- #Agathe Le Taillandier
Bienvenue dans OPEN BOOK, le podcast qui plonge dans les livres. pour réinventer nos vies ensemble. Chez moi aujourd'hui, Johanne Rigoulot. C'est l'autrice de La vie continuée de Nelly Arcan, une biographie-récit à la première personne que j'ai trouvée passionnante et qui pose pour moi une question à laquelle j'ai très envie qu'on réponde ensemble. Peut-on être à la fois une femme brillante et triste à crever ? La femme brillante en question, c'est Nelly Arcan, une écrivaine québécoise géniale qui était aussi escort girl, elle écrivait beaucoup sur le sexe et sur les rapports de domination homme-femme. Elle s'est suicidée jeune, à 36 ans, et donc elle a laissé que quelques livres. Et surtout, et c'est aussi ça dont on va parler aujourd'hui, son écriture est magnifique. Elle a un côté trash, très poétique et mélancolique à la fois. Je me souviens avoir pleuré en la découvrant, surtout en lisant Folle, dans lequel elle dissèque une relation amoureuse et les obsessions dans lesquelles ça la plombe. Donc, Joanne Rigoulot fait son portrait à travers une enquête précise, et je trouve qu'elle l'a fait hyper bien revivre dans son livre. Et à travers ce récit, elle parle d'elle-même, de ce que c'est qu'appartenir à une lignée de femmes, à un corps de femmes, ce que c'est qu'écrire et raconter la vie de quelqu'un. Je vous propose de les rencontrer toutes les deux, Nelly Arcan et Johanne Rigoulot, à la maison. OPEN BOOK, c'est maintenant. C'est parti. On va commencer peut-être déjà tout de suite pour nos auditeurs et nos édifices qui ne connaissent peut-être pas forcément Nelly Arcan. Tu écris ce livre « La vie continuée de Nelly Arcan » rapidement. Qui est Nelly Arcan et surtout, comment toi tu la découvres ?
- #Johanne Rigoulot
C'est en 2001, donc voilà, j'ai 26 ans et je la découvre sur un plateau d'Ardisson. Si tout le monde en parle, c'est une fille qui a mon âge, grosso modo est 73. Elle a été escorte à Montréal. Elle en a tiré un livre. qui s'appelle Putain, qui sort en France en septembre 2001. Et elle passe sur ce plateau d'Ardisson, et elle fait une prestation qui est assez admirable, c'est-à-dire, elle est vraiment ultra costaude.
- #Agathe Le Taillandier
Effectivement, c'est une séquence télé qui est devenue assez connue. On va la décortiquer ensemble, parce que c'est vrai que c'est devenu presque un peu symbolique aussi, et de la méthode d'Ardisson, et aussi du personnage de Nelly Arcan. Elle vient pour Putain, tu l'as dit rapidement, qu'elle a écrit en 2001. C'est son premier livre. Elle est québécoise, elle vient en France présenter ce texte qui est un texte qui nous partage le quotidien d'un personnage principal qui est un jeu, qui s'appelle Cynthia dans le livre, qui est peut-être effectivement un miroir de Nelly Arcan, puisque c'est une escort girl qui raconte sa relation au client, à sa mère qu'elle méprise profondément dans le texte, à son père qui est un coureur de jupons. Je résume rapidement le texte pour les celles qui ne l'ont pas lu. Et c'est aussi un texte dans lequel elle raconte le face-à-face avec un psy. À qui aussi elle livrerait toutes ses interrogations et ses réflexions autour de ce métier et autour de son quotidien. C'est un livre très cash, c'est un livre qui est une sorte de logoré aussi, très poétique. Et donc elle est invitée pour ce livre-là. Et donc toi tu la découvres derrière ton écran, sur ce plateau télé.
- #Johanne Rigoulot
Elle est habillée très proprement ce jour-là. C'est assez étonnant, elle a une chemise bleue, bleu pâle. Elle a une petite croix, ce qui n'est pas anodin, une petite croix catholique autour du cou. Elle a les cheveux... En chignon, elle ressemble à Tippi Hedren dans Les oiseaux d'Hitchcock. Et elle fait une prestation vraiment remarquable, parce que ce n'est pas évident, on est en 2001. C'est l'époque, soi-disant, où la mode va... C'est ce que dira d'ailleurs une comédienne qui est présente sur le plateau, ces femmes qui parlent de leurs problèmes de sexualité. C'est assez troublant, parce que ce qu'elle évoque à ce moment-là, ce ne sont pas du tout des femmes qui parlent de leurs problèmes de sexualité, ce sont des femmes qui racontent à travers la sexualité les systèmes de domination homme-femme. Donc, quand on dit ces femmes... C'est un peu une réunion façon musique du monde au rayon de la FNAC. C'est des femmes qui n'ont rien à voir les unes entre les autres, qui souvent ne s'aiment pas d'ailleurs. C'est Christine Angot, c'est Catherine Millet qui fait à l'époque un tabac avec son livre La vie sexuelle de Catherine M. Il y a Despentes qui est quand même un petit peu à part et Yann Eliarcan.
- #Agathe Le Taillandier
Et en fait on leur met une étiquette écriture du sexe quoi.
- #Johanne Rigoulot
Écriture du sexe, c'est sur des femmes. Toutes ces femmes qui écrivent sur le sexe.
- #Agathe Le Taillandier
Qui racontent, voilà, alors qu'effectivement dans les noms que tu viens de donner, on a donc des récits très très différents. Donc revenons à celui de Nelly Arcan qui est quand même hyper particulier.
- #Johanne Rigoulot
Qui est très singulier parce que pour moi elle est presque poétesse en fait dans Putain. Et elle arrive ce jour-là déjà à tenir tête. aux gens c'est assez épais un plateau d'art dix ans dans les années 2000 et elle arrive à tenir tête tout ce qu'on lui dit sur le côté c'est à dire la comédienne qui lui dit abandonné mais moi j'ai pas envie d'écouter sa liba écouter les coûts c'est pas obligé de le lire il ya des choses comme ça sans même la regarder elle mène de front vraiment cette interview elle arrive à lire sur le plateau ce qui est pas évident pour quelqu'un qui écrit de savoir lire elle lit vraiment admirable son texte qui est quand même très cru parce qu'évidemment on a on a pris les les moments les plus hardcore. Et ça se termine par une espèce d'interview flash, je ne sais plus comment ça s'appelle, mais il y a un face-à-face, des questions rapides. Et là, je pense qu'elle laisse retomber la pression. Et là, on lui pose des questions hyper basiques. Qu'est-ce qu'il y a de plus attirant chez vous ? Et qu'est-ce qu'il y a de moins attirant ? Et là, c'est fascinant parce qu'elle panique. Elle panique complètement. Elle dit, je ne sais pas. Et là, il y a Ardisson qui fait, moi, je sais. Et pour quelqu'un qui vient de raconter face caméra pendant les dix minutes qui lui ont été accordées, combien elle a besoin d'exister, combien elle a besoin d'être désirée, combien elle a besoin d'être l'unique, parce que si elle n'est pas l'unique, elle meurt, là, elle est dans une panique totale. Elle dit « mais dites-moi, mais dites-moi, mais dites-moi » .
- #Agathe Le Taillandier
C'est une angoisse en fait. C'est une angoisse viscérale qui fait naître. Existentielle, qu'on voit vraiment à l'écran.
- #Johanne Rigoulot
Et là, il traverse le plateau, il fait semblant de lui dire à l'oreille... Votre accent, ça fait débander tout de suite.
- #Agathe Le Taillandier
Parce qu'elle a un accent québécois.
- #Johanne Rigoulot
Elle a un accent québécois effectivement très marqué. Il dit non mais on ne parle plus comme ça depuis le 17e siècle. Et là, elle disparaît.
- #Agathe Le Taillandier
Donc toi, tu es face à les parents, tu la découvres.
- #Johanne Rigoulot
Et moi, je ne suis pas plus féministe que le monde à l'époque. C'est-à-dire que moi, j'ai grandi dans un monde viscéralement misogyne. Quand je dis moi, pas que moi. Quelqu'un qui est né dans les années 70 est né dans un monde... de la suprématie de l'homme, ni plus ni moins. Donc, cette fille qui a fait la fille, d'une certaine manière, qui s'est prêtée à Jolin sur ce plateau, je ne vais pas aller la lire. Je lis d'autres femmes malgré tout à l'époque.
- #Agathe Le Taillandier
Tu n'as pas une empathie spéciale pour elle ?
- #Johanne Rigoulot
Je me rappelle avoir eu de l'empathie pour des choses qui vont plus... Je me rappelle d'Anna Mouglalis qui était passée là-bas, et vraiment, il avait été abject, ce présentateur. Mais elle, j'ai l'impression qu'elle a joué, elle a perdu. Et en fait, ma rencontre avec elle va avoir lieu finalement une petite année plus tard, un jour où j'interview une ancienne prostituée et qu'elle me révèle des choses sur la réalité de la condition. Elle, elle a été escorte, c'est-à-dire pour le dire simplement, effectivement, une prostitue de pub. Enfin, pas quelqu'un qui allait tapiner dans la rue, mais quelqu'un qui vendait ses prestations sexuelles de manière un peu plus sécurisée. Et on parle de pas mal de choses. C'est elle qui va me faire lire Gisèle Halimi, c'est elle qui va me faire lire beaucoup de choses que je connaissais, mais que je n'aurais pas eu forcément l'idée de lire à ce moment-là. Et qui me met, d'une certaine manière, en fait, de ces conversations, qui me met sur la voie d'Annie Hercan. Et je me rappelle lui avoir dit « Mais c'est intéressant, ça ! » Et elle me dit « Mais c'est la réalité de ce que c'est que la prostitution. » Et c'est étonnant parce que, effectivement, je sors de ce rendez-vous et je vais acheter putain. Et là, je suis sidérée de ce que je découvre, en fait. Qu'est-ce que tu découvres ? Je découvre une écrivaine. C'est vraiment une espèce de prose stylistiquement assez admirable. Le lire, c'est une petite épreuve physique, je trouve, parce qu'il y a quelque chose, on sombre avec elle dans quelque chose d'assez noir, d'assez désespéré, et en même temps, il y a beaucoup de vitalité dans son écriture. Donc, c'est pas un bouquet de plage, grosso modo.
- #Agathe Le Taillandier
Dans ce que tu dis, effectivement, il y a vraiment l'idée d'une épreuve physique à la lecture. C'est Ovidie, l'autrice Ovidie, qui disait, je l'avais interviewée aussi autour de Nelly Arcan, parce que c'est une grande fan de Nelly Arcan, et elle disait, j'ai l'impression qu'elle suffoque en écrivant. que donc du coup nous aussi en tant que lectrice on suffoque. Je ne sais pas mais en même temps cette manière d'en parler m'avait donné très envie de la découvrir parce que c'est vrai que c'est une expérience physique en fait. Ce ne sont pas tous les livres qui nous embarquent dans quelque chose de charnel et de physique. À la fois c'est dur, je vois ce que tu veux dire, et en même temps on est comme embarqués dans cette prose et donc on va lire quelques lignes après parce qu'il faut évidemment la faire entendre, mais qui est effectivement violente mais très charnelle.
- #Johanne Rigoulot
Mais je pense qu'elle avait effectivement, je pense qu'elle avait une grande sensualité, qui avait une manière... très animale en fait d'écrire et c'est marrant parce que en même temps il ya quelque chose d'hyper intellectuelle dans sa manière d'appréhender l'écriture. Donc c'est quand même effectivement une union entre deux dimensions a priori antinomiques. Mais de toute manière, tout et son contraire, ça va bien à Nelly Arcan. C'est quelque chose auquel je reviens souvent la concernant, c'est-à-dire qu'elle est toujours dans une espèce... On a l'impression qu'elle incarne elle-même sa propre adversité. C'est très troublant. C'est intéressant ce que tu dis sur Robilly qui parle de suffocation parce que finalement, est-ce qu'il y a un endroit où il y a plus de vitalité que dans une suffocation ? Quelqu'un qui va chercher l'air, c'est un peu ce qu'on retrouve dans ses textes.
- #Agathe Le Taillandier
Exactement ça. J'ai l'impression qu'en fait, elle resserre l'espace de l'écriture pour nous faire chercher l'air. Mais donc du coup, pour nous faire chercher la vie. Il y a vraiment ce mouvement-là dans son écriture.
- #Johanne Rigoulot
Totalement. Et c'est d'une force... Elle va vraiment à l'os, même sur ses structures grammaticales. Elle joue, elle a une langue, et elle a une langue qui évolue, en fait, de livre en livre. Et je ne dirais même pas que ça s'améliore, parce que ce n'est pas la question. C'est une langue évolutive. Elle va essayer des choses, de livre en livre, en passant la narration à la troisième personne, et en s'autorisant beaucoup de choses. En fait, c'est quelqu'un qui s'autorise. C'est assez troublant.
- #Agathe Le Taillandier
Voilà pourquoi je vis seule, qu'il n'y a pas d'homme dans ma vie. que je ne suis pas chez moi à attendre qu'il rentre du travail, à lui préparer le souper, à planifier les vacances d'été. Non, je préfère le plus grand nombre, l'accumulation des clients, des professeurs, des médecins et des psychanalystes, chacun sa spécialité, chacun s'affairant sur l'une ou l'autre de mes parties, participant au sain développement de l'ensemble. Un seul homme dans ma vie serait dangereux, trop de haine en moi pour une seule tête. J'ai besoin de la planète, de l'étendue du genre humain. Et puis d'ailleurs, que pourrais-je lui offrir ? Rien du tout, le prolongement de ma mère, Un cadavre qui sort de son lit pour pisser, pour exhiber son agonie dans le va-et-vient entre le lit et la salle de bain. Il n'y aurait rien à lui offrir, et lui non plus d'ailleurs. Rien qu'il puisse m'offrir. Il ne pourrait que m'interroger de son regard, chercher en moi quelque chose à quoi s'accrocher, quelque chose de vivace qu'il pourrait repérer à distance, comme le duel des mains sur les cuisses de ma mère, sa manie de larvée qui parle au bout des doigts. Oui, cet homme se tiendrait sur le pas de la porte, à chaque instant sur le point de s'en aller. Il me quitterait dans sa façon de remettre à plus tard son départ. Et un jour, ce serait le bon, celui sans retour à la perspective qui me quitte, et ce jour-là, le vide qui m'habite grandirait démesurément, un dernier coup porté au néant qui éclaterait enfin, trouvant une issue et s'étendant aussi loin que possible, jusqu'aux limites de ce monde duquel je me suis toujours exilée, volontairement ou presque, n'ayant jamais été appelée aussi peu que par mes clients peut-être, pour si peu, presque rien, pour un plaisir douloureux comme arraché à leur sexe fatigué. Moi, ce qui me bouleverse, je trouve que c'est quand même un condensé de tout putain. Ce qui est beau et ce qui me touche hyper fort dans ce texte, c'est vraiment à la fois son grand désir d'aimer et en même temps son impossibilité à aimer. Et je trouve qu'elle décrit en quelques lignes l'angoisse aussi que ça peut être de laisser quelqu'un rentrer dans sa vie.
- #Johanne Rigoulot
Je pense que ce qui est plus grand que son besoin d'être aimé, c'est sa peur d'être abandonné, je dirais. La personne que j'ai approchée par le biais des gens qui l'avaient fréquentée, était d'une infinie douceur. Il y a beaucoup de choses qui m'ont frappée. Moi, ce qui m'a le plus touchée, c'est quand on parlait de sa gentillesse. Elle essayait de le dire souvent. Vous savez, moi, je suis quelqu'un de gentil. Et manifestement, elle était vraiment très gentille. Ça, ça m'a beaucoup touchée. Parce qu'elle a une écriture qui est très dure. Et très violente. C'est ça.
- #Agathe Le Taillandier
Dans ce qu'on vient d'entendre, il y a une violence dans chaque mot.
- #Johanne Rigoulot
Oui, il y a de la violence dans chaque mot. Et comme elle parle beaucoup de sa rivalité aux autres femmes, ce n'est pas quelque chose qu'on soupçonne. Parce qu'il y a quelque chose d'assez... brutale, en fait, là-dessus. C'est vraiment pas une époque où la sororité faisait sens. Et il y a cette phrase qui m'a beaucoup touchée, quand un ami à elle m'a dit, mais quel dommage que vous ne soyez pas rencontré, vous êtes croisé à peu de choses. Et je lui dis, mais j'aurais été trop inhibée. Elle est tellement puissante, en fait, quand elle écrit. Je le dis avec une totale humilité. Moi, je trouve ça très confortable qu'elle soit morte pour aller lui faire les poches. Franchement, parce que elle, vivante, j'aurais jamais osé écrire sur elle. qu'elle aurait détesté ce que j'étais en train de faire quand j'allais sur ses traces. Parce que c'est un peu comme piquer la robe de quelqu'un, je trouve. Il y avait un truc d'aller là où elle était allée. Moi, mon aventure la plus intime avec elle, vraiment intime, paradoxalement, c'est les nuits que j'ai passées à l'Ague Mégantique dont elle vient. Et là, j'ai vraiment eu l'impression d'arriver à une intimité avec quelqu'un qui ne l'avait pas forcément consentie. Parce que s'il y a un endroit où j'ai rencontré Néline Arcand, c'était là. D'ailleurs propre comme en figuré, puisque effectivement, c'est là qu'elle est enterrée. Et c'est un endroit où vont finalement peu de gens. Et c'est vrai que c'est une tombe qui m'a bouleversée, vraiment bouleversée pour le coup, parce que c'est un bel endroit. Et puis, c'est un endroit dans les forêts, la lisière de la forêt est la route nationale et avec beaucoup de traces d'animaux. Donc ça, ça m'a beaucoup émue parce que je me suis dit qu'elle devait être pas mal là-bas.
- #Agathe Le Taillandier
On a parlé de Putain qui est son premier livre et elle écrit Folle ensuite en 2004, donc quelques années plus tard, dans lequel elle raconte sa relation. avec un homme dont elle est folle amoureuse, dont elle est obsessionnelle. Et moi, il y a des pages qui m'ont vachement marquée. C'est des pages dans lesquelles elle raconte son avortement. Et en fait, c'est tout un passage où elle hésite à avorter. Elle a l'impression aussi que justement, être enceinte à ce moment-là, ça lui donne une forme de puissance sur l'homme qu'elle aime. Et en même temps, elle est vraiment dans ce tiraillement. Et franchement, je n'ai jamais lu, déjà j'ai très peu raconté l'avortement en littérature. On pense à l'événement d'Annie Arnault. Et là, vraiment, c'est... Je pense que ça va parler à beaucoup de femmes qui ont fait ce choix-là à un moment donné. Je ne sais pas comment le dire, mais elle arrive vraiment à une forme d'essence même de l'expérience dans ces pages-là.
- #Johanne Rigoulot
C'est marrant parce que, très simplement, moi qui n'ai pas traversé cette épreuve-là, ce ne sont pas du tout les pages qui m'ont le plus marqué.
- #Agathe Le Taillandier
Oui, c'est intéressant. Et c'est intéressant de voir comment les livres aussi viennent nous accrocher à des épreuves de soi.
- #Johanne Rigoulot
C'est assez troublant, effectivement. Ce que tu me dis, ce qui est marrant, c'est que la manière dont ton... parle et résume quand même très bien les choses, c'est-à-dire qu'elle ne voit la possibilité de cet enfantement qu'à travers quelque chose qui est complètement auto-centré, qui est le fait de gagner de la puissance par rapport à l'homme.
- #Agathe Le Taillandier
Et qui du coup est comparé à son désir.
- #Johanne Rigoulot
Totalement. Et il n'y a pas du tout le désir de l'enfant en tant que tel, c'est-à-dire de l'autre, de l'altérité. Et ça, c'est vraiment quelque chose quoi qu'il en soit, moi, par ailleurs, qui m'émeut énormément chez elle. Parce qu'on renvoie malgré tout toujours, mais bon, c'est une porte ouverte, mais on renvoie quand même toujours les écrivaines à la question de la maternité, dans la création. Comme s'il y avait un territoire sacré de l'écriture qui le rendait d'une certaine manière impropre ou peu conciliable avec l'enfantement, effectivement. Dans mon cas personnel, l'arrivée de l'enfant a été, je ne sais pas d'autres termes, ça a été un tsunami. Parce que j'étais plus seule. Et pour moi, j'en ai quand même parlé avec quelques femmes qui écrivaient et moi je trouve qu'il y a vraiment un tabou là-dessus. Moi je le ressens comme ça. Aujourd'hui on en parle beaucoup plus. Moi j'ai eu ma fille en 2007. Mais j'aurais aimé qu'on me dise simplement que ça allait à un moment donné, que j'allais retrouver cette solitude. Parce que c'est le cas en fait aujourd'hui. Et c'est venu très rapidement en fait. J'ai dû faire le deuil de quelque chose Euh... Ça a été hyper violent, parce que pourtant, vraiment, Dieu sait que c'est un enfant désiré, mais ça a été une angoisse viscérale, parce que tout d'un coup, tout bonnement, le numéro de la crèche, c'était une angoisse folle, que la crèche appelle pendant que j'étais en train d'écrire, et parce que tout à coup, on est obligé de laisser son portable ouvert. Or, il faut pouvoir s'oublier pour écrire. Il faut vraiment pouvoir s'oublier. Il faut oublier le temps, il faut pouvoir se plonger dans quelque chose. J'invente rien en disant ça. Et par définition... devenir responsable d'un autre être fait qu'on ne peut plus accéder à cet oubli de soi. Je me permets de dire, c'est troublant, parce que toi, tu évoquais la question de l'avortement et en étant heureuse que certains l'abordent. Moi, j'ai une gratitude infinie à Rebecca Zdowski quand elle a fait Les enfants des autres. Parce que moi, c'est un film que je trouve immense et qui, étrangement, parle d'une question essentielle qui n'est jamais traitée. Que faire de sa vie quand on n'a pas d'enfant ? Quand on est une femme et qu'on n'a pas d'enfant.
- #Agathe Le Taillandier
Et que ça n'a pas forcément été un choix radical. Oui. Je trouve qu'on parle beaucoup aujourd'hui des femmes qui n'en veulent pas par choix. Et je trouve ça plus qu'admirable. C'est-à-dire que, tu le dis d'ailleurs, on va revenir là-dessus, mais tu en parles très rapidement. La vie continue et Nelly Arcan, il y a aussi qu'on ne devrait plus se parler de leur courage. Ah ouais, je trouve ça courage. De tout en fait. Parce que, pour toutes les raisons qu'on peut imaginer, je trouve ça extrêmement courageux de se projeter dans un scénario qu'on nous a si peu raconté. Voilà une des raisons principales. Mais on parle assez peu de ce moment de battement et du moment où effectivement Virginie et Fira dans Les enfants des autres, progressivement, elles passent de l'autre côté. Alors que peut-être qu'il y a une envie, un désir qui affleure progressivement vers 40 ans. Et en fait, ce moment de bascule, c'est vrai, c'est très, très, c'est comme tu le dis, c'est peu raconté. Et je pense que c'est un moment existentiel.
- #Johanne Rigoulot
C'est peu raconté et c'est jamais valorisé. Moi, je trouve ça super neuf des enfants. Moi, j'aurais même aimé en avoir plus parce que je trouve que c'est quand même un lien à la vie qui est... extraordinaire et que c'est des relations qui sont hors normes et voilà, moi je suis hyper pour, c'est pas du tout la question, c'est juste que ça doit être un choix. Et je trouve ça étonnant parce que on en a parlé, c'est chaque fois que j'évoque Nelly Arcan avec quelqu'un, arrive la question de... Elle n'a pas eu d'enfant. Et à chaque fois, je m'énerve, parce que ça m'énerve qu'on me pose encore cette question. Mais à chaque fois, la question est posée par une femme qui n'a pas d'enfant. C'est-à-dire qu'en fait, on vient chercher quand même la validation de « est-ce qu'on peut être une femme et ne pas avoir d'enfant ? » malgré tout. C'est étonnant. Et à chaque fois, je m'en veux de m'énerver, parce que déjà, je ne devrais pas m'énerver. Et puis, parce que les gens posent des questions qu'ils veulent. Mais parce que moi, je trouve que c'est réducteur pour elles. Or, c'est des femmes qui sont elles-mêmes, mais c'est elles qui ont besoin de s'assurer qu'elle n'a pas eu d'enfant.
- #Agathe Le Taillandier
C'est intéressant que là, on ramène Nelly Arcan à une fonction féminine. On parle de la paternité depuis un petit moment. En même temps, c'est aussi quelqu'un qui performe énormément la féminité. Et tu commences ton livre, La vie continue Nelly Arcan, en décrivant une Barbie. Tu commences tout de suite par l'apparence physique de Bimbo, qui revient pas mal aussi aujourd'hui dans les analyses féministes. Pourquoi tu commences par la décrire physiquement ? Je précise qu'elle est blonde et qu'elle peut ressembler à une Barbie. Elle s'est fait refaire aussi certaines parties du corps. Elle est dans une affirmation d'une hyper féminité très sexuelle.
- #Johanne Rigoulot
Effectivement, j'ai commencé par cette image parce que c'est ce qu'il y a de plus détonnant sur cette femme. C'est qu'elle n'a pas le costume de l'écrivain. Elle n'a pas l'apparence, elle n'a pas le costume. Elle a authentiquement le costume d'une poupée Barbie. Et à partir de là, elle va faire quelque chose qui est pour moi la pire transgression. C'est qu'elle va devenir écrivaine.
- #Agathe Le Taillandier
Donc elle va investir un autre scénario de cette apparence. Oui,
- #Johanne Rigoulot
totalement.
- #Agathe Le Taillandier
D'un coup, on se dit que c'est possible d'écrire et d'avoir des gros seins.
- #Johanne Rigoulot
Voilà, des seins qui sont fabriqués.
- #Agathe Le Taillandier
Et qui en plus, effectivement, sont factices.
- #Johanne Rigoulot
Et ça pose une question.
- #Agathe Le Taillandier
Ça pose au col roulé, en laine, des écrivains.
- #Johanne Rigoulot
Et je trouve ça, accessoirement, très intéressant, parce que ça pose la question de, est-ce qu'on doit avoir l'air d'un écrivain ?
- #Agathe Le Taillandier
En même temps, c'est d'accord qu'on n'a besoin que de ça, en fait, de se dire qu'un écrivain n'a pas besoin d'avoir un habit spécial. Tout cet imaginaire est aussi un carcan qui a empêché beaucoup de femmes de se projeter dans un scénario d'écrivaine.
- #Johanne Rigoulot
Elle aussi,
- #Agathe Le Taillandier
elle vient faire péter un imaginaire.
- #Johanne Rigoulot
Elle le fait sans doute malgré elle, parce que je pense que son besoin d'écrire est sans doute beaucoup plus impérieux que ça. C'est une manière d'exister. Je pense que c'est aussi quelqu'un qui se débat avec sa dépression et que l'écriture va être salutaire pendant un moment. Je pense qu'elle va essayer, au fil de sa carrière, de correspondre de plus en plus à ce qu'on attend d'elle. vestimentairement. J'étais très troublée par exemple de voir qu'il n'y avait quasiment aucun portrait d'elle en pied. Et donc oui, son corps et la figuration de son corps sont très importantes.
- #Agathe Le Taillandier
Là, j'ai trouvé sous les yeux, il est folle. Quand tu regardes la couverture de folle, qui est vraiment, on la voit avec un bustier, corsé, hyper sexy, mais ça s'inscrit aussi quand même dans un imaginaire autour du corps des femmes.
- #Johanne Rigoulot
Oui, oui.
- #Agathe Le Taillandier
Tu parles aussi dans la vie continue de Nelly Arcan. Toi, tu dis que tu as grandi dans une époque où les femmes étaient hyper sexualisées.
- #Johanne Rigoulot
Hyper sexualisées.
- #Agathe Le Taillandier
Elles y sont encore, j'aurais du mal à parler totalement au passé. Mais tu cites notamment l'exemple, parce qu'en voyant aussi ce corset sur la couverture de Folles, je pense à toutes les publicités au bad.
- #Johanne Rigoulot
Ah ouais, c'était...
- #Agathe Le Taillandier
On a grandi avec ça, enfin. Totalement. Quelques années plus tard, il y avait ces publicités à tous les arrêts de bus et de métro, de ces espèces de dessous au bad, hyper dentelles, string, etc. Bon, alors que le string est quand même la chose la moins confortable au monde. Totalement. Et c'est vrai qu'il y avait un réflexe à porter un string, c'était comme un passage au fait d'être femme.
- #Johanne Rigoulot
Moi, je me rappelle avoir acheté un porte-jartel à 20 ans. Maintenant, je n'aime pas que ça s'achète. En fait, c'était la leçon numéro un. Et effectivement, d'ailleurs, la construction des genres peut être extrêmement rassurante. Je comprends que ça pose autant de questions de les déconstruire, parce que c'est super rassurant de savoir ce qu'on doit faire. Voilà, s'il s'agit simplement d'acheter de la lingerie hyper érotisée et de remplir chaque petite case du rôle de la féminité, c'est... hyper confortable. C'est beaucoup plus confortable que de devoir construire sa propre personnalité de manière... sur un terrain en jachère. La question de la codification de la féminité, c'est vraiment quelque chose qui me passionne et qui m'interroge depuis très longtemps.
- #Agathe Le Taillandier
C'est-à-dire ? C'est quoi la codification de la féminité ?
- #Johanne Rigoulot
Je suis venue avec du rouge à lèvres, par exemple, aujourd'hui. Moi, j'ai peur qu'on m'oublie, par exemple. Donc, je mets toujours le même rouge à lèvres.
- #Agathe Le Taillandier
Le rouge à lèvres rouge, pourquoi ? C'est une manière de faire un signal d'alerte, genre je suis là.
- #Johanne Rigoulot
Ouais, en fait, j'ai peur qu'on me reconnaisse pas. Donc en fait, c'est pas une singularité folle, mais néanmoins, c'est pour ça. Donc j'ai toujours le même rouge à lèvres dans mon sac. Et ça, c'est déjà, par exemple, ça, c'est typiquement un signal d'alerte. C'est un peu comme le bolduc sur les cadeaux. C'est vraiment, je suis là, en fait, je suis une nana. Donc ça, ça m'interrogeait. Et puis, je suis passée aussi par une période d'ultra érotisation physique qui m'est passée. mais qui m'a vraiment interrogé c'est un peu ce dont parle des pentes dans son livre majeur dont tu vas me rappeler le titre donc théorie dans une con théorie voilà où elle dit à un moment donné que c'est elle s'amuse c'est le moment où elle se prostituent elle s'habille en a là et qu'elle elle en rirait presque de la manière dont ça affole les mecs en disant mais c'est sans s'en tient et du ridicule en fait il suffit de se mettre un soutien-gorge pigeonnant et des talons aiguilles pour les mettre dans cet état là c'est et malgré tout c'est un sentiment de pouvoir qui est pas inintéressant expérimenté je trouve voilà moi c'est une envie qui m'est complètement passé mais je mange je trouve que j'ai traversé en tout cas cette période là Et j'ai eu envie d'interroger ce pourquoi, en fait, je m'étais prêtée à ça.
- #Agathe Le Taillandier
Mais c'est vrai qu'on s'est amenées à parler de ces questions-là, parce que je trouve que Nelly Arcand est aussi un peu un point de convergence de tous ces enjeux. Là, on parle de la question vestimentaire, on parlait tout à l'heure du fait qu'elle s'était fait refaire les seins, qu'elle est quand même effectivement dans une hyper performance de, elle en tout cas, ce qu'elle a envie d'investir comme féminité. Et je crois que Camille Froide-Vaumétry t'a accompagnée dans l'écriture de la vie qu'on tient Nelly Arcan.
- #Johanne Rigoulot
Elle m'a accompagnée symboliquement en tout cas.
- #Agathe Le Taillandier
Oui, c'est ça, symboliquement en lecture j'imagine. Puisqu'elle, elle est vraiment à cet endroit-là du féminisme aujourd'hui, de réincarnation du corps. C'est-à-dire que l'oubli total de ce corps n'est pas non plus une réponse à la domination masculine.
- #Johanne Rigoulot
Camille Faudré-Métry, elle est absolument passionnante. Et elle a vraiment, elle, un point de vue...
- #Agathe Le Taillandier
Qui est une philosophe féministe qui a écrit notamment un très beau texte qui s'appelle Un corps à soi.
- #Johanne Rigoulot
Oui, et elle s'inscrit dans un territoire parfaitement inexploré. Elle a écrit aussi sur la maternité, un si gros ventre, sur les femmes enceintes. Elle a écrit un très beau livre sur les seins aussi, sur la singularité des seins. C'est vraiment un très très beau livre sur la manière dont peut se réapproprier son corps aussi, dont on doit le faire en tout cas.
- #Agathe Le Taillandier
En l'incarnant en fait, qui peut devenir un lieu d'émancipation.
- #Johanne Rigoulot
Totalement.
- #Agathe Le Taillandier
Et non pas un lieu d'aliénation. C'est vraiment la ligne fil conducteur des écrits de Camille Froide-Zometri.
- #Johanne Rigoulot
Alors déjà, elle écrit sur des territoires qui sont assez inexplorés, qui sont vraiment le corps. charnel. Et c'est assez drôle parce que je lui ai envoyé évidemment le texte en la remerciant parce que c'est vrai que son écriture a beaucoup accompagné intellectuellement mon écriture. Je ne la connais pas personnellement. Et elle m'a répondu en me disant que c'est un prêté pour un rendu parce que Nelly Arcan elle-même a infusé ma réflexion. Et j'ai trouvé ça très beau parce que je me suis dit tiens, il y a quand même quelque chose de la construction commune qui fonctionne beaucoup dans ses pensées. Je constate que dans Et ce n'est pas un choix de ma part. Je constate que dans la note biographique qui accompagne, Dieu sait que la vie continue de Néhier-Kans, c'est vraiment appuyé sur beaucoup, beaucoup, beaucoup de lectures. Elle est 100% féminine. Et je me suis dit, tiens, c'est quand même étonnant que malgré tout, ces questions-là ne soient explorées que par les femmes. Je ne vois pas quel homme, en fait, et encore une fois, je tiens à insister, ce n'est pas du tout une position partisane ou c'est juste un constat. Je ne vois pas quel homme j'aurais pu associer finalement. Mais c'est vrai que sur ces questions-là, très naturellement, il n'y a eu que des femmes.
- #Agathe Le Taillandier
Et c'est aussi pour ça, j'ai l'impression qu'il faut un peu se justifier aujourd'hui quand on se retrouve à dire qu'on lit essentiellement des livres écrits par des femmes. Ce n'est pas un choix, c'est-à-dire que je ne me dis pas quand je vais en vénérerie, je ne vais acheter que des femmes en fait. C'est que tous ces textes viennent à moi parce que j'en ai tellement besoin pour parler. Tellement de silence. C'est la seule chose que je n'ai pas compris sur moi et que j'ai tellement de retard. Et qu'en fait, c'est les livres de femmes qui vont me mettre à consister.
- #Johanne Rigoulot
C'est très troublant parce que c'est vrai que quand Alice Coffin a dit dans « Les ingénieuses bien » il y a quelques années qu'elle ne lisait plus de romans d'hommes, d'écritures d'hommes, je pense qu'on a tous trouvé ça un peu ridicule d'une certaine manière. Et en même temps, moi j'ai 50 ans et j'ai passé les trois quarts de ma vie à lire que des mecs. Donc il y a quand même un moment où je suis... C'est vrai qu'en fait, moi j'ai grandi avec une écriture, une considération de l'auteur. L'écrivain, c'était un homme. C'était un homme blanc en général. C'était un homme de culture occidentale. Et je suis née à l'écriture comme ça. Mais c'est vrai que je pense que j'ai un peu de retard au fait aujourd'hui. Et que j'ai besoin de lire beaucoup, beaucoup de femmes. Ça m'embête d'avoir des lectures de genre comme ça. Mais voilà, il y a souvent... Comme il y a moins de représentation, il y a moins de posture. Je suis assez troublée de voir qu'on laisse aux femmes la question de l'intime, la prise de distance, la hauteur de vue.
- #Agathe Le Taillandier
et encore l'apanage des hommes c'est les hommes qui crient sur la tchétchénie sur ce qui se passe à gaza c'est très rarement les femmes aux femmes on laisse quand même encore beaucoup le territoire de l'intime beaucoup les grandes oeuvres féminines sont encore enfin signé de femmes sont encore effectivement beaucoup en fait sur le terrain de l'intime de l'intra familiale et comme s'il y avait quand même une espèce de commande plafond de verre intellectuel qui empêche d'embrasser des champs plus vastes.
- #Johanne Rigoulot
Et en même temps, par rapport à cette question des livres écrits par les femmes, elle dit ça au début de plus tard dans une espèce de petite préface. Elle dit « Et si je n'aime pas ce que les femmes écrivent, c'est que les lire donnent l'impression de m'entendre parler, parce qu'elles n'arrivent pas à me distraire de moi-même. Peut-être suis-je trop près d'elles pour leur reconnaître quelque chose qui leur soit propre, et qui ne soit pas immédiatement détestable, qui ne me soit pas d'emblée attribuable. Et puis, je les envie de pouvoir se dire écrivains. » J'aimerais les pensées toutes pareilles, les pensées comme je me pense, en choumfette, en putain. Mais ne vous en faites pas pour moi, j'écrirai jusqu'à grandir enfin, jusqu'à rejoindre celles que je n'ose pas lire. Je ne trouve pas que dans ces lignes, on entend vraiment toutes les contradictions de Nelly Arcan.
- #Agathe Le Taillandier
Totalement. Et ce qui est assez troublant, c'est que grosso modo, j'ai rencontré, on va dire, deux hommes très proches d'elle, deux femmes très proches. Et les regards, et je le dis d'ailleurs dans le livre à un moment donné, sont complètement genrés à son propos. C'est-à-dire que les hommes sont persuadés qu'elle détestait les femmes, et les femmes sont persuadées que les hommes l'ont abusée. C'est assez troublant. Et en fait, je pense qu'elle avait tout bonnement un discours complètement bicéphale. Je pense qu'elle avait besoin des hommes pour valider sa position d'écrivaine, et qu'à l'époque, c'est vrai que j'insiste, la valeur c'était les hommes. Les femmes n'étaient pas considérées comme... C'est il n'y a pas si longtemps, et pourtant c'est à l'après-histoire. Les femmes n'avaient pas la même valeur, indéniablement. Et les femmes me confirment complètement que c'était une femme d'enfer. C'était une nana super. Je pense qu'il y avait quelque chose qu'elle ne révélait pas, parce que ce n'était pas un endroit de séduction. L'amitié... Avec les femmes ? Oui. Ce n'était pas un endroit de séduction, donc ce n'était pas quelque chose qu'elle mettait en valeur. Je pense qu'elle voulait apparaître comme une espèce de vamp.
- #Johanne Rigoulot
La question de la jalousie aussi, au cœur d'ailleurs, dans son texte, folle. On a l'impression parfois qu'elle est comme colonisée par la jalousie.
- #Agathe Le Taillandier
C'est tout à fait juste. C'est tout à fait juste. Effectivement, c'est une invasion. La société a contribué à mettre les femmes en rivalité les unes les autres. Qui sera l'élu ? Qui sera l'élu ? C'est vraiment divisé pour mieux régner. Il y a vraiment l'idée d'une union entre les femmes intolérable. Je pense qu'on a énormément écrit sur l'amitié entre les hommes et très peu entre les femmes. Donc voilà, ça c'est sous... sous-traité, on va dire, la question de l'amitié. Mais je pense que c'était quelqu'un qui ne donnait pas la même image aux uns et aux autres et qui était tout à fait consciente de la manière de l'image qu'elle souhaitait donner.
- #Johanne Rigoulot
Qu'elle construisait en fait, qu'elle construisait quelque chose d'elle.
- #Agathe Le Taillandier
Oui, mais je pense que souvent les gens construisent parce qu'ils ont peur d'être aimés. Enfin voilà, je suis la théâtre, comme la psychanalyste de comptoir. Mais je pensais qu'il y avait un tel déficit narcissique qu'elle construisait par peur de... de ne pas être aimé tout bonnement, de ne pas exister.
- #Johanne Rigoulot
Toi, quand tu écris La vie continuée de Nelly Arcand, à la fois tu t'attaques à un personnage dont on parle depuis un long moment. qui est Nelly Arcand, qui est une écrivaine, qui a envie de raconter sa vie. C'est ce qu'on a fait dans notre discussion. Et à l'intérieur de ça, tu utilises le prisme de l'intime. On revient aussi à ça. En tant qu'autrice, tu as envie de t'utiliser toi en matière romanesque, en matière narrative. J'ai l'impression que toi, ta mère, ta fille, tu as besoin de t'inscrire dans une lignée de femmes. Pourquoi tu as utilisé ce fil rouge ? A quel moment il est venu ?
- #Agathe Le Taillandier
J'en reviens à ma mère, parce que l'envie de parler d'elle à travers Nelly Arcan, Elle m'est venue très rapidement. Elle est venue quand j'ai commencé à approcher Nelly Arcan. Sur sa construction de féminité, je me suis dit, pour moi, ça ne faisait sens que si je parlais de ma propre mère, qui n'a rien à voir avec Nelly Arcan, mais qui a tout à voir avec le fait d'avoir, elle aussi, subi sa féminité comme un mauvais sort. J'en parle dans le livre, j'en parle longuement. Elle s'appelle Marie-Claude parce que ses parents attendaient un garçon, donc ils voulaient l'appeler Claude. Sous l'assistance du curé, ils ont rajouté Marie devant, et puis ils l'ont appelée le garçon toute son enfance. Il paraît que ce sont des choses qui sont arrivées à pas mal de femmes, manifestement, ce que François Giroud raconte, la même histoire, ce que je trouve absolument improbable. Et puis par la suite, elle a vraiment vécu sa féminité comme surtout une espèce de virginité à garder. Je dis virginité au sens le plus universel du terme, c'est-à-dire que c'était vraiment une espèce de... Cette féminité était comme une robe blanche qu'il fallait absolument garder immaculée et qu'elle n'a pas eu de cesse de maculer, donc ça a été quand même très emmerdant dans sa vie. Puisqu'en fait, elle a divorcé très tôt, elle s'est mariée, a divorcé très tôt. Et elle s'est retrouvée visiblement aux yeux de sa mère, surtout, accablée d'une image de femme pécheresse qu'elle a mis une vie à dépasser.
- #Johanne Rigoulot
Est-ce que tu penses que c'est un truc qu'elle t'a allégué, ça, malgré elle ?
- #Agathe Le Taillandier
Ce qu'elle est sûre, c'est qu'elle ne voulait pas de fille. Et ça, c'est très dit, comme c'est une femme extrêmement droite et bienveillante, malgré son désamour de mon genre, elle ne voulait pas de fille. Et ça, ça a été, je pense qu'effectivement, me découvrir fille a vraiment été une mauvaise surprise pour elle, quoi. Qu'elle a mis très, très, très longtemps à dépasser. Donc, en fait, moi, j'en ai pris mon parti. Ça, c'est vraiment notre histoire intime. Mais j'en ai pris mon parti en m'éloignant. Et puis, c'est ce que je connais à raconter. Parce que je ne pouvais pas attendre grand-chose d'une relation où, effectivement, mon genre me discréditait immédiatement. Ce n'était même pas un discrédit. C'était vraiment... Mon genre était un aimant en merde, quoi, surtout, à travers ses yeux. Donc il fallait faire attention à moi, il fallait me mettre dans un taxi dès que je sortais trop tard, il fallait faire attention, il fallait, voilà. Donc si moi je voulais pas être mise sous cloche, il fallait que je m'éloigne, donc c'est ce que j'ai fait. Mais il y a un happy end, c'est que il se trouve que moi-même j'ai eu un enfant, que cet enfant s'est révélé être une fille, et que moi, contrairement à elle, j'ai rêvé que cet enfant soit une fille. Et que quand cet enfant est né, l'amour que ma mère lui a apporté a été absolument immédiat. Mais vraiment, il m'a complètement dépassé.
- #Johanne Rigoulot
Il y a eu dans le livre qu'elle a enterré la hache de guerre du féminin.
- #Agathe Le Taillandier
Ah oui, totalement. Et c'est vrai que c'est une petite fille de nuit adulte aujourd'hui, je pense, qui a pu grandir sans que son genre soit un sortilège. Et qu'on lui a laissé vivre son genre, et même ma mère qui était tellement... angoissée par la vulnérabilité née du féminin, je pense que c'est le genre de famille où il y a quand même pas mal de cadavres dans les placards, elle a pu enfin se vivre et comme grand-mère, en étant dans quelque chose d'un amour absolu.
- #Johanne Rigoulot
Et d'une réconciliation, je dirais, avec le féminin ?
- #Agathe Le Taillandier
Oui, totalement.
- #Johanne Rigoulot
Et toi, à quel moment tu as l'impression de te soigner un peu de ce mauvais sort ?
- #Agathe Le Taillandier
Parce que tu t'en es extirpée. Oui, mais moi je m'en suis extirpée déjà de manière... assez volontariste, justement en refusant d'être vue comme... C'était lors de la blague. Le « mais oui, mais toi t'es une fille » , c'est quelque chose que j'ai entendu toute mon enfance. Donc à partir du moment où on le refuse, c'est déjà ça de gagné, ça veut dire que c'est déjà conscientisé. Et puis malgré tout, je me suis mariée très jeune, aussi, donc ça veut dire que c'était quand même aussi, je pense, une manière de me protéger de ça. Puis il y a eu l'écriture, qui a été aussi une prise de pouvoir importante. Et puis il y a eu la maternité. Il m'est arrivé une histoire, par ailleurs assez drôle, c'est que mon premier livre, qui s'appelle « Et à la fin tout le monde meurt » , m'a été porté à la maternité, le jour de la naissance de ma fille. Donc il y a quand même quelque chose entre la rencontre de cette, je ne sais pas si on parlait de métier, de vocation, en tout cas de rapport à l'écriture, en tout cas la validation de ce rapport à l'écriture et la naissance d'un enfant, a quand même été une prise de puissance assez déterminante. qui m'a vraiment permis de dépasser sans doute la question du genre à ce moment-là.
- #Johanne Rigoulot
Et du mauvais sort dont tu parles dans le livre. Oui. Le genre a offert aux femmes de ma génération une chance inattendue. Personne n'attendait rien de nous. Oubliée sur le banc de touche parmi les autres joueuses, j'y ai puisé une liberté conditionnelle. J'ai grandi en mesurant les risques. J'ai appris à sortir seule la nuit en braillant, car personne n'attaque les folles. Dans les halls d'immeubles, j'ai toujours précédé la mécanique du groom pour rabattre la porte derrière moi. J'ai retenu combien il était préférable de dormir chez un homme plutôt que de le ramener chez soi. Le cadavre y est plus encombrant. Lors de rendez-vous professionnels, j'ai reçu des compliments sur mes tenues, mes coiffures, et ne me suis jamais énervée quand on parlait de mon cul. Qui voudrait d'une femme inapte à se laisser suggérer à quatre pattes ? Je me maquille soigneusement quand je souhaite obtenir quelque chose, et ne découvre pas ma peau sans l'avoir au préalable passé à la cire. Je souris toujours. En contrepartie, personne ne m'a jamais envoyée à la guerre. Je n'ai pas peur de débander quand je file sous les draps ou à taper sur les murs pour déclarer si c'est porteur. Je n'ai même pas eu à candidater pour être maître du monde ou chevalier. Les vers de Rudyard Kipling ne concernent que les hommes, ça fait du temps de gagner. Je me suis longtemps contentée de regarder, et je me suis décidée à écrire comme on lève le doigt pour demander la parole. J'avais passé assez d'années sur le banc de touche pour raconter le match, il était temps. J'ai l'impression aussi que tu racontes dans cette page le passage de la spectatrice à l'actrice, presque de ta propre vie.
- #Agathe Le Taillandier
Oui, et puis je dirais que ce passage-là, paradoxalement, il a... Le temps était, même si dans les romans, ça a été une manière, moi j'ai souvent écrit comme on lève le doigt, mais la vraie décision, le vrai acte d'engagement, ça a été ma première autofiction en fait. Ça a été un dimanche matin consacré à une affaire de famille. Parce que là, j'ai vraiment pris ma part de responsabilité.
- #Johanne Rigoulot
Tu t'as dit « je » .
- #Agathe Le Taillandier
J'ai dit « je » , oui. J'ai dit « je » et j'ai raconté quelque chose que personne ne m'a demandé de raconter. Parce que quand on invente des personnages, quand on fait une histoire de fiction, bon, c'est un langage que soit, alors évidemment c'est toujours un peu plus problématique, il y a toujours des gens pour dire « mais c'est pas moi dont tu parles, là, il y a toujours une confusion entre le réel et le fictionné » . Mais c'est vrai que me concernant, le vrai acte, et qui ne me ressemble pas beaucoup d'ailleurs, parce que j'ai toujours peur de blesser les gens, donc prendre le risque de blesser les gens, que je n'ai pas blessé d'ailleurs, c'est ça qui est étonnant, en parlant de cette histoire-là, c'était vraiment un engagement. C'était un engagement. C'était tout à coup rentrer sur scène, participer au match. Paradoxalement, ça a été là que je suis vraiment rentrée sur le terrain.
- #Johanne Rigoulot
Et là, avec ce livre-là, tu rentres sur le terrain du féminin, d'une interrogation sur le genre. On a parlé de ta mère, de toi et ta fille. Et pourquoi du coup Nelly Arcan est venue se glisser entre vous trois ?
- #Agathe Le Taillandier
C'est d'abord, c'est finalement moi qui ai plus ramené ma famille sur le champ de Nelly Arcan. Nelly Arcan, j'avais envie d'en parler depuis très longtemps. depuis que j'avais découvert sa mort, alors que je n'en avais jamais entendu parler. Je n'avais pas entendu parler de sa mort. C'est-à-dire que, ces quelques mois après MeToo, je m'interroge sur la réaction de Nelly Arcan à cette vague politique et esthétique. Et j'apprends qu'elle est morte. Qu'elle est morte depuis 6 ans à l'époque. 7 ans. Et qu'elle s'est suicidée. Elle s'est suicidée en 2009. Donc, en 2017, on a une pleine vague MeToo. Et en fait, face à... vraiment l'émulation intellectuelle qui peut en être. Je tape le nom d'Enelia Arcan sur Internet pour savoir ce qu'elle est devenue, ce qu'elle pense, si elle s'est positionnée par rapport à tout ça. Et je découvre qu'elle s'est suicidée en 2009. Et j'en reste assez sidérée, non seulement du choc de suicide, parce qu'elle n'est pas morte, elle n'est pas passée sous un poids lourd, Mais en plus du fait que je n'en ai pas entendu parler, ce qui me surprend énormément, parce que c'était quand même un personnage médiatique. Alors il y a eu des choses, il y a eu les entrefilets, mais ce n'est pas venu jusqu'à moi. Et à partir de là, je décide de faire quelque chose autour d'elle. Donc je me pose beaucoup la question de savoir ce que je vais faire autour d'elle, parce que sa pensée me paraît nécessaire à faire circuler. Et je réfléchis beaucoup à quelque chose, soit à quelque chose d'un seul en scène, soit... soit un documentaire, et puis moi je ne suis pas biographe non plus. Et puis après effectivement ce livre Une fille de province, où j'avais vraiment authentiquement mené une enquête pour aller au cœur du sujet, je me dis en fait il faut que j'applique une méthode de ce type pour aller au cœur de son travail, parce qu'on parle beaucoup de féminité, mais on parle d'abord d'une écrivaine. Et c'est vrai qu'il m'est paru évident que ça ne faisait sens à mes yeux que si je parlais de mon propre rapport à la féminité. Parce que Nelly Arcan était morte, de toute façon, si elle avait voulu écrire quelque chose là-dessus, elle l'aurait faite elle-même. Mais si je voulais le ramener à une expérience vraiment du vécu, il fallait que je parle de mon propre rapport à moi. Et celui-là procédait effectivement d'une filiation, c'est-à-dire de l'histoire de ma mère et du regard que je portais sur ma fille. Voilà, donc effectivement que j'ai entrelacé au récit de la vie de Nelly Arcan, mais c'est pas un récit qui prétend répondre à des questions, en fait. C'est un récit qui prétend déjà poser des questions. Ce qui est beaucoup, je trouve. Enfin, pour moi, en tout cas, c'est l'essentiel du travail et souvent, on réside souvent, me semble-t-il, plus dans la question que dans la réponse.
- #Johanne Rigoulot
Et donc, du coup, dans le refus aussi de proposer une démonstration ou évidemment de dénoncer des certitudes.
- #Agathe Le Taillandier
Tout à fait.
- #Johanne Rigoulot
J'avais envie aussi d'arriver vers, c'est un petit peu tout ce qu'on traverse aussi dans cette conversation, mais de ton rapport quand t'écris, t'aimes parler du réel.
- #Agathe Le Taillandier
Oui.
- #Johanne Rigoulot
Tu pars du réel. C'est ton point de départ, c'est ta matière. Pourquoi il t'obsède autant ?
- #Agathe Le Taillandier
Parce qu'on s'y cogne non-stop. Il y a un côté hyper rassurant. Tu vois, quand tu citais ce livre, « Taper sur les murs » pour savoir si c'est porteur, ouais, je pense qu'on passe notre vie à faire ça, à taper sur les murs. Pour voir si ça tient bien droit. Ah ouais. Est-ce que ça tient ? Où est-ce que ça flanche ? Et est-ce qu'il reste des angles morts ? Et écrire, pour moi, c'est toujours aller traquer les angles morts. Sinon, ça n'a pas d'intérêt.
- #Johanne Rigoulot
Et tu me parlais de Mémoire de fille, de Annie Ernaux, qui aussi t'accompagne dans l'écriture.
- #Agathe Le Taillandier
Évidemment.
- #Johanne Rigoulot
Parce que là, tout ce que tu dis, ça fait vraiment écho à particulièrement ce texte-là.
- #Agathe Le Taillandier
Oui, mais qui est dingue.
- #Johanne Rigoulot
Qui est vraiment, pour moi, un peu le...
- #Agathe Le Taillandier
Qui est l'aboutissement d'une carrière.
- #Johanne Rigoulot
Pourquoi selon toi ? Mémoire de fille, rapidement, c'est ce texte dans lequel elle reparle de ce viol qu'elle a subi par un...
- #Agathe Le Taillandier
C'est étonnant. C'est le mot que j'utilise. C'est le mot qui est utilisé récemment quand on parle de ce livre. Je ne suis pas sûre qu'au moment de la sortie du livre, on l'aurait évoqué comme ça. Elle, ce qu'elle raconte, c'est sa première expérience sexuelle.
- #Johanne Rigoulot
C'est ça, sa première expérience sexuelle, mais qu'elle n'arrête pas de revisiter quand même à l'autre. de l'absence de conscience de ce qu'elle est en train de vivre, et donc pour moi, de consentement...
- #Agathe Le Taillandier
C'est très intéressant quand tu dis, effectivement, tu parles d'absence de conscience, qui veut dire en fait absence de consentement, et c'est très intriguant. Effectivement, ce glissement de champ lexical qu'on va employer pour parler et pour aller fouiller un angle mort, effectivement. Évidemment, aussi par sa grande inventivité de dispositifs, je trouve, parce qu'elle a des dispositifs narratifs qui lui ont permis de se renouveler toute sa vie, ça je trouve ça assez admirable. Et Mémoire de fille, moi je me rappelle l'avoir lue en me disant, peut-être à tort, j'ai eu l'impression qu'elle avait écrit toute sa vie pour écrire ce texte-là. Et c'est un texte qui est renversant, déjà par l'humilité avec laquelle elle parle, parce que c'est quelqu'un qui n'a pas un rapport d'autorité à sa propre écriture, et la manière dont elle va revisiter les choses sans les nommer.
- #Johanne Rigoulot
puisqu'elle revisite cette expérience sexuelle au sein d'une colonie de vacances où elle était animatrice. Et donc, elle passe son temps à ressasser ce souvenir, à tourner autour.
- #Agathe Le Taillandier
La violence de ce rapport, de ce rapport aussi, de l'après.
- #Johanne Rigoulot
De l'après, comment être une femme après dans le regard des autres au sein de cette colonie de vacances. Et elle fait aussi, tu parlais du dispositif, il y a vraiment cet aller-retour entre la jeune fille qu'elle était, qu'elle essaie de restituer au plus près et à travers le souvenir.
- #Agathe Le Taillandier
C'est en ça que je parle d'humilité. C'est qu'en fait, quand elle le fait, elle le fait sans autorité. Elle n'est pas du tout surplombante par rapport à cette jeune fille qu'elle a été. Ça, c'est assez magique, je trouve.
- #Johanne Rigoulot
Ça, c'est vraiment pour le coup une prouesse d'écriture. Parce qu'il y a ce « elle » qu'elle regarde. Et puis, il y a le « je » des années plus tard du contemporain qui observe cette jeune fille et cette première expérience sexuelle.
- #Agathe Le Taillandier
Et il y a quelque chose qui m'a beaucoup interpellée dans ce livre, c'est son titre « Mémoire de fille » . Parce que « mémoire » est au singulier. Et c'est comme si ce qu'elle racontait était une expérience universelle. Une expérience universelle de genre. Et je me suis demandé quel serait le versant masculin. Pas de l'homme en question, mais qu'est-ce que raconterait une mémoire de garçon ? C'est pas anecdotique en fait. Bon évidemment il y a le parallèle avec Simone de Beauvoir, avec Mémoire d'une jeune fille rangée, mais malgré tout c'est Mémoire de fille. Et c'est très intriguant, elle parle pas de femme, elle parle de fille alors que c'est une fille qui devient femme. Et ce qu'elle raconte, on a l'impression que c'est une expérience initiatique. Et ça, c'est très troublant, parce que même quand on ne l'a pas vécu, ce type d'épreuve, je pense qu'il est impossible de ne pas lire ce livre sans se sentir concernée par l'appel à la posture sociale. C'est-à-dire, c'est beaucoup ce qu'elle raconte. Pour moi, c'est le sens du livre, c'est de raconter combien elle en est venue à vivre ça, parce qu'elle essaie de remplir les pointillés. d'un rôle prédéfini. Et ça, c'est assez troublant parce que, de fait, elle raconte, en fait, ses mémoires de filles, mais ses douleurs d'une femme. Et je me suis vraiment interrogée sur qui et comment on écrirait le versant masculin de cette histoire. Comme si la définition d'une femme était dans l'abus, potentiel ou réel. Et évidemment, il n'est pas question d'envisager que le conditionnement masculin soit dans le fait d'abuser. Mais j'aimerais savoir... où il se trouve en fait. J'aimerais qu'on ait un auteur, de la hauteur de celui d'Annie Arnault pour pouvoir parler de ça.
- #Johanne Rigoulot
Parce que ce serait vraiment rentrer dans la question du désir. Parce qu'en fait dans ce livre, pour moi aussi, on a parlé de viol, on a commencé en parlant de viol dans ce texte, c'est qu'en fait elle a tellement envie de passer cette étape initiatique parce qu'on lui a appris qu'il fallait le faire pour grandir.
- #Agathe Le Taillandier
Elle a tellement envie de devenir une adulte.
- #Johanne Rigoulot
Qu'en fait elle y va en croyant qu'elle désire. Et on ne sait plus exactement du coup où se situe le désir.
- #Agathe Le Taillandier
je pense qu'il n'est même pas existant exactement,
- #Johanne Rigoulot
parfois vraiment elle écrit qu'elle a très envie,
- #Agathe Le Taillandier
mais nous en sous-titre on voit bien qu'en fait elle se force pour vivre cette expérience mais je ne sais pas si un homme verrait son rituel d'initiation, je ne sais pas s'il serait sexuel cette histoire là en face n'a tellement pas d'existence que je ne peux même pas imaginer qu'elle soit elle remplisse un rôle de quelconque rituel on est déjà dans quelque chose de familier donc effectivement s'il y a une initiation La masculinité, parce qu'elle existe aussi, c'est pas un gros mot, c'est où est-ce qu'elle se situe. Et je ne suis même pas sûre qu'elle soit dans le rapport à la femme. C'est ça qui est assez troublant dans l'histoire.
- #Johanne Rigoulot
Elle est peut-être beaucoup plus autocentrée, tu veux dire ? Elle ne passe pas par l'autre. Là où nous, on a dit que ça passe par l'autre.
- #Agathe Le Taillandier
Je pense que potentiellement, elle ne passe pas par cette altérité-là. Il y a vraiment l'idée de la masculinité. Voilà, si on en revient à Kipling...
- #Johanne Rigoulot
Que tu cites dans le web.
- #Agathe Le Taillandier
C'est difficile de ne pas citer Kipling quand il s'agit de la définition des genres. Et de la manière dont on joue avec eux aussi. Parce qu'on peut jouer aussi des genres, beaucoup, des codifications.
- #Johanne Rigoulot
Et Annie Ernaux pose tout le temps la question de la vérité aussi dans son texte. qu'elle ne fait que se souvenir et que du coup elle sait bien qu'elle est en train de fabriquer quelque chose. Toi aussi en tant que biographe, qui approche quelqu'un qui a existé, t'as rencontré, on a dit, ses amis, son éditeur, des hommes qui l'ont entouré, t'as rencontré plein de gens. Il y a eu une quête. Est-ce qu'il y a eu une quête de vérité ?
- #Agathe Le Taillandier
Non. La vérité pour moi c'est vraiment un concept, ça n'a pas de réalité. La vérité, si on commence à parler d'échanges humains...
- #Johanne Rigoulot
Qu'est-ce que tu vas chercher quand tu vas interroger tous ces gens ?
- #Agathe Le Taillandier
Je vais chercher des questions. sur Nelly Arcan des questions auxquelles je sais que je ne pourrai jamais répondre mais je vais chercher des questions les bonnes questions par exemple il y a une question traditionnelle sur Nelly Arcan où est-ce qu'elle serait aujourd'hui sur l'échiquier on va dire vite fait féministe où est-ce qu'elle se situerait, qu'est-ce qu'elle dirait de ça il y a plein de gens qui disent mais elle ne serait pas du tout est-ce qu'elle ferait comme Catherine Millet qui signe la tribune du droit d'importuner qui a un bon thermomètre Fonu. Il faut se rappeler de ce que ça a été que cette pétition, pas cette pétition mais cette tribune dans le monde qu'on a dit qu'on a appelée un peu rapidement la tribune de Neuve qui était sur la liberté du droit importuné.
- #Johanne Rigoulot
Donc à être draguée.
- #Agathe Le Taillandier
À être draguée, à éventuellement recevoir une main de cul, voilà, qui était quand même genre une espèce de tradition française. Et effectivement qui réunissait des nanas vachement, enfin des femmes intéressantes en plus, donc c'était un peu triste de voir qu'il y avait un tel clivage. intellectuelle entre deux générations, mais parce que c'était des femmes plutôt plus âgées globalement, plus âgées, je veux dire que les militantes qu'on qualifie rapidement de néo-féministes, mais c'est des femmes qui avaient plutôt une soixantaine plutôt que la trentaine. Et alors, est-ce que Nelly Arcan aurait appartenu à ce camp-là, ou est-ce qu'au contraire, elle aurait fait évoluer sa pensée vers, effectivement, plutôt comme Réika Solnit qui s'interroge, qui est cette... Écrivaine américaine qui s'interroge beaucoup sur sa place d'écrivaine dans un monde ultra viril. Est-ce qu'elle aurait continué, je ne sais pas si tu as des exemples toi en tête, de femmes ou comme Annie Ernaux, tout bonnement, qui poursuit une pensée extrêmement vivante, avec une pensée extrêmement vivante sur ce que c'est que la société contemporaine, comme la société d'hier mais revisitée avec ses yeux contemporains. Et je pense que ce serait... Moi, je m'appuie peut-être tout bonnement sur la qualité des gens qui pouvaient l'entourer. Et pour répondre à ces questions, parce que de toute façon, il n'y a pas de vérité, encore une fois. En revanche, il y a une spéculation. Quand je vois la qualité des gens qui pouvaient l'entourer et justement la manière dont ils ont évolué dans leur pensée, je me dis au contraire, je ne vois pas comment ça aurait pu devenir une vieille ringarde. Je pense qu'elle aurait évolué avec tout le monde, qu'elle aurait bougé, qu'elle serait restée vivante.
- #Johanne Rigoulot
Nelly Arcan, elle intéresse plein de gens aujourd'hui. Tu fais partie effectivement de ces autrices qui la remettent dans l'actualité, dans la vie, dans la vie de la pensée, dans la vie de la littérature, dans la vie des livres. Oui, exactement. Et je pense aussi évidemment au texte de Louise Chenevert qui a écrit Pour Britney, qui est un texte court dans lequel elle fait une sorte de parallèle ou une mise en écho entre Nelly Arcan et Britney Spears. Peut-être pour terminer, puisqu'on parle un peu de figures qui pourraient l'entourer. Est-ce que ce parallèle, toi, il t'a parlé ? Est-ce qu'il est venu aussi... répondre à des questions que tu te poses sur Nelly Arcan.
- #Agathe Le Taillandier
C'est un personnage assez fascinant quand on voit la manière dont il se réapproprie son corps. Effectivement, il y a des figures contemporaines comme ça, qui sont assez intéressantes dans leur manière de renverser, et c'est le cas de Britney Spears qui dit aujourd'hui, grosso modo, mon corps m'a été tellement volé, qu'aujourd'hui, moi j'ai envie de me foutre à poil et de le faire de manière volontariste. c'est pas très gay parce que c'est un peu comme dépendre quand elle raconte donc une con théorique elle a fini par se prostituer parce que au moins comme ça c'était volontaire et que ça là ça rachetait son viol et d'une salle acheté son viol l'expression est pas la bonne mais que d'une certaine manière que ça lui permettait de reprendre le pouvoir qui lui avait été volé c'est jamais c'est jamais très positif mais malgré tout il ya quelque chose de cet ordre qui sait ses filles là c'est à dire de britney spears elle doit approcher la quarantaine je pense qui est quand même très intéressant sur la manière dont elle a été... Moi, j'ai trouvé que le parallèle entre elles deux, fait par Louis Schnevier, était hyper intéressant. Sur ces deux figures et la manière dont elles avaient été tellement abîmées médiatiquement, et comment est-ce qu'on pourrait reprendre le pouvoir ?
- #Johanne Rigoulot
Presque sacrifié, quoi. Et après,
- #Agathe Le Taillandier
cette image d'un plus sacrifié.
- #Johanne Rigoulot
Comment on peut être une femme aussi brillante que Nelly Arcan et être aussi désespérée, triste à crever ?
- #Agathe Le Taillandier
Quand on ne s'aime pas, je pense que c'est quelqu'un qui ne s'est jamais aimée. C'est quelqu'un qui n'a pas appris à s'aimer. Après, il y a la maladie mentale, accessoirement. C'est-à-dire que c'est quand même quelqu'un qui était, je ne sais pas si il était authentiquement dépressif, mais en tout cas, il était vraiment qualifié de murderline. Et puis, il y avait la drogue aussi, malgré tout, qui affaiblit vachement les failles narcissiques. Il construit des failles narcissiques qui les fragilisent. Donc non, je pense que c'est quelqu'un qui ne s'est jamais aimé. Donc de toute manière, qui n'était jamais assez parfaite, assez brillante, et surtout jamais assez désirable. C'était quelqu'un qui, ne s'aimant pas, ne faisait reposer son narcissique que sur le regard de l'autre. Donc le regard de l'autre étant inapte, quoi qu'il en soit, à réchauffer son égo, c'est une quête désespérée.
- #Johanne Rigoulot
L'écriture pourrait peut-être être un endroit où elle se sentait aimée.
- #Agathe Le Taillandier
C'est un endroit de réconfort. Mais le problème, c'est qu'effectivement, il y a un moment où même cette créativité s'étarit.
- #Johanne Rigoulot
Il lui échappait, elle le raconte dans ses textes. C'est pour le coup la peur immense de la page blanche.
- #Agathe Le Taillandier
Ah oui, ça c'est quelque chose qui est extrêmement émouvant chez elle. Dans le fol notamment. C'est la capacité, et moi c'est quelque chose que raconte très bien Bertrand Visage. C'était la manière dont elle pouvait passer des heures en café en bas de chez elle, Bertrand Visage donc son éditeur. et fermer son ordinateur en fin de journée en ayant passé sa journée à regarder les gens passer sans rien avoir écrit. Mais ça rend fou. En l'occurrence, je pense que ça, ça l'a rendu folle.
- #Johanne Rigoulot
Johanne Rigoulot, c'est l'heure de notre séquence Open Bibliothèque. Open Bibliothèque. Tu viens de passer un moment face à mes livres dans ma bibliothèque et j'aimerais bien que t'en prennes un, un qui attire ton attention, que tu l'ouvres et que tu lises une page, puis qu'on en discute ensemble.
- #Agathe Le Taillandier
Alors, il y a beaucoup, beaucoup de choses. Et c'est drôle parce que ta bibliothèque, j'ai l'impression que je suis face à un rayon français. Alors, c'est mélangé,
- #Johanne Rigoulot
c'est en alphabetique. Je pense que là, ça va jusqu'à LM et puis ça continue à côté. Et là, face à ce que tu vois, peut-être qu'il y en a un avec lequel tu partirais.
- #Agathe Le Taillandier
Alors, il y en a beaucoup qui m'émeuvent pour plein de raisons. Ça va peut-être te surprendre, mais le premier, c'est Irène Frein. Ça, ça m'émeut énormément parce que c'est deux livres que m'a offert mon père, qui a une passion pour Irène Frein. Et ces deux livres sont très beaux. C'est Écrire est un roman et Un crime sans importance. Voilà, donc ça, ça m'émeut particulièrement de les voir. Puis, c'est Hervé Guibert.
- #Johanne Rigoulot
Oui,
- #Agathe Le Taillandier
je dirais Hervé Guibert.
- #Johanne Rigoulot
Je vais t'en prendre un, Lamy, Il faut que m'a pas sauvé la vie.
- #Agathe Le Taillandier
Oui, ça c'est fondamental pour moi, évidemment.
- #Johanne Rigoulot
Si tu le prends, tu l'ouvres à la page que tu veux. Donc, tu as pris un texte d'Hervé Guibert, qui est donc un auteur aussi qui a beaucoup compté pour moi, mais assez jeune, assez étrangement, qui est complètement me percuté. qui a donc beaucoup écrit sur la maladie. Il était séropositif et puis il a eu le sida et donc il en est mort. Il a beaucoup écrit sur cette question.
- #Agathe Le Taillandier
Et moi qui suis plus vieille que toi, j'ai même eu la chance de voir en prime time sur TF1 le documentaire qu'il avait fait sur sa maladie.
- #Johanne Rigoulot
Oui, tout à fait. J'ai vu effectivement bien après.
- #Agathe Le Taillandier
Qui a un rapport à l'intimité. C'est quand même un rapport à l'intimité parfaitement mégalo d'ailleurs. Donc là, on n'est pas du tout dans l'humilité d'Annie Arnault, justement, dans l'écriture. On est dans quelque chose où vraiment... Prends toute la place, et balance.
- #Johanne Rigoulot
Et si tu couvres et que tu prends une page au hasard ?
- #Agathe Le Taillandier
que tu peux peut-être la lire, en plus il y a quelque chose de souligné.
- #Johanne Rigoulot
Oui, c'est marrant, il y a des choses...
- #Agathe Le Taillandier
Des soulignés, des œuvres vraiment névrotiques. Bon, ben voilà.
- #Johanne Rigoulot
Oui, mais là je peux lire peut-être, je ne l'ai pas lu depuis longtemps. Voilà,
- #Agathe Le Taillandier
peut-être lis-toi la page et puis, j'aimerais savoir qu'est-ce qui te vient quand tu lis comme ça une page. Est-ce que c'est une page qui te donne des envies d'histoire, des envies d'écriture, qui t'intimide ? Ce qui est d'un petit évident,
- #Johanne Rigoulot
c'est qu'il utilise le participe passé déjà, ce qui est quand même... Et en plus il le fait avec élégance. Je peux lire ce que tu as à dire ? Petit à petit. moins malade, sans qu'elle le sache, et elle sans doute en bonne santé, pour de vrai, à distance, lentement, je me rééduquais dans mon sentiment pour Marine, quoiqu'elle tourna d'autres films que ceux que j'aurais aimé lui voir tourner, et que de son côté, j'en suis sûre, elle lut de moi d'autres livres que ceux qu'elle aurait aimé que j'écrivisse. Réussir à utiliser le passé simple comme ça, c'est déjà admirable. Il y a très peu de ponctuation dans cette phrase. Marine, si je me rappelle bien, C'est le faux-né d'Isabelle Adjani. Effectivement,
- #Agathe Le Taillandier
qui met en fait dans ses livres.
- #Johanne Rigoulot
Et il y a un petit côté même dropping qui est assez marrant dans son écriture parce qu'il raconte un peu le petit monde parisien des années 80. Et c'est toujours assez amusant de regarder qui est qui, qui fait quoi. Qui se connaît. Et cette simple phrase est quand même très belle parce que ça raconte l'intimité artistique qu'il y a eu entre deux et la manière dont... La création de part et d'autre leur a permis de maintenir un lien que l'intimité ne leur permettait plus de nourrir. Et ça je trouve ça très beau.
- #Agathe Le Taillandier
Donc tu partirais avec Alamy qui ne m'a pas sauvé la vie, d'Hervé Guibert. Je te disais effectivement que ces livres autour de moi font partie complètement de moi. Et je crois que ça me rassure aussi de les avoir et qui me donne de la confiance. Et toi tu dirais que c'est quoi qui te donne confiance aujourd'hui ?
- #Johanne Rigoulot
Alors déjà je te dirais que je n'ai plus de livres chez moi, ce qui est quand même un vrai... Parce qu'elle était vraiment quelque chose de très important dans ma vie, d'évacuer les livres parce qu'il y en avait trop. Et donc, j'ai décidé de les faire circuler. Et j'aime beaucoup cette idée aussi. Tu vois, ça fait frémir certains. Au contraire, il y en a d'autres qui trouvent de la liberté. Qu'est-ce qui me donne de la confiance ? C'est d'avoir quelque chose à écrire. Je ne peux pas mieux dire.
- #Agathe Le Taillandier
Vous venez d'entendre Agathe Le Taillandier en conversation avec Johanne Rigoulot. Open Book est un podcast créé par Agathe le Taillandier et Constance Parpoil, réalisé par Lola Glogowski. L'illustration est de Caroline Péron et la musique originale composée par PR2B. Nous remercions tous nos premiers soutiens sans qui ce podcast n'aurait pas pu voir le jour. Charlie, Saïd, Chantal, Lucy, Armelle, Dominique, Marie, Vincent, Juliette, Gilles, Isabelle, Grégoire et Monique. Si vous avez aimé cet épisode, partagez-le, mettez des étoiles sur les applications, parlez-en autour de vous et abonnez-vous pour nous soutenir. Vous pouvez aussi suivre le compte Instagram Open Book pour suivre les coulisses du podcast et vous tenir au courant de toutes nos nouvelles. Merci beaucoup pour votre écoute et je vous donne rendez-vous dans deux semaines. A très vite !