Speaker #0Cet été, je vous propose une série un peu particulière. 4 épisodes. 4 questions essentielles et une seule ambition. Vous donner les clés pour comprendre, analyser, et exploiter l'expertise psychologique dans vos dossiers. Bienvenue dans cette mini-série d'été de Parenthèses ou Barreaux. Que vous soyez avocat, magistrat ou professionnel du droit, cette mini-série vous permettra de mieux comprendre ce qui fait la valeur d'une expertise et ce qui peut parfois en fragiliser les conclusions. Et c'est parti pour l'épisode numéro 4. Comment une expertise psychologique peut faire basculer un dossier ? ou quand la psychologie devient un véritable outil stratégique. Il y a quelques mois, un avocat m'appelle. Il me dit « Barbara, j'hésite à demander une expertise psychologique. J'ai peur que cela ne porte finalement pas grand-chose au dossier. » Quelques semaines plus tard, après avoir réalisé cette expertise, il m'a rappelé, et cette fois-ci, voici ce qu'il m'a dit. « En réalité, ce n'est pas le rapport qui a changé le dossier ? » Mais ce rapport a changé toute ma stratégie. Cette phrase résume parfaitement ce que je voudrais partager avec vous aujourd'hui. Une expertise psychologique n'est pas simplement une pièce supplémentaire dans un dossier. Lorsqu'elle est demandée au bon moment, elle peut modifier la manière dont un avocat construit tout son argumentaire. Bonjour et bienvenue dans Parenthèse au barreau. Je suis Barbara Parra, psychologue cynicienne, fondatrice de Jury Psy. Bienvenue dans ce quatrième et dernier épisode de notre mini-série d'été, les clés de l'expertise psychologique. Depuis le début de cette série, nous avons appris à lire une expertise, à comprendre les tests psychologiques, aussi à distinguer les différents professionnels. Aujourd'hui, je voudrais répondre à la question, peut-être la plus importante. Pourquoi demander une expertise psychologique ? À quel moment devient-elle réellement utile ? Et surtout, que peut-elle apporter qu'aucune autre pièce du dossier ne peut produire ? Une expertise n'est pas une preuve supplémentaire. C'est probablement la première idée reçue. Beaucoup imaginent qu'une expertise psychologique vient simplement confirmer ce que le client raconte déjà. En réalité, elle fait beaucoup plus. Elle transforme un récit en démonstration. Entre mon client souffre et voici les mécanismes psychologiques objectivés qui expliquent cette souffrance. Il existe une différence considérable. Et c'est cette différence qui intéresse le juge. L'idée, c'est d'objectiver l'invisible. La plupart des dossiers que nous rencontrons portent sur des réalités invisibles. le harcèlement, l'emprise, le conflit de loyauté, le traumatisme, la manipulation ou le burn-out, tout ce qui est préjudice psychologique, aucun de ces phénomènes ne se voit sur une radiographie. Ils doivent être objectivés autrement. L'expertise permet précisément de transformer des éléments subjectifs en observations argumentées. Comprendre avant de convaincre. Un bon avocat construit une démonstration. Pour cela, il doit d'abord comprendre. Pourquoi cette personne reste-t-elle dans une relation toxique ? Pourquoi cet enfant refuse-t-il soudain de voir un parent ? Pourquoi ce salarié s'effondre après plusieurs années ? Pourquoi cette victime minimise-t-elle les violences subies ? L'expertise ne répond pas uniquement à la question « que s'est-il passé ? » Elle répond aussi à une autre question essentielle, pourquoi cela s'est-il produit ? Anticiper la procédure. L'un des grands intérêts de l'expertise privée est qu'elle intervient avant la décision du juge. Elle permet de vérifier si les éléments sont suffisamment solides, si certaines hypothèses doivent être approfondies, si d'autres preuves sont nécessaires. Parfois, elle conduit même à modifier complètement la stratégie. Parce qu'une bonne expertise n'est pas là pour confirmer une intuition. Elle est aussi capable de la contredire. Et c'est une force. Je vais vous donner quelques exemples. Le premier en droit de la famille. Une expertise peut mettre en évidence un conflit de loyauté, une parentification, une emprise psychologique, une dynamique relationnelle complexe. Dans le domaine du droit du travail, elle peut permettre d'objectiver les conséquences d'un harcèlement ou d'un burn-out ou d'un bore-out ou une mise au placard. Elle peut évaluer le préjudice psychologique, mais aussi d'autres formes de préjudice. En matière pénale, elle aide à comprendre les conséquences psychotraumatiques. En dommages corporels, elle évalue le rententissement psychologique de l'accident. Parfois, on nous sollicite pour faire un profilage de personnalité. A chaque fois, la psychologie apporte un éclairage que les autres pièces du dossier ne permettent pas toujours d'obtenir. Et vous me direz, mais est-ce que l'expertise existe déjà ? Oui, il arrive qu'une expertise judiciaire soit déjà versée au dossier. Faut-il pour autant s'arrêter là ? Mais bien sûr que non, pas nécessairement. Comme tout travail scientifique, une expertise peut être analysée, sa méthode, ses outils, son raisonnement, ses limites. C'est tout l'objet du commentaire d'expertise. Il ne consiste pas à dire l'expert s'est trompé, il consiste à répondre à une autre question. Le raisonnement présenté est-il scientifiquement solide ? Cette nuance est essentielle. Et si on ne passe pas par un commentaire d'expertise, on peut demander une contre-expertise. L'expertise change souvent l'avocat. C'est peut-être ce qui me frappe le plus. Très souvent, après avoir reçu une expertise psychologique, les avocats me disent « je comprends enfin ce qui se joue » . Ils ne regardent plus uniquement les faits, ils comprennent les mécanismes, les interactions, les vulnérabilités, les ressources. Et cela change leur manière de présenter le dossier. Parce qu'ils ne plaident plus seulement sur des événements, ils plaident une histoire humaine objectivée. Sur ces quatre épisodes... Nous avons exploré ensemble les coulisses de l'expertise psychologique. Nous avons appris à la lire, à comprendre les tests, à distinguer les différents professionnels, puis aujourd'hui à mesurer tout ce qu'une expertise peut apporter à une stratégie judiciaire. Retenez simplement ceci, une expertise psychologique ne remplace jamais le travail de l'avocat. Elle lui donne des clés supplémentaires pour comprendre, démontrer et convaincre. Lorsqu'elle est réalisée avec une méthodologie rigoureuse, elle devient bien plus qu'un rapport. Elle devient un véritable outil d'aide à la décision. Venons-en à notre minute psy. Pourquoi les histoires convainquent-elles davantage que les faits ? Les neurosciences nous montrent que notre cerveau ne retient pas seulement des informations. Il cherche avant tout à leur donner du sens. Des faits isolés restent souvent difficiles à mémoriser. En revanche, lorsqu'ils sont organisés, dans un récit cohérent, ils deviennent beaucoup plus compréhensibles. C'est ce que réalise une expertise psychologique de qualité. Elle ne se contente pas d'accumuler des observations, des questionnaires ou des entretiens, elle construit un raisonnement. Elle relie les événements, les symptômes, les comportements et leur évolution dans le temps. C'est-à-dire qu'elle transforme une succession de faits en une démonstration clinique. Mais attention, un bon récit n'est pas une belle histoire. C'est une histoire qui repose sur des faits objectivés, une méthode explicite et une argumentation rigoureuse. C'est cette articulation entre science et compréhension humaine qui fait toute la valeur d'une expertise psychologique. Avant de nous quitter, je voudrais vous remercier d'avoir suivi cette mini-série. Si vous retenez une seule idée, que ce soit peut-être celle-ci, une expertise psychologique n'est jamais une opinion, mais c'est une démonstration. Comme toute démonstration, elle peut être solide ou fragile, elle peut éclairer un dossier ou laisser des questions sans réponse. Le rôle de l'avocat n'est donc pas seulement de la produire ou de la verser au débat, c'est aussi de la comprendre, de l'analyser et de l'intégrer dans sa stratégie. J'espère que ces quatre épisodes vous auront donné des clés concrètes. pour porter un regard plus critique, plus nuancé et plus stratégique sur ces expertises psychologiques. Vous retrouverez dans la description de cette série nos guides, nos formations, nos ressources dédiées aux professionnels du droit. Et à nouveau, merci pour votre écoute et je vous dis rendez-vous très bientôt pour une nouvelle parenthèse au barreau où nous continuerons à faire dialoguer le droit et la psychologie.