- Speaker #0
Hello !
- Speaker #1
Salut !
- Speaker #0
Nous sommes travailleuses des arts dans le domaine des arts visuels.
- Speaker #1
On vient de Lille et de Bruxelles. Vous savez ce que c'est quand vous prenez un café avec une personne et que tout à coup vous vous rendez compte qu'il y a plein de sujets communs qui vous animent.
- Speaker #0
Commence alors une conversation fleuve.
- Speaker #1
On se partage des références.
- Speaker #0
On s'indigne.
- Speaker #1
On refait le monde.
- Speaker #0
On se pose plein de questions.
- Speaker #1
Et au cours de la discussion se dessinent des fils à tirer, des bouts de réponses et de pistes à explorer.
- Speaker #0
Pour nous, ça s'est passé un peu comme ça. C'est quoi les conditions sociales et économiques, philosophiques et existentielles des artistes ?
- Speaker #1
Faire collectif.
- Speaker #0
Comment et surtout comment faire pour que ça dure ?
- Speaker #1
Et survivre dans l'art, on en parle ?
- Speaker #0
Quelles sont les possibilités ?
- Speaker #1
N'existeraient-ils pas des particularités législatives transfrontalières comme le statut, le droit, les conventions, les résidences ?
- Speaker #0
La question de la rémunération, ça donne quoi de votre côté ?
- Speaker #1
Comment parler de son travail ?
- Speaker #0
Les refus de candidature.
- Speaker #1
La comparaison.
- Speaker #0
La compétition.
- Speaker #1
Penser les égaux malmenés.
- Speaker #0
La santé mentale dans le milieu. C'est encore assez tabou.
- Speaker #1
Ça ferait du bien de briser la glace.
- Speaker #0
Dans tout ça, ce serait bien aussi d'avoir des outils concrets.
- Speaker #1
Et voilà, on était lancés sur un projet podcast.
- Speaker #0
Avec l'envie de partager avec vous des vécus.
- Speaker #1
Des réflexions théoriques, philosophiques.
- Speaker #0
Mais aussi quelques outils pratico-pratiques de la vie d'artiste. Alors, on se dit quoi ?
- Speaker #2
Alors que je planifiais notre prochaine rencontre avec mon amie, artiste plasticienne et serveuse dans un bar, je lui posais cette question. « Tu serais dispo quand la prochaine fois ? Tu bosses quand ? » À cette question, elle me répondait. « À l'atelier ou au bar ? » Inconsciemment, quand je posais cette question, j'associais le verbe « bosser » à son travail alimentaire. J'occultais complètement son travail artistique. Non pas parce que je ne l'estimais pas, mais plutôt parce que j'avais intégré le fait que ce n'était pas un travail comme les autres.
- Speaker #3
Cette maladresse est révélatrice d'une des perceptions actuelles du travail de l'art. L'art est-il un travail ? Ou plutôt, est-ce que les artistes sont des travailleureuses comme les autres ? Et être artiste, qu'est-ce que cela implique ? Ni salariés, ni auto-entrepreneureuses, ni en intérim, les travailleureuses de l'art rentrent rarement dans les cases administratives créées par notre société. Et même si Guy Debord écrivait « ne travaillez jamais sur les murs de Paris pour dénoncer le système capitaliste » , Aujourd'hui Et bien plus que jamais, les artistes sont de plus en plus nombreux et nombreuses à revendiquer une reconnaissance officielle de leur métier. Dans ce troisième épisode de On se dit quoi, nous aborderons la question du travail de l'art et nous décortiquerons tous les enjeux qui y sont liés. Statuts, argent, conditions matérielles, ateliers, résidences, droits sociaux, etc. En première partie, nous développerons le sujet au cours d'une enquête appuyée d'entretien. L'un avec Clémentine Davin. historienne de l'art, autrice et curatrice. L'autre avec Wilfried Saint-Bayonne, artiste plasticien. Pour la deuxième partie, vous retrouverez le Trousseau de clés, une boîte à outils plus technique qui sera consacrée à l'accès à la formation en France comme en Belgique. Bienvenue dans ce deuxième épisode. L'artiste au travail. Alors, on se dit quoi ? Avant toute chose, une plongée contextuelle s'impose, car la Belgique et la France ne sont pas régies par les mêmes fonctionnements administratifs. En Belgique comme en France, tout travail rémunéré ouvre des droits à une couverture sociale. Maladie, chômage, retraite. Ce principe ne s'est appliqué aux artistes que depuis peu. Avant la Seconde Guerre mondiale, aucune reconnaissance administrative du travail artistique n'existait. La Belgique adopte un arrêté-loi, équivalent en 1944. tandis que la France crée la Sécurité sociale en 1945. En France, le régime social des artistes repose sur le régime artiste-auteur. Mais il ne s'agit pas d'un statut spécifique. En 1952, la Maison des artistes MDA est créée pour défendre les artistes visuels. En 1965, la loi Malraux permet aux artistes d'être couverts par la Sécurité sociale. De 1970 à 2019, la MDA et l'AGESA gère le régime social des artistes. Depuis 2019, le recouvrement des cotisations est assuré par l'Ursaf Limousin et les artistes sont désormais affiliés à la Sécurité sociale des artistes-auteurs, qui en 2024 compte plus de 408 000 artistes-autorices affiliés. Ce régime concerne les créatorices d'œuvres de l'esprit, écrivains, compositeurices, plasticiens, plasticiennes, cinéastes, photographes. Pour faire court, d'un point de vue social, les artistes autoristes sont rattachés aux régimes générales, c'est-à-dire à celui des salariés. Par contre, au niveau fiscal, ils sont considérés comme des entreprises individuelles. Les artistes déclarent leurs revenus via un numéro SIRET. En Belgique, la première reconnaissance officielle date de 1969 avec l'article 1bis, qui permet aux artistes de travailler sans lien de subordination tout en étant considérés comme salariés. Le visa artiste et la carte d'artiste jusqu'en 2023 donnaient accès à certains droits, mais restaient limités. Les artistes peuvent aussi passer par un bureau social pour artistes, BSA, comme Smart ou Emploi, qui agit comme un employeur et facilite la gestion administrative et sociale. Depuis 2024, un nouveau cadre a été instauré, le statut du travail des arts avec l'appestation du travail des arts, ATA, qui remplace les anciens outils. Ce système reconnaît les artistes et techniciens techniciennes contribuant à la création, spectacle, audiovisuel, littérature, BD, etc. L'ATA est attribuée par la Commission du travail des arts et donne accès à une allocation spécifique, une couverture sociale et des droits à la pension, permettant une activité artistique plus stable malgré une précarité persistante. sont disponibles sur travailledanslesarts.belgium.belleu. Clémentine Davin est historienne de l'art, autrice et chercheuse en arts contemporains. Installée à Bruxelles, elle accompagne des artistes, des institutions et des associations sur leurs projets d'exposition, de recherche ou d'écriture. Clémentine publie aussi régulièrement des critiques dans la revue L'Armène et s'intéresse particulièrement à la manière dont les artistes vivent et pensent leur travail au quotidien.
- Speaker #2
On le sait, aujourd'hui, pour accéder aux protections sociales en Belgique, en tout cas, pour prendre le cas de la Belgique, en tant qu'artiste ou en tant que travailleur des arts, on doit être forcément demandeur d'emploi, donc bénéficier d'allocations de chômage. Il n'y a pas d'autre moyen. Et donc, ce statut de travailleur des arts était une alternative encadrée, pensée, il y a quand même eu un gros travail. La grosse difficulté aujourd'hui, si on regarde évidemment l'actualité politique, c'est qu'on pensait un peu naïvement que c'était quelque chose qui allait vivre sa vie et peut-être repenser, améliorer, on va dire, au cours des législatures suivantes. Aujourd'hui, on se bat plutôt pour le maintien et la survie véritablement de ce statut qui est... permanence rediscutée. On le sait bien dans les médias et sur la place publique. Donc voilà, c'est vraiment encore fort d'actualité et je pense qu'il ne faut effectivement pas du tout le perdre de vue. Donc tout ce qui est couverture sociale, protection sociale, c'est quelque chose qui est très important et évidemment qui aujourd'hui est d'autant plus fort qu'il évidemment fait écho à la réforme des retraites. et des pensions qui est tout à fait dans la continuité de ces mêmes questionnements-là et qui ne touche pas que les artistes plasticiens et travailleurs-traséreurs des arts, on le sait bien. Mais voilà, en tout cas, c'est évidemment toujours ceux qui sont en bas de l'échelle qui seront les premiers concernés.
- Speaker #3
Si les artistes sont souvent contraints et contraintes de cumuler plusieurs emplois pour subvenir à leurs besoins, la palette des activités qu'on leur demande au sein même de leur travail artistique a toujours été très basse. nous explique Géraldine Miclot sur son site web Arbolo. Vente d'œuvres, sessions de droit, animation d'ateliers, rémunération pour le montage, participation à des résidences, etc. Autant de situations qui peuvent générer des ressources financières. Wilfried Saint-Bayonne est artiste plasticien. Il vit à Lille et travaille à Roubaix. Diplômé de l'École supérieure d'art de Tourpoint, il développe une pratique ancrée dans le volume, les présences situées, les gestes, et s'attache à la charge narrative. contenu dans les objets et les outils. Son métissage porte autant les marques de blessures issues de discrimination, de domination et de racisme que celles de promesses d'autres possibles, de réconciliation et de régénération. Wilfried participe activement à la création et à l'animation de lieux partagés, mais aussi de groupes de travail qui repensent les conditions d'existence et de travail des artistes. À travers sa pratique et ses engagements, il interroge autant ce que signifie créer que ce qui rend cette création matériellement et socialement possible.
- Speaker #4
J'ai un processus de travail qui fonctionne par phase, mais que je pense comme beaucoup d'autres personnes et d'artistes. Je pense que j'accorde des temps différents au quotidien, à la recherche, à la production et aussi aux temps morts, selon les opportunités, les envies que j'ai et les choses que je dois faire. Je ne dirais pas que j'ai une manière ou un schéma qui se répète, je pense que c'est très instable et que finalement je compose avec quand je peux le faire. Mais voilà, par exemple, ça fait bien un an que je n'ai pas produit matériellement. Par contre, j'ai pris le temps de faire des recherches. Et pour dire, c'est aussi que j'ai reconsidéré depuis maintenant deux ans le fait que les temps de lecture font partie du travail. Et que lire, ce n'est pas seulement quelque chose en plus du travail, mais que c'est du travail en soi. C'est des temps de réflexion qu'il faut prendre en compte et qui sont pour moi nécessaires, en tout cas quand c'est possible et quand le temps me le permet. Pour autant, je dis ça même si parfois je culpabilise quand même de passer un mardi après-midi dans mon canapé chez moi à lire. Mais en même temps, c'est super important et je pense que c'est hyper important de prendre ce temps. Et par ailleurs, si je peux prendre ce temps pour partager des lectures qui m'ont beaucoup apporté et qui m'ont fait du bien, je conseille trois ouvrages. Il y a La recherche conviviale d'Ivan Illich, Il y a Esthétique du Caire pour l'anthropocène de Maria Grace Salamanca González et La parole du semeur d'Octavia E. Butler. Voilà, c'est trois livres qui m'ont plu pour des raisons... très différentes. Alors, si vous ne savez pas quoi lire prochainement, n'hésitez pas.
- Speaker #3
Le métier d'artiste, c'est tout sauf linéaire. Il n'y a pas de CDI de la création. Le travail n'est pas continu. Il se fait par projet, avec des périodes de recherche, d'attente ou de production. Et souvent, pour tenir, il faut cumuler.
- Speaker #2
Alors, le travail, c'est quelque chose de très large. Alors moi, déjà, j'ai tendance à parler, mais ça, c'est à titre très personnel. Moi, je suis à la fois historienne de l'art, curatrice et autrice. Et donc, j'ai un peu le même type d'activité. C'est pour ça que j'ai tendance à parler d'activité. Parce que j'ai l'impression qu'on a différents types d'activités et donc différents types d'économies aussi qui sont liées à ces activités-là. Parce que si on parle vraiment du travail, donc il y a le travail artistique d'un côté, mais il y a aussi tout ce qui entoure le travail artistique, évidemment. En dehors des dossiers de subsides et des dossiers de financement, un partenariat, collaboration qui demande un temps incroyable, on le sait, et souvent pour un gain assez faible en termes de temps et financier évidemment, il y a aussi le travail de communication, il y a le travail, tout ce qui est réseautage qui prend énormément de temps, le fait d'aller voir des expositions, de se tenir au courant de ce que les autres font, qu'on est ou pas en vie. Des fois, ça nourrit. Des fois, je sais qu'il y a des artistes aussi qui ont besoin de se mettre en retrait. Ce que je trouve aussi, je pense, une bonne chose à certains moments d'une carrière. Aussi, de rester concentré aussi sur sa propre pratique. On n'est pas obligé d'être au courant de tout et d'être à l'affût de tout. Il y a aussi ce côté où on doit faire des visites d'atelier aussi. Ça, ça prend un temps de dingue. Je pense que c'est très riche. J'en ai encore fait une ce matin, moi j'ai énormément de plaisir à faire des visites d'atelier, mais je sais ce que derrière ça implique pour les artistes, de prendre le temps, de présenter le travail, d'être... Voilà, sans savoir exactement, vraiment, ce que ça va donner, si par la suite on va peut-être collaborer pour un article, pour un projet, pour une curation, on ne sait pas en fait, c'est vraiment à chaque fois, un peu comme un pêcheur, on jette son... On jette sa canne à pêche et puis on voit si ça mord. Donc voilà, tout ça, tout ça, ça fait partie du travail de l'artiste. Ça fait partie du travail, en fait. Moi, j'aime bien dire à mes étudiants que vous êtes indépendants, en fait. Donc, c'est vraiment le travail de présenter son boulot avec passion, avec envie. Mais voilà, en sachant qu'on ne sait jamais véritablement quand et qui ça va toucher. Si on le prend dans cette globalité-là, le travail d'un artiste, c'est énorme en fait comme charge. Et évidemment, d'un point de vue du grand public, d'un point de vue général, c'est quelque chose qu'on ne voit pas forcément. Et il y a autre chose que je trouve importante peut-être aussi à signifier, parce que ça on l'oublie beaucoup. Et c'est assez drôle, parce que si je puis me permettre, c'est quelque chose aussi que je ramène à titre personnel. La première fois que je me suis rendue à l'ONEM, pour essayer de justifier certaines petites choses en termes de plage horaire de travail, où on me disait « mais vous pouvez écrire le soir en fait, après 17h, et donc toucher le chômage » . Et je disais « mais je ne comprends pas, j'écris, oui, je peux écrire la nuit, mais les conférences de presse se font rarement de nuit ou avant 6h du matin » . Il y a des choses qui ne sont pas claires pour le grand public. On a un horaire de bureau qui est 8h-17h. Et quelle que soit notre activité, elle doit se retrouver dans ce temps imparti. La même chose pour le reste. Mais la plupart du temps, les vernissages, par exemple, c'est le soir. Ça, c'est quelque chose que tous les artistes savent. que la plupart du temps... on travaille aussi le week-end, les jours fériés, les vacances, ce n'est pas un mot qui est évident dans le sens où on va aller programmer nos vacances. Et des fois, on va les programmer trois ou quatre ans plus tard en se disant que ce n'est pas grave, on verra ça plus tard en fonction des économies et des projets. Donc oui, c'est le travail d'un artiste. Aujourd'hui ou hier, je pense que c'est très compliqué. C'est quelque chose qui intègre tellement la vie quotidienne. que vraiment faire la part des choses, même si on le veut vraiment, c'est très difficile et encore plus évidemment quand la vie de famille s'invite dans ce temps de création.
- Speaker #3
La vente d'œuvres est l'activité rémunératrice des artistes la plus présente dans l'imaginaire collectif. Cependant, c'est toujours compliqué de savoir à quel prix fixer son œuvre. Que faut-il prendre en compte ? Le temps de travail ? Le coût des matériaux ? La production ? L'implication émotionnelle de l'artiste dans la création de son œuvre, sa cote, tout ça en même temps ? En général, il n'y a pas de prix type et il est peu prudent de fixer son prix soi-même, au risque de se dévaloriser. Un bon conseil serait de visiter des galeries, se renseigner sur le prix d'œuvres similaires en termes de démarches, de matériaux, de formats. Il faut aussi intégrer les cotisations, les charges qui seront déduites après. Si une galerie est dans l'équation, Il faut aussi prendre en compte que celle-ci percevra environ 50% du prix total de l'œuvre. En réalité, la vente d'œuvres n'est pas le moyen le plus répandu de gagner de l'argent en tant qu'artiste.
- Speaker #4
En juillet 2025, j'ai suivi une formation à l'école pyrénéenne de bijouterie. Et le formateur, autour d'une discussion, nous dit quelque chose que j'ai trouvé assez beau. En fait, il parle de ces bijoux qu'il a fait ou qu'il vendait. Et il disait qu'en fait, dans ces objets, il y stockait finalement du temps et de l'argent, et que cela ne pourrait jamais vraiment être dévalué. Du coup, finalement, en l'occurrence, le matériau, ici, c'était de... Il parlait de l'argent 925 et de l'or et de pierre, mais qu'en fait, ces matériaux étant des matériaux précieux, semi-précieux, et que de fait, avaient une valeur par rapport à un marché, il y aurait toujours une valeur qui pourrait en tirer de la revente ou de l'achat. En fait, moi qui pratique plutôt le volume et l'assemblage, en tout cas des choses qui peuvent être volumineuses, ça m'a beaucoup parlé.
- Speaker #3
Les expositions sont des événements majeurs dans la professionnalisation et la reconnaissance des artistes. Mais encore aujourd'hui, beaucoup de lieux ne proposent pas de rémunération pour la cession des droits patrimoniaux des autoristes, que ce soit pour les droits d'illustration, ou de reproduction. Ces droits permettent à l'autorice et à ses ayants droit d'exploiter son œuvre sous toutes les formes. Ils sont limités dans le temps et peuvent être cédés à un tiers. Cela diffère du droit moral qui lui est perpétuel, inaliénable et imprescriptible. Cela signifie qu'il demeure après le décès, n'a pas de limite de temps et il ne peut pas être renoncé même par contrat. Il permet de protéger le respect du nom de l'autorice, sa qualité, son œuvre et comporte plusieurs prérogatives que vous pourrez retrouver sur le site de la sacd.fr. Pour pallier au manque de barèmes de rémunération, plusieurs institutions et collectifs se sont penchés sur la juste rémunération du travail artistique. En Belgique francophone, la FAP, Fédération des Arts Plastiques, et les Schémas d'Orientation pour les Arts Visuels, réseaux régionaux comme ASR ou devenir.art en France, ont mis au point des grilles de barèmes tarifaires. permettant d'avoir un indicateur de rémunération minimum lorsqu'un ou une artiste participe à une exposition. Les grilles se basent sur différents critères, à savoir la surface de l'exposition, la durée, l'entrée gratuite ou payante, la création d'œuvres inédites pour l'occasion, le nombre d'œuvres présentées, les droits d'autorise, etc. En revanche, il n'existe pas de réel consensus vers une grille de rémunération commune est reconnue à l'échelle nationale et européenne. Ces outils sont néanmoins une aide concrète et précieuse à laquelle se référer lorsque la question de la rémunération devient sujet de négociation.
- Speaker #2
On aimerait idéalement avoir un peu le manuel qui permet de dire comment je peux gagner de l'argent en tant qu'artiste plasticien. Ça, mes étudiants aimeraient aussi avoir accès à ce livre magique, mais ça n'existe pas. Et donc, en fait, effectivement, c'est toujours un peu le système D, la débrouille. Les institutions ne payent pas le travail artistique. On n'est pas rémunérés pour faire des expos. On doit montrer quand même notre travail. Donc voilà, on va le faire. Et tant pis pour nous, on a un travail alimentaire. On se fait aider ailleurs. Aujourd'hui, on en parle, on le dit. On essaye au maximum de s'entourer et de s'entraider sur ces questions-là. Donc je pense que les possibilités sont encore vraiment pauvres. Ça, c'est certain. On sait que les économies aussi, notamment publiques, sont vraiment au plus bas. Ça, c'est un état de fait réel et tout le monde en est tout à fait conscient. Mais véritablement, je pense que c'est un des espoirs et une des particularités, en tout cas, qu'il ne faut pas perdre. Je pense qu'il faut parler, il faut s'entourer et il faut s'entraider. Et donc, par exemple... Quand on parle des possibilités, donc évidemment, il y a tous ces appels à projets qui fleurissent. Il y a eu une recrudescence d'appels dans tous les sens. Donc aujourd'hui aussi, je vois une propension réelle, en tout cas une prise de conscience de la part des institutions et des pouvoirs publics. Les communes ont encore du mal, je pense, à l'intégrer. En tout cas, du côté politique, c'est encore assez... Ils sont assez frileux encore sur ces questions-là. Ils aiment aider principalement les jeunes, la nouveauté. Mais ça, c'est un côté aussi, la nouveauté, celui qu'on n'a jamais entendu et qu'on découvre. Encore une fois, la découverte est facile quand on sort de l'école, c'est certain, mais on est plein sur le banc à vouloir être découvert. Mais il y a aussi ce côté où, et ça, je pense que c'est un enjeu qui est très important, c'est le côté aussi de se dire, les trajectoires des artistes ne sont pas linéaires. Et donc, on peut avoir à un moment un énorme focus sur son travail, c'est super, mais on peut disparaître tout autant. C'est la même chose dans la musique, c'est la même chose dans les arts vivants, évidemment. Et ça, c'est quelque chose qui, je trouve, est excessivement dur, excessivement... comment on appelait ça ? Injuste, en fait. Et je pense que, pareil, le grand public ne s'en rend pas compte. C'est quelque chose que nous, on a intégré. que dans le domaine artistique, il y a des moments où notre travail va être visible. On va avoir des opportunités, alors avec les gains qui suivent ou pas, ça je suis entièrement d'accord, mais voilà, ce focus, cet intérêt en tout cas, qui va nous accompagner, mais pour combien de temps ? Et après, il suffit qu'une trajectoire de vie fait des enfants, un projet immobilier, n'importe quoi. On disparaît à un petit moment. Et comment revenir ? Et ça, pour avoir discuté avec un certain nombre d'artistes, c'est très compliqué. On a l'impression de redémarrer, mais vraiment à zéro. Et ça, c'est quelque chose qui est effectivement, je trouve, injuste, dans le sens où on a déjà un parcours, on voit des fois des CV d'artistes avec des prix et des prix sur... Voilà, un certain nombre d'eux, et on a l'impression que la reconnaissance, elle était là, mais à un temps donné. Donc, comme si après, le marché, en fait, devait suivre. Et à ce côté, les institutions vous aident, vous mettent le pied à l'étrier, et après, débrouillez-vous, allez voir les galeries, et puis maintenant, soyez un artiste bank et boule, quoi.
- Speaker #3
Au-delà de la monstration d'œuvres, les artistes peuvent se voir confier d'autres interventions professionnelles. Montage et démontage des œuvres. ateliers artistiques, médiations, rencontres publiques, conférences ou même gardiennages. Mais attention, il faut bien différencier ce qui relève des droits de monstration et ce qui relève de la prestation. Pour ces différentes casquettes, il est légitime de demander des enveloppes budgétaires distinctes et ainsi rendre visibles les différentes tâches qui sont prises en charge par l'artiste. Pour savoir les distinguer, on peut de nouveau se référer aux grilles de rémunération françaises et belges. Le calculateur du réseau ASTRE est assez détaillée dans ce sens. Il est important de se rappeler que s'il n'y a pas d'artiste, il n'y a pas d'œuvre. Et s'il n'y a pas d'œuvre, il n'y a pas d'exposition.
- Speaker #4
Si je devais mettre une valeur sur les pièces que je produis, je pense que ce serait hyper compliqué, parce que ça serait dire de prendre en compte la recherche, les expérimentations, les erreurs, les moments où ça foire, où ça casse, pour arriver à une forme où je me dis genre, ok, ça va être ça maintenant, et je pense que c'est inestimable. Ou alors, en vrai, si je devais mettre bout à bout les choses, je pense que ça coûterait un bras, je pense. Puis, comment vraiment donner une valeur financière quand il n'y a pas vraiment d'outils, quand il n'y a pas vraiment de référentiel et qu'on se base sur des choses très abstraites ? Ok, il y a le temps de travail, les matériaux utilisés, et après il y aurait cette somme hyper subjective de dire, en fait, ma valeur ajoutée, elle est d'autant. Alors, je trouve ça assez compliqué et j'ai envie de faire un peu une référence aux bijoux qui ont été volés récemment au Louvre. Et en fait, à la somme matérielle que ça représente, on dit que Stéphane Bern dit, par exemple, que ce sont des trésors qui sont inestimables et qui ont été volés au patrimoine français. Ce qui pose la question de se dire, est-ce que ces bijoux qui ont été volés ont une valeur symbolique, historique ? Mais financière, en fait, elle est beaucoup plus compliquée à définir.
- Speaker #2
Alors, la grille de rémunération, c'est vraiment un des projets qui est venu au tout début. La FAP est née au moment du Covid. L'objectif de cette grille, je dirais peut-être qu'elle est née, je pense, 2021, quelque chose comme ça. Mais elle a été retravaillée. C'est ça aussi la difficulté. et en même temps... à la fois, je pense, une difficulté, mais aussi une richesse, c'est que ce n'est pas quelque chose d'immuable. Il y avait une volonté première qui est restée, qui est à la source de cette grille de rémunération et qui va rejoindre justement la question des barèmes. Mais elle a évolué. Pourquoi ? Parce qu'à chaque fois qu'elle a été présentée, il y a eu des présentations successives, notamment Tiffany Blanc, qui est la coordinatrice de la FAP, dès qu'elle est invitée. à discuter avec une fédération sœur, que ce soit en France, en Belgique ou ailleurs, ou au sein d'une organisation, que ce soit publique ou privée, elle présente la grille et donc il y a de nouveau des questionnements par rapport à la question des barèmes, comment est-ce qu'on les a envisagées, pourquoi elles existent, et donc c'est intéressant. On la nourrit et elle évolue en fonction aussi de ces questionnements-là et de ces échanges. Donc cette grille de rémunération au départ, elle a été vraiment pensée pour justement permettre aux artistes plasticiens et artistes plasticiennes pour obtenir le statut de travailleurs et travailleuses des arts.
- Speaker #0
Donc, ça n'est pas du tout un... et ça a été quelque chose d'ailleurs qui a été fortement critiqué au début. Quand on parlait des barèmes, c'était beaucoup d'institutions nous disaient « on ne saura jamais les atteindre » . Mais en fait, actuellement, non, c'est sûr, c'est très difficile d'atteindre certains des barèmes parce que les finances publiques sont trop basses, les subventionnements sont trop bas. Et ça, c'est un état de fait et on en est tous conscients. Le but étant, évidemment, de refinancer le secteur des arts plastiques. C'est quelque chose que la FAPE, évidemment, défend depuis sa naissance et qu'elle continuera de défendre tout du long, en tout cas de cette législature, ça c'est certain. Mais c'est vraiment dans l'obtention du statut de travailleur des arts, donc basé aussi sur ce qui était demandé par l'ONEM, par les caisses de sécurité sociale, donc c'est pas des barèmes qui viennent de nulle part ils n'ont pas été inventés comme ça au petit bonhomme la chance et il y avait une volonté aussi dès le départ de le rendre accessible à tous donc l'AFAP est une organisation, une fédération aujourd'hui évidemment on peut en être membre en payant une petite cotisation mais tous les outils qu'elle développe, ça c'est volontaire sont accessibles à tous. Donc on a un site internet et vous pouvez directement aller sur le site et avoir accès à la grille, et donc tester vous-même aussi. Donc on ne peut pas changer les barèmes, mais on peut les faire évoluer en fonction des données qu'on y entre. Et donc effectivement il y a plusieurs données à rentrer, et donc à la fois il y a la question des droits de monstration, il y a la question du montage, enfin des temps de présence en fait sur place, c'est quelque chose qu'on oublie aussi beaucoup. Les institutions font de plus en plus attention, elles ont des conventions par rapport à ces questionnements-là. Mais beaucoup de petites institutions oublient que, par exemple, quand un artiste doit être présent, quand on vient chercher ses œuvres, c'est par exemple une plage de travail pour lui. Quand il doit être présent pour travailler avec le commissaire d'exposition, pour accueillir la presse, pour être au vernissage... pour rencontrer telle ou telle, je ne sais pas, personne. Des fois, on leur demande aussi d'organiser des ateliers pour tel ou tel public. Tout ça, c'est des choses qui font partie du travail, mais qui rejoint une question précédente, qui font partie du travail et de l'économie des artistes plasticiens. Et donc, c'était un peu l'idée de pouvoir, dans cette grille, reprendre l'ensemble des... Des tâches qu'un artiste met dans le travail d'une exposition. Une exposition, ce n'est pas juste je produis des œuvres et je les installe. Il y a tout le travail autour. À partir du moment où on reçoit l'invitation et que l'exposition est « vernie » , on a essayé de lister toutes les tâches et donc chaque tâche de leur trouver un barème qui soit… Le plus juste, et qui d'ailleurs souvent est assez bas, c'est le taux minimum légal, ce qui est loin d'être un bon salaire, mais qui permet donc, si la totalité est remplie, de participer à l'obtention du statut de travailleurs et travailleuses des arts et donc de cotiser à la Sécurité sociale.
- Speaker #1
Même si les temps sont durs, les institutions publiques, régions, communes, ministères, départements, fédérations, continue d'octroyer des subventions pour des projets artistiques. Il existe des aides de toutes sortes, à la création, production, recherche, diffusion et édition. Pour ce faire, il faut développer un tout autre langage, celui du dossier de subvention, celui qui répond à la vision du pouvoir subsidiant. Les demandes de subvention sont des procédures longues, chaque étape est entrecoupée de long délai. Il vaut mieux... bien anticiper et faire la demande plusieurs mois avant le jour J, au risque de devoir avancer les dépenses de son projet avec ses propres fonds. Un petit conseil serait de prendre le temps de rencontrer un ou une interlocutorice, des financeurs, des financeuses, de sonder si votre projet aurait ces chances d'être accepté et retenu. Et ça permet aussi un premier contact humain en plus de se faire connaître. Mais bien sûr ce n'est pas toujours possible.
- Speaker #0
Quand on travaille dans le domaine public, moi je crois très fort au domaine public, aux enjeux du public. J'aime travailler pour le public, je le dis haut et fort, mais la rémunération dans le public est une des plus basses qui soit. Mais en plus de ça, quand on est en évendant, la plupart du temps, on reçoit nos rémunérations, quand on en a, avec des délais de retard qui vont des fois de 6 à 8 mois. C'est énorme. Et je pense que tous les artistes en sont conscients quand on remet des dossiers de subvention, des demandes de subsides. Le nombre de personnes qui reçoivent... On a la lettre comme quoi on a reçu « notre dossier est accepté » . On reçoit l'argent après, mais des fois des semaines après que le projet a été fait. Donc on a avancé tous les frais nous-mêmes. C'est une économie qui naturellement précarise l'individu.
- Speaker #1
Une autre possibilité de ressources financières est le mécénat. Il a toujours été présent dans l'histoire de la vie des artistes. Des fondations et entreprises proposent des bourses, des résidences, des appels à projets. Une diversification des sources de financement permet de canaliser et fidéliser certains secteurs, mais elle reste rare et difficile à obtenir. La question de la rémunération des artistes révèle une réalité préoccupante. En Belgique francophone, en 2025, plus de la moitié des travailleuses du secteur gagnent moins de 1 000 euros net par mois, loin du revenu médian national, 33 000 euros par an, et du seuil de pauvreté, 16 000 euros par an. 388 000 par an. En France, la situation est plutôt similaire. En 2017, 53% des artistes graphiques et plastiques ont perçu moins de 8700 euros de revenus artistiques annuels. Des chiffres qui illustrent la précarité persistante du métier d'artiste visuel. Cette réalité économique s'accompagne d'une nécessité matérielle spécifique au travail artistique. Où créer, avec quoi et dans quelles conditions ? Les enjeux matériels pour créer sont multiples. Lieu de travail, atelier ou résidence d'artiste, équipement, matériel technique, accès à un véritable espace de création, avec éclairage, ventilation, stockage... Ces conditions impactent directement l'expression artistique la capacité à développer des projets et la viabilité de la démarche. L'atelier reste le lieu symbolique de la création artistique. Il structure le temps de travail et l'espace de création, d'expérimentation et de rencontres professionnelles. Parfois, il peut se combiner avec un logement. Et dans le livre « Un espace à soi » , Virginia Woolf expliquait déjà au début du XXe siècle que pour créer, il faut un lieu qui permette de se retirer du monde. Un espace où la pensée, peut se poser et se structurer.
- Speaker #2
C'est un peu une chance de pouvoir bénéficier d'un atelier. Pour moi, c'est aussi une façon d'être autonome et de fait d'avoir des moyens de production pour pouvoir produire ces pièces, pour pouvoir partager du savoir-faire, des expériences, des moments de doute, partager des fonctionnements. Et en fait, je trouve qu'à l'heure actuelle, pouvoir être en possession de moyens de production... Par rapport à ce qu'on peut produire, c'est quand même super intéressant où les budgets, les subventions et l'argent globalement commencent à réduire. C'est intéressant de dire qu'on peut se réapproprier nos moyens de production et du coup s'extraire un peu des choses. Et voilà avec des techniques et des savoir-faire pouvoir créer des choses, les partager et pouvoir aussi ouvrir à d'autres gens et vraiment créer des sortes de communautés où d'un coup on pourrait être autonome. Du coup il y a un côté concrètement utile. utopique et en même temps concrètement réalisable. C'est là où je vois un intérêt concret dans l'atelier, donc à un moment donné où je passe quand même pas mal de temps.
- Speaker #0
Justement j'avais essayé d'évaluer un petit peu comme je l'avais conçu un peu comme je disais comme une boîte à outils. En tout cas essayer au maximum dans l'espace qui m'était offert de pouvoir donner un maximum de propositions que les personnes Personnes sortant des cols d'art puissent se saisir. J'ai essayé de mettre l'accent sur des choses que je considère comme utiles et inédites, mais aussi des initiatives existantes. Et donc par exemple on avait recensé tous les lieux qui proposent sur la région de Bruxelles, là sur le coup puisque c'était notre territoire d'exploration, Des associations, pour la plupart, qui proposent des ateliers d'artistes. Ça, il y en a beaucoup. On sait la difficulté que c'est de trouver un atelier d'artiste. Alors, il y a des gens, pareil, souvent bénévolement, qui travaillent à ça, qui destinent presque, j'ai envie de dire, c'est un sacerdoce leur vie à ça. Et donc, j'en ai cité un bon nombre. Et c'est toujours l'énorme difficulté parce que ce sont des beaux précaires, parce qu'on sait qu'il y a des difficultés... Dans le maintien, on sait que beaucoup en cherchent. Et donc aussi, il faut être inscrit sur liste d'attente. C'est difficile, mais ça existe. Je pense que c'est peut-être la difficulté principale quand on sort d'école parce qu'on a tout sur place. On a à la fois les outils, on a à la fois les collègues, on a à la fois les professeurs évidemment. Mais on a aussi ces fameux lieux. de collaboration où on ne se pose pas la question. On va travailler à l'école et on en sort. Travailler chez soi, c'est compliqué. Il y a même des pratiques où c'est juste impossible. Je pense à la céramique, mais il y en a plein d'autres. Il y a des coûts, évidemment, qui sont liés à ça. Il y a des questions de logistique, il y a des questions de stockage, il y a des questions de chauffage. C'est énorme, mais ça, c'est aussi quelque chose je pense qui n'est pas vraiment compris du côté du grand public ou en tout cas des administrations et les pouvoirs publics, que l'atelier est des fois vraiment inhérent à la pratique artistique. Je connais des artistes qui ont par exemple, de nombreux artistes ont limité leur pratique par exemple au dessin, tout simplement parce que c'est la seule activité qu'ils pouvaient faire chez eux. C'est une pratique qui demande peu de place, qui est peu salissante, qui demande peu de stockage, mais qui est très très limitantes si on a envie d'explorer d'autres choses. Mais donc, devoir attendre 4-5 ans, peut-être 10 ans avant d'avoir un atelier qui corresponde aux spécificités de notre pratique, oui c'est quelque chose de très compliqué.
- Speaker #1
En France, le dispositif appelé Allocation d'installation d'ateliers et d'achats de matériel du ministère de la Culture permet de soutenir les artistes autoristes des arts visuels dans l'aménagement de leur lieu de travail et l'achat de matériel. Afin de bénéficier de cette aide, la demande de l'artiste doit être déposée auprès du service concerné, du ministère de la Culture de sa région, soit à la DRAC, Direction Régionale des Affaires Culturelles, et doit répondre à plusieurs critères d'éligibilité que l'on peut retrouver sur le site web culture.gov. Aussi, l'artiste s'engage à déclarer cette aide dans le cadre des obligations fiscales, impôts sur le revenu et sociales, auprès de l'URSSAF chargée du recouvrement des cotisations. Cela montre que l'État reconnaît l'atelier et le matériel, qui sont des leviers essentiels pour la création. Toutefois, cette aide ne couvre pas tout, et beaucoup d'artistes restent dépendants et dépendantes de leurs propres moyens, de l'allocation souvent très coûteuse d'un atelier et d'un équilibre parfois très fragile entre création et gestion matérielle. De ce fait, dans la pratique, les artistes témoignent de contraintes. Atelier dans un sous-sol, peu de lumière, peu d'espace, matériel obsolète ? charges élevées, etc. A cela s'ajoute le coût de production, de stockage, la communication, le transport des œuvres, soit une dimension purement matérielle et logistique du travail artistique.
- Speaker #0
En dehors de quand est-ce que tu travailles, tu travailles donc par définition, tu donnes du temps à ton travail artistique, il y a aussi où est-ce que tu travailles. Et donc là c'était un artiste plasticien qui expliquait que notamment... Voilà, il était marié, il a des enfants et il travaille à la maison. Et donc ça c'est la grosse difficulté aussi de se retrouver avec son travail intellectuel, plastique, au sein de la maison, donc du foyer, des fois sur un bout de table, avec des horaires qui ne sont pas des horaires de bureau évidemment, avec des gens qui te coupent régulièrement avec les choses de la vie de tous les jours. Donc ça effectivement c'est quelque chose qui est... qui est vraiment à prendre en compte et qui est assez problématique, simplement dans l'organisation de ce qu'on appelle justement faire une distinction entre le travail et la vie familiale. Donc ça, moi je pense que c'est effectivement quelque chose que beaucoup d'artistes rencontrent. Évidemment, je pense surtout au début, à la sortie des études, Mais c'est aussi évidemment une situation qui peut perdurer malheureusement assez longtemps, puisqu'on connaît les situations pour trouver un atelier, pour trouver un atelier logement. C'est d'autant plus compliqué. Donc effectivement l'art, en tout cas à ce titre-là, n'est vraiment pas un travail comme les autres et peut être considéré comme beaucoup pour une activité annexe.
- Speaker #1
En Belgique, il n'existe pas d'aide de l'État pour l'acquisition de matériel ou la location d'atelier. Tout comme en France, il est particulièrement difficile de trouver des espaces de travail adaptés et abordables. En passant par les BSA, il est possible sous certaines conditions de défrier l'achat de matériel ou une partie du loyer de son atelier. Au-delà de la recherche d'un atelier permanent ou semi-permanent, individuel ou partagé, ou d'espaces de travail et d'outils mutualisés, les artistes se tournent souvent vers une solution. La résidence artistique. Le ministère de la Culture en France définit la résidence comme étant un séjour en un lieu dédié. Ce dispositif vise à donner un cadre des moyens humains, techniques et financiers à un ou une plusieurs artistes autoristes pour un travail de création, de recherche ou d'expérimentation associé ou non à des actions culturelles ou d'enseignement, telles que l'animation d'ateliers de pratiques artistiques, de workshops, la transmission de savoirs, certains types de rencontres publiques, etc. Une résidence doit permettre à l'artiste autorice de consacrer au minimum 70, soit 70%, de son temps à la création, la recherche ou l'expérimentation. La structure organisatrice doit prévoir le versement d'une bourse de résidence appropriée qui permet de rémunérer ce temps de création ainsi qu'un contrat de résidence établi en concertation avec l'artiste autorice en amont de l'accueil. Ce contrat de résidence diffère du contrat de travail car il n'y a pas nécessairement de prestations à fournir contre une rémunération, ni un lien de subordination entre la structure et l'artiste. Le contrat de résidence est un accord de collaboration non salarié où l'artiste a une autonomie dans la création et une liberté temporaire des contraintes matérielles afin de se consacrer à son travail artistique. Néanmoins en France, lorsque l'artiste anime des ateliers ou des médiations à plus de 30% de son temps de résidence, par exemple dans le cadre de résidences en milieu scolaire ou missions de territoire, l'artiste passe un statut d'indépendant à un statut de régime général. En effet, dans le cas d'animation d'atelier, il n'est pas rare qu'un lien de subordination se mette en place entre la structure et l'artiste, ainsi que des horaires et un cadre de travail à respecter. Dans ce cas, un contrat de travail s'impose.
- Speaker #2
Les résidences, je trouve ça incroyable. Je trouve que c'est vraiment une chance et j'ai eu la chance d'en bénéficier. à différents endroits et je remercie les personnes qui m'ont accueilli en tout cas. Je trouve que le cadre de la résidence, c'est un cadre pour se renouveler, on peut y tester de nouvelles choses, on se nourrit d'un nouveau quotidien, d'environnement, il y a quand même un cadre d'apprentissage et de remise en question de soi, d'un travail qui est compliqué à avoir ailleurs. Et en même temps, c'est aussi l'endroit où on propose... Un cadre de travail, ce qui va avec un budget, une rémunération, le fait de pouvoir un peu t'extraire du quotidien et d'arriver à un endroit et de se dire ok en fait là j'ai du temps pour ça. Et c'est aussi des rencontres, c'est aussi de très belles rencontres à tous les niveaux que ce soit humain, professionnel, enfin c'est des endroits qui moi en tout cas m'ont permis de faire des rencontres et de tisser des amitiés, tisser des endroits de rencontres professionnelles et qui perdurent aussi... Avec le temps, je dirais que c'est vraiment important d'essayer. C'est important de faire des dossiers même si ça paraît compliqué, mais il y a bien un moment donné où des gens répondront. Je sais que pour moi, ça influence à la fois ma démarche et ma production. Et en fait, c'est une réponse. C'est un jeu d'aller-retour entre toutes ces choses-là qui trouvent vraiment l'endroit où je me situe. J'ai besoin un peu de ces endroits, j'ai besoin de me renouveler. Et je dis ça aussi en n'oubliant pas que j'ai eu la chance de pouvoir bénéficier de ces endroits et que ce n'est pas non plus donné. Il y a quand même un truc où il faut faire des dossiers, il faut écrire des projets, ça demande aussi tout un travail.
- Speaker #1
En effet, le dispositif de résidence d'artiste renforce une certaine... concurrence entre les artistes au regard de la rareté de l'offre et de l'ampleur de la demande et peut parfois être discriminatoire. Sur invitation, sur projet et ou dossier, ce dispositif est très sélectif et les conditions pour y accéder sont parfois opaques faisant notamment référence à l'effet réseau. En juin 2025, le CNAP, Centre National des Arts Plastiques, a publié le Guide de l'Art Contemporain. Les résidences d'art visuel sont dans lequel nous retrouvons une étude de ce dispositif réalisé à partir d'expériences et de vécus d'artistes-autorises françaises. En introduction du chapitre, les illusions perdues. Franchir ou non l'épreuve d'un dispositif de jugement et de consécration. Nous pouvons lire
- Speaker #3
« Bénéficier du dispositif suppose, en premier lieu, un alignement préalable de vue entre l'artiste et la structure d'accueil. Ayant vocation à libérer les artistes des contraintes et des contingences matérielles, le dispositif exige, de facto et de manière paradoxale, que les artistes soient libérés de tout impératif personnel familial ou économique. En définitive, le dispositif apparaît plus favorable à certains profils d'artistes, le tri s'opérant parfois sur la base de critères problématiques, voire discriminatoires.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'on fait des résidences où par exemple on est mère célibataire, père célibataire, où on veut faire des résidences loin de chez soi ? Par exemple il y a beaucoup de lieux qui proposent des résidences mais sans logement. Comment on fait dans ces cas-là ? Est-ce qu'on doit faire les allers-retours ? Est-ce que c'est pris en charge ? Voilà, tous ces questionnements. Le prix, qu'est-ce que ça donne ? Est-ce que c'est juste de l'argent ? Est-ce qu'il y a un suivi derrière ? Est-ce qu'il y a une invitation à faire une exposition ? Questionner ce qui est proposé pour voir comment est-ce qu'on pourrait améliorer les dispositifs en place et surtout que ça puisse réellement servir la carrière d'un artiste.
- Speaker #1
Face aux difficultés économiques, aux exigences matérielles et aux casse-têtes administratifs, certains et certaines artistes parviennent à s'accrocher, tandis que d'autres finissent par abandonner. Dans son podcast, Jarrette, l'historien de l'art Adrien Grimaud, donne corps à ces récits. Ceux des artistes qui tournent le dos au monde de l'art par choix, par nécessité ou par lassitude. Comme Maurizio Catalanti, à la suite d'une rétrospective de son oeuvre au Guyanaïne de New York en 2011 dira :
- Speaker #3
"Je me suis lancé dans l'art en cherchant la liberté et je suis devenu l'esclave de mon travail. Cela devient ennuyeux au bout d'un moment d'être enchaîné même si les fêtes sont sympas. Plus que tout, je veux juste m'échapper."
- Speaker #1
Mais pourquoi les artistes finissent t-il par vouloir s'échapper ? En France comme en Belgique on parle aujourd'hui aujourd'hui une crise budgétaire qui, associée à l'impact de l'inflation et de la crise sanitaire, n'a de cesse de fragiliser le secteur culturel : baisse des financements publics, report ou annulation de projets artistiques et sociaux, fermeture de structures culturelles. À cela s'ajoute la précarisation des professionnels, les droits des artistes étant constamment menacés par des réformes comme celle du chômage ou des retraites-pensions. Et tandis que la liste des conséquences s'allonge, un sentiment de d'impuissance s'installe.
- Speaker #2
Pour ce qui est du financement et de comment je finance ma pratique artistique, que ce soit la recherche, mon loyer d'atelier, l'achat de la matière, mes productions et toutes ces choses aussi. Les choses de la vie, comme tout le monde. Alors, de manière très pratique, j'ai deux comptes en banque. J'ai un compte en banque personnel avec de l'argent que je gagne du fait d'être enseignant, et aussi je touche la location spécifique de Solidarité, du coup l'ASS de France Travail, ce qui arrive directement sur ce compte et ce qui est pour moi une sorte de revenu fixe. Je mettrais des guillemets à « revenu fixe » parce que c'est pas vraiment adéquaté ouf, mais en tout cas ça existe. Et j'ai aussi un compte pro pour mon activité d'artiste. Et là-dessus, il y a tous mes revenus en l'occurrence qui sont fléchés sur l'art. Et de ça, je vais pouvoir avoir une comptabilité parce que oui, je fais une comptabilité aussi pour comprendre un peu comment ça marche, comprendre où sont mes frais fixes, ce que je dépense à l'année. Ça me donne aussi un temps concret de l'administratif. En fait, ça permet aussi de savoir et de savoir aussi... comment mon activité peut vivre à l'année. Je sais que mon loyer, il est de 110,15 euros par mois. Je sais que ça fait un certain chiffre à l'année. Du coup, je me mets de côté, je m'organise. Mais en fait, j'essaie d'adopter le même schéma pour ma vie perso, mon compte perso, que pour ma vie professionnelle. Et en même temps, je dis ça, mais je ne fais pas de comptabilité avec mon compte perso. Pas vraiment, mais je finance ces choses-là en postulant à des résidences et du coup en étant rémunéré, en postulant à des bourses et parfois aussi en bénéficiant de droits d'exposition.
- Speaker #1
Pourtant, ce sentiment ne date pas d'hier. Alors reprenons depuis le début, depuis l'endroit où tout a commencé, ou presque, l'école d'art. À l'école, on apprend à créer, à penser, à remettre en question. On sort avec un bac plus 5 ou plus, ou plus encore, en poche. Et une question en tête, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Car une fois les études terminées, l'absence d'outils se fait lourdement ressentir, court-circuitant la relation des artistes au travail. Résultat, y'elles sont souvent surqualifiées pour des jobs alimentaires et rarement préparées à vivre de leur propre art.
- Speaker #2
C'est vrai qu'à l'école, moi j'ai fait les beaux-arts de Tourcoing, j'ai fait 5 ans, du coup j'ai fait un DNSEP qui équivaut à un grade de master. Finalement, à l'école on n'a jamais forcément été sensibilisés à il se passe quoi après l'école. Effectivement, on a genre... Deux jours de journées professionnelles qui se suivent, c'est des journées intenses. T'es là en mode genre « wow » , tout ça. T'es obligé de te comprendre en 48 heures. Il y a un côté un peu indigeste à ça. Et en même temps, c'est nécessaire. Mais j'ai l'impression qu'en fait, ça devrait être quelque chose qui est dans la continuité. Une clause où on te dit en première année, on t'explique un peu... Et puis voilà, ça augmente crescendo. Peut-être que tu as des exemples concrets où tu peux vraiment comprendre et appréhender. Là, vraiment, mon ressenti que j'ai entre l'enseignement que j'ai eu et la réalité professionnelle en sortant de l'école, c'est qu'il y a vraiment un gap. Quelque part, en tout cas, l'école que j'ai pu faire, et je pense qu'il y a aussi un peu ça dans beaucoup d'écoles, c'est qu'on ne te prépare pas vraiment après l'école. Il y a un décalage énorme. Je ne sais pas si moi... Rentrant au Beaux-Arts, je me suis dit forcément, quand je vais sortir de l'école, il va se passer ça, je vais prétendre être ça, ceci, cela. Mais je pense qu'en même temps, une école d'art, ça permet de pouvoir multiplier les possibilités à la sortie. Mais en fait, il y a tellement de possibilités que ça peut être hyper compliqué de trouver une place.
- Speaker #1
Dans son premier roman intitulé « Les déserteuses » , l'artiste et militant Johanna Blanc Couchent sur le papier les inquiétudes d'une jeune artiste. « C'est la première de mes copines de l'école à avoir arrêté, tout de suite après l'école. Elle n'a même pas essayé. Elle n'a jamais exposé.
- Speaker #3
Elle a pris un job dans la com pour un petit festival de musique classique. Rien à voir. Un plan qu'elle avait eu par quelqu'un de sa famille. Elle a décroché, je ne sais pas pourquoi. Elle doutait beaucoup de sa pratique à l'école, mais ce n'était pas pire que les autres. Tout le monde avait peur. »
- Speaker #1
Tourner la page de l'école revient parfois à sauter dans le vide. Du jour au lendemain, plus de corps enseignant pour suivre l'avancée d'un projet, plus de camarades de classe pour faire face aux doutes, plus d'atelier ni de matériel pour produire sans penser aux loyers ou Ausha à venir. On se prend le mur des réalités administratives et économiques dont personne ne nous a parlé avant d'être diplômé. Obtenir son statut, gérer sa comptabilité, négocier ses contrats, trouver des financements, promouvoir son travail, construire un réseau, créer son portfolio, bref... On se retrouve seul face à une montagne de démarches auxquelles il faut consacrer du temps et de l'énergie sans savoir si elles aboutiront ou non. Un travail de l'ombre sans l'ombre d'une rémunération.
- Speaker #2
Comprendre tout ça, la comptabilité, qu'est-ce que ça veut dire une comptabilité ? Ça veut dire quoi la TVA ? Être assujetti à la TVA ? Comment tu la récupères ? Tu la collectes ? C'est un méandre d'informations hyper complexes. À un autre niveau, je dirais que les entreprises ont...
- Speaker #0
ont le même devoir administratif de devoir faire une comptabilité, sauf qu'eux ont des personnes comptables. Quand t'es jeune artiste, tu sors de l'école, t'es au réel, tu peux pas te payer un comptable. Encore aujourd'hui j'ai pas de comptable, je fais ma comptabilité seul. Et en même temps ce qui m'a permis de tenir dans ce régime-là, c'est qu'à un moment donné on est quatre à avoir ce régime, on se connaît, on connaît pas du tout ce régime, mais on l'apprend en faisant. Tout le monde a un peu des connaissances, il y a des endroits et en fait on se les partage, on s'entraide. Ça arrivait que... un peu moins, sauf qu'on a des questions, on a un peu des personnes références et il y a aussi des ressources qu'on peut avoir pour avoir des informations. Mais c'est vrai qu'on a beaucoup appris finalement entre nous où chacun, chacune avait des informations très précises et on s'est appelé une fois par an en avril avant la déclaration ou des impôts en disant genre « Ouais, comment t'as fait là ? C'est quoi le compte de classe ? » Enfin c'est des choses super compliquées. Et en même temps moi je sais que j'ai aussi voulu... plus comprendre. J'ai fait une formation à la malteurière visuelle sur la comptabilité artistique, ce qui m'a permis d'apprendre plein de choses. Mes camarades ont aussi fait des formations de comptabilité, ce qui fait qu'on a appris sur le tas et en même temps, on est un peu formés et parfois, on essaye aussi de discuter avec des gens sur ce que ça implique finalement d'avoir ce régime Le monde professionnel, on aide comme on peut en tout cas. Mais je trouve qu'effectivement à l'école il devrait y avoir vraiment un cours dédié à ça. Ou il devrait y avoir des anciens diplômés qui viennent donner leur expérience. Et je pense que ça se fait dans plein d'écoles. Je pense que juste à l'école où j'ai été ça ne se fait pas. Et peut-être que ça devrait se faire ou peut-être que ça se fait mais peut-être que je ne suis pas au cours.
- Speaker #1
Des cours de compta à l'école d'art. On est d'accord ce n'est pas une chose. pas ce qui fait rêver. Mais on réalise que c'est peut-être l'un des sujets qui manque pour pouvoir naviguer après la sortie de l'école, comprendre le terrain et surtout survivre de son art. Dans la prochaine partie, on reste dans ce moment clé qu'est l'après-école. On continuera à parler du choc de l'entrée dans le métier mais aussi des perspectives, des pistes d'amélioration et de tout ce qui peut encore permettre d'améliorer les conditions de travail des artistes.
- Speaker #2
C'était la première partie de l'épisode 3. L'artiste au travail. Alors, on se dit quoi ? Romane Beau, Elisabeth Bérard, Cathy Ausha, Manon Laverdure, Camille Martel et Guillaume Etridé ont écrit cet épisode. Vous y avez entendu les voix de David Ayoun, Romy Berger, Camille Martel et Guillaume Etridé. La réalisation sonore est de Dan A. Le montage et mixage est de Victor Donati. Romy Berger a réalisé l'identité visuelle du podcast. Prenez soin de vous et on se dit quoi ?