- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans Parenthèses au barreau, le podcast qui explore les coulisses humaines du droit et des dossiers judiciaires. Je suis Barbara Parra, psychologue clinicienne et fondatrice de Jurypsy. Depuis plusieurs années… Le monde du travail connaît des transformations profondes. L'intelligence artificielle s'invite dans les cabinets. Les Legal Tech développent de nouveaux outils. Les attentes des clients évoluent. Les jeunes générations n'exercent plus leur métier comme leurs aînés. Et dans le même temps, les questions de qualité de vie au travail prennent une place de plus importante. Alors une question se pose. Sommes-nous en train d'assister à une simple évolution des pratiques ou à une véritable transformation ? du métier d'avocat. Pour en parler, j'ai le plaisir de recevoir Christophe Albert. Il est cofondateur et directeur web et community de Legitime, notamment pour le village de la justice, qui est le premier site d'information et de service dédié aux professionnels du droit en France. Depuis plus de 28 ans, il suit les évolutions des professions du droit, les innovations, les nouvelles méthodes de travail et les grandes tendances qui façonnent le monde juridique. Aujourd'hui, nous allons prendre un peu de recul, comprendre ce qu'il se passe dans ce secteur professionnel, ce qui relève d'un effet de mode et ce qui, au contraire, transformera durablement la profession. Bonjour Christophe et bienvenue au micro de Parenthèses au barreau.
- Speaker #1
Bonjour Barbara, merci de nous accueillir.
- Speaker #0
Avec plaisir. Pour commencer, est-ce que vous pourriez vous présenter et nous expliquer votre rôle au sein du Village de la Justice ?
- Speaker #1
Volontiers. Je suis Christophe Albert, je suis fondateur du Village de la Justice, un média que nous avons créé il y a 30 ans déjà. Mon rôle est de manager nos équipes. Nos équipes sont très diversifiées comme dans tout média, même si nous sommes un média de taille intermédiaire. Donc de manager toutes les équipes, de journalistes, de rédacteurs, d'assistants, etc., les équipes commerciales, et également d'assurer un petit peu la vision de toute cette équipe, de participer à construire la vision qui est, en ce qui concerne le village de la justice, d'accompagner les métiers du droit au quotidien. Nous ne faisons pas de science-fiction, nous essayons d'être utiles pour les professions du droit et les professions qui lisent le droit, qui utilisent le droit. Donc on essaye d'avoir des informations assez contemporaines pour les aider dans un futur proche, voire le présent. Et mon rôle, c'est de veiller sur tout ça, regarder un petit peu les tendances, voir ce qui peut les aider.
- Speaker #0
Justement, vous suivez depuis plusieurs années les évolutions des métiers du droit. Qu'est-ce qui vous passionne dans cette mission d'observation ?
- Speaker #1
Alors ce qui est passionnant, bien que je n'ai pas fait de droit, ce qui est assez rare... dans les médias juridiques et autres, ce qui me passionne, c'est que c'est un milieu qui a beaucoup d'importance dans la société. Le droit, en tout cas, a beaucoup d'importance dans la société, particulièrement depuis quelques années, mais sans doute depuis presque toujours. Le droit est vraiment présent dans les actualités de tout un chacun, dans notre quotidien, qu'on s'en aperçoive ou pas, mais travaillant dans le droit, je m'en aperçois. Et donc, il y a un enjeu dans tout ce qu'on fait. Il y a un enjeu des professions qui sont... pleines d'enjeux, les professions d'avocat, de notaire, de juriste, mais aussi les étudiants en droit, etc. Tous ces métiers-là et tous ces futurs professionnels sont en transformation et il y a un enjeu vraiment qui colle à la société. En plus, on n'est plus dans des professions statiques, on en reparlera peut-être plus en détail tout à l'heure, mais on n'est plus dans des professions statiques comme ça a pu être à une époque. Je ne sais pas, il y a même 15 ans, par exemple, les avocats et notaires étaient... pas connu pour des professions qui évoluaient beaucoup, c'était assez statique, ils se sont mis difficilement au CDROM, puis difficilement à Internet, etc. Aujourd'hui, c'est quelque chose qui change beaucoup. La semaine dernière, les notaires ont annoncé faire un partenariat avec Mistral AI, qui est la première IA européenne. Bon, ce n'est pas rien, comme en termes d'innovation, les avocats font pareil. Il se passe beaucoup de choses en ce moment, donc c'est un sujet qui a beaucoup d'importance dans la société et des professions qui bougent. Donc, c'est vraiment passionnant. Et en plus, on a coutume de dire que, alors j'ai coutume de dire, d'autres le disent différemment, mais il y a 78 000 avocats en France. Il y a des milliers de façons d'exercer différentes. Il n'y en a pas 5, 6, 7. Il y en a des milliers réellement pour rencontrer les avocats régulièrement et on le sait tous. Qu'on soit avocat d'affaires à Paris, dans un cabinet international, cabinet individuel dans une petite ville de province ou membre d'un réseau de cabinet national ou pas, c'est la même profession mais ce n'est pas le même exercice. Donc ça, c'est vraiment des choses passionnantes au quotidien.
- Speaker #0
Et lorsque vous regardez l'évolution de la profession d'avocat sur ces 10 ou 15 dernières années, quelles sont les grandes transformations qui vous semblent les plus marquantes ?
- Speaker #1
Alors, je ne suis pas juriste, donc je ne me prononce évidemment pas sur le côté droit lui-même, mais plutôt sur l'exercice des métiers du droit. Sur les dernières années, ce que j'ai noté, ce qui m'a frappé, c'est essentiellement deux choses. d'abord le qui a vraiment un impact pour les métiers, par exemple les métiers d'avocat qui sont des métiers d'entrepreneuriat, ce sont d'abord les concurrences. Concurrences, clairement, ne sont plus les mêmes qu'il y a 20 ou 30 ans. Il y a eu des concurrences ouvertes par, je ne sais pas, par exemple les protections juridiques, qui font partie des concurrents des avocats, concurrences ouvertes par les Legal Tech. Alors je parle des Legal Tech première phase, donc je parle des années 2010, on parle d'il y a déjà un certain temps. ceux que l'on appelait les braconniers du droit maintenant il y a des concurrences par d'autres Legal Tech et par l'IA mais aussi bien d'autres professions du droit du profession qui ne sont pas réglementées du droit justement il y a des concurrences entre les professionnels du droit puisque chacun essaye aussi de développer son marché et son périmètre donc il y a quand même beaucoup de concurrences Ça, c'est vraiment quelque chose qui a changé. Je pense qu'il fut un temps, on pouvait être avocat ou avocate, comme son père, sa mère, et puis reprendre le cabinet. Maintenant, ça demande un petit peu plus de réflexion, d'anticipation, d'organisation. On n'est pas sur un fil conducteur de génération en génération, loin de là. Et ça a bien changé depuis 15 ans. Et l'autre sujet qui participe à ça, mais qui est une évolution forte, c'est le nombre d'avocats. Alors, je n'ai plus le pourcentage en tête d'évolution, mais il est gigantesque. on est à 78 000 avocats, on entre un effectif de plus de 2 000 avocats par an, 2 à 3 000 selon les années, ça va assez vite. Typiquement, on sait qu'à Paris, on commence à arriver à des moments où sur certains sujets, on a des concurrences fortes. Le nombre d'avocats change tout pour le recrutement, pour la fidélisation, pour les conditions de travail. C'est vraiment quelque chose qui structurellement, à mon avis, change énormément de choses, pour le marché aussi. Une profession de 78 000... Personne, ce n'est pas énorme. Mais c'est quand même bien supérieur aux 50 000 environ d'il y a 10 ans. Ça commence à intéresser des acteurs, il commence à y avoir des enjeux structurels. C'est quelque chose qui, ces dernières années, est pour moi assez marquant.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des évolutions que vous n'auriez pas imaginées il y a encore quelques années ?
- Speaker #1
Alors... Je ne sais pas si je n'aurais pas imaginé, mais je pense que globalement, on ne l'aurait tous pas imaginé il y a 10 ou 15 ans, c'est que l'avocat, quand même, finisse par devenir un peu plus entrepreneur. On dit toujours, on le dit, mais en fait, on ne le fait pas, que l'avocat est un entrepreneur parce que profession libérale, parce qu'il a un bilan, etc. Dans la pratique, quasiment jamais, on a appris aux étudiants et aux jeunes avocats à gérer une entreprise, à recruter, à faire du marketing, à adopter de la techno, à savoir lire un bilan. je pense que c'est assez rare. Ça, il y a 15 ans, c'était vraiment loin. Et j'ai l'impression que maintenant, il s'est passé quelque chose depuis quelques mois, un an, deux ans peut-être. Il y a une envie de renouveler son métier et d'être plus entrepreneur. Ça passe beaucoup par les notions de technologie. En tout cas, c'est le canal qui donne accès à une autre façon d'imaginer, plus créative, plus fun, entre guillemets, pour certains jeunes avocats notamment. On l'a beaucoup dit, les avocats sont entrepreneurs, mais on ne l'a pas beaucoup ressenti il y a 15 ans. Je pense que maintenant, ça commence vraiment à venir. Et même les étudiants s'y mettent. On trouve beaucoup d'étudiants qui, dans leur réseau d'amis, un étudiant droit, rencontrent un ingénieur, un développeur, et pouf, ils disent, tiens, on va créer quelque chose, on va créer une idée, peut-être qu'on va exercer différemment demain. Donc ça, c'est des choses que, franchement, il y a 15 ans, on voyait assez peu, c'était très confidentiel. Et là, cette dynamique-là... On en reparlera peut-être quand on reparlera de LegalTech, mais ces dynamiques-là, elles ne se passent pas une semaine sans qu'il y ait une nouvelle LegalTech d'avocats qui soit lancée. Mais c'est vraiment... Et je pense que je n'ai qu'une partie des projets en visualisation. Donc là, c'est quelque chose qui est assez marquant et positif.
- Speaker #0
C'est vrai que vous en avez un petit peu parlé de cette intelligence artificielle, mais ce n'est pas possible aujourd'hui d'évoquer l'avenir des métiers, quels qu'ils soient, sans parler d'intelligence artificielle. Quel regard portez-vous sur son arrivée dans les cabinets d'avocats ?
- Speaker #1
Alors, pour moi qui travaille avec ces professions-là depuis 30 ans, je peux dire que ce qui m'a étonné, et mon regard principal, c'est une adoption étonnamment rapide. Et il se trouve que quand on a lancé le village de justice, au tout début de 1997, on faisait le tour des salons et des cabinets d'avocats en expliquant comment se connecter à Internet. À l'époque, il fallait un CD-ROM, on leur expliquait, il fallait acheter un modem. On était très loin de ça et ça a mis des années et des années avant que 10, 15, 20% des avocats s'y mettent. On était juste au moment où ils passaient du papier au CDROM, ce n'était pas très rapide. Clairement, l'adoption de l'intelligence artificielle est partie à une vitesse que je n'aurais pas fait de pari sur ce sujet. Et à mon avis, il y a une raison très simple, c'est que ce n'est pas une technologie seulement professionnelle, C'est une télé. technologie évidemment personnelle, sans rentrer dans le côté geek entre guillemets et trop technique mais évidemment l'intelligence artificielle était déjà dans tout notre quotidien que ce soit les applications de géolocalisation, nomade, ça y était dedans, on voyait bien le service la fluidité que ça apportait par rapport à d'autres outils antérieurs et dans les outils personnels l'intelligence artificielle est partout donc je pense que ça a facilité l'adoption du côté euh professionnel et d'une façon très très rapide. On a fait un sondage il y a quelques mois, en février 2026. L'ère de l'IA, c'est presque un peu trop ancien, mais c'est les derniers chiffres que j'ai, 2026. Bon. Et donc, les stats sur l'adoption étaient assez intéressantes. J'avais noté dans notre enquête que 39% des professionnels du droit disaient ne plus pouvoir se passer de l'IA. 39%, ce n'est pas encore la majorité, mais... On est en mars 2026, c'était en gros, ça fait un an, à ce moment-là, un an et demi, deux ans maximum que les avocats notamment s'intéressent à l'IA, donc c'est quand même rapide. Donc 39% disaient ne plus pouvoir s'en passer et 43% l'utilisaient, 43% en plus l'utilisaient et envisageraient éventuellement de s'en passer si vraiment il fallait. Donc au final, on est à 82% de gens qui utilisaient l'IA. Donc l'adoption de l'IA, c'est clairement une fusée, une comète dans ces métiers-là, clairement.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez une idée de l'usage qu'ils en font ?
- Speaker #1
Oui, alors il y a pas mal d'enquêtes là-dessus, et puis les rencontres montrent que ça va très très vite, ça impacte quasiment tous les secteurs de l'activité des avocats. Une grosse partie de synthèse, par exemple, de documents, les avocats, les métiers du droit en général, ont beaucoup de documents, donc c'est vrai que les synthèses sont quelque chose qui est quand même très très utile, très rapide. Et quand même assez pertinent, l'IA est forte là-dessus. De la relecture aussi, à la recherche de points faibles sur des contrats, des erreurs, des choses comme ça. Beaucoup de... La recherche de documentaires a changé aussi. A la fois parce qu'on a... Alors ça, c'est pas avec l'IA. A la fois parce que l'open data, c'est-à-dire la donnée ouverte publique juridique, c'est beaucoup développé. Enfin, c'est développé depuis... C'est un mouvement français depuis pas mal d'années. Et l'IA s'est agrippée dessus une couche de recherche intelligente avec cette donnée. Et clairement, la recherche documentaire a pas mal changé, c'est simplifié, on est passé à autre chose que la recherche par mots-clés fastidieuses, où souvent on ne trouvait pas parce qu'on cherchait éventuellement mal. Là, on peut éventuellement chercher mal, mais bon, c'est quand même plus facile en langage naturel avec l'IA. Traduction, pour ceux qui sont concernés aussi, traduction juridique, traduction toute simple, c'est pas la traduction avec expertise, mais certifiée. mais c'est quand même extrêmement important. Ça donne accès en lecture ou en écriture à une capacité qu'on n'a pas. On sait que le français, on n'est pas très fort dans les langues étrangères. La pré-rédaction aussi, pas forcément de conclusion, mais de contrat, c'est des choses qui permettent d'aller vite. Et puis beaucoup de choses aussi sur le quotidien des avocats, faire des notes préalables pour un client, ça va plus vite pour un directeur juridique par exemple. des notes de réunion, faire une synthèse vocale et les transformer, qu'il n'y ait pas un stagiaire ou quelqu'un, ou une assistante ou un assistant qui passe une demi-heure à réécrire ce qu'on a dit. Ça, c'est vraiment pas mal utilisé. Et je ne le mesure pas en pourcentage, mais ça fait quelques années qu'on voit que ça se développe. Je pense que ça commence à avoir une place, pas majoritaire, mais significative quand même. C'est le sujet de faire des synthèses pour le client, soit en premier niveau en infographie. On s'est dit ça, comment je peux vous le vulgariser un petit peu. soit plus loin, mais ça demande une démarche et une formation, carrément Legal Design donc là pour le coup on a des documents qui sont plus travaillés sur le fond mais en tout cas rendre plus accessible des documents, Elia peut aider là-dessus donc il y a des usages à la fois de Je dirais presque de faibles niveaux, ce n'est pas péjoratif, mais c'est-à-dire, par exemple, faire des notes de synthèse de réunion. Faible niveau, c'est tout relatif, mais il faut quand même le faire. Mais ce n'est pas un niveau très élevé, puisqu'il s'agit de retranscrire. Mais aussi de haut niveau, quand on commence à faire de la traduction, de la recherche de jurisprudence, de la synthèse de documents, ce sont quand même des choses qui ne sont pas de l'ordre du quotidien.
- Speaker #0
Est-ce que vous voyez des limites ou des interrogations qui reviendraient souvent sur l'usage de l'IA ou l'IA ?
- Speaker #1
Oui, je dirais que… Alors, j'essaye de faire la différence entre ce que je pense être les limites et ce qui est factuellement peut-être les limites qu'ont rencontré les avocats. Je dirais que c'est un peu l'incertitude. Les incertitudes. Les incertitudes aujourd'hui des offres. On voit tous qu'il y a des offres, si on suit un petit peu, sans forcément être abonné à tous les médias. Techno, mais si on suit, on voit bien que les offres changent tout le temps. Chat GPT nous rabat les oreilles avec une nouvelle version toutes les six semaines, et les autres de la même façon. Quand on est utilisateur quotidien, c'est plutôt pénible. À chaque fois, il faut changer de version, qu'est-ce qu'il faut faire, on ne sait pas. C'est une source d'incertitude, et on ne sait jamais si on est au bon moment pour se lancer. Il y a aussi le fait que tous les logiciels se transforment. Les logiciels que les avocats utilisaient il y a cinq ans ne sont déjà plus les mêmes qu'aujourd'hui, et auront encore changé dans trois ans. ou même dans un an. Il y a pas mal de choses qui changent. Les offres des éditeurs changent complètement. Les modèles économiques changent aussi. Donc, leurs offres commerciales. Et puis, il y a une communication quand même globale qui est, je dirais, peut-être stressante, pour simplifier, c'est-à-dire beaucoup de nouveautés, un rythme d'actualité. Mais aussi, on annonce qu'il y a des professions sans arrêt depuis trois ans, sans arrêt. Il y a des professions qui vont disparaître, etc. Il y a quand même un stress par rapport à ça. on n'est pas tout à fait dans... le lancement d'une solution qui serait simple, satisfaisante, et on se dit, ouf, enfin c'est créé. C'est un peu plus compliqué que ça. Donc c'est un peu la limite. Je pense que ceux qui sont un peu réfractaires à l'IA ne sont pas forcément rassurés par tout ce qui se passe. Et peut-être même que ça nourrit d'ailleurs les réfractaires. Bon voilà, ce n'est pas des limites fortes, mais ça demande un autre changement. Auparavant, pour faire simple, un éditeur lançait une solution et pendant trois ans, il avait la même solution, quatre ans, une mise à jour, etc. Là maintenant, c'est tous les trois mois. Il ne faut pas oublier que ce n'est pas le métier des avocats que de suivre l'actualité technologique de l'IA.
- Speaker #0
Vous en avez parlé un petit peu tout à l'heure des Legal Tech. Est-ce que vous pouvez déjà nous expliquer de quoi il s'agit en quelques mots et puis après nous dire comment vous voyez leur évolution ?
- Speaker #1
Les Legal Tech, de quoi il s'agit, c'est généralement tout ce qui concerne les technologies appliquées au droit. Donc c'est assez vague, ça peut être une appli, un logiciel, ça peut être une technologie cachée mais utilisée par un logiciel, ça peut être pas mal de choses. L'évolution, je dirais que c'est ce qu'on appelait avant le grosso modo, pour faire simple, l'informatique juridique. Nous, quand on a lancé le village de la justice, le mot Legal Tech n'existait pas, on parlait d'informatique juridique. Maintenant on parle de Legal Tech qui est un peu plus à la mode américaine. Voilà, sur les évolutions. Alors nous on fait un congrès depuis dix ans, j'en reparlerai peut-être tout à l'heure, mais on fait un congrès qui arrive à sa dixième année en novembre, justement orienté sur le sujet de LegalTech. Donc on a vu un petit peu ce qui se passait, je dirais qu'il y a eu deux vagues, vraiment une vague, là je parle de l'offre, l'offre de LegalTech, il y a eu une première vague dans les années 2010-2018, où il y a eu des lancements de technologies, des gens qui ont essayé, qui sont allés... faire face, entre guillemets, ou affronter plutôt les professions réglementées en les concurrençant de façon légale ou pas. Il y a eu pas mal de choses. Bon, au final, cette vague-là a fait que ça a bougé les choses, on a renforcé des aspects, on a travaillé, on a réfléchi. Tous les métiers se sont un peu transformés, ont évolué, mais il n'y a pas eu fondamentalement de bouleversement. Ça n'a pas bouleversé les métiers. Il y a des avocats qui ont réussi à avancer les choses, des startups qui ont réussi à avancer les choses. Il reste de cette époque des grands acteurs qui sont plutôt en train de se rapprocher, des Legal Place, des Legal Start, etc., des gens qui sont lancés à cette époque, qui existent encore, qui s'adressent plutôt au grand public. Après, ça n'a pas bouleversé. Après, on est vraiment depuis deux ans dans une nouvelle vague, qui est évidemment la vague de l'IA. Clairement, là, ça a boosté le nombre d'offres. Si on pouvait avoir 100 à 150 Legal Tech, Donc outils spécialisés de technologie juridique, il y a 10 ans, là on va au moins 300 ou 400, je parle de la France uniquement, de ceux qui opèrent sur le secteur français. Donc c'est une vague qui prend de l'ampleur et qui n'est pas du tout en train de s'apaiser. Je dirais que l'évolution qu'on constate aujourd'hui, il y aura forcément une concentration. Aujourd'hui, on est dans l'explosion de l'univers Legal Tech. La galaxie est en train de se développer. Il y a des grands outils nationaux, il y a même des outils internationaux, puisque la France maintenant intéresse les grands éditeurs juridiques depuis toujours, mais des éditeurs Legal Tech, deux parmi les dix principaux mondiaux, investissent massivement la France. donc c'est un monde qui intéresse il y a beaucoup de petits outils de niche aussi qui se lancent, qui se créent sans arrêt tous les jours il y a en ce moment une grande offre avec beaucoup de recherches finalement de trouver à la fois le volume pour certains et en même temps les outils spécialisés qui avec l'aide de l'IA vont transformer complètement les métiers, en tout cas c'est l'espoir des gens qui offrent ce type de choses bon c'est pas forcément viable à mon avis c'est pas Voilà. à mon avis, particulièrement original. Ce n'est pas forcément viable qu'il y ait une nouvelle Legal Tech qui se crée chaque semaine avec des offres souvent pas tout à fait finalisées ou si elle est finalisée, elle n'a pas de client. Il y en a cinq qui sont sur le même secteur, qui sont sur le même mois. À terme, ce ne sera pas forcément viable. La plupart de ces sociétés-là ne seront viables les petites qui se lancent que si elles sont en microstructure parce que les marchés sont souvent très précis. Elles sont souvent très précises. Ce matin, je regardais une nouvelle Legal Tech qui est dédié à une niche du droit social. La semaine dernière, c'était une niche du droit fiscal. Bon, ça s'adresse à une petite partie du marché. On peut espérer qu'étant très pointuels, elles sont très efficaces, mais c'est quand même très, très précis. Donc, pour l'instant, on est dans une phase d'expansion de cet univers Legal Tech qui se crée. À terme, il y aura forcément un petit peu de concentration. D'ailleurs, des grands sont en train de se rapprocher. Doctrine, Predictis, Legal Start, Legal Place. Ils sont un certain nombre à se rapprocher et c'est assez cohérent d'un point de vue économique. D'un point de vue utilisateur pour les avocats, il ne faut pas perdre de vue leur objectif. Ce n'est pas tellement leur problème le nombre d'acteurs. Finalement, c'est d'avoir des solutions qui, au quotidien, leur rendent service et, si possible, qui soient pérennes. C'est quand même la base. Ce qui marche en juillet 2026 fonctionne encore en décembre 2026. Les sujets principaux aujourd'hui, c'est quand même pour les avocats. Ce qui les intéresse beaucoup, je dirais, c'est le... effectivement, gagner du temps sur la recherche documentaire, pouvoir faire des choses qu'ils ne faisaient pas avant et pouvoir aller un petit peu plus vite, avoir de nouveaux services. On en est vraiment là sur l'offre LegalTech et sur la demande aussi. Je pense qu'il y a une vraie aspiration à adopter des nouveaux produits.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez déjà vu certains outils qui paraissent vraiment transformer le quotidien de ces professionnels ?
- Speaker #1
Alors, ce que je vois... Disons qu'il y a ce qui paraît être une super bonne idée, on se dit « Ah oui, ça c'est chouette, ça me fait gagner beaucoup de temps. » Je parlais tout à l'heure de la formalisation des notes de réunion. On se dit « Ouais, ça c'est super chouette. » Après, ce n'est pas non plus extrêmement innovant, c'est des choses qui existaient depuis plusieurs années. Ce qui peut transformer, c'est par exemple la recherche, pas le fait de chercher, mais le fait de donner accès à une information juridique qui n'était pas forcément facile d'accéder. Ça, c'est vraiment un plus pour les métiers du droit. Il y a des experts, par exemple dans la profession d'avocat, qui sont experts de tel ou tel sujet très précis. Ils travaillent toujours les mêmes dossiers. Ils ont toute la jurisprudence depuis 30 ans. Il n'y a quasiment qu'eux qui l'ont. Et un certain nombre de ces gens-là se mettent à développer des produits pour valoriser leur documentation et la mettre à disposition par l'intermédiaire de l'IA. Je pense en fiscalité, par exemple, ou à d'autres sujets, en droit des sociétés, en droit social. Et du coup, ils donnent accès à leurs confrères, ce qu'ils ne faisaient pas avant, parce qu'il n'y avait pas de modèle économique. maintenant ils créent une Legal Tech pour ce faire et du coup ces outils là peuvent transformer parce qu'on va donner une information juridique avant à garder pour soi parce qu'il y a un modèle économique mais du coup on va monter le niveau en général d'information juridique l'open data aussi donne accès à l'information juridique plus facilement, je rappelle qu'avant très très avant il fallait acheter des livres puis laisser des robes, puis après il fallait s'inscrire, s'abonner à des éditeurs mais qui n'ont pas tous le même fond Aujourd'hui, on peut cumuler plusieurs fonds. Alors, il y a une question financière, mais on a quand même en pratique beaucoup plus accès à ça. Et puis les outils aussi, ce qui transforme, c'est les outils qui permettent de gagner du temps ou de réaliser des tâches qu'on ne faisait pas avant. C'est vrai dans notre métier d'éditeur de médias, mais je pense que c'est vrai aussi pour beaucoup de professions qui font beaucoup de choses, qui ont beaucoup d'informations, beaucoup de données, beaucoup d'échanges avec des clients. Il y a des choses qu'on n'a pas le temps de faire, des choses qu'on remet à plus tard, des choses qui, avec le temps, finalement, sont oubliées. L'IA permet de faire des choses qui n'étaient pas accessibles sauf à augmenter de grande taille les équipes. Donc, ça peut changer les tâches que l'on fait. Ça change aussi, évidemment, le... L'entrée dans la profession pour les stagiaires et les juniors, parce que tout ça, finalement, petit à petit, je pense que ça transforme la façon dont on va exercer le droit au quotidien. Donc forcément, ça va être structurant qu'on le fasse soi-même plus vite ou qu'on fasse que de nouvelles choses ou qu'on fasse faire par quelqu'un d'autre. Par exemple, il y a un assistant, ce qu'on appelle un paralégal, un ou une assistante juridique va pouvoir faire des choses maintenant un peu plus pointues sur le droit, d'ailleurs. On va voir, on parlait de la fonction de secrétaire juridique, qui a été depuis deux ans, je crois, scindée en deux postes, attachée juridique et assistante de justice, on ne parle plus de secrétaire, avec des fonctions plus techniques, on entre plus dans le droit, parce que les outils aussi permettent de faire un pré-travail juridique, pas de devenir juriste, mais de faire un pré-travail. Donc il y a quand même des choses qui se transforment, par le fait qu'on a une montée vers le haut, en fait, l'IA nous fait monter vers le haut, c'est... plus de choses plus vite, du coup tous les métiers se déplacent vers le haut les métiers hyper basiques qui consistent effectivement à prendre une heure pour faire de la prise de notes vont finir par disparaître sauf s'il n'y en a plus d'électricité mais hors ce cas là bientôt
- Speaker #0
plus personne ou presque plus personne au-delà de toute cette technologie, est-ce que vous avez le sentiment que les méthodes de travail évoluent elles-mêmes aussi, je pense notamment au télétravail ou au management aux nouveaux modes de collaboration ou aux attentes en matière d'équilibre de vie. Qu'est-ce que vous constatez de ce côté-là ?
- Speaker #1
Alors, il y a la technologie, mais pas que. La profession a beaucoup changé, je l'ai dit tout à l'heure, par le fait qu'il y avait beaucoup de nouveaux entrants. Donc forcément, une diversité des profils qui arrivent. Quand un cours d'eau se renouvelle à 1%, on va dire que l'eau n'est pas tellement renouvelée, mais quand il se renouvelle à 5% par an, l'eau commence à prendre une vivacité qu'elle n'avait pas forcément. Et puis il y a aussi un autre phénomène qui est en dehors de la technologie, qui est la féminisation de la profession, qui est assez importante. On est passé en gros en disant de 30% à 60% de nouveaux entrants qui sont des femmes. qui ont éventuellement, pas toutes, mais qui ont éventuellement une autre façon de voir. Et puis aussi se rajoute le fait que la société a changé. Bon, il ne faut pas tout la user là-dessus. C'est connu, c'est documenté, même s'il est encore un peu mystérieux pour beaucoup d'entre nous. Mais n'empêche qu'il se passe des choses avant même qu'on parle d'IA il y a trois ans, il se passait déjà des choses. Donc l'IA rajoute à ça. Tout ça fait que les méthodes, certes, elles vont évoluer, mais je crois qu'il reste quand même quelque chose qui est assez constant, c'est l'envie des professionnels du droit d'humanité. C'est un métier humain, avant tout. Ce n'est pas encore. Ça pourra peut-être l'être un jour, et ça l'est pour certains dans certaines légalités qui pratiquent le droit, mais ce n'est pas un métier d'automatisation, ce n'est pas un métier uniquement techno. Les professionnels de droit, ils aiment parler, échanger, même si certains parlent trop et se regardent trop, mais souvent, quand même, ils sont quand même dans l'échange. Ils aiment être dans des associations, discuter avec des confrères. développer des nouvelles activités. Je pense que vraiment l'humain, je n'invente rien, je ne vais surprendre personne en disant que l'humain est sous-jacent dans l'exercice du droit, en tout cas il l'était avant l'IA. Est-ce que ça va changer ?
- Speaker #0
C'est difficile à dire. Je pense qu'il y a pas mal de facteurs de changement, comme je l'ai dit. Ce qui est certain, c'est que ce qui change actuellement, c'est les sujets de management, par exemple. Ça, c'est plutôt lié à la féminisation, au renouvellement de la profession et à la société. C'est sûr qu'on n'est plus dans la reproduction systématique. et l'envie de dire on exerce comme avant et voilà avocat c'est ça et tu travailles tant d'heures et tu fais de telle façon voilà il y a quand même des choses il y a plus de concurrents je l'ai dit aussi donc il faut fidéliser ça c'est le vrai enjeu des cabines avocates fidéliser ses équipes les former ça prend du temps de former des nouveaux arrivants que ce soit les fonctions support ou des avocats donc il faut essayer de les garder c'est l'investissement et pour ça c'est le management c'est pas juste donner le bon salaire ou donner des tickets restaurant évidemment c'est bien plus subtil que ça Donc là, il y a vraiment des méthodes au niveau du management qui sont en train d'évoluer, alors ce sera sans doute long. On n'apprend pas le management à l'école des avocats, on l'apprend petit à petit, on a l'impression de le savoir. Quand on est avocat, on a souvent l'impression de savoir beaucoup de choses par la pratique, mais en fait, comme les choses changent, on s'aperçoit un jour qu'on est un peu décalé sur ces sujets-là. Il y a du nouveau mode de collaboration aussi. effectivement qui peuvent se développer. On voit de plus en plus de cabinets qui travaillent en petite structure, mais qui travaillent en réseau couramment. Avant, ça se faisait peu, ça se faisait que dans les cas vraiment nécessaires de sous-traiter, entre guillemets. On travaille beaucoup en collaboration. Ça, c'est, j'espère ne pas dire quelque chose de grave, mais c'est peut-être la féminisation qui fait ça, l'envie d'échanger avec des personnes plus variées, plus différentes. Il y a aussi, évidemment, voilà Alors ça, je ne sais pas si c'est né avec ça, ou si c'est le fruit, ou si c'est l'origine. Tous ces sujets d'amiable, de médiation, de conciliation, c'est une autre façon de pratiquer. Ce n'est pas encore 80% de l'activité, mais il y a des cabinets qui en font quand même beaucoup. Ici, dans ces pratiques-là, l'avocat trouve ce qu'il imagine souvent comme être l'essence de sa profession, c'est-à-dire la part humaine, comme je disais. ça, ça se développe quand même. La justice en tant qu'homme. L'institution cherche à le développer. Alors on sait que pour une partie, c'est pour faire des économies de structures, je veux dire qu'on le sait, mais il y a aussi d'autres bonnes motivations, je pense, sur le côté humain de la justice et puis de rapidité. Bon, ça, ça change forcément l'exercice. Les avocats qui doivent se former à la conciliation, à la médiation, oui, c'est une autre façon de développer. Ça change dans le recrutement. méthode de travail dans les recrutements c'est vrai qu'avant beaucoup d'avocats il y a 10 ans recevaient des CV ils piochaient dedans et ça suffisait ils avaient leur réputation sur leur domaine ça suffisait maintenant c'est plus la même chose soit parce qu'il y a plus de concurrence et que c'est moins simple soit parce que les jeunes sont moins motivés ou ont été moins sensibles à ce qu'on leur a dit à l'école ou sur les réseaux de dire c'est bon pour ton CV donc il faut il faut y aller, faire un sacrifice pendant deux ou trois ans. Peut-être un peu moins sensible à ça. Il y a peut-être d'autres sujets, la qualité de vie. Dans tous les métiers, on sait que le nombre de gens qui ne finissent pas leur grande école ou qui la finissent, ingénieurs, droits ou autres, et qui s'arrêtent du jour au lendemain, ils vont faire complètement autre chose. Ils n'ont pas été séduits par la promesse qu'on leur faisait. On sait qu'il y en a beaucoup. Donc voilà, il y a des choses qui changent dans le recrutement aussi. La façon de savoir... séduire les candidats et les fidéliser et les manager tout ça est évidemment associé et puis il y a évidemment le sujet d'équilibre de vie vie pro, vie personnelle évidemment que c'est un sujet qu'il faut prendre en main et je pense qu'on va en parler et puis évidemment il y a le télétravail nouvelle façon de travailler, oui ça nous a été imposé, on le sait tous, par la pandémie finalement beaucoup y ont pris goût, notamment les jeunes, mais pas que. C'est à la fois quelque chose... le télétravail a toujours existé, parfois a été très fort, parfois a redescendu. Bon là pour l'instant tout le monde semble vouloir le conserver sauf quelques grandes entreprises. Clairement c'est une autre façon de travailler parce que... Parce qu'on parle de travailler à distance, et donc ça enlève beaucoup de ce que nous on a l'habitude d'appeler la vie commune dans une entreprise, l'histoire qu'on partage, qu'on construit ensemble, de façon informelle, évidemment, encore une fois, je ne dis rien d'extraordinaire, mais les petits moments qu'on n'a pas préparés et qui naissent, que ce soit agréable ou conflictuel, ça peut arriver dans tous les cas, mais en tout cas, les histoires qu'on partage ensemble sont plus difficiles. à distance, parce qu'on ne sait pas le faire. Dans certaines entreprises ou d'autres générations, souvent, ça veut mieux le faire ou on a l'impression que ça leur suffit. Ils demandent peut-être moins, ils n'ont pas forcément envie de rejoindre une histoire aussi poussée. Mais les télétravailleurs, clairement, c'est maintenant sur toutes les offres d'emploi sur le village de Jussi, une bonne partie des offres d'emploi abordent ce sujet, télétravail, telle quantité, tel quota, c'est comme presque une concession. Alors, il ne faudrait pas que ce soit une concession, mais plutôt une histoire commune. Je pense que là, on n'est pas encore prêts complètement dans les métiers du droit, mais dans d'autres métiers non plus. Il ne faut pas oublier que les télétravailleurs, pour ceux qui ne le font pas, qui ne télétravaillent pas, ou même en général les managers, ça représente quand même, ça reporte, disons, une charge mentale, qui est celle d'animer les équipes qu'on ne voit pas. On ne sait pas ce qu'elles font. Il faut prendre des rendez-vous, il faut organiser les choses. Donc, c'est une charge supplémentaire mentale pour les managers, qui est celle d'organiser. Il peut être plus facile avant. Donc, il faut qu'on apprenne tout ça, mais clairement, ça change. Il y a... Il y a 7-8 ans, on n'aurait jamais dit que le droit pouvait se pratiquer à distance. Franchement, ça ne se faisait pas du tout en Cévennes. Maintenant, je pense que dans les offres d'emploi que l'on voit, c'est 3 sur 4 propos du télétravail. Certains vont jusqu'au full télétravail. Franchement, ça me paraît beaucoup, mais c'est clairement une façon de travailler qui est implantée clairement dans les métiers du droit.
- Speaker #1
Aujourd'hui, vous l'avez dit, être un excellent avocat ne consiste plus seulement à maîtriser le droit, il y a les fameuses soft skills qui deviennent incontournables. Quelles seraient selon vous les compétences qui feront réellement la différence dans les années à venir ?
- Speaker #0
Je vais me permettre juste de faire une parenthèse sur le début de ce que vous venez de dire, l'excellent avocat. Alors moi, je ne suis pas avocat, je n'ai pas souvent, ça m'arrive, mais à faire des avocats d'un point de vue... dossier juridique, mais je ne sais pas ce que c'est qu'un excellent avocat, je ne suis pas sûr que même des avocats aient tous la même définition. C'est pas seulement un technicien excellent du droit, on le sait, alors il faut être un excellent avocat et certainement un excellent technicien du droit, on a aussi, je fais une parenthèse dans la parenthèse, des excellents avocats qui sont surtout des excellents plaideurs, bon c'est autre chose, mais je pense que l'excellent avocat aujourd'hui c'est plutôt un stratège, un conseiller expert. C'est quelqu'un qui sait anticiper, orienter un dossier, influencer peut-être le client dans tel ou tel sens pour prendre les bonnes décisions, qui va créer, imaginer, qui va peut-être savoir dire stop à un moment donné à une procédure, on se trompe, qui va pouvoir évaluer les risques et les montants, ce que demandent souvent les clients, mais qu'est-ce qui est en jeu en réalité ? L'excellent avocat, c'est celui qui va, à mon avis, être créatif et aider à donner un éclairage. Ça, je ne pense pas que ça va changer, pas pour le moment. Je ne sais pas qui confierait à ChatGPT le choix d'arbitrer et le sort d'une fusion entre deux sociétés pour 10 millions, 100 millions, 1 milliard d'euros. Non, je pense qu'à un moment donné, la préinformation juridique, c'est une chose, la créativité, la force de décision, tout ce qui est l'avocat humain, c'en est une autre. Et je pense que ça, ce n'est pas quelque chose qui va changer tout de suite. Il y a... Sera le droit mieux qu'un avocat ? Elle le sait déjà, beaucoup d'avocats disent eux-mêmes qu'ils ne cherchent même pas à lutter avec l'ampleur de la donnée numérique. Mais est-ce que l'IA saura qu'un groupe de députés s'apprête à faire voter une loi dans trois jours sur tel sujet qui va influencer, influer sur tel ou tel sujet du droit d'entreprise ? Est-ce que l'IA saura qu'avant-hier... une cour à juger d'une nouvelle façon un sujet et que c'est vraiment très important. Bon voilà, je pense que l'avocat, il a la force de pouvoir changer de point de vue, d'en magasiner énormément d'informations, mais pas comme le fait l'IA, pas sous un angle probabiliste, mais sous un angle un peu malin. L'homme, c'est le malin par rapport à l'IA. Et donc du coup, il y a certainement des nouvelles compétences qui vont devenir incontournables, mais je pense que ça, ça va rester. Et ça va rester tant qu'il y aura des avocats, je dirais. Je pense qu'il y a quand même une différence. Bon, les nouvelles compétences, il y en a quand même. Forcément, et ce n'est pas que l'IA, c'est tous ces changements dont on a parlé tout à l'heure qui sont en train de se développer. Il faut qu'on développe mieux le management en cabinet d'avocats. Donc, tout ce qui est lié à l'écoute, à la reformulation, à la psychologie, c'est des choses qu'il faut vraiment qu'on développe et qu'on est en train de développer collectivement dans les métiers du droit. Je pense qu'il y a la psychologie du client. Alors, psychologie, pardon Barbara, l'enfant est ce moment-là, c'est évidemment pas dans le bon mot. La façon dont le client voit le droit et la façon dont il pense à son cas, c'est quelque chose qui est en train de changer puisque le client, il y a toujours eu des discussions de brefs de comptoir en famille, etc., mais il arrivait grosso modo novice devant l'avocat. Là, maintenant, il n'est plus tellement. En tout cas, il ne croit plus l'être. puisqu'il a interrogé l'IA, il a déjà fait des comparatifs, il a regardé des forums, il a un degré de connaissance qui fait qu'il n'est plus tout à fait novice et ouvert comme avant. Les avocats disent qu'il est parfois même à convaincre contre son gré. Donc ça, ces capacités de communication, il va falloir les développer. Parfois, les avocats sont trop orientés sur eux parce qu'ils savent qu'ils ont la donnée, l'information, la connaissance. Et là, maintenant, il va falloir l'expliquer et justifier. Donc ça va être autre chose, certainement. Plus de créativité aussi, je ne sais pas si la créativité on peut la rentrer dans les soft skills, parce que créativité c'est une somme de choses, mais si on peut la rentrer, je l'y mets volontiers, créativité parce qu'il va falloir travailler en équipe pluridisciplinaire, il va falloir avoir des compétences technologiques, on ne demande pas à un avocat de savoir coder, mais il va falloir pouvoir être agile face à la technologie, qui est ce qu'elle est aujourd'hui, qui déjà les bouleverse pas mal, mais qui va encore changer. Je ne savais pas utiliser une techno hier, il faudra que je sache demain. En tout cas, si ce n'est pas moi, c'est quelqu'un dans mon cabinet, dans ma structure, dans mon collectif. Il faudra que les équipes soient plus adaptables, donc il va falloir effectivement être adaptable et créatif. Par exemple, je prends l'exemple de l'IA, on sait tous qu'il y a un an, si on suit un petit peu sur les réseaux et si on suit un peu les actualités, notamment sur le village, il y a un an, on disait, ou il y a deux ans, il faut que vous appreniez à prompter, c'est indispensable. Puis après, les promptes sont devenues plus complexes. On a dit non, elles sont devenues tellement complexes, ce n'est pas suffisant, la technologie veut que maintenant vous appreniez à créer des skills. Donc ça, c'est le sujet du moment, créer des skills. Je ne rentre pas dans les détails, mais c'est ça. Et on nous dit déjà que demain, c'est même plus ça, il va falloir en plus apprendre à gérer des agents IA. Donc ça, ça demande de l'adaptation, et on nous dit qu'il faut le faire au quotidien. Il va falloir effectivement se former, mais il va falloir être adaptable et créatif pour utiliser tout ça, tout en se différenciant, parce qu'en aucun cas, Il faut que l'avocat cherche à faire la même chose que lire, évidemment. Il faut qu'il reste unique, différent. Je pense qu'il y a encore et pour longtemps des milliers de façons d'exercer le droit et donc il y aura des milliers de façons d'être avocat. Il y aura pas mal de profils différents, de compétences utiles pour certains et moins pour d'autres. Évidemment, la créativité pour quelqu'un qui fait toujours la même chose tous les jours est moins importante que pour quelqu'un qui a... qui peut être généraliste ou qui est dans des sujets où la réglementation est super fluctuante. Évidemment qu'on n'aura pas tous besoin des mêmes soft skills. Un avocat, évidemment, cliché, un avocat qui plaide un conflit entre un commerce et ses voisins pour une usance sonore, par exemple, n'a pas la même posture, les mêmes besoins, la même attitude que celui qui va conseiller pour la création d'une start-up ou encore celui qui assiste à un criminel supposé. La profession n'est pas unique, donc il n'y aura pas les mêmes soft skills. Par contre, ce qui est plus important, c'est de se dire qu'il faut qu'on en apprenne et qu'on s'adapte et qu'on soit créatif. Je pense que c'est le sujet principal. Et peut-être que dans les compétences, peut-être que là, je glisserais un mot sur les étudiants en droit. C'est quand même super important parce qu'en termes d'apprentissage des nouvelles skills, les étudiants, c'est eux qui sont... eux ils ne savent pas encore lesquels adopter ils ne sont même pas dans le changement ils sont dans l'interprétation c'est un vrai sujet, on est dans le flou sur ce que vont devenir les stagiaires pas que dans le droit, dans plein de domaines mais c'est un sujet d'avenir, on sait évidemment c'est un cliché que de dire ça, que si on ne forme pas nos stagiaires pour demain, du coup on n'aura pas d'associés on n'aura pas de gens experts demain en même temps difficulté À court terme, les professions du droit sont des professions, enfin la profession d'avocat par exemple est une profession réglementée mais libérale pour une grande majorité, donc ce sont des chefs d'entreprise, donc ils surveillent et veillent, optimisent leurs trésoreries, leurs investissements. Donc s'il n'y a pas besoin d'un stagiaire, aucune raison d'en prendre un. On dit beaucoup que la profession d'avocat est dans la transmission, et c'est vrai, les associés transmettent et les experts transmettent aux jeunes leurs compétences. Mais en même temps, si on n'en a plus besoin, ça s'appellerait du pro bono. Donc il faut trouver à former les étudiants pour que peut-être l'offre d'étudiants, ce n'est pas péjoratif, mais l'offre de stagiaires soit différente. Et déjà, c'est Soft Skills là, ils développent, je pense, une créativité, une adaptabilité, une imagination, un sens de l'écoute qui n'est pas forcément né. Il n'est, je veux dire, dans les études de droit, je ne suis pas sûr qu'on apprenne à écouter le client. Je ne suis pas sûr qu'on apprenne à lui reformuler son problème d'une autre façon. Et on va avoir besoin de... Si ces jeunes-là ont ces nouvelles soft skills, je pense qu'ils seront plus faciles à intégrer que s'ils partent juste d'utiliser de l'IA et apprendre le droit et qu'ils n'ont aucune compétence comportementale. Je pense que ça va être compliqué pour eux parce qu'on va leur dire qu'on n'a plus besoin de vous. Donc, je forme des juristes pour demain, des stagiaires pour qu'ils soient juristes demain. Je pense qu'il faut vraiment développer les compétences des étudiants en droit très vite pour qu'ils aient ça. Ils n'ont pas le temps d'acquérir dans 10 ans.
- Speaker #1
Oui, c'est intéressant. Ah si,
- Speaker #0
c'est clair.
- Speaker #1
J'aurais dit un milliard d'autres questions, mais je vois que l'heure tourne. Est-ce que vous pouvez nous dire quels sont les prochains projets et événements du village de la justice, votre conférence peut-être, en tout cas tout ce que vous aimeriez mettre en avant aujourd'hui ?
- Speaker #0
Alors, sur le village de la justice... Évidemment, tout ce qui est transformation est important. Nous, on travaille sur notre actualité du moment, c'est deux sujets principaux. C'est effectivement développer cette information sur ce que permet l'IA et ce qu'il faut faire pour s'y former, s'y adapter. Et ça, évidemment, on travaille beaucoup sur nos articles. On travaille aussi sur une prochaine version bientôt de notre rubrique emploi qui est une rubrique phare dans le marché juridique. On est le premier site d'emploi aussi. Et là, je parle de ça parce qu'il y a des sujets de mise en relation, est-ce qu'on utilise ou pas l'IA, est-ce qu'on met des badges de compétences, c'est vraiment un sujet qui est lié, on ne rédigera bientôt plus, c'est déjà un peu le cas, mais de moins en moins une annonce comme on le faisait avant, on ne demandera pas la même chose au CV, il y a des choses qu'on est en train de changer. Et puis on travaille beaucoup sur notre congrès de novembre, dixième édition de la transformation du droit, c'est vraiment par rapport à ce que j'ai dit tout à l'heure sur la notion de l'avocat qui est une profession humaine, le mieux c'est de la vivre et la vivre. c'est pas que lire des articles, c'est aussi faire des rencontres, rencontrer des gens qui ont déjà innové, qui ont réussi, qui ont échoué, des gens qui proposent des legal tech, de l'IA, des gens qui expliquent comment ils ont mis en place dans leur cabinet d'avocat ou leur service juridique, c'est vraiment un lieu de rencontre qui est important. Hier, je discutais avec quelqu'un qui me disait, c'est dommage parce que rendez-vous des transformations du droit, il y a beaucoup de choses qui sont la partie cachée, c'est-à-dire les échanges dans les couloirs, la sortie des conférences, et oui, c'est ça un congrès. Ce n'est pas dommage, il y a des conférences pour 400 personnes et des échanges pour 4 personnes, mais c'est ça un congrès et on travaille beaucoup là-dessus pour que les avocats viennent s'imbiber, s'inspirer, apprendre et échanger aussi pour ceux qui sont déjà plus avancés que d'autres, parce qu'il y a beaucoup d'avocats qui sont très avancés, et c'est bien qu'ils prennent ce temps de partage avec les autres. C'est notre actualité de fin d'année et je ne doute pas qu'avec l'IA, on aura des surprises. dans les mois qui viennent.
- Speaker #1
Et où est-ce qu'on peut vous suivre et suivre vos publications ?
- Speaker #0
Alors nous, on essaye de rendre le droit accessible. Ça fait partie de nos cinq ou six critères forts auxquels on pense tous les jours. Et donc, pour ça, on essaye d'être un peu partout. Donc, évidemment, sur village-justice.com, c'est la base. On est sur les réseaux sociaux. On essaye de publier l'essence, une bonne partie de ce qui est vraiment important pour les métiers du droit, donc sur LinkedIn. X et Facebook, Blue Sky et d'autres réseaux. On a une newsletter qui permet d'avoir de l'information, parce qu'on est tous saturés d'informations, donc c'est bien que quelqu'un, et c'est le rôle d'une rédaction d'un média, fasse une sélection, c'est le rôle de notre newsletter hebdomadaire. Et puis on a des outils un peu plus poussés pour les gens qui seraient très précis sur ce qu'ils cherchent dans un domaine du droit. On peut être alerté sur le village de justice, on a une fonction d'alerte pour recevoir un mail que quand on a un sujet de telle rubrique ou de tel domaine du droit. On essaye de mettre en place les outils de recherche et d'informations sur le village. Évidemment, on est référencés par les IA. Les IA ont tendance à un peu mélanger toutes les données et faire un travail de synthèse. Donc, on trouve nos informations sur les IA. Je ferai juste une parenthèse, on est un site participatif, on n'est pas parlé, c'est important. Les gens qui écrivent chez nous sont à 95% des métiers du droit eux-mêmes ou des gens qui travaillent dans le droit. Donc, on essaye de structurer cette information-là et de la partager le mieux possible, de la valoriser. Donc, c'est aussi sur les IA, sur les moteurs de recherche. On essaye de la rendre visible et accessible par tous pour qu'elle soit le plus utile possible et la plus lue, évidemment.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Christophe, d'avoir partagé tout ça avec nous aujourd'hui, même si j'avais plein d'autres questions à vous poser. Mais on fera peut-être un épisode numéro 2.
- Speaker #0
Bon, désolé si j'étais un petit peu long, mais très heureux d'avoir échangé avec vous. Merci beaucoup de ce temps.
- Speaker #1
Au revoir.
- Speaker #0
Au revoir.
- Speaker #1
Au fond, cet échange nous rappelle que les outils changent, que les technologies évoluent, que les attentes des clients se transforment. Mais, heureusement, que l'essentiel demeure. La confiance, le discernement, l'éthique, la capacité à écouter, à comprendre, à accompagner. Autant de qualités humaines qui continueront sans aucun doute à faire la valeur d'un avocat, quels que soient les progrès technologiques. Pour poursuivre avec notre minute psy, j'aimerais vous parler d'une compétence dont on entend encore peu parler dans les professions juridiques, l'agilité psychologique. Face aux transformations technologiques, beaucoup pensent que la compétence la plus importante sera demain la maîtrise de l'intelligence artificielle. Les recherches en psychologie du travail montrent autre chose. Les professionnels qui s'adaptent le mieux ne sont pas nécessairement ceux qui maîtrisent le plus vite les nouveaux outils. Ce sont ceux qui savent rester curieux, apprendre en continu, remettre en question certaines habitudes, collaborer différemment et accepter que leur métier évolue. Ainsi, la capacité d'adaptation est aujourd'hui une compétence à part entière. Mais s'adapter ne signifie pas renoncer à son identité. Pour un avocat, cela consiste, peut-être, à utiliser l'intelligence artificielle pour gagner du temps, tout en conservant ce qui fait la singularité de sa profession, le discernement, la stratégie, la relation de confiance et l'intelligence humaine. L'avocat de demain sera peut-être celui qui saura le mieux associer innovation technologique et intelligence relationnelle. Merci à vous qui nous avez écoutés. Si cet épisode vous a plu, pensez à vous abonner, à parenthèse au barreau, à le partager autour de vous, et à découvrir les publications du Village de la Justice, ainsi que les ressources proposées par Juripsi. Je vous dis, comme chaque semaine, à très bientôt, pour une nouvelle parenthèse au barreau.