Speaker #0On ne va pas se mentir, l'entreprise, ce n'est pas le monde des bisounours. Tout le monde ne s'aime pas, tout le monde ne s'entend pas, et parfois, certaines personnalités ont beaucoup de mal à cohabiter. Et c'est normal, on est humain. Personnellement, j'ai exploré plusieurs environnements professionnels, j'ai connu des équipes dans lesquelles il y avait une véritable solidarité, beaucoup d'entraide, une ambiance plutôt chouette, et puis j'ai aussi connu des endroits où les relations étaient franchement tendues. Vous savez, ces ambiances où vous sentez dès le matin que la journée risque d'être très longue. Et pourtant, qu'on s'apprécie ou non, il faut bien travailler ensemble. Parce que pour beaucoup d'entre nous, le travail représente une bonne partie de nos journées. 7 ou 8 heures à partager un bureau, des réunions, des objectifs, des difficultés, et souvent la même machine à café. Alors évidemment, les conditions de travail comptent. Le matériel, les missions, le management, l'organisation. Mais il y a aussi quelque chose qui peut changer complètement notre façon de vivre une journée. L'ambiance. Parce qu'on peut aimer son métier et avoir la boule au ventre à l'idée de retrouver certains collègues. Ça arrive. A l'inverse, on peut traverser une journée compliquée et la trouver beaucoup plus supportable grâce à une équipe avec laquelle on se sent bien. Et c'est aussi pour ça que les relations professionnelles méritent qu'on s'y intéresse. Petite précision tout de même, avant d'aller plus loin. Aujourd'hui, je parle uniquement de relations difficiles, de mésententes, de comportements parfois désagréables. Je ne parle pas de situations de harcèlement. Ce sont des situations bien différentes qui demandent d'autres réponses. J'ai d'ailleurs consacré un épisode, si ça vous intéresse, à ce sujet, que je vous invite à découvrir si cela vous concerne. Voilà, la précision est faite, c'est dit. Alors maintenant, revenons à nos collègues. Parce que si on ne peut pas choisir toutes les personnes avec lesquelles on travaille, on peut parfois agir sur notre propre comportement. Et moi, pour changer mon comportement, j'ai dû réapprendre quelque chose qu'on nous enseigne. pourtant depuis l'enfance. La politesse. C'est la première attitude. La politesse même quand on ne s'apprécie pas. Dire bonjour. Oui, dire bonjour à ses collègues. Oui, je sais. Vous vous dites peut-être « tout ça pour ça » , eh bien oui, tout ça pour ça, parce qu'un bonjour, un merci, un s'il vous plaît ou un au revoir, ça peut paraître complètement banal, mais dans une relation tendue, croyez-moi, ces petits mots prennent parfois beaucoup plus de place. Imaginez, le matin, vous arrivez au travail et vous croisez ce collègue avec lequel vous ne vous entendez pas. Vous avez deux possibilités. Soit vous vous passez devant lui comme s'il était invisible, Ou vous lui dites simplement bonjour. Pas besoin de lui faire la bise, de lui raconter votre week-end ou de lui proposer un café. Juste bonjour. Et pour moi, ça, c'est déjà une façon de reconnaître sa présence. De lui montrer que, même si vous n'êtes pas les meilleurs amis du monde, vous restez deux personnes qui travaillent ensemble. Alors attention, je ne suis pas en train de dire qu'un simple bonjour va miraculeusement régler dix ans de tension. Ça serait trop facile. Mais ça peut éviter d'en rajouter. Et c'est déjà pas mal. Personnellement, j'ai compris que la politesse, ce n'était pas une récompense qu'on accordait uniquement aux personnes qu'on appréciait. Pour moi, c'est aussi une manière de me comporter en accord avec mes propres valeurs. La personne, elle n'est pas obligée de m'aimer, mais moi, je suis obligée de la respecter, tout simplement. Et justement, en parlant de valeurs, il y a aussi une deuxième attitude que j'ai appris à adopter. Parce qu'être poli avec quelqu'un, c'est une chose, mais qu'est-ce qu'on fait quand on voit cette personne en difficulté ? Alors, la deuxième attitude, pour moi, c'est la solidarité. même sans affinité. Oui, je sais, ça pique, mais ça marche. Imaginez que votre collègue soit complètement débordé. Il a du retard, il cherche une information, il ne comprend pas comment résoudre un problème et vous, vous savez exactement comment l'aider. Seulement, voilà, ce collègue, vous ne l'appréciez pas. Est-ce que vous lui donnez un coup de main ? Ou est-ce que vous vous dites « Ah, pour une fois que ce n'est pas moi qui galère. » Bon, là, je caricature un peu, mais vous voyez l'idée. Personnellement, j'ai appris qu'on pouvait parfaitement ne pas apprécier quelqu'un et quand même lui venir en aide. Les deux ne sont pas du tout incompatibles. Et surtout, je me suis rendu compte que je n'avais pas forcément envie de laisser une mésentente décider à ma place de la personne que je voulais être. C'est surtout ça. Si pour moi, la solidarité, c'est une valeur importante, eh bien, je l'applique. Terminé, je la respecte. Donc, si je peux aider quelqu'un dans la mesure de mes possibilités, bien sûr, pourquoi m'en priver uniquement parce que nous n'avons pas d'affinité ? Ça ne veut pas dire qu'il faut tout accepter, ni faire systématiquement le travail des autres. C'est juste que la solidarité, il ne faut pas que ça devienne déjà le service après-vente de toute l'entreprise. Ça, c'est dit. C'est simplement être capable, quand la situation s'y prête, bien évidemment, de donner un coup de main. Et parfois, ces petits gestes... peuvent aussi modifier le regard que l'on porte l'un sur l'autre. On découvre finalement une autre facette de son collègue, on échange différemment, on se rend compte qu'au fond, on avait peut-être réduit cette personne à ce qui nous agaçait profondément chez elle. Mais attention, je ne dis pas encore une fois que donner un coup de main signifie qu'on va être toujours d'accord. Et c'est là que j'en viens à ma troisième attitude, le respect dans la communication. Alors moi, je vais vous faire une confidence. Moi, je suis quelqu'un d'assez volcanique dans ma vie perso. Quand quelque chose me contrarie, je peux monter rapidement en température. Avec le temps, j'ai appris et j'apprends encore à faire autre chose. C'est de différer ma réaction quand je suis énervée. Je m'explique. On peut être en désaccord avec quelqu'un sans forcément lui parler avec mépris. On peut ne pas apprécier sa façon de travailler sans le rabaisser. Et surtout, c'est que... Parler plus fort ne signifie pas avoir davantage raison. Imaginez une réunion, vous proposez une idée, votre collègue n'est pas d'accord, il vous coupe la parole, vous répond sèchement et commence à hausser le ton. À votre avis, vous avez envie de faire quoi là, tout de suite ? Probablement de vous défendre et parfois de hausser le ton à votre tour. Donc résultat, au bout de cinq minutes, on ne parle même plus de l'idée de départ, on s'engueule, on cherche à avoir le dernier mot. Alors aujourd'hui, maintenant, ce que je fais, c'est quand... Quand je sens que je suis trop énervée pour répondre correctement, j'essaie de prendre du recul, j'essaie de respirer déjà. Je laisse passer quelques minutes, voire quelques heures. Et si nécessaire, je reprends la discussion plus tard. Ça ne veut pas dire que je laisse tout passer. Bien au contraire, ça veut juste dire que je peux exprimer un désaccord, poser une limite claire ou dire qu'une situation ne me convient pas. Mais j'essaie dans la mesure du possible de ne pas attaquer la personne. Alors croyez-moi, ce n'est pas toujours facile. Surtout quand on a un tempérament comme le mien. mais il y a une chose que j'ai comprise avec les années, c'est que les mots peuvent apaiser une situation comme ils peuvent l'envenimer et parfois le problème ne vient même pas de ce qu'on dit directement à un collègue, mais il peut aussi venir de comment on lui dit du ton qu'on emploie, mais au-delà de ça, il peut y avoir un autre problème Qu'est-ce qu'on dit de ce collègue quand il n'est pas là ? Donc la quatrième attitude, je pense que vous la voyez venir, c'est de ne pas alimenter les rumeurs. Alors ça, c'est les petites conversations entre collègues, les gossips, etc. Vous savez, celle qui commence par « je te dis ça, mais tu ne le répètes pas » . Alors on l'a tous fait, et on le fait tous encore, mais je vais vous expliquer pourquoi je vous dis ça. Alors généralement, quand une conversation commence comme ça, il faut se méfier. On sait que ce qui va suivre n'est pas très reluisant pour la personne qui n'est pas là. Alors imaginez qu'un collègue vient vous raconter quelque chose sur une autre personne de l'équipe, que les deux ne s'aiment pas, d'accord ? Une remarque désagréable, une histoire dont vous ne connaissez pas vraiment le contexte, ou simplement une interprétation de son comportement. et quelques heures plus tard, vous avez l'occasion. de répéter ce qu'on vous a raconté, et en plus, à une personne qui n'aime pas ce collègue. Donc imaginez, imaginez. Ça ne fait qu'envenimer les choses, donc à quoi bon ? Qu'est-ce que ça va apporter en fait ? Est-ce que déjà l'information que vous donnez, elle est vérifiée ? Est-ce qu'elle est utile ? Et est-ce qu'elle ne risque tout simplement pas de blesser quelqu'un ou de créer un conflit supplémentaire ? Alors aujourd'hui, j'essaie dans la mesure du possible, encore une fois, de me poser une question toute simple. Est-ce que ce que je m'apprête à dire va réellement servir à quelque chose ? Et bien souvent, la réponse suffit à me faire garder certaines réflexions pour moi. Parce qu'il faut aussi admettre qu'il y a une différence entre ce qu'on sait et ce qu'on imagine. Par exemple, un collègue arrive au travail sans dire grand-chose, on peut se dire qu'il a une mauvaise humeur, qu'il nous en veut, qu'il se croit supérieur aux autres. Alors qu'en réalité, on ne sait absolument rien de lui. Peut-être qu'il traverse, je ne sais pas moi, une période difficile. Peut-être qu'il est fatigué, peut-être qu'il n'aime pas les lundis, ou peut-être qu'il n'a tout simplement pas envie de discuter ce matin-là. Et il en a le droit. Donc c'est pour ça que j'ai appris moi-même à me méfier de mes propres interprétations. Je ne vous dis pas que je n'en ai pas. Bien au contraire, j'en ai, mais j'essaie quand même de mettre de la distance entre ce que j'interprète et ce qui est réellement. Et parfois, plutôt que d'imaginer ce qui se passe dans sa tête, le plus simple reste encore de lui parler. Donc ce qui m'amène à ma cinquième et dernière attitude, et celle-ci, je l'aime. particulièrement parce que quand j'arrive dans une nouvelle entreprise, j'ai tendance à venir avec un petit accessoire invisible. Roulement de tambour. Ma notice d'utilisation. Oui, arriver avec sa notice d'utilisation. Oui, oui, vous avez bien entendu. Ma notice d'utilisation. Je répète. Non, je rigole. Bon, rassurez-vous. Je ne distribue pas un document de 20 pages à mes collègues dès mon premier jour pour savoir comment je fonctionne. Non, ce n'est pas du tout ça. Bon, quoique ça pourrait être marrant. Non, ça serait juste chiant. Bref, c'est juste que j'aime bien expliquer assez rapidement, même dans ma vie, je dirais personnelle, comment je fonctionne. Parce qu'on a tous nos petites habitudes, nos préférences, nos façons de communiquer. Et parfois, ce qui nous paraît évident ne l'est absolument pas pour les autres. Moi, par exemple. Je peux vous dire que je ne suis pas une grande fan des lundis. Et ce n'est vraiment pas une caricature, c'est la vérité. J'ai aussi un énorme coup de barre après le déjeuner. Peu importe ce que je mange, même si je vais marcher après, j'ai un coup de barre. J'en vis juste à 14h de dormir et je lutte. Je lutte très sérieusement. Et comme je vous le disais tout à l'heure, j'ai un tempérament aussi assez volcanique. Mais je suis aussi, à contrario, quelqu'un de très sensible. Ça ne veut pas dire qu'on ne peut rien dire, ça veut juste dire que... Je ressens des émotions beaucoup plus fortes que peut-être les autres. Enfin, voilà, bref. Alors forcément, ça peut influencer ma façon de réagir dans certaines situations. Et je trouve intéressant ça, de pouvoir le partager. Pas pour demander aux autres de s'adapter systématiquement à moi, mais simplement pour qu'ils comprennent un peu mieux comment je fonctionne. Et évidemment, ça marche dans les deux sens. Moi aussi, j'ai besoin de découvrir les habitudes de mes collègues. J'ai besoin de découvrir qui ils sont. Certains aiment échanger régulièrement, d'autres ont besoin de calme pour se concentrer, sont plutôt introvertis, d'autres extravertis. Certains préfèrent qu'on leur téléphone, d'autres apprécient davantage un message écrit. Et ce n'est pas parce qu'on fonctionne différemment qu'on est forcément incompatible. Parfois, c'est juste, je dirais, simplement de connaître ces différences pour éviter quelques malentendus. Et c'est ce que j'aime appeler, c'est ce qui s'appelle peut-être l'intelligence relationnelle. Je n'ai rien inventé. C'est un terme un peu sérieux. pour désigner quelque chose d'assez simple, essayer de comprendre comment fonctionnent les autres, tout en apprenant à se connaître soi-même. Vaste programme. Et ça, je trouve que ça change beaucoup de choses. Parce qu'au fond... C'est pas unilatéral, on peut pas demander aux autres de nous comprendre, sinon on fait pas l'effort aussi de les comprendre. Mais surtout, c'est qu'on peut pas demander aux autres de nous comprendre si on leur donne jamais, je dirais, les clés, les règles du jeu. Bon, après, même avec la notice, il peut y avoir encore quelques bugs. Mais au moins, on aura eu le mérite d'essayer et de faciliter, si je puis dire, la prise en main. Quand je repense à ces cinq attitudes, je me rends compte qu'elles ont toutes un point commun. Elles demandent pas d'aimer davantage ses collègues, Surtout de faire un peu plus attention à la façon dont on se comporte avec eux. En conclusion, je pourrais vous dire très simplement, on n'est pas obligé de s'aimer au travail. On n'est pas obligé de tous s'aimer. Mais si je devais retenir une chose de cet épisode, ce serait celle-ci, c'est que oui, on n'est pas obligé d'aimer tout le monde. Et franchement, heureusement, et puis c'est humain encore une fois. On a tous des personnalités différentes, des caractères qui s'accordent plus ou moins bien, des sensibilités, des habitudes et ça, c'est parfaitement normal. Mais ne pas apprécier quelqu'un ne nous oblige pas à lui manquer de respect et ça, c'est important. On peut ne pas avoir d'affinité et réussir à travailler correctement ensemble. On peut être en total désaccord et continuer à se parler. On peut aussi reconnaître qu'on n'a pas toujours, nous aussi, été irréprochable et ça... Croyez-moi, j'en suis bien placée pour en parler. Parce que quand je repense à la collègue que j'étais au début de ma vie professionnelle, je mesure vraiment le chemin parcouru. Alors, je ne vais pas vous dire que je mérite 5 étoiles sur Google. Il y a encore des mises à jour à faire. Mais je crois que j'ai appris quelque chose d'important, c'est que le comportement qu'on adopte aujourd'hui n'est pas forcément celui qu'on aura toute notre vie. On peut évoluer, on peut se remettre en question et parfois une remarque difficile à entendre. peut nous aider à prendre une direction qu'on n'aurait peut-être jamais, jamais envisagée. Alors avant de vous quitter, j'aimerais vous poser une question. Je ne sais pas si on vous l'a déjà posée, mais je tente quand même ma chance. Est-ce qu'un collègue vous a déjà fait une remarque qui a changé votre façon de travailler avec les autres ? En tout cas, c'est intéressant de se poser cette question parce que ça permet de mesurer encore une fois le chemin parcouru. Et aussi, je dirais, ce n'est pas très agréable, mais... de zoomer un peu sur notre comportement avant de fustiger les autres. En tout cas, je vous remercie d'avoir passé ce moment avec moi et n'oubliez pas, vous n'êtes pas obligés d'aimer vos collègues pour leur réserver un bon jour demain matin. Bon, sur ce, je vous dis à très bientôt pour un nouvel épisode d'On fait le taf.