- Speaker #0
Hello !
- Speaker #1
Salut !
- Speaker #0
Nous sommes travailleuses des arts dans le domaine des arts visuels.
- Speaker #1
On vient de Lille et de Bruxelles. Vous savez ce que c'est quand vous prenez un café avec une personne et que tout à coup, vous vous rendez compte qu'il y a plein de sujets communs qui vous animent ?
- Speaker #0
On commence alors une conversation fleuve.
- Speaker #1
On se partage des références.
- Speaker #0
On s'indigne.
- Speaker #1
On refait le monde.
- Speaker #0
On se pose plein de questions.
- Speaker #1
Et au cours de la discussion, se dessinent des fils à tirer, des bouts de réponses et de pistes à explorer.
- Speaker #0
Pour nous, ça s'est passé indéniablement. Un peu comme ça. C'est quoi les conditions sociales et économiques, philosophiques, existentielles des artistes ?
- Speaker #1
Faire collectif.
- Speaker #0
Comment et surtout comment faire pour que ça dure ?
- Speaker #1
Et survivre dans l'art, on en parle ?
- Speaker #0
Quelles sont les possibilités ?
- Speaker #1
N'existerait n'est-il pas des particularités législatives transfrontalières, comme le statut, le droit, les conventions, les résidences ?
- Speaker #0
La question de la rémunération, ça donne quoi de votre côté ?
- Speaker #1
Comment parler de son travail ?
- Speaker #0
Les refus de candidature ?
- Speaker #1
La comparaison ?
- Speaker #0
La compétition ?
- Speaker #1
Penser les égaux malmenés ?
- Speaker #0
La santé mentale dans le milieu, c'est encore assez tabou.
- Speaker #1
Ça ferait du bien de briser la glace.
- Speaker #0
Dans tout ça, ce serait bien aussi d'avoir des outils concrets.
- Speaker #1
Et voilà, on était lancé sur un projet podcast.
- Speaker #0
avec l'envie de partager avec vous des vécus,
- Speaker #1
des réflexions théoriques, philosophiques,
- Speaker #0
mais aussi quelques outils pratico-pratiques de la vie d'artiste. Alors, on se dit quoi ?
- Speaker #2
Bienvenue dans ce troisième épisode, L'Artiste au Travail. Vous écoutez maintenant la deuxième partie de l'épisode. Et si vous n'avez pas encore entendu la première, n'hésitez pas à y revenir. Elle introduit et éclaire tout ce qui va suivre. Dans la première partie, nous avons posé les bases avec l'histoire du rapport au travail artistique, ses réalités administratives et matérielles. Dans cette deuxième partie, nous poursuivrons en nous demandant comment survivre après l'école d'art et donc comment se professionnaliser. Nous ouvrirons aussi des pistes pour améliorer les conditions de travail des artistes avant de terminer avec notre fameux trousseau de clés, consacré cette fois à l'accès à la formation en France. et en Belgique. Alors, on se dit quoi ? Alors, comment tenir bon ? A-t-on seulement le choix entre rester au détriment de sa santé mentale ou partir en renonçant à sa pratique artistique ? Et s'il existait des alternatives pour combattre cette peur décrite par Johanna Blanc ? Dans l'épisode 2 de ce podcast, célèbre à tout prix, nous faisions écho aux propos de la réalisatrice, productrice et activiste Amandine Gaye qui, dans son essai « Emulation or Competition, Learning to Play as a Team » , invite à réfléchir à la manière de nous reforcer mutuellement et créer des coalitions qui nous donnent une voix. Si ce deuxième épisode posait la question de la compétition dans le milieu artistique tout en cherchant des moyens de s'en défaire, les mots d'Amandine Gaye ouvre dans ce troisième épisode une nouvelle piste de réflexion pour surmonter la crainte de l'après. Dans cette lutte contre la désillusion et la solitude auxquelles se heurtent de nombreux et nombreuses artistes tout au long de leur parcours, des syndicats en viennent à s'organiser, des ateliers à se mutualiser et des collectifs à se former. La Malterie Art Visuel, qui a été fondée en 1995, 95 à Lille, et le Bureau des Affaires de l'Ombre, BAO, qui voit le jour en 2021 à Bruxelles, font partie de ces entités hybrides au sein desquelles pratiques artistiques et actions sociales finissent par ne faire qu'un. Chaque année, la Malterie Arts Visuels conseille et forme plus d'une centaine d'artistes en gestion administrative. Pour ce faire, elles proposent des rendez-vous sous forme de sessions d'information, des têtes à tête avec comptables, juristes, organismes sociaux ou acteurisme secteur, ou encore des forums afin de les accompagner dans leur développement professionnel et répondre à leurs besoins et interrogations. Cela s'applique également aux structures publiques et privées avec lesquelles les artistes sont amenés à travailler. Des espaces de travail partagés sont aussi mis à disposition d'artistes autoristes, de professionnels, d'indépendants et d'indépendantes ou d'associations. Quant au BAO, ce dernier se présente comme un groupe d'entraide entre plasticiens et plasticiennes pour mieux affronter les difficultés du métier d'artiste. Par le biais d'espaces de rencontres tels que des workshops ou des tables rondes, cette organisation itinérante a été créée. aborde des thématiques aussi variées que le carnet d'adresses, la déclaration d'activité, les jobs alimentaires et l'estimation des prix, tout en encourageant la solidarité des pairs par les pairs. Mais si de telles ressources permettent de reprendre le contrôle sur un métier en marge, elles résonnent aussi comme un signal d'alerte, dénonçant le manque cruel d'accompagnement à la professionnalisation et mettant en évidence le paradoxe des formations artistiques et des politiques publiques. En ouvrant le dialogue à l'endroit où celui-ci manque encore, ces structures incarnent la volonté de trouver de vraies réponses à de vraies questions. Comment imaginer un parcours d'artiste qui ne mène pas une impasse ? Comment repenser un système qui ne remplit plus son rôle ? Et surtout, à qui revient cette tâche ? En France, depuis les années 2000, le mot « professionnalisation » s'est imposé dans les discours politiques et institutionnels ayant trait aux écoles supérieures d'art et de design. Ce mouvement s'inscrit dans une logique européenne, le processus de Bologne lancé en 1999 et la réforme licence-master-doctorat en 2002 qui ont aligné les écoles d'art sur le modèle universitaire. valorisant l'insertion professionnelle et les compétences transversales. Les écoles d'art françaises sont désormais évaluées sur la capacité de leurs diplômés à s'insérer professionnellement. En Belgique, des étudiants et étudiantes diplômés en collaboration avec State of Arts, SOTA, ont adressé en 2022 une lettre ouverte aux écoles d'art, institutions culturelles et représentants politiques. Dans cette dernière, sept propositions sont exposées l'une après l'autre afin de remédier à l'isolement. au manque de soutien institutionnel et surtout aux inégalités sociales qui se manifestent après l'obtention du diplôme. Outre ces propositions parmi lesquelles on retrouve notamment la mise en place d'un mentorat pour chaque diplômé au cours des deux années succédant aux études, ou encore une base de données regroupant les informations nécessaires à l'insertion professionnelle des artistes, les signataires de cette lettre invitent des destinataires à se joindre à ELE, à l'occasion d'une session de travail public afin de discuter de ses initiatives et surtout d'œuvrer, ensemble à une réforme du système.
- Speaker #3
La profession artistique est mal comprise. Effectivement, il y a le questionnement économique et social, il y a également le questionnement juridique, les trois sont liés. Et il est important, je pense véritablement, que les étudiants n'ont effectivement pas conscience. C'est pour ça que j'aime dire à mes étudiants « mais vous êtes indépendants » , c'est en fait apprendre aussi que finalement... À leur niveau, ils sont une petite entreprise. C'est pas... À mon sens, ce n'est pas négatif. C'est savoir se dire, ok, est-ce que moi j'ai envie d'être chef de ma propre entreprise ? C'est-à-dire finalement, d'être... Est-ce que j'ai les épaules pour soit savoir très bien m'entourer, soit avoir... Il y en a, ils ont économiquement les possibilités financières pour. Mais sinon, est-ce que j'ai les épaules pour, en fait, véritablement assurer tous les postes qu'implique le fait d'être indépendant, donc chef d'entreprise. C'est-à-dire, comme on le disait au début, quand on commence, la pratique artistique, certes, mais tout ce qui est communication, tout ce qui est comptabilité, tout ce qui est écrire des dossiers, faire du réseautage, tous ces postes-là sont essentiels, font partie de la pratique artistique. font partie de la carrière. Et ça aussi, c'est quelque chose qui est mal compris en tant que salarié. Il y a d'autres personnes qui gèrent ça. C'est génial. Quand souvent je discute de ce que je fais dans mon entourage, les gens n'imaginent pas une seconde que je suis autant en contact véritablement par mail, par téléphone ou je dois me rendre sur place avec des administrations des organismes qui perçoivent des cotisations sociales, etc. Oui, il m'arrive régulièrement. Je connais les personnes qui gèrent mes dossiers. Je suis en contact avec eux. Je suis en contact avec mon comptable régulièrement. Voilà, beaucoup n'ont pas conscience de ça. Ce n'est pas uniquement l'école doit préparer, mais je pense qu'il y a aussi quelque chose qui... qui est assez naturelle aussi quand on est jeune, on veut se lancer dans cette carrière. Enfin, je pense déjà que quand on se lance en tant qu'étudiant en école d'art, on n'a pas toujours l'idée que ça va être une carrière, véritablement. Je pense que peu ont cette prise de conscience-là. Et il y a ce côté aussi qu'on a envie de travailler quelque part pour soi, on a envie de développer quelque chose pour soi. Et donc l'ouvrir ensuite et... se questionner sur le reste, tout ce qui est inhérent à la pratique, on se dit qu'on va le découvrir ensuite. Sauf qu'on le découvre d'un coup et de façon... assez mal ou assez abrupte. C'est ça, la grosse difficulté. Donc, effectivement, c'est quelque chose qui est assez difficile. Donc, heureusement, il y a des structures aujourd'hui et de plus en plus qui existent. Il y a des structures d'accompagnement qui sont là pour ça. Il faut les connaître. Donc, les boîtes à outils sont très utiles. Je suis d'accord. Et le fait de persister ensuite, alors ça, si on a les épaules au départ, c'est de ne pas s'épuiser. Effectivement, l'épuisement... Je pense que c'est quelque chose qui est très, très courant dans nos carrières, dans notre trajectoire, véritablement. On parle de burn-out, c'est quelque chose effectivement qui aujourd'hui est devenu, ça ne fait pas longtemps que c'est considéré comme une maladie professionnelle. Et je pense que c'est lié aussi, enfin ça touche tout à fait nos activités. Et quand on parle de travailleurs et travailleuses des arts, on voit beaucoup aujourd'hui de techniciens qui sont très touchés aussi dans le domaine du spectacle. C'est quelque chose... En fait, on nous demande, on demande à ces carrières qui sont déjà précaires et qui ont une charge de travail colossale, on leur demande toujours plus. Et comme c'est justement, on travaille à la demande la plupart du temps, on va avoir du mal à refuser. Donc c'est un engrenage. C'est quelque chose qui est vraiment problématique, qui est lié à cette précarisation dont on n'arrive pas à sortir... qu'on n'arrive pas à faire comprendre véritablement, mais qui est existante, qui est sous-jacente, qui fait partie de nos écosystèmes. Et le fait de persister, je pense que ce n'est pas par hasard, quand je parle des trajectoires de vie, qu'à un moment, il y a un besoin peut-être aussi de se mettre à distance. On parle de travail alimentaire, mais des fois peut-être aussi d'aller... De faire une pause, de se recentrer sur d'autres choses qui importent dans nos vies personnelles. C'est peut-être important aussi et ça permet à certains de mieux revenir. Je ne sais pas exactement, c'est compliqué. Il n'y a pas de bonne recette ou de bon mode d'emploi pour savoir comment tenir. Mais effectivement, je parlais tout à l'heure de sacerdoce. Je pense que c'est comme dans les métiers de la santé aujourd'hui. Il y a des métiers comme ça où on se demande encore comment les gens tiennent. Effectivement, c'est quelque chose qui est vraiment à prendre en compte et je pense que peu d'étudiants sont effectivement préparés à ça. C'est des très beaux métiers. C'est des métiers qui ont du sens, ça c'est rare aussi, il faut le dire.
- Speaker #2
C'est des métiers de la rencontre, c'est des métiers d'une richesse mais incommensurable mais qui sont chronophages. Alors, faut-il continuer ou arrêter ? Que l'on décide de rester ou de partir, ces choix dépassent l'intime pour s'inscrire dans le politique. Rester c'est aussi défendre ses droits face à des idéologies qui confondent passion et sacrifice. On peut penser ici au mouvement Art en Grève qui voit le jour en France en novembre 2019, ou aux manifestations contre une mesure du gouvernement arizona en Belgique comme celle du 14 octobre 2025, au cours de laquelle Des dizaines de milliers de manifestants et manifestantes se sont mobilisés. Partir, c'est aussi refuser les conditions d'existence qui incombent aux praticiens et praticiennes. En étudiant de nombreux cas de disparition d'artistes, Adrien Brimaud parvient à ce constat.
- Speaker #3
Partir en vacances, ne pas exposer, libérer du temps, ces actions opèrent un détournement de ce qui est attendu d'eux. En faisant cela, ils attirent l'attention sur certaines contraintes et limites d'une profession jusqu'alors élevée. héroïsés. Ce qui apparaît provoquant dans leur démarche, c'est de considérer leur métier pour ce qu'il est, un métier.
- Speaker #4
Je suis confronté finalement assez souvent à la question du travail non rémunéré ou alors du bénévolat. Finalement je dirais plus du bénévolat finalement que du non rémunéré même si ça va avec parce qu'en fait j'ai une importante vie dans le milieu associatif. et dans le milieu de la mise en commun des choses. Et en fait, ça, ce n'est pas forcément des endroits que je considère comme étant des endroits de rentabilité. Ce qui fait que ça occupe quand même pas mal une place importante. Parfois, je pense que si ça prend une place trop lourde dans ma vie et que je pense que parfois j'y mets trop d'énergie ou alors que je m'épuise, mais en même temps, c'est à moi finalement de... De mettre le curseur à un endroit et de m'y fier, mais en même temps il y a tellement un truc pour moi de considération super importante dans le fait d'être engagé que ce soit au titre de l'association que nous possédons avec les membres de l'atelier qui permet de faire vivre l'atelier de production, que ce soit avec artistes en résidence et de penser des modalités de résidence. Et aussi avec le collectif Travailleur aux heures 59 sur les luttes et le militantisme. Alors oui, c'est un temps super important que j'accorde, mais en même temps, c'est un temps que je souhaite et c'est l'équilibre que je trouve aussi dans l'investissement collectif et l'investissement singulier que je peux y mettre. Voilà, et puis en fait, je pense juste que mine de rien, dans le milieu associatif et militantisme artistique d'un point de vue rock, il n'y a pas beaucoup de choses pas assez de monde, il n'y a pas assez d'investissement collectif et qu'il n'y a peut-être pas assez de turnover aussi pour prendre la suite des choses.
- Speaker #2
de droits sociaux, de réunir réguliers. On peut peut-être prendre un peu de hauteur et se poser une grande question. Et si l'artiste était reconnu autrement ? Et si le problème n'était pas l'artiste, mais le cadre dans lequel il est forcé de travailler ? Commençons avec une idée qui peut sembler un peu surprenante. L'artiste municipal. En 2021, l'artiste Anne Moirier s'est autoproclamée artiste municipale. Elle adopte les codes de l'administration, badge, blouse, plaque professionnelle, pour questionner ce que serait... une artiste employée par la collectivité, comme un agent public de la création. Elle propose des permanences, des diagnostics artistiques auprès des habitants et habitantes et son travail devient utile, social, concret au quotidien. Ce geste, c'est à la fois une blague très sérieuse et un projet politique. Parce qu'au fond, pourquoi l'art ne serait-il pas reconnu comme un service public ? Pourquoi la création ne donnerait-elle pas accès à des droits comme n'importe quel autre travail ? Pourquoi faudrait-il toujours se battre pour prouver sa valeur ? courir après les appels à projets, justifier de chaque minute de recherche, travailler gratuitement dans l'espoir que ça peut plus tard ? Un autre penseur peut ici nous aider à imaginer les choses sous un autre angle. Bernard Friot et avec lui, l'idée du salaire à vie. Selon lui, on ne devrait pas dépendre d'un employeur ou d'une opportunité pour être rémunéré. Le salaire ne serait-il pas lié à un poste, mais à une qualification personnelle. On serait payé parce qu'on exerce une activité reconnue socialement. Voilà un modèle où l'artiste pourrait créer sans devoir prouver en permanence sa rentabilité. Et puis, il y a un autre mot important qui s'est glissé à de nombreuses reprises dans cet épisode. « Travaille heureuse » . Car c'est peut-être là l'un des points les plus sensibles du débat actuel. Les artistes sont de plus en plus capables de dire « Oui, mon activité est un travail » , mais sont-ils prêts à dire « Je suis un ou une travailleureuse de l'art » sans se sentir jugés ? Et donc ? Je fais partie d'un groupe avec des droits à défendre ensemble. Et cette étape-là, elle n'est pas si simple.
- Speaker #4
Alors le terme « travailleureuse de l'art » , déjà dans « travailleureuse de l'art » , il y a « travailler » et il y a « art » . Et pour moi, en fait, c'est une définition qui considère vraiment le fait que l'artiste a un travail, que l'artiste travaille et que de fait, par ce biais-là, il doit y avoir tout un... code de travail, des droits, des considérations, qu'il y a tout aussi un code qui va avec et que, en fait, on a une protection sociale. À un moment donné, l'artiste est aussi un travailleur de la société et qu'il n'est plus forcément une personne à part qui bénéficie de choses dont on ne comprend pas très bien et qu'à un moment donné, au même titre que toutes les professions, finalement, il occupe une place qui est régie par un code par des lois et par des instances et des institutions, des infrastructures aussi qui permettent de faire perdurer ces pratiques.
- Speaker #2
Dans le monde de l'art, rares sont cellules qui Ausha à la précarité, à l'intermédiance ou au job alimentaire. C'est ce que Robert Castel appelle le precariat, une zone grise entre intégration et insécurité. Une condition qui touche de plein fouet les artistes autoristes aujourd'hui. Et c'est aussi pour ça qu'on entend encore des phrases comme l'artiste... Il est en vacances la moitié de l'année. Ou encore, moi aussi je peux le faire. En réalité, cette demi-année de vacances, c'est souvent du travail invisible. Dossiers de candidature, demandes de subventions, comptabilité, mails, communications, sans rémunération. Et c'est précisément ce qui rend difficile la reconnaissance du métier. Dans les Hauts-de-France comme en Fédération Wallonie-Bruxelles, les rapports récents montrent une hausse de la fréquentation des lieux d'art. Alors même que les budgets se contractent, plus de public, moins de moyens. Et entre les deux, des artistes qui servent de variables d'ajustement.
- Speaker #4
Selon moi, les principaux manques et les injustices du système actuel dans le milieu de la culture, c'est vraiment le fait de ne pas pouvoir vivre de ce qu'on fait. Je trouve ça vraiment super violent. Il y a tellement peu de personnes... J'ai envie de dire que c'est quand même une forme de privilège finalement de pouvoir, déjà un, vivre son travail. Je veux dire, je ne suis pas héritier... j'ai pas papa maman au dessus de moi qui me permettent de faire des choses et je pense que ça c'est vraiment un biais qui est aussi questionnable dans le milieu de l'art c'est à quel point en fait il y a des gens on a l'impression qu'ils réussissent mais qui réussissent aussi parce qu'en fait à un moment donné voilà ils sont nés à un endroit et en fait c'est très bien pour eux je suis pas du tout en train de remettre en question finalement l'endroit d'où ils viennent mais je trouve ça intéressant aussi de se dire à un moment donné qu'il faut mentionner ses privilèges Il faut dire à un moment donné quelles sont les personnes qui ont des privilèges, ne serait-ce qu'aussi pour déjouer le mythe de cet artiste qui réussirait comme ça au milieu de tout à réussir et à vivre. Et voilà, je trouve que c'est une injustice de ne pas pouvoir vivre son travail, de ne pas pouvoir gagner de l'argent. Là par exemple récemment j'ai vu qu'en Irlande ils avaient mis en place un revenu de base pour les artistes autoristes qui avait été en test et qui est reconduit, ça représente 1400 euros par mois je crois, ce que je trouve chouette. C'est aussi questionnable parce qu'apparemment ce serait que pour 2000 artistes. Je ne sais pas trop combien il y a d'artistes en Irlande mais je vois que c'est déjà un premier pas, c'est déjà un step et c'est des choses qui doivent se construire je pense.
- Speaker #2
Alors essayons d'apporter des réponses très concrètes. Que pourrait être un futur statut de l'artiste ? Un statut salarié ou parasalarier pour garantir une protection sociale continue. Une reconnaissance du temps de recherche comme temps de travail. Un revenu stable qui ne dépend pas uniquement de projets sélectionnés. Une appartenance à un collectif professionnel capable de se mobiliser. Un espace de travail et du matériel. Enfin, ce ne sont que des propositions.
- Speaker #3
Le cas de l'Irlande. Donc eux avaient instauré un revenu de base pour les artistes Et donc, c'est mis en place depuis 2022. Et à l'époque, c'est un dispositif pilote qui s'appelle le Basic Income for the Arts. Et en fait, 2000 artistes, je crois, tirés au sort, ils avaient candidaté. Donc, 2000 artistes avaient reçu 325 euros par semaine. Ce qui représente à peu près un SMIC, en fait, le SMIC professionnel. mensuel en Irlande. Et ils recevaient ça sur une année. Et initialement, c'était un projet qui avait été limité à trois ans. Donc voilà, projet pilote. Et le but, c'est ensuite d'évaluer. Évidemment, on injecte de l'argent comme dans tout projet pilote. Ça vient la plupart du temps du public. Et ensuite, pendant ce temps-là, on fait une étude sur quelles sont les retombées, quels sont... tant pour les bénéficiaires que d'un point de vue plus général. Et il se trouve que très récemment, je crois à la mi-octobre, l'Irlande a annoncé que le projet Pilots avait eu des retombées plus que positives puisqu'ils décident de le prolonger et de le rendre en tout cas, de pérenniser l'action. Donc on ne sait pas si le nombre de bénéficiaires sera augmenté. En tout cas, ce n'est plus limité à trois ans et donc il faut voir encore quels sont les critères qui seront appliqués. Mais en tout cas, moi je trouve un très bon retour. Donc merci à l'Irlande d'avoir fait ce travail et on espère de l'autre côté que ça puisse en tout cas vraiment enjoindre des pays et des politiques culturelles à vraiment s'emparer. de ces modèles aujourd'hui. On a des accès, on a des concertations, on a ce type de journée qui s'organise pour discuter de ce qui se fait ailleurs. Il faut s'en saisir, il faut pouvoir se dire « Ok, si ça s'est fait ailleurs, pourquoi pas ? » Testons chez nous et voyons ce que ça donne.
- Speaker #2
À ce jour, force est de constater que le métier d'artiste est en mal de reconnaissance. Mal encadré, mal rémunéré, toujours entre deux cases administratives. Impossible de le mesurer en heures ni en rendement. Pourtant, derrière chaque exposition, chaque performance, chaque image, il y a des heures d'administration, de doute, d'expérimentation, d'essais, ratés, de relances, d'attentes. Et tout cela, oui, c'est du travail. Reconnaître ce travail, c'est reconnaître que la création n'est pas un à-côté ni un luxe. C'est admettre qu'elle participe pleinement à la vie sociale, politique et économique. Mais c'est aussi considérer les êtres humains qui sont à l'origine de ce secteur dynamique en leur offrant enfin le droit à une sécurité sociale digne de ce nom. La possibilité d'accéder à des espaces de travail décents et de pouvoir se projeter dans leur carrière plus loin que le prochain loyer. Repenser le travail artistique, ce n'est donc pas qu'une affaire d'artiste, c'est aussi une question de société. C'est envisager la valeur du travail au sens large pour aller au-delà de la production purement matérielle. C'est envisager la valeur du sensible, du commun, du lien social, du soin, de l'humain, toutes ces contributions sans lesquelles une société n'est pas viable. En attendant, les artistes ne sont pas seuls. Ils édisent des collectifs, des syndicats, des lieux d'entraide qui réinventent le rapport au travail, mutualisent, partagent et surtout refusent catégoriquement la précarité comme horizon. Et c'est sans doute aussi en partie pour ces raisons que l'on voit fleurir les structures d'accompagnement et les formations à la professionnalisation. On vous en parle dans le Trousseau de Clé.
- Speaker #0
On parle souvent d'inspiration, de création, de talent, mais beaucoup moins de formation. Pourtant, c'est une question essentielle. Derrière une pratique artistique, il y a un métier avec des compétences, des obligations et des outils. Et tout ça, ça s'apprend, ça se développe, ça s'entretient. Dans ce trousseau de clés... On vous met sur la piste des choses à savoir pour se former en France comme en Belgique. En France, les artistes autoristes cotisent depuis 2012 à la formation professionnelle. Concrètement, une petite contribution est prélevée sur les revenus artistiques déclarés à l'URSSAF Limousin sur les cotisations des diffuseurs. C'est ce qui ouvre... des droits à la formation, gérés par l'AFDAS, Assurance Formation des Activités du Spectacle. L'AFDAS, c'est un organisme national dédié aux artistes, aux techniciens et techniciennes et travailleuses de la culture. Grâce à lui, les artistes peuvent accéder à des formations à peu près dans tous les domaines. Gestion de carrière, production, diffusion, communication, bureautique ou encore développement artistique. ce qui revient, par exemple, à apprendre un nouveau médium. Vous pouvez solliciter un rendez-vous conseil pour avoir accès aux formations accessibles dans votre pratique et en fonction de vos besoins, mais aussi pour demander une prise en charge du financement de votre formation ou encore pour repérer un organisme de formation certifié Caliopi, critère de qualité qui permet à ceux que votre formation... puissent faire l'objet d'une demande de financement auprès de l'AFDAS. Pour cela, il faut créer un compte sur AFDAS.com et vérifier si les critères sont remplis. Soit avoir cumulé sur les trois dernières années or année en cours 7128 euros de recettes artistiques ou 10 692 euros sur les cinq dernières années. Si c'est le cas, vos formations peuvent être faites. peuvent être prises en charge intégralement. Le montant des recettes est réévalué chaque année. Pour vous donner une idée, en 2025, vous disposiez d'une enveloppe de 5600 euros par artiste pour financer vos actions de formation. Pensez à anticiper vos actions de formation ! Parce que même si vous disposez de crédit et que vous répondez aux critères d'éligibilité, les fonds sont mutualisés et peuvent se tarir. Petite parenthèse et pour continuer sur l'AFDAS, depuis octobre 2025, l'AFDAS devient un de vos interlocuteurs avec le département de votre lieu de résidence et France Travail Services pour ce qui est du parcours au retour à l'emploi dans le cadre du versement actuel. du RSA. Pour continuer sur les financements de la formation professionnelle continue, en tant qu'artiste autorice, vous disposez également du compte personnel de formation CPF qui est géré par la Caisse des dépôts. C'est un dispositif qui permet de financer des formations diplômantes et certifiantes ou un bilan de compétences, un permis de conduire, une validation des acquis d'expérience. Et qui est crédité chaque année jusqu'à 500 euros et plafonné à 5000 euros. Vous retrouverez toutes les informations concernant ce dispositif et l'enveloppe dont vous disposez sur le site moncompteformation.gouv.fr. Si vous ne remplissez pas les conditions via l'AFDAS, d'autres dispositifs existent. Par exemple, en étant inscrit ou inscrite à France Travail, il est possible de mobiliser l'AIF, Aide Individuelle à la Formation. Il faut alors en parler avec les conseillers et les conseillères qui vont vous accompagner pour monter un dossier adapté. Et enfin, si un ou une artiste cumule plusieurs activités, comme un emploi salarié à côté de sa pratique artistique, il est possible de se former via un NOBCO. organisme paritaire collecteur agréé, un organisme de financement de la formation pour les salariés. Dans ce cas, il faut passer par son employeureuse qui peut financer une partie ou la totalité d'une formation en lien avec son activité. Enfin, si vous exercez une autre activité indépendante que celle d'auteur et que vous soyez artisan, artisane, commerçant, commerçante ou ou professions libérales, vous pouvez également mobiliser des fonds dans le cadre des organismes collecteurs pour financer vos formations en qualité de travailleureuse indépendante et indépendant. Il existe un OPCO et trois fonds de formation. Le Fonds d'assurance-formation des chefs d'entreprise artisanales pour les artisans-artisanes. L'Association de gestion du financement de la formation des chefs d'entreprise. pour les commerçantes et commerçants, le Fonds professionnel de formation des professionnels libéraux pour les professions libérales non réglementées. A savoir que la Malterie Art Visuel est également un organisme de formation certifié Calliope. Elle propose des formations continues sur des thématiques de communication, gestion administrative et fiscale et des formations plus spécifiques liées à la pratique artistique comme par exemple Unreal Engine, Arduino, etc. N'hésitez pas à consulter nos réseaux sociaux et à vous abonner à notre newsletter. En Belgique, la formation professionnelle pour les personnes actives dans l'EISAR se décline essentiellement au niveau régional. Les portes d'entrée à la formation ne sont pas les mêmes selon que vous soyez, à Bruxelles, en Wallonie ou en Flandre. Mais partout, le principe est le même. Il existe des services publics qui proposent des formations, des accompagnements personnalisés et des dispositifs de financement adaptés au secteur culturel. À Bruxelles, le point de départ c'est souvent Actiris, avec ses partenaires dont Bruxelles Formation. Actiris propose un accompagnement vers l'emploi, mais aussi l'orientation vers des modules de formation adaptés au secteur culturel, comme le repérage des besoins, des conseils pour monter un parcours et un accès aux formations subsidiées ou prises en charge selon la situation du ou de la demande heureuse. À Bruxelles, il faut être inscrit chez Actiris. En tant que chercheuse d'emploi, et demander un entretien formation pour identifier les modules pertinents pour sa pratique. En tant qu'artiste, si vous bénéficiez d'une attestation de travail des arts ou donnant droit à l'allocation de travail des arts, vous dépendez de la branche chômage de la sécurité sociale. Et bien que vous ne soyez pas dans les faits en recherche d'emploi, cela vous donne accès à ces formations. En Wallonie, c'est le FOREM qui joue ce rôle. Il publie un catalogue de formations techniques ou administratives, etc. Il peut, selon que l'on soit demandereuse d'emploi, travailleureuse ou en intermittence, proposer des dispositifs, des dispenses ou des aides pour suivre des formations. Le for-m répertorie aussi les formations liées aux métiers culturels et peut orienter vers des modules de professionnalisation. Pour la Flandre, le VDAB et les organismes de formation locaux offrent des parcours comparables avec un apprentissage de compétences techniques, modules de langue ou de numérique et formations en alternance. Quelle que soit la région, le réflexe utile est de prendre contact avec le service emploi formation régionale pour faire le point sur sa situation et ses droits. Au-delà des services publics, il existe des mécanismes sectoriels propres aux arts comme le Fonds 304 qui est un acteur important pour le spectacle vivant et les professionnels techniques du champ culturel. Il finance et cofinance des formations sectorielles, workshops, laboratoires, modules spécialisés et publie régulièrement son offre de formation. Pour les personnes travaillant dans le spectacle ou en lien avec la technique de la scène, Le fonds 304 est une source à suivre. Enfin, plusieurs structures intermédiaires et ASBL, centres de ressources, maisons d'artistes, collectifs, proposent des formations sur mesure comme le montage de dossiers, la communication, la comptabilité associative, la gestion de projets culturels, etc. Des dispositifs locaux comme art et insertion ou des dispositifs portés par des organismes. Les hubs culturels peuvent proposer des parcours gratuits ou subventionnés pour les artistes. Il faut se rapprocher des structures locales, maisons d'artistes, hubs, centres de formation, pour repérer les offres. Se former, ce n'est pas seulement acquérir de nouvelles compétences, c'est aussi une manière de reprendre la main sur son parcours, surtout dans un métier. souvent fait de discontinuité et de remise en question. En Belgique, comme en France, la formation professionnelle devient un levier de reconnaissance. Elle permet de consolider un statut, d'accéder à certains droits et de se sentir mieux armé face à la précarité du secteur. Et puis, se former, c'est aussi créer des espaces d'échange entre pairs, rencontrer d'autres artistes et d'autres façons de faire, d'autres réalités. Dans un milieu aussi fragmenté que celui des arts visuels, la formation peut être l'un des rares lieux où l'on apprend ensemble, où l'on partage ses doutes, ses méthodes, ses expériences.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté ce troisième et dernier épisode de On se dit quoi ? Podcast produit en collaboration par la Malterie Art Visuel et le Bureau des Affaires de Londres, avec le soutien de la région Hauts-de-France ou de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Merci à Clémentine Davin et Wilfried Saint-Bayonne d'avoir accepté de répondre à nos questions. Romane Beau, Elisabeth Bérard, Cathy Trochemin, Manon Laverdure, Camille Martel et Guillaume Atridet ont écrit cet épisode. Vous y avez entendu les voix de David Ayoun, Romy Berger, Camille Martel et Guillaume Etridé. La réalisation tonore est de Dan A. Le montage et mixage est de Victor Donati. Romy Berger a réalisé l'identité visuelle du podcast. Prenez soin de vous et on se dit quoi ?