- Speaker #0
Bienvenue dans les podcasts de l'an. Chaque épisode est une porte entreouverte sur une décision, un moment, un déclic. Une action qui aura souvent été à l'origine de bien belles aventures. Ici, l'envie n'est pas un mot abstrait. C'est une force concrète, celle qui sépare ceux qui rêvent de ceux qui font. Aujourd'hui, on est jeudi 19 février et j'ai le plaisir de recevoir Vincent Brassat, qui est le fondateur de la Tablée des Chefs en France. C'est un homme qui a une envie tenace et qui a cru à cette envie et qu'aujourd'hui, si j'ai bien tout compris, il a envie. Bonjour Vincent.
- Speaker #1
Bonjour Éric.
- Speaker #0
Alors, si tu devais te présenter sans faire ton CV, tu dirais quoi de toi ?
- Speaker #1
Je dirais que je suis peut-être un explorateur de la vie. Je suis quelqu'un qui aime bien découvrir. Je pense que c'est ce qui me caractérise le plus, c'est que je n'ai pas peur d'aller sur des terrains inconnus.
- Speaker #0
Et aujourd'hui, qu'est-ce que tu fais et surtout, on va dire, pourquoi tu le fais ?
- Speaker #1
Alors, ce que je fais aujourd'hui, c'est assez vaste, mais en tout cas, je suis engagé socialement. Je gère et je fais fondé et je gère aujourd'hui. une petite structure associative qui a pour mission, et c'est un peu notre Everest à nous, d'éduquer les jeunes à une bonne alimentation, avec évidemment tous les enjeux qui vont autour de l'éducation alimentaire. Donc voilà ce que je fais maintenant au quotidien.
- Speaker #0
Et s'il y avait un fil rouge dans ton parcours, ça serait lequel ?
- Speaker #1
Alors, mon fil rouge... En fait, parfois... Je me suis posé la question, il y a déjà quelques années, parce qu'en fait, je fais ça maintenant depuis 13 ans, presque 14 ans. Mais un jour, je me suis dit, mais pourquoi tu en es là ? Pourquoi tu fais ça ? Et j'ai toujours eu un peu le syndrome de l'imposteur. Et je me suis rassuré en me disant que finalement, si je prends mon parcours de vie et ce que je suis devenu aujourd'hui, je suis exactement à la place où je devais être. C'est comme si, si on prend l'exemple du ruisseau, le ruisseau, il va... L'eau va passer où... D'ailleurs, on parle beaucoup d'eau en ce moment, mais l'eau, elle s'infiltre partout, mais elle passe où elle peut passer, où elle trouve un chemin. Et je pense que ma vie professionnelle a suivi un chemin, finalement, assez naturel. On va dire ça comme ça, assez naturel. C'est-à-dire qu'il y avait assez de versants, donc ça avance. Et puis, il y avait des obstacles, mais pas trop, qu'on pouvait éviter, contourner. Et puis, c'est comme ça que je suis arrivé là. Je m'explique. Aujourd'hui, moi, j'éduque les jeunes dans l'alimentation, mais la finalité de ça... c'est de lutter contre la précarité alimentaire. Et si je prends mon parcours de vie, jeune, j'ai connu la précarité alimentaire. Et donc, ça, c'est une première pierre. Et puis après, aujourd'hui, mes actions, je les fais notamment avec des chefs de cuisine professionnels engagés. Et en fait, j'ai fait un lycée hôtelier. C'est le lycée hôtelier qui m'a aidé d'ailleurs à sortir d'une certaine précarité, qui m'a construit en tant qu'homme et professionnellement. Donc voilà, la lutte contre la précarité alimentaire, l'atout et le support des chefs pour mener cette mission. Donc étonnamment aussi, enfant, je le dis souvent, mais c'est vrai, je rêvais du Canada. En fait, je rêvais d'aller vivre au Canada. Et aujourd'hui, la vie me l'a bien rendu, parce que l'assaut que je dirige en France est né à Montréal en 2002. Et en fait, quelque part aujourd'hui, je travaille, j'ai des collègues canadiens, et je vais au Canada assez, pas régulièrement, mais moins. assez souvent finalement pour ce projet. Donc je me dis, c'est beaucoup d'engagement, mais je suis assez content d'être là où je suis et je trouve ma place assez légitime.
- Speaker #0
Alors justement, on va revenir sur cette idée de Canada parce que quand on s'est parlé un peu avant ce podcast, l'idée c'était de dire ta grande envie, c'était quoi ? Et ta grande envie, si j'ai bien tout compris, c'est d'importer un concept que tu as... connu ou que tu as vu, que tu as pratiqué au Canada, qui s'appelle la Tablée des Chefs, et d'en devenir le fondateur ici, en France.
- Speaker #1
Est-ce que j'ai bien... Oui, c'est ça. Mais avant ça, il y avait quand même d'autres étapes, d'autres pré-étapes. Effectivement, sur mon parcours de vie, j'ai connu un précarité alimentaire, j'ai fait un lycée hôtelier, l'accès à une bonne alimentation, parce qu'aujourd'hui, c'est ce qu'on... Ce qu'on aimerait donner à tous ces jeunes au travers de l'éducation alimentaire, c'est d'axer une alimentation saine, variée, de qualité. Moi, cet accès à une bonne alimentation, je l'ai connu au travers du lycée hôtelier. Je dis assez souvent, j'ai découvert le fromage en faisant les parures du plateau de fromage, vraiment le service. Et puisque moi, dans ma famille, le fromage, ça coûtait assez cher et on n'en mangeait pas. Donc voilà, il y a tout ce parcours-là. Et puis aussi, à un moment, l'envie, je veux dire, on ne rentre pas dans un projet associatif comme ça. C'est-à-dire qu'il y a très peu, alors aujourd'hui, un petit peu dans la nouvelle génération, on a des jeunes qui veulent avoir un métier qui a du sens. qui, assez naturellement, après leurs études, peuvent venir travailler dans l'économie sociale et solidaire. En tout cas, moi, ma génération, ce n'était vraiment pas l'idée, c'était l'idée de personne, d'ailleurs. Et donc, tout ce chemin-là se construit petit à petit. Et en fait, moi, c'est mon chemin professionnel, ma confrontation, et Eric, tu connais les réunions de ciel, mais ma confrontation, notamment, à des problématiques de gaspillage alimentaire sur des événements organisés par des entreprises, parce que moi, je fais le jeu. D'abord, c'est de l'autorité de la restauration. Puis, pour une vingtaine d'années, j'ai travaillé dans l'événementiel. Et donc, le constat de ce gaspillage alimentaire, le constat de se dire qu'en face, on a aujourd'hui des gens, déjà à l'époque, en 2011, qui souffrent de précarité, qui sont à la rue et qui ne mangent pas tous les jours. Et de se dire, à côté, il y a des grands événements et on va acheter des centaines de repas parce que les invités ne sont pas venus, parce que le traiteur avait prévu un peu trop. Aujourd'hui, c'est un peu mieux géré, tant mieux, mais à l'époque, ce n'était pas trop le cas. Et c'est ça qui m'a fait prendre conscience qu'il y avait quelque chose à faire. Et moi, j'avais envie d'aider et de travailler pour le bien commun. Et puis après, il y a d'autres éléments importants aussi dans mon parcours de vie. Par exemple, je le dis souvent, mais c'est vrai, mon père a été infirmier psychiatre. La psychiatrie, c'est vraiment le parent pauvre de la médecine en France. Et moi, en clan, j'ai été au hôpital psychiatrique, passer des demi-journées avec mon père. Je ne sais pas si ce sera encore possible aujourd'hui. Il était en Sermi-Nitraichon. Pendant 20 ans, il a fait les services enfants. Et il me disait toujours, tu sais, moi, si je ne suis pas là pour ces enfants-là, il sera là. Il faut que je sois là pour ces enfants. Et d'ailleurs, quand tu rentrais dans le service avec lui, tu avais les deux tiers des enfants qui lui sautaient au cou et qui l'appelaient papa. Moi, c'était mon père à moi. C'est bizarre, ces jeunes qui ont l'air un peu différents. ne l'appelle pas. Et donc ça, ça m'a vraiment marqué. Et donc, le don de soi, le don de soi pour les plus démunis, ceux qui sont en difficulté, c'est, je pense, quelque chose que je portais en moi. Donc c'est aussi cette construction-là qui s'est faite tout au long. Et donc à un moment, effectivement, le constat de ce gaspillage alimentaire, l'envie de s'engager pour récupérer ses surplus, et les redistribuer à des associations des alimentaires. Ça, c'est le point de départ. L'expérience, parce qu'en fait, aujourd'hui, j'ai 61 ans et donc déjà à l'époque, j'étais plus un jeune premier, on va dire ça comme ça. Je me suis dit, je trouve que c'est, on est dans un monde où beaucoup de gens ont des bonnes idées, mais ils ont l'impression qu'ils sont les seuls à avoir cette idée-là et puis ils vont tout révolutionner. Et moi, je suis plus pragmatique, c'est-à-dire que je sais que si on a une idée, il y a d'autres qui ont cette idée, que parfois, ce qu'on veut faire, ça existe déjà ailleurs. Alors peut-être pas dans la forme précise qu'on aimerait avoir, mais... s'appuie sur quelque chose d'existant, je pense que c'est un bon raisonnement. Et donc, j'ai regardé ce qui se faisait. Je savais qu'en France, il n'y avait rien. Et je suis tombé sur la table des chefs de Montréal qui, elle, récupérait les surplus d'événements et redistribuait ça à des associations. Exactement ce que j'avais envie de faire. Et donc, j'ai pris l'initiative, on va dire, de contacter les Québécois. et de leur demander, au départ, je n'aurais pas dit je veux faire des méchages en France. J'aurais dit voilà, moi je suis en France, je m'appelle Vincent, je travaille avec des traiteurs parisiens, il y a beaucoup de gaspillage, j'ai vu que vous faisiez de la récupération, de la redistribution, est-ce qu'on pourrait en parler, est-ce que vous pourriez me donner des billes ? Je pense que ce serait sympa qu'on réussisse à mettre ça en place en France. Voilà comment ça a démarré.
- Speaker #0
Et donc tu es parti au Canada avec cette idée, ou tu les as connus là-bas, donc tu les connaissais avant de partir ?
- Speaker #1
Alors, je ne suis pas parti, en fait, à vrai dire. J'ai envoyé un mail. Ah, OK. J'ai envoyé un mail. Bonjour, je me présente. Au départ, à vrai dire, ce qui est fou, c'est que j'avais fait un événement, je peux le dire, à Paris. Non, je ne vais pas dire le nom de l'entreprise. Allez-y, je peux le dire. J'avais travaillé sur un événement à l'Opéra Garnier, pour Total, en fait. C'était la présence du Nigeria. Au Nigeria, il y avait beaucoup de... de pétrole, il y avait un peu de business à faire. Et en fait, c'était un dîner de 600 personnes et pour des raisons de temps, etc., le deuxième plâtre chaud prévu n'a pas été servi. Et moi, je... Je ne faisais pas la cuisine, mais j'avais fourni du matériel pour cet événement, notamment de la table et des assiettes. Et donc, il y a des assiettes qui sont revenues, qui n'avaient pas servi. Et j'avais posé la question, je me disais, mais pourquoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ? On n'a pas, pour des raisons de temps, on n'a pas servi le deuxième plat chaud. Donc, je savais très bien que ces 600 plats, ils n'avaient aucune destination s'ils n'étaient pas mangés par les convives. Et donc, en fait, c'était ce qui s'est passé. Certains avaient dû, peut-être quelques mètres d'hôtel, aller manger un plat, peut-être... 90% de ses plats étaient partis à la poubelle. Et je me suis dit, ça a été de l'éclencheur. Je me suis dit, là, il faut vraiment faire quelque chose. Donc, j'ai recherché. Je savais qu'en France, il n'y avait rien qui se faisait de sérieux. J'ai regardé ailleurs. Je suis tombé sur l'initiative de la tabelle des chefs Montréal. J'ai fait un mail. Et à vrai dire, un soir de déprime, parce qu'avec ce qui s'était passé, ça m'avait vraiment déprimé. Et j'ai oublié l'envoi de ce mail. C'est-à-dire qu'il s'est passé, je ne sais pas, trois semaines, un mois. Il n'y avait pas de retour. Et j'ai été reparti dans ma vie. de tous les jours, active. Et c'est tout. C'était un mail que j'avais envoyé comme ça. Comme on fera un message sur Insta à quelqu'un qu'on aime bien, très populaire, sans imaginer vraiment de retour. C'était un peu dans cette logique-là. Et en fait, au bout de trois semaines à moi, j'ai eu un retour. Ah, bonjour. Eh bien, avec plaisir, pour échanger avec vous, le fondateur Jean-François Archambault, c'était fin novembre, vient à Paris en février sur un... un salon qui s'appelle Omnivore, et il aimerait bien vous rencontrer. Et là, en février 2011, 2011, 2012, 2013, c'est ça, en février 2011, j'ai fait ma première rencontre avec Jean-François Archand.
- Speaker #0
Et c'est là que ça s'est passé, qu'il y a eu une vraie connexion, et que derrière, tu as choisi directement de partir là-dedans, parce que tu avais quand même un métier, tu avais une fonction ? Oui,
- Speaker #1
c'est un peu dingue, mais en fait, c'est un peu dingue. En fait, je rencontre Jean-François un dimanche à la mutualité, là, sur Omnivore. Donc, on se donne rendez-vous. J'arrive à la mutualité et Jean-François m'avait appelé. Je suis là, je t'attends, avec son accent, je ne sais pas reproduire, mais son accent québécois. Et moi, j'adore le Canada, je suis passionné de vos pieds sur glace. Enfin, bref, j'étais un peu dans mon événement. Je me disais, mais c'est une chance de ce mec-là, il a l'air incroyable. Bref, et j'arrive à la mutualité et il est en train de discuter avec Anne-Sophie Pic. qui venait de sortir un livre et qui lui avait dédicacé son livre. Donc, il me présente un sauce hippique. Je lui dis, ça commence bien. Et on avait prévu un petit déj. Donc, j'avais ma fille la plus jeune qui était avec moi. J'étais séparé depuis peu de temps et c'était mon week-end. Et donc, on prend ce petit déj. Et là, il me raconte, il parle à la table des chefs. Moi, je venais pour qu'il m'explique comment il récupérait des surplus, comment il les redistribuait. Et là, il me parle à la table des chefs et il me parle de plein de choses. Et il me dit, oui, alors on a fait ça au départ. Puis après, comme les chefs étaient engagés avec nous, moi, je me suis dit que pour lutter efficacement contre le gaspillage alimentaire, il fallait aussi cuisiner parce qu'il y a beaucoup. Et ce qui est vrai, il y a beaucoup de gaspillage dans les foyers, dans les familles, dans les frigos. 30% du gaspillage alimentaire mondial est fait par les particuliers chez eux. Et en plus, ça permettrait aux gens, notamment les plus modestes, s'ils savaient cuisiner, de mieux manger, plus équilibrer, peut-être même d'alléger leur budget. Donc, avec ces chefs que j'avais embarqués sur la récupération, la redistribution de leurs surplus, je les ai embarqués sur des ateliers de cuisine. On fait des ateliers de cuisine avec des jeunes. Alors, je l'écoute. J'avais du mal à intégrer toutes ces informations. Mais bon, je suis face à un mec passionné, à un mec qui a l'air de reculer devant rien, un peu à la nord-américaine quand même. Donc, ce côté très développeur, très… très engagé, avec des ambitions à l'échelle du pays très grandes. Et donc, je l'écoute, je bois ses paroles. Et à la fin, il me regarde et il me dit « Vincent, tu ne veux pas faire la table des chefs en France ? » Et là, je ne sais pas, il vient dire que c'est allumé. Et je me suis dit « Mais oui, au lieu d'aller monter ma petite association, le gaspillage de Vincent, peut-être autant carrément... » apporter l'atelier chez France. Et on s'est tapé dans la main. Et c'est comme ça que l'idée est partie. Parce qu'après, ça a été un long chemin. C'est comme ça qu'on a démarré.
- Speaker #0
Et toi, tu avais un boulot. Donc, quand tu as démarré, tu as lâché ton boulot et tu as pris ? Ou il y a eu une période entre les deux ? Tu as fait passer le switch ?
- Speaker #1
Alors, on parle de ça. Et je le regarde et je me dis, moi, j'étais dans un boulot. Franchement. Je peux le dire maintenant, je vais commencer à m'ennuyer sérieusement. Je suis heureux. La nuit, 11h30. où je commençais à m'ennuyer sérieusement. Enfin, surtout, effectivement, là-dedans, je ne voyais pas trop moins d'intérêt et pas de... Voilà. Et je voulais... Pas trop de sens, en fait, finalement. Je commençais à ne plus mettre trop de sens à tout ça. Et donc, je dis à Jean-François à l'époque, écoute, moi, j'aimerais bien, si c'était possible, ne faire que ça. Il me dit, OK, mais t'es... La réalisation, il se passe plein de choses.
- Speaker #0
La réalité.
- Speaker #1
La réalité. En fait, à vrai dire, ce qui s'est passé, c'est qu'effectivement, la Téléchète Montréal fonctionnait avec quasiment que des fonds privés. Quand il est rentré à Montréal, il a parlé de cette rencontre et de ce projet d'implantation en France. Il en a discuté à son conseiller d'administration. Alors au départ, il ne l'a pas dit en fait. Mais eux, ils ont tous été vendeux en disant « Attends, nous, c'est que de l'argent d'entreprise, surtout qu'en plus... » québécoises, et en fait, il y a un protectionnisme des Québécois qui est historique. Et donc, c'était eux à aller mettre de l'argent dans un projet en France pour éduquer les jeunes dans l'alimentation la France, pays de la gastronomie. Enfin, pour eux, ça paraissait complètement aberrant. Et surtout, ils avaient du mal à se dire qu'ils allaient pouvoir, on va dire, leurs partenaires les embarquer dans cette aventure. Et donc, en fait, Ça a été un nom catégorique du conseil d'administration, donc il s'est retrouvé bloqué. Il ne m'en a pas parlé. On a continué d'avancer en disant, on va le faire. Et en fait, ça a duré comme ça pendant un an et demi. Et moi, j'avais commencé à avancer mes billes auprès de traiteurs pour la récupération de la redistribution. Je parlais du projet, mais au bout d'un an et demi, il s'était rien passé, à vrai dire. Et j'ai dit à Jean-François, écoute, moi... tant pis, je vais faire sans toi le projet. Ça ne s'appellera pas l'atelier de chef, mais le projet, j'ai envie de le faire et je vais le faire. Et finalement, ça l'a fait bouger. Il m'a dit, écoute, on va trouver une solution. On va monter une franchise. Donc, en fait, on a montré un contrat de collaboration dans lequel il n'y avait pas du tout d'argent. En tout cas, il n'y avait pas d'argent canadien pour la France, ça c'est sûr. Il y avait une redevance pour moi prévue, symbolique, mais... et en tout cas de l'autorisation d'utiliser le nom de la table des chefs, de récupérer les programmes qui étaient mis en place là-bas, et de les implanter en France. Mais en fait, j'ai démarré, on va dire, à vrai dire, avec rien. Parfois, je dis que j'étais au milieu de l'océan, et je ramais avec des petites cuillères, ça n'avançait pas.
- Speaker #0
Mais pour revenir à ma question, quand tu as monté, tu as quitté ton travail, ou tu as mélangé les deux, et tu as pu vivre ce qu'on a ?
- Speaker #1
Non, mais je ne pouvais pas du tout. Donc en fait, oui, je me suis un peu... En fait, l'idée, c'est que comme il n'y avait pas d'argent, j'étais dans l'incapacité de quitter mes travails. Évidemment, j'avais un loyer, j'avais une pension alimentaire. Je ne pouvais pas quitter mon travail. Et donc, qu'est-ce que j'ai fait ? Je faisais en parallèle, j'étais quand même développeur commercial, enfin, directeur commercial même, d'une petite structure que j'avais bien aidé en développement. J'étais peu au bureau, donc je mixais mes rendez-vous. Je faisais des rendez-vous. travailler pour ma boîte et puis en même temps je parlais du projet mais c'était assez j'étais un peu sur une crête c'était un peu un peu complexe donc j'ai fait ça j'ai fait ça longtemps alors après l'assaut s'est développé et puis on a pu trouver de l'argent et on a finalement pu salarié des personnes mais sauf moi parce que moi mes prétentions salariales étaient un peu trop élevées pour la structure et donc moi j'ai continué de travailler en parallèle et à vrai dire Ok, je ne vais pas rentrer dans le détail, mais... J'ai mis dix ans à me salarier avec l'assaut. Alors qu'au départ, j'avais dit à Jean-François, écoute, moi, j'aimerais bien me salarier dans l'année qui vient. C'est-à-dire que ce que j'avais projeté, c'est-à-dire vivre de ça et devenir à temps plein une entrepreneur sociale et le faire réellement, ça a pris dix ans. C'est-à-dire que c'est énorme et avec des risques énormes aussi en termes de ressources. parce qu'à vrai dire, j'ai perdu deux boulots. C'est-à-dire que deux fois, le premier boss avec qui j'étais, quand j'ai démarré l'assaut un jour, il m'a dit « Vincent, En fait, dans l'équipe, chez mes collègues, il y avait un peu de jalousie parce que j'avais une grande autonomie. Puis eux, ils voyaient bien que je parlais aussi souvent de l'assaut et donc il y avait un peu un mélange des genres qui ne plaisait pas. Donc ça m'a amené vers la sortie que j'ai bien négocié, mais je suis sorti. Après, j'ai été recruté par un concurrent qui voyait en moi la poule aux odeurs. Et là, on avait trouvé un truc hybride. J'avais un peu de baissé de compétence pour l'assaut. C'était prévu dans mon contrat de travail, deux jours. et trois jours pour cet employeur. Mais au bout d'un an et demi, je pense qu'il s'est rendu compte que la femme qui m'animait n'était plus dans l'événementiel mais dans l'entrepreneuriat social. Donc là, j'ai à nouveau fait une sortie professionnelle et après, j'ai pas eu de revenus. Après, mon âge a aidé, je suis passé au bon moment mais j'ai quand même été quatre ans chez Pôle emploi. Donc c'est un long parcours.
- Speaker #0
Donc ça veut dire que cette envie que tu avais au fond de toi-même vissée, tu as quand même traversé des moments extrêmement compliqués, tout en gardant cette envie, tout en gardant ton cap. Tout à l'heure, tu parlais du bateau. C'est ça.
- Speaker #1
J'ai gardé l'envie. Et puis en fait, après, c'est un peu un cercle, je ne dirais pas vicieux, plutôt vertueux. Vertueux pour la mission. Ça peut être un cercle vicieux pour toi et la personne que tu es. C'est-à-dire qu'en fait, le truc qui se passe, c'est que... C'est des projets où tu donnes tellement d'énergie, tu te donnes à 200%, qu'à un moment, quand tu fais ça depuis 4 ans, 5 ans, 6 ans, même les difficultés les plus importantes, tu ne veux pas lâcher le truc parce que tu te dis... Alors, c'est vrai que moi, ce n'est pas un patron d'entreprise, il va mettre du capital dans une entreprise. Moi, je n'avais pas mis d'argent dans l'association parce que je n'ai démarré que rien, je n'ai mis rien. Et après, aujourd'hui, on a une trésorerie qui est intéressante. C'est juste l'argent qui est bu de subventions et de fonds privés. Mais moi, je n'ai pas d'argent à moi perso là-dedans. Mais quand même, le fait de ne pas être salarié, de taper dans mes indemnités Pôle emploi, à un moment, j'étais en fin de droit. Il y a eu, en plus, on va en passer les meilleurs, mais la crise Covid, toutes ces choses-là, au milieu de ces 10 ans, ça a été extrêmement compliqué. Et à un moment, je me suis même dit, en plus à l'âge que j'ai, C'est-à-dire que quand tu te retrouves à... C'est très dangereux quand tu as 57 ou 58 ans, si tu te retrouves sans indemnité, chômage, sans revenu, etc. Bref, ce n'est pas cool du tout. Et donc, à un moment, ma femme, je me rappelle, me disait « Mais attends, mais cet assaut, elle va t'emmener à la rue. Elle va nous emmener à la rue. » Ça ne s'est pas produit. Je me suis accroché. Mais ce que je veux dire, c'est qu'effectivement, il faut avoir du cœur pour ça. Mais après, C'est un truc de dingue et étonnant. Quand les moments ont été, quand ça a été très difficile, et plusieurs fois ça a été très difficile, il y a toujours eu comme si quelque part, je ne sais pas, dans cet univers, il y avait une étoile ou quelque chose, c'est-à-dire qu'il y a toujours eu un coup de pouce du... Ce n'est pas le destin, ça ne peut pas être le destin. Mais il y a eu, au moment où c'était compliqué, il y a eu toujours quelque chose. Au début de l'assaut, on répond à un appel à projet qui s'appelle « La France s'engage, on n'a pas d'argent, le projet joua » . pas trop comment il va démarrer. C'était porté par la présidence Hollande à l'époque, le ministère de la Villée des Sports. On répond à cet appel à projet. 850 assos qui répondent à l'appel à projet. Et on termine premier des 850 assos. C'est un truc de dingue. En face de lui, il y avait des associations qui avaient 20 ans. En fait, ça va. Cet appel à projet récompensait les initiatives ignorantes qui pourraient se dupliquer, etc. Et on a terminé le premier. Et donc, on a eu à l'époque... c'était pas rien, on a eu un job de 300 000 euros sur 3 ans, 100 000 euros pendant 3 ans, bon quand on a rien dans les caisses et qu'on a 100 000 euros qui tombent dans le budget annuel pendant 3 ans c'est quand même pas rien donc ça ça nous a aidé à démarrer et je repense finalement le Covid c'est un peu bête mais le quoi qu'il en coûte d'Emmanuel Macron finalement on a bien absorbé la crise Covid parce que Pendant la crise Covid, on fait de l'autofinancement, on fait des ateliers de cuisine avec des entreprises, etc. C'est une grosse partie de notre budget. Tout ça, ça ne fonctionnait pas. On a quand même réussi à repasser cette crise Covid plutôt bien. Et puis derrière, effectivement, il fallait trouver des partenaires. Et là, on a un partenaire qui nous est tombé du ciel, mais pas tombé du ciel. En fait, finalement, c'est une personne que j'avais rencontrée qui m'avait dit, je te promets, Vincent, le jour où il y a une opportunité, elle travaille dans le groupe BNP. L'opportunité s'est présentée et on a eu un. Voilà, le Sénat avec le groupe BNP qui continue encore aujourd'hui, mais qui nous a aussi, post-Covid, aidé à nous développer. Donc à chaque fois, quand les moments ont été difficiles... il y a l'éclaircie qui s'est produite à l'horizon
- Speaker #0
Est-ce que dans tout ce cheminement que tu es en train de nous raconter, est-ce qu'à un moment tu as perdu foi à ton envie est-ce que ton envie a disparu ou ça a toujours été là et peu importe les choses ou un jour tu as eu envie de lâcher parce que finalement l'envie c'est bien mais la réalité ça ne fonctionne pas ensemble
- Speaker #1
Alors en fait moi c'est un peu con mais je suis un peu je suis un enfant ou... Je suis un enfant en fait, je m'émerveille de tout, de plein de choses, je suis hyper curieux et j'ai un petit côté presque naïf. Et ce côté-là, c'est-à-dire qu'on parle souvent de la beauté à moitié vide ou à moitié pleine, moi elle est souvent à moitié pleine. En fait, je pense que c'est dû à mon parcours de vie aussi. Quand j'étais enfant, j'ai connu la précarité, je ne vais pas aller dans le pâteau, ce n'est pas le lieu pour ça. J'ai connu des choses pour un enfant. Pas de violence. Je parle beaucoup de violence à ce moment-là. Il n'y avait pas de ça dans notre famille. Mais bon, quand même, précarité, difficile à vivre à l'enfance, à l'adolescence, etc. J'ai quand même travaillé très, très tôt. Il fallait s'hôtelier. À 17 ans, je travaillais à Paris, sans argent, sans rien. Des heures de flou. Donc moi, le labeur, le travail, tout ça, finalement, on ne me l'avait pas appris chez moi, dans la famille. dans la famille, mes parents n'avaient pas vraiment appris ça, mais la vie me l'a appris. Et donc, ce projet-là, en fait, j'avais rencontré Jean-François Archambault, j'avais vraiment trouvé que ce mec était incroyable, et j'ai rêvé, en le regardant, à l'enfant que je suis, à rêver de devenir ce qu'il est. Alors, physiquement, on ne se ressemble pas du tout. Moi, je suis grand et mince, lui, il est plutôt petit et très charpenté, un peu costaud, on va dire ça comme ça. Mais... ce qu'il était, l'image qu'il renvoyait. J'avais envie de ressembler à ça, c'est un peu bête, mais c'était un enfant qui avait envie d'être ce genre de personne. Et en fait, dans les moments difficiles, je me suis toujours dit, oui, mais pour réussir quelque chose de vraiment souhait, ça ne peut pas être linéaire, ça ne peut pas être le tapis rouge. Il faut que ce soit difficile, et c'est ce qui rend la chose encore plus belle quand on réussit. Et en plus de bête, parfois j'aime bien... Un jour, quelqu'un me disait « Dans la vie, il faut avoir un esprit chevalereste » . J'aime bien avoir cette idée d'esprit chevalereste. Aujourd'hui, vous avez des gens, on en parle l'autre fois, mais c'est des stades, des machins, des trucs, c'est complètement insipide, ils n'ont rien à raconter. Je me dis « Mais qu'est-ce qu'ils doivent se faire chier dans leur vie ? » Moi, d'avoir essayé, d'avoir eu cette envie, ça permet d'être vivant plus, ça permet d'affronter. Parce qu'à titre personnel, dans cette période-là, je peux en parler, moi, ma femme, qui est beaucoup plus jeune que moi, a eu un cancer du sein triple négatif, ça parlera à certains, c'est vraiment le cancer du sein que les femmes détestent, avec un taux de mortalité énorme. Voilà, entre 6 ans, on lui trouve un cancer du sein triple négatif. On a fait, pendant ma période de démarrage de l'assaut, on a fait de la chibium ensemble. Voilà, moi, après, là, j'ai eu des soucis, j'ai eu une dissection avertie, il n'y a pas longtemps, deux... de motoraxe, la vie ne m'a pas épargné pendant cette période. Et donc j'ai géré quand même de front ces ennuis-là, qui sont des ennuis quand même, on est toujours, tant qu'on a la santé, mais quand on n'a pas la santé, c'est complexe. Mais malgré tout, je veux dire, finalement, je pense que d'être embarqué dans cette aventure de la table des chefs, dans ces moments difficiles, c'était finalement une espèce de planche de salut. C'est-à-dire que je me disais que le projet était tellement chouette. que je me suis aussi, dans des moments difficiles, raccroché à ça. Et ça m'a beaucoup aidé, étonnamment.
- Speaker #0
Et sur tout ce chemin de l'envie que tu nous racontes, est-ce que l'envie initiale, elle en a réveillé d'autres ? Est-ce qu'au fur et à mesure que tu avançais, tu avais d'autres envies que tu as pu greffer ou que tu as pu appuyer dessus pour pouvoir continuer à avancer dans l'envie principale ? Oui,
- Speaker #1
d'autres envies. D'autres envies. Bon, le bleu. La table des chefs, le projet est tellement riche. On a parlé de... En gros, on nourrit les plus démunis, on cuisine plein de repas, des dizaines de milliers de repas qu'on distribue. On éduque des jeunes. Cette année, on fait, je ne sais plus combien, 500 ou 600 ateliers de cuisine auprès des jeunes. Mais après, autour de ça, on confie en soi, on voit que le modèle fonctionne, on gagne une vraie légitimité.
- Speaker #0
Et moi, aujourd'hui, c'est vrai que je n'aurais jamais imaginé ça. Là, la semaine prochaine, je suis sur le centre de l'agriculture, une table ronde avec une ancienne ministre, avec Thierry Marx. On est devenu, quand je dis on, parce que je ne sais pas, Vincent Brassard, mais l'association est devenue vraiment, est vraiment reconnue. Voilà, là, on a travaillé sur des projets avec l'ancienne ministre Olivia Grégoire, sur un projet de loi qui n'est plus d'ailleurs un projet de loi, parce que la loi a été votée lundi à l'Assemblée nationale. Une loi qui rend obligatoire, alors c'est sur un... c'est sur une expérimentation, mais l'idée c'est de rendre obligatoire les questions alimentaires à l'école et en milieu scolaire. Donc je me dis que peut-être, et sûrement que ça va fonctionner un jour, tous les gamins de France apprendront la cuisine à l'école. Alors ça se faisait il y a très longtemps, mais ça avait disparu. Et je me dis, et j'en suis même sûr, en partie ce sera grâce à nous, et grâce à moi aussi. Et je veux dire, j'aurais quand même participé à ça, moi je sais d'où je viens. avec mon CAP, mon BEP de l'île Sautelier, je n'ai pas le bac, je suis une famille hyper modeste en Picardie, arriver avec l'équivalent de 50 balles en poche à Paris à l'âge de 17 ans, bon, le chenot parle. Oui, je peux être fier de ça. Et aujourd'hui, je discute d'égal à égal avec ces gens-là. Je suis capable aussi, et c'est ça qui est chouette quand on entreprend le social, c'est de dire tout Ausha des gens ce qu'on pense et même à des gens qui sont des... des dirigeants de grands groupes, d'entreprises, etc. Aujourd'hui, on a cette légitimité, cette possibilité de parler, on nous écoute, on a signé une tribune récemment, justement pour ce projet de loi avec une centaine de chefs. On avait les plus grands chefs français qui avaient signé cette tribune. Donc pour moi, c'est chouette. Et donc pour répondre à ta question, est-ce que tu as eu d'autres envies ? Ben oui, tu as peut-être envie d'aller plus loin. envie d'aller aussi vers un peu autre chose. C'est-à-dire que, par exemple, une de mes envies, c'est de pouvoir proposer que les lycéateliers de demain proposent des formations d'éducateurs à l'alimentation à leurs élèves. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, nous, on utilise des chefs de cuisine pour faire nos ateliers, mais ce ne sont pas des éducateurs à l'alimentation. C'est-à-dire qu'en fait, parler d'équilibre alimentaire, parler de la gestion d'un ventre. Ils savent en parler parce que c'est des cuisiniers. Mais ce que je veux dire, c'est que l'approche qu'on peut avoir avec des enfants pour leur passer des bons mots et leur donner des bons éléments pour que demain, ils puissent gérer de manière saine, authentique, variée et ludique leur alimentation, ça, c'est un autre sujet. Et je pense qu'il y a des formations autour de ça qui pourraient être proposées dans les cursus des lycées hôteliers, ce qui permettra demain, on l'espère, parce que si demain... Toutes les écoles de France doivent proposer de l'éducation alimentaire. Il faudra bien que des gens le fassent. Et à mon avis, ce ne sont pas les enseignants qui vont pouvoir le faire, parce que les enseignants en demandent déjà beaucoup de choses. Donc voilà, tous ces sujets-là, ce sont des sujets importants, des projets quand même assez ambitieux. Donc oui, c'est d'autres envies qui sont venues s'ajouter à celles du départ.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut dire qu'à travers la tablée des chefs, tu donnes envie aux jeunes ? de raccrocher ? Est-ce que justement, il y a un support qui est la cuisine, qui est la culinarité, mais peut-être qu'il y a de l'autre côté l'envie de raccrocher grâce à ce que tu leur proposes ?
- Speaker #0
Alors, oui, oui, oui, mais ce qui est chouette avec la cuisine et l'alimentation en général, c'est que c'est tellement l'art qu'en cuisinant avec des gens, avec des jeunes notamment, tu apportes plein de sujets. D'ailleurs, dans nos programmes, on aborde plein de sujets. Des sujets environnementaux, des sujets sociaux, des sujets... Voilà, donc tout ça, c'est important. Il y a des enjeux de santé énormes aussi, mais on le sait, l'obésité en 30 ans chez les jeunes a été multipliée par 4. Aujourd'hui, si on ne fait rien en 2050, c'est 1,5 milliard de personnes dans le monde qui ont un diabète de type 2. Donc, on est en train, c'est une pandémie mondiale liée à la malbouffe et à la lénotation. Donc, il y a vraiment un vrai sujet là-dessus. donc déjà donner envie à ces jeunes-là qu'ils puissent prendre conscience qu'il y a des dangers à mal bouffer et qu'il faut mieux manger. Ça, c'est vrai. Mais après, on a créé de l'envie chez certains de ces jeunes. Notamment, on fait des ateliers avec des chefs passionnés de leur métier. Donc, on a entre 20 et 30 %, mais c'est plutôt trop de 20 % des jeunes qui font des ateliers et qui veulent devenir des cuisiniers. Donc, ça, c'est aussi assez sympa. Sachant que nous, aujourd'hui, on a ciblé plutôt, on est presque dans un programme, les brigades filiales de 10 ateliers dans les collèges. et prioritairement dans des collèges où on répérait plus. Donc on est dans les quartiers où c'est un peu difficile. Donc pour ces gamins-là, moi je leur dis souvent, avec un CAP de cuisine, tu peux voyager partout dans le monde, et surtout si tu es français. Et donc je pense qu'on allume les petites loupiotes là-dessus, ça c'est sûr. Et puis après, plus simplement, je pense que sur la confiance en soi, par exemple un euh Quand on est, on a une partie des... Je pense que j'ai un exemple qui me vient à l'esprit. Je vais en parler parce que ça m'a quand même touché. Ça m'a même vraiment touché. On a nos ateliers dans les collèges et on fait des ateliers auprès des jeunes de l'ASE, l'Edge Sociale à l'enfance. Donc, il faut voir. Ça s'appelle Cuisine ton avenir, le programme. Moi, j'aime bien Cuisine ton avenir. J'aime bien le nom de ce programme. Il faut savoir une chose, c'est qu'aujourd'hui, en Ile-de-France... 48% des SDF sont issus de l'ASE. Il y a une débordade totale de l'État sur la protection de l'enfance. D'ailleurs, en ce moment, on a entendu parler de maltraitance à un gamin, je ne sais pas si tu as entendu parler, mais qui a été tondu par des éducateurs parce qu'il avait fait des bêtises. Ils se sont filmés en train de tondre le gamin. Ça a été mis sur les réseaux. Super. On parle de prostitution pour les jeunes qui sont dans les mecs, dans les maisons d'enfants à caractère social, etc. Donc, il y a un vrai problème d'encadrement. Mais pourquoi ? Parce que nous, on le voit. Aujourd'hui, on travaille avec 25 foyers environ en France. En fait, c'est des structures privées. Souvent, c'est géré par des associations avec très peu de moyens. Et en fait, l'État, il est où là-dedans ? Je m'étonne parce que je lisais un livre il n'y a pas longtemps sur... une jeune femme au début du XXe siècle qui avait été abandonnée dans le sud de la France. À l'époque, on abandonnait les bébés devant les églises ou devant les couvents qui avaient été récupérés par ce qu'on appelait l'assistance publique à l'époque. Et dans ce livre, j'apprenais qu'à l'époque, les gamins étaient souvent d'ailleurs les abandons étaient plutôt dans les villes à qu'on les plaçait à la campagne parce qu'on était sûr qu'à la campagne, ils allaient dans des fermes où ils pourraient manger, où il y aurait... ils sortaient de la misère et on était sûr qu'ils auraient un foyer, un toit et de quoi manger. Et puis il y avait aussi l'idée que, je ne sais plus, à 14 ans ou 15 ans, il fallait les sortir des familles parce qu'il ne fallait pas que ces gamins-là deviennent de la main d'oeuvre pas chère pour les fermer. Et donc je me dis, au début du XXe siècle, on était en capacité de gérer ces gamins d'assistance publique de manière apparemment plutôt très encadrée. Ce livre était assez intéressant parce que cette femme, c'est une femme, après elle est devenue cuisinière dans la région lyonnaise, etc. Puis plus tard, elle a été la cuisinière des Kennedy. Et donc, elle a suivi les Kennedy pendant 20 ou 30 ans, 40 ans. Et elle est devenue très proche de la famille Kennedy. Donc, elle raconte son parcours, elle, jeune fille abandonnée. Et donc, nous, c'est des gamins comme ça qu'on rencontre. Mais aujourd'hui, la protection de l'enfance, à 18 ans, t'as 18 ans, allez, bon, il y en a certains qui sont accompagnés jusqu'à 21. Mais la grande majorité, à 18 ans, ils sont majeurs, on les met dehors, mais sans accompagnement, sans rien. Donc il y a vraiment un vrai problème là-dessus. Donc moi, je suis content qu'on soit dans ces structures de l'aide sociale à l'enfance. Et pour revenir sur ce qu'on peut leur apporter dans la confiance en soi, tout récemment, il y a un gamin qui s'appelle Johan, avec qui on a fait des ateliers il y a 12 ans, qui m'envoie un message. « Ah, Vincent, bonne année. » Bonne année, c'était le mois dernier. « J'espère que tu vas bien. » comment va l'association ? Je lui dis, écoute, l'association va bien, on se développe et ça. Et il me répond, oh, je suis fier de toi. Je lui dis, bon, c'est quand même cool. Et puis, il me dit, ah, tu sais, j'ai aussi, j'ai aussi une nouvelle à t'annoncer. Je lui dis, bah, vas-y, il me dit, ah, je vais être papa. Et là, je lui dis, ok, et c'est, comment s'appelle ta copine ? Il me donne le prénom de sa copine. Je lui dis, le bébé est prévu pour quand ? Il me dit, je me souviens de la date, je ne vais pas l'oublier, le 11 septembre. Bon, le 11 septembre. c'est une date comme une autre mais surtout je me dis il me parle de ça en janvier donc je fais le calcul et je me dis mais attends sa copine elle est enceinte de quelques heures et je trouvais ça vraiment touchant qu'il m'envoie ce message pour me prévenir qu'il allait être papa et après il m'a dit oui tu sais j'ai voulu prévenir toutes les personnes qui ont été là quand ça n'allait pas pour moi et je veux dire et ça m'a quand même vraiment touché et alors Là, il y a deux semaines, il m'a renvoyé un message et je me suis dit « qu'est-ce qu'il m'envoie ? » Et en fait, il m'a envoyé une photo de l'échographie et il m'a dit « voici l'avancée du bébé » . C'est trop gentil. Mais ce que je veux dire, c'est que… Ce qu'on fait, oui, ça va au-delà de la cuisine, mais ça ouvre... Il y a plein de sujets comme ça. L'association, elle est là pour ça. J'ai aussi, c'est autre chose, mais dans l'équipe, on prend des services civiques, par exemple. Et moi, je me rappelle d'une fille qui est arrivée avec nous au service civique. Elle faisait un an de césure. Elle ne savait pas ce qu'elle allait faire de sa vie. Mais le fait d'être avec nous, elle ne connaissait pas du tout le milieu de la cuisine et tout ça. Elle a rencontré des chefs, etc. Elle s'est dit, ah, pétillant, il y a pâtisserie. Bref, elle est allée faire un master en pâtisserie à Lyon, chez Bocuse. Aujourd'hui, elle est pâtissière avec Maurice Sacco à Paris, qui est un chef très connu, très médiatique. Donc, je veux dire, on a aidé à ça, on l'a aidé à trouver sa voie. On a un jeune aussi qui a fait un service civique chez nous, qui aujourd'hui a fait une formation et est éducateur spécialisé. Donc lui, le fait d'aller dans les foyers avec nous, il s'est rendu compte. Donc voilà, je pense que notre association, moi je suis fier de ça. Elle fait bouger les lignes, elle ouvre des opportunités. Donc, des histoires comme ça, on en a plein, en fait.
- Speaker #1
Pour finir, je voudrais juste avoir ton commentaire sur l'envie et la compétence. C'est-à-dire, faut-il avoir de la compétence pour avoir envie ? Ou est-ce que l'envie va générer de la compétence ? Ou est-ce qu'au contraire, c'est deux choses qui sont différentes ? Alors,
- Speaker #0
pour ce qui me concerne et sur le parcours que j'ai vécu, moi, Je veux dire, l'envie peut générer de la compétence, oui. Mais en fait, la difficulté, c'est que, je prends un exemple, j'ai toujours eu envie de bien jouer au tennis. Mais je n'ai pas le savoir-faire, les compétences physiques, techniques, motrices, pour être un bon tennisman. Et donc, j'ai fait les cours de tennis longtemps. Je ne sais toujours pas bien s'y revenir. le résultat n'est pas top. Moi, dans mon cas présent, j'ai embarqué dans une aventure où j'avais quand même certaines compétences. C'est-à-dire que j'avais fait un lycée hôtelier, j'avais travaillé dans l'événementiel. Alors même si je n'avais pas fait de grandes études, on l'a compris, mais j'avais développé des compétences certaines, relationnelles. Moi, ça fait longtemps que mon cerveau et l'arborescence... Mon cerveau m'aide à entretenir des réseaux, à trouver des solutions, l'événementiel à trouver des solutions à tout. Donc j'ai développé sur mon parcours professionnel toutes ces compétences. Ce qui fait qu'au moment où je me suis engagé, j'avais quand même finalement des atouts assez considérables. Donc je pense que l'idée, en tant que faire, si l'envie doit générer de la réussite, c'est quand même mieux que l'envie soit accompagnée de certaines compétences. Je pense que... Je pense aussi que l'envie, elle est quand même aussi liée à une certaine réussite. C'est-à-dire que si on parle beaucoup d'envie, mais s'il n'y a pas du tout de réussite, il faut satisfaire des petites réussites. Moi, tous les jours, je me fais une petite tout doux. Et la tout doux, elle est vraiment... Mais parfois, c'est nul. C'est faire un mail à Eric.
- Speaker #1
Ouais, mais je comprends.
- Speaker #0
Tu vois ? Et de se dire à la fin de la journée, je ne suis pas toujours très organisé, mais j'essaie quand même parfois quand je me pose sur un bureau, de noter ce que j'ai à faire. Et de me dire à la fin de la journée, il y a une satisfaction, et plus ça va, plus j'avance dans le temps, plus c'est comme ça, de se dire, ça on l'a fait, ça on l'a fait, ça on l'a fait, ça on l'a fait. On n'arrête pas à tout faire, mais c'est donc la réussite qui te donne envie aussi de... de recommencer et de te remettre sur le métier.
- Speaker #1
C'est un des moteurs. Tout à fait. Un des moteurs.
- Speaker #0
Oui, vraiment. Mais en tout cas, juste sur l'envie, parfois je vois les équipes qui m'entourent et ça me disent « Mais Vincent, comment tu fais ça ? » C'est-à-dire que la répétition… Alors, il ne faut pas avoir peur quand on fait de l'entreprise sociale. En tout cas, c'est notre cas. C'est de mettre dix lignes à l'an pour attraper un poisson. parce que Donc, il faut multiplier, multiplier, multiplier. Mais c'est vrai que ça peut devenir, comme il y a un peu de réussite, pour moi, parfois, un peu désinhibé, c'est aller demander quelque chose à quelqu'un, oser, oser. Parce que l'agilité, c'est oser.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Et du coup, comme il y a un peu de réussite, on va oser plus facilement. Ça va donner envie de continuer. Ça va donner envie d'en faire encore, parfois, plus. sans en faire trop parce qu'il faut faire attention aussi il faut rester quand même à sa place donc c'est un jeu d'équilibriste
- Speaker #1
Et pour terminer, je voudrais juste savoir le lien que tu as encore avec Jean-François. Est-ce qu'il est venu voir la tablée des chefs en France ? Est-ce que toi, finalement, tu es allé au Canada ? Ou c'est deux entités différentes ? Ou est-ce que vraiment tout ça, ça s'est mis ensemble et finalement, c'est une jolie association à travers ton envie de base ?
- Speaker #0
En fait, c'est une jolie association à travers mon envie de base. Étonnamment, il a été très présent au début, puis un peu moins quelques années. Et là, à nouveau, plus présent. On se voit pas souvent mais on se parle assez régulièrement. On se connaît bien, on s'apprécie énormément. Il y a eu un coup de foudre entre nous, un coup de foudre professionnel, humain entre nous. Cette rencontre, dans ma vie, j'aurais pas beaucoup de rencontres comme ça. C'est une rencontre... Alors peut-être que je l'ai fantasmé aussi un peu, mais je ne crois pas parce que lui dit la même chose. Donc oui, on continue de travailler ensemble. Ce qui m'a étonnamment avec le recul maintenant, je veux dire, à l'époque, j'étais persuadé que dans 10 ans, il y aura des tablés de chefs partout dans le monde.
- Speaker #1
C'est ce que j'allais poser comme question. Il n'y en a qu'en France ?
- Speaker #0
Il n'y en a qu'en France.
- Speaker #1
Alors lui,
- Speaker #0
il me dit souvent, oui, mais enfin, attends, Vincent, t'es gentil, mais des Vincent, il n'y en a pas partout dans le monde. Parce qu'en fait, c'est un tel, à vrai dire, je ne veux pas pleurer, mais c'est un tel sacrifice humain. C'est une telle, je veux dire, il faut vraiment avoir, je pense que c'est dans le monde d'aujourd'hui. Il faut aussi qu'on puisse le faire et peut-être que j'ai pu le faire, mais j'ai beaucoup sacrifié pour monter le projet, pour le développer. Donc, il a eu du mal à trouver ailleurs d'autres personnes. en capacité pendant 10 ans et travailler graphiquement. Ce n'est pas tout à fait dans l'air du temps. C'est clair.
- Speaker #1
Vincent, merci pour cette très belle histoire d'envie que tu viens de nous raconter. Je mettrai bien évidemment les liens dans le descriptif de notre podcast de la tablée des chefs France. de façon à ce que les gens qui puissent nous écouter, éventuellement, s'ils veulent rentrer en contact avec nous. Oui, bien sûr,
- Speaker #0
avec plaisir. Et puis, c'est vrai que... Alors, c'est marrant parce que... Alors, on ne sait jamais. Les gens qui viennent, notamment ceux qui viennent bénévolement nous aider, ce qui est marrant, c'est qu'on ne sait jamais le... Ils ont un moteur, quelque part, ils ont leur petit moteur intérieur. Tu ne sais jamais lequel c'est. Alors, pour certains, allez, je vais schématiser, mais je ne vais pas caricaturer, mais certains, ça va être à la tablée des chefs. Ils nous ont vus avec, je ne sais pas, Nina Météier, tous les grands chefs, je n'en sais rien, je ne sais pas, les noms ne viennent pas comme ça. Donc, c'est envie, parce qu'aujourd'hui, les chefs, certains sont des stars. Donc, c'est de se dire, comme ça, je pourrais rencontrer des chefs. D'autres vont se dire, ils vont être très attachés à l'aide alimentaire parce que dans leur ville, beaucoup de gens ont du mal à finir les fins de mois, etc. Donc, des gens vont venir pour ça. D'autres... parce qu'ils sont seuls dans leur vie et puis ils ont envie de rencontrer d'autres parce que... Donc il y a vraiment des moteurs différents. Chacun a...
- Speaker #1
Chacun a sa rencontre avec Jean-François quelque part. C'est-à-dire que toi, tu as eu un moteur et eux, ils ont envie de te rencontrer toi ou la table des scopes et chacun...
- Speaker #0
Oui, d'autres vont dire, moi j'ai rencontré... Par exemple, je le vois sur les recherches de partenariats, où on fait des échanges... parfois, pas toujours, mais tant mieux si c'est le cas. Mais les partenaires se disent, mais Vincent, il est tellement passionné, on peut que...
- Speaker #1
Ça joue, bien sûr.
- Speaker #0
Bien sûr, bien sûr, bien sûr. On a envie de l'aider, on va voir ce qu'on peut faire. Voilà. Et donc, bon, c'est une belle... En tout cas, c'est une super belle aventure. Et puis, je pense quand même que, pour ceux qui nous écouteront, mais je pense quand même que cultiver une envie... telle qu'elle soit. Quand on est enfant, on veut, je ne sais pas, on veut être pompier, on veut être vétérinaire, on veut être, je ne sais quoi, astronaute. Et on a envie de ça. Mais bon, après, on se rend compte que les champs des possibles se rétrécissent au fur et à mesure que la vie avance. Mais restons optimistes. On peut encore avoir des envies, même en vieillissant. Et puis, ça dépend où on met la barre et ce qu'on veut aller chercher. Mais en tout cas,
- Speaker #1
il y a plein de choses à faire.
- Speaker #0
Et puis, plus on fréquente des gens qui ont envie, des gens qui se bougent, des gens qui s'engagent, par exemple. Plus on se rend compte que le monde n'est pas... Moi, ce sera peut-être le mot de la fin, mais tout n'est pas noir dans ce monde. Je parlais de la France s'engage. La France s'engage. Tous les ans, il y a la remise de ces trophées de la France s'engage. Aujourd'hui, il y a 200 ou 250 associations qui sont lauréates de la France s'engage. Et quand on va à cette soirée où il y a la remise des prix, et puis il y a 300, 400, 500 personnes qui sont là, et on entend ces parcours de vie. Ces gens qui se sont engagés, ces gens qui ont eu envie, qui ont osé. Je veux dire, c'est un bain de jouvence stérile. On sort de là, on est 20 ans plus jeunes et on se dit, mais c'est génial, il y a tellement de belles choses à faire. Donc, je pense qu'il faut avoir ça en tête.
- Speaker #1
Ce que vous venez d'entendre n'est pas une success story. C'est juste... la voix de quelqu'un qui a activé une envie profonde. En l'occurrence, la sienne. Et vous, elle dit quoi, la vôtre, en ce moment ? Écoutez-la, laissez-la parler. Et souvenez-vous bien que l'envie est à la vie ce que la noisette est pour l'écureuil. Une réserve d'énergie, de plaisir, parfois même de survie. Alors ne laissez personne appuyer sur le bouton play de vos envies à votre place. Sauf peut-être pour écouter un prochain épisode des podcasts de l'envie.