- Salomé
Hello à tous ! Ici Salomé, je suis ingénieure en bâtiment et je suis ravie de vous accueillir sur Officieux, le podcast qui vous livre les confidences de ceux qui fabriquent la ville d'aujourd'hui et de demain. Chaque mercredi, je vous propose d'aller à la rencontre d'archis, de constructeurs, d'investisseurs pour discuter ensemble des tendances qui font bouger le marché. Cette semaine, je reçois Hugues Joubert, fondateur et président d'Aventim, un groupe immobilier né à Lille il y a 12 ans, dont j'ai rejoint les équipes au mois de septembre. Un exercice difficile que celui d'interviewer son patron ! Promis, j'ai essayé de rester la plus impartiale possible, mais vous l'entendrez, je m'emmêle quand même les pinceaux à dire « vous » puis « nous » quand je parle de l'entreprise. Hugues m'a expliqué comment toute cette aventure a commencé lorsqu'il a quitté son poste de directeur juridique du groupe ADEO pour créer Aventim. Il m'a parlé de ce qui a guidé ses choix, de l'intuition et de ses doutes aussi. Je l'ai interrogé sur sa façon de diriger, la place qu'il laisse aux collaborateurs, l'importance qu'il accorde à la confiance, au collectif et à la transparence. Il m'a raconté comment il avait fait évoluer son rôle au fil du temps, ce qu'il a appris, ce qu'il a marqué et ce que diriger signifie pour lui. Sans complaisance, cet échange m'a convaincue qu'il était possible d'avoir un impact positif sur son environnement au sens large, et ce même en étant une entreprise et donc en ayant par définition un objectif de rentabilité. En revanche, j'ai aussi compris que c'était possible à condition de porter une vision claire et de faire des choix courageux, des renoncements même, pour ne faire aucun compromis sur ses convictions. J'espère que cet épisode vous plaira. N'hésitez pas à laisser vos commentaires sur vos plateformes d'écoute préférées ou bien entendu sur LinkedIn. Je vous mets toutes les informations nécessaires dans les notes de l'épisode. En attendant, je vous souhaite une très bonne écoute ! Bonjour Hugues.
- Hugues
Bonjour Salomé.
- Salomé
Hugues, je te remercie beaucoup d'avoir accepté mon invitation. Je te le disais hors micro, c'est un tout petit peu impressionnant d'enregistrer son patron, c'est la première fois pour moi.
- Hugues
C'est une première pour moi aussi, t'inquiète pas.
- Salomé
Alors ma première question, c'est comment est-ce que je dois te présenter ? Est-ce que tu es un promoteur ? Est-ce que tu es un chef d'entreprise ? Est-ce que tu es un entrepreneur ?
- Hugues
Je pense que je suis un peu de tout ça, mais si je devais retenir un des qualificatifs, je pense que je suis avant tout un entrepreneur. Un entrepreneur, c'est quelqu'un qui, à un moment donné, décide de s'engager dans un projet avec des incertitudes, et puis de le mener à bien, de fédérer des équipes autour de lui, et puis d'avancer et construire une aventure tranquillement. Donc, c'est ce qui me caractérise, je pense.
- Salomé
Tu vas justement nous en parler de cette aventure, puisque ma seconde question, c'est comment ça s'est passé ? Alors, déjà, j'aimerais que tu me parles de ton parcours, excuse-moi. On va commencer par là.
- Hugues
Mon parcours, alors moi, je n'étais pas destiné à faire de l'immobilier, parce que moi, j'ai une formation en droit et en finance. Donc, j'ai eu deux périodes de vie professionnelles, une dans les grands groupes, sur des missions un peu corporate, dans des entreprises de grande distribution, dans lesquelles j'ai beaucoup, beaucoup appris, que ce soit sur le métier ou que ce soit en termes de culture d'entreprise. Et donc, ça a été des formidables expériences. Et puis, une deuxième partie où j'ai décidé à un moment donné de me lancer dans l'entrepreneuriat et dans l'immobilier parce que c'est un produit que j'adore. C'est quelque chose de très concret et en même temps un produit qui est passionnant à travailler et puis d'une complexité rare parce que ça inclut de la technique, de la finance, du juridique, de l'usage et donc tout ça combiné faisait que c'était un beau challenge à relever.
- Salomé
Tu étais dans quel groupe et tu faisais quoi exactement ?
- Hugues
Alors moi j'ai démarré dans la filiale immobilière du groupe Auchan dans sa première création, Immochan à l'époque et ensuite j'ai été le directeur juridique d'Adeo. Adeo c'est l'entreprise chapeau qui regroupe toutes les activités de bricolage de l'AFM (Association famille Mulliez) et notamment Leroy Merlin.
- Salomé
D'accord. Ma question c'est comment ça s'est passé cette deuxième partie de vie professionnelle ? Comment ça s'est passé le moment où tu t'es lancé ?
- Hugues
Je pense que quand on se lance dans une aventure entrepreneuriale, il y a toujours un petit grain de folie, un vrai pari. Parce que tout est à écrire en fait. Et donc, on n'est jamais sûr de rien. On est pétri de doutes. Et en même temps, c'est une décision, c'est un coup de dé. On se dit, écoute, j'y vais, je me fais confiance. Je crois en mes qualités. Et je saurais m'entourer des bonnes personnes pour avancer dans ce projet-là. donc euh euh Je te le disais, j'étais directeur juridique d'ADEO et j'avais fait beaucoup d'immobilier au sein du groupe, en France évidemment, mais aussi dans les pays. C'est une matière que j'adore, un sous-jacent immobilier qui est passionnant à trouver. Je travaillais, je le disais, et donc à un moment donné, je me lance pour sortir de fonctions support, où en fait, tu es en management d'influence et tu essayes de peser sur les dossiers, mais que tu n'es pas le décideur au final.
- Salomé
Surtout dans des grands groupes comme ça, où il y a une politique peut-être ?
- Hugues
Oui, ce n'est pas trop ce qu'il m'a gêné en fait. Ce qui m'a attiré dans la création de société, c'est de dire, ben voilà C'est toi qui as la barque, donc c'est toi qui navigues, qui prends les options de cap, qui doit regarder la météo, gérer les vagues, gérer son équipage. Et donc, je voulais être à la manœuvre, en fait. Et donc, c'est ce qui m'a fait basculer.
- Salomé
Et est-ce que quand tu es parti de chez ADEO, c'était vraiment très clair dans ta tête pour toi ce qu'allait devenir Aventim ou est-ce que ça a été plutôt de l'intuition ? Est-ce que ça a été Aventim directement ?
- Hugues
Non, ça n'a pas été Aventim directement. Je ne suis pas quelqu'un de très performant en marketing c'est "l'aventure immobilière" depuis quasiment une petite douzaine d'années que j'ai créé ça reflète bien le parcours qu'on a vécu un parcours entrepreneur c'est des hauts, c'est des bas, c'est des hauts, c'est des super victoires et puis quand j'ai démarré j'avais aucune idée de ce que ça allait devenir je m'étais dit je quitte un grand groupe Pour gérer une petite boîte, aujourd'hui on a une boîte de taille intermédiaire, une belle ETI régionale, présente à Lille, Nantes et Bordeaux. Donc on intervient sur la moitié du territoire national, on est capable de faire tout type de produits, des grands, des petits, on gagne des belles opérations. Et donc quand j'ai démarré, je ne m'étais pas mis ça comme objectif.
- Salomé
C'était quoi l'objectif de démarrage ? C'était d'être un promoteur déjà ?
- Hugues
C'était de être promoteur, c'est d'être sur toute la chaîne de construction d'un immeuble au service d'un client. Et donc l'acquisition du foncier, à choisir la bonne équipe de maîtrise d'oeuvre, faire un beau produit de qualité et le livrer sans réserve. Moi je viens du retail, donc le client était cœur en fait. Et donc l'animation de la satisfaction client m'a toujours guidé dans les choix d'organisation d'Aventim. Et je pense qu'aujourd'hui, on en passe de réussir un certain nombre de choses. Et que c'est un métier qui souffre parfois d'une pas hyper bonne réputation, j'ai envie de dire. Et donc, en fait, la façon de faire le métier m'importe beaucoup. Et c'est aussi comme ça que j'ai créé Aventim.
- Salomé
Justement, pour ceux qui ne connaîtraient pas l'entreprise, comment est-ce que tu la décrirais ?
- Hugues
J'ai envie de dire que je n'ai pas envie de qualifier Aventim comme pur promoteur. Et a fortiori, parce qu'on traverse en ce moment comme crise, je pense qu'on a une responsabilité, quand tu es dirigeant, de réinventer notre métier. Alors évidemment, tout le monde est en train de travailler sur ces sujets-là. J'ai envie de caractériser l'entreprise comme une plateforme, en fait, où on travaille sur différents segments. On est promoteur immobilier, sur des opérations classiques, mais aussi comme operating partner, pour le compte de tiers. On développe aussi une activité d'exploitation. Parce que je suis convaincu que l'exploitation donnera de la valeur demain aux actifs. Et aujourd'hui, dans notre plan stratégique, on met des zéros également sur la détention long terme en faisant la gestion, donc l'asset. Donc l'idée, c'est d'être sur toutes ces clés de la chaîne de valeur avec une cohérence d'ensemble. Et donc d'être capable d'être à l'origination d'un dossier et de tenir en long terme et de gérer un bon père de famille.
- Salomé
Qu'est-ce que tu appelles Operating Partner ?
- Hugues
Operating partner ? Operating Partner, c'est peut-être un peu des vocables un peu très complexes. C'est-à-dire qu'en fait, j'ai envie d'inscrire Aventim comme un tiers de confiance. J'aime répéter à mes équipes qu'il n'y a jamais un problème. En tout cas, s'il y a un problème, il y a deux solutions. Et donc, en fait, moi, je n'ai pas envie d'apporter des solutions immobilières à des grands propriétaires, à des investisseurs financiers qui, à un moment donné, ont envie de réaliser une opération immobilière et d'être cette... C'est une cheville ouvrière, entre guillemets, qui va faire pour le compte d'eux, en alignant les intérêts de tout le monde, d'un point de vue financier, d'un point de vue juridique, mais nous laisser travailler pour créer de la valeur ensemble sur un projet. Et donc c'est dans ça où on est la cheville ouvrière, l'operating partner.
- Salomé
D'accord. En 2016, vous écriviez votre première raison d'être.
- Hugues
Oui.
- Salomé
C'était très précurseur à ce moment-là. Pourquoi est-ce que c'était important pour toi ? Et quelle était cette raison d'être ?
- Hugues
En 2016, première raison d'être d'Aventim, parce que quand tu crées ton entreprise, déjà j'ai été extrêmement bien formé à la culture d'Adeo, où ils ont été précurseurs sur plein de sujets, et donc ils écrivaient leur vision. Et donc la raison d'être, en fait, c'est ce qui raccroche les collaborateurs à un objectif qui les dépasse tous. La raison d'être, elle est quasiment inatteignable, c'est le Graal, entre guillemets. Et donc cette raison d'être, on l'a écrite avec l'ensemble des collaborateurs en 2016, on l'a réécrite là dernièrement. C'est ce qui fait vivre l'entreprise en fait, c'est l'objectif commun, subliminal, qui alimente chaque jour les actions de chacun, que ce soit moi, que ce soit le CODIR, que ce soit un directeur de programme, un responsable technique, c'est ce qui doit alimenter un peu la vision de l'entreprise, c'est ce qui alimente la vision de l'entreprise. Et quand tu crées ton entreprise, enfin la façon dont je le vis moi, c'est d'essayer de marcher sur deux jambes, donc une jambe externe, c'est le client. Donc le client c'est ton produit et donc avoir le meilleur produit pour satisfaire à fond ton client. Et une jambe interne c'est travailler l'ADN de ton entreprise, la culture d'entreprise et la raison d'être en fait rejoint ces deux mondes là. Donc aujourd'hui c'est agir ensemble pour construire une ville durable, pour vivre mieux dans une ville durable. Ça c'est notre raison d'être qui allie faire des beaux produits pour des clients satisfaits dont les collaborateurs sont fiers. Donc en fait, c'est le chapeau d'Aventim qui guide nos choix quotidiens, qui sait aussi être un phare dans des décisions qui ne sont pas simples. C'est qu'à un moment donné, on se raccroche à notre raison d'être et que ça nous aide souvent à décider.
- Salomé
Tu le disais, effectivement, en parlant de ces deux jambes, la promotion immobilière, ça peut être un secteur qui peut vite être jugé froid et technique, qui souffre en plus d'une réputation qui parfois est un peu mauvaise. Vous vous distinguez dans le paysage immobilier par votre engagement, enfin par notre engagement, pardon, envers l'humain et le sens. Qu'est-ce que ça change pour toi et qu'est-ce que ça a apporté au modèle ?
- Hugues
Je pense qu'il y a deux choses. Il y a faire un métier et la façon de le faire, en fait. Et les deux sont aussi importants. Donc tu vois, tu parlais de sens. Aujourd'hui, il y a une jeune collaboratrice qui rejoint les équipes. Je pense que donner du sens à ce qu'on fait, c'est hyper important. On a décidé de certifier B-Corp et on a été certifié B-Corp l'année dernière. Je trouve que c'est un formidable outil pour emmener les équipes sur une façon de travailler qui est différente. Travailler différemment avec ses pairs, avec nos... notre maîtrise d'oeuvre, avec nos entreprises, avec nos clients. Et donc, la façon de faire le métier est très importante. Aujourd'hui, si notre téléphone sonne sur des appels entrants, c'est que je crois que depuis 10 ans, on a vraiment à lâcher un centimètre sur ce sujet-là. Et que du coup, on se crée une notoriété où on se dit, tiens, si on bosse avec Aventim, ils vont tenir leurs engagements. Généralement, ils font ce qu'ils disent. Et ça, c'est très important dans notre métier.
- Salomé
Parmi les dix premiers collaborateurs d'Aventim, si on parle vraiment de l'interne, tu as fait le choix de recruter une chief happiness officer. C'est rare, c'était rare à cette époque-là, c'est rare de le faire si tôt dans une entreprise. Qu'est-ce que ça représentait pour toi ?
- Hugues
C'est ce que j'ai dit tout à l'heure, c'est que si tu avances sur deux jambes, il faut que tu sois très fort sur ton interne, et l'interne c'est tes hommes. Et donc les hommes, il faut en prendre soin. Et donc le rôle de notre CHO... Une fonction RH interne, c'est prendre soin des collaborateurs. C'est s'assurer qu'ils aient bien compris le sens qu'on porte à notre métier. C'est s'assurer de leur onboarding, parfois de l'outboarding. C'est donner de la consistance aux valeurs de l'entreprise et à notre ADN. Je pense qu'aujourd'hui, on n'est pas parfait, mais qu'on a une culture d'entreprise qui est assez forte. Cette culture d'entreprise, quand elle est forte, quand elle est incarnée, elle rayonne sur tout un écosystème. Elle rayonne avec nos partenaires financiers, avec nos partenaires bancaires. Elle rayonne sur un oral pour des clients. Elle rayonne dans la relation qu'on peut avoir avec la maîtrise d'œuvre. Et donc, quand tu t'occupes bien de ça, les bénéfices sont énormes sur ton business. On a avant tout une entreprise qui doit être rentable, qui doit gagner de l'argent, qui doit payer ses collaborateurs à la fin du mois. Et donc, le fait de faire ce métier d'une façon différente, je trouve qu'on se dénote un peu du paysage. Et pour moi, c'est un vrai driver très important.
- Salomé
C'est difficile de convaincre de ta conviction et que ta conviction, c'est de faire le bien, alors que ton... Le but quand même à la fin, c'est d'être une entreprise et donc d'être rentable ?
- Hugues
Alors souvent, on oppose les deux. Moi, j'ai peut-être...
- Salomé
C'est pour ça que je te pose la question.
- Hugues
Non, mais moi, je pense qu'on peut suivre les deux. On peut essayer de faire bien les choses. On a un engagement environnemental qui est très, très poussé. Si je reviens sur des sujets un peu techniques, on surperforme la réglementation sur la performance des bâtiments sur l'ensemble de notre production. 100% de notre production est alignée avec la COP21, c'est-à-dire qu'on est mieux disant de 10% par rapport à la RE. La RE, c'est la règle qui gère la performance des bâtiments.
- Salomé
La performance environnementale.
- Hugues
Environnementale des bâtiments, exactement. Et donc, c'est possible, en fait. C'est possible si t'as donné du sens, et si t'as fixé le cap à tes collaborateurs, et on a fait des progrès considérables. Et donc, C'est génial parce que du coup, je ne pense pas qu'on soit meilleur que nos confrères, par contre, ça fait partie de l'ADN d'entreprise et mes équipes trouvent des solutions.
- Salomé
Il n'y a pas de compromis.
- Hugues
Il n'y a pas de compromis. Et donc en fait, nos équipes trouvent des solutions pour faire les plus beaux bâtiments et les plus performants, mieux que la réglementation, à un prix qui est abordable. Parce qu'aujourd'hui, on n'a pas de stock dur et que nos produits se vendent bien. Et donc, c'est possible, c'est porter haut ses convictions et emmener une équipe sur ces sujets-là.
- Salomé
Un autre élément structurant de la gouvernance d'Aventim, c'est que tu as fait le choix d'ouvrir le capital aux salariés et aux associés. Comment ça s'est passé de faire ce choix-là et quelle relation tu voulais avoir avec ton équipe quand tu as fait ce choix ?
- Hugues
Pour moi, je n'ai pas l'habitude beaucoup de parler de moi, mais c'était un moment très fondateur dans la vie d'entrepreneur que je suis. Parce qu'on a fait ça il y a maintenant un an et demi, et on a 50% des collaborateurs.
- Salomé
Alors, tes associés, tu les as depuis quand ?
- Hugues
Certains depuis quasiment le début, presque. Mais l'ouverture du capital aux collaborateurs, ça date d'il y a un an et demi. Et donc, on est en pleine tempête en ce moment dans l'immobilier. On a du force 10 sur le pont, là. Et on a 50% des équipes qui ont accepté de mettre un peu de leurs économies dans le capital de l'entreprise. Pour moi, ça a été une marque de confiance énorme, qui m'oblige, qui oblige le CODIR, qui oblige l'ensemble des collaborateurs à réussir. Et donc, ça, ça a été une formidable marque de confiance envers le projet, qui m'a beaucoup touché, cette série. Et je trouve que ça fait partie de l'ADN et de la culture qu'on a envie de construire. C'est-à-dire qu'ensemble, on est plus fort. Et donc, participer au Capital d'Aventim dans le contexte qu'on connaît, je trouve que c'est une grande marque de confiance que les collaborateurs ont dans l'entreprise qu'ils créent eux-mêmes. Et moi, je sens qu'on a passé un cap. C'est-à-dire que ce n'est plus Hugues ou un Codir qui traîne l'entreprise. C'est-à-dire qu'à un moment donné... C'est l'ensemble des collaborateurs qui nous poussent, et allez-y, emmenez-nous, et donc ça c'est génial.
- Salomé
Alors Omnes est rentré quand au capital d'Aventim ?
- Hugues
Alors Omnes c'est un fonds, c'est un fonds qui est rentré au capital à l'été 2023.
- Salomé
D'accord, donc avant que tu l'ouvres aux salariés ?
- Hugues
Oui, juste avant, et ça faisait partie des discussions que j'avais eues en amont. c'est un projet de l'ouverture du capital aux salariés c'est un projet que j'avais depuis quelques temps ça faisait partie des conditions du deal en disant voilà il y aura une enveloppe qui sera réservée aux collaborateurs avec un amendement avec des actions gratuites qu'on a mis en place pour justement vraiment récompenser ceux qui s'engageaient donc Omnes est rentré à l'été 2023 en pleine tempête Alors pourquoi est-ce que vous avez choisi d'ouvrir le capital à un fonds et pourquoi Omnes en particulier ? Alors, deux très bonnes questions. Pourquoi Omnes ? Parce que c'est un fonds, donc ils sont intervenus avec un fonds qui s'appelle Fonds Ville Durable. Et donc c'est un fonds, je vais être un peu technique, article 9, c'est-à-dire qu'ils s'engagent et ils investissent dans des entreprises qui ont une vraie démarche environnementale. Et donc je pense qu'ils ont été séduits par notre track record, par la qualité des bâtiments qu'on sortait. Et puis toute la démarche RSE qu'on était en train de pousser, la certification B-Corp. Et donc je pense qu'on a réussi à démontrer qu'on avait une cohérence d'ensemble solide sur tout ce qu'on était en train de faire. Et donc je pense qu'on les a séduits pour ce principe-là. Et Omnes, ils sont dans les énergies renouvelables, ils ont des fonds villes durables, La Deep Tech aussi, c'est un fonds qui gère entre 6 et 7 milliards d'euros. Et moi, j'ai eu un très bon feeling avec l'équipe parce que c'est aussi une histoire d'Hommes. Ce n'est pas avant tout une histoire financière, c'est une histoire d'Hommes. C'est qui est le meilleur partenaire pour nous accompagner sur les 10 ans qui viennent. Et je trouve qu'Omnes a bien trouvé sa place.
- Salomé
Comment ça s'est passé quand eux sont rentrés au niveau de la gouvernance ? Comment est-ce qu'on passe d'une gouvernance entrepreneuriale, d'une logique entrepreneuriale, à une gouvernance partagée ?
- Hugues
Pour moi, ça se passe très bien pour l'instant. Ça se passe très bien et ça fait l'objet d'échanges entre nous. C'est un partenaire financier qui est là pour te challenger. Ils sont exigeants, mais en même temps, une forme de bienveillance. Aujourd'hui, ils me laissent les mains libres sur toutes les décisions très importantes de l'entreprise. Moi c'est du confort parce que ça me permet de temps en temps sur des décisions importantes, d'échanger. Souvent on entend parler de l'entrepreneur, la solitude de l'entrepreneur, c'est pas un mythe, c'est une réalité.
- Salomé
C'est quelque chose que tu ressens depuis le début ?
- Hugues
J'en suis pas malade, mais c'est vrai que quand tout va bien c'est facile, quand tu traverses des difficultés ou que tu dois prendre des décisions complexes, c'est bien d'avoir un pair avec qui échanger. Il y a plus d'intelligence dans plusieurs têtes que tout seul. Et donc, c'est ce que je fais avec Omnes. On a des boards réguliers tous les trimestres, des coups de fil quasiment hebdomadaires pour se passer des news sur des dossiers. Et aujourd'hui, on a trouvé un bon mode opératoire sur... Voilà, vous êtes les sachants sur le métier, donc déroulez votre feuille de route, déroulez votre plan. Et moi, je sais aller les chercher quand... Quand j'ai des questionnements de fonds sur des stratégies de dossiers ou des stratégies de financement ou de construction d'un BP. Et donc, je trouve que c'est intéressant d'aller se benchmarker avec eux. Et c'est apprenant.
- Salomé
Et d'aller se nourrir de leur expertise.
- Hugues
Oui, clairement. Clairement. Et je trouve qu'on le disait tout à l'heure, l'immobilier, c'est un métier qui est... C'est un très beau métier, mais qui est d'une grande complexité. Et donc, il faut agréger une multitude de compétences. Évidemment technique, juridique, financière, commercial, de réseau. Et à un moment donné, d'avoir des prismes différents sur une même problématique fait que tu gagnes du temps. Donc l'entrepreneur que je suis est content d'avoir des partenaires comme ça.
- Salomé
Alors tu l'as relevé quand tu as lu les questions, Je ne te pose pas beaucoup de questions sur l'immobilier parce que moi j'ai envie de comprendre c'est quoi ton rôle aujourd'hui chez Aventim ?
- Hugues
Mon rôle chez Aventim, j'essaie d'être un peu le guide. Mon rôle, c'est d'anticiper. Et a fortiori, la période qu'on traverse est hyper challengeante. C'est une période qui est complexe, mais ultra passionnante. Mon rôle, c'est de fédérer, d'embarquer les équipes, d'écouter les signaux faibles, de traiter les problèmes quand c'est des petits problèmes. Parce que quand c'est après, c'est des gros problèmes, c'est plus compliqué à gérer. Je pense que j'ai une forme de capacité d'entraînement des équipes. Moi, je suis à disposition, en fait. Je suis le guide ou le leader, mais je suis surtout au service d'eux. Et donc, si je peux aider les équipes dans leur quotidien, en fait, je considère que je dois être un facilitateur. Donc, sur toutes les dimensions, sur le métier, sur... Sur l'humain, sur des choix d'organisation, sur la vitesse. Et donc en fait, c'est à moi, un de mes rôles, c'est de donner le bon rythme en fait. Donc il y a des moments où il faut ralentir, parce que l'entreprise en surchauffe. Ou parfois il faut accélérer, et puis anticiper. Il va se passer plein de choses dans les deux ans qui viennent. On a les élections municipales, on a les présidentielles, on a un métier qui est en train de se réinventer. Et donc il va falloir...
- Salomé
Quels sont tes outils pour savoir ?
- Hugues
Mes outils, c'est... Avec le temps, j'ai appris à écouter mon intuition. Et ce n'est pas toujours simple. Parce que l'intuition, on l'oublie un peu, on raisonne beaucoup avec la tête. Donc écouter ses intuitions et écouter un peu ce qui frappe un peu la poitrine, ça c'est important. Et l'intuition, je l'écoute de plus en plus. Donc c'est tout ça. Et puis après, donner un cap et embarquer un collectif.
- Salomé
Et comment tu fais pour ressentir les tendances ?
- Hugues
Je me nourris beaucoup d'échanges, beaucoup de rencontres, de lectures, de visites. Je suis quelqu'un qui parle peu mais qui écoute beaucoup et donc j'essaye de comprendre ce qui se passe un peu les moments de fond et que l'immobilier a vraiment une vocation sociétale sur la façon de travailler, sur la façon de vivre dans un logement, sur le rapport à son bureau, avec l'IA, avec le télétravail, etc. Il y a des gros mouvements qui sont en train de se passer et donc il faut se nourrir évidemment de ce qui se passe dans notre industrie, mais aussi à aller se nourrir sur d'autres choses, sur le loisir, sur l'hospitality, sur le commerce, pour à un moment donné mettre tout ça dans un shaker et se dire tiens, c'est quoi l'avenir de notre métier ? Et donc je prends beaucoup de plaisir à rencontrer des professionnels, de l'immobilier ou pas que, et puis beaucoup de plaisir aussi à discuter avec des gens qui sont plutôt dans la sphère financière, qui sont des gens souvent d'un très bon niveau, qui ont un coup d'avance et qui voient les grandes tendances. Donc discuter avec des fonds, avec des banquiers, etc. Ça permet de nourrir ta réflexion et ta vision.
- Salomé
Une dernière question sur ce rôle de leader. C'est quoi le courage du dirigeant ?
- Hugues
Le courage du dirigeant, c'est décider en fait. C'est pas mettre sous le tapis les petits sujets qui grattent ou les cailloux dans la chaussure. C'est décider sur parfois les décisions les plus dures. C'est les décisions sur les hommes. C'est les prises de risques. C'est des comités d'engagement. C'est savoir dire non. Ça, c'est très dur. Surtout quand on est entrepreneur-développeur. Savoir dire non, c'est parfois complexe. J'ai envie de rajouter ça, le courage du dirigeant, c'est le courage managerial en fait. Et donc, il faut, de temps en temps, il faut se faire un peu violence et en fait dire les choses.
- Salomé
Et après toutes ces années, il n'y a aucun moment où ça devient un peu plus facile ?
- Hugues
Bonne question. Je suis pas sûr, en fait. Donc, en fait, t'es responsable de la façon dont tu dis les choses. T'es pas forcément responsable de la façon dont les gens vont les prendre. Ils vont les ressentir, ils vont les prendre. Et donc, toi, c'est d'être le plus juste possible, en fait, dans ta posture. Une posture qui doit être juste, qui doit être constante. Et donc, quand tu fais ça, tu avances.
- Salomé
T'en as beaucoup parlé. Aventim s'est engagé dans la démarche B-Corp. Donc, au-delà d'être une certification, c'est une stratégie d'entreprise. Comment est-ce que cette certification a transformé Aventim et qu'est-ce que ça a changé pour toi dans ta façon de piloter l'entreprise ?
- Hugues
B-Corp, ce n'était pas une finalité en soi. Moi, ce qui m'a plu dans la certification B-Corp, c'est une certification américaine et donc très processée. Il y a un questionnaire qui est indigeste, mais qui permet à un moment donné de faire un screening un peu sur la façon dont tu abordes les relations, sur ta gouvernance, tes clients, tes collaborateurs, ton écosystème. Et je trouve qu'on a fait un énorme boulot avec les équipes, et notamment Justine et Julie et Benoît chez moi, qui ont copiloté cette certification, pour faire un état des lieux, un screening d'où on était. Et donc on s'est aperçu que finalement on était naturellement en termes de culture d'ADN, on était déjà plutôt bien sur un certain nombre de points, qu'il fallait faire un peu le dernier kilomètre pour devenir un peu mieux, voire très bien. Et donc c'est ce qu'on a entrepris en un gros chantier à partir de fin 2021-2022. Et puis tout doucement, chantier après chantier, on a mis au fond du filet un certain nombre de sujets et qui ont abouti à la certification B-Corp. C'est pas une finalité, mais en tout cas, c'est un peu comme la raison d'être, c'est un guide. C'est qu'à un moment donné, quand tu dis, je vis B-Corp, en tout cas, je le porte, je trouve que c'est un bon tamis pour passer au tamis tes relations, que ce soit avec des partenaires de maîtrise des entreprises, des brokers, etc. Je trouve que ça rejoint la façon de faire le métier. Et donc il y a des gens avec qui on pourrait faire des très belles opérations de business, mais ce qui résonne vraiment avec ce qu'on est nous, et ce qu'on a envie de porter comme conviction...
- Salomé
Il y a eu des renoncements ?
- Hugues
Il y a eu des renoncements, oui. Et en fait, ça nous a aidés à renoncer. Et donc, c'est ce que je disais tout à l'heure, c'est d'essayer de mettre en place un truc assez cohérent. Quand tu renonces une relation qui est une relation que business, ouais, t'as peut-être une perte de chiffre ou t'as peut-être une perte d'opportunité sur un dossier, mais en fait, tu te renforces en disant non. Et le fait d'avoir dit non sur cette opération te renforce sur le fait que tu vas dire oui à une autre, avec des gens qui te ressemblent, qui partagent les mêmes valeurs. Et tu seras d'autant plus fort avec un discours ultra cohérent. Et ça, ça se sent. Quand tu réponds à un concours avec une collectivité, en fait, ça se transpire. Ce n'est pas palpable, mais à un moment donné, les femmes et les hommes d'Aventim, ils sont assez cohérents. Et donc, j'ai envie de m'engager avec eux.
- Salomé
Donc, ce que ça a changé dans ta façon de piloter l'entreprise, finalement, c'est un outil supplémentaire ?
- Hugues
Oui, exactement. Je te parlais de Tamis. C'est un outil où, à un moment donné, on repasse au Tamis nos relations, on repasse au Tamis des décisions qu'on doit prendre. Et parfois, en comité d'engagement, on dit non, tiens, sur ce truc-là, waouh, non, ce n'est pas très B-Corp, en fait. Et donc, moi, ce qui me fait le plus plaisir, c'est quand c'est un collaborateur lève la main en disant... Est-ce que là, la façon dont on est en train de traiter ce client ou ce partenaire ou cette entreprise, c'est fair ? Et donc, c'est chouette.
- Salomé
Alors, avec la CSRD, il y a beaucoup d'entreprises qui se mettent à parler d'impact parce qu'elles y sont contraintes. Toi, tu parles plutôt d'une conviction. Comment est-ce que tu fais pour embarquer les partenaires, les clients, les financeurs dans cette logique ? Parce que finalement... Tu m'as parlé du fait qu'il a fallu renoncer, mais il y a quand même du monde à embarquer derrière sur ces convictions-là.
- Hugues
Notre première livraison d'un bâtiment PassivHauss, c'était en 2016. Premier bâtiment structure bois, qui dit bois dit moins de carbone. Donc en fait, c'est un travail depuis longue date. Et donc, ça ne se fait pas en un jour. Cette acculturation à nos engagements environnementaux, c'est un petit travail du quotidien, des petites victoires quotidiennes, qui fait qu'à la fin, tu as quelque chose d'assez cohérent. Et au fur et à mesure, via des formations, via des explications, via des visites, via des benchmarks, toutes les équipes s'acculturent au sujet et ça devient naturel. Les équipes ne vont pas dire, tiens, oui, je vais faire un ACV. Un ACV, c'est que tu calcules un peu ton...
- Salomé
Une analyse du cycle de vie. J'invite à écouter l'épisode de Raphaël Ménard, pour savoir ce que c'est.
- Hugues
Exactement. Aujourd'hui, c'est devenu naturel. Ça fait partie de nos process, en fait. Et quand tu as fait ça, tu as fait une belle partie du chemin. Et donc, oui, c'est des convictions. Oui, c'est des contraintes. Et donc on pourrait dire, et à fortiori en ce moment où les bilans sont plus durs, on pourrait dire, allez, on met ça sous le tapis et puis on en reparlera dans tant de ans. On fait le choix de continuer sur cette trajectoire. Le réchauffement climatique, il est là. Préparer nos bâtiments à ces coups de butoir climatiques, très chaud, très froid, tempête, confort d'été, confort d'hiver, et puis dimension carbone. On le monitore sur l'ensemble des opérations et donc nous on fait le choix, peut-être de façon contre-cyclique, de garder le cap. Moi je m'aperçois quand je discute avec des financiers, des grands investisseurs, il n'y en a pas un qui me dit non, les critères et la seule, je les mets de côté dans l'analyse d'un dossier. Et donc j'ai deux dossiers en tête, là, on est passif, on est RE22028 dès aujourd'hui. Et donc les clients ont envie d'acheter ça, parce qu'ils achètent des bâtiments pour 40 ans. Et donc il faut qu'on soit top. Et donc ça, c'est un des éléments différenciants, je pense, chez nous. Et donc on pousse les curseurs au maximum.
- Salomé
Donc toi, tu crois qu'un promoteur immobilier, ça peut avoir une mission d'intérêt collectif ?
- Hugues
Ça doit. En tout cas, je pense que oui, parce qu'on est des acteurs du territoire. On crée de l'activité économique, on crée des sièges sociaux pour des boîtes, on crée des locaux d'activité pour des PME, on crée du logement. On crée du logement social, on travaille avec des associations, on crée du commerce de proximité. Donc, oui, notre métier, qui est le plus impactant en termes de carbone, a une dimension sociale qui est ultra forte, avec tous les changements qu'on est en train de connaître, qu'on a cités tout à l'heure. Et donc, oui, je pense que le promoteur, ou en tout cas l'opérateur immobilier, parce que je n'aime pas trop le terme promoteur, l'opérateur immobilier doit être dans cette veine-là, dans cette ambition et je pense que s'il l'est, au contraire, il va marquer les points et il va se différencier de ses confrères.
- Salomé
Donc tu es convaincu que c'est un levier de performance ?
- Hugues
Clairement, clairement. Et plus tu travailles là-dessus, plus tu es crédible et si c'est incarné, la route sera belle.
- Salomé
Depuis tout à l'heure, tu me parles du collectif, des collaborateurs d'Aventim. Aventim, c'est une entreprise qui a beaucoup grandi. Comment est-ce que tu as fait pour conserver cette culture d'entreprise dans la croissance ?
- Hugues
C'est s'occuper des hommes en fait. On a fait beaucoup d'ateliers vision, on a un management qui est assez participatif et consensuel. Moi j'engage les collaborateurs, on a des Aventim reviews toutes les six semaines sur la trajectoire de la boîte, on fait des séminaires réguliers, oui on fait la fête, on fête les victoires, mais on bosse et donc Donc... Moi, à chaque fois, les équipes me disent « Waouh, c'était top ! » On peut mettre notre pierre à l'édifice pour construire l'Aventim de demain. Et donc, moi, c'est ce qui me fait vibrer. Et donc, quand tu t'occupes de tes équipes, elles te le rendent au centuple, en fait. Et donc, si tu as des équipes qui sont bien, elles seront bien avec le client, elles seront bien avec les entreprises partenaires, elles seront bien avec les équipes de maîtrise d'œuvre, elles seront bien avec l'élu. Et donc en fait, c'est un tout, c'est créer un écosystème dynamique qui permet de dire, tiens, la chaîne de valeur est chouette et du coup, tu avances avec elle.
- Salomé
Oui, en fait, c'est presque une question de bon sens, mais finalement, c'est un bon sens qu'on a peut-être eu tendance à perdre.
- Hugues
Oui, et moi, quand je regarde un peu dans le rétroviseur, je me dis que... Là, on s'est peut-être un peu oublié pendant ces années de crise, là où on était focus sur les dossiers, sur trouver des solutions. Et en fait, tu te fais happer par l'opérationnel et parfois tu t'oublies un peu tes équipes. Et à un moment donné, si tes équipes fatiguent, si tes équipes doutent, c'est là que tu commences à fragiliser l'édifice. Et donc là, on s'est beaucoup remis en question depuis six mois de redonner du sens, de réinsister là-dessus et reprendre soin de l'équipe. On refait un atelier Vision 2035 en mars et puis on va embarquer tout le monde avec des beaux événements qui sont déjà planifiés.
- Salomé
Justement, c'était une de mes questions, comment est-ce que ça s'est passé pour Aventim, cette crise des promoteurs ?
- Hugues
Écoute, moi je l'ai beaucoup anticipé. Je me souviens d'un banquier, la DG d'une banque locale. Qui m'appelle et me dit Hugues, tu es en train de prendre des dispositions, tu as réduit un peu la voilure sur les RH, alors qu'il y a des confrères qui me disent que tout va bien. Et donc moi, dès 2022, j'ai pris des dispositions. Je sentais que le marché était en train de se retourner. Et donc on a fait ça très très vite, pour se remettre un peu à la page, entre guillemets, et mettre en place un plan d'action très précis sur comment on avait passé ce cap. Et un engagement, on a fait le parti de la transparence des équipes sur les bonnes nouvelles. Et puis il y avait pas mal de mauvaises nouvelles, du décalage d'opération, des investisseurs qui quittaient le navire, des marges qui étaient tendues, des taux de capitalisation qui s'effondraient. Et donc on a été très transparent avec les équipes, on a présenté les chiffres. Et donc il y a eu une prise de conscience et du coup un engagement de tout le monde. On a une étape qui va être difficile. Et moi, j'ai senti une mobilisation formidable pendant deux ans. On travaille beaucoup chez Aventim, mais là, il y a eu une résilience formidable. Et je trouve qu'on est en train de gagner des belles victoires. Quand on fait le siège de la Carsat, quand on fait le siège du Crédit Ecole Nord de France, quand on a fait le siège de Vilogia, quand on a fait le siège de Clésence, le siège de Publicis. Je trouve que c'est des marques de confiance de nos clients. Et qu'aujourd'hui, on a démontré ce qu'on était capable de faire. Et c'est grâce aux équipes.
- Salomé
Quand tu dis que vous avez réduit la voilure, vous êtes passé de 70 à ?
- Hugues
Aujourd'hui, on est 55. Donc, tu vois, ça a été dur. Et en fait, dans une vie d'entrepreneur, c'est des décisions. On parlait de décisions qui sont dures à prendre. Il faut les prendre. Il faut les expliquer aux équipes. Et c'est normal qu'il y ait une incompréhension à un moment donné. Surtout qu'on était un peu en avance de phase par rapport à toutes les décisions qu'il y a eu dans la profession. On était entre 6 mois et 9 mois en avance de phase par rapport à ce qu'ont fait d'autres confrères. Et donc c'est des décisions qui sont salutaires, qui sont... Des décisions de bonne gestion, et je trouve qu'on l'a bien fait. On a su accompagner des collaborateurs qui sont partis. Il y en a encore certains qui prestent pour nous, et certains avec qui on a encore beaucoup de contacts.
- Salomé
Comment tu as fait pour conserver la confiance des équipes ? Parce que finalement, et moi c'est quelque chose qui m'a frappée quand je suis arrivée chez Aventim, quand j'ai passé les entretiens là il y a quelques mois, ça ne m'a jamais été caché à aucun moment, qu'il a fallu réduire la voilure, c'est d'ailleurs l'un des premiers trucs qu'on m'a dit en entretien, il a fallu effectivement réduire la voilure et que c'est pour ça qu'il fallait maintenant recruter des responsables de programme. Comment est-ce que tu as fait pour conserver la confiance de tes équipes dans ce moment-là ? Parce que c'est vrai que tout le monde pouvait avoir peur pour son job.
- Hugues
Je pense que tout le monde a eu peur et c'est normal. Tout le monde a eu peur, moi le premier. Je veux dire, quand tu te reverses une grosse crise comme ça, tu te dis « waouh, comment on va être mangé ? » Et puis on le voit, il y a des confrères qui disparaissent. Ce qui nous a sauvés, c'est un discours de transparence et une communication régulière. Et donc, il ne faut pas infantiliser les équipes. Au contraire, quand tu dis la vérité, c'est des gens qui sont responsables, qui comprennent que le contexte est dur. Je veux dire, il n'y avait pas une journée où tout... Toute la presse spécialisée énumèraient une ribambelle de catastrophes. Et donc en fait, les gens sont conscients de ce qui se passe, ils se prennent en main, ils comprennent des décisions de gestion, parfois des arbitrages sur des opérations. Et je trouve qu'on n'a pas trop mal géré ça. Alors oui, ça laisse des cicatrices, oui, ça laisse des traces, mais je pense qu'on a le fait d'être transparent et d'évoquer les difficultés, tu as déjà résolu une partie des problèmes.
- Salomé
Aujourd'hui, avec le recul, que ce soit pendant cette crise, mais aussi pendant toute ta trajectoire d'Aventim, est-ce qu'il y a des choses que tu aurais fait différemment, ou même dans ton parcours, des graines que tu aurais semées plus tôt ?
- Hugues
Bonne question. Je suis parfois un solitaire. Je me dis que tu gagnes à échanger avec tes pairs, en fait. Et quand je dis les pairs, c'est... C'est pas forcément de la profession immobilière, c'est des dirigeants, c'est des cadres de grands groupes, etc. Je pense qu'il faut s'enrichir le plus possible des expériences des uns et des autres pour ensuite, toi, dérouler ton propre chemin. Donc, quand t'es entrepreneur, t'es happé par le quotidien, t'arrives le matin et t'as une liste de trucs que t'avais pas prévus qui tombent sur le coin de la tête et donc en fait, c'est prendre ce recul-là. J'ai beaucoup, moi, je trouve que j'ai assez progressé avec l'âge. C'est prendre du temps, se déconnecter du quotidien pour justement voir le coup d'après. Donc c'est quelque chose qu'il faut bien travailler. Je te parlais des intuitions, il faut écouter ses intuitions en fait. Et ça, je ne l'ai pas très bien fait parfois. Et aujourd'hui, j'essaye d'écouter un peu plus mon feeling.
- Salomé
Avant qu'on passe aux questions signatures du podcast, est-ce qu'il y a eu un moment en particulier, pendant la crise ou à un autre moment toujours, où tu t'es dit là on a bien fait de tenir ?
- Hugues
Je te disais tout à l'heure la confiance des collaborateurs qui investissent dans la boîte alors que c'est le pire moment, je trouve que c'est une formidable récompense pour le dirigeant que je suis et les deux ans qu'on vient de vivre là. J'attends impatiemment les chiffres de clôture de cette année, mais il y a eu un travail énorme des équipes, une mobilisation, une capacité de résilience que je n'imaginais même pas possible. Et donc, un engagement de mon CODIR, que je remercie au passage.
- Salomé
Le CODIR, il est composé d'eux ?
- Hugues
De mon directeur financier, de Justine qui s'occupe de la com et du marketing, et puis mes trois patrons de région. C'est un CODIR très opérationnel. C'est un CODIR jeune, mais qui a su se mobiliser dans cette période un peu incertaine. On a grandi énormément, tous, avec les épreuves qu'on a dû vivre. Et en même temps, j'en garde un super souvenir. C'est dur, mais waouh, quelle période. Et les équipes ont démontré une résilience incroyable.
- Salomé
Je trouve que ça se ressent beaucoup et j'en discutais avec certains en leur disant on sent que les équipes sont très soudées et qu'elles ont traversé un truc mais on sent qu'elles sont effectivement très soudées, une solidarité.
- Hugues
Oui, je pense que ça fait partie de notre ADN à un moment donné quand tu vis une épreuve comme ça, et c'est vrai chez nous, mais c'est vrai chez plein de confrères, et que tu la traverses en allant chercher des victoires avec le couteau entre les dents, moi je suis un ancien rugbyman, donc c'est quand t'es dans la 22 mètres, que t'es à la 5ème mêlée, que finalement tu marques l'essai, c'est waouh, c'est l'effet waouh quoi. Et donc là, on est en train de vivre ça, on ne l'a pas encore touché du doigt, on est ultra mobilisés sur les objectifs de fin d'année, mais... Ce qu'on est en train de faire, c'est génial.
- Salomé
On va passer aux questions signatures du podcast. Tu es d'accord ?
- Hugues
Avec plaisir.
- Salomé
Y a-t-il une maxime, un mantra, une phrase qui t'accompagne au quotidien ou qui t'inspire ?
- Hugues
J'en ai deux.
- Salomé
Vas-y.
- Hugues
Je dis souvent à mes équipes, c'est un problème deux solution. Parce que ça nous caractérise. C'est-à-dire que notre métier, c'est une succession de problématiques qui se présentent à nous. Et les meilleurs d'entre nous ne peuvent pas prévoir ce qui va se passer. Et donc notre capacité, c'est d'anticiper les problèmes, et c'est surtout quand il y a quelque chose qui arrive, c'est d'avoir deux solutions au problème. Que ce soit vis-à-vis d'un problème technique, que ce soit vis-à-vis d'un client, que ce soit vis-à-vis d'un problème financier, vis-à-vis d'un partenaire. Et donc c'est cette culture de dire, tiens, j'anticipe et je suis solutionnant. Ce n'est pas Hugues qui doit trouver les solutions à tous les problèmes, c'est vous êtes responsable. Vous avez ma confiance pour trouver les solutions. Les meilleures décisions se prennent au plus proche du terrain. Et donc en fait, souvent vous avez la clé au problème. Et donc si vous en avez deux, vous avez le choix ensuite entre les deux solutions. Donc ça c'est la première maxime. Et souvent je répète que seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. Alors ça résonne peut-être avec tout ce qu'on s'est dit sur le collectif, etc.
- Salomé
Justine m'avait dit que tu me dirais ça. Donc c'est que ça doit transpirer au quotidien.
- Hugues
Justine, me connaît bien Ouais, parce qu'en fait, pareil, je te faisais la référence au rugby, c'est que c'est vrai que quand t'es tout seul, tu vas plus vite, tu décides plus vite, etc. Mais en fait, la force du collectif est incroyable. Et donc, je crois fondamentalement au collectif.
- Salomé
La chose la plus inattendue que tu aies faite dans ta carrière, et si ce n'est pas quelque chose d'inattendu, un moment décisif ou un moment fort ?
- Hugues
Je crois que c'est le jour où je décide de quitter un grand groupe formidable qui m'a beaucoup donné pour créer ma petite boîte tout seul, où je n'avais aucune conscience et vision de là où j'allais aller. Donc c'est un coup de tête, un été où je dis tiens, j'ai 35 ans. Super carrière chez ADEO, je me dis tiens, est-ce que je continue, est-ce que je continue pas ? Je dis allez, je prends le risque. Un truc un peu fou, un peu de folie quand tu crées ta boîte. J'ai pas des parents entrepreneurs, je suis pas issu d'un système familial d'entrepreneurs. Et donc ouais, c'est un pari fou.
- Salomé
Ça n'a pas toujours été dans un coin de ta tête ?
- Hugues
Ouais peut-être. Je suis quand même un boulimique de boulot. Je suis un homme de projets en fait. Moi ce qui m'anime c'est les projets et je sais tracer le chemin avec conviction et force pour arriver à un objectif. Et quand j'arrive à embarquer en plus les gens à mes côtés pour arriver à l'objectif commun, c'est une grande satisfaction.
- Salomé
Qui est-ce que tu aimerais entendre sur le podcast ?
- Hugues
On a parlé d'Omnes tout à l'heure. Je pense que Serge Savasta et Caroline Yametti, qui sont mes interlocuteurs chez Omnes, ils font un métier aussi qui est passionnant, le métier d'investisseur. Il faut être clairvoyant sur les domaines dans lesquels tu investis, sur les équipes sur lesquelles tu mises. Je pense que ça peut être intéressant d'interroger ces gens-là. Notre façon d'appréhender l'immobilier. Et puis, je tenais un deuxième nom, Vincent Pavanello, qui alimente un think tank qui s'appelle Real Estech, qui est très immobilier, avec Robin Rivaton. Je trouve que c'est deux personnes qui ont du talent, qui font bouger un peu les lignes, qui ont une newsletter qui est très sympa. Je trouve qu'ils sont assez forts sur se projeter un peu ce que sera notre industrie demain. Et donc, c'est des gens qui me nourrissent, moi, quand je passe du temps avec eux.
- Salomé
Et ma dernière question, où est-ce qu'on peut te suivre ou te retrouver ?
- Hugues
Je ne suis pas un grand communicant, donc je ne fais pas beaucoup de posts sur les réseaux. Non, mais je vous invite à venir me voir chez Howem, qui est notre marque de bureaux opérés, notre siège est dans la région lilloise donc avec grand plaisir pour passer du temps avec ceux qui voudraient découvrir Aventim de l'intérieur.
- Salomé
Oui parce que tu n'as pas passé le flambeau à Frederic Flo au micro mais on sait que Frédéric est l'un des prochains invités aussi pour parler d'Howel
- Hugues
Exactement, super
- Salomé
Je te remercie beaucoup
- Hugues
Merci beaucoup Salomé
- Salomé
Allez, c'est la fin de cet épisode Je tiens à remercier encore une fois Hugues pour sa bienveillance, sa clarté et son authenticité. Merci à vous de nous avoir écoutés jusqu'au bout. Si vous souhaitez me poser des questions, me partager vos retours ou me suggérer de nouveaux invités, je vous attends toujours sur LinkedIn. Enfin, mille merci à Aventim qui soutient le podcast et me permet de continuer à vous proposer ces conversations passionnantes autour de toutes les facettes de l'immobilier, celles qui façonnent nos espaces de vie, de travail, de rencontres. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à nous laisser des étoiles et des commentaires sur Spotify et Apple Podcast, ça m'aide beaucoup. Je vous retrouve dans une semaine pour un nouvel épisode d'Officieux, le podcast qui vous livre les confidences de celles et ceux qui fabriquent la ville d'aujourd'hui et de demain.