- Speaker #0
accompagné d'un intervenant professionnel. Le tout sans tabou. Ce podcast vous est proposé par le comité du barin de la Ligue contre le cancer. Retrouvez en description tous les liens utiles sur les dispositifs et accompagnements abordés dans l'épisode. Bonne écoute !
- Speaker #1
Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de On Cause. Je suis Amélie, l'animatrice du podcast. Aujourd'hui, je vous propose d'aborder une question importante. Faut-il parler de son cancer dans un contexte professionnel ? Que ce soit en emploi ou en entretien, faut-il l'évoquer ? Et comment aborder le sujet ? Pour répondre à cela, je suis accompagnée de Ginny, jeune adulte touchée par le cancer. Bonjour Ginny.
- Speaker #2
Bonjour Amélie.
- Speaker #1
Merci pour ta présence. Et à mes côtés également, Julie Daule, psychologue du travail à la Ligue contre le cancer. Bonjour Julie.
- Speaker #3
Bonjour Amélie.
- Speaker #1
Bienvenue à toutes les deux. Pour commencer, Ginny, est-ce que tu peux... tu peux nous parler de ton parcours et notamment, qu'est-ce qui s'est passé à l'annonce de ton diagnostic ?
- Speaker #2
Oui, bien sûr. Alors, j'ai suivi une colérité assez classique et linéaire. Les années collège s'enchaînent, les années lycée. À la fin du lycée se pose la question de mon orientation professionnelle. Alors moi, je suis assez perdue. Je n'avais en tête que le bac. Passer le bac, après, je ne savais pas. Donc, j'ai suivi un petit peu ce que voulaient mes professeurs. et ton bon élève est un peu J'ai fait un an en cours préparatoire aux grandes écoles. Après ça, j'ai passé mon concours première année commune aux études de santé et jusqu'aux troisième année de pharmacie. Donc on est là en octobre 2016. Un petit peu par burn-out, par fatigue, un début de dépression et de perte un petit peu de sens dans ma vie, je décide de faire une pause. Je rentre chez mes parents qui habitent un petit village dans le nord de l'Alsace. Je me suis dit, allez, une semaine, deux semaines, je prends un peu de repos. Au final, ce repos s'enlise, ça devient de plus en plus grand. Je commence à avoir les premiers symptômes au mois de février-mars 2017. À ce moment-là, il y a une errance médicale qui se crée quand même. On va me dire que j'ai des otites, que c'est des simples maux de tête, qu'il n'y a rien de grave. Comme ça, les médecins se renvoient la balle pendant à peu près six mois. Le diagnostic est donc tombé fin juillet 2017. où j'ai eu du coup un cancer ORL qui est un cancer du cavum nasal, donc à l'arrière du nez. Et la tumeur faisait déjà 7 cm, donc on peut imaginer quand même que ça prenait une belle place. Et elle était identifiée T4N2, donc elle avait déjà effectivement une certaine taille et atteint des ganglions.
- Speaker #1
Donc ce n'est pas le cancer qui a engendré ta pause dans tes études ?
- Speaker #2
Non, pas du tout. C'est venu par-dessus. C'est venu par-dessus, effectivement.
- Speaker #1
Et est-ce que cette maladie a changé des choses chez toi, que ce soit humainement ou professionnellement ?
- Speaker #2
Quasiment tout. Quasiment tout. Alors, on n'aura jamais la preuve, puisque je ne sais pas la jeune fille que je serais devenue, la femme que je serais devenue sans ça, finalement. Mais pour moi, ça a changé, ça a tout changé. Au niveau des valeurs, de la personne que j'étais, de comment je me positionne dans la vie, de qu'est-ce que je veux être, de qui je veux être. Ça a absolument tout remis en cause, et pour moi, d'un point de vue positif.
- Speaker #1
Oui, tout à fait, parce que tu as fait des études de pharmacie. Ensuite, tu as redéfini ton projet professionnel. Et là, tu as passé une formation pour devenir...
- Speaker #2
Alors, c'est ça. Le projet professionnel, ça a fini au fil des années. Je savais que je voulais travailler vers quelque chose qui avait du sens, vers l'accompagnement, l'humain, le social. J'ai eu plusieurs expériences. Globalement, une grosse partie de mon parcours est dans l'univers du médico-social. Et récemment, en début janvier 2025... J'ai eu mon titre professionnel de conseillère en emploi et en évolution professionnelle.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, tu es en recherche d'emploi, c'est bien ça ? Oui, c'est ça. Rentrons à présent dans le cœur du sujet.
- Speaker #2
Faut-il parler de sa maladie dans un contexte professionnel ? Toi, Chini, qu'est-ce que tu en penses ? Qu'est-ce que tu fais ? Alors, il ne faut pas. Je pense que le plus important, c'est toujours d'être en accord avec ses valeurs et avec qui on est, au quel stade on en est. Même pour moi, je pense que la question d'en parler ou de ne pas en parler a été différente. Selon les moments où j'étais dans la maladie, comment je l'ai accepté. Ce que je fais aujourd'hui, je ne veux pas le mettre directement sur le CV. Pourquoi ? Pour deux raisons. Parce que je suis une personne avant tout. Donc pour moi, ça ne doit pas figurer sur mon CV dans la mesure où j'ai envie d'être recrutée pour qui je suis. Et on ne va pas se mentir, il existe aussi, ça peut être un biais pour les recruteurs de recruter quelqu'un parce qu'il y a une situation de handicap, parce qu'il y a eu une maladie. Ça peut leur apporter des aides financières. Donc voilà, moi je veux être recrutée pour la personne que je suis avant tout et pas pour la maladie. Maintenant par contre j'en parle en entretien. Et comment tu l'évoques ? Alors, plutôt en fin d'entretien, parce que pareil, préparer un entretien, tout le monde doit le faire. Maintenant, se préparer à parler de la maladie, tout le monde doit le faire aussi. C'est encore un volet en plus. Moi, ça va être en fin d'entretien. Ça va dépendre beaucoup, c'est assez subjectif, ça va dépendre de l'ouverture du recruteur, de sa posture. Si finalement l'entretien ne s'est pas très bien passé et que moi non plus je ne veux pas le poste, je ne l'aborde pas. Je pars du principe que c'est quelque chose d'intime, de personnel, dans ce cas il n'y a pas besoin. Si vraiment le poste me plaît et m'intéresse, je vais sans doute évoquer la possibilité de temps partiel, d'horaire assez aménageable. C'est-à-dire que j'aime bien l'idée de, si j'ai un rendez-vous médical, je peux partir une heure plus tôt. Ou si vraiment je suis fatiguée, qu'il y a eu un matin, c'était compliqué, que je puisse venir une heure plus tard et que ça soit... que ça n'ait pas de graves conséquences. Donc ça, par exemple, c'est important pour moi. Ensuite, j'évoque aussi les prothèses auditives, qui sont une conséquence de mes traitements. Donc ça, j'aime bien en parler aussi, ça permet d'être transparent finalement sur qui on est.
- Speaker #1
Est-ce que tu parles de cancer ou juste de maladie ?
- Speaker #2
Non, je crois que je n'évoque jamais le mot cancer. Je n'évoque jamais parce que, je ne sais pas, c'est inconscient. Je parle de maladie.
- Speaker #1
Ok. Je parle de maladie. Est-ce qu'il est important de se préparer à l'entretien ? Parce qu'il y a des questions qui peuvent arriver, notamment s'il y a un trou dans le CV ou autre.
- Speaker #2
Oui,
- Speaker #3
alors pour rebondir sur ce que tu disais, Ginny, c'est vrai qu'il n'y a pas d'obligation d'en parler. C'est vrai que c'est souvent des questions qu'on nous pose. C'est, je fais face à cette situation-là. Mais que ce soit dans le cadre, comme toi, d'une recherche d'emploi ou dans le cadre d'un arrêt de travail, d'une reprise de poste, la question c'est, j'ai eu ce parcours-là, j'ai eu un cancer, est-ce que je dois en parler ou pas ? Et donc, effectivement, la première réponse déjà à cette question, c'est de dire, ben non, vous n'êtes pas obligé d'en parler. Et c'est plutôt, est-ce que vous avez envie d'en parler ? Et si vous avez envie d'en parler, comment on en parle ? Comment est-ce que vous souhaitez en parler ? Et là, effectivement, ça va dépendre de la situation. Ça va dépendre aussi du timing, parce que finalement, il y a aussi des moments, où on ne se sent pas à l'heure actuelle d'en parler, mais pour plein de raisons différentes, effectivement. Parce que le diagnostic est arrivé et effectivement, en parler maintenant. C'est super compliqué parce que tu as parlé d'acceptation. Il faut déjà l'accepter soi-même. Parce qu'une fois qu'on l'a accepté, ou du moins une fois qu'on doit en parler aux autres, on devient l'annonceur de quelque chose auprès des autres. Donc effectivement, ce timing-là, il est aussi super important et aussi super différent en fonction des personnes. Chaque situation est différente. Aucune situation n'est similaire, même si on a à peu près le même type de cancer, même moment, entre guillemets. finalement, il y a des personnes qui vont en parler très vite. Il y a des personnes qui vont attendre un peu plus, qui vont en parler de manière différée. Et finalement, tout est OK. C'est juste comment est-ce que tu as envie de te positionner, comment est-ce que la personne a envie de se positionner par rapport à ça et qu'elle soit en accord avec ses valeurs et avec ce qu'elle a envie d'en dire.
- Speaker #1
Parce que la question du trou dans le CV, est-ce que c'est quelque chose qu'on t'a déjà demandé ? Moi,
- Speaker #2
j'aime en parler parce qu'il y a une question d'honnêteté. de qui je suis. Et si j'ai envie de postuler, j'ai aussi envie de montrer qui je suis. Mais il y a aussi des questions qui viennent, comme tu le disais, de la part des recruteurs. C'est quelque part, je n'ai pas vraiment le choix. Parce qu'il y a eu cette période, fin 2016 à début 2018, si on considère que toute l'année 2017, j'étais en traitement, où il y a un trou qui correspond à aucune expérience bénévole, à aucune formation et à aucun emploi. Donc forcément, on se pose la question, mais qu'est-ce que vous avez fait ? Et souvent, en plus, la... La question se pose avec une certaine connotation négative. C'est-à-dire, surtout quand on est jeune, les gens se disent forcément, elle n'a rien fait pendant un an, elle n'avait pas envie. Il y a forcément quelque chose de négatif. Donc, on se sent ce devoir de se défendre, en fait. Ce devoir de se défendre, mais en même temps, c'est paradoxal parce qu'on n'a pas envie de trop en dire non plus. Parce que finalement, c'est quelqu'un, un recruteur, c'est quelqu'un qu'on rencontre. Pendant 30 minutes, on n'a pas envie de lui raconter notre vie, mais en même temps, on se sent obligé de se défendre.
- Speaker #1
Et quand tu décidais d'en parler, est-ce que tu as déjà fait face à des réactions mal placées, à des remarques, où tu sentais que cette information que tu donnais mettait un frein à ton recrutement ?
- Speaker #2
Alors, je ne pourrais pas répondre à 100% que c'est un frein, puisqu'il faudrait voir après les statistiques, quand je ne suis pas prise, est-ce que c'est vraiment à cause de ça ou pas ? On ne saura jamais. Ça reste un milieu qui est un peu tabou, la maladie, donc c'est vrai que les recruteurs, ça les met mal à l'aise. Oui, il reste une incompréhension. Alors, si je dis le mot cancer, il y a une sorte de pitié qui vient et le dialogue se ferme complètement. Comme si on avait abordé quelque chose de grave alors que je suis devant vous et que ça va bien. Si je reste flou, alors dans ce cas, on va me demander, mais pourquoi tu vas un temps partiel ? À ton âge, on n'est pas fatigué à ton âge, c'est maintenant qu'il faut travailler, c'est maintenant qu'il faut se construire. Souvent, les rucheteurs sont plus âgés, donc ils sont là à 50, 55 ans à se dire, ah bon ? Moi j'ai le droit d'être fatiguée, mais toi, pourquoi tu veux rien faire ? Il y a surtout ça. Aussi, ce qui me blesse énormément, c'est quand on revient un petit peu sur mon parcours précédent d'études et ce pourquoi je postule aujourd'hui, on me dit souvent, c'est dommage. C'est dommage, tu avais bien commencé et maintenant c'est dommage, tu veux faire autre chose. Je trouve ça insupportable, c'est dommage. Parce que c'est un jugement finalement. C'est dommage, mais dommage de quoi ?
- Speaker #1
Et Julie, pour les personnes qui souhaitent évoquer la maladie ou évoquer même le cancer, est-ce qu'il y a possibilité de valoriser ? Cette étape de vie ?
- Speaker #3
Comme tu disais, Ginny, c'est quelque chose qui revient très spontanément. On se dit, tiens, là j'ai un creux. Tu parlais d'un an, un an et demi. Comment est-ce qu'on va m'interroger là-dessus ? Et effectivement, je pense qu'il est super important de se préparer à cette question-là. Parce qu'elle peut arriver, elle peut aussi ne jamais arriver. Il y a aussi des recruteurs qui ne vont jamais poser la question sur ce creux. Parce qu'à l'heure actuelle, on considère aussi qu'on a de plus en plus des parcours professionnels ou des parcours de vie qui peuvent être fragmentés. parce que aussi les mentalités évoluent, on n'a plus les mêmes parcours qu'auparavant, on fait peut-être plus 40 ans dans la même entreprise, comme ce qu'on avait peut-être l'habitude de faire auparavant. Mais effectivement, c'est surtout de savoir comment est-ce qu'on a envie d'en parler. Et effectivement, si j'en parle, comment je vais en parler ? Est-ce que je souhaite justement mettre en avant des qualités humaines que j'ai pu développer peut-être suite à ce parcours-là ? Parce qu'il y a quand même beaucoup, par exemple, de capacités d'organisation, d'empathie, d'écoute. que chacun peut développer au long de son parcours. Et ça, finalement, ce sont des capacités qui sont demandées en entreprise à l'heure actuelle et qui peuvent être valorisées dans le cadre d'un entretien ou de son CV. Mais c'est effectivement comment j'en parle. Est-ce que je parle de cancer ? Est-ce que je parle de problèmes de santé ? Mais je pense qu'au-delà d'anticiper, c'est aussi laisser la place à la rencontre et aussi peut-être se laisser la place et le temps de pouvoir évoluer dans ce qu'on a envie de dire. C'est un petit peu ce que tu disais. C'est aussi très subjectif, c'est ce que tu disais je crois, c'est ce côté, finalement j'essaye un peu de sentir au travers de l'entretien comment ça se passe, est-ce qu'il y a une ouverture ou pas ? Parce qu'effectivement quand tu parles de ça, ça me fait toujours penser à une dame que j'ai accompagnée et qui justement au départ n'avait pas prévu d'en parler. On a travaillé cette question ensemble de est-ce que j'en parle ou pas ? Elle me disait je vais évoquer que j'ai eu des problèmes de santé et je m'arrête là. J'ai dit ok très bien, vous souhaitez en parler comme ça ? C'est très bien, préparez-vous à la question, c'est préparé ensemble, c'est ok. Et puis je l'ai revue une semaine après, et puis elle me disait, mais en fait, j'en ai parlé, parce que je me suis retrouvée face à trois femmes, et alors je ne sais plus comment le sujet était arrivé sur le tapis lors de l'entretien, mais elle me disait, je suis arrivée face à trois femmes qui avaient trois expériences différentes vis-à-vis de la maladie et vis-à-vis du cancer en particulier, et elle m'a dit, ben là j'ai senti que je pouvais en parler, et j'en ai parlé. Ce n'était pas prévu, mais finalement j'ai eu envie d'en parler, et c'est ça aussi je pense que ce qui est important, c'est aussi de... Pouvoir anticiper, mais en même temps de laisser la place à la rencontre finalement qu'on a avec l'autre. Il y a des fois où il n'y a pas d'ouverture et il y a des fois aussi où il y en a. Et du coup, ça peut être entendu et ça peut être valorisé effectivement.
- Speaker #2
Oui, ça peut créer des belles connexions aussi. Oui, tout à fait. Parce qu'effectivement, c'est un sujet qui est tabou, mais finalement, on connaît tous une personne qui est passée par là, que ce soit nos proches, notre famille, un ami, de près ou de loin. Donc finalement, on a tous cette humanité en nous, mais c'est souvent le cadre du recrutement et de l'entretien d'embauche qui se veut un peu carré, d'où le fait d'effectivement le préparer.
- Speaker #1
Et Ginny, est-ce que tu te retrouves aussi dans les propos de Julie sur le fait que la maladie peut créer des compétences ?
- Speaker #2
Oui, totalement. Et je pense que d'ailleurs, c'est en ce sens-là que l'entretien doit être préparé. c'est que finalement Le recruteur, il ne pose pas forcément la question pour vous mettre dans l'embarras ou pour vous faire parler de choses désagréables. Ça peut être de la simple curiosité. Et oui, je pense que le cancer, il faut le voir comme une expérience. Alors, bien sûr, c'était difficile. Bien sûr que peut-être qu'on s'en serait passé dans la vie. Mais pour moi, c'était une expérience positive parce que ça m'a fait me développer plein de compétences. Et ça, je pense qu'il faut prendre un temps pour réfléchir. Donc, Julie, tu le disais, quand tu accompagnes des personnes, je pense que c'est un temps important. De plus voir ça comme « est-ce que je dois le dire à l'employeur parce que je suis redevable, parce que je dois me justifier ? » Mais plutôt de dire « ok, j'ai traversé ça et regardez, maintenant je suis capable de faire ça, je suis capable d'aller là » . Aussi bien au même titre qu'un congé maternité, que la décision d'aller faire le tour du monde pendant un an, on ressort avec des expériences, on ressort plus riche, parce que déjà on a la preuve qu'on a combattu ça. Je pense notamment à des capacités d'adaptabilité, à une gestion aussi du stress, à une gestion du quotidien. Le relationnel. Pour ma part, en tout cas, ça a développé beaucoup de relationnel pendant ma maladie. Une écoute. Une capacité d'écoute aussi. Et ce que j'aime dire aussi aux recruteurs, c'est cette capacité à savoir aujourd'hui qui je suis, ce que je suis capable de faire et ce que je ne suis pas capable de faire. Et je pense que ça, ça peut rassurer tout recruteur de dire aujourd'hui, je me présente, je postule, je sais qui je suis, je sais où je peux aller, je sais où je peux m'arrêter.
- Speaker #1
Surtout que les compétences techniques, elles, peuvent s'acquérir par la suite en se formant, alors que les compétences humaines, elles, sont plus innées ou suite à des parcours de vie.
- Speaker #2
C'est ce que j'essaye de mettre en avant, effectivement. J'essaye de me dire, s'il y a des choses que je ne sais pas faire, que ce soit par rapport à des logiciels, par rapport à des compétences techniques, ça je peux l'apprendre. Mais ce que m'a vraiment apporté la maladie, c'est effectivement tout ce côté qu'on appelle soft skills, qualité. Maintenant, j'ai l'impression que je pourrais m'adapter dans n'importe quelle entreprise grâce à ça, alors que ce n'était pas le cas avant. Je me sens vraiment cette capacité de pouvoir rebondir, de pouvoir tout faire, je trouverai une place, je trouverai un moyen. Pour moi, c'est ça le plus important aujourd'hui. Et je pense que c'est très important dans le milieu professionnel parce qu'aujourd'hui, plus qu'hier, il est très mouvant, il change énormément. Et je pense justement que ça peut être une qualité à mettre en avant, de voir, bon, vous voyez, moi je suis capable de m'adapter, je suis capable de changer.
- Speaker #1
Et aujourd'hui, si tu sens qu'un recruteur te ferme des portes dues à ton parcours et à ta maladie, comment est-ce que... que tu es le pro, est-ce que ça t'impacte ?
- Speaker #2
Alors là aussi, il y a eu une évolution. Il y a eu une évolution, je pense que plus jeune, oui, ça m'impactait. Alors attendez, j'ai été malade 22-23 ans. Les premiers recrutements, je pense même jusqu'à 27-28 ans, ça a été encore difficile, oui. Parce que moi-même, je n'acceptais pas cette différence. Donc je trouvais ça encore injuste qu'on me la refasse payer. J'ai déjà été malade, je n'ai pas choisi. J'ai dû avoir les traitements, je n'ai pas choisi. Ça a été dur. Mais si en plus, on m'empêche de réintégrer la société, alors là, je fais quoi ? On s'en sort pas. Et par après, ça allait mieux. Par après, ça allait mieux. Maintenant, je m'en fiche totalement. Parce que j'ai perdu cette envie de devoir changer le monde. Je n'ai pas envie de changer tous les états d'esprit. Les états d'esprit vont changer, mais ce n'est pas à moi de le changer. Ça va se faire avec les années. C'est en train de se faire. Mais moi, je n'ai pas la force de me battre pour ça. Moi, je me bats pour moi, je me bats pour construire la vie que moi, j'ai envie d'avoir. Maintenant, si des personnes extérieures ne veulent pas le comprendre, elles ne feront pas partie de ma vie, mais ce n'est pas grave.
- Speaker #3
Après, c'est une rencontre. C'est bien ce qu'on disait. Effectivement, en fait, un entretien, ça reste au départ une rencontre entre deux personnes. Et effectivement, des fois, il y a des ratés dans les rencontres. Ce n'est pas le moment. Oui, il y en aura d'autres. Effectivement, des fois, on a beau mettre toute la bonne volonté de son côté pour dire, ben voilà, j'ai vraiment bien préparé, je me suis vraiment appliquée. Si en face, la rencontre ne se fait pas, ben en fait, ça ne... Ça ne matche pas. Et puis, comme tu disais, c'est souvent une histoire de timing aussi. Parce que c'est ce qu'on entend dans ton expérience, Jeannie. C'est qu'il y a ce côté au départ, ok, ça m'a affecté un peu. Puis maintenant, ok, maintenant j'ai un autre recul. Je vois aussi la plus-value. Parce qu'on parle d'apport, on parle de soft skills, de compétences humaines. On a plein de synonymes finalement pour parler de tout ça. Mais c'est vraiment ce côté, la plus-value qu'on peut apporter en tant que personne. par rapport à ce qu'on a pu vivre, mais c'est vraiment en tant que personne, et c'est ça qui est super important.
- Speaker #2
Effectivement, c'est avec le recul, parce que moi je me dis, c'est pas dans l'année de mes traitements, même l'année d'après où je me disais, c'est super, ça va être une super expérience. Là, c'est sûr que mon cancer, pour moi, c'était juste un grand obstacle, je ne le voyais pas différemment. Donc c'est à force de rencontres,
- Speaker #1
et à force de recul, et des années qui passent, que j'ai réussi à avoir ce discours aujourd'hui. Et dans ton cas, Julie, la maladie est survenue lorsque tu étais en pause dans tes études, mais tu n'avais pas encore eu de premier emploi. Mais il arrive que le cancer survienne quand une personne est en emploi. Et souvent, quand on est jeune adulte, ça peut être le premier emploi, voire même la période d'essai. Tout simplement une première expérience professionnelle où il y a déjà beaucoup de pression, l'envie de bien faire. Et donc Julie, est-ce que tu as des conseils pour ces personnes qui font face à cette étape ?
- Speaker #3
Alors c'est vrai que c'est super angoissant. D'autant plus lorsque c'est le premier emploi ou que c'est peut-être un CDD, tu parles de période d'excès par exemple. C'est vrai que ça rajoute une certaine angoisse supplémentaire en se disant, bah mince, je viens d'arriver dans l'entreprise. Ça fait genre deux mois que je suis là et puis je suis obligée de me mettre en arrêt. Parce qu'en fait, il y a eu ce diagnostic qui est tombé, il y a les traitements qui vont commencer. et du coup ça pose... beaucoup de questions. A savoir, de toute façon, que dans le cadre de l'arrêt de travail qui est prescrit par le médecin, la raison de l'absence de la personne n'est pas mentionnée. En tout cas, le volet qui est transmis à l'entreprise, l'entreprise n'a pas connaissance de pourquoi la personne est en arrêt. Mais j'entends effectivement ces soins de retour qu'on a, que ça. Ça angoisse finalement de se dire, ça fait quelques mois que je suis arrivée, où j'ai un CDD de six mois et puis au bout de deux mois, je suis déjà effectivement obligée de me mettre en arrêt. Et donc, effectivement, ça pose beaucoup de questions. Ça posera aussi, bien sûr, la question de, on en parle effectivement, de est-ce que j'en parle ou pas ? Est-ce que j'ai envie d'en parler ? Est-ce que j'ai envie d'en parler à mon manager ? Est-ce que j'ai envie d'en parler à mes collègues ? Est-ce que j'ai peut-être pas envie d'en parler à des collègues plus éloignés avec qui je travaille une fois dans l'année ? Donc, tout ça, effectivement, en fait, ça se prépare. Et ça s'anticipe. Ça s'anticipe aussi par rapport aux dispositifs dont on pourrait avoir besoin dans le cadre de la reprise du poste. Et il y a aussi d'autres acteurs clés, par exemple comme la médecine du travail ou comme d'autres dispositifs qui existent, les rendez-vous de liaison, les visites de pré-reprise, etc. Donc en fait, il y a plein de ressources qui sont disponibles, mais ça s'anticipe et ça se prépare. Et c'est vrai que c'est souvent cette étape-là, ce timing-là, il est variable aussi en fonction des personnes. C'est sûr qu'au moment de l'annonce, ça peut être compliqué de se projeter là-dedans, très compliqué, même de maintenir le lien finalement avec son entreprise lorsqu'on parle d'emploi. Il y a ces questions-là effectivement aussi de, est-ce qu'en fait je souhaite encore avoir des nouvelles de mes collègues ? Est-ce que je suis d'accord pour qu'ils m'envoient un texto une fois de temps en temps ? Est-ce que ça me ferait plaisir que je puisse aller ? voir, les voir, est-ce que je peux passer, est-ce que je peux recevoir un message ou pas ? Donc tout ça, c'est des questions effectivement qui peuvent se poser pour des personnes très tôt, pour des personnes un peu plus tard, que ce soit pendant les traitements ou vers la fin des traitements, parce que finalement, des fois, c'est plutôt vers la fin où on se dit, tiens, là maintenant, j'ai un petit peu d'espace cognitif pour pouvoir parler du reste. Et effectivement, ce sont des questions qui se posent, des ressources qui sont disponibles. à à quel moment aussi on peut aller les chercher, parce qu'on a la possibilité, on a l'envie, mais surtout si on a l'énergie pour aller les chercher.
- Speaker #1
Et quels sont les dispositifs possibles pour les personnes qui souhaitent garder le lien avec l'entreprise dans laquelle ils sont ?
- Speaker #3
Alors, il y a effectivement plusieurs acteurs. Je pense effectivement en premier lieu aux médecins du travail, mais on parle en fait de services de santé et de prévention. au travail où effectivement il y a différentes visites qui sont possibles, notamment les visites de pré-reprise, qui sont des visites à l'initiative du salarié qui peut effectivement solliciter son médecin du travail pendant son arrêt de travail pour justement faire le point un peu sur son état de santé, l'adéquation avec son poste, est-ce qu'il va y avoir des besoins d'aménagement particulier, est-ce que c'est de l'aménagement physique du poste, est-ce que c'est de l'aménagement horaire, est-ce que c'est effectivement... plus de télétravail, parce qu'on a un poste qui permet plus de télétravail ? Est-ce que c'est, je viens un petit peu plus tard le matin pour éviter les transports en commun, les heures de pointe ? Enfin, toutes ces réflexions-là, peut-être aussi par rapport à la fatigue, et notamment aussi de pouvoir commencer à poser des questions sur, est-ce que je vais peut-être aussi avoir besoin d'un temps partiel thérapeutique, qui est très souvent l'un des dispositifs qui permet de reprendre en douceur au sein des entreprises, qui permet de réduire son temps de travail, mais de pouvoir reprendre une activité professionnelle qui est quelque chose d'hyper important. Et puis après, vous allez avoir tous les acteurs qui gravitent autour. Ça peut être les collègues plus ou moins proches, ça peut être aussi le manager qui va aussi avoir son rôle à jouer, les ressources humaines s'il y en a, des services d'accompagnement du personnel. Donc effectivement, ça peut inclure beaucoup de monde.
- Speaker #1
Pour continuer sur les accompagnements et les dispositifs, un des plus connus, c'est la RQTH. La reconnaissance de la qualité de travail handicapé qui permet d'avoir des dispositifs et des aides spécifiques sur son lieu d'emploi et de faciliter la réinsertion. Est-ce que tu en as une, Ginny ?
- Speaker #2
Alors oui, moi j'en ai une. Avant ça, je ne savais pas du tout ce que c'était. Je n'étais pas du tout dans le monde du handicap. De mémoire, j'étais en traitement. C'est encore ma mère qui l'avait constituée avec l'assistante sociale. Je ne sais même plus si c'était l'assistante sociale de la Ligue. ou de l'hôpital dans lequel j'étais. Tout s'est fait. Moi, je n'ai aucun souvenir parce que je passais plus de temps à dormir finalement. Donc, ça s'était fait comme ça. Et après, on m'a expliqué un petit peu à quoi ça servait, etc. Et depuis, je la renouvelle régulièrement et sans doute que je devrais la renouveler à vie. Et quel est ton rapport avec le terme handicap ? Alors, je n'ai pas de mal à avoir la RQTH, la reconnaissance, parce qu'effectivement, je suis d'accord avec le fait que par rapport à mes prothèses auditives ou mon besoin de temps partiel, ça peut poser des freins dans mon insertion. Avec ça, je suis d'accord. Par contre, je suis moins d'accord avec le terme handicap. J'ai du mal pour moi à me sentir légitime, à dire j'ai un handicap ou je suis une personne en situation de handicap. Parce que pour moi, ça ferait comme si je me plaignais par rapport à d'autres personnes qui ont plus de difficultés. Et je ne me sens pas légitime par rapport à ça. Parce qu'aujourd'hui, je ne suis pas dans un hôpital, je n'ai pas besoin d'aide physique tous les jours. Je vais bien, donc je ne me sens pas légitime par rapport à ça. Même pour en parler dans l'entretien, ça a mis des années. Au départ, je n'en parlais pas. Je préférais ne pas me justifier. Et après seulement, j'ai réussi doucement à me sentir légitime d'en parler, à me dire « Ok, c'est vrai que je peux dire que j'ai besoin de temps partiel. Ce n'est pas juste que je suis fatiguée, c'est vrai. »
- Speaker #0
C'est souvent dû au fait que le handicap est invisible aussi.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
C'est quelque chose qui revient souvent, je pense, Julie, ce travail à faire sur la légitimité du handicap.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai qu'à l'heure actuelle, quand on parle handicap, tout d'un coup, si on devait faire un micro-trottoir dans la rue, on parlerait très rapidement de personnes en fauteuil roulant. Il y a vraiment cette image, à l'heure actuelle, du handicap qui est associée. à quelque chose de très visible.
- Speaker #2
Ou alors un handicap mental, mais dans ce cas-là, très prononcé, où on ne prend pas en compte toutes les sphères qu'il y a.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. En fait, on revient sur ce côté très visible, finalement, qui est très connoté par cette représentation du handicap, alors qu'en fait, à l'heure actuelle, même la majorité des handicaps sont invisibles, c'est-à-dire que ça ne se voit pas, mais il y a des difficultés, suite à la maladie ou à d'autres.
- Speaker #2
80% sont invisibles, il me semble.
- Speaker #1
Oui, je crois que tu as raison, c'est tout à fait ça. Et c'est vrai que du coup, c'est presque caduque finalement cette idée à l'heure actuelle qu'on a du handicap associé à quelque chose de très visible. Effectivement, à l'heure actuelle, la reconnaissance, elle est là pour dire qu'il y a des séquelles qui font qu'il y a besoin d'aménagement dans le cadre de son travail. Et elle est là, du coup, cette reconnaissance pour reconnaître qu'il y a un besoin d'aménagement. Mais ça, qu'importe finalement le type de handicap, qu'importe les besoins. factuellement c'est ça. Et c'est vrai que du coup, dans le cadre du cancer, ces séquelles-là, elles peuvent être fluctuantes, elles peuvent être invisibles, elles peuvent être plus ou moins visibles, ça dépend des moments également. Ça ne veut pas dire que effectivement, on en a moins besoin que quelqu'un d'autre. C'est d'une manière différente et puis ça peut être pendant un temps et puis après on en a peut-être plus besoin. C'est pour ça qu'il y a effectivement cette demande de renouvellement. Mais effectivement, ne pas hésiter à continuer à la demander si on en a encore besoin, c'est ok. d'en avoir encore besoin et de continuer à la demander. Elle est là pour ça. Et du coup, effectivement, c'est un des dispositifs qui est super important à mobiliser et dans lequel, effectivement, ça peut être compliqué de se retrouver par rapport, comme on disait, à cette image du handicap, mais qui finalement peut être demandé par toute personne ayant eu un cancer et qui a besoin d'aménagement pour reprendre ou pour démarrer sa vie professionnelle.
- Speaker #2
Et quelque part, le mot reconnaissance le dit. Moi, c'est vraiment aussi cette reconnaissance qui m'a donné la légitimité, la crédibilité. C'est-à-dire que c'est un organisme neutre extérieur qui dit, OK, au vu de votre dossier, on vous l'accorde. Et donc, finalement, il faut garder en tête que si on vous l'accorde, c'est qu'il y a une raison. Et donc, à ce moment-là, je me suis dit, OK, bon, c'est peut-être vrai quand même. Et Gilly, tu as donc sollicité une assistante sociale, psychologue du travail. Est-ce qu'il y a d'autres personnes que tu as sollicitées ? Par exemple, est-ce que c'est quelqu'un ?
- Speaker #0
Qui t'a dit qu'il te fallait un temps partiel ?
- Speaker #2
Alors, ça s'est fait petit à petit parce qu'effectivement, chaque acteur a son rôle. Donc, la MDPH fournit la reconnaissance en qualité de travail handicapé, mais on n'a pas beaucoup plus d'infos au moment où on reçoit ça. Voilà, on a une RQTH, mais finalement, elle ne nous explique pas vraiment à quoi ça va nous servir, qu'est-ce qu'on va en faire, quels sont les avantages, les inconvénients. Donc après, il faut continuer à être suivi. Donc moi, ça a été essentiellement par Cap Emploi. et les partenaires de Cap Emploi. Et ensuite, le Rési aussi, Relais Emploi Santé Insertion, qui eux, vraiment, permettent de faire le point entre aujourd'hui, votre état de santé, vos besoins, ce que vous êtes en capacité de faire, vos contraintes, et le poste que vous visez, ou l'emploi, ou le domaine que vous visez, et comme ça, d'optimiser votre projet professionnel aussi en fonction de ça.
- Speaker #0
Et c'est donc au Rési qu'un médecin t'a dit qu'il te faudrait plutôt un temps partiel ?
- Speaker #2
Alors, je n'ai rien dit du tout. C'est un peu l'idée du RISI, en fait. C'est-à-dire qu'il vient, donc on y va. Je viens avec tous mes dossiers médicaux, donc tout le passif qui concerne le cancer ou autre, tous les bilans. Et alors, il se prend une bonne demi-heure déjà pour éplucher un peu le dossier. Il fait un bilan suite à ça et à la première rencontre et entretien avec vous. Et à ce moment-là, il préconise des bonnes conduites ou ce qu'il faudrait faire. Voilà. Mais le but, effectivement, c'est pas que ce soit moi qui ai l'influence et c'était d'ailleurs toute ma curiosité. C'était que juste à la vue de mon dossier. Qu'est-ce qu'il en pense ?
- Speaker #0
Et Julie, est-ce qu'il y a d'autres dispositifs ou accompagnements pour chercher un emploi ou retourner dans un emploi ? Alors, on a déjà parlé de certains.
- Speaker #1
Je veux dire, c'est vrai que Cap Emploi, effectivement, tu l'as mentionné, Gini, c'est vrai que c'est aussi un acteur assez incontournable, finalement. Et notamment, à partir du moment où on a la fameuse reconnaissance en qualité de travailleur handicapé. C'est vrai qu'eux, par exemple, accompagnent sur les deux volets. Il y a tout un service qui va accompagner pour les personnes qui sont en recherche d'emploi avec différents dispositifs. Ils travaillent avec d'autres partenaires au niveau des territoires pour pouvoir proposer, par exemple, des bilans de compétences lorsqu'on a besoin de refaire un peu le point sur son projet, mais après aussi tout l'accompagnement. finalement, qui peuvent proposer sur du maintien dans l'emploi. Donc là, on va plutôt être sur le côté en emploi. Donc effectivement, qu'est-ce qu'eux peuvent proposer pour faire en sorte peut-être d'accompagner sur de l'ergonomie de poste, faire en sorte finalement que le poste soit adapté à la personne et non pas l'inverse, que la personne s'adapte au poste. Donc effectivement, ce sont aussi des possibilités. On a parlé du médecin du travail également, effectivement, lorsque l'on est en emploi, qui sont effectivement... un service et des acteurs clés pour pouvoir aménager ou faire en sorte que les conditions de travail se passent au mieux pour pouvoir reprendre. On a parlé bien sûr du collectif de travail. Donc effectivement, il y a des acteurs qui gravitent autour et qui sont là pour accompagner en fonction des situations, aussi bien sûr qui sont différentes pour chacun et pour chacune et c'est OK.
- Speaker #0
Et Julie, tu parlais du médecin du travail. A lui, est-ce qu'il faut lui en parler du cancer ?
- Speaker #1
Alors, vu qu'il est là pour accompagner et justement pour faire en sorte qu'il y ait une adéquation entre son poste de travail et son état de santé, oui, effectivement, c'est important de pouvoir lui en parler. C'est important aussi de pouvoir lui ramener, par exemple, des examens médicaux ou des comptes rendus. Ce que tu disais, Jenny, par rapport à l'entretien que tu as eu avec le médecin du Rési, qui finalement a été dans le contexte où... Tu n'avais pas de médecin du travail ? Oui, effectivement, le médecin du travail a aussi ce rôle-là de pouvoir dire est-ce que dans l'État vous pouvez reprendre ? Est-ce que tu peux reprendre dans ces conditions-là ? Est-ce qu'il y a besoin d'aménagement ? Donc c'est vrai que le médecin du travail, ça peut être un allié et un acteur assez important à impliquer tout aussi bien sur les difficultés qu'on peut avoir, mais aussi sur ce qu'on souhaite, sur ses forces aussi. Parce qu'on parle souvent beaucoup de difficultés, mais c'est aussi important de parler de ses forces et de ce qu'on s'aperçoit pour soi, pour son avenir, pour son poste aussi. Parce que des fois, on peut aussi être force de proposition. Et c'est aussi super important d'être force de proposition. En disant, voilà, moi, je connais aussi mon poste ou je connais effectivement ce dans quoi je vais m'insérer. Je vois que je vais pouvoir aller plutôt vers ça ou plutôt vers autre chose. Ou alors, j'ai réfléchi au poste. Je vois peut-être cette difficulté-là, mais j'ai peut-être aussi une idée pour la contourner. Comment est-ce qu'on peut en parler ensemble ? Et après, effectivement, c'est comment est-ce qu'on peut en parler au sein de l'entreprise ? C'est vrai qu'on a parlé du médecin du travail, mais c'est vrai qu'il y a aussi le rendez-vous de liaison, qui est aussi un dispositif super important, qui existe depuis maintenant quelques années. C'est assez récent quand même, le dispositif du rendez-vous de liaison, et qui permet effectivement de pouvoir organiser une rencontre avec son entreprise. pendant son arrêt de travail et de pouvoir dialoguer sur ces conditions de comment je maintiens le lien, est-ce que j'ai envie de maintenir le lien, comment est-ce qu'on prépare ma reprise, parce que c'est vrai qu'anticiper, préparer sa reprise, mais comme par exemple tu t'es préparé pour tes entretiens, c'est tout aussi important et c'est vrai que d'anticiper et de préparer, c'est aussi super important.
- Speaker #0
Et encore une fois,
- Speaker #2
de nombreux dispositifs existent, donc ne pas hésiter à se faire accompagner pour y voir plus clair. Oui, et puis il ne faut pas voir la maladie comme forcément quelque chose qui nous fait de nous quelqu'un d'inférieur maintenant. C'est plutôt avoir comme un changement. Voilà, avant je savais faire ça, j'étais comme ça. Maintenant je sais faire ça, ça je le fais peut-être mieux, ça je le fais moins bien. D'où l'intérêt de discuter entre différentes personnes pour après optimiser sa propre situation personnelle. Il n'y a pas de tard en fait, c'est vraiment ça je pense qu'il faut transmettre. C'est qu'il n'y a pas de honte à avoir eu un cancer, il n'y a pas de problème. il faut juste maintenant faire Voilà, adapté en fonction de la situation, en instant T. Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Et depuis le début de l'épisode, on parle du fait que les malades doivent se préparer soit à l'entretien, soit au retour à l'emploi. Mais est-ce qu'il y a des choses mises en place pour agir plutôt côté entreprise, pour changer le regard des entreprises ?
- Speaker #1
Alors oui, effectivement, parce qu'on aura beau, comme je disais au départ, ça reste une rencontre, on aura beau préparer effectivement la personne au maximum sur des questions, sur... comment est-ce qu'elle veut reprendre ou comment est-ce qu'elle souhaite reprendre son travail. Il est aussi important finalement de préparer le collectif dans lequel la personne revient ou dans lequel la personne s'insère suite à un recrutement. Parce que c'est vrai que souvent, on peut avoir beaucoup de bonnes intentions en se disant « tiens, je vais faire ça parce que je pense que c'est une bonne chose » ou à l'inverse « finalement, je vais peut-être rien faire parce que je ne sais pas trop comment la personne va le prendre, je ne sais pas trop si » . mes propos vont être maladroits en tant que collègue, en tant que manager, en tant que service RH. Et donc, on va parfois préférer ne rien faire en se disant, ok, je ne fais rien, donc je ne fais rien de maladroit, donc ça va aller. Et finalement aussi, comment est-ce que c'est perçu en face ? Ce n'est pas forcément perçu de cette manière-là, en se disant plutôt, mince, ils ne prennent pas mes nouvelles, ils ne font rien. Est-ce que ça ne veut pas dire un peu qu'ils m'ont oublié ? Est-ce que j'ai encore une place quelque part ? les cœurs. Est-ce que je suis toujours un collègue de travail ? Est-ce que j'appartiens un peu toujours à ce collectif de travail ? Et c'est vrai que c'est aussi important de pouvoir sensibiliser les collectifs de travail sur ces questions de comment est-ce qu'on accompagne quelqu'un qui va revenir des suites de son cancer ? Ou comment est-ce qu'on accompagne quelqu'un qui se maintient dans son travail ? Ou quelqu'un qui va arriver suite à ces parcours-là ? Et comment est-ce qu'on peut donner quelques outils pour agir sans appréhension ? et justement éviter... des maladresses qu'on a parfois encore trop souvent entendues, du style, alors il y en a plein, de « tiens, vous avez bonne mine » ou alors « oh mais ça va, c'est un cancer qui se guérit bien, donc ça va aller, tu vas revenir » . Et puis finalement, si tu es fatigué, nous aussi on est fatigué, tu vois, ça fait six mois qu'on prend ton travail. Mais effectivement, comment est-ce que nous aussi on peut apporter notre pierre à l'édifice en disant « à l'heure actuelle » . oui, le cancer, ça peut faire peur, ça peut activer certaines choses, mais ça change, il y a beaucoup de choses qui évoluent. Et effectivement, comment est-ce qu'on peut accueillir quelqu'un qui va revenir ?
- Speaker #0
C'est pour ça que la Ligue a créé un projet, n'est-ce pas ? Le Ligue Entreprises.
- Speaker #1
C'est ça. Où l'idée, c'est effectivement de pouvoir apporter ça dans toutes les entreprises. Alors nous, de notre secteur, donc du barin. Mais effectivement, de pouvoir apporter ça en se disant, des fois, il y a des maladresses, et comment est-ce qu'on peut apporter un petit peu cette possibilité de dialoguer ? au travers de différentes actions, de sensibilisation, d'ateliers, de conférences. Et effectivement, pouvoir un peu ouvrir ce dialogue. On parle souvent de tabou par rapport à la maladie.
- Speaker #2
Et une humanisation de l'entreprise.
- Speaker #1
Effectivement, on pourrait parler de ça.
- Speaker #2
Parce que c'est vrai pour d'autres maladies que le cancer, finalement. Ça peut être vrai pour plein de choses.
- Speaker #1
Bien sûr. À l'heure actuelle, finalement, il y a à un moment donné des parcours qui seront fragmentés par quelques... Fragment, je dirais que ce soit. Et effectivement, lorsqu'on parle d'empathie, lorsqu'on parle d'écoute, lorsqu'on parle de bienveillance, ce sont des choses effectivement, cancer ou autre pathologie, qui sont super importantes à développer finalement.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Et Djini, maintenant que tu as avancé dans ce processus de questionnement sur si tu comptes parler au nom de ta maladie en entretien. Est-ce que tu as un conseil ou un message à faire passer à ceux qui sont encore dans le flou ?
- Speaker #2
Je pense qu'il faut s'écouter soi avant tout. Il n'y a pas d'obligation. Si on se sent d'en parler, on en parle. Si on ne se sent pas, si on avait prévu d'en parler et qu'au final, devant le recruteur, on ne veut pas en parler, on n'en parle pas. Je pense que surtout quand on a traversé des moments difficiles, il faut faire en fonction de son ressenti. Parce que c'est un respect pour soi-même. Parce que finalement, si au moment de l'entretien, déjà, on se sent mal à l'aise, on doit se forcer, on a l'impression qu'on doit justifier, finalement, est-ce qu'on a vraiment envie d'aller travailler là-bas ? Est-ce que tout ce parcours qu'on a fait pour s'en sortir, c'est pour le terminer dans cette entreprise avec ce genre de management ? Je ne suis pas persuadée. Donc finalement, il faut lâcher un peu du lest et se dire, bon, ce ne sera pas là, ce sera une autre. qui me prendra comme je suis et qui, en plus de ça, valorisera mon parcours. Je pense que c'est vraiment ça, l'objectif.
- Speaker #0
Merci pour ce beau message, Julie. Et Julie, as-tu aussi un dernier conseil ?
- Speaker #1
Je dirais effectivement un peu comme ce que disait Ginny, il y a vraiment ce côté, ça s'anticipe finalement et ça se prépare, tout en laissant de la place à la rencontre, bien sûr. Mais c'est important effectivement de se préparer et surtout d'être accompagné dans cette préparation. Parce que finalement, on a beau essayer peut-être de réfléchir de son côté, on a parfois aussi besoin d'un regard extérieur, d'être un peu accompagné sur ce chemin-là ou sur les embranchements de chemin qu'on a. chemin on va décider de choisir. Et donc, c'est vrai que pouvoir préparer, anticiper et surtout être accompagné, c'est super important.
- Speaker #2
Pour moi, c'est même indispensable parce que le monde de l'entreprise est un monde où il y a quand même beaucoup de codes. Encore aujourd'hui, il y a tous les codes de l'entreprise. Même l'entretien en lui-même a des codes. Un entretien aussi, si ce n'est pas un entretien d'embauche, un entretien avec un manager, par exemple, a aussi des codes de bonne conduite. Et donc l'accompagnement a été essentiel pour moi aussi parce que la personne expérieure qui m'a accompagnée m'a donné un double regard. Mon regard à moi, qui vient postuler dans l'entreprise, mais aussi le regard du recruteur en face. Et ça m'a permis aussi d'avoir, que lui non, il n'est pas juste là à juger, mais que lui aussi il veut embaucher une personne, il veut pouvoir lui faire confiance, il veut pouvoir être sûr que ça matche bien avec son équipe, etc. Et on le comprend. Et donc finalement, moi j'ai dû être accompagnée effectivement toutes ces années-là pour aujourd'hui arriver à sortir un discours et à être à l'aise avec la maladie et en parler en milieu pro.
- Speaker #0
Donc finalement, ce qu'il faut retenir de cet épisode, c'est que parler de son cancer au travail n'est pas une obligation, c'est un choix personnel. Comme tu l'as dit, pour celles et ceux qui hésitent, il ne faut pas hésiter à se faire accompagner. Donc vous qui nous écoutez, si vous êtes dans ce cas, vous pouvez solliciter des médecins du travail, des psychologues du travail. ou tout type de personnel d'accompagnement. En tout cas, au comité du barin de la Ligue contre le cancer, nous proposons des entretiens d'accompagnement individuels, aussi des ateliers collectifs de retour à l'emploi et, comme l'a évoqué Julie, le projet Ligue Entreprises qui sensibilise les entreprises au sujet du cancer. En tout cas, la maladie n'est pas un frein. Au contraire, le cancer peut apporter des compétences humaines Et donc, il ne faut pas rester bloqué sur le fait qu'il y ait une personne touchée par une maladie. Merci à toutes les deux pour cet épisode, pour ton précieux témoignage, Ginny, et pour vos conseils à toutes les deux. Vous, merci pour votre écoute et on se retrouve pour un prochain épisode. Au revoir.
- Speaker #3
Merci pour votre écoute. Si cet épisode vous a plu... Aidez-nous à le faire connaître en en parlant et en le partageant autour de vous. Retrouvez toutes les actions menées par le comité du barin de la Ligue contre le cancer sur nos réseaux sociaux et sur notre site ligue-cancer.net. Toutes nos activités et services sont gratuits. Alors n'hésitez pas à nous contacter. Créée en 1918, la Ligue contre le cancer est la seule association qui se bat sur tous les fronts de la maladie. A bientôt pour un prochain épisode.