Speaker #0Cet été, je vous propose une série un peu particulière. 4 épisodes, 4 questions essentielles et une seule ambition. Vous donner les clés pour comprendre, analyser et exploiter l'expertise psychologique dans vos dossiers. Bienvenue dans cette mini-série de Parenthèses au Barreau. Que vous soyez avocat, magistrat ou professionnel du droit, cette mini-série vous permettra de mieux comprendre ce qui fait la valeur d'une expertise et ce qui peut parfois en fragiliser les conclusions. Et c'est parti ! Dans cet épisode 3, nous allons répondre à la question « Quel psy choisir ? » et « À quel moment ? » Expertise psychologique, expertise psychiatrique, Expertise judiciaire, qui fait quoi ? Il y a quelques mois, un avocat me contacte et il me dit « Barbara, mon client présente probablement un trouble de la personnalité. J'aimerais donc demander une expertise psychiatrique. » Je lui pose alors une seule question. « Qu'espérez-vous démontrer exactement ? » Il y a un silence. Puis il me répond « Je ne sais pas, je pensais que c'était la même chose. » Cette confusion est extrêmement fréquente, confusion entre expertise psychiatrique et expertise psychologique. Et pourtant, choisir le mauvais professionnel peut conduire à passer complètement à côté de la question que le juge doit trancher. C'est ce dont nous allons parler aujourd'hui. Bonjour et bienvenue dans Parenthèse au barreau. Je suis Barbara Parra, psychologue clinicienne. et fondatrice de Jury Psy. Bienvenue dans le troisième épisode de notre mini-série d'été « Les clés de l'expertise psychologique » . Dans les deux premiers épisodes, nous avons vu comment lire une expertise et comment comprendre les tests psychologiques. Aujourd'hui, je voudrais répondre à une question beaucoup plus stratégique. Lorsqu'un dossier présente une dimension psychologique, qui faut-il solliciter ? Un psychologue ? Un psychiatre ? Une expertise judiciaire, une expertise privée ou parfois simplement un commentaire d'expertise. Ces termes sont souvent utilisés comme s'ils étaient interchangeables et ils ne le sont pas. Comprendre leurs différences peut modifier complètement la stratégie d'un dossier. Commençons par le psychologue. Le psychologue est le professionnel qui étudie le fonctionnement psychologique. Il analyse la personnalité. les mécanismes d'adaptation, les relations familiales, les interactions, les traumatismes, les ressources psychiques. Son travail consiste à comprendre, à objectiver, à expliquer. Il utilise des entretiens cliniques, l'observation, des questionnaires validés, la psychométrie. Son objectif n'est pas de poser un diagnostic médical. Son objectif est d'analyser un fonctionnement psychologique. Le psychiatre, quant à lui, est un médecin. Il recherche une pathologie. Il pose un diagnostic. Il prescrit un traitement, le cas échéant. Il peut hospitaliser. Il intervient lorsqu'une maladie mentale est suspectée. Schizophrénie, troubles bipolaires, dépressions caractérisées, troubles délirants. Autrement dit, le psychiatre... répond à une question médicale quand le psychologue répond à une question clinique. Les deux approches sont complémentaires. Elles ne poursuivent pas le même objectif. Venons-en aux expertises judiciaires. L'expert judiciaire est désigné par un juge. Sa mission est définie par une ordonnance. Il répond exclusivement aux questions posées, ni plus ni moins. Son rapport est remis au magistrat. Il intervient dans un cadre procédural très précis, donc l'expertise judiciaire constitue souvent un élément majeur de la décision. Mais elle présente aussi une limite. Elle intervient généralement tardivement, lorsque le contentieux est déjà engagé. L'expertise psychologique privée répond à une logique différente. Elle est demandée directement par une partie ou par son avocat. Elle permet d'anticiper, d'objectiver. de préparer la stratégie. Elle peut être réalisée avant une procédure, pendant une procédure ou après une expertise judiciaire. Elle permet notamment de répondre à une question essentielle « Avons-nous suffisamment d'éléments pour soutenir notre argumentation ? » Le commentaire d'expertise. Depuis quelques années, je réalise de plus en plus de commentaires d'expertise. Alors on peut se demander pourquoi ? Parce qu'une expertise judiciaire n'est pas infaillible. Comme tout travail scientifique, elle possède une méthode, des limites, des hypothèses et parfois des fragilités. Le commentaire d'expertise ne consiste pas à critiquer un confrère. Il consiste à analyser la méthodologie, le raisonnement, les outils utilisés, la cohérence scientifique. Donc on ne discute pas la conclusion, on discute la démonstration. Alors, dans quel dossier ? Prenons quelques exemples. En droit de la famille, lorsqu'il existe des soupçons d'emprise, des conflits de loyauté, une parentification, une manipulation, une expertise psychologique est souvent particulièrement pertinente. En droit du travail, pour objectiver un harcèlement, un burn-out, un bore-out, un préjudice psychologique. Ou en dommages corporels pour mesurer le rententissement psychologique ? En matière pénale, pour analyser les conséquences traumatiques ? Ou certains fonctionnements psychologiques ? Chaque professionnel répond donc à une question différente. La première question est « qu'est-ce que je cherche à démontrer ? » Si la question est médicale, le psychiatre sera souvent le plus adapté. Si la question porte sur une personnalité, une dynamique familiale, un traumatisme, un retentissement psychologique, une emprise, un fonctionnement relationnel, le psychologue sera généralement le professionnel compétent. Et si une expertise existe déjà, la question devient parfois, faut-il en analyser la qualité scientifique ? Pour conclure, retenez une idée très simple. Il n'existe pas un psy, il existe plusieurs professionnels, avec des formations, fondamentalement différentes, des méthodes différentes, des objectifs différents. Le rôle de l'avocat n'est donc pas seulement de demander une expertise, il est d'identifier le bon professionnel, et au bon moment, et pour répondre à la bonne question. Et c'est souvent cette réflexion stratégique qui fera la différence dans un dossier. Venons-en à la minute psy. Pourquoi aimons-nous autant mettre des étiquettes ? Notre cerveau adore classer. C'est un fonctionnement naturel. Nous avons besoin de catégories pour comprendre rapidement le monde qui nous entoure. En psychologie, ce mécanisme peut devenir un piège. Lorsque l'on apprend qu'une personne présente un diagnostic, un trouble de la personnalité ou un fonctionnement particulier, nous avons parfois tendance à réduire tout ce qui est possible. toute la personne à cette seule information. Or, un diagnostic ne raconte jamais une histoire. Il ne dit rien à lui seul des ressources d'une personne ou de son parcours ou de ses relations ou de sa capacité à évoluer. C'est pourquoi les psychologues parlent toujours de fonctionnement psychologique plutôt que d'une simple étiquette. Une expertise de qualité ne cherche pas à enfermer une personne dans une catégorie. Elle cherche à comprendre la complexité de son histoire et de son fonctionnement. Et c'est cette nuance qui fait toute la richesse, mais aussi toute l'exigence de l'expertise psychologique. Si cet épisode vous a été utile, pensez à vous abonner, à parenthèse au barreau, à le partager autour de vous, et à retrouver nos guides, formations et ressources sur Juripsi. Et comme d'habitude, je vous donne rendez-vous très bientôt pour une nouvelle parenthèse au barreau.