin. Elle entend au niveau de ma respiration, de mes positions. Elle voit que tout va bien. En fait, elle arrive, elle s'installe. Elle prend le rythme cardiaque du bébé. Moi, j'étais dans le salon à ce moment-là, sur mes genoux. Et là, je pense que quand elle est arrivée, je sens déjà que ça pousse. Et là, je me dis, ça va beaucoup trop vite. Ça va beaucoup trop vite de, oh, c'est presque déjà fini. Tu vois ?
- Speaker #1
Parce que déjà, le regret de...
- Speaker #0
Oui ! Et là, ta soeur...
- Speaker #1
Ta soeur, non. Ta fille dort tranquille ?
- Speaker #0
Alors, notre fille dort tranquille. Elle a appelé deux fois mon homme, mais c'est parce qu'à trois ans et demi, le sommeil est encore un peu pas toujours bien installé. Peut-être qu'elle sentait, il pressante quand même des choses. Et donc, mon homme était menté plusieurs fois à la rendormir. Mais elle avait demandé, tiens, pourquoi est-ce que t'es habillée ? Et puis, voilà, il l'avait recouchée. Et là, donc, j'ai à peine... Elles sont à peine arrivées, l'histoire de 15-30 minutes d'installation, que j'ai vraiment senti ce réflexe de pousser. Je me dis, non, je ne vais pas accoucher ici dans mon salon. Hop, escortez-moi. Les contractions sont très rapides. Escortez-moi dans la piscine, je voudrais accoucher dans l'eau. Donc, je plonge dans la piscine. Et trois contractions après, le petit était là. À 4h58, heure du four, dans la cuisine. et donc... entre minuit et 4h58, c'est allé relativement vite. 5h, c'est très proche. Elle demandait à mon homme d'appeler la deuxième sage-femme qui est arrivée après pour la délivrance du placenta.
- Speaker #1
Elles doivent être deux ?
- Speaker #0
Elles sont souvent deux. Plus pour le côté... Elles peuvent être seules, mais en Belgique, elles sont souvent deux. Pour le côté gestion de la maman et du bébé, vu qu'on a deux personnes desquelles s'occuper.
- Speaker #1
Donc là, j'imagine, tout de suite, tu le gardes dans la piscine, tu sors ?
- Speaker #0
Alors, mon homme, là, il est quand même un peu paniqué parce qu'il ne s'attendait pas à ce que ça aille vite. Et il ne s'était pas tellement intéressé au matériel. Et donc, si j'ai un conseil à donner, c'est que l'homme, au niveau pratique, vu que la femme, elle est complètement prise dans ses hormones et dans son tourbillon, il faut que l'homme sache où se trouvent les choses. Donc, il a passé son temps, vu qu'il ne savait pas, il n'avait pas regardé le contenu. Il allait chercher des essuies vu qu'il y avait de l'eau partout, rentrer et sortir de la piscine et que j'avais ma poche des os qui se rompait partout. Il ne savait pas où était le peignoir, les gants de toilette et donc du coup il était un peu à gauche et à droite. Après je crois que c'était aussi un peu d'éparpillement, de panique. Même s'il n'était pas très paniqué et que je pense qu'elle ne s'attendait pas non plus à la sèche-femme parce que ça y est aussi vite. Et donc elle lui a demandé, tiens appelle la deuxième. Et du coup, ça l'a un peu sorti du truc, lui. Il aurait préféré juste rester là sans devoir gérer. Et finalement, comme elle n'était pas là, elle a dit, file-moi ci, file-moi ça. Je crois que c'était des gants. Et donc, il a plus été assistant de sa chevamme que mon accompagnant. Lui, j'avoue qu'il a très bien vécu, mais il avait demandé de ne pas avoir ce rôle-là. Et il a quand même dû... Mais bon, on ne sait jamais dire comment les choses vont se programmer.
- Speaker #1
Tu sors de là, t'es dans quel état d'esprit, toi ?
- Speaker #0
Alors moi, je suis concrètement aux anges, donc on fait du pot à pot dans le bain. Je délivre dans mon fauteuil, qu'on avait aussi acheté spécialement pour ça, une espèce de nouveau canapé lit. Et là, notre fille descend une demi-heure après, vers 6h. Ouais, c'est ça, vers 6h. Et donc trop gai, quoi, parce que t'es vraiment dans ton confort, t'es dans tes odeurs. En fait, tout se passe bien. Tout est très doux, tout est très fluide, tout est très tamisé. beaucoup d'amour, beaucoup de bienveillance, il est tout calme, il sent si bon, ça me le disait encore ce matin, il ouvrait ses petits yeux comme ça tout doucement, et tu te dis mais waouh, quelle liberté, je crois que c'est vraiment le mot, il y a un sentiment de puissance qui est assez inexplicable, où tu te dis déjà être mère, faire grandir un bébé en toi, mais en plus mettre au monde par toi-même en toute autonomie, en te sentant comme ça capable, Parce que finalement, elle est arrivée une demi-heure avant, mais... Elle n'a rien fait, elle a juste accompagné la naissance, faire en sorte qu'il ne plonge pas la tête la première dans l'eau, mais j'aurais pu le réceptionner. Après, j'avais une grossesse à bas risque. Ce n'est pas possible pour tout le monde. Mais quand justement tu coches tous les critères et qu'il n'y a pas de red light, ce sentiment de liberté et d'autonomie, cette puissance que tu ressens, elle est Elle est incroyable. Et elle m'a portée. Parce que je me suis dit, si j'arrive à faire ça, il n'y a rien qui m'arrête. Et de fait,
- Speaker #1
tu changes radicalement de voix. Donc, tu deviens doula. Est-ce que c'était dans un coin de ta tête durant toute cette préparation ? Jamais. Non,
- Speaker #0
je n'avais même pas. Je m'étais dit à la maison de naissance de Namur, j'adore le concept. Et je rêverais un jour de pouvoir contribuer à... pour améliorer le monde des naissances et pouvoir humaniser, on va dire, les naissances. Mais je ne me voyais pas du tout, je ne voyais pas comment, par quel bout, j'étais très dans l'environnement.
- Speaker #1
Tu n'allais pas reprendre les études de sage-femme ?
- Speaker #0
Non, ça ne m'intéressait pas les études de sage-femme. Et à ce moment-là, mes deux sages-femmes ont le projet. Donc je fais des cercles maman-bébé chez l'une d'entre elles.
- Speaker #1
Tu participes à des cercles ?
- Speaker #0
Je participe à des cercles et il y a vraiment une communauté.
- Speaker #1
Oui, c'est une sororité très forte.
- Speaker #0
Dans leur vision, c'est un suivi global avant, pendant, après. Et donc, tu as vraiment le sentiment de faire partie d'une communauté. Il y a toujours ces valeurs d'écoute, de respect. C'était personnalisé. Ce que j'ai apprécié vraiment dans ce suivi, ce n'était pas toute la chaîne médicale et moi qui rentre dans un protocole. C'était elle à mon service. par rapport à mon cas et ma famille. Tu vois ce que je veux dire ? C'était elle qui s'adaptait à mes besoins, pas moi qui devais rentrer dans une case. Et ça, je pense que c'est un luxe. Enfin, ça devrait être comme ça. On devrait être au centre et que les autres tournent autour et pas dans un système hiérarchique où finalement, on applique la même chose sur tout le monde, un truc standardisé, comme dans l'alimentation finalement. Et donc, je suis dans les cercles maman-bébé. Et donc, je ne quitte pas en fait. Il n'y a pas de rupture. Et donc, on continue de discuter aussi avec elles de leurs ambitions. Et là, elles ont le projet d'ouvrir une maison de naissance, leur rêve, à Bruxelles. Et comme moi, j'avais des compétences de communication, elles me disent, ce serait trop dingue que tu viennes avec nous. Que tu viennes avec nous et que tu nous aides au niveau du site, des réseaux sociaux. Il y avait tout ça sur le fait d'aider à porter pour qu'elles puissent vraiment garder leur rôle de sage-femme. Oui,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
et de gestion de la maison de naissance, mais que toute la partie de la communication du réseau puisse être éventuellement prise en charge. Enfin, que moi, j'ai ce rôle-là. Et donc, il y a vraiment quelque chose qui s'ouvre. Parce qu'au moment où j'ai accouché, je me suis dit, c'est terrible dans l'information. J'adore la sensibilisation. Et donc, dans l'environnement et la santé, ce que j'apprécie vraiment le plus, c'est d'être en amont, donner accès aux informations pour pouvoir faire des choix éclairés et prévention santé. Et donc, je me suis dit, c'est fou que seulement 1% des femmes accouchent en extra-hospitalier. Il faut que ça se sache que ça peut être super et qu'en fait, c'est un choix. Et je m'étais dit, moi qui ai justement un profil universitaire et qui ai normalement accès à de l'information, je n'ai pas eu de l'information. Et donc, il faut que je contribue à rendre cette information accessible. Donc, quand elles m'ont dit, tiens, mets à profit la communication. Pour mettre en place une maison de naissance en Bruxelles, ça m'a fait pétiller. Je me suis dit, là, j'ai un rôle à jouer.
- Speaker #1
C'était la première maison de naissance ? Le cocon, tu ne considères pas ça comme une maison de naissance ? Ça,
- Speaker #0
c'est un lit d'intra-hospitalier. Donc, ça coche les mêmes conditions. On fait en sorte que ce soit comme à la maison, avec l'avantage que s'il y a un souci, tu as accès à tout très rapidement à l'étage du dessous. l'extra-hospitalier... Ce n'est pas exactement la même chose. C'est plus comme à la maison. Alors, les maisons de naissance, en général, elles sont proches d'un hôpital. La maison de naissance de Namur, elle est proche de l'hôpital. Là, c'est lui.
- Speaker #1
La vue.
- Speaker #0
C'est lui, oui. Et alors ici, on était à côté, à 200 mètres de l'hôpital de Sainte-Élisabeth. Donc, c'est comme à la maison. C'est plutôt pour un public qui soit est en travaux, soit n'a pas envie d'accoucher à la maison et d'avoir un autre lieu qui soit dédié à ça. où l'avantage est de pouvoir faire des choses. plus proche d'un hôpital si jamais tu veux les mêmes conditions comme à la maison, mais avec la sécurité du temps de transfert. Parce que c'est ça parfois où ça peut être délicat, c'est dans le timing du transfert.
- Speaker #1
Donc, tu es emballée par l'idée, le projet. Mais bon, après, sur papier, c'est super. J'imagine que tu te poses aussi des questions financières, je suppose, ou de choix de boulot. Parce que là, tu es toujours ton mi-temps. Tu es en postpartum. Tu es en congé mat.
- Speaker #0
Oui, mais alors, ce n'est plus très net de comment... Mais je crois qu'il y a le Covid, en fait, qui arrive dans cette période-là. Donc, il y a beaucoup de réflexions aussi sur... Aussi au niveau de l'environnement, je retombe sur le nom, c'est la collapsologie. C'est le fait qu'à ce moment-là, il y a vraiment aussi énormément de courant sur un peu c'est la fin du monde. Tu vois, les ressources sont finies, on est dans quelque chose de très négatif. On ne parle pas du tout,
- Speaker #1
même si tu...
- Speaker #0
Si, une réalité au niveau climatique, au niveau de ce qu'on mange. Il y a un peu tout ça qui est très anxiogène. Et où je me dis, l'environnement, même si j'ai envie de contribuer à un monde meilleur, à une sensibilisation, en fait, ça m'étouffe et ça me...
- Speaker #1
Oui, c'est pas ta vibe.
- Speaker #0
C'est trop négatif. J'ai besoin de quelque chose qui est plus porteur et positif. Et du coup, je me dis, les naissances, on est dans aussi quelque chose où on peut changer, parce qu'il y a énormément de choses à changer. Mais où ça peut être cette phrase de Michel Audin qui dit, on change le monde en changeant la naissance. Et c'est vrai que si tu... Si tu fais en sorte que chaque femme puisse se sentir plus autonome, plus libre, plus respectée, ça fait en sorte qu'il y ait des meilleurs cocons familiaux pour accueillir les bébés, que les bébés soient accueillis dans l'amour, au niveau de la cascade hormonale, au niveau du lien. En fait, tout est déjà un bon départ.
- Speaker #1
Oui, un peu préventif plutôt que soigner après, un peu comme la médecine préventive. Oui, même parce qu'on n'en parle pas assez, je trouve, mais tout ce qui est dépression... des mamans, du CID maternel, c'est très présent. La dépression postpartum est réellement là.
- Speaker #0
Et ça peut clairement être lié aux conditions d'accouchement. Et donc voilà, à ce moment-là, j'étais déjà membre de la plateforme citoyenne pour une naissance respectée. Et donc, il y avait déjà, on avait mené une enquête aussi sur les conditions d'accouchement avant et pendant le Covid. Et on avait vraiment observé un énorme pic de maltraitance à ce moment-là. Et les chiffres étaient sans appel sur... Une femme sur cinq qui subit des violences obstétriques, psychologiques, physiques, verbales. Et du coup, il y a vraiment une sorte de violence qui est systémique au niveau même du fonctionnement. Et donc, ça a remis en perspective la sécurité. Tu vois, finalement, l'hôpital amène une certaine sécurité avec l'accessibilité à toute une série de choses. Mais en même temps, ça peut aussi être une machine de guerre, de procédures, de non-écoute, de pas assez de ressources. qui peut créer des situations de solitude, de difficultés dans la communication, et de très mauvais vécus.
- Speaker #1
Parfait. Donc tu rejoins le projet de Mégion d'Histoire.
- Speaker #0
Je rejoins le projet.
- Speaker #1
Tu t'occupais de la partie communication.
- Speaker #0
Yes.
- Speaker #1
À ce moment-là, tu n'es pas encore doula.
- Speaker #0
À ce moment-là, je suis doula en formation. Ah oui, ok.
- Speaker #1
Donc tu es déjà partie dans ce chemin-là.
- Speaker #0
Je me pose la question, est-ce que je veux devenir sage-femme ?
- Speaker #1
Oui, ok.
- Speaker #0
Mais je me dis non, en fait, parce que tout le côté médical ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse vraiment, c'est la sensibilisation, la promotion, promotion, on va dire, des informations de santé et le côté vraiment accompagnement, soutien émotionnel et logistique, vu que j'étais passée par là et que j'avais justement une expérience d'accouchement à domicile et en maison de naissance et à l'hôpital. Toi,
- Speaker #1
tu n'avais pas fait appel à tout là ?
- Speaker #0
Non, mais finalement, comme mes deux sages-femmes étaient binômes et que j'étais dans cette communauté, je n'ai pas ressenti spécialement le besoin d'avoir une tierce personne.
- Speaker #1
Tu connaissais le métier ?
- Speaker #0
C'était un peu le tout début, oui. C'était encore il y a sept ans. Il y a eu vraiment une explosion à partir de ce moment-là. C'était vraiment... Ça a pris de l'ampleur ces dix dernières années. Et donc, j'ai négocié la sortie de mon autre boulot, qui a tout à fait été compréhensif. Et j'ai été au chômage pendant quelques mois, le temps de me former et d'être un peu, comme on appelle ça, en compagnonnage. Donc, je ferai mes services gratuitement. Et j'ai appris énormément aux côtés des sages-femmes pendant toute la période du Covid.
- Speaker #1
Et tu allais dans le monde hospitalier en tant que doula ou pas du tout ?
- Speaker #0
Alors, à ce moment-là, notre projet, c'était plutôt... La maison de naissance et le domicile. Donc, moi, j'ai accompagné une vingtaine de femmes qui ont accouché en dehors de l'hôpital. Et ce qui m'a permis, du coup, de voir vraiment c'est quoi de la physiologie. Moi, je l'ai vécu de l'intérieur, mais j'ai pu aussi assister à différents scénarii. Mais dans certains cas de feux qui deviennent rouges pendant la grossesse ou le jour de l'accouchement, il a fallu accompagner souvent des primipares, donc pour un premier bébé, des longs travails, des stagnations de travail, ou parfois, finalement, une césarienne.
- Speaker #1
Tu as vu, tu as assisté à des cas qui étaient beaucoup plus compliqués. Le tien était tellement... Et souvent, on entend des récits qui vont... Bien. Mais toi, tu assistais à des moments où ça n'allait pas du tout ?
- Speaker #0
Alors, je ne sais plus lesquels étaient lesquels, parce que maintenant, j'en ai accompagné énormément les cinq dernières années, donc je les mélange un peu. Mais oui, j'ai pu me rendre compte qu'il n'y avait pas un seul type d'accouchement. Et dans ma formation de doula, ce n'était pas projeter sa propre expérience. Clairement que ça amène une plus-value, mais on peut être doula ou sage-femme sans avoir soi-même expérimenté la naissance. Et chaque vécu est très différent. Donc en fait... Voilà, on est là pour accompagner ce qui se vit. Et en effet, tous les vécus sont différents, tous les scénarios sont différents. Et c'est très riche. Ça a été hyper enrichissant de voir tous ces différents scénarios. Donc moi, j'amenais vraiment le côté logistique. Je les accueillais pour une première rencontre et je les préparais logistiquement à l'accouchement à domicile. J'allais chez eux. On vérifiait la longueur du câble, où on allait mettre la piscine, les appartements, comment on allait occulter. Et à la maison de naissance, souvent, c'était moi qui arrivais la première pour faire en sorte d'allumer les bougies, de gonfler la piscine, de préparer à manger, parfois de faire le petit déjeuner. J'avais le côté vraiment prendre soin du lieu et de l'équipe. Parce que parfois, il y a des moments qui sont plus calmes, plus doux. Et bon, on est trois, ça ne sert à rien qu'on veille toutes les trois. Il y en a parfois une qui peut se reposer. et puis moi qui gardais le relais. En fait, quand c'est de la physiologie, souvent, ça se fait tout seul. On est juste là en gardienne de l'espace ou pour masser, se relayer.
- Speaker #1
Assurer.
- Speaker #0
Voilà. Mais donc, elles, elles avaient vraiment le côté encodage administratif, suivi, d'être bien vaillante au niveau médical, quoi, de veiller à ce que tant le bébé que la maman aillent bien. Et moi, j'avais vraiment le côté, la bulle, quoi, tu vois, faire en sorte que... De veiller à la chaleur, à la lumière, à tous ces petits trucs qui vont faire en sorte que l'expérience soit encore mieux. Je suis la cerise sur le gâteau, moi. Et il y avait une famille sur trois qui faisait appel à moi.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, tu exerces toujours là-bas ?
- Speaker #0
Non, le projet s'est transformé. Après un an et demi, l'équipe s'est agrandie. Au départ, on était trois. Et puis, il y a eu quatre sages-femmes, donc deux binômes et moi. On était cinq. On a vécu vraiment un très chouette moment pendant le Covid parce qu'il y a eu beaucoup de demandes. Je crois qu'on avait quadruplé les demandes d'accouchement extra-hospitalier parce que comme il y avait le port du masque obligatoire, la vaccination, le papa qui ne pouvait pas être là, il y avait beaucoup de peur. On a eu plus de demandes d'accouchement extra-hospitalier. Et comme c'était en one-to-one, c'était très petit parce que finalement... On parle de 70 naissances par an, donc ce n'est pas grand-chose. Je crois qu'il y a 110 000 naissances par an en Belgique, donc on est moins de 1%. Ce n'est rien du tout. C'était beaucoup moins de problématiques de contamination. C'était beaucoup plus petit. Après un an et demi, le projet s'est arrêté parce qu'une des sages-femmes a trouvé un autre lieu chez elle. pour ouvrir une autre nouvelle maison de naissance du côté de Brun-de-la-Leu. Et puis voilà, l'équipe s'est disloquée parce qu'il y en a qui ont déménagé, d'autres qui ont arrêté de travailler en extra-hospitalier. Et donc le lieu,
- Speaker #1
le bâtiment ?
- Speaker #0
Ingris de plus.
- Speaker #1
Ah oui, ok.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Et à ce moment-là, comment vous étiez payés ? C'était du B2C ? C'était les patients qui payent vos services comme une kiné ? Oui. Ok.
- Speaker #0
Il y a une sorte de forfait. Il y a des CPN, en tant que sage-femme des consultations prénatales, avec un certain montant fixé par les namis, suivant qu'on soit conventionné ou pas. Elles étaient payées comme ça. Moi, j'avais un tarif qui a évolué, parce qu'au départ, j'étais avec moins d'expérience. D'abord gratuite, et puis plus bas, et puis au fur et à mesure, qui a évolué. Donc moi, plus comme une consultante et elle comme sage-femme conventionnée, donc dans des tarifs bas. Avec des barèmes. Et pour l'accouchement aussi, tout est avec des barèmes. Et pour la préparation, là, du coup, elles peuvent demander un autre prix. Mais ça ne coûte pas tellement cher d'accoucher à domicile. Alors, pas cher par rapport à l'hôpital, ça coûte moins cher, mais c'est moins bien pris en charge par l'assurance. Donc, pour certains, ça peut être un frein. On parle d'un budget d'environ 2000 euros. Et en fonction de si c'est en semaine, le week-end et tout ça. Mais à l'hôpital, on est plus autour d'entre 3 000 et 5 000 euros, même plus, mais qui est parfois mieux remboursé par les assurances. Donc, ce n'est pas très équitable et on y travaille pour que ce soit mieux reconnu parce que ça peut du coup être un frein et ce n'est pas très juste.
- Speaker #1
Tu fais bien de le dire, de le mentionner, les prix, les tarifs. Je crois qu'il faut en parler aussi. On ne réalise pas toujours qu'en fait... Oui, en effet, ça peut être un frein de se dire qu'on accouche à la maison, ça va nous coûter cher et pas forcément, et vice-versa, comme tu dis.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a un mot que tu voudrais dire sur le métier de doula ? Un mot particulier, qui te touche particulièrement ou que tu as découvert à travers le métier, ou que tes patientes ont une révélation à travers ce métier ?
- Speaker #0
Je dirais vraiment accompagnement émotionnel. C'est ça qu'on se dit parfois à quoi ça sert. Il y a déjà tout qui est mis en place. C'est vrai qu'en prénatale, il y a beaucoup de monde. Kiné, psy, yoga, il y a un buffet de sofros, hypnose. Il y a beaucoup d'informations en prénatale. Mais parfois, c'est très médicalisé. Je pense à toutes celles qui sont en parcours PMA, ou FIV, celles qui ont des difficultés, toutes celles qui font des arrêts naturels de grossesse ou médicamenteux. Il y a quand même peu d'espace là, parce que parfois, ce n'est pas vraiment vers les psys qu'elles ont envie d'aller. Elles n'ont pas spécialement toujours envie d'être dans quelque chose de mental, d'intellectuel. Et il y a parfois un décalage entre... Elles ont l'impression d'être que un... corps, le médical prime surtout, et ça manque de sacré. Alors sacré, ça fait un peu à la Krishna, mais ça manque de... C'est comme si c'était banalisé. C'est la dixième de la journée, c'est Madame X. Ça manque de soins qui sont personnalisés, et de se rappeler que c'est peut-être le seul et l'unique enfant, ou les deux seuls que les parents vont vivre, et qu'en fait ça compte. Et donc c'est de remettre quelque chose de plus... Oui, de plus humain, quoi. Donc, je crois que ça remet de l'humanité, ça remet de l'écoute, parce que parfois, la structure fait qu'il n'y a que 20 minutes pour aborder. Ça ne doit pas être facile d'être gynécologue, parce qu'il faut voir énormément de choses et justement éviter les risques. Et donc, il n'y a pas l'espace pour pouvoir accueillir tout le changement physique, identitaire, psychologique. Je veux dire, ça vient tout péter. On est un peu fragmenté. où est-ce qu'on va déposer ou se rassurer ou échanger. Je crois que c'est pour ça qu'il y a justement des podcasts qui se développent, qu'il y a énormément de bouquins sur le sujet, qu'il y a des groupes de soutien de grossesse, des retraites, pour pouvoir échanger entre mères, parce qu'il y a comme une rupture de la transmission avec les familles qui sont éclatées dans le monde. Il y a une sorte de solitude, quoi. Il y a une solitude dans ce qu'on vit. Je crois que ça permet de remettre du soutien. Oui, comme on est dans une société plus individualiste, on vit les choses un peu plus tout seul, et ça remet du coup du lien et du soutien dans un monde qui est devenu très protocolaire et médicalisé. Ça remet aussi du coup du sacré. Toutes les doulas ne font pas des rituels, ne font pas des soins, mais on est quand même nombreuses à offrir des espaces d'écoute, mais aussi des rituels. Alors par rituel, ça peut être simplement prendre un temps de réaliser ce qui est en train de se passer et des soins. Ça peut être des massages, un resserrage du bassin. En fait, c'est des passages. Les rituels, ça peut être aussi ce qu'on fait au niveau des saisons. Ça peut être comme une blessing way, rassembler les femmes autour de soi. et se sentir soutenue par sa communauté, rassurée sur l'après. Et ça a l'air de rien, mais ça sort aussi d'une baby shower. On est dans quelque chose de très commercial, avec focus sur le bébé, avec tout du matériel. Là, c'est plus focus sur la maman et sur ce qu'elle est en train de vivre. Donc ça remet du lien avec ce qu'on vit et ça remet du lien aussi avec celle autour. Et ça conscientise aussi de quoi est-ce qu'elle va avoir besoin finalement. Ce n'est pas d'une poussette d'un écrit, c'est d'être soutenue, c'est d'être entendue, c'est de ne pas être jugée. Voilà, ça ramène un peu ça.
- Speaker #1
Tu le dis très bien.
- Speaker #0
En pré-natal et du coup, surtout en post-natal, parce que finalement, il y a plus de compétition, on va dire, sur qui fait quoi en pré-natal. Mais je vois très bien au niveau du PMA et fausse couche, là, il n'y a pas grand monde. Et en post-natal, il n'y a pas grand monde non plus. Enfin, il y a toujours yoga, sofro, hypnose, psy et tout, mais... Ça peut être encore plus compliqué à ce moment-là. Ça permet de se sentir... Des cercles maman-bébé, des rituels, des soins. On est fort focus sur le bébé et finalement pas beaucoup sur les chamboulements que ça amène pour la maman et la famille.
- Speaker #1
Tout à fait. Toi, tu te dis forte, puissante à l'arrivée de ton fils.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que c'est... Un vrai déclencheur pour te dire, je change de vie, je own le bazar, je dis, je deviens d'où là. Notamment auprès de mon cercle familial, mais j'imaginais Michael aussi, de dire, en fait, j'ai étudié, j'ai exercé dans l'écologie, mais non, je revis virement et je pars sur une autre voie professionnelle. C'est quelque chose qui t'a donné de la force ?
- Speaker #0
Oui, clairement, j'ose. Tu ne l'aurais pas fait avant,
- Speaker #1
tu penses ?
- Speaker #0
Si, j'ai quand même un tempérament de fonceuse, mais je pense que si on compare un peu mon parcours périnatal et professionnel, c'est comme s'il y avait eu des étapes. J'ai été employée et puis j'ai eu une petite période au chômage, le temps de sentir si c'était ça ou pas et de me former. Et puis j'ai été en couveuse entreprise et puis je suis passée par la SMART. qui m'a déjà amenée vers plus d'autonomie et plus d'être indépendante, comme une émancipation. Et puis après la SMART, indépendante complémentaire avec le tremplin et puis indépendante totale. Donc c'est comme s'il y avait eu des étapes, et on voit aussi au début très hiérarchique dans mon boulot dans cette PME. Finalement, l'éco-conseil, multitématique et beaucoup plus horizontal et au fur et à mesure, beaucoup plus d'indépendance. Donc je crois que ça m'a aidée à m'émanciper. On va arriver sur la question de la famille. Mais les valeurs familiales, ce que pensent les parents, on a toujours fait comme ça, on a un mot à dire. Et du coup, d'en avoir rien à cirer de ce qu'on pense, c'est de faire finalement, d'assumer, de faire mon propre chemin, de tracer ma propre ligne. Pas évident. Parce qu'on aime bien avoir l'autorisation, l'aval, d'être soutenu dans ses choix. Et quand on décide parfois d'être à l'encontre, pas à l'encontre, mais de parfois... Voilà, mes parents n'ont pas su que j'allais accoucher en extra-hospitalier avant 37 ou 38 semaines.
- Speaker #1
Tu l'as annoncé quand même à ce moment-là ?
- Speaker #0
Je l'ai annoncé à ce moment-là. Parce que je pense qu'ils étaient venus, je crois qu'ils savaient que j'allais à la piscine. Une fois que moi, j'étais sûre, parce que ça peut t'ébranler les doutes des autres, et donc je voulais me blinder. Et voilà, c'est ce que j'ai fait avec mon compagnon aussi. D'abord, je me sécurise, et puis je l'embarque. Et puis... Je passe tous les feux verts. Et même pour eux, ça ne servait à rien de les stresser. Donc, si le truc allait... J'y croyais pas non plus, finalement, jusqu'à 36. Et s'il fallait que moi-même, je passe le cap. Et une fois que le cap est passé, je me suis dit, OK, là, rien ne m'arrête. On est bon. Ça peut être faisable. Et donc, du coup, je le dis.
- Speaker #1
Tu fonctionnes toujours comme ça. D'abord, voir toi, te convaincre toi-même avant d'annoncer les choses.
- Speaker #0
Je ne sais pas. En tout cas, dans ces deux cas-là, oui. Non, je crois que j'ai plutôt tendance à être enthousiaste et à partager rapidement mon enthousiasme.
- Speaker #1
Je me demande si je n'aurais pas fonctionné un peu différemment.
- Speaker #0
Pour certains trucs qui sont très importants pour moi et où je sens que potentiellement ça pourrait m'atteindre, je me protège du coup.
- Speaker #1
C'est pas mal, c'est pas mal.
- Speaker #0
Ça va mal.
- Speaker #1
Oui, je trouve que c'est pas mal. Un bon tip. Avant, effectivement, de parler de valeurs familiales, en tout cas de chirurgie esthétique, je voudrais vous demander si vous avez aimé jusqu'à maintenant notre échange de... liker, de commenter, de partager cet épisode à quelqu'un à qui ça peut parler, à qui ça peut faire du bien. Nadege, pour passer à la dernière partie de notre échange, on l'a compris, tu as des valeurs fortes, tu as un héritage familial qui est présent, tu as une vision du sens, de l'écologie, de la cohérence. Comment tu fais quand certaines envies ou certains choix semblent aller justement à contre-courant de ce qu'on t'a transmis ?
- Speaker #0
C'est pas facile, je pense que ces dix dernières années j'ai énormément bossé là-dessus en thérapie psy de couple, parce qu'il y a parfois le couple qui amène aussi ça, de parfois avoir envie d'aller du côté des parents, mais parfois on fait famille avec quelqu'un d'autre et donc du coup où est-ce qu'on place la priorité quand parfois ça peut être antagoniste C'est très juste,
- Speaker #1
c'est une très bonne question Comment on fait ?
- Speaker #0
Comment on fait ? Je pense qu'à un moment donné, il faut choisir son nouveau noyau familial. Et donc, assumer d'être devenue maman, ça n'a pas été facile, justement. Il a fallu traverser ces dix dernières années un équilibre de loyauté familiale, avec des valeurs comme ça, et en même temps, d'autres choix qui étaient plus respectueux de notre nouveau noyau familial. Et donc, un peu de sortir de cette dépendance à l'approbation. Et d'oser s'affranchir, même si ça ne plaît pas. Et qu'on n'ait pas toujours aimé. Ou d'avoir le sentiment de ne pas être aimé si on sort des clous. Donc, thérapie individuelle de couple, constellation familiale. Beaucoup de pratiques alternatives, énergétiques, pour se délester de poids. Psychogénéalogie et tout ça, sortir de schéma.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu dis à tes enfants, toi, aujourd'hui ?
- Speaker #0
Par rapport à ça ?
- Speaker #1
Par rapport à ça,
- Speaker #0
oui. Je pense que mes enfants, ils sentent. On valorise l'intuition. Je pense qu'on lâche prise aussi. Au début, on a été fort dans le contrôle, d'avoir envie de tout contrôler et maîtriser. Et puis finalement, de se dire qu'une fois qu'ils rentrent à l'école, on n'a pas la main sur tout. C'est un peu la pression du premier. On est obtus sur tout. Je me rappelle que le lait, le lait en poudre, je le diabolisais. Tu ne veux pas leur donner du chocolat, du sucre, des écrans. Tout devait être en bois. Un peu une sorte d'extrémisme. Et puis finalement, de lâcher. De lâcher sur... Ce n'est pas grave. Certains trucs, tu lâches. Mais tu te rends bien compte que tu n'as pas la main sur tout. Et qu'en fait, c'est trop d'être à cheval sur tout. Et donc, tu peux avoir le contrôle sur ce que tu donnes à manger, sur un peu ton cadre et la gestion des écrans. Mais qu'il y aura d'autres choses chez les grands-parents. Il faut quand même avoir le sentiment, pour avoir un lien de confiance, que certaines choses primordiales soient entendues. Mais si une fois par semaine, les enfants mangent du Nutella, pour ne citer que ça, ou ont des bonbons, ou regardent des écrans, ce n'est pas finalement les valeurs au quotidien. Et finalement, à l'école, c'est ça aussi. Les influences avec les copains et les copines, c'est ça aussi. Et je pense que l'enfant se construit dans quelque chose qui est beaucoup plus large. il y a les fondations, et puis alors, il y a plein de référents. Et donc, c'est de sortir un peu de ce truc égocentrique de parents qui a le contrôle sur tout, et de se dire, bon, ben voilà, il fera son chemin avec un monde qui n'est pas hyper sous contrôle et parfait.
- Speaker #1
Tu t'éloignes fort de l'éducation que toi, tu as reçue ?
- Speaker #0
Pour certaines choses, oui. Oui et non.
- Speaker #1
Tu as de la compassion avec tes parents, maintenant que tu es parent toi-même ?
- Speaker #0
De plus en plus. Même si je trouve qu'en devenant parent pour la première fois, il y a quand même beaucoup de choses qui se jouent où on se dit comment en tant que parent... Je pense qu'il y a l'âge qui arrive aussi, une sorte de sagesse qui s'installe. Mais il y a des choses par contre qui sont plus compliquées à accepter. Après, je pense que ce qui a été compliqué pour moi, dans cet état de vulnérabilité dont on parlait juste avant l'épisode, C'est parfois un peu le clash des générations, ou surtout les générations de ma maman. Elles n'étaient peut-être pas aussi bien prises en charge que nous. L'hôpital, elle restait une semaine, ils valorisent souvent ça. Mais c'était un peu la génération de la pilule, de la femme émancipée, la young, la businesswoman, avec des valeurs du travail. Et donc, vraiment, elles ont gagné des droits à ce niveau-là, en n'étant pas spécialement dans cette mouvance de douceur et de soutien qu'on est en train de réclamer maintenant. Et donc... Moi, j'ai eu plus le sentiment que maintenant, il faut taffer, il ne faut pas être faible. Et donc, du coup, ça ne correspond pas à cette période de postpartum où tu as besoin de bienveillance, de douceur, d'écoute. Alors que derrière, il faut penser. Il faut être sur tous les fronts. Il faut être Wonder Woman. Donc voilà, je pense que moi, j'essaie de sortir du truc de « faut être Wonder Woman » au risque d'être en burn-out parental qui nous peint un peu au nez toutes ces femmes perfectionnistes qui veulent, je m'inclus dedans aussi, être parfaites sur tous les fronts.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu peux dire à ces femmes qui, justement, pardon, j'ai un nez un peu bouché, qui justement, ce burn-out parental dont on parle de plus en plus, tu en vois toi dans ? T'es patiente,
- Speaker #0
j'imagine. Oui, oui, oui. Moi, j'ai l'impression que ce qui aide, c'est des groupes de paroles et de soutien où on délie la parole, quoi. Où, en fait, on se sent entendu et où on se rend compte qu'on n'est pas seul dans notre vécu et où on peut peut-être avoir d'autres perspectives sur comment ça se passe. Parce que parfois, t'es le nez dans ton problème et t'as l'impression de le vivre seul. Et de te rendre compte qu'il y a aussi cette période où on vit toutes les choses à notre manière, mais dans quelque chose qui est quand même assez universel. Et de se sentir reconnue et entendue dans ce qu'on vit, je trouve que ça aide énormément. Et après, chacune doit faire son chemin, donc chacune doit traverser un peu ses difficultés. Mais d'être accompagnée dans sa difficulté, de ne pas vivre ça toute seule, je crois. non-jugement aussi dans ce qu'on vit.
- Speaker #1
On peut faire appel à une doula de n'importe quand ? Ces enfants ne doivent pas être nouveau-nés pour qu'on puisse faire appel à une doula ?
- Speaker #0
Pas du tout. Ça peut même être avant d'avoir des enfants, se posant la question est-ce que j'ai envie de faire des enfants ? Et ça peut être vraiment à tous les stades de la vie. Ici, moi je suis en train de me spécialiser pour accompagner la maladie et la fin de vie. Et donc un peu toutes les étapes.
- Speaker #1
C'est vrai qu'on n'en a pas parlé mais la doula ça va s'y asser.
- Speaker #0
C'est ça, c'est vraiment soutenir toutes les étapes de vie.
- Speaker #1
Chirurgie esthétique, tu veux en dire un mot ? On va finir là-dessus. Alors, tu as, je vais te laisser t'exprimer, tu as fait appel à la chirurgie esthétique. Pourquoi ? À quel moment de ta vie ?
- Speaker #0
Alors, je n'aurais jamais pensé faire appel à la chirurgie esthétique. Vraiment, si on m'avait dit à l'époque que j'y passerais, j'ai jugé. Je reconnais avoir jugé, comme beaucoup je pense, il y a une sorte de jugement. Donc du coup, je trouve que le processus est intéressant. Je n'ai jamais eu de complexe à ce niveau-là, parce que j'ai eu une forte poitrine assez jeune, et donc ce n'était pas du tout le point de mon corps. Donc ça, c'est marrant aussi de voir au fur et à mesure des années que les complexes ne se mettent pas du tout au même endroit. C'était plus les jambes et les genoux, les fesses, mais ça a été vraiment parfait comme ils étaient. Et puis, je trouve qu'avoir des enfants, c'est pas valable pour toutes, mais il y a comme, on assume, moi je me sens mieux dans mon corps après, je me sens comme bien comme ça, donc je me sens beaucoup plus assumée maintenant, mais c'est vrai que ma poitrine a évolué et qu'il y a toutes ces petites images rigolotes où on voit les seins avant, genre un stéréotype de Barbie, avec les seins très hauts, très gonflés, des beaux pamplemousses, des petits citrons bien fermes, et puis après, des espèces de gants de toilette après avoir allaité ou après... avoir porté des enfants. Parce que ce n'est pas l'allaitement qui abîme, c'est les hormones de grossesse. Parce que ça pourrait dissuader certaines femmes d'allaiter. Et à refaire, je réallaites mille fois.
- Speaker #1
Moi aussi.
- Speaker #0
Mais c'est sûr que trois ans d'allaitement cumulé et de grossesse avec les changements hormonaux. Plus, je crois aussi que le fait que je me sois mieux dans ma peau parce que j'ai cinq kilos en moins qu'avant d'avoir eu mes enfants.
- Speaker #1
C'est dingue ce truc.
- Speaker #0
Je crois que les conditions d'accouchement peuvent aider à une meilleure récupération. Si on a accouché physio, on est plus vite rétabli. Et puis, en fonction de ton patrimoine. Moi, je sais que j'ai beaucoup investi mon corps en matière de santé, de ce que je mange. Et d'aller marcher, de faire du sport. C'est comme un capital. Donc voilà, en fait, c'est venu comment ? C'est venu parce que j'ai fait une formation massage, que j'ai rencontré une nana qui avait une superbe poitrine, vu qu'on se massait nus, enfin presque nus, poitrine dénudée, et que je lui ai demandé, alors qu'elle allaitait, comment elle avait une poitrine pareille. Elle m'a dit, c'est des faux, c'est sous mon pectoraux. Et elle me disait que ça n'allait pas coûter si cher, je crois 3000 euros. Et donc du coup, je me suis dit, bon ben... Ça a éveillé une possibilité où je me suis dit, je suis curieux, je vais aller voir. Cette première rencontre n'a pas du tout été concluante, parce que j'ai toujours cette démarche de choix éclairé, maintenant qu'il me suit quoi que je fasse, si je vais chez le notaire, ou voilà, typiquement dans le milieu médical, j'ai besoin de connaître les risques. Et le chirurgien a minimisé et même a dit, il n'y a aucun risque. Et on ne me présente pas d'autre alternative qu'une certaine forme. Donc je suis partie de là en courant. Et j'ai laissé tomber le truc. Et puis, c'est un monde, vu que je fais des massages depuis 3-4 ans. Il y a beaucoup de femmes. Et donc, voilà, on parle beaucoup de dessins. On en voit beaucoup. Et du coup, c'est revenu sur le tapis de la chirurgie esthétique. Avec un autre qui n'était pas dans cette mouvance de faire du fric à tout prix. Mais qui m'a jugée en me disant, oui... « Vous posez trop de questions, vous êtes le genre de bonne femme à faire chier. » Mais il a quand même accepté de répondre à mes questions et de me montrer tout ce qu'il pouvait buguer. En sortant de là, je me suis dit qu'il y a énormément de risques et je n'étais pas non plus désespérée. Je pense qu'il y a quand même beaucoup de femmes qui se font opérer des seins en étant un peu en demande et désespérées, mais pas tellement dans cette démarche de réflexion. Et du coup, qui dirait oui en signant n'importe quoi, sans vraiment se rendre compte de ce que ça implique, parce que... Elle voudrait un changement à tout prix. Et donc, ils n'ont pas trop l'habitude, les médecins. Et les médecins hommes chirurgiens, j'ai l'impression que c'est comme... Je crois qu'il y a un peu un truc de... J'ai beaucoup de pouvoir sur toi. Et ce truc un peu condescendant, hiérarchique, il est d'autant plus instauré. Donc, je suis partie de là. Et bref, encore une fois, en cheminant avec une autre... Elle me parle d'un troisième qui, justement, est beaucoup plus à l'écoute et beaucoup moins pushy. Et du coup, je me dis, bon, jamais deux sans trois. Et là, en effet, je me sens à l'écoute et je sens que ce n'est pas quelque chose... On sent qu'on est dans du business, quoi. Bon, ça, du business, hein. Voilà, mais on sent qu'il y a plus de... C'est plus sur mesure par rapport à c'est quoi ton projet ? Qu'est-ce que tu voudrais et qu'est-ce qui est possible pour toi en fonction de... Donc, de nouveau, on ne va pas appliquer quelque chose, tout la même chose chez tout le monde. C'est. En fonction de ta problématique, on va trouver la meilleure solution pour toi. Et donc là où on m'avait proposé des prothèses en silicone lisse, il m'a dit, non, il faudrait peut-être plus des coniques en polyuréthane, vu que toi, c'est une histoire de ptose, de sein qui est affaissé, qu'il faut remonter. Et donc voilà, j'ai trouvé qu'il avait réfléchi et qu'il avait trouvé une solution adaptée qui ne m'avait pas encore été proposée jusque-là. Donc il Ausha déjà les cases alternatives, choix personnalisés, à l'écoute. Et je pouvais prendre le temps que je voulais. Donc j'ai mis neuf mois. à réfléchir, à le revoir une, deux, trois fois, à manipuler, à me poser des questions. Ce qui était juste délicat, c'est qu'il ne montrait pas d'autres exemples, parce qu'il disait que chaque cas est personnel, et donc du coup, il n'y a pas de garantie sur ce que ça va donner sur toi. Et donc c'était un peu faire confiance à l'aveugle. Ça, c'était très difficile pour moi, parce que je sais d'où je pars, en étant satisfaite, on va dire, à 85%, mais je ne sais pas, je n'ai pas de garantie sur le choix final. J'ai fait un zona juste avant de payer parce que j'étais très stressée de ne pas avoir de garantie de résultat. Et parce que sur la question de la santé, au niveau du silicone ou du polyuréthane qu'on met à l'intérieur du corps, moi qui passe ma vie à éviter le plastique, je m'en mets dans le corps. Donc il y a une incohérence, une totale incohérence. Donc il y avait comme un truc en moi qui était très paradoxal. Comment est-ce que j'accueille ce truc paradoxal ? Et puis, je suis plutôt dans un monde féministe où les femmes que je t'entends, elles ne sont pas toutes à cesser de pousser les poils sous les bras, mais presque. Je veux dire, on est dans quelque chose d'acceptation, d'évolution du corps de la femme, body positive.
- Speaker #1
Même revendication de ça.
- Speaker #0
Revendication. Et puis là, je vais, au lieu d'être dans une acceptation de l'évolution du corps, qui évolue, là je vais un peu tricher et à l'âge de ma fille qui a 10 ans, avec son corps qui se transforme et où elle se pose des questions au niveau de son corps de ses fesses, de son bassin qui s'élargit de ses seins qui poussent, comment est-ce que j'assume de lui dire tu es belle comme tu es et que moi je me fais opérer pour gonfler mes seins, donc il y avait un problème aussi de cohérence au niveau du discours entre ce que je dis et ce que je fais
- Speaker #1
Ouais, super intéressant Et comment tu réponds à toutes ces questions ?
- Speaker #0
Je trouve que ce qui m'a aidée, c'est de nouveau échanger avec d'autres femmes. Échanger avec d'autres femmes et d'accepter d'être paradoxale, de ne pas être parfaite.
- Speaker #1
C'est ce que tu dis à ta fille aujourd'hui ? Elle est faite de paradoxes ?
- Speaker #0
Est-ce que je lui dis aujourd'hui ? Oui, oui, d'être beaucoup moins extrême. Je pense que j'ai été très extrême dans toute ma vie, au niveau de tous mes choix. Et que finalement, ça amène quelque chose de... détriqué et on est beaucoup plus nuancé et qu'on peut être multiple et que c'est ok donc je pense qu'elle j'ai décidé de ne pas lui mentir et de ne pas faire comme si de rien n'était donc ils ont été impliqués dans le processus les discussions que j'avais j'ai peut-être mal fait de l'impliquer dedans on en parlait à table on a organisé on n'a pas montré les cicatrices tout de suite mais elle a vu un peu le processus quoi. Et elle a compris aussi que, voilà, pour moi, c'était important de me ressentir. Enfin, ça ne fait pas me ressentir femme, mais ça a fait partie de mon identité. Et donc là, je me retrouve un peu comme avant. En fait, c'est comme s'il y avait une part de moi que je retrouvais. Et symboliquement, j'ai l'impression que, voilà, quand on devient maman, on perd une partie de femme les premières années, parce qu'on est dédié vraiment au rôle de mère, quoi. Une fois que les enfants grandissent, on peut retrouver cette part de liberté, d'émancipation, de temps pour soi et des parts de soi qu'on avait mis de côté. C'est comme si ça me permettait aussi de revenir à celle que j'étais. Voilà, bon, ça c'est ma psychologie à deux balles. Oui,
- Speaker #1
mais bon, t'as ton vécu, t'as ton réseau et ton entourage et tes amis qui passent par là aussi.
- Speaker #0
Mais j'ai trouvé ça justement très chouette d'avoir des copines qui m'ont pas jugée et qui étaient en mode, bah oui, go si t'as envie. Donc ça, je trouve que ça aide de se sentir entendue et non jugée. Il y a eu du jugement aussi sur celles qui me connaissent bien et mes parents qui m'ont dit, mais enfin... Tu ne prends pas l'avion, tu ne manges pas de viande ou de plastique et tu vas te foutre du silicone dans le corps. Ça n'a pas de sens. Mais en même temps, voilà, c'est vrai que ça crée une sorte de... Ça me gratte. Mais en même temps, j'accepte aussi... J'ai pesé les pour et les contre. J'ai mesuré les risques. C'est sûr que ça m'a fort stressée parce qu'on n'a pas de garantie non plus au niveau santé qu'il n'y a pas du tout d'impact. Donc, voilà. Mais c'est sûr qu'avec aujourd'hui les perturbateurs endocriniens, le mercure, les nitrites, du poison, il y en a partout. On ne vit pas dans une bulle.
- Speaker #1
Pas de regrets ?
- Speaker #0
Je suis encore en processus. Je me suis préparée il y a trois mois presque jour pour jour. J'ai trouvé que c'était un peu comme le même processus que le postpartum, dans le sens où la préparation, le lien de confiance avec le prestataire. bien comprendre les étapes, avoir accès aux informations aident. Par contre, j'ai trouvé qu'il y avait un manque de préparation pour l'après. Et donc, je l'ai vécu vraiment de manière très trash, parce que c'était très, très douloureux et que je pense qu'on sous-estime vraiment la douleur. Que le chirurgien dit qu'en général, ce qui lui remonte, c'est deux jours d'extrême douleur, mais on est plutôt sur deux semaines qui ont été confirmées par... la dizaine de femmes qui m'ont partagé leur vécu. Alors ça peut se vivre différemment, mais je pense quand même que la majorité trinque. Et donc, je trouve qu'on sous-estime un peu la douleur des femmes. J'ai eu une pensée émue pour Pamela Anderson en me disant, en fait, elle aussi est dépassée par là. Et du coup, je pense que je l'aurais mieux vécu si ça avait été plus normalisé et que c'était difficile après. Ce qui m'a fait croire quand même que très rapidement, j'allais pouvoir refaire du sport. J'ai eu beaucoup d'effets collatéraux au niveau du dos. J'ai encore une insensibilité qui n'a pas été récupérée parce qu'il a pris du gras dans mes cuisses. Mes genoux sont toujours sensibles et le bas de ma poitrine est toujours endormi. Je n'ai pas encore totalement récupéré la pleine capacité de mon corps. Même pour la chirurgie, j'ai été super bien entourée. J'ai des collègues, justement, sages-femmes, qui m'ont déposé des petits paniers, comme en postpartum, avec des petits zannes, des huiles essentielles, du chocolat, des magazines. Donc vraiment, j'ai reçu des fleurs de copines, des petits mots. Elles prenaient régulièrement des nouvelles, vraiment comme après. Même chose, quoi.
- Speaker #1
C'est chouette.
- Speaker #0
Et dans ma convalescence, j'ai mangé exactement ce qu'on mange en postpartum. J'ai mangé du bouillon, des dalles. Et j'ai pris soin de moi, comme on recommande. Parce que c'est un changement identitaire. Il se passe quelque chose au niveau physique, il y a une convalescence. Et puis, il y a vraiment quelque chose qui se passe d'acceptation. Tout d'un coup, tu travailles avec un autre corps. Donc, c'est un peu un choc qu'il faut traverser. Ça fait rien. Du coup, ce qui m'a aidée aussi, c'est de préparer ça en naturo et d'accompagner ça en naturo. Donc, en homéopathie, en huile essentielle. en cohérence cardiaque. Je trouve que ça a manqué une approche un peu... C'est très médical. C'était juste antidouleur, mais pas...
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est vrai. Il peut y avoir de l'arnica, du tromyle, il peut y avoir des huiles essentielles qui favorisent la cicatrisation. Je trouve que c'est un manquement. À l'heure actuelle, avec tout ce qu'on a comme info, il y a moyen d'améliorer le confort et de s'adapter à la demande de certaines femmes qui ont envie de savoir. Moi, j'ai manqué aussi de... traçabilité. C'est peut-être une déformation professionnelle, mais j'avais envie de savoir d'où viennent ces prothèses, qu'est-ce qu'elles contiennent, quels sont les risques, qu'on me sorte une fiche explicative et descriptive pour que je puisse vraiment faire un choix en conscience et assumer ma responsabilité. Et ça, je trouve qu'il n'y avait pas.
- Speaker #1
Il y a peut-être une ouverture d'où là pour accompagner toutes ces opérations.
- Speaker #0
Peut-être aussi un accompagnement que les médecins ne peuvent pas donner, mais en tant que doula, d'accompagner aussi des changements. Ça peut être une chirurgie esthétique, mais ça peut être aussi grand brûlé. Doula en soi peut accompagner chaque stade d'une vie, mais pas que le côté psychologique comme un psy peut le faire, mais comme tu dis, tout un protocole aussi sensoriel, sacré. Ça parle à certaines personnes.
- Speaker #1
Oui, et c'est symbolique. Il y en a qui viennent chez moi pour des utérus qu'on leur retire parce qu'adénomiose, endométriose, et qui viennent soulever plein de questions sur leur rôle, leur identité. Et donc, du coup, on fait aussi un rituel de remerciement, de gratitude avant, après, une sorte de méditation, visualisation. Et du coup, ça les aide à accompagner le passage. Et le cancer du sein aussi, c'est tout un... C'est tout un public de femmes qui traverse quand même des choses compliquées et où on peut aussi accompagner tout ce public-là.
- Speaker #0
Nadège, c'était absolument fascinant. On pourrait parler pendant des heures, ça fait déjà 1h33. Je vais te laisser, merci à tes occupations. Un grand, grand merci pour cet échange très riche. Je mets évidemment toutes les coordonnées en barre de description pour les auditrices qui sont intéressées, pour contacter, peut-être construire. continuer la conversation, construire une relation du côté professionnel avec toi. Les champs du possible s'ouvrent. Merci beaucoup, Ladej. Merci,
- Speaker #1
Chloé. Merci d'avoir écouté cet épisode d'Audace.
- Speaker #0
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