- Salomé
Hello à tous, ici Salomé, j'ai 26 ans, je suis ingénieure en bâtiment et je suis surtout ravie de vous accueillir sur Officieux, le podcast qui vous livre les confidences de ceux qui font l'immobilier d'entreprise. Je vous propose de changer votre regard sur cet univers en vous emmenant avec moi pour en découvrir les coulisses. Tous les 15 jours, je vais à la rencontre d'archis, de constructeurs, d'investisseurs pour leur poser toutes mes questions et discuter ensemble des tendances qui font bouger le marché. Dans cet épisode, je reçois Séverine Chapus, qui a récemment pris ses fonctions de directrice générale chez Linkcity Île-de-France. Diplômée d'une école de commerce, elle a choisi de rejoindre le monde de la promotion immobilière pour s'engager dans les projets qui transforment nos villes. Avec Séverine, on a bien entendu parler de son parcours, du métier de promoteur, du modèle de Link City, mais aussi des grands défis du secteur et de la dynamique qu'elle souhaite impulser. Nous avons aussi discuté de sa vision de la ville, de la relation avec les collectivités, d'engagement, et de la place des valeurs dans ce métier qui est parfois réduit à des enjeux. purement économie. J'ai pris beaucoup de plaisir à enregistrer cet épisode plein de lucidité et j'espère qu'il vous plaira autant qu'à moi. N'hésitez pas à laisser un commentaire ou à créer un petit mot sur LinkedIn à Séverine, je suis sûre qu'elle sera ravie de vous lire. En attendant, je vous souhaite une très bonne écoute. Alors bonjour Séverine.
- Séverine
Bonjour.
- Salomé
Tout d'abord, je te remercie d'avoir accepté mon invitation à participer au podcast. Alors pour resituer un tout petit peu nos auditeurs, t'as pris ton poste chez Linkcity il y a est quelques semaines.
- Séverine
Tout juste, j'ai démarré début juin.
- Salomé
Parce que là on est donc le 30 juillet. Alors, tout d'abord je vais te poser ma première question qui est un petit peu ma question rituelle, c'est est-ce que tu peux te présenter et me parler de ton parcours s'il te plaît ?
- Séverine
Comme tu l'as dit, je m'appelle Séverine Chapus, j'ai 42 ans, j'ai donc rejoint Linkcity récemment après un parcours qui a toujours été en lien avec les sujets et les enjeux urbains. Après une école de commerce, j'étais à HEC, j'ai débuté dans le groupe Bouygues Construction, où j'ai passé mes six premières années professionnelles, que j'ai énormément appréciées, qui m'ont beaucoup appris et sur des sujets qui avaient trait pour la plupart à la construction publique. Et ça m'a donné envie d'aller voir de l'autre côté comment tout ça se fabriquait, et donc le chapitre suivant de ma vie professionnelle a été dans le secteur public, et notamment au commissariat général à l'investissement, sur un sujet qui m'a passionnée, qui était les programmes d'investissement d'avenir, à savoir... comment accompagner l'innovation dans la ville et les logements au travers d'un panel d'outils financiers au service des territoires, des collectivités, des aménageurs, mais aussi des acteurs économiques. Ça m'a conduit à découvrir un autre aspect de la ville, à savoir l'aspect digital et la transformation digitale de nos manières de faire. Et j'ai rejoint Dassault Systèmes pour y structurer le département Villes et Territoires, avec des projets pour la plupart en Asie, avant de repiquer dans le dur du dur. La promotion immobilière. Et j'ai passé les six dernières années au sein de BNP Paribas Immobilier où j'exerçais les fonctions de directrice générale déléguée des activités de promotion.
- Salomé
D'accord. Alors, première question, tu as fait HEC. C'est un parcours qu'on n'associe pas souvent au bâtiment. Comment est-ce que tu as pris ce virage vers l'immobilier ?
- Séverine
Pour moi, ce n'était pas un virage. C'était un centre d'intérêt que j'ai nourri depuis mon plus jeune âge. Je crois d'aussi loin que je me rappelle, j'ai toujours été passionnée par l'architecture, par l'urbanisme. Je me rappelle que dans ma chambre d'enfant, il y avait des livres d'architecture aussi bien sur les gratte-ciels de New York, que sur les villes troglodytes au Yémen ou au Maroc. Et puis c'était aussi la découverte de ma ville, Aix-en-Provence, qui est d'une très grande richesse architecturale. Ce goût pour l'architecture mais aussi très concrètement ceux qui bâtissent, moi, m'a toujours accompagnée. Quand j'étais à HEC, j'ai profité de l'opportunité qui m'était donnée de stage pour savoir si ça me plaisait vraiment. Et donc, j'avais envoyé mon premier CV chez Bouygues Construction, qui m'a rappelé, qui m'a donné cette chance. Et j'y ai débuté par le logement social, qui est un sujet dont je ne me suis absolument pas lassée depuis, parce que je trouve que c'est un des plus structurants de la fabrique urbaine. Et donc, c'était vraiment... Alors, je ne sais pas si c'est un pas de côté par rapport à HEC. C'est vrai que ce n'est pas forcément... Le parcours le plus usuel en sortie d'école de commerce. Mais par rapport à ce qui, moi, m'a toujours animée, c'était très naturel.
- Salomé
D'accord. Alors, avant de démarrer sur les enjeux du secteur et ta vision, est-ce que tu peux peut-être commencer par définir ce que c'est qu'un promoteur immobilier ?
- Séverine
Alors, un promoteur immobilier, un développeur immobilier, il y a beaucoup de termes qui peuvent le qualifier, il y a parfois même une certaine réticence à employer le terme de promoteur, parce que c'est un métier dont l'image a pu être égratignée ces dernières années. C'est un maillon de la chaîne du développement immobilier. Donc si je simplifie le métier, ça consiste en l'acquisition de terrains, d'actifs qui sont derrière transformés par ce promoteur, ou alors édifiés, si on parle de friches sur lesquelles il faut construire un certain nombre d'immeubles. Donc, édification d'ouvrages de tout type, logements, bureaux, commerces, tout ce qui peut contribuer à la ville. Et ces ouvrages ont vocation à être vendus à des acquéreurs, à des investisseurs particuliers, institutionnels. Et donc, le promoteur est un passeur de relais. Il prend un certain nombre de risques, dans l'acquisition, dans le développement, dans l'obtention des autorisations administratives, dans l'édification de ces ouvrages, et derrière dans la revente, dans la commercialisation. Et donc il est là sur une partie de l'histoire de la transformation urbaine.
- Salomé
Linkcity, tu vas nous en parler, un modèle un petit peu différent des autres promoteurs immobiliers. Toi, tu dirais que quelles sont les limites en tout cas de ces modèles un peu traditionnels ?
- Séverine
Alors on a vu un certain nombre de limites ces dernières années avec une crise immobilière extrêmement forte. Ça peut paraître un peu facile de décrier le modèle après-coût. Moi, ce qui me semble, c'est que le promoteur immobilier est un amplificateur de tendance. Et donc, quand le marché se porte bien, il y a un engouement qui pousse à prendre toujours plus de risques et qui pousse aussi à un modèle spéculatif, puisque comme je le décrivais, le promoteur immobilier est un maillon de la chaîne de valeur. Et donc, sous la pression d'un marché qui se porte bien, il y aura cette tendance à acquérir des fonciers et des actifs. toujours un peu plus cher, et pour trouver un équilibre économique, à les revendre toujours un peu plus cher aussi. Et donc ce modèle spéculatif-là a évidemment démontré ses limites. Quand le marché se grippe, quand la capacité à acquérir plus cher n'est pas concrétisée, quand la pression foncière est telle, etc., on a vu les limites du modèle. C'est là où celui de Linkcity me semble particulièrement intéressant, puisque la raison d'être de Linkcity est véritablement de créer de la valeur pour l'entreprise Bouygues Construction et finalement de venir générer de l'activité qui n'aurait peut-être pas existé sans la présence et sans les montages et sans l'expertise de LinkCity mais dans un modèle dont le risque commercial est encadré. Donc dès l'amont du sujet, du projet, il faut en avoir sécurisé la sortie, travailler main dans la main avec les investisseurs, avec les futurs acquéreurs. Ça a plusieurs vertus. D'abord de s'assurer de l'utilité de ce qu'on développe, puisque dès le départ on a trouvé pour qui est-ce qu'on le faisait, d'avoir une conception optimisée de ce qu'on développe, parce qu'on le fait pour tel ou tel. Et puis il y a aussi pour moi un point qui est très important, c'est où est-ce qu'on loge la valeur. Et dans le modèle de Linkcity, le poids du corps est clairement sur le constructeur, dans la chaîne de valeur, et donc derrière ça veut dire aussi sur les emplois qui sont créés sur les savoirs faires de l'entreprise, sur la maîtrise du risque constructif, de la technicité, etc. et de cette expertise. Et donc je trouve qu'il y a une double vertu au modèle de Linkcity, encore plus dans un moment chahuté que l'on connaît dans le monde immobilier.
- Salomé
Tu peux peut-être expliquer à quel moment vous faites entrer Bouygues Construction dans le processus ?
- Séverine
On les fait rentrer très tôt dans le processus et c'est évidemment l'une des forces du modèle de Linkcity, c'est de travailler la conception des projets avec l'expertise de l'entreprise. Évidemment que l'ingénierie de Bouygues construction est reconnue extrêmement largement et à juste titre, et donc ça nous permet de travailler main dans la main entre Linkcity et les unités opérationnelles compétentes de l'entreprise pour optimiser le projet, en rationaliser le développement, les fonctionnalités, et toujours au service de celui pour qui on fait de l'investisseur de l'accueil final.
- Salomé
Tous les projets de Linkcity sont construits par Bouygues, contrairement à Bouygues Immobilier, qui construit avec d'autres. Exactement. Donc, est-ce que tu peux m'expliquer un petit peu quelles sont les compétences ou les profils que vous avez chez Linkcity pour permettre à ces projets de sortir avec Bouygues Construction ?
- Séverine
Alors déjà, et c'est ce que je constate avec un grand plaisir depuis que j'ai pris mes fonctions, c'est qu'on a des équipes qui se caractérisent par leur ingéniosité, par leur résilience, par leur engagement à trouver des solutions et à jamais se laisser abattre par des difficultés. Le modèle, je l'ai dit, il est à la fois extrêmement vertueux et il est donc contraint par essence, puisqu'on ne prend pas de risques commerciaux, on doit trouver la sortie très tôt dans le projet. Et par ailleurs, on est là pour créer de la valeur pour l'entreprise et donc on travaille avec l'entreprise. Donc le cadre est bien défini et dans ce cadre-là, Il faut trouver les meilleures solutions pour rester compétitifs. Et donc vraiment, au-delà des profils en termes de diplômes ou de catégories dans lesquelles on peut mettre les uns ou les autres, je pense que ce qui distingue les équipes de Linkcity, c'est vraiment cette intelligence de projet, cette intelligence collective et cette volonté de toujours rebondir, de trouver le chemin.
- Salomé
Et toi justement, dans tout ça, comment est-ce que tu en es arrivé à changer de BNP à Linkcity, et pourquoi Linkcity en particulier ?
- Séverine
Plusieurs raisons m'ont amenée à faire ce choix. Le premier va te paraître peut-être très simple, mais c'est d'abord l'enthousiasme avec lequel j'ai reçu la proposition qui m'a été faite par Laurent Mourey. Avec les années qui passent, on finit par se connaître. Moi, je fonctionne aussi beaucoup à l'humain. Et donc, la proposition de Laurent m'a donné très envie, avec un facteur confiance extrêmement fort. Et je me suis vue travailler à ses côtés avec plaisir. Donc ça, c'était le premier élément. Le deuxième, qui est évidemment structurant, c'est ce que j'évoquais sur le modèle. C'est que, pour beaucoup de raisons, je crois au modèle Linkcity. Je crois à un modèle qui est adossé à une entreprise de construction. Je crois que durablement, on est dans une ère du temps qui consiste à transformer nos villes, à transformer l'existant et qu'il est plus important que jamais de s'adosser à cette expertise technique. Je crois en un modèle qui valorise les savoir-faire de l'entreprise, de ceux qui bâtissent, de ceux qui sont sur les chantiers. Ça me parle, ce sont des valeurs qui sont les miennes. Et puis, j'avais cet historique de ces premières années de mon parcours professionnel au sein de Bouygues Construction. Des années qui m'ont très positivement marquée. J'ai eu la chance d'y avoir des patrons remarquables, de nouer des liens d'amitié très forts. Et donc, j'ai envisagé ce retour à la maison, mais après avoir cheminé pendant une quinzaine d'années, comme quelque chose de très positif et de très enthousiasmant.
- Salomé
J'aimerais qu'on parle des défis qui t'attendent chez Linkcity, mais aussi dans l'immobilier en général. Alors, avant de parler de Linkcity. Pour toi, si tu veux faire une synthèse de quelques grands défis qui attendent l'immobilier pour les prochaines années ?
- Séverine
Vaste sujet, évidemment. Et on a des réponses toujours très imparfaites quand on s'y tente. Mais on s'y prête. Il me semble que les défis qui sont à relever sont des défis qui sont presque évidents et parfois tellement grands et gros, qu'on oublie de les voir. J'en citerai quatre. Pour moi, le premier défi, il est social et sociétal. Dans nos métiers d'immobilier, de construction, il y a un sujet toujours plus grand d'acceptabilité sociale, de l'acte de construire. On voit bien que ça peut être un irritant, on voit bien que ça génère des tensions. Et pour moi, la meilleure manière d'y répondre est de démontrer l'utilité de ce qu'on fait. On a la chance de faire un métier utile. On développe. des logements de qualité pour des gens qui en ont besoin. On développe des espaces de travail pour des gens qui ont besoin de se réunir, de développer leur entreprise, de trouver des lieux de convivialité. On développe des espaces de vie. Et donc cette utilité-là est une boussole. Et on doit œuvrer à cette cohésion sociale. Il y a aussi une dimension de produire du logement abordable. Moi, c'est un sujet qui me tient vraiment à cœur. J'évoquais mon passage chez Habitat Social, qu'on l'appelle logement social, qu'on l'appelle logement intermédiaire, qu'on l'appelle logement abordable, aujourd'hui, c'est une nécessité de répondre à ce besoin d'accompagner les gens dans leur parcours résidentiel. Des jeunes actifs qui vont s'établir à un endroit, des familles qui vont grandir, des personnes qui, dans des parcours de vie, vont se retrouver seules à un moment donné, devoir s'occuper de leur enfant, etc. On doit pouvoir accompagner ces parcours résidentiels d'une manière qualitative et abordable. Donc un enjeu social, un défi social extrêmement fort et auquel on peut répondre aussi par la mixité des usages qu'on propose. Pour moi, le deuxième défi, tout aussi évident, criant, complexe, c'est évidemment le défi environnemental. Et comme on le répète souvent, en avançant sur ses deux jambes, à la fois l'atténuation et donc en limitant notre empreinte carbone, en travaillant sur des modes constructifs, en travaillant sur des fonctionnalités qui permettent de limiter ces consommations. Et puis l'adaptation, parce qu'on ne pourra pas en gommer tous les effets de ce changement climatique, et donc il faut anticiper des adaptations. Et donc face à des pics de chaleur, comment est-ce qu'on réagit ? Comment est-ce qu'on maintient un confort dans les ouvrages qu'on développe notamment ? Troisième défi que je vois, c'est... d'accompagner la transformation économique de nos sociétés. Et mon propos est peut-être un peu générique, je vais l'illustrer au travers d'un sujet qui est... l'accompagnement de la transformation digitale de nos territoires. Je pense qu'il y a un enjeu collectif de responsabilisation. On ne peut plus croire que la transformation digitale se fait dans le cloud de manière virtuelle uniquement. La réalité de cette transformation digitale, elle est physique. Il y a des infrastructures et il faut oser accompagner le développement de ces infrastructures. Et je crois que Bouygues Construction, évidemment, Equans, mais Linkcity a aussi un rôle à jouer dedans doit pouvoir accompagner cette transformation digitale avec une responsabilité sociétale et citoyenne autour de ça. Et puis le dernier défi, et je le cite en dernier et évidemment il est premier, relève de la transition démographique. Je trouve que le sujet pourtant chiffré, étayé, évident du vieillissement de la population est souvent un impensé dans nos projets. Qu'est-ce que ça veut dire de vivre 10-15 ans de plus ? Ça ne veut pas dire la même chose pour les femmes et pour les hommes, parce qu'on sait que c'est encore un sujet sur lequel les inégalités sont fortes. Ça veut dire des sujets de solitude, ça veut dire repenser le logement parce qu'on peut être besoin de plus petites surfaces à des moments donnés, un accompagnement plus ou moins médicalisé, repenser nos villes, l'accessibilité, etc. Voilà, donc ces grandes tendances démographiques doivent être présentes dans les choix qu'on fait, dans les développements qu'on porte, parce qu'on est engagé sur le temps long, on le sait, nos projets mettent du temps à se développer.
- Salomé
Alors la question est peut-être très précoce au but de ta prise de poste, mais comment pour toi Linkcity pourrait répondre à ces enjeux ? Est-ce que c'est accompagner le développement de data centers quand tu parles d'infrastructures par exemple pour la transition digitale, c'est ça ?
- Séverine
Je pense que sur les quatre défis que j'ai cités, Linkcity est au rendez-vous sur le 1er. Moi, dans les projets que j'ai eu le plaisir d'aller visiter, les chantiers que j'ai eu le plaisir d'aller visiter, je constate l'attention qui est portée à la mixité des usages, où on va combiner du logement, des espaces de vie, des espaces de loisirs. Je pense au projet de Parc en Seine, entre les communes de Thiers et d'Orly, où on a vraiment un morceau de ville complet, des friches qui sont réhabilitées et restructurées, sur des défis environnementaux, justement, des sujets de désimperméabilisation qui sont extrêmement importants. Et donc on améliore ce coefficient de biotope, de biodiversité. Je crois que près de 20% de nos opérations sont réalisées en bois. Donc il y a vraiment des objectifs environnementaux très ambitieux. On avait anticipé les réglementations environnementales, notamment la RE2020. Donc on va toujours un cran plus loin et on est crédible en cela parce que l'ingénierie de l'entreprise nous accompagne. Donc là encore, on est au rendez-vous sur le sujet digital. Oui, c'est notamment les sujets des data centers, mais c'est aussi le relais auquel on croit profondément de l'industrie. Et pour nous, ça représente un relais de croissance important. On voit bien que des enceintes industrielles sont en train de se repenser de manière plus vertueuse, des imperméabilisations, je le disais, mais c'est aussi comment est-ce qu'on pense les locaux de demain, l'industrie de demain. Et puis sur les sujets démographiques, c'est probablement... Un champ sur lequel il faut continuer d'investiguer et de travailler. Mais on le touche du doigt par des réflexions qui sont aujourd'hui portées sur le logement et sur les nouvelles propositions qui peuvent être les nôtres en termes de résidences gérées, par exemple.
- Salomé
La vision de ceux que j'interroge sur le futur et notamment les défis de l'immobilier et de la construction est une question qui m'intéresse beaucoup. Les sujets de transition digitale et démographique ont été peu évoqués jusqu'ici. Je voudrais t'interroger en particulier sur cette question de la démographie. On sait quand on s'y intéresse qu'il s'agit d'un sujet central, c'est une problématique inévitable et pourtant j'ai le sentiment qu'on en parle peu dans la presse et dans les médias. Comment toi tu en es venue à t'intéresser à ce sujet ?
- Séverine
Ce que je trouve frappant c'est que ces dernières années se sont à mon sens caractérisées par un grand niveau d'incertitude. Il y a cinq ans on était en plein Covid, confinement, une forme de sidération, on ne s'attendait pas à ça même si... Un certain nombre d'éléments pouvaient laisser à penser que des grandes pandémies pouvaient advenir. Mais grande incertitude. On voit bien un climat géopolitique extrêmement incertain aussi. On vit dans ce monde-là. Il y a certaines choses qui sont étayées, argumentées, visibles, prévisibles. La démographie en fait partie. Et pour autant, on l'occulte très souvent. Et donc ça me semble fondamental de revenir à ces grandes tendances de fonds. Et je le disais, nos projets s'inscrivent dans la durée. Quand on édifie un bâtiment, il est là pour longtemps, pour des décennies. Et même nos projets en termes de développement immobilier ont des cycles qui sont longs. Et on se doit de prendre en compte ces tendances de long terme et en premier lieu des tendances démographiques pour répondre au mieux aux besoins des habitants et des riverains.
- Salomé
Les défis que tu cites là, c'est évidemment des défis qui concernent aussi les villes. Comment est-ce que vous faites, vous en tant que promoteur, pour travailler avec les collectivités, donc faire une espèce d'association publique-privée pour répondre à ces enjeux urbains ?
- Séverine
Alors, je l'ai dit, moi, j'ai eu un parcours également dans le secteur public. Moi, je suis très attachée à la chose publique, aux politiques publiques. Ce sont des sujets qui m'intéressent profondément et j'ai un profond respect pour les personnes qui s'engagent durablement au service de l'intérêt général. Pour moi, la ville ne se pense que de manière partenariale. Personne n'a la solution tout seul. On le retrouve aussi dans le champ de la construction. Personne ne construit un immeuble tout seul, c'est une entreprise collective. Et la ville se réalise avec des opérateurs privés, avec des opérateurs publics, avec une vision politique et un cap qui est donné. Vraiment, quand je dis politique, c'est au sens le plus étymologique du terme. On parle souvent d'ensemble urbain. Je pense qu'on est avant tout au service d'un projet urbain. Et donc, on s'inscrit dans le cadre d'une vision qui a été définie. et dans un rapport de confiance. Ce rapport de confiance, il est essentiel. Donc quand tu parles de partenariat public-privé, ça peut évoquer des montages juridiques bien connus de Bouygues Construction aussi. Pour moi, c'est un partenariat avant tout au sens de la confiance qu'on établit parce qu'on est présent, on tient nos engagements, on est transparent vis-à-vis du donneur d'ordre, on est à ses côtés pour trouver des solutions.
- Salomé
On est à un an des élections municipales. Petite question sur le sujet, tu l'as dit, c'est des projets immobiliers, c'est des projets au temps très long, parfois une dizaine d'années avant de voir un projet aboutir. Est-ce que tu sens, toi, à l'approche des élections, je ne sais pas, peut-être un attentisme ou en tout cas une réticence des pouvoirs publics envers les projets immobiliers ?
- Séverine
Je pense qu'il y a une vigilance assez générale et depuis plusieurs années sur le développement et la construction de projets. Je le disais, il y a un sujet d'acceptabilité sociale, un des nouveaux projets de construction. On sent bien que dans des villes qui sont quand même relativement denses, ça peut être un facteur irritant. Et donc les élus sont, à juste titre, vigilants. Les élections municipales viennent cristalliser beaucoup de tensions, viennent peut-être accentuer un certain nombre de postures qui sont moins clivantes en milieu de mandat et qui le deviennent davantage à la veille d'élections municipales. Il y a aussi une logique budgétaire, une logique de cycle. Et donc, ça me semble assez évident que ce n'est pas à quelques mois des élections municipales que les projets seront lancés. Il va y avoir une forme de stabilisation, de ralentissement. Et ce ralentissement va perdurer quelques mois après les élections pour que les nouvelles équipes puissent se mettre en place.
- Salomé
Est-ce que c'est des choses auxquelles un promoteur doit, par exemple, réfléchir ? C'est un métier, la promotion immobilière, c'est un métier que je connais mal. Est-ce que c'est des choses que vous réfléchissez avec les villes pour justement trouver des solutions pour améliorer l'acceptabilité sociale de leurs projets ?
- Séverine
C'est un sujet auquel on réfléchit évidemment en partenariat avec les villes. J'évoquais quelques pistes. Le sujet de la mixité des usages, le fait de créer des lieux de vie, le fait de penser aux aménités, le fait de végétaliser, de créer des espaces agréables, de penser au parcours qu'on va franchir quand on est piéton. Ce sont autant d'éléments qui rendent le projet plus acceptable. L'une des difficultés, c'est qu'il faut le donner à voir suffisamment tôt. Et donc, dès la conception, en lien aussi avec nos architectes et la maîtrise d'œuvre, il faut donner à comprendre en quoi le projet va apporter quelque chose de positif pour le territoire et pour les habitants. C'est vraiment tout ce sujet qu'on peut qualifier d'externalité positive. La ville de Paris, avec le PLU Bioclimatique, a beaucoup réfléchi à ce sujet des externalités positives. De manière plus simple, cela consiste à apporter au territoire et à se dire que chaque projet a une empreinte positive pour le territoire dans lequel il s'inscrit.
- Salomé
Est-ce que toi, tu penses que les promoteurs aujourd'hui ont assez de liberté pour proposer des choses, ou en tout cas d'inventer de nouvelles formes de villes ?
- Séverine
Parce que les promoteurs, c'est leur métier d'être force de proposition. On a la liberté qu'on se donne, donc à nous de saisir les enjeux déjà, parce qu'avant tout, ça passe par une bonne compréhension, pour moi, des enjeux. Il faut qu'on mette suffisamment d'énergie, d'intelligence à comprendre la vie d'un territoire, d'un quartier, qu'est-ce qui fait son histoire, qu'est-ce qui fait sa mémoire. Déjà, avant d'avoir la prétention de venir proposer des innovations, il faut le comprendre. Il faut prendre le temps de comprendre. Une fois qu'on a compris, une fois qu'on a travaillé avec les parties prenantes, qui peuvent être les associations, bien évidemment les élus, Les entreprises aussi qui sont présentes sur le territoire, etc., on peut commencer à proposer des choses. Dès lors qu'elles ont une logique, elles ont une soutenabilité économique, que les engagements peuvent être tenus dans la durée, je pense que toutes les propositions sont audibles.
- Salomé
Ton terrain de jeu, c'est l'île de France. C'est un territoire unique, mais aussi très vaste. Les enjeux et les besoins des villes sont très différents. Les problématiques des communes de la première couronne nord, par exemple, sont très différentes de celles de la Défense, qui elles-mêmes sont très différentes de celles de Paris, quartier central des affaires. Comment est-ce que tu t'y prends pour cerner les besoins de chacune de ces villes ?
- Séverine
Comme tu le dis, l'île de France, c'est un territoire insulaire un peu particulier qui a énormément de réalités combinées, arrimées les unes aux autres, reliées les unes aux autres, et on le voit bien aussi avec le Grand Paris Express qui, je pense, va encore changer la perception qu'on peut avoir de l'île de France. Et c'est demain, le Grand Paris Express. La manière dont on se connecte, dont on se déplace, le temps qu'on met pour aller d'un endroit à l'autre vient superposer un certain nombre de réalités. La manière dont on travaille au sein de Linkcity consiste à avoir des ancrages territoriaux et notamment des logiques d'agence départementales qui sont forts. Moi, je crois beaucoup à ça, à cet ancrage local, au fait de connaître les donneurs d'ordre, les élus, ce qui s'y passe, les enjeux, comme je le disais. Donc c'est avant tout dans une organisation qui est territorialisée qu'on peut appréhender le sujet de la complexité et de l'hétérogénéité. Et puis après, bien sûr, en prenant le temps d'aller au-devant des élus, des aménageurs, des acteurs, et en les rencontrant aussi souvent que possible. Mais ce n'est pas uniquement les élus et les aménageurs. J'évoquais tout à l'heure les architectes, qui sont des partenaires fondamentaux pour nous. Et donc de dialoguer avec eux, avec des urbanistes, de comprendre sur quel territoire ils ont pu travailler, sur quels actes, quelles sont les ambitions portées, sont autant d'éléments qui nous nourrissent.
- Salomé
Comment on fait pour garder le cap pour un projet qui peut durer parfois jusqu'à une dizaine d'années ?
- Séverine
Il faut garder le cap et il faut aussi savoir s'adapter. Il faut éviter une forme de rigidité, il faut savoir que les réalités changent, évoluent, le contexte aussi, le contexte économique, le contexte de la ville. Donc l'équilibre qui doit se dessiner, il est subtil entre le maintien d'une direction, des ambitions initiales, et puis cette capacité à contextualiser. Pour moi, c'est toute la saveur de notre métier, c'est d'être fidèle aux ambitions qu'on a prises, de ne pas s'accrocher finalement à des formalisations qui n'ont plus lieu d'être si le contexte évolue, et donc de garder cette ouverture et cette souplesse, parce que c'est une matière vivante, la ville.
- Salomé
Avant de passer aux questions signatures du podcast, j'aimerais qu'on parle de ta prise de poste toute récente. Dans quel état d'esprit est-ce que tu te trouves aujourd'hui ? Qu'est-ce que tu as envie d'impulser chez Linkcity ? Et si tu n'as peut-être pas encore défini exactement les contours de tes objectifs, c'est vrai que ma question est encore une fois assez précoce, est-ce que tu sais ce que Linkcity venait chercher chez toi ?
- Séverine
J'ai pu évoquer en quelques mots mon parcours. Je ne m'avancerai pas à parler en lieu et place de Laurent. En tout cas, je suis très reconnaissante de m'avoir fait cette proposition et j'aborde ce nouveau chapitre, ce nouveau défi avec beaucoup d'enthousiasme. J'ai surtout passé du temps à la rencontre des équipes ces premières semaines pour apprendre à connaître les personnes qui constituent, qui font Linkcity. Et puis du temps aussi sur les chantiers, à faire des visites, à voir les projets. Je disais qu'il fallait comprendre les territoires avant de proposer des choses. Je pense qu'il faut aussi comprendre une entreprise avant d'arriver avec trop d'idées préconçues avnt de proposer des évolutions. Pour autant, les défis sont grands, on en a évoqué un certain nombre. On est dans un moment de marché qui reste incertain. Il y a un enjeu pour Linkcity de renouveler son activité, de faire croître aussi son activité. Et les difficultés que le marché tertiaire peut connaître sont aussi sources d'opportunités pour une entreprise comme Linkcity sur des logiques de restructuration d'actifs sur des logiques industrielles que j'évoquais, en lien avec l'entreprise et en bonne intelligence avec l'entreprise. Grâce à notre maillage territorial, on peut aller encore plus loin pour aborder des zones dans lesquelles on était moins présent, toujours avec cette recherche de création de valeur, aussi bien pour l'investisseur que pour la commune. Donc il y a un enjeu de reconstituer une activité qui est saine, pérenne, rentable et en répondant aux conditions du modèle de Linkcity.
- Salomé
Tu l'as dit tout à l'heure et j'ai reçu Olivier Raoux, fondateur d'Alios Développement, qui m'a dit la même chose, le terme promoteur a été largement égratigné ces dernières années. Malgré tout, est-ce que tu te vois comme un promoteur engagé ?
- Séverine
Je ne suis pas hyper à l'aise avec l'expression de promoteur engagé, parce que j'aurais du mal à le définir. Je me vois comme une personne, je l'espère, et en tout cas appartenant à une entreprise qui tient ses engagements. Pour moi, la clé, elle est là. C'est de tenir ses engagements. C'est d'être sincère dans les engagements qu'on prend et de tout faire pour les tenir. On a des convictions, je pense qu'on partage le goût de la fabrique de la ville, on est guidé par ça, on aime ça, on aime l'architecture, on aime nos architectes, on aime la beauté de la ville qu'on développe, on aime être fier de ce qu'on a pu réaliser collectivement, contribuer à une moindre empreinte environnementale, je pense que ça fait partie des convictions chevillées au corps de l'entreprise et moi qui me donne envie au quotidien. Tu évoquais le fait que le métier de promoteur immobilier pouvait véhiculer une mauvaise image. Moi, ce que la crise m'a appris ces dernières années, c'est que sous pression économique, chacun revient dans sa zone de confort. Et on finalement se concentre sur ce pourquoi on est fait. Le promoteur immobilier, c'est un maillon de la chaîne de valeur et donc il a une logique économique qui est la sienne et qu'il est très difficile et même illogique de lui reprocher. Là où je trouve que Linkcity a un modèle qui est vraiment intéressant aussi en temps de crise, c'est que je rappelais sa raison d'être, à savoir la création de valeurs et d'activités pour l'entreprise. Et donc dans des moments compliqués, Linkcity ne va pas se désengager, ne va pas partir. LinkCity va faire en sorte de trouver la solution pour que derrière, l'entreprise puisse aller au bout et réaliser parce que c'est ça sa finalité. Et donc ça, c'est un vecteur de confiance pour les donneurs d'ordre extrêmement fort, parce que le modèle même de LinkCity est de faire.
- Salomé
Pour finir un petit peu sur ton parcours et sur toutes ces valeurs qui, toi, te guident, si tu devais peut-être donner un conseil à un jeune qui démarre chez un promoteur immobilier, tu lui dirais quoi ?
- Séverine
Je ne sais pas si mon conseil serait différent à un jeune qui démarre dans la promotion immobilière ou dans un autre secteur. C'est toujours un peu présomptueux de formuler des conseils comme ça, mais je peux peut-être te dire comment moi j'ai fonctionné. J'essaie de faire les choix les plus sincères possibles et de me dire ça, je le sens bien, ça me ressemble, j'ai envie d'y aller à fondre et donc je le fais.
- Salomé
Alors, on va passer aux questions signatures du podcast. La première, c'est y a-t-il une maxime, un mantra, une phrase qui t'accompagne au quotidien ou qui t'inspire ?
- Séverine
La première phrase qui me vient... Et le titre d'un livre que j'ai énormément aimé, qui est « Ce que le jour doit à la nuit » , qui est un très beau livre de Yasmina Khadra, et presque en parallèle du livre et d'un récit très fort qui est le sien. J'aime beaucoup cette phrase parce que ça rappelle d'où l'on vient, que les moments de lumière sont aussi nourris de moments plus sombres qu'on a pu connaître. Et puis la nuit, c'est aussi des moments heureux et c'est aussi des moments de repos. Et ça rappelle qu'on s'inscrit dans un cycle, cycle de vie, cycle de la journée. Et je trouve que la formule est très belle et elle me parle.
- Salomé
Quelle a été la chose la plus inattendue que tu aies faite dans ta carrière ? Et si ce n'est pas quelque chose d'inattendu, un moment qui a été décisif ou très fort ?
- Séverine
J'ai envie de citer le choix que je fais en rejoignant Linkcity parce que c'est un moment que je vis comme un moment fort pour moi. Il me rappelle les premières années que j'ai pu passer chez Bouygues Construction et en un sens le chemin parcouru depuis. Et j'y trouve une vraie cohérence. Et donc pour moi, c'est un moment fort de ma carrière.
- Salomé
Qui est-ce que tu aimerais entendre sur le podcast ?
- Séverine
Alors je sais que tu as entendu déjà des personnes passionnantes. C'était presque intimidant de passer après eux. En tout cas des personnes que j'apprécie beaucoup, dont tu as pu me parler, Christel Zordan, Raphaël Ménard et beaucoup d'autres. J'aurais plaisir à entendre Nicolas Détrie, qui est le fondateur de Yes We Camp.
- Salomé
Je ne connais pas du tout.
- Séverine
Qui est un collectif remarquable de créativité, d'engagement social, qui est né, si je ne dis pas de bêtises, en 2012 ou 2013 à Marseille. N'y vois pas de chauvinisme de ma part, quoique. Mais Nicolas est pour moi une des personnes qui a un regard différent sur la ville et qui vit en accord avec ses convictions. Il fait preuve d'un grand courage parce que de ce que je perçois de sa vie, il est très aligné entre ce en quoi il croit, la manière dont il agit et la générosité avec laquelle il œuvre à transformer nos villes.
- Salomé
L'appel est lancé. Et enfin, où est-ce qu'on peut te suivre et te retrouver ?
- Séverine
Je suis très peu communicante. Je pense n'avoir jamais eu une quelconque... pages Facebook et être extrêmement ringarde en termes de réseau. Je crois que le seul sur lequel je suis active est LinkedIn.
- Salomé
Ok, ça marche. Merci beaucoup Séverine.
- Séverine
Merci à toi.
- Salomé
Allez, c'est la fin de cet épisode. Je remercie encore une fois Séverine qui a accepté de répondre à toutes mes questions avec beaucoup de sincérité. J'espère que sa vision vous a inspiré. Je vous remercie mille fois de nous avoir écouté jusqu'au bout. Si vous voulez me poser des questions, me faire vos retours ou me proposer de nouveaux invités, je vous attends sur LinkedIn. Enfin, je remercie chaleureusement Bouygues Construction qui soutient le podcast et sans qui il n'existerait pas. J'espère que cet épisode vous a plu. N'hésitez pas à me laisser des étoiles et des commentaires sur Spotify et Apple Podcast, ça m'aide beaucoup. On se retrouve dans 15 jours pour un nouvel épisode d'Officieux, le podcast qui vous livre les confidences de ceux qui font l'immobilier d'entreprise.