- Speaker #3
Ces voix que vous entendez, ce sont celles de mes élèves de classe de première. Tiara, Hawa, Rayana, Natacha et Husnain. Vous venez de les entendre parler des cahiers de doué d'Arthur Rimbaud et de Manon Lescaut de l'abbé Prévost. Deux œuvres au programme du bac, car pour ce numéro spécial d'Open Book, je vous embarque avec eux et avec elles dans ma salle de classe, dans le lycée où j'enseigne, à Saint-Denis. C'est le mois de mai et toutes les fins d'année se ressemblent au fond. Peut-être qu'elle est là, la plus grande douleur de mon métier de prof. Voir le temps qui passe parce qu'il revient toujours. Dans ce flux à jamais recommencé, moi j'ai un an de plus à chaque fin d'année. Et eux ont éternellement 16 ans. Eux, éternellement, passent leur bac de français. Mais ce qui change profondément en moi et avec eux, c'est la manière de parler des livres, des classiques, des auteurs. On est de plus en plus de profs de français que j'appellerais des profs post-metoo. J'en suis une. Car mon regard sur tous ces textes a bougé grâce aux transformations sociales en cours, à mes lectures d'autrices contemporaines, mes réflexions féministes, mon histoire intime. Et c'est un peu tout ça que je mets avec eux, avec elles, dans ma salle de classe.
- Speaker #2
En fait, moi je trouve que Manon, aujourd'hui il y a un terme que les jeunes utilisent beaucoup pour mettre dans une certaine catégorie les femmes. Et ce mot-là c'est « tana » . En gros ça veut dire que c'est une prostituée. Mais moi je trouve que derrière, il y a un truc genre c'est une femme... Même si on peut la pointer du doigt et dire qu'elle a beaucoup de relations, qu'elle ne se respecte pas, qu'elle ne se préserve pas, ça reste quand même une femme libre d'un autre côté. Et je pense aussi que derrière ça, il y a une sorte d'envie de certaines filles ou de certaines femmes qui peuvent leur cracher dessus, les critiquer, alors qu'en fait elles seront toujours plus libres et toujours plus en accord avec elles-mêmes que ces femmes qui se respectent.
- Speaker #4
En fait, je me rappelle de la citation « j'irai loin, bien loin » , elle est ancrée dans ma mémoire, je ne sais pas pourquoi. A chaque fois avec les cours, on est submergé par les émotions, par tout ce qui nous traverse, mais on oublie souvent nos objectifs. Pourquoi on souffre autant ? Pourquoi on agit ainsi ? Ces citations m'ont attiré, je me suis dit, mais en fait, il ne faut pas que j'oublie ça. J'irai loin, bien loin, si je le fais.
- Speaker #3
Face à moi, j'ai aussi des élèves en mutation, habités parfois, malgré eux, par nos métamorphoses collectives. On me parle d'amour toxique entre Rimbaud et Verlaine. De féminisme blanc chez Olympe de Gouges, de viol dans la nouvelle boule de suif de Maupassant, là où j'ai mis des années à poser ce mot, d'exotisme problématique chez Baudelaire. Aujourd'hui, dans Open Book, ce sont leurs analyses que vous allez entendre. Et ce qu'ils ont à dire est, vous allez voir, réjouissant, drôle et hyper intéressant. J'ai donc choisi une œuvre au programme du bac pour en parler plus longuement avec eux. Les lettres d'une Péruvienne, de Françoise de Graffigny, un roman épistolaire écrit au 18ème siècle. Un roman oublié, mais véritable best-seller à son époque. Un roman étonnamment féministe. Je vous emmène au lycée pour le découvrir avec mes élèves, quelques semaines avant le bac. Openbook, c'est maintenant. C'est parti.
- Speaker #2
Je trouve que l'oeuvre qui m'a le plus touchée, c'est les lettres d'une parisienne, parce que c'est l'oeuvre qui est la plus proche de notre ère pour moi. Et pas celle d'Arthur Rimbaud. Parce qu'en soi, Arthur Rimbaud, déjà c'est le livre entre les trois qui m'a le moins plu. C'est vrai qu'il est engagé politiquement, ça on ne peut pas dire le contraire, mais mis à part ça, je trouve que c'est juste un jeune garçon immature.
- Speaker #0
C'est tout ce que j'ai ressenti durant la lecture en tout cas.
- Speaker #2
Le seul point positif du coup, c'est qu'il est attaché à la politique. Et qu'il est assez honnête, ça je l'ai bien aimé. Il est cash. Comme vous l'avez dit, il est prosaïque.
- Speaker #5
Moi je pense au cabaret vert. Le poème où il prend un jambon-beurre, il a les pieds sur une chaise, je crois que c'est ça. Et après il a la serveuse et même il dit « la serveuse avec les énormes tétons est venue » . C'est vrai que c'est drôle quand on y pense comme ça, mais c'est quand même très vulgaire. Quand on parle d'une femme, quand on pense à la poésie, on pense à des textes assez beaux, bien écrits.
- Speaker #0
Moi je pense que... Il parle beaucoup de s'émanciper, de s'enfuir, de vivre sa vie, mais au final, il a toujours un lien avec d'où il vient. C'est comme quand on a un privilège, on sait qu'on a toujours un endroit où on peut revenir, et en fait, il n'arrive pas à se détacher.
- Speaker #5
Si Arthur Rimbaud, il arrive autant à s'émanciper, c'est grâce à son éducation. S'il n'aurait pas été autant éduqué, il n'excellerait pas autant à l'école, je ne pense pas qu'il aurait pu écrire, par exemple, des cahiers de doué ou d'autres de ses livres. Donc, c'est sûr qu'à l'époque, L'éducation, c'est primordial pour essayer de s'émanciper.
- Speaker #0
Le fait de pouvoir s'émanciper, c'est aussi un truc de riche. Parce qu'il a le temps de penser à ça. Alors qu'une personne pauvre, par exemple du Tiers-État, il ne va pas pouvoir penser à ça. Parce qu'il doit vivre, il doit gagner de l'argent. Il doit gagner du pain, il doit travailler. Alors que Rimbaud, lui, on va dire que non, parce qu'il a vécu dans la petite bourgeoisie. Donc il a eu de l'argent, il a eu un toit, il a eu de quoi s'habiller, de quoi vivre, de quoi étudier, lire.
- Speaker #3
Natacha, tu disais tout à l'heure que les lettres d'une Péruvienne c'était ton oeuvre préférée dans l'année. Est-ce que tu peux nous dire de quoi elle parle cette oeuvre ?
- Speaker #0
C'est l'histoire d'une prêtresse Inca qui se fait arracher de son temple,
- Speaker #2
de ses proches, de sa terre par les Espagnols durant la colonisation puis après par les Français. Suite à ça du coup elle ira à Paris où elle sera en dépaysement et défamilialisation totale. Parce que c'est une culture, une langue, des comportements qu'elle ne connaît pas et qu'elle n'a jamais vu auparavant. À travers cette œuvre, il y a plusieurs dénonciations qui sont faites. Celle de la condition des femmes, celle du système politique en France avec le souverain qui a tous les pouvoirs et qui manipule son peuple, le comportement exubérant et extravagant des Français, leur superficialité et le décalage entre le paraître et l'être. Il y a aussi une critique indirecte. Critique indirecte de la décolonisation ?
- Speaker #0
Ou directe, je ne sais plus. Indirecte.
- Speaker #2
Parce qu'elle inverse les rôles. Généralement, c'est les étrangers qu'on a l'habitude de qualifier de barbares, de sauvages. Plus maintenant. Peut-être pour certaines personnes, si, du coup. Mais en général, non. Là, elle a fait une inversion des rôles. C'est les Espagnols et les Français qui sont traités ainsi.
- Speaker #0
De barbares et de sauvages. En gros, dans le livre... On décrit les Français comme des personnes sans aucune manière en fait.
- Speaker #3
Ce type de récit écrit au XVIIIe siècle avec un héros qui débarque en France, venu d'un pays lointain, et qui va donc poser un œil neuf sur la réalité française, un œil naïf et critique, vous dit peut-être quelque chose. C'est le pitch des lettres persanes de Montesquieu, un incontournable de nos années lycées. Mais ce qu'on sait moins, c'est que quelques décennies plus tard, un best-seller va passionner les lecteurs français, les lettres d'une Péruvienne. C'est un carton en librairie, il est réédité 14 fois l'année de sa publication, il est un des 10 romans les plus lus en France, puis il sera traduit dans une dizaine de langues. Mais il tombe dans l'oubli au cours du XIXe siècle. Pourquoi ? Parce que son auteur est une autrice, et l'histoire l'a effacée comme beaucoup d'autres femmes artistes. Et cette femme, c'est Françoise de Graffigny. Son livre, c'est l'histoire de Zilia, qui a été kidnappée par les Européens au Pérou, et ramenée de force en France. Là, elle est protégée par un certain Déterville, un aristot fou amoureux d'elle, mais elle, elle écrit tous les jours à Asa, l'homme qu'elle aime, et à qui elle a été arrachée. Jusqu'à, petit à petit, apprendre la langue française, découvrir les plaisirs de la lecture, analyser et critiquer tout ce qu'elle découvre autour d'elle, et puis se trouver, et s'émanciper en tant que femme, ce qui fait de ce roman un vrai classique féministe.
- Speaker #5
Moi je voulais te dire un truc, c'est dans Lettres et d'une Périvène, vous trouvez pas que Françoise de Graffigny saisit l'IA ? Parce que... Quand il pense à Françoise de Graffigny, son père lui avait dit que c'était soit le mariage, soit le couvent, elle a décidé de le marier, après son mari il est mort, etc. Et après sa mort, elle a décidé de s'émanciper elle aussi, de renoncer au mariage, à l'amour, et strictement se lier déjà à soi-même et à l'amitié. Elle avait un ami, un ami poète ou écrivain, avec lequel apparemment c'était strictement que de l'amitié, c'est-à-dire qu'elle ne vivait pas grâce aux hommes, mais grâce à ce qu'elle faisait, c'est-à-dire l'écriture. Par exemple, je sais, elle a fait des pièces de théâtre, etc., qui ont très bien marché, et l'être du Père Vivian aussi, qui a sacrément bien marché pour elle. Je pense que c'est un mélange d'un peu tout, parce qu'elle s'est inspirée de l'être d'une personne, elle s'est inspirée des lumières, enfin, des pré-lumières, parce qu'à son époque, ce n'était pas encore le mouvement des lumières, mais aussi, je pense, beaucoup de sa vie, de sa propre vie, d'une femme philosophe qui se bat pour la cause, tout simplement, des femmes. Tout ce qu'elle dit, tout ce qu'elle défend, même aujourd'hui, les femmes continuent à défendre ces idées. Et du coup, c'est assez impressionnant de se dire qu'elle, elle a pu le faire il y a 300 ans, dans une société comme assez toxique et machiniste à l'époque. Et que je trouve ça assez inspirant quand même.
- Speaker #1
Moi, j'aime bien l'évolution d'Ausilia. Au début, à base d'une jeune femme qui ne connaît rien à la vie, à part sa tante Inka. Un cas et sa dépendance à Aza, l'homme à qui elle doit se marier, dont elle est amoureuse, et à la fin elle devient philosophe. Son exil va permettre à Zia de se métamorphoser et de se connaître mieux elle-même, du coup avoir une introspection. Et à travers un regard qu'elle n'a jamais connu avant, un regard neuf, elle va... Adoptée de nous. Voilà, elle-même.
- Speaker #2
Et je trouve aussi que la manière dont c'est raconté, dans le sens où le fait qu'elle ait vécu la colonisation, qu'on l'a arrachée à sa terre, qu'elle arrive en France, et que certes ça a été difficile, mais qu'au final ça lui a servi, et que même à un moment elle vient à dire qu'elle aurait aimé être née en France, je trouve qu'à travers ces paroles-là, ça se voit qu'il y a une Française qui a écrit ça. Je trouve que c'est un peu ethnocentré. Je ne pense pas que la majorité des personnes qui ont été arrachées à leur pays de force, et qui se retrouvent en France, voient ça comme quelque chose qui leur est bénéfique. Je vois une forme de... Non, c'est pas du racisme, mais d'ethnocentrisme. Par exemple, quand elle parle de la condition des femmes, elle dit qu'en France, les femmes ont plus de facilité à être à la même échelle que les hommes, contrairement au Pérou. Je trouve que ça, c'est... Je sais pas si c'est vrai ou si c'est faux, parce que j'ai jamais eu la chance de me renseigner sur le Pérou et la condition des femmes là-bas, surtout à cette époque-là. Mais je trouve que c'est une parole qui met vachement en avant la France. Et du coup, d'autant plus quand elle dit que, quand Zilia dit plus tôt, qu'elle aurait aimé être née en France. Et quand on lui accorde aussi une fin comme ça, où elle se retrouve comme une femme indépendante, heureuse,
- Speaker #0
qui met l'amitié au-dessus de tout.
- Speaker #2
Je pense que le pays qui m'arrache à mon propre pays et qui me marginalise quand j'y suis, jamais je ne sors une phrase comme ça. Et même aujourd'hui, même si je suis en France, que mes parents sont venus, et que grâce à ça j'ai eu accès à des études, que je réussis plutôt bien, si je devais refaire ma vie, je ne suis pas sûre que j'aurais choisi d'être née en France. Alors que mon expérience de français, je le vis très bien jusqu'à maintenant. Même si ce que je vois à l'extérieur, ça ne me plaît pas, ce que ma famille dans le passé a pu vivre, ça ne me plaît pas non plus. Et même certaines choses que j'ai pu vivre en tant que française noire, ça ne me plaît pas. Du coup, dans une autre vie, je n'aurais pas aimé être née française.
- Speaker #4
Mais moi, je trouve aussi qu'elle a eu une facilité. C'est incroyable. Comment les gens qui habitent en France ont des énormes difficultés et elle arrive à avoir un logement, avoir des amis qui s'occupent d'elle. Non, mais c'est trop facile. J'aime bien ces liens, mais c'est trop facile. Ça a amélioré, elle a évolué, etc. La manière dont ça se finit, je vis seule, j'ai toujours un lien avec des terres vides, et Céline, je vis bien. C'est facile, c'est trop facile. Elle a eu ce choix alors que les autres n'ont pas eu ce choix, et c'est ça qui m'énerve un peu. Peut-être c'est un peu une jalousie, mais c'est trop beau pour être vrai.
- Speaker #0
Comme c'est un livre qui a été publié pour les Français à l'époque, je pense que comment elle a écrit, ça montre aussi qu'elle est vraiment française, Et aussi, c'est pour... L'ego des Français, en fait, parce que ce genre d'histoire, je pense que c'est quelque chose qu'ils aiment. Mais c'est surtout le fait qu'à la fin, elle devienne une petite Française, qu'elle apprenne leur langue, et que jusqu'à elle, on oublie la sienne, elle oublie son passé, en fait. Parce que si ça avait été plus réaliste, je suis désolée, mais moi j'aurais essayé déjà de retrouver des gens de mon pays, ou même essayer d'aller là-bas, ou aider d'autres... Dans l'histoire, elle n'essaie même pas d'en savoir plus sur les autres personnes comme elle. Tout ce dont elle parle, c'est Azah. Azah, c'est son fiancé. Et on avait fait cette analyse comme quoi Azah, en fait, elle s'est rattachée à lui parce que c'était la dernière chose qu'elle avait de son pays. Que l'amour qu'elle portait pour lui, c'était pas vraiment de l'amour, c'était juste un signe de traumatisme aussi. Parce que c'est tout ce qui la rattache à ce qu'elle était avant.
- Speaker #5
Moi je voulais rebondir sur ce que vous avez dit, c'est vrai mais je pense que vous avez un peu la vision biaisée parce que de ce que vous savez à cause de l'immigration, de par exemple vos parents etc. quand ils sont venus en France et que pour eux ça a été assez compliqué. Quand on regarde par exemple, si on contextualise un peu la situation de Zilia, déjà il y a un homme qui est follement amoureux de Zilia et qui ferait tout pour elle. Et en plus il vient d'une famille assez riche, de la petite noblesse. Donc c'est sûr que dans ce contexte-là, Zilya a quand même été assez avantagée. Par exemple, je pense à, dans les lettres d'une personne, Rika et Isben, qui eux viennent d'Iran, qui avaient beaucoup d'argent et qui ont pu assez vivre confortablement. Du coup, je pense, pour l'époque, le fait d'avoir de l'argent, déjà c'est un privilège, ça c'est sûr, mais ça facilite beaucoup plus la vie et surtout à l'époque, il n'y avait pas beaucoup d'immigration. Du coup, le fait que déjà il n'y a pas beaucoup d'immigration et que vous, vous vous basez un peu sur l'immigration qu'il y a eu. durant les dernières époques. Et du coup, on essaie de comparer, mais si on prend le contexte, c'est pas le même. Parce que là, Zilia, elle, elle a été enlevée, mais il y a un homme follement amoureux d'elle qui ferait tout pour elle, qui lui donne tout. Et vous, vous parlez de personnes qui ont fui un peu la pauvreté et qui sont venues en France pour travailler.
- Speaker #0
C'est pas la même chose.
- Speaker #2
Moi, quand j'ai parlé de mauvaise expérience pour mes parents, pour moi, l'immigration mauvaise, je la vois pas forcément comme quelqu'un qui est arrivé par la mer et qui s'est fait marginaliser. Ma mère, elle est venue parce que son père, il travaillait pour l'armée française. Elle est venue à 8 ans, elle a fait l'école française, elle parlait très bien français en arrivant. Elle venait d'Inde. Mon père, il avait une bourse d'études, il parlait français aussi, parce que c'était un pays francophone, il est arrivé, il allait très bien. Je trouve que même si on vient d'un pays pour venir dans un pays en Occident, que ce soit pour les études, pour le travail de ses parents, je trouve que ça reste une mauvaise migration, parce que même si on ne s'en rend pas compte tout de suite, si on remonte en arrière, ça nous est imposé. parce que si Aujourd'hui on veut migrer vers ces pays parce qu'ils sont apparemment plus développés, c'est parce qu'on leur a tout arraché. Et même si c'est pas leur génération directement qui a été touchée, c'est les générations d'avant et ça a un impact. Parce que si ça, on va pas refaire l'histoire, mais si ça s'était jamais passé, je pense que la plupart on serait restés dans le pays d'origine.
- Speaker #3
Est-ce que parfois vous sentez que je suis blanche ? Que du coup j'ai un regard blanc sur les choses ? Vous sentez que du coup mon expérience elle est différente de la vôtre ? C'est une vraie question que je vous pose.
- Speaker #0
Personnellement non.
- Speaker #2
Une fois que je me suis dit ça mais je sais plus pourquoi. Je crois que c'était le premier cours sur les lettres d'une Péruvienne. Quand on était dans une autre salle mais je sais plus pourquoi je me disais ça.
- Speaker #0
Quand on parlait de barbarie.
- Speaker #2
Oui mais je sais plus pourquoi j'ai dit ça. Que vous étiez vraiment blanche quoi. Mais j'ai... Wow. Mais j'ai oublié !
- Speaker #3
Je t'ai posé la question donc c'est très intéressant, ça m'aurait intéressé que tu aies l'exemple. Je sais plus en fait. Je sais plus du tout.
- Speaker #2
Non mais on se dit que...
- Speaker #0
On se dit que vous êtes le genre de blanche qui a fréquenté des personnes qui ne le sont pas. Oui, ouvert d'esprit. Mais ça, c'est... Franchement, madame, ça fait du bien, en fait. Vraiment. Parce qu'on a eu beaucoup de profs, ça se voyait beaucoup de comment il parlait. Je ne sais pas comment expliquer ça.
- Speaker #3
Parce qu'en fait, là, on parle entre nous, on est entre femmes, donc on a l'impression qu'on a la même expérience et qu'on vit les mêmes choses. Mais en fait, c'est oublier plein de trucs. C'est oublier d'où on vient, d'où on est nés, dans quel genre de famille on a grandi, quelle couleur de peau on a. Et tout ça, c'est notre histoire. Et ça fait partie du féminisme de penser les différences. Et qu'aussi, en tant que femme blanche, on a aussi, je pense, un devoir. Mais comme les hommes ont un devoir envers les femmes, d'être sensible aussi à la différence de l'autre, et peut-être à la discrimination de l'autre.
- Speaker #2
Il n'y a pas que le... le fait qu'on pense qu'on est des folles, il y a aussi d'autres mouvements féministes. Je crois que ça s'appelle Nemesis. C'est des féministes blanches, mais elles sont féministes que pour les blanches.
- Speaker #1
Elles sont racistes.
- Speaker #0
C'est tellement contradictoire. Parce qu'elles se battent pour des droits, mais que pour une seule race. Elles veulent l'égalité avec les hommes, mais pas entre les couleurs. C'est très contradictoire.
- Speaker #2
Quand on est féministe, on est pour toutes les femmes, les voilées, les dénudes. Les blanches, les noires, tout le monde. Elles sont d'extrême droite, en fait.
- Speaker #0
Mais tu peux pas être d'extrême droite et féministe.
- Speaker #2
Bah, faut croire que si. Ok. C'est vrai, en plus, parce que l'extrême droite, ils sont contre l'avortement, des choses comme ça, et à côté, c'est vrai, ça n'a aucune cohérence.
- Speaker #3
Si j'ai posé cette question, c'est parce que je dois bien m'avouer que je n'ai pas tellement soulevé cet enjeu dans mon cours. Je n'ai pas imaginé, moi, que Zilia pourrait repartir au Pérou et laisser la France derrière elle à la fin du roman. Moi j'ai surtout insisté sur la perspective anticolonialiste du livre, quand même, puisque tout le début dénonce la violence des Européens venus détruire un temple inca et kidnapper des femmes, dont Zilia, pour la ramener de force en France. Puis, j'ai insisté sur la prise de conscience féministe progressive de Zilia. Il y a des passages très forts là-dessus, par exemple, un moment où un type s'approche d'elle dans un salon de la noblesse parisienne pour lui toucher les seins très directement, et elle le repousse violemment, ne comprenant pas la vulgarité de son geste. Elle le juge d'ailleurs moins instruit qu'elle à ce moment-là. On a aussi travaillé sur la fameuse lettre 34, dans laquelle elle dénonce frontalement l'éducation des femmes, profondément inégalitaire, la place du couvent dans leur formation, et puis la violence masculine à l'intérieur du mariage.
- Speaker #0
Lettre 34. Il m'a fallu beaucoup de temps, mon cher Azat, pour approfondir la cause du mépris que l'on a presque généralement ici pour les femmes. Enfin, je crois l'avoir découvert dans le peu de rapports qu'il y a entre ce qu'elles sont et ce qu'on s'imagine qu'elles devraient être. On voudrait, comme ailleurs, qu'elles usent du mérite et de la vertu. Mais il faudrait que la nature les fît ainsi. Car l'éducation qu'on leur donne est si opposée à la fin qu'on leur propose qu'elle me paraît être le chef d'œuvre de l'inconséquence française. On sait au Pérou, mon cher Azza, que pour préparer les humains à la pratique des vertus, il faut leur inspirer dès l'enfance un courage et une certaine fermeté d'âme qui leur forment un caractère décidé. On l'ignore en France. Dans le premier âge, les enfants ne paraissent destinés qu'au divertissement des parents et de ceux qui les gouvernent. Il semble... que l'on veuille tirer un honteux avantage de leur incapacité à découvrir la vérité. On les trompe sur ce qu'ils ne voient pas, on leur donne des idées fausses de ce qui se présente à leur sens et l'on rit inhumainement de leurs erreurs. On augmente leur sensibilité et leur faiblesse naturelle par une puérile compassion pour les petits accidents qui leur arrivent. On oublie qu'ils doivent être des hommes. Je ne sais quelles sont les suites de l'éducation qu'un père donne à son fils, je ne m'en suis pas informée. Mais je sais que... Du moment que les filles commencent à être capables de recevoir des instructions, on les enferme dans une maison religieuse pour leur apprendre à vivre dans le monde, que l'on confie le soin d'éclairer leur esprit à des personnes auxquelles on ferait peut-être un crime d'en avoir et qui sont incapables de leur former le cœur qu'elles ne connaissent pas. Quand elle parle des hommes, comment ils traitent leurs femmes, les relations dans le mariage, je crois qu'à un moment elle avait dit... Comme quoi les hommes, ils étaient vicieux. Et qu'ils pouvaient maltraiter leur femme comme ils voulaient, et qu'il n'y avait aucune répercussion. Alors que si c'était une femme juste qui veut être un petit peu elle-même, là les répercussions allaient être beaucoup plus lourdes. Que les hommes, ils pouvaient frapper leur femme, ils pouvaient aller voir de tous les côtés, il n'y aurait pas de scandale. Les garçons d'aujourd'hui, ils pensent que pour être un homme, il faut détester les femmes. Parce qu'être un homme pour eux, c'est être au-dessus d'elles. Donc être au-dessus d'elles, c'est les dénigrer, les rabaisser, et faire en sorte qu'elles soient toujours en dessous d'eux. Parce que leur idée d'être un homme, c'est de toujours être plus fort, gagner plus d'argent, et surtout vraiment les écraser. Pour eux, c'est une forme de force.
- Speaker #2
Moi, je pense que même ceux qui vont faire passer ça sous le coup de l'humour ou du sarcasme, quelque part, il y a aussi une forme de misogynie. Parce que la plupart du temps, Quand ils ont des discours sexistes, ils les ont en face d'une femme. Ils vont peut-être l'avoir entre garçons, entre hommes, mais lorsqu'ils le font en face d'une femme, le seul but, c'est de la faire sortir de ses gonds. Et pour moi, ça, ça revient au cliché de la femme est hystérique. Parce qu'ils savent pertinemment que ça va nous toucher, déjà en étant une femme, en plus nous, on est des femmes noires ici. Il y a plein de raisons, ils savent particulièrement que ça va nous toucher. On va avoir une certaine réaction et c'est pour ça qu'ils le font. Et juste le fait de vouloir nous énerver, c'est sexiste.
- Speaker #0
Ça les anime de vraiment nous voir nous énerver parce que ça montre une supériorité en fait.
- Speaker #2
Sur les discours masculinistes, la plupart du temps, ils sont très violents dans leurs propos. Ils essayent de descendre les femmes, etc. Et moi, je vois une réaction féminine de notre côté qui n'est pas forcément la bonne, je pense. C'est très dur de se contenir, c'est d'agir de la même manière en fait, de les insulter de tous les noms, de les rabaisser entre nous, de les... Enfin, inconsciemment on fait la même chose, inconsciemment ou pas,
- Speaker #0
et je suis persuadée que c'est pas la bonne manière, mais c'est très dur de contenir ça en fait. Parce qu'en fait leur idée de masculinité, c'est encore une fois d'écraser les femmes, donc de repousser on va dire tout ce qui peut les rapprocher d'elles. En gros ils sont juste immatures.
- Speaker #4
Un brin beau.
- Speaker #3
Ce qui est aussi hyper moderne dans les lettres d'une péruvienne, c'est la fin. Donc oui, c'est vrai, elle se francise, mais elle adopte un mode de vie digne de 2026 en France. En gros, je vous spoil la fin du roman. Zilia, au début, est complètement perdue dans ce nouveau continent. Puis, on l'a déjà dit, elle apprend à lire, à écrire. Elle devient une fine analyste de la société française, une philosophe des Lumières. Et quand finalement, elle apprend que son amant, Asa, l'a oublié et l'a quitté pour une Espagnole, il finit enfin par lui envoyer une lettre pour l'en informer, elle décide, elle, de renoncer au couple, de renoncer à l'amour, de vivre uniquement de ses amitiés. Donc là, elle recadre définitivement d'Etherville, l'aristocrate qui est fou d'elle pendant tout le livre. Et elle décide surtout de passer tout son temps dans sa maison à la campagne, seule, au milieu de ses livres.
- Speaker #1
Lettre 38 Vous craignez en vain que la solitude n'altère ma santé. Croyez-moi d'Etherville, elle ne devient jamais dangereuse que par loisiveté. Toujours occupée, je saurais me faire des plaisirs nouveaux de tout ce que l'habitude rend insipide. Sans approfondir les secrets de la nature, le simple examen de ses merveilles n'est-il pas suffisant ? Pour varier et renouveler sans cesse des occupations toujours agréables ?
- Speaker #0
La vie suffit-elle pour acquérir une connaissance légère mais intéressante de l'univers, de ce qui m'environne,
- Speaker #1
de ma propre existence ? Le plaisir d'être, ce plaisir oublié, ignoré même de tant d'aveugles humains. Cette pensée si douce, ce bonheur si pur, je suis, je vis, j'existe. Pourrait seul rendre heureux si l'on s'en souvenait, si l'on en juçait, si l'on en connaissait le prix. Venez d'Etherville. Venez apprendre de moi à économiser les ressources de notre âme et les bienfaits de la nature. Renoncez aux sentiments tumultueux, destructeurs, imperceptibles de notre être. Venez apprendre à connaître les plaisirs innocents et durables. Venez en jouir avec moi. Vous trouverez dans mon cœur, dans mon amitié, dans mes sentiments tout ce qui peut vous dédommager de l'amour.
- Speaker #3
Ces mots de Zilia que vous venez d'entendre clôturent les lettres d'une Péruvienne. Ils ont été écrits en 1748 et ils m'ont vraiment fait penser au texte de Lorraine Bassit qui est paru en octobre 2025, « Enfin seule » . C'est un essai autour de la solitude comme horizon féministe, comme la promesse d'une émancipation et d'une redécouverte de soi à son propre rythme. Il faut apprendre à être solide dans nos solitudes. Embrasser l'angoisse existentielle de la solitude quand en tant que femme, Ou peut-être qu'en tant qu'humain, puisque tout humain, quel que soit son genre, est un ex-enfant, nous sommes appelés à ressentir. Il faut la laisser vivre, nous traverser et s'installer en nous sans la traquer. Et une fois que cette peur de ne jamais être suffisamment bien aimée est là, bien calée dans un coin, nommée, désignée, et dès lors moins menaçante, il se produit un basculement. On prend conscience que la possibilité d'une acceptation absolue de soi-même existe quelque part dans nos propres yeux. Entrer en enfin solitude, c'est devenir sa propre mère suffisamment bonne. C'est intérioriser la certitude que je peux aller jouer, m'oublier un instant entre les bras d'une autre personne, entrer dans une bulle de fusion avec un camarade de jeu, pour retrouver ensuite, lorsque j'aurai fini de jouer, l'amour que je me porte à moi-même. Je peux oublier un instant que j'existe, cela ne m'empêchera pas de revenir à moi. Mes moments de solitude, plutôt que des séances de torture infligées à moi-même ou de punition, imposées aux autres, sont devenues des occasions inespérées d'entrer en dialogue avec moi. Enfin seule, de Lorraine Bastide.
- Speaker #4
Ce livre se distingue vraiment des autres parce qu'elle veut être indépendante. Elle n'a pas besoin d'un homme pour être heureuse. Et c'est rare de trouver des livres comme ça. Et c'est ça que j'ai aimé. Par exemple, j'ai lu un livre parce que je déteste la Corée. C'est le livre que j'ai étudié pendant les vacances. Et j'avais cette rage parce que Kéna, elle avait toujours ce besoin d'un homme pour évoluer. Et elle, elle évolue, mais en s'instruisant, en lisant, en apprenant la langue. Elle évolue petit à petit en se renseignant elle-même. De base, elle n'habitait pas en France. Et elle a su se débrouiller. Ce n'est pas vraiment débrouiller toute seule, mais elle a su évoluer. Malgré le fait qu'elle était étrangère.
- Speaker #0
Et c'est ça que j'ai aimé chez elle. Et ça m'a donné un peu confiance en moi, sur le fait que, voilà, tu peux rester avec la toute seule et tout.
- Speaker #1
Elle met l'amitié au-dessus de tout. Elle compte ni vivre en quelconque amour, ni se marier. Elle se retire un peu du monde, elle ne veut pas vivre dans l'extravagance à la française, malgré le fait qu'elle soit maintenant francisée. Et voilà. Je pense que si c'était beaucoup plus réaliste et beaucoup moins fictif et que c'était vraiment une femme péruvienne qui est arrachée à sa terre pour être en France, elle l'aurait vécue différemment. Même le fait que d'Etherville, quand chez la rencontre, il tombe amoureux d'elle et il soit super doux avec elle, je pense surtout qu'à cette époque-là, s'il tombait amoureux d'elle, il aurait fait des choses de force avec elle et pas l'accueillir, lui offrir plein de choses, le présenter à sa famille et accepter son refus.
- Speaker #2
Moi, je trouve qu'à la fin, elle finit juste... Bah française en fait. Parce que quand on voit qu'à la fin, Aza, l'homme avec qui elle était censée se marier, dont elle était amoureuse, même dans tout le livre, elle faisait que de lui envoyer des lettres, à partir du moment où, on va dire, elle a laissé tomber, quand elle a appris qu'il ne voulait plus d'elle, c'est comme si elle avait aussi laissé de côté son passé de périgène en fait. Je ne sais pas comment expliquer, mais c'est comme ça que je l'ai interprétée. parce qu'à la fin, elle se concentre sur le fait d'être philosophe, mais philosophe du côté des... De la France en fait, parce qu'elle parle du roi, de la société là-bas. Et on ne voit plus qu'elle parle de sa vie d'avant, de son pays natal, d'Aza. En fait, le lien qu'elle avait avec Aza, moi je pense que ça ne représentait plus ce lien qu'elle voulait garder avec sa maison, là d'où elle vient en fait. Et le fait qu'à la fin, Aza soit éloignée d'elle, ça éloigne ses origines aussi. Et elle finit vraiment française.
- Speaker #3
Elle méprise un peu l'amour. Elle dit qu'elle n'a plus tellement besoin d'amour et qu'elle met en haut l'amitié.
- Speaker #1
C'est pour ça que dans la dissertation qu'on a faite en cours, à la fin, j'ai essayé de faire une ouverture. Je ne sais pas si c'est une bonne. J'avais dit, est-ce que Zilla, c'est une représentation féministe ou plutôt misandre ?
- Speaker #2
Oui, parce que je trouve que c'est grave de stéréotyper un peu la fin. Le fait que c'est une femme, elle finit indépendante, elle ne veut pas se marier, elle freine zone un peu. Comment ça s'appelle ? En gros, elle finit seule, comme ça. Genre, le fait que pour être heureuse, il faut forcément finir toute seule, avec seulement ses amis, et finir la tête dans des livres. Je trouve qu'elle aurait pu finir heureuse d'une autre manière. C'est bien qu'elle trouve sa passion. Franchement, c'est bien. Elle trouve sa passion, elle sait qu'elle veut faire ceci, cela. Mais il n'y a pas que ça pour une femme. Si on voit Céline, elle est heureuse, elle est mariée, et tout. En fait,
- Speaker #1
c'est comme d'habitude, on oppose tout le temps soit la femme qui est mariée, qui a des enfants, qui est dans sa maison, tout ça, avec un chien et je sais pas quoi. Et de l'autre côté, la femme, elle est plongée dans des livres, elle est seule avec des Ausha. C'est toujours ces deux alternatives-là. Il n'y a pas un entre-deux, il n'y a pas une autre... C'est toujours ça. Comme fin, en vrai, elle aurait pu demander à Detervie de la ramener au Pérou.
- Speaker #3
C'est plus compliqué. Être une meuf indépendante et féministe aujourd'hui,
- Speaker #1
ce serait quoi pour toi ? Aujourd'hui, je pense que c'est surtout avoir l'indépendance financière. Après, il y a d'autres formes d'indépendance. Juste le fait d'aimer sa propre présence, de pouvoir faire avec si on est toute seule, de savoir payer des factures ou je ne sais pas, des trucs comme ça. Mais avant tout, je pense que c'est l'indépendance financière.
- Speaker #2
C'est juste, avant tout, pouvoir avoir nos droits. Enfin, avoir le droit de choisir, de pouvoir être seule ou vouloir se marier, ne pas travailler ou juste vouloir travailler. C'est pouvoir avoir le choix en fait. Mais j'ai pas envie d'être isolée avec... Non.
- Speaker #1
Avec un homme ? Oui.
- Speaker #2
Ah ouais,
- Speaker #1
horrible.
- Speaker #2
J'ai pas envie, je préfère être seule. Ça m'attire pas. Je trouve que déjà le mariage, je trouve que c'est juste une cage. Je trouve que ça me mettrait en cage de me marier. Et même avoir une famille, je trouve ça beau. Vraiment, j'aime bien. Moi, faut pas croire que j'aime pas les enfants. J'aime bien les enfants, je les aime beaucoup. Mais en avoir, c'est... Non. J'ai pas envie parce que je trouve que ça... Ça va me freiner, ça va m'empêcher de faire des choses que je veux faire. Et je préfère penser à moi et qu'on pense que je suis égoïste plutôt que faire quelque chose que je sais qu'après je vais finir par regretter plein de choses et être malheureuse et tout, j'ai pas envie.
- Speaker #1
Moi par exemple, dans mon cas, j'ai envie d'être avocate. Et j'ai envie d'être reconnue dans le droit. Que quand on me dise Améga, on me dise « Ah c'est l'avocate, tout ça » . Mais à partir du moment où je vais potentiellement me marier et prendre mon nom de famille. de quelqu'un d'autre ou même mélanger les deux, il y aura cette petite perte. Et je sais que quand on va me présenter aux autres, ça va être la femme avocate d'eux. Et ça ne va juste pas être l'avocate. Le statut de mon mari, moi déjà de base, je ne veux pas de mari. Mais si j'en ai un, au moins qu'il soit d'un bon statut. Mais j'en veux pas. Mais par contre, je veux des enfants. Mais justement, je m'étais posé la question, est-ce que pour qu'un enfant soit heureux, il faut forcément qu'il ait la figure de deux personnes qui l'aiment ? Et j'ai vraiment fait des recherches. Et il n'y a aucune donnée, aucun chiffre qui prouve qu'il faut forcément deux personnes pour que l'enfant, il se sente bien, etc. Du coup, je voulais dire ça. Et aussi le fait que... T'avais dit quoi sur les enfants ?
- Speaker #2
Que ça peut être un frein. Ce dont j'ai peur, c'est de pas assez les aimer. Ah oui, ce que je voulais dire... J'avais trop peur de... deux secondes, ça me fait super peur déjà l'accouchement c'est ma phobie, je peux pas ça me fait super peur et déjà imaginer que l'enfant sort de moi et qu'après j'arrive pas à l'aimer ça me fait super peur parce que je me dis le pauvre, si j'arrive pas à l'aimer je fais comment ? Parce que je dois l'élever je peux pas le laisser, ça me ferait trop mal au coeur mais si j'arrive pas à l'aimer autant que je devrais aimer un enfant, je peux pas je préfère me dire que je vais aller bien mentalement et tout et vraiment me dire que je suis prête à le faire Plutôt que de le faire sur un coup de tête parce que tout le monde dit qu'il faut avoir un enfant. Ça, je ne peux pas. Parce que l'enfant, il ne mérite pas ça. Un enfant, c'est tellement précieux. C'est plein d'amour. Je ne vais pas vous parler, mais c'est horrible. Ce serait trop horrible. Moi,
- Speaker #1
je veux juste dire que la principale peur que j'ai, si j'ai un enfant, c'est que, en fait, la plupart du temps, peu importe la génération, les parents transmettent leur traumatisme, leurs limites, leurs rêves, et tout ce qui en suit à leur enfant. Comme s'il projetait un sorte de clone à la perfection. Et j'ai peur de faire ça inconsciemment. Je sais que je ne le ferai jamais à une ampleur, parce que je me connais un minimum, je sais que je ne vais pas être une mère profondément mauvaise, mais j'ai quand même peur que, par exemple, chez moi, il y a des choses que, même sans m'en rendre compte, je ne les ai pas guéries, des cicatrices qui sont encore ouvertes, et que je vais le projeter sur mon enfant, et que ça va le freiner, que ce soit peu ou beaucoup. Et du coup, je trouve ça égoïste de faire un enfant. Déjà si on n'a pas les moyens financiers, surtout actuellement, et d'autant plus si on ne s'est pas parfaitement construit, qu'on est à l'apogée même de la personne. Parce que pour les parents aussi, c'est leur première vie, c'est normal qu'ils fassent des erreurs, c'est normal. Même que ce soit leur premier, deuxième enfant, c'est normal. Mais je trouve qu'il y a des choses qu'il faut absolument éviter pour le moins faire endurer à l'enfant une vie...
- Speaker #2
J'ai peur de toi.
- Speaker #1
Ouais, qu'il ait peur de toi et une vie qu'il ne désire pas, en sachant qu'il n'a pas de mandat à naître déjà.
- Speaker #3
Vous avez l'impression juste d'avoir, vous, hérité des cicatrices de vos parents ? Oui. Oui,
- Speaker #0
moi beaucoup, je vous promets. Par exemple, ma mère et mon père, ils sont divorcés. Et leur divorce, c'est... Ma mère était enceinte de moi, et c'était l'une des raisons pour laquelle ma mère a divorcé avec mon père. Et moi, je pense... En fait, depuis que je suis petite, j'ai toujours eu ce manque d'infection et j'ai toujours gardé ces émotions-là. Par exemple, je ne parlais pas du fait à ma famille que j'étais en manque d'infection, je me sentais un peu vide à chaque fois. Parfois, ça m'arrive et parfois, ça fait du bien d'avoir un père, je trouve. Je ressens ce manque, j'ai l'impression.
- Speaker #3
Notre discussion autour des lettres d'une Péruvienne a bifurqué, comme vous pouvez l'entendre. C'est toujours bouleversant, quand on est prof, d'entendre la voix intime de ses élèves. Cette voix, je n'ai pas toujours le temps de l'écouter, de la saisir vraiment quand le flot des cours se succède. Alors voilà ce à quoi a servi mon micro. Prendre le temps, tendre l'oreille pour de vrai. Et puis voilà aussi ce à quoi sert un livre. Réfléchir à nos émotions, à nos vies, à nos liens. S'autoriser à être open book finalement, grâce aux histoires des autres. Et j'ai adoré ouvrir mon micro... et les livres avec Awa, Rayana, Natacha, Tiara et Ousnen. Et je les remercie d'avoir joué le jeu. Je vous remercie aussi, tous et toutes, pour votre écoute de ce numéro spécial d'Open Book. J'espère qu'il vous a plu et que vous aurez envie de le partager autour de vous. Vous venez d'écouter Open Book, un podcast produit par Agathe Le Taillandier et Constance Parpoil. Il a été tourné dans un lycée de Saint-Denis avec mes élèves. réalisé et mixé par Lola Glowowski avec une musique originale de PR2B. L'illustration est de Caroline Perron. Nous remercions tous nos premiers soutiens sans qui ce podcast n'aurait pas pu voir le jour. Charlie, Saïd, Chantal, Lucie, Armel, Dominique, Marie, Vincent, Juliette, Gilles, Isabelle et Grégoire. Si vous avez aimé cet épisode, partagez-le autour de vous. Mettez des étoiles sur les applications, parlez-en, on a toujours besoin de vous. Et vous pouvez suivre notre compte Instagram OpenBook pour suivre les coulisses du podcast et toute son actualité. Merci pour votre écoute et je vous dis à très vite.