- Speaker #0
Hello !
- Speaker #1
Salut !
- Speaker #0
Nous sommes travailleuses des arts dans le domaine des arts visuels.
- Speaker #1
On vient de Lille et de Bruxelles. Vous savez ce que c'est quand vous prenez un café avec une personne et que tout à coup vous vous rendez compte qu'il y a plein de sujets communs qui vous animent.
- Speaker #0
On commence alors une conversation fleuve.
- Speaker #1
On se partage des références.
- Speaker #0
On s'indigne.
- Speaker #1
On refait le monde.
- Speaker #0
On se pose plein de questions.
- Speaker #1
Et au cours de la discussion, se dessinent des fils à tirer, des bouts de réponses et de pistes à explorer.
- Speaker #0
Pour nous, ça s'est passé. Un peu comme ça. C'est quoi les conditions sociales ?
- Speaker #1
Et économiques ?
- Speaker #0
Philosophiques ? Existentielles des artistes ?
- Speaker #1
Faire collectif ?
- Speaker #0
Comment ? Et surtout, comment faire pour que ça dure ?
- Speaker #1
Et survivre dans l'art ? On en parle ?
- Speaker #0
Quelles sont les possibilités ?
- Speaker #1
N'existe rien. Seraient-ils pas des particularités législatives transfrontalières comme le statut, le droit, les conventions, les résidences ?
- Speaker #0
La question de la rémunération, ça donne quoi de votre côté ?
- Speaker #1
Comment parler de son travail ?
- Speaker #0
Les refus de candidature ?
- Speaker #1
La comparaison ?
- Speaker #0
La compétition ?
- Speaker #1
Penser les égaux malmenés ?
- Speaker #0
La santé mentale dans le milieu, c'est encore assez tabou.
- Speaker #1
Ça ferait du bien de briser la glace.
- Speaker #0
Dans tout ça, ce serait bien aussi d'avoir des outils concrets.
- Speaker #1
Et voilà, on était lancés sur un projet podcast.
- Speaker #0
Avec l'envie de partager avec vous des vécus,
- Speaker #1
des réflexions théoriques, philosophiques,
- Speaker #0
mais aussi quelques outils pratico-pratiques de la vie d'artiste. Alors, on se dit quoi ?
- Speaker #2
Dans Parole de serveuse, l'artiste performeuse Camille Lemille met en scène les voix de femmes qui sont à la fois artistes et serveuses. L'une confie qu'elle ne connaîtra jamais la carrière de Michael Jackson, car elle n'est pas célèbre depuis l'enfance. Une autre se rassure en pensant à Marcel Brottard, ce qui a été reconnu à 60 ans. Et au fond, c'est tout le sujet de ce deuxième épisode. Qu'est-ce que ça veut dire être célèbre ? Est-ce qu'on est artiste qu'à partir du moment où l'on est reconnu ? D'ailleurs, quelle est la différence entre être célèbre et être reconnu ? Et surtout, quel impact cette quête peut-elle avoir sur la santé mentale des artistes ? En art, reconnaissance et travail semblent toujours s'entrelacer, voire même se confondre. Entre besoin de célébrité et besoin de reconnaissance, il y a une tension qui touche à l'identité même de l'artiste. Une tension qui peut nourrir l'ego de la création, mais qui peut aussi fragiliser celles et ceux qui créent. En première partie, nous développerons le sujet au cours d'une enquête appuyée d'entretien réalisée des deux côtés de la frontière. Pour la deuxième partie, vous retrouverez le trousseau de clé, une boîte à outils plus technique qui sera pour aujourd'hui consacrée à trois outils de communication. pour être célèbre sur la toile. Bienvenue dans ce deuxième épisode. Célèbre à tout prix ? On se dit quoi ? Bien qu'il puisse sembler très contemporain, le mot célébrité apparaît dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Il désigne alors un phénomène social nouveau à l'époque, différent de la réputation ou de la gloire. La réputation est une notoriété qui naît du regard et du jugement d'un groupe sur une personne de leur communauté. Elle résulte du partage direct d'opinions, relayé grâce aux bouches à oreilles. La gloire, quant à elle, est une forme de reconnaissance essentiellement posthume, donnée à un être jugé hors du commun pour ses exploits. À partir de cette distinction, l'historien Antoine Lilti définit la célébrité comme le fait d'être connu d'un très large public de son vivant. Mais ce n'est pas tout. L'émergence de cette nouvelle notoriété s'explique par ce que Lilti appelle une révolution médiatique. L'essor de la presse, les nouvelles techniques de reproduction et les nouvelles stratégies publicitaires permettent la diffusion des imprimés et l'alphabétisation d'un plus grand nombre. Mais ils désignent surtout les transformations culturelles que provoquent ces évolutions. On voit fleurir une culture visuelle qui se passionne pour le portrait. Peinture, gravure… bustes, et les écrits de la vie privée se multiplient. Journaux, biographies, nécrologies. La célébrité découle ainsi d'une curiosité collective pour une personnalité singulière et pour son intimité, parfois indépendamment de ses œuvres ou de ses actions, et que l'on peut désormais reconnaître sans l'avoir jamais rencontrée. Cet intérêt, rarement unanime, dépend des images et récits associés au nom de la figure publique. Il s'inscrit dans la... temporalité courte et changeante de l'actualité. Dès son apparition, au XVIIIe siècle, la célébrité se présente comme une valeur ambivalente. On la convoite autant qu'on s'en méfie. Les évolutions techniques et industrielles du début du XXe siècle, comme la reproductibilité presque infinie des images, photographies et photographures, Puis de la voix, radio et cinéma vont progressivement accélérer et étendre le phénomène. La diffusion devient plus rapide et plus lointaine grâce à l'essor des moyens de télécommunication. Ces transformations donnent une nouvelle visibilité à la célébrité et marquent la naissance des premières stars. La célébrité ne repose donc pas uniquement sur le mérite ou la valeur, elle s'appuie sur des formes spectaculaires et médiatiques de visibilité. On pourrait dire que c'est une construction sociale qui tient aussi à la capacité d'une personnalité à capter et entretenir la curiosité du public. Historiquement, en art, c'est notamment avec les vies des artistes de Giorgio Vasari, au XVIe siècle, qu'on commence à voir apparaître une forme de starification. Pour la première fois, des personnalités sont mises en récit, presque héroïsées. ce qui contribue à marquer les prémices d'une notoriété individuelle. C'est la période romantique qui amplifie véritablement le phénomène. L'essor des expositions publiques, des salons académiques et de la critique d'art permet aux artistes de se forger une image publique et de toucher un public plus large. À la fin du XIXe siècle, on assiste ainsi à un glissement vers la personnalisation de la production artistique. La singularité et l'originalité sont désormais valorisées. C'est au XXe siècle que naissent les premières célébrités de l'art. Le travail de création, d'identification et de singularisation, jusqu'alors centré sur l'œuvre, se transfère progressivement sur la personne de l'artiste. Le modelage de sa propre image devient un travail à part entière. La diffusion de ses faits et gestes, comme celle des images des œuvres, nourrit sa renommée et sa crédibilité. On pense par exemple à Dali, qui se construit un personnage en perpétuelle évolution. Il joue avec la limite entre excentricité et folie. Il est l'un des premiers à utiliser la communication de masse. Il s'appuie sur les médias modernes pour accroître sa notoriété et diffuser son nom ainsi que son image. Ses fameuses moustaches, dont la taille démesurée est immortalisée dans la publicité pour les chocolats Lanvin en 1968, deviennent une véritable signature. Elle compte autant que son nom, qu'il n'hésite d'ailleurs pas à monnayer. Il cède les droits d'utilisation à une marque de cosmétique pour baptiser un parfum. L'artiste devient une marque identifiable et il en joue. Dans le premier épisode du podcast, on parlait d'Andy Warhol et de sa factory qui incarne une figure de l'autobranding. C'est un pivot du basculement de l'art moderne vers l'art contemporain. L'identité de l'artiste devient un vecteur de valeur. Il intègre les codes de la culture de masse et les réinjecte dans l'art en perturbant. ainsi la frontière entre création et reproduction, autorice et marque. La signature ne garantit plus une patte ou un style esthétique, mais incarne une aura médiatique. La célébrité devient à la fois une visée, un sujet et un médium. Dans la lignée apparaissent au XXIe siècle de véritables artistes arts. Ces artistes s'ancrent dans une culture de la célébrité et assument les logiques du marché, de provocation et de sensationnalisme. La sociologue Nathalie Hennig rapproche de la figure de l'entrepreneur cette nouvelle catégorie d'artistes hautement médiatisées, comme Damien Hirst qui délègue la production de ses œuvres à des équipes d'assistants et d'assistantes et capitalise sur son nom comme une marque de valeur. Leur célébrité devient une stratégie artistique et marketing. Ces artistes cultivent leur style de vie avec autant d'attention que leur art. Y'a et se construisent une image publique provoquante Merci. et oriente leur production vers de puissants coûts médiatiques. Ces nouveaux artistes stars de l'art contemporain atteignent, grâce à ces dynamiques, un très haut niveau de réussite financière et acquièrent un degré d'autonomie inégalé. Autopublication, auto-exposition, allant, dans le cas de Hirst, jusqu'à se revendre soi-même. L'explosion de la starification de certains artistes qui concentrent la demande, les fortes rémunérations et des personnalités spectaculaires n'est pas le sort de tous et de toutes. La célébrité garde une part d'ambivalence. Elle est à la fois enviée pour les avantages et la validation sociale qu'elle semble offrir et à la fois repoussée, suscitant de la méfiance, surtout lorsqu'elle est rapide. Ce genre de succès alimente le doute sur l'authenticité de l'artiste et la sincérité de son œuvre. Ce paradoxe s'explique en partie par la construction et l'évolution de l'image de l'artiste dans la société. Une figure qui oscille sans cesse entre réalité et mythe. L'image de l'artiste est ancrée dans l'imaginaire collectif. On se figure cette personne un peu fantasque qui crée en étant portée par des élans d'inspiration presque mystiques, comme si l'artiste était traversée par des pulsions de création incontrôlables. On pense rarement à l'artiste passant des heures derrière son ordinateur à monter un budget, rédiger et peaufiner son portfolio, ou à répondre à un appel à candidature. Dans cette vision, l'artiste suit toujours un schéma. Et elle possède un don. souvent repérés très tôt dans l'enfance, et ce don, le ou la, mènerait naturellement vers la célébrité. Comme si la réussite n'était qu'une question de talent pur et inné. Et si un ou une artiste ne devient pas célèbre, alors c'est forcément parce qu'elle n'était pas assez géniale. On efface d'un coup tout ce qui révèle de l'opportunité, des financements, des réseaux, du contexte social, etc. Non, si ça ne marche pas, c'est que le don n'y était pas. Paradoxe, c'est que ce même don, qui légitime l'artiste dans l'imaginaire, c'est aussi ce qui peut le ou la mener à sa perte. Cette vision enferme, elle crée une attente constante dans le fait d'être unique et de produire sans cesse. Dans le paradoxe de l'artiste comme génie, il y a aussi l'idée qu'elle est parfois trop géniale pour être comprise ou comprise de son vivant. Cette image, elle vient de loin. Comme on le disait tantôt, elle prend racine dans le romantisme du XIXe siècle avec ses figures d'artistes maudits ou maudites. incompris ou incomprise, qu'on ne reconnaît qu'après leur mort. Aujourd'hui, plusieurs artistes s'en émancipent au travers de leurs démarches, de leurs relations au monde et du sens qu'elles donnent à leur travail. Olivia Hernes, artiste belgo-espagnol, née en 1985, a d'abord étudié le droit avant de se tourner vers les arts visuels. Diplômée de la Cambre à Bruxelles et de Goldsmith à Londres, elle a participé au programme Postgraduate ISC à Gans. Lauréate du prix Art Contest en 2017, elle a depuis exposé dans de nombreux musées et centres d'art dont le musée d'Ixelles, le Musi d'Austande, l'ISELP à Bruxelles et Art Connection à Lille. Son travail, présent dans plusieurs collections publiques, explore avec humour et engagement les rapports de pouvoir et les discriminations.
- Speaker #3
Il y a eu un gros shift dans ma pratique et dans ma tête, on va dire, à partir du moment où j'ai décidé que je voulais travailler en opposition à cette image de l'artiste romantique qui est toute seule dans son atelier sur lequel le Graal va tomber et qu'à force de travail et de talent, surtout, quelque chose d'incroyable est sorti de mon moi intérieur. Et en fait, j'ai beaucoup plus... approcher la pratique artistique en tant que pratique sociale. Et je me vois plus comme une médiatrice de différentes voies. Je travaille avec les publics, je travaille avec les autres. Et une des questions principales dans ma pratique, c'est pourquoi est-ce que moi, j'ai quelque chose à dire de plus intéressant que les autres et comment transmettre le ressenti de plusieurs voix sur un sujet. Donc en fait, j'ai plutôt tendance à vouloir tout le temps sortir de l'atelier. Et les moments et les sessions d'atelier, c'est des moments où je retrace tous les témoignages que j'ai collectés. J'essaie de réfléchir aux médiums les plus adaptés. Et évidemment qu'il y a des moments de croquis, il y a des moments de dessin, il y a des moments de création plus individuelle. Mais j'ai toujours besoin de partir du collectif dans le moment de la production, de la création. Et pour revenir au collectif dans le moment du partage de l'œuvre d'art, je ne peux pas travailler sans les autres en fait.
- Speaker #2
Cette déconstruction entreprise par Olivia se retrouve également dans le projet de recherche « L'image manquante » , porté par la Fédération des arts plastiques en Belgique, initié par Bruno Goss en collaboration avec Sarah Sepulchre et Ralph De Koning. Ce travail participatif a pour but de collecter toutes les représentations de l'artiste présentes dans les films et les séries. « L'image manquante » illustre parfaitement le fait qu'on ne montre jamais le travail invisible, celui qui prend pourtant la moitié du temps d'un ou une artiste. Stéphane est coach et posturologue pour artistes. Il intervient depuis plus de 20 ans dans le secteur culturel avec une approche à la croisée de la santé, de l'ergonomie, de la posturologie et de l'accompagnement émotionnel. Il développe un cadre d'accompagnement des artistes s'appuyant sur les réalités physiques, mentales et émotionnelles.
- Speaker #4
Il y a aujourd'hui encore ce mythe de l'artiste maudit qui existe, dans le public, mais aussi chez l'artiste en tant que tel. Il y a encore cette idée romantique un peu, que la souffrance est nécessaire pour créer, pour produire. Ça existe encore. Encore récemment, j'ai eu une compositrice qui aujourd'hui est heureuse dans sa vie. et qui a déjà fait deux albums. Ces deux albums étaient avant sur des sujets très tristes. Donc séparation, maltraitance, violence conjugale, violence sexuelle, dépression, etc. Et aujourd'hui, elle doit créer un troisième album. Et en fait, elle m'a contacté parce qu'elle ne savait pas comment faire. Parce que pour elle, elle ne peut créer que si elle est en souffrance. Donc elle s'est rendue compte qu'elle était capable de créer, même en étant heureuse, il fallait quand même démystifier. donc le fait que elle ne crée qu'en état de souffrance. Ce n'est pas le moteur. En tout cas, si c'est le moteur, il faut trouver d'autres moteurs aussi. Si on est en souffrance pour pouvoir créer, et si on est vraiment en souffrance, ce ne sont pas les moments où on va en parler. En fait, on ne va pas aller parler de sa souffrance, à part à travers sa création. Mais du coup, toutes ces difficultés, qu'elles soient physiques, ces souffrances physiques ou mentales, ce n'est pas le moment où on va aller en parler à quelqu'un, à sa famille, à ses amis. à un thérapeute. Et du coup, on recommence ce cercle vicieux. Donc ce mythe de l'artiste maudit et en souffrance, il faut absolument le détruire. Mais malheureusement, il y a encore des livres, des vidéos, des films qui parlent, qui mettent en avant le fait que quand on est un artiste en souffrance, on est un artiste génial. les biographies ou les biopics d'artistes qui ont été en souffrance, qui sont morts à 27 ans, ou d'autres, waouh, super, mais ils ont eu une vie tellement géniale, mais tellement en souffrance, mais tellement géniale, mais tellement en souffrance. Il y a un moment, il faut arrêter de mettre génial et souffrance dans la même phrase. Et donc, il faut vraiment démystifier ça. Et on peut créer sans forcément être en souffrance. Et du coup, la famille, l'environnement, familiales, amicales et de thérapeutes, de coachs formés, vraiment formés peuvent vraiment accompagner l'artiste pour arrêter d'être en souffrance.
- Speaker #2
Les projections que l'on se fait sur l'artiste continuent d'imprégner notre manière de penser aujourd'hui. Cette image renforce même l'idée du no pain no gain. Il faudrait souffrir pour créer et l'accomplissement professionnel ne serait possible qu'au prix de sacrifices personnels. Et d'ailleurs, si on transpose ça à un autre métier, ça paraît absurde. Personne ne dirait d'un ou d'une médecin qu'elle n'est pas un ou une vraie médecin, parce qu'elle n'est pas célèbre. Personne ne dirait qu'un ou qu'une professeure n'est pas légitime si elle n'a pas publié de best-seller. Pourtant, pour les artistes, cette équation entre talent, célébrité et légitimité continue d'exister.
- Speaker #3
J'ai pu ressentir beaucoup le sentiment d'imposteuse, si on me dit imposteuse. par rapport à mon travail. Et c'est vrai que le fait de réunir souvent plusieurs voix, d'avoir cette idée du collectif que je transforme comme une matière malléable, en fait, le sujet qui m'intéresse le plus, c'est la société civile et comment est-ce que les individus peuvent encore se... agir en tant que citoyen et pas seulement être devenu des consommatrices, des consommateurs. Et du coup, cette idée de société civile, j'essaie à chaque fois de la recréer à mini-échelle. Et donc, ça donne de la légitimité, en tout cas, au contenu du travail. Et puis moi, j'ai un peu ce travail de recherche sur le terrain, où je rencontre à chaque fois des populations tout à fait différentes, dans des villes différentes, dans des contextes différents. et par après dans mon travail c'est vrai que je... Je sens que ce n'est pas un stratagème, parce que c'est venu de façon très naturelle. C'était un peu ça mon centre d'intérêt, c'est-à-dire qui a le droit de proposer un point de vue ? Pourquoi est-ce que moi, je suis passée de juriste à artiste ? Et qu'est-ce que j'ai apporté dans le monde en général, plus que dans le monde de là ? Et donc, cette reconnaissance-là, j'ai... J'ai un peu fait la paix avec moi-même par rapport à tous ces projets collectifs que j'ai lancés. Et ça légitimise ma pratique, mais aussi ça implique aussi une forme de responsabilité. À chaque fois, je me dis que je ne peux pas laisser tomber toutes ces personnes à qui j'ai parlé et qui, parfois sans le savoir, partent par un projet plus collectif qui pourrait apporter quelque chose au public. Et donc, c'est vrai que c'est souvent un moteur pour aller au bout d'un projet.
- Speaker #2
L'image de l'artiste, avec un grand A, continue donc de nourrir l'imaginaire collectif. Pourtant, une interrogation persiste. Qu'est-ce qui aujourd'hui détermine réellement la valeur des artistes ? Existe-t-il des critères d'évaluation objectifs ? Ou sont-ils le fruit de mécanismes plus complexes ? Et surtout, qui revient ce pouvoir de légitimation ? Maria Evans amorce une réponse à ces questions en analysant le rapport entre l'art et le social. Elle rappelle qu'à l'époque des salons en France, c'était le public qui faisait office de juge. Être artiste à ce moment-là, c'était avant tout faire de l'art. Mais en 1795, avec la création de l'Institut de France et en son sein de l'Académie des Beaux-Arts, composée alors de 25 membres considérés comme l'élite des artistes, les choses se ferment. On ne parle plus seulement d'un regard populaire, on institue une autorité qui décide. Qui est artiste et qui ne l'est pas ? Pendant longtemps, l'œuvre a été au cœur des préoccupations artistiques. Mais au fil du XXe siècle, ce paradigme s'est inversé. L'attention se tourne désormais vers le statut de celui ou celle qui la signe. S'il n'existe pas de définition juridique universelle de l'artiste contemporain et de l'artiste contemporaine, les critères permettant d'évaluer sa valeur restent multiples, rendant tout consensus d'autant plus difficile. Pour cause, ces derniers ne se basent plus essentiellement sur un jugement esthétique, mais intègrent aussi une dimension morale. On s'intéresse davantage à la démarche de l'artiste, au réseau qui elle côtoie, ou encore à la position qui elle occupe, sur la scène artistique, en particulier internationale. En reprenant les mots de Marcel Fournier et de Marianne Misedrahi, bien que dans le monde de l'art contemporain, on privilégie des critères comme la rareté, l'originalité ou l'authenticité, il reste que les artistes sont perçus et identifiés différemment selon l'évaluateur et le contexte d'évaluation. Entre objectivité revendiquée et subjectivité assumée, ces critères s'inscrivent dans un paysage artistique en perpétuelle mutation. Les rôles des acteuristes de la légitimation se diversifient, se déplacent, allant même jusqu'à se confondre. Si on retrouve d'un côté les conservatoristes, les critiques ou curatoristes, de l'autre les artistes entre pairs, et encore de l'autre Les marchands et les marchandes, les collectionneurs et collectionneuses, les galeristes, tous et toutes participent sans exception à l'évaluation de la valeur des artistes, qu'elle soit symbolique ou économique. Ce brouillage des repères contribue à l'instabilité des modes de reconnaissance, au sein d'un système où les classements ne cessent d'être redéfinis. C'est dans ce contexte que se pose la question du pouvoir, celui de consacrer, ou non, les artistes. Sans grande surprise, les moteurs principaux de cette course à la légitimation ne sont autres que les institutions culturelles et le marché de l'art. On constate d'ailleurs que ces deux sphères entretiennent des liens de plus en plus étroits, et ce, depuis le milieu des années 1960. Tandis que la programmation artistique des musées et centres d'art se voit influencée par les côtes en vigueur sur le marché de l'art, son cours fluctue en fonction des politiques culturelles développées par ces mêmes institutions. Côté légitimité, Olivia Erneis a imaginé un projet très parlant, l'art est ma carrière. C'est un jeu de société construit à partir de centaines de témoignages qui met en scène les parcours professionnels possibles dans le milieu artistique. On y joue une artiste, une conservatrice de musée ou d'autres professions et se confronte aux obstacles, aux inégalités et aux luttes qui traversent ces carrières.
- Speaker #3
J'ai été en fait assez surprise de voir qu'il y avait encore beaucoup de compétitions et de rivalités entre femmes. Et j'en ai fait une carrière spécifique dans la carrière de la conservatrice du musée, où elle est engagée par une directrice qui est femme et qui a adopté les codes masculinistes, on va dire, pour arriver à son poste et qui a décidé que... D'abord sa stagiaire et son employé, parce qu'elle monte dans les échelons, c'est la personne qui a été engagée. Elle va lui rendre la vie deux voies plus dures qu'un collègue du même niveau qui est un artiste homme. Ça reflète vraiment des interviews que j'ai faites et des témoignages que j'ai récoltés, du fait que la compétition, la rivalité, ce n'est pas seulement ne pas être prise au sérieux par... par des hommes hétéros cisblancs qui en imposent et qui ont des postes de direction depuis une vingtaine d'années, etc., qui vont imposer leurs règles, c'est aussi beaucoup entre femmes.
- Speaker #2
Mais alors que le ou la critique, l'expert ou l'experte, le jury ou les pairs, conservent une certaine influence, de nouvelles figures font leur apparition, en marge des voies de reconnaissance traditionnelles. Si l'art contemporain s'est longtemps construit dans une culture savante, le développement du numérique et l'émergence de nouvelles formes de visibilité médiatique semblent le rendre plus accessible. Chacun et chacune peut émettre un jugement de valeur, une critique, que ce soit sur des forums ou réseaux sociaux. La légitimation artistique ne relève donc plus uniquement des institutions culturelles ou du marché de l'art. Elle passe aussi par les médias et, à travers eux, par les publics. Les frontières entre professionnels et amateuristes s'estompent. et les spectatorices jouent un rôle de plus en plus actif dans la construction de la valeur des artistes. Et l'artiste dans tout ça ? Comment se positionne-t-il face à cette reconfiguration des modes de légitimation ? Dans ses nouveaux rapports aux outils médiatiques, son rôle se transforme en profondeur. Il ne se limite plus à celui de créateurice isolé dans son atelier, mais devient aussi un ou une actrice à part entière du processus de diffusion de ses œuvres.
- Speaker #3
Quand j'ai finalisé un projet, plus je me sens légitime, plus je vais mettre beaucoup d'énergie à essayer de faire de bouche à oreille, que ce soit via les plateformes, les réseaux sociaux, via des contacts que j'ai avec des journalistes, quand je travaille avec des institutions, je laisse faire évidemment leur travail de leur côté, de comme, ce n'est pas mon boulot à moi. mais je ressens dans les différents projets que j'ai déjà menés plus je trouve que ce projet-là spécialement est légitime, plus j'y mets de l'énergie, et là, c'est plutôt la casquette un peu promoteuse, entrepreneuse qui se met en place. Et je dis, waouh, j'ai travaillé tellement sur ce projet, il y a tellement de gens qui ont participé à ce projet, il faut qu'ils ne passent pas à côté de des personnes qui pourraient, en fait, s'y intéresser, dans le sens où ça pourrait leur apporter quelque chose. Et donc, je vois bien que là, ça fait depuis... une petite vingtaine d'années que je travaille, et que plus le projet a été nourri comme ça, plus j'ai envie d'après le visibiliser, et inversement.
- Speaker #2
Autrement dit, il ne s'agit plus seulement de produire, mais aussi de rendre visible et de se rendre visible, une visibilité qui, de nos jours, fait partie intégrante de la réussite. Progressivement, le statut de l'artiste s'est transformé en celui d'artiste entrepreneur et d'artiste entrepreneuse, pour reprendre les termes de Marie-Aurielle Morin. Dans ce contexte, on comprend que l'artiste évalue sa propre valeur en fonction de la reconnaissance sociale de son travail. Avez-vous remarqué que lorsque nous rencontrons quelqu'un ou quelqu'une, la question « Que fais-tu dans la vie ? » arrive très souvent et très tôt dans la discussion ? À cette question, et dans notre société occidentale, on attend principalement une réponse relative à son activité professionnelle.
- Speaker #4
Le travail de l'artiste autoriste, et notamment dans notre société occidentale, parce que moi je ne connais pas trop les autres... approche autre que occidentale. On est toujours, on est souvent identifié par son travail. Et c'est souvent la question qu'on pose, dès qu'on est autour d'une table et qu'on ne connaît pas les personnes, c'est déjà comment tu t'appelles, et tu fais quoi dans la vie ?
- Speaker #0
Donc on est identifié par son travail. Et quand on n'en a pas, quand on est des fois artiste, en général, on a du mal des fois à s'identifier et à oser dire quel travail on fait. Parce que peut-être qu'on n'a pas une grande estime de soi, une grande confiance de soi, peut-être qu'on s'imagine aussi que l'image qu'on renvoie de l'artiste maudit ou l'artiste profiteur, Aussi, parce qu'il ne faut pas oublier que les artistes coûtent cher dans cette société où la culture n'est pas indispensable. Du coup, des fois, on n'ose pas forcément dire qu'il y a ce poids de la société occidentale sur tuer ton travail, tuer ton activité professionnelle, tuer ton activité artistique. Alors qu'on peut être identifié par plein d'autres choses. donc par euh son activité annexe, son activité associative, son bénévolat, comment tu gères ton temps, qu'est-ce que tu fais à côté de ton activité, parce que quelqu'un peut très bien être, avoir je ne sais pas, n'importe quoi, il peut très bien être banquier, donc voilà, et puis quand on va lui poser la question, il ne va pas dire qu'il est banquier, mais qu'il est bénévole chez dans les petits frats des pauvres, par exemple, parce qu'il n'a pas envie de parler de son métier, parce que son métier il ne l'aime pas, mais par contre il a plutôt envie de valoriser Merci. sur le temps de bénévolat qu'il va passer dans une association qui, pour lui, est beaucoup plus utile et dans laquelle il se sent beaucoup plus utile et efficace dans cette société. Donc, on peut imaginer que, aujourd'hui, il faudrait, à mon sens, changer de paradigme et ne plus ou ne pas ou moins identifier l'artiste comme étant la personne. comme étant identifié à son travail, mais plutôt à son activité. Et ce n'est pas pareil de travail et d'activité. Une activité n'est pas forcément un travail. Et c'est pour ça que souvent, on dévalorise l'activité artistique parce que, comme on dit souvent, et comme ça existe encore, quand ce soit quelqu'un qui dit qu'il est circassien ou musicien ou chanteur ou chanteuse musicienne ou artiste autoriste, On dit, ok, mais sinon tu fais quoi dans la vie ? Donc on revient à c'est quoi ton vrai travail ? On considère que c'est une passion, ce que fait l'artiste autoriste. On considère que c'est du bénévolat, on considère que c'est une activité. Comme moi, je pourrais faire de la couture. On va considérer que l'artiste autoriste, qui donc c'est le métier, n'a pas un métier, mais une activité bénévole. du bénévolat, une passion, un métier passion, qui n'est pas vraiment un vrai métier. L'artiste autoriste va être dévalorisé sur son activité, qui est quand même son activité professionnelle. Dans notre société, il y a souvent ce lien entre les deux, qui ne va pas aider l'artiste autoriste à avoir confiance en elle, ou en lui, à travailler sur son image, sur sa valeur, etc. Donc voilà, on est sur... Une santé mentale qui va détériorer parce qu'on ne travaille pas sur le bien-être de la personne, puisqu'on ne va pas travailler sur son image, sur sa valeur, sur sa reconnaissance, mais plutôt on va l'identifier à une activité, et encore plus qu'une activité, on va l'identifier à un travail. Et donc ce serait bien qu'on change un peu de paradigme là-dessus.
- Speaker #1
En effet, le travail apparaît souvent comme une définition fondamentale de ce que nous sommes. Travailler est généralement entendu comme un échange entre du temps contre de l'argent. Cependant, à cela se pose la question « qu'est-ce que le temps ? » Nous pourrions le définir comme une quantité limitée que nous n'avons pas vraiment, mais qui nous constitue, qui est ce que nous sommes, c'est-à-dire le temps de notre existence. C'est pourquoi, au travers du travail, nous attendons plus qu'une simple rémunération. Cela peut se traduire par du sens, de la reconnaissance, une réalisation de soi-même, une occasion pour œuvrer dans une dynamique collective, de modifier le monde ou encore d'avoir un impact sur notre environnement proche ou lointain. Que nous soyons salariés ou indépendants et indépendantes, le travail engendre un aspect social pouvant répondre à certains de nos besoins comme celui de l'appartenance ou de la reconnaissance. Deux des cinq besoins identifiés et organisés en pyramide par le psychologue Abraham Maslow en 1940, lors d'une étude sur la modification dans le travail. Cette pyramide est toutefois à nuancer car il n'est pas nécessaire de respecter l'ordre de ses besoins pour atteindre certains d'entre eux. Et heureusement. Autrement, le découragement pourrait nettement se faire ressentir. En nous attardant davantage sur le sujet du podcast d'aujourd'hui, la recherche de la célébrité est une réponse extrême. est souvent déformée du besoin de reconnaissance. Il s'agit pourtant de faire la distinction entre les deux. En effet, un ou une artiste auteurice peut être célèbre et non reconnue dans son travail, tout comme un ou une artiste peut être reconnue sans être célèbre.
- Speaker #2
La célébrité en art, ce n'est pas deux mots que j'associerais, dans le sens que pour moi, l'art contemporain, ça reste une sphère qui n'est pas non plus tellement... Ouverte au grand public dans le sens où les artistes contemporains, très très très connus, je ne dirais pas qu'ils sont célèbres, des stars, parce que la plupart décident ou en tout cas ont l'opportunité de garder leur vie privée plutôt secrète et j'associe les célébrités à un étalage de leur vie personnelle. Du coup, je... Je dirais que la célébrité dans l'art, c'est quelque chose pour moi qui n'existe pas vraiment.
- Speaker #1
La reconnaissance dans le travail se traduit bien souvent par le partage d'une dimension esthétique, de paroles, d'idéaux et de valeurs. Lorsqu'une personne souffre d'une demande de reconnaissance, cela exprime une profonde solitude et le fait de ne pas avoir de valeurs partagées qui circulent. Ce besoin s'exprime chez les artistes autoristes par une appartenance à un ou plusieurs réseaux professionnels. galeries, collectifs, associations, la possibilité d'échanger avec d'autres artistes, les interactions avec plusieurs publics lors d'expositions, d'ateliers et de résidences, la reconnaissance par les pairs et les critiques, ainsi que la visibilité au travers de la presse, les médias, des institutions et des collectionneurs et collectionneuses. Ces liens nourrissent ainsi la créativité et renforcent la légitimité de l'artiste dans le milieu professionnel. Cependant, rien n'est simple. Entre tisser ces liens qui sont souvent difficiles, les conditions de travail, la précarité, selon l'étude publiée en avril dernier par l'Observatoire politique culturel, la création, l'isolement et la pression constante, ces situations peuvent avoir de lourdes conséquences sur la santé mentale des artistes. En effet, la santé mentale peut être consolidée ou fragilisée en fonction de deux familles de facteurs. Tout d'abord, les facteurs individuels. Ils regroupent la personnalité, le patrimoine génétique, l'estime personnelle, les événements marquants de la vie, deuil, rencontre, séparation, et de l'autre, les facteurs externes, qui regroupent les ressources financières, les conditions de travail et de logement, la sécurité, l'accès à l'éducation, l'accès aux soins et les discriminations. Dans ces facteurs externes, un qui se retrouve très souvent sont les violences et harcèlements sexistes et sexuels. Lors de la conception de son jeu, Olivia Ernaïs prend conscience de cette violence insidieuse.
- Speaker #2
En commençant ce projet de jeu, au départ, je voulais juste faire sur la condition d'artiste. Et puis, j'ai lancé des appels à témoignages et beaucoup plus de femmes qui me répondaient. En fait, elles m'ont elles-mêmes ouvert les yeux sur des événements qui m'étaient arrivés, mais que j'avais enfoui dans mon inconscient parce que je ne les avais pas processés comme des violences faites en tant qu'artiste femme. Donc, ça a été vraiment une sortie de placard pour moi de dire, mais je t'ai... pas du tout une artiste femme jusqu'à maintenant. J'étais une artiste qui voulait être considérée par les artistes hommes comme égales. Et donc cette partie-là de moi, elle est complètement dans mon travail maintenant avec ce projet spécifique du jeu, mais aussi dans l'acceptation d'aller vers des médiums qui sont peut-être parfois considérés comme spécifiquement féminins ou trop sensibles, etc. Comme le dernier projet de broderie, par exemple, ou de dessin à l'aquarelle, etc. Et donc, cette identité-là, elle est fort présente.
- Speaker #1
Stéphane Cognam nous alerte sur cette violence omniprésente dans la société et notamment dans le monde de l'art.
- Speaker #0
Les violences sexuelles et sexistes sont vraiment très importantes dans le milieu des artistes autoristes. Alors, dans le monde en général, mais aussi, bien évidemment, dans le milieu des artistes autoristes. C'est un sujet qui est en termes de santé mentale et très, très important. Il ne se passe pas... une situation, un accompagnement auprès des artistes autoristes où ce sujet ne vient pas sur la table. Il vient toujours dans l'accompagnement. Soit parce que c'est quelque chose qui s'est passé dans l'enfance, soit c'est quelque chose qui s'est passé dans le milieu professionnel, soit c'est quelque chose qui s'est passé dans le milieu familial récemment avec un conjoint ou une conjointe. Et Et... Ou si ce n'est pas directement, l'artiste autoriste que j'accompagne n'a pas été touchée personnellement. Elle a été touchée parce qu'une amie proche ou une personne de sa famille proche y est confrontée. Et donc forcément, elle aussi ou lui aussi y est confrontée. Et donc ça, ça fait partie de la charge mentale de l'artiste autoriste que j'accompagne. Donc cette thématique fait partie des priorités, devrait faire partie des priorités aussi. dans le cadre des questions de santé mentale. Donc c'est vraiment un sujet qu'il faut prendre à bras le corps. Et quand on parle de santé mentale, il faut aussi qu'on parle de violences sexuelles et sexistes.
- Speaker #1
D'autres facteurs externes non négligeables sont la demande toujours plus grande de présence et de visibilité, la multiplication des tâches et la production dans un temps de plus en plus comprimé, et les réalités d'un système sélectif et précaire auquel se heurtent les artistes. Et elles sont poussées sans relâche à se battre les uns et les unes contre les autres. Il y a cette idée qu'on a évoquée plus tôt, si tout le monde était des stars, il n'y en aurait plus. L'artiste célèbre brille parce que d'autres restent dans l'ombre. La carrière artistique dans ce système néolibéral reste réservée à un petit nombre d'élus.
- Speaker #0
Dans l'activité des artistes, il y a tout ce qui est question de visibilité, de productivité, légitimation, etc. Ça va dépendre de chacun et de chacune. Chacun va le vivre un peu différemment. Il y a quand même la thématique de la comparaison avec les autres, qui est très fréquente, que ce soit avec les réseaux sociaux, mais que ce soit dans la vie de tous les jours. Donc voilà, il y a cette comparaison avec les autres, notamment si au cas où on a des difficultés pour produire, pour exposer, pour répondre à des projets. Donc si on se retrouve un peu isolé, etc., il y a encore plus cette comparaison qui arrive, donc elle augmente. Du coup, il y a aussi tout ce qui est stress et pression qui va être exercé sur les artistes ou l'artiste va s'exercer sur lui-même. D'être visible en permanence, parce qu'on est quand même dans un monde qui est quasiment mené par les réseaux sociaux. Donc il faut être visible en permanence. Mais comment être visible ? Pour qui ? Pourquoi ? comment, enfin toutes ces questions-là se posent à chaque fois on ne communique pas de la même façon sur un réseau Facebook, sur Instagram que sur TikTok, que sur d'autres réseaux donc c'est pas la même chose du tout c'est pas la même cible, c'est pas la même façon de communiquer, donc on peut pas rien que sur ces trois réseaux-là on peut pas dire la même chose, on peut pas montrer les mêmes choses donc il faut si on prend que ces trois réseaux-là, il faut faire trois communications différentes ... on n'est pas personne, on est communicant. On doit l'apprendre sur le tas et on fait forcément des erreurs. Donc comment faire ? Pour qui ? Pourquoi ? Comment ? Et puis quand on veut communiquer, ça veut dire qu'on doit se mettre en scène. Donc se mettre en scène, ce n'est pas être soi. Donc voilà, parce qu'être soi, ce n'est pas forcément ce qui va faire vendre ou ce qui va faire plein de followers. Donc du coup, il faut peut-être des fois s'inventer des personnages, montrer des choses qu'on n'a pas envie de montrer parce que montrer simplement ses œuvres, ça marche pas forcément donc c'est pas forcément le résultat du travail qui compte, des fois c'est ce qu'il y a autour et on a pas envie de montrer ce qu'il y a autour donc il faut se mettre en scène se mettre en scène c'est être possiblement quelqu'un d'autre, donc si il faut se mettre en scène tous les jours sur 1, 2, 3, 4, 5 réseaux sociaux en fait une bonne partie de sa journée on est pas soi-même, donc s'il faut ne pas être soi-même pour communiquer et puis en plus faut pas être soi-même éventuellement à d'autres moments de la journée l'image qu'on a de soi la confiance qu'on a de soi elle est démolie au fur et à mesure donc on est sur cette thématique de santé mentale où on est obligé de créer un personnage qu'on n'est pas pour pouvoir se faire connaître et finalement l'image qu'on donne de soi sur les réseaux pour communiquer c'est pas nous et après quand on va se vendre les autres attendent quelqu'un d'autre ils nous attendent pas nous donc c'est compliqué et Il faut soit arriver dans ces cas-là à être capable, et ça c'est un travail qu'on fait en coaching, d'être capable de comprendre qu'on a plusieurs personnages dans la vie, comme dans la vie de tous les jours. On n'est pas le ou la même quand on est avec son conjoint ou sa conjointe que quand on est avec ses parents, avec ses grands-parents, avec ses enfants, au travail, avec un producteur, avec un réalisateur, avec un financeur, avec un partenaire. On n'est pas le ou la même tout le temps et donc il faut être capable. de communiquer sans perdre l'image de qui on est, quelles valeurs on veut transmettre, à quels besoins on répond pour être suffisamment stable dans ce qu'on veut être. Il ne faut pas oublier que être bien, les émotions, c'est une réponse à un besoin et à des valeurs. Ce qu'il faut, c'est qu'à chaque fois qu'on est... Qu'on fait quelque chose, notamment communiquer sur les réseaux pour être visible, pour être légitimé, pour être productivable, donc bankable, on va dire, c'est être capable de répondre à des besoins, mais quels besoins ? On répond à ce moment-là. Et quelles valeurs on ne veut pas transgresser ? Quelles valeurs on ne veut pas mettre de côté dans la poubelle ? Parce que si on les met dans la poubelle, en fait, on ne va plus être soi-même et c'est là où on va tomber. en dépression, en déprime, en anxiété, en burn-out, etc.
- Speaker #1
Dans son blog intitulé Art Boulot, Géraldine Miclot n'hésite pas à comparer les rouages du milieu artistique à ceux du domaine sportif et de la vie quotidienne. Et oui, puisque dans chacun des cas, l'hyper-compétition s'impose comme une norme implicite avec de lourdes conséquences pour tous ceux et toutes celles qui y prennent part sans l'avoir vraiment choisi. Dans l'art contemporain, cette concurrence exacerbée ne s'arrête pas. pas au classement annuel des personnalités les plus influentes. On la retrouve surtout au sein des écoles d'art, du concours d'admission jusqu'à la remise de diplômes, ou encore dans le cadre d'expositions et d'événements publics. Les concours et les prix perpétuent la loi des plus forts et des plus fortes. Quant aux appels à projets ou bourses, ces dispositifs de soutien à la création sont loin d'être en reste. La renommée dont ils se portent garants coûte parfois plus cher qu'on ne le pense. Sur le papier, ça permet de donner une chance à chacun et chacune, puisque tout repose sur un dossier. Mais dans les faits, ça met les artistes en compétition permanente. À qui sera mieux se vendre ? À qui sera déjà reconnu ? Pour quelques projets retenus, des dizaines, parfois des centaines sont écartés. Résultat, quand on joue tout sur un appel, parce que souvent il n'y a pas d'autres sources de financement, on peut avoir l'impression que même son ami artiste, qu'on aime pourtant beaucoup, devient un obstacle qui empêche son propre projet d'exister. La compétition se loge là où ça fait mal, dans la possibilité même de vivre de son art.
- Speaker #2
Il y a eu toute cette phase en sortie d'école où j'ai participé à des concours et j'avais vraiment l'impression que je jouais ma vie. Si je n'allais pas être prise, c'est bon, j'arrêtais de faire de l'art. J'avais vraiment trop conditionné ça. Et puis en fait, j'ai eu la chance d'être prise à certains concours et j'ai participé, j'ai gagné, etc. Et là, j'ai eu un déclic et je me suis rendue compte que ce qui était important pour moi, c'était de partager mon travail avec les gens et pas de gagner des concours. et qu'en fait... Dans ma vie artistique, ce qu'il fallait que je sécurise, c'était des lieux d'exposition, des moyens de production. Ça ne doit pas être des lieux d'exposition à chaque fois institutionnalisés. Ça peut être exposé dans un appartement, dans une maison, dans la rue, même quand j'ai fait ces peintures dans la rue. Mais du coup, c'était vraiment plus se dire comment s'organiser pour avoir assez de temps et assez d'argent pour pouvoir continuer à travailler. et ces prix m'ont permis de... de m'organiser. Mais je me suis... C'est pas ça vraiment. T'es un éclat où... Le truc du poulain gagnant. Faut que t'aies gagné la course. T'es là, mais j'ai gagné quoi ? Oui, t'avais gagné un peu d'argent. Oui, t'as gagné en visibilité. Mais est-ce que ton travail est vraiment meilleur parce que t'as gagné l'esprit ? Ben non. C'est juste que t'as reçu un moyen de production. En fait, c'était plus ça. C'est vraiment de se dire ça. Et maintenant, moi, tout ce qui m'importe, c'est de m'organiser pour... euh... pouvoir mettre au point un projet et l'aboutir. Et donc, c'est sûr que c'est un peu plus de paperasse et qu'il ne faut pas avoir peur de soumettre des dossiers, etc.
- Speaker #1
Vous vous demandez peut-être en quoi les écoles, les prix ou les bourses participent de cette culture du chacun et chacune pour soi, jouant par là même le jeu du marché de l'art. Et si je vous disais que tout n'était qu'une histoire de choix, un choix qui semble aller de soi, mais qui n'en reste pas moins, excluant pour celles et ceux qui n'arriveront jamais au terme d'un processus de sélection consacrant une minorité au détriment de la majorité. L'enquête menée en 2023 par le collectif Wages for Wages Against dans le cadre du Swiss Art Award vient ici nous éclairer. Dans l'édition qui lui donne suite, Ramaya Tegheny et Tiffany Blanc expliquent que de nombreux critères rentrent en compte lors de la sélection des lauréats et lauréates. Autant de critères qui, au-delà d'une appréciation purement esthétique, creuse systématiquement les inégalités sociales. Vous avez fait telle ou telle étude, connaissez telle ou telle personne ? Vous pouvez vous permettre d'être émunéré en visibilité et vous ne vous inquiétez pas pour votre sécurité financière ? Alors, vous avez sûrement plus de chances de réussir que le reste des participants et participantes. Et ça ne s'arrête pas là. Tenez, prenons l'exemple de l'âge. Être trop jeune, c'est faire face à la méfiance des membres du jury. Yel n'a pas encore beaucoup d'expérience, son portfolio n'est pas très fourni, son nom ne me dit rien. Être trop vieux ou vieille, c'est être confronté aux exigences sans cesse renouvelées des politiques institutionnelles. Y'a les dépassés, c'est du déjà-vu. Y'a le de vrai, et c'est la place aux nouvelles générations. De part et d'autre de la balance, le problème reste le même. Face à des critères confus, qui ne prennent pas en compte les spécificités de chaque trajectoire artistique, les candidats et candidates peuvent être amenés à compromettre la nature même de leur pratique, afin de rentrer dans les cases. Au risque de faire un burn-out, de développer un syndrome de l'imposteur, de se retourner les uns et les unes contre les autres.
- Speaker #2
Moi, personnellement, j'ai joué le jeu des sélections en appliquant à la cambre, en passant les concours, et puis en appliquant à Goldsmith en passant les concours. Du coup, c'était à chaque fois une forme de sélection, une forme de stress, puis une sorte de validation quand t'es accepté dans l'école. Et puis, évidemment, t'as ce prestige de l'école sur lequel tu peux surfer en sortant parce que tu dis le nom de l'école que t'as fait. En fait, moi, quand j'ai bifurqué du juridique à l'artistique, ma volonté, c'était plutôt... En fait, je ne connais aucun artiste de ma génération. Et comment est-ce que je vais faire pour avoir une pratique artistique ? Et je suis entourée d'artistes plutôt amateurs, comme moi, qui font ça à côté d'un boulot alimentaire. Ma volonté première, c'était plutôt de me dire que j'ai envie de rencontrer ma génération d'artistes, parce que c'est avec eux que je vais grandir. Et je me sentais plutôt isolée là-dessus. Et tout ce truc de validation, d'école, etc., je ne l'avais pas vraiment en tête. C'est arrivé après l'avoir fait.
- Speaker #1
Dans son essai « Emulation or Competition ? Learning to Play as a Team » , Amandine Gay précise qu'après tout, le goût de la compétition est finalement l'expression d'une insécurité. La peur de ne pas réussir, de ne pas être assez talentueux ou talentueuse, et d'être dépossédée de son travail ou de ses idées. Elle poursuit. Ces insécurités sont souvent fondées. J'ai été victime de plagiat concernant mon film et mes écrits. Une société de production disposant de plus d'argent et d'avocats et avocates que moi a également tenté de racheter l'un de mes scénarios. Mais dans la plupart des cas, et c'est aussi le mien, c'est le stress et l'angoisse de ne pas réussir qui nous font percevoir le travail de nos pairs comme une menace. Ce que je veux dire, c'est que nous devons réfléchir à la manière de nous renforcer mutuellement, former des réseaux, des syndicats, créer des coalitions qui nous donnent une voix. Si le collectif Wages for Wages Against conclut son enquête en proposant un modèle de compétition plus éthique, Amandine Gay appelle quant à elle à prendre conscience des rapports de domination auxquels les artistes qui y prennent part peuvent être soumis ou soumises. Face au carcan d'une concurrence qui épuise et isole, faire le choix de la résistance n'est donc pas renoncer à l'ambition. C'est redéfinir les conditions mêmes de la création et de sa reconnaissance.
- Speaker #2
En juin, j'ai appliqué à une résidence en Espagne où je n'ai pas été prise. Et j'ai été déçue parce que je n'ai pas eu de retour. Je ne sais toujours pas pourquoi je n'ai pas été prise. Et en fait, après, en relisant les conditions après l'octroi de la bourse, je me rendais compte que depuis cette année, les gens ont recevé cette résidence, mais recevaient aussi une bourse. Et moi, j'ai eu la chance ici en Belgique d'avoir réussi à obtenir le statut d'artiste. Et je me suis dit, en fait, c'est bien et c'est normal qu'ils aient valorisé les artistes espagnols parce que quand j'ai vu la liste des artistes qu'ils avaient choisis, c'était plutôt des artistes espagnols. Et en fait, c'est aussi toute une question de perspective. Et t'es là, tu prends ça comme quelque chose de personnel, t'as pas été choisi. Mais en fait, les artistes espagnols, ils ont pas du tout le statut d'artiste. Et tout le monde s'est jeté sur cette résidence et cette bourse parce que ça leur permet de développer leur pratique artistique. Je sais toujours pas pourquoi j'ai pas été prise, mais quand j'ai remis en perspective, je me suis dit, en fait, je suis presque soulagée parce que j'aurais eu l'impression de voler la bourse d'un artiste qui en a plus besoin que moi.
- Speaker #1
Il y a la violence symbolique des refus. Le fameux mail qui dit « Merci pour votre candidature, nous avons reçu beaucoup de dossiers de qualité, patati patata » . Autrement dit, non seulement ton travail n'est pas choisi, mais celui du voisin ou de la voisine, il est choisi. Et ça, ça ne se vit pas non seulement comme un nom ponctuel. Ça peut être entendu comme « ton travail ne vaut pas » , « tu n'es pas assez bon ou bonne » et donc « tu n'auras pas les moyens de continuer » .
- Speaker #2
Il y a un côté très très très stressant dès l'école d'art qui... qui te met après dans un mindset où tu trouves ça normal de participer à des concours d'appel à projet, tu trouves ça normal de participer à des concours des résidences. Moi, parfois, je suis passée de l'autre côté de la barrière où je dus... donner mon avis en tant que jury. Et en fait, c'est là où je me rends compte qu'il y a plein de pratiques artistiques super intéressantes, mais c'est juste parfois pas en adéquation avec ce que l'institution peut offrir. Et donc, je pense que le plus sain, c'est s'il y a des appels à projets avec un jury externe qui est souvent, qui est changeant, qui a, entre guillemets, rien à y gagner. et qui est le plus possible diverse, où on n'a pas tout à fait mis de côté le marché de l'art, parce que c'est un des acteurs du système, il y a des personnes qui représentent le milieu académique, etc. Du coup, c'est vrai que je pense que sortir tout à fait de la validation par des pairs ou par des critiques d'art ou par des curateurs, je pense que ce n'est pas nécessaire, mais avoir plus de retours. Je crois que c'est aussi parce qu'il n'y a pas assez de financement pour ça, mais de te dire si tu pouvais avoir un retour écrit, vraiment personnel, sur pourquoi on n'a pas pris ta pratique. Parce que je trouve que parfois, les retours sont tellement violents où tu as juste un nom et tu ne sais pas qui a lu ton travail, si on trouvait que ta proposition était nullissime ou si c'est juste parce qu'elle ne correspond pas à ce que l'institution mettait en place, parce que ton installation était trop grande. Parfois, c'est vraiment des problèmes super basiques, mais tu ne sais pas. Et du coup, c'est vraiment ça, c'est de comprendre pourquoi ton dossier n'a pas été accepté pour te redonner l'énergie pour essayer autre chose qui puisse s'adapter à ta pratique. Je trouve ça super nécessaire et c'est presque inexistant.
- Speaker #0
Outre ces refus sans explication réelle, cette violence s'accompagne d'une fragilité économique et sociale pour les artistes.
- Speaker #1
Quand il y a tout ce qui est cette précarité et donc cette incertitude, on s'aperçoit qu'il y a une dévalorisation de soi. Parce qu'on est sur, si il y a un faible revenu, ça veut dire que potentiellement, mon travail n'est pas bon. Donc voilà, si je n'arrive pas à vendre, ou qu'on ne m'appelle pas pour faire des expos, ou qu'on me refuse tel ou tel projet, c'est qu'en fait je ne suis pas bon. Je suis moins bon que les autres, je suis moins doué que les autres. Du coup, je suis dévalorisé. J'ai une estime de moi, une confiance en moi, une valorisation, une acceptation de moi qui est de moins en moins bonne. Forcément, toute l'estime qu'on a de soi, qui permet aussi d'être bien dans sa tête, et du coup de pouvoir créer, de pouvoir produire et de gagner plus d'argent, c'est totalement dévalorisé. On est pareil, on est sur un cercle vicieux qui ne fonctionne pas. On est sur l'affaiblissement de l'estime de soi, on est sur un isolement social aussi, quand il y a une précarité économique ou administrative, parce que si on a moins d'argent, du coup on va faire des choix, donc on va moins sortir. Mais si on sort moins, du coup on se retrouve isolé. Si on est isolé, plus on est isolé, moins on a envie de sortir, parce que le cerveau prend l'habitude aussi de rester entre soi, donc chez soi, enfermé. On n'a pas envie d'être vu comme étant quelqu'un, possiblement avec pas beaucoup d'argent. Si en plus on a une image de soi dévalorisée et en disant de toute façon on est trop nul, on ne va pas aller se présenter aux autres. Parce que déjà soi-même on se trouve nul, donc ça veut dire que les autres aussi nous trouvent nuls. C'est une fausse idée. Mais on a cette idée-là quand même. On va avoir aussi des troubles de santé quand on est en précarité économique ou administrative. Parce que si on n'a pas d'argent, on va moins bien manger. On va possiblement avoir des soins qu'on va repousser. Donc se soigner les dents, avoir des douleurs. changer de lunettes, toutes ces choses-là qui coûtent de l'argent. Si on n'a pas de mutuelle, si on est au CMU, si on a toutes ces choses-là, moins d'argent, moins de soins, moins de soins, des troubles de santé en plus, et on continue à engendrer le cercle vicieux. Et puis la précarité administrative, on la sait aussi, le statut d'intermittent. Ou même être RSA ou autre chose. Les déclarations d'impôts, les déclarations de revenus tous les mois, les déclarations de statut, remplir un dossier administratif. On ne rentre jamais dans les cases dans ces situations-là. C'est toujours une situation complexe. Ce n'est pas pour rien que c'est compliqué de travailler avec les organismes administratifs, qu'il y ait des organismes comme les maternitantes qui existent pour accompagner. les artistes qui souhaitent avoir des enfants ou qui sont enceintes et qui finalement se retrouvent avec des difficultés face à la CAF, à la sécu, etc. parce que personne ne comprend rien à tous ces statuts. Donc tout ça, c'est un bordel sans nom. Et donc on se retrouve sur des situations de précarité économique ou administrative qui engendrent des difficultés supplémentaires, qui engendrent encore plus de précarité. Et dans mon travail, je rencontre très, très souvent et malheureusement trop souvent ce type de situation.
- Speaker #0
Dans ce contexte de compétition, la solidarité, l'entraide et le soutien restent de mise entre les artistes eux-mêmes et elles-mêmes et les actrices de cet écosystème.
- Speaker #2
C'est toujours une petite déception, mais c'est vrai que les années faisant et l'expérience et les relations que j'ai font que j'ai un peu plus pris confiance dans la validité de mes recherches et de mon travail. Même si c'est à chaque fois un processus d'acceptation, parfois j'y retourne et je pense que peut-être que je repostulerai à une autre résidence pour développer mon troisième volet sur ce projet en Espagne d'une autre façon ou bien alors je commencerai ma résidence à ma façon. Je ne lâcherai pas le projet parce que je n'ai pas eu la réponse. Donc ça, c'est vraiment quelque chose que j'ai mis en place. C'est « t'essayes ça » , c'est une aide extérieure qui pourra te faciliter la chose, mais si c'est Si ça ne s'est pas mis en place, ce n'est pas ça qui va t'empêcher de ne pas mener à bien ton projet. Il faut vraiment avoir ça comme le leitmotiv. Et pour ça, il faut avoir des gens sur lesquels tu t'appuies, que ce soit des amis artistes, curateurs, critiques d'art, écrivains, chanteurs, tout ça, pour continuer. Moi, le réseau entre artistes, c'est ça qui m'a le plus aidée dans ma vie artistique, c'est de faire des cross-crit, d'avoir le point de vue de l'autre. Et c'est aussi pour ça que j'ai tellement adoré le Master à Goldsmith, c'est parce que On a vraiment appris à développer le travail par la discussion et d'accepter les remarques des autres et de faire l'effort d'essayer de donner un point de vue constructif sur le travail de l'autre. Et donc c'est ça que je cherche beaucoup aussi. Quand je construis un boulot, c'est d'avoir des retours de plein de points de vue différents, de gens qui ne travaillent parfois pas dans le monde de l'art du tout, pour essayer de voir ce qu'ils comprennent de ce projet et comment ça va parler au reste du public.
- Speaker #0
Après avoir défini ce que sont célébrités et reconnaissances, et après avoir abordé le sujet de la concurrence, deux questions se posent. Qu'en est-il de la santé mentale des artistes ? et qui prend en charge la santé mentale de celles et ceux qui créent. Entre cadres de travail flous, précarité et inégalité exacerbés par des systèmes sélectifs et exigence constante de représentation, la réalité psychique et professionnelle des artistes reste un angle mort du secteur des arts visuels. Parlons-en dans la seconde partie de Célèbre à tout prix. Alors, on se dit quoi ?
- Speaker #3
Merci d'avoir écouté ce deuxième épisode de On se dit quoi ? Un podcast produit en collaboration par la Malterie Arts Visuels et le Bureau des Affaires de l'Ombre, avec le soutien de la Région Hauts-de-France et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Merci à Stéphane Cognam et Olivia Hernaiz d'avoir accepté de répondre à nos questions. Elisabeth Berard, Cathy Ausha, Manon Laverdure, Camille Martel et Guillaumette Ridé ont écrit cet épisode. Vous y avez entendu les voix de David Ayoun, Camille Martel, Romy Berger et Guillaumette Ridé. La réalisation sonore est de Dan A, le montage et mixage de Victor Donati. Prenez soin de vous, et on se dit quoi dans un nouvel épisode ?