Speaker #1Ma première question qui est un peu bateau, mais évidemment c'est la première à laquelle j'ai pensé, c'est juste, est-ce que tu arrives à situer exactement, plus ou moins exactement, d'où te vient cette envie de faire rire les autres en fait ? De faire rire les gens ? Si je suis vraiment totalement honnête, je pourrais avoir le truc habituel de « Ah, je faisais déjà rire mes petits camarades de classe quand j'étais jeune » , mais c'est pas vrai du tout, je faisais rire personne quand j'étais jeune. J'étais assez dans mon coin, assez renfermé. Et au départ, j'ai plus vu ça comme un challenge. Je trouvais ça intéressant. Je n'étais pas dans l'optique de « tiens, je vais faire marrer les gens » . Je me suis juste dit « tiens, ça doit être… Est-ce que je peux y arriver ? » Moi, je voyais ça comme de la magie. Parce qu'en fait, je n'arrivais pas à comprendre comment un mec tout seul ou une nana toute seule à une table pouvait nous faire voir tout à coup trois ou quatre personnes différentes. Et en fait, en étudiant, en regardant, je me suis dit « mais en fait, ce qui est incroyable, c'est que… » Et c'est là où j'ai commencé à être vraiment très stimulé intellectuellement. C'est parce que je me suis dit « en fait, ce qui est fou, Parce que je m'amusais à demander, je disais à mon père, par exemple si on prend, je sais pas, le Scrabble ou n'importe quel sketch à plusieurs personnages, je disais toujours à mon père ou à ma mère, je disais, qui tu vois ? Comment tu le vois le fils ? Comment tu vois la mère ? Et je m'aperçois que chacun avait sa propre description du personnage. Et je me suis dit, alors ça c'est vraiment incroyable, parce que ça veut dire que le mec, ou la nana, l'humoriste en tout cas, arrive en fait, en faisant un choix de phrase particulier, en mettant un contexte particulier, à générer une imagination commune et en même temps totalement différente. C'était vraiment le challenge d'arriver à faire ça. Puis ensuite, j'ai étudié un peu les mécanismes. Moi, j'ai un milieu très populaire où on faisait beaucoup de vannes entre nous, très dur. On se vannait entre nous, la famille, les gens qu'on croisait. On avait un humour très noir comme ça dans la famille. Et quand j'ai découvert un peu plus tard des proches, des Coluche, etc. Je me suis dit, ah, donc en fait, on peut allier cet exercice intellectuel très chouette qui est de créer des personnages, des situations, etc. Et en même temps sortir des saloperies. Et là, ça a résonné effectivement énormément en moi à ce moment-là. Et je me suis dit, c'est ça que je veux faire. De là à dire, je vais partir, donc tu viens de Charleville-Mézières, tu t'es dit, à 17 ans, je pars à Paris pour me lancer quand même. C'est-à-dire que c'est quand même un déclic fort, c'est quand même la naissance d'une vocation. Oui et non, il faut être totalement honnête. Moi, je ne veux pas rajouter du rêve là où il n'y en a pas. La vérité, c'est que j'étais nul à l'école, je ne savais pas ce que j'allais faire. Je comprenais, non mais il faut dire la vérité, je ne comprenais rien. J'étais en seconde, j'avais redoublé ma troisième, c'était une catastrophe. Je m'étais fritté avec mon prof de maths, je me suis fait virer du collège, tout était un enfer, une catastrophe, je ne trouvais pas ma place. Et puis tout à coup, quand je commence à faire du théâtre à l'école, etc., je vois qu'il y a un truc qui arrive facilement sans travail. Donc au départ, en fait, non seulement je trouve du plaisir à quelque chose, mais en plus, ça me permet de trouver une place. Je deviens au sein de mon école le gars bon au théâtre. Donc au départ, il n'y a pas une espèce de passion énorme qui me submerge, je me dis je suis fait pour être ça. Mais en réalité, ça, c'est ce que les gens racontent. Après, au départ, quand on a 14 ans, 15 ans, on se découvre un talent. On se dit, putain, j'ai l'air d'être bon là-dedans. C'est chouette. Et puis, on s'aperçoit que ça permet d'avoir un regard des autres, le regard des autres, d'avoir de l'admiration dans les yeux de ses camarades, de trouver une place. Au départ, c'est ça. Et après, moi, je suis quand même un peu un homme de challenge et de compétition. Ça m'a toujours stimulé. Donc, ce qui se passe, on va être très clair, je veux arrêter l'école. Mes parents me disent, hors de question, passe ton bac d'abord. On connaît le truc. Et on va avoir mon prof principal de seconde qui dit cette phrase formidable, qui dit oui de toute façon c'est quoi tes objectifs parce que si c'est juste pour passer le bac autant arrêter maintenant. Donc là ma mère le regarde et dit bah alors félicitations parce que moi je viens de le convaincre d'aller au moins jusqu'au bac et vous êtes en train de lui dire qu'avec un bac il fera rien. Donc moi évidemment je prends le truc au vol, je dis bon bah si ça sert à rien le bac autant arrêter maintenant parce que de toute façon j'y arriverai pas plus loin. Donc au départ ça part de ça. Donc il y a un petit conflit, un petit débat familial qui génère et puis ma mère est très maligne et elle me dit bah écoute tu sais quoi t'as qu'à aller faire l'audition des cours Florent. en province les cours Florent on a l'impression que c'est un billet pour le succès bref donc toujours est il que donc ma mère sait qu'on peut pas être pris aux cours Florent avant 18 ans j'en ai 16 ans j'ai 16 ans 16 ans elle me dit t'as qu'à aller faire l'audition des cours Florent et si tu es pris tu peux arrêter l'école et donc je pars je prends mon train je vais faire l'audition des cours Florent convaincu qu'on peut être pris mineur bien sûr parce que ma mère m'a bien bien caché le fait qu'on peut pas être pris en étant mineur et et donc elle me dit bonne chance hum En sachant que c'est donc impossible que je sois pris. Je fais l'audition des cours Florent, je crois que je fais un sketch de Muriel Robin, je fais un poème d'un poète asiatique, je ne sais pas où je suis allé chercher ce truc, ça n'a même plus du nom. Bon, enfin, je fais deux, trois trucs comme ça. Et puis alors François-Xavier Hoffmann s'est auprès de moi et puis il me dit « T'as quel âge ? » et tout. Je dis « J'ai 16 ans. » Il me dit « Mais tes parents sont d'accord pour que tu fasses les cours Florent ? » Je dis « Ben oui, je ne comprends pas trop la question. » « Ah bon, même à ton âge ? » Je dis « Ben oui, oui, il n'y a pas de problème. » Parce qu'il me dit « Tu sais qu'on ne peut pas être pris aux cours Florent, en tout cas pas en première année, il fallait faire une prépa et tout, sans être majeur. » Donc je dis « Non, je ne savais pas. » Et il me dit, mais bon, si tes parents sont OK, écoute, on va faire une exception pour toi. Une dérogation. On va te faire une dérogation. Arroser, arroser, quoi. Et tu vas devenir le plus jeune élève des cours Florent français. Écoutez, alors allons-y, allons-y comme ça. Je sors de l'audition, ma mère m'appelle. Alors, comment est-ce que ça s'est passé ? Je lui dis, je ne suis pas pris. Là, elle fait semblant d'être triste jusqu'à ce que je lui dise, non, en fait, j'ai eu une dérogation. Et donc là, j'ai des parents qui sont bien emmerdés. Parce que je reviens avec ma dérogation, et là mon père qui regarde ma mère en disant « Ah ben bravo, félicitations, parce qu'on a un professeur principal qui lui a dit le bac ça sert à rien, une mère qui lui a dit si t'es pris au cours Florent, tu peux partir et arrêter l'école. » Donc mon père tranche et me dit « Bah arrête l'école. » Donc d'abord, le premier truc, c'est qu'il me laisse arrêter l'école. Ensuite, ils vont voir mon professeur de théâtre de ma ville, qui s'appelle Bruno Nyon, qui est un professeur de théâtre, qui avait des compagnies de théâtre, etc. un peu partout, il y a peut-être des gens ici ce soir qui l'ont croisé, c'est un grand monsieur du théâtre. qui était venu un peu faire sa retraite en reprenant le théâtre municipal de Charles-Laville-Mézières, qui était en perdition, et donc qui m'avait pris en cours particulier, gratuit, déjà au bout de quelques mois de cours avec lui, parce qu'il trouvait que j'avais du talent et qu'il avait envie de me faire travailler. Donc mes parents vont voir finalement Bruno, en lui disant, il vient d'être pris, on est terrorisé, il est mineur et tout, qu'est-ce qu'on fait, est-ce qu'on doit le laisser partir ? Et Bruno a dit, écoutez, J'ai eu plein de parents qui sont venus me voir pour me demander ce genre de choses. J'ai toujours dit non, ne le laissez pas partir. Assurez-vous qu'il a un bagage avant. Mais là, je vais prendre le risque de vous dire, laissez-le partir. Voilà, c'est comme ça que je suis parti là-dedans. J'ai remarqué que toi, Jérémy, dans tes spectacles, tu parles très peu de toi. Pourquoi ? Parce que je trouvais que c'était suffisamment égocentrique de monter sur scène devant des gens assis qui avaient payé. Et je me disais, si c'est en plus pour leur parler de moi, je trouvais ça... En fait, j'ai toujours considéré que la scène, l'espace de création, c'était pour faire rêver les gens. Alors tu peux les faire rêver de mille manières différentes, tu peux les faire rêver en les faisant pleurer, mais j'ai toujours estimé que les gens devaient sortir de quelque part. C'est pour ça que, par exemple, parfois j'ai du mal avec certains spectacles ou certains films, même français, parfois j'ai du mal quand on filme trop la réalité comme elle est. Parce qu'il y a des choses tellement incroyables qui se passent dans le réel, il y a des histoires tellement folles. Moi je suis un passionné d'histoires vraies parce que c'est celles qui me transcendent le plus, parce que quand on voit que l'impossible est possible, c'est ça moi qui me transcende, même quand c'est des histoires dramatiques, même quand c'est des histoires tristes, même quand c'est des histoires qui génèrent le débat. qui créent la polémique, etc. Moi, j'aime bien, c'est là où je me dis, ça valait le coup de le filmer, ça valait le coup de le raconter, ça valait le coup de machin. Donc, c'est vrai que quand je monte sur scène, j'avais envie de les emmener ailleurs. Mais en revanche, il me semble que dans ton spectacle actuel, tu te livres plus sur toi. C'était totalement inévitable, parce que pendant Vendée de Pièces à Beyrouth, donc mon deuxième spectacle, et donc je suis en tournée avec Vendée de Pièces à Beyrouth, et j'ai des problèmes dans ma tête depuis tout petit, ça va pas dans ma tête, j'ai plein de... plein de problèmes, de flashs, d'idées noires, de trucs horribles tout le temps, enfin bref, qui m'assaillent comme ça depuis tout petit, et qui s'amplifient avec le temps. Et puis je commence vraiment à tomber dans l'alcool, de manière extrêmement puissante, jusqu'à arriver à une tentative de suicide. Et ça c'est pendant Vendepièce à Beyrouth. Le spectacle est un succès, les boîtes de production fonctionnent, j'ai sorti des bouquins qui marchent, on commence à produire des artistes qui marchent, mes émissions de télé fonctionnent, j'ai même pas 30 ans, et en quelques années j'ai réussi à avoir tout ce que je rêvais, donc il n'y avait aucune raison d'être triste. Et j'étais convaincu que ce succès allait calmer mes angoisses. Évidemment, elle ne les calme pas. Je ne vais pas vous refaire l'histoire, vous avez entendu ce genre de témoignages mille fois. Mais toujours est-il que j'arrivais à une tentative de suicide. Donc derrière, je rentre en cure de désintox pour arrêter l'alcool, puisqu'à ce moment-là, je bois du matin au soir, plus des médicaments, etc. Donc ça ne va pas du tout. Et puis en cure de désintoxication, je vais apprendre une liste de maladies invisibles, que j'ai un trouble de l'attention et qui par activité, que je suis obsessionnel compulsif, obsessionnel idéatif. J'étais en errance médicale depuis 20 ans. J'avais déjà vu plein de psychiatres qui, à chaque fois, votaient en touche. Et donc, pour une fois, j'ai un diagnostic et je commence à aller mieux. Donc, il se trouve que j'avais déjà prévu d'écrire un spectacle sur la santé après Vendée-Pièce à Beyrouth. C'était un projet que j'avais déjà dans la tête depuis longtemps. Quand je commence à écrire anesthésie générale, non seulement ça fait trois ans, pratiquement quatre, que je ne bois plus et que je commence à me connaître, à me comprendre, à comprendre ce que c'est la psychiatrie, les maladies invisibles, etc. Donc, je commence à avoir une connaissance de moi-même et des thèmes en eux-mêmes. Et je me mets à écrire un spectacle sur la santé. J'ai toujours fait des spectacles documentés. Moi, je fais entre un an et deux ans de recherche avant d'écrire un spectacle pour maîtriser, entre guillemets, les sujets. En tout cas, savoir à peu près ce que je dis et essayer d'avoir un minimum de connaissances et de maîtrise de mes sujets. Donc je fais la même chose sur l'anesthésie générale, je commence à dire ok donc de quoi je vais parler dans la santé, donc la sécurité sociale, l'abandon du gouvernement en termes de financement entre autres de nos systèmes de santé. Et puis à un moment donné arrivent quand même des thèmes un peu plus légers comme l'homéopathie, bon voilà je fais un petit tour d'horizon de tout ce dont j'ai envie de traiter. Puis à un moment donné je me dis mais en fait je ne peux pas monter sur scène devant les gens. ne pas leur expliquer ce qui m'est arrivé, c'est impossible. Pourquoi ça m'est impossible ? Déjà par sincérité, parce que j'estimais, c'est très étrange, mais j'estimais que je devais leur dire, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai toujours eu un rapport très particulier avec le public et j'estimais que je leur devais ça, je devais leur expliquer ce qui s'était passé. De deux, parce qu'à partir du moment où j'ai compris qui j'étais, vraiment, profondément, avec mes forces et mes failles, j'ai eu une autre vision des choses, de la vie, de moi-même, de mes comportements passés, de ma façon d'analyser les choses, etc. Je ne pouvais plus reparler des choses sans parler à travers ce prisme-là, par souci de respect. Et puis tout simplement parce que moi, je m'en suis sorti avec la parole. C'est-à-dire qu'actuellement, je n'ai pas de médicaments, je n'ai pas de traitement. J'ai fait les alcooliques anonymes, entre autres, plus les narcotiques anonymes. Moi, j'avais tous les badges, donc je pouvais aller partout. Moi, les psychiatres m'avaient dit, tu ne pourras pas reprendre ta vie normale sans alcool, sans rien, sans médicaments, ce sera très compliqué. Et j'ai vu ça un peu comme un challenge. Je me suis dit, peut-être qu'avec une forte très très fortes disciplines de vie, peut-être je peux y arriver. Donc j'ai mis ça en place dans ma vie, et je me suis aperçu que la parole, le fait de m'exprimer sur le sujet, en réunion, anonyme, c'était pas anonyme, en réunion, d'écouter les autres m'en parler, j'ai compris que la parole m'avait sauvé. Donc je savais très bien qu'en allant raconter ça aux gens, je savais que ça allait les aider, d'autant que je ne correspond pas au profil qu'on se fait d'un alcoolique, que je ne correspond pas au profil qu'on se fait d'un mec qui se retrouve en hopital psychiatrique, donc je savais très bien que ça allait à la fois faire du bien aux gens et que ça allait déstigmatiser en même temps. Donc je savais que j'allais faire un strike. Et en plus, si j'arrivais à être drôle avec, alors c'était formidable. Et ça ne t'a pas rendu plus vulnérable à l'idée de te livrer ? Non, c'est l'inverse. Ce qui rend vulnérable les gens, c'est de se mentir à eux-mêmes ou de mentir aux autres. Moi, je n'ai plus rien à cacher. Donc j'ai tout admis. J'ai dit sur scène, voilà, je faisais ça, je pétais des câbles. J'ai été méchant, j'ai été si, j'ai été insultant. Voilà, j'ai tout dit. J'ai dit, voilà, j'ai fait ça, vous m'aimez encore, vous ne m'aimez plus. Et ça m'a rendu beaucoup plus fort. Et puis, je n'ai pas de honte parce que l'addiction, c'est une maladie. Et le reste, ce sont des maladies. J'ai fait ce que j'ai pu, avec qui j'étais, avec ce que j'avais comme arme, de là où je viens, où la psychiatrie, c'était impossible d'en parler. Je veux dire, moi, quand à 14 ans, j'ai dit à mes parents, je voudrais aller voir un psychiatre. Ils m'ont dit, pourquoi t'es pas fou ? Donc, non. J'assume tout ce que j'ai pu être, dire, faire. J'assume encore des moments où on peut me croiser à un mauvais moment, où je peux paraître désagréable, froid, c'est pas ça. C'est que des fois, ça va pas dans ma tête, où j'ai un truc, et puis je suis obsédé par quelque chose. Et c'est pas grave, c'est comme ça. Vous me recroiserez le lendemain, puis je serai plus souriant. Donc j'assume plus maintenant. Parce qu'avant, le moindre truc, je culpabilisais complètement. J'analysais chaque fois que j'avais croisé quelqu'un dans un couloir, dans un ascenseur. Est-ce que j'ai été bizarre ? Est-ce que des fois, je vois pas les gens ? J'avais plein de comportements très étranges. Je me dis aussi de temps en temps, en en parlant à la télé, avec un peu de chance, ils verront une interview et ils ne diront pas c'est un connard. Ils diront non, je l'ai vu, ce n'était pas un connard. J'ai vu une interview avec André Caspo-Mara, c'est juste qu'il est malade. Donc je me dis aussi, quelque part, au moins, je dépose le colis. Corrige-moi si je me trompe, tu te mets seul en scène. Tu t'es toujours mis seul en scène, parce que je trouve ça très impressionnant, surtout quand il s'agit d'humour. Et du coup, ma question, c'est, est-ce que tu as quand même à un certain moment dans ton process des regards extérieurs qui t'entourent artistiquement où tu es vraiment seul de A à Z ? J'ai toute une équipe, j'ai la chance avec les sociétés de production d'avoir toute une équipe. Le premier qui a été à mes côtés, c'était Michael Dion. Oui, tu en parles, tu le remercies souvent dans tes spectacles. C'est lui qui m'a trouvé au bord de la fenêtre il y a six ans, donc je lui dois deux fois ma vie, parce que c'est lui que j'ai connu il y a 20 ans, qui m'a aidé à devenir ce que je suis, qui a toujours été présent, qui a accepté de quitter son taf hyper bien payé pour gagner deux fois moins avec moi. Bon, maintenant, il est content, mais au début, ça n'était quand même pas gagné. Et c'est quelqu'un qui, vous savez, fait partie de ces gens incroyables qui ne m'ont jamais trahi, jamais culpabilisé. Il venait d'avoir un bébé. Moi, j'étais bourré à 3h du matin. Il rentre en scooter au milieu de la nuit parce que moi, j'étais incapable de bouger de chez moi. Et il ne m'a jamais, ne serait-ce que dit, j'ai pas assez vu mon fils à cause de toi. Même cette phrase, il ne m'a jamais dite. Quand je lui disais « je te promets, je vais arrêter de boire » , il me disait « je te crois » . Pas de culpabilité, jamais. Je ne sais pas comment il fait, moi je serais incapable de faire ça. Donc ça a commencé avec lui, donc lui il m'a accompagné artistiquement, et puis ensuite l'équipe s'est brodée, il y a Inès Lavieuxville, la directrice de production aussi, qui maintenant participe par exemple sur anesthésie générale, il m'aide à faire les recherches, et généralement quand j'écris, il y a Mickaël la majorité du temps, ou Inès qui sont présents, ou les deux, et avec qui je ping-pong. Ce n'est pas forcément qu'ils vont me trouver des vannes, c'est qu'ils me stimulent, comme j'ai un trouble de l'attention et d'hyperactivité, c'est très dur pour moi de me concentrer sur les choses, mais par contre si je suis debout... et que tu me lis des articles, par exemple, sur un sujet, là, je suis hyper stimulé, donc ça marche. Donc, il me faut quelqu'un qui me dise machin, machin. Alors, en 88, il y a aussi eu... En 88, qu'est-ce qui s'est passé en 88 ? Et ça, ça fonctionne. Et alors, à un moment donné, j'ai une impro qui vient, ça stimule mon imagination, et là, je peux sortir un sketch, je peux sortir 20 minutes d'un coup, ou mettre 6 jours à sortir une phrase, mais je ne suis plus vraiment seul. Mais eux, ils se permettent parfois de te faire des remarques en disant « Non, là, c'est trop long » , ou de guider. Bien sûr. Et puis, pour le coup C'est quand même une vraie collaboration. Et puis, pour le coup, pas que. Moi, j'ai la chance maintenant d'avoir une grande équipe autour de moi. Dès que j'ai fini un sketch, je vais dans les bureaux. Je dis ça te fait marrer. Encore cet après-midi, je suis en train d'écrire la V2 d'un film. Je suis encore allé dans le bureau tout à l'heure de Inès, Julia et Aurélie, qui est la comptable. Et je leur ai dit ça vous fait rire ça ? Donc je le fais toujours. Je le fais à mes équipes. J'envoie le texte à tout le monde, même mes techniciens, les gars qui m'accompagnent sur la route depuis dix ans. Je leur envoie le texte. Est-ce que ça te fait marrer ? Est-ce que ça ne te fait pas marrer ? Les répétitions se passent de la même manière. Par exemple, le dernier spectacle, c'est Inès qui m'a fait travailler l'apprentissage du texte. Donc, c'est très chiant parce que je suis là et puis parce que le spectacle fait 3h20. Ça, c'est fou aussi. Il ne fait pas 3h au départ. Mais c'est dingue. Mais au départ, il était quand même 2h, 2h15. C'est historique ça déjà, de faire des spectacles aussi longs en humour. C'est quasi...
Speaker #2Mais il fait 3h parce que le spectacle faisait 2h15, 2h20 à la base. Et comme il y a eu le Covid et que mon spectacle parlait de la santé, j'ai bien évidemment dû parler du Covid quand on a pu remonter sur scène. Et que le problème, si vous voulez, c'est que j'ai des spectacles qui sont construits parce qu'ils sont longs, c'est-à-dire qu'ils sont écrits. Ce n'est pas des suites de vannes ou des sketchs ou des sets de 5 minutes. C'est pour ça que vous ne me voyez jamais en plateau, etc. Parce que je n'ai pas le matériel pour faire ça, je ne peux pas faire ça. Mes sketchs durent 20 minutes, 27 minutes, ça n'a aucun sens. Et tout est lié, parce que je vous raconte une histoire, c'est pour ça qu'on peut rester trois ans dans une salle. Il est écrit en sachant qu'il est long. Donc il est fait d'une certaine manière pour que vous ne voyez jamais le temps passer, parce que je vais changer le rythme, je vais changer le propos, je vais changer le personnage, je vais descendre à la salle. Et puis je vous parle du timing en permanence, en vous disant, là je vais essayer de vous faire un truc en 6 minutes, ça dure 27 minutes, je fais tout le temps, il reste 15 minutes, je joue avec le temps, tout le temps. Et donc le travail, par exemple, au départ, ça a été l'apprentissage. Donc là, pour le coup, c'est Inès Laviolille qui s'y est collée, donc qui m'a fait travailler mon texte. Et une fois que je savais le texte Quand j'écris, je vois déjà à peu près comment je vais jouer, je le vois déjà à peu près sur scène. Et ensuite, je m'enferme dans une salle et je le joue. Et je vois, en fait, je sens quand je sens les trucs. C'est très intuitif. Il n'y a qu'un objectif sur scène, c'est de faire marrer les gens. Ce que je veux dire, c'est que j'ai essayé de travailler avec des metteurs en scène. J'ai vu aussi des humoristes parfois travailler avec des metteurs en scène. Je ne vais pas faire de généralité parce que je déteste ça. Mais quand même, notre taf, d'abord, c'est d'être drôle. Donc, il est évident que si un metteur en scène de théâtre vient voir mon spectacle, il va se suicider en sortant. Parce qu'il va me dire, mais non ! pas du tout, non on ne fait pas ça mais évidemment, parce que moi je suis comme ça sur scène je suis comme ça, je fais ça, je sors là, je viens là donc tu vois, je saute partout je fais des bons comme ça, je fais des 360 en l'air, je descends dans le public qu'est-ce que tu veux qu'un metteur en scène me dise alors là tu vas faire un 360 en faisant une grimace, ça n'a pas de sens mais c'est pour qu'on s'envoie aussi une forme de liberté il faut une forme de liberté et puis le one man ça doit être sale parce que ça doit être sincère, ça doit sortir des tripes parce que les gens ne viennent pas voir une histoire, ils viennent voir une personnalité et donc quand vous mettez mettez à nu votre personnalité, vous n'avez pas besoin d'artifice. Je n'ai pas besoin de décor, je mets un trait courant, quitte lumière et musique, parce que pour moi, ça fait partie du show. Les gens jouent avec une face, ça tremble, parce que je veux qu'ils aient ça, parce que ça revient à la notion du rêve, je veux que les gens partent quelque part, mais le reste, ça doit sortir de mon ventre. Et donc, si ça sort de mon ventre... Vous savez, il y a des musiciens, j'imagine, ce soir dans la salle, moi, je compare vraiment l'humour à la musique, je pense que c'est extrêmement similaire. Je pense qu'on a une mélodie, une musicalité, un rythme. La seule différence, c'est que vous, vous avez un rythme de percussion, ou un rythme dans votre tête, en tout cas vous avez quelque chose comme ça, sur lequel vous vous calez. Nous, ça, c'est les rires qui nous les donnent. Moi, quand j'arrive sur scène, je ne sais pas quel est le rythme, parce que c'est les gens qui vont me le donner. Donc moi, je dois poser une mélodie sur un rythme chaque jour différent, et devant un public qui peut changer de rythme au fur et à mesure. C'est-à-dire que sur un spectacle très long comme le mien, vous avez des rythmes différents. Mon spectacle dure entre 2h50 et 3h15 avec le même texte. Parce que quand vous jouez devant 6000 personnes, ce n'est pas la même chose que quand vous jouez devant 500. Donc vous pouvez avoir un metteur en scène qui va vous donner des bases, mais les bases, c'est les mêmes bases que pour tout le monde. Regardez le public les conquérir, qui ne se sentent avec vous évidemment pas leur tourner le dos pendant 10 minutes. Mais enfin, ça je n'ai pas besoin d'un metteur en scène. Si je fais ça, c'est que je suis juste mongol. Si je commence à jouer de dos pendant un quart d'heure, ce n'est pas un metteur en scène qu'il me faut. Il faut juste me faire descendre de scène et ne plus jamais me laisser monter. Et puis après, il faut laisser le personnage et le clown faire son travail. Je pense que c'est très imparfait, ce que je fais en mise en scène. Je pense que parfois, je crie trop. Je pense que parfois, je cours trop. Je pense que parfois, je parle trop vite. C'est ta singularité, quoi, du coup ? L'important, c'est de travailler le texte et d'être très à l'écoute.
Donc, tu es également producteur et metteur en scène. Je voudrais savoir, qu'est-ce qui t'a donné envie de te mettre à la production ? Parce qu'il y a énormément d'artistes qui sont très dans le confort. Justement, ils ont besoin, eux, d'être maternés, d'être pris en charge. Qu'est-ce qui t'a donné, toi aussi, d'être de l'autre côté du décor ? Quand ça a commencé à marcher un petit peu Dans On ne demande qu'à en rire, je ne sais pas si vous vous souvenez de cette émission, c'était pour ceux qui ne connaissent pas, je vous explique rapidement, Laurent Ruquier avait un access prime time à 18h, où tous les soirs on faisait venir 3-4 humoristes, on leur imposait un thème, ils avaient 2 jours pour écrire le sketch, et ils venaient le présenter. Ensuite il y avait un système de vote, et puis si vous obteniez un certain nombre de points, vous reveniez une semaine d'après. Et quand j'ai commencé à faire cette émission, évidemment l'écriture était un problème pour beaucoup de gens, parce qu'il fallait écrire vite, et puis voilà, il y en a qui cherchaient encore leur style, etc. Et en fait, assez rapidement Je me suis aperçu qu'en fait j'étais assez à l'aise pour aller travailler sur d'autres styles que le mien. J'arrivais en fait à choper un peu le truc dans chaque type d'humour et je trouvais ça hyper intéressant intellectuellement, je trouvais ça hyper stimulant. de rentrer dans un mécanisme. Donc à On Demande qu'à en rire, j'ai pu collaborer avec quelques personnes, Arnaud de Samer, Nicole Ferroni, Babass, j'ai pu écrire pour Babass, je ne sais pas s'il y en a qui se souviennent de Babass. Et puis alors on se mélangeait beaucoup, donc ça travaillait aussi avec Florent Paire, alors des fois en co-écriture, des fois juste en sketch collectif, avec Arnaud Cosson, avec plein de gens, Olivier Debenois, tout d'un coup, et je m'apercevais que quand je collaborais avec les artistes, que ce soit en sketch collectif ou sur leur sketch, j'arrivais bien à écrire pour les autres. Et donc du coup, j'ai commencé à écrire pour d'autres gens, notamment Constance, Guillaume Batz, etc. Et puis je trouvais que j'étais pas d'accord ensuite avec la manière dont les spectacles étaient produits ou que les artistes étaient gérés. Alors, je suis bien resté à ma place parce que j'étais pas producteur, j'avais ni l'argent, ni les contacts, ni le réseau, ni quoi que ce soit. Donc j'ai rien dit, mais je trouvais que c'était pas bien fait et je trouvais que c'était dangereux parce que je me disais, un humoriste qui te confie sa carrière quand même, si tu fais n'importe quoi, surtout quelqu'un en développement, tu lui niques sa vie. Une erreur type, c'est quoi quand tu dis pas bien fait ? Ça dépend de l'artiste. Mais typiquement, par exemple, je pense, je ne suis pas producteur de musique, mais je pense qu'on ne produit pas un humoriste comme un musicien, par exemple, ou comme un chanteur. Je pense qu'il y a des producteurs qui veulent produire des humoristes comme des musiciens. Je pense que c'est une erreur. Je pense qu'un humoriste, pour une simple et bonne raison qui pour moi est assez factuelle, c'est qu'on a vu plein de chanteurs avoir des hauts et des bas dans des carrières. On n'a pas vu d'humoristes avoir des hauts et des bas. On a vu des humoristes avoir des hauts, des bas, mais une fois qu'il y a eu un bas, on ne voit pas de haut. J'ai jamais vu un humoriste avoir un carton avec un spectacle, un deuxième spectacle qui marche pas, un troisième qui remarche. Je n'ai jamais vu ça, je n'ai jamais observé ça. Ça veut pas dire que ça n'arrivera jamais. Je dis juste que moi ce que j'ai vu c'est des humoristes montés en puissance, restés au pinacle parfois, restés très très haut, mais je n'ai jamais vu des humoristes descendre très très bas en terme de vente de billets, je ne parle que de ça, et remonter derrière. J'ai jamais vu un mec faire 300 000 spectateurs en salle, derrière un spectacle où il fait 40 000 et derrière refaire 300 000. J'ai jamais vu ça. Alors que j'ai vu plein de chanteurs disparaître, avoir un album qui ne marche pas, partir pendant 2-3 ans et revenir et remarcher. Donc, il ne faut pas oublier que des humoristes, il y en a très très peu qui marchent. Vous en avez en gros une trentaine qui se partagent les tournées. Vous avez quelques-uns qui ont la chance d'aller dans des très très grandes salles, d'autres qui sont dans des salles grandes et voilà. Et puis d'autres qui vont être plutôt sur du centre culturel, des salles de 300, 400, 500 places. Il n'y a pas de jugement qualitatif là-dessus, c'est le public qui choisit. Voilà, c'est comme ça. Mais bon, en gros, vous avez 20, 30 personnes qui se partagent. Vous en avez des milliers à la télévision et à la radio, mais dans les salles, il y a à peu près ce nombre-là. Et ce nombre-là, il est à peu près similaire depuis toujours. Ce que je veux dire, c'est que même si on a l'impression d'avoir beaucoup plus d'humoristes maintenant, en réalité, il n'y en a pas forcément plus qui remplissent les salles. Ce que vous avez plus comme phénomène maintenant, grâce ou à cause de, on ne sait pas, mais à l'exposition aux réseaux sociaux, ce que vous avez plus comme phénomène maintenant dans l'humour que vous n'aviez pas avant, ce sont des buzz. Des mecs qui vont tout d'un coup vous remplir des tournées des Zéniths alors qu'ils étaient inconnus la veille et qui redescendent aussi vite. Ça, on le connaissait dans la chanson et dans la musique depuis longtemps. Dans l'humour, c'est assez nouveau, mais ça existe. Donc, je pense que quand un humoriste vous confie sa carrière, il faut faire très attention parce que si vous le lancez trop tôt, et on l'a vu dans On ne demande qu'à en rire. On ne demande qu'à en rire, on a tous été exposés de la même manière. Il y en a qui avaient le spectacle et étaient prêts, d'autres qui n'étaient pas prêts. Quand les gens viennent vous voir, parce qu'ils vous ont vu en télévision, qu'ils ont vu votre spectacle et qu'ils n'ont pas aimé le spectacle, et que vous commencez à perdre ces gens, ils ne reviennent pas. rarissime que les gens vous pardonnent un truc. Je ne dis pas que si vous avez déjà installé un truc de 10 ans, 15 ans, 20 ans avec votre public, que vous faites un spectacle un peu moins bien, je ne dis pas qu'il ne va pas vous le pardonner et que vous n'aurez pas le même succès après, mais quand vous êtes en début de carrière, je pense que c'est très dangereux. Et j'ai vu trop d'artistes avoir des producteurs qui voulaient les produire comme des chanteurs, qui avaient des gros revenus donc qui pouvaient se permettre, avoir un artiste qui n'était pas prêt juste parce que le gars avait un petit buzz quelque part, dire allez génial, Colin Morris, par trois, je me sers de mon réseau, je le mets sur toutes les télés, sauf que le spectacle en salle, il n'est pas bien ou il n'est pas assez bien. Et il aurait fallu, à mon sens, prendre le temps que le spectacle soit prêt et après mettre Parce que je pense que quand vous lancez trop tôt un artiste, vous le plantez. Puis après, il y a mille manières de mal produire. Mais ça, pour moi, c'est un des problèmes.
Speaker #1Oui, c'est vrai, t'as raison. Et toi, personnellement, quels sont tes critères de choix quand tu décides de produire un artiste ? Sur quels critères tu te bases? C'est assez basique. J'aime bien avoir l'impression que je n'ai jamais vu ça quelque part. Je pense que, encore une fois, toujours dans cette volonté de Parce que moi je ne veux pas avoir de regrets. Donc quand un truc ne marche pas, je veux me dire, ok, ce n'est pas grave, au moins essayez. On a fait une proposition aux gens. Je veux toujours avoir l'impression qu'on donne aux gens quelque chose qu'ils n'ont pas vu. Je pense que c'est à peu près ça. Je veux dire que vous aimiez mon travail ou non, que vous aimiez mes artistes ou non, vous ne pourrez jamais vous dire, il s'est foutu de nous. On vous a fait une proposition. Peut-être qu'elle vous a Peut-être que vous allez sortir en disant, c'est un scandale. Mais on vous a fait une proposition. Alors certains, après je suis très à la carte sur les artistes. Il y a plein de gens qui m'ont créé la réputation de quelqu'un très vampirisant, qui force les artistes à bosser avec lui, mais c'est absolument faux. Je dis ça parce qu'il n'y a pas très longtemps, on va signer bientôt un nouvel artiste, et il m'a dit « je peux te dire tout ce que j'entends du positif et du négatif ? » Avec grand plaisir ! Et dans les négatifs, il m'a dit « oui, on a dit que t'étais assez vampirisant, assez dans le contrôle » , ce qui est vrai, mais on a pris cette réputation parce qu'on a monté une société, on a monté notre propre billetterie, notre propre maison d'édition, notre propre trucs de réalisation, etc. Si j'ai créé cette boîte qui tourne autour du spectacle, quand vous me demandez est-ce que tu es un peu dans le contrôle, je ne vais pas dire non, ça serait complètement fou de me dire pas du tout, je suis très détendu sur le sujet. Donc non, on est assez dans le contrôle, mais on est dans le contrôle aussi parce que quand on est une petite production et qu'on ne démarre pas en étant millionnaire, il faut rivaliser avec deux types de producteurs, des gens qui sont millionnaires et qui deviennent producteurs par passion de ce métier, mais qui sont déjà millionnaires, donc on peut avoir besoin de ça pour vivre, et puis des grands groupes. Et donc comment vous existez-vous à travers ça ? Qu'est-ce que nous on a à offrir d'autre ? Comment je résiste ? Je résiste en mutualisant et en m'associant avec des autres petits comme moi pour devenir plus gros et pour pouvoir imposer des choses. C'est quoi imposer des choses ? C'est une liberté d'expression totale. C'est quelque chose auquel je ne transige jamais, ni pour moi, ni pour mes artistes et sur l'ensemble de nos programmes, sur des prix de place bas, toujours. Je ne vous dis pas que ce n'est pas élevé, je veux dire une place de spectacle à 45 ou 50 euros, c'est très élevé. Mais si vous avez un prix de place, par exemple à Bercy, les places les plus chères seront à 70 euros parce que je n'ai pas le choix. On a démultiplié les catégories pour quand même que les gens puissent avoir des places beaucoup, beaucoup, beaucoup moins chères. Quand on vend 100 000 billets d'avance comme pour Anesthésie Générale, je pourrais très bien augmenter mes places de 5 euros. 5 euros sur 300 ou 400 000 billets, je vous laisse faire le calcul, c'est très facile de les gagner. Je pourrais me dire, ce n'est pas grave, au pire... J'ai 100 000 billets d'avance, même si je monte de 3-4 euros, ça va en décourager 20%. De toute façon, je les vendrai les 20% parce que j'ai tellement d'avance. Mais c'est des mentalités qui, pour moi, sont mortifères pour ce que vous avez promis aux gens au départ. C'est-à-dire que moi, j'ai un milieu très modeste. Je sais que c'est très cher, 40 euros une place. Et en fait, avoir un groupe comme ça Ça permet aussi de pouvoir s'imposer sur des choses. Ça permet d'avoir un contrôle sur plein de choses. Le fait d'avoir notre propre billetterie, ça nous permet d'être fort en négociation avec les autres billetteries. Parce que quand vous faites des prix de place bas, ou assez bas, et que vous voulez quand même payer vos employés, entre guillemets, j'aime pas le mot, on va dire vos collègues, correctement, à un moment donné, l'argent, il faut quand même le trouver quelque part. Donc je préfère aller le prendre là où il y en a, que de sous-payer les gens avec qui je travaille, ou d'aller augmenter les billets de spectacle.
Et en parlant de sous, justement, quel est ton rapport à la SACEM ? On m'a dit, on m'a soufflé que t'étais un adhérent depuis le tout début. Quand j'ai commencé On ne demande qu'à en rire, on avait une toute petite somme pour faire le sketch. Et puis alors, les producteurs des émissions, ils se sont toujours dit, mais c'est pas grave parce que t'as les droits d'auteur. Moi, j'entendais ce truc, je n'imaginais pas du tout ce que c'était. Je n'avais pas du tout notion de combien on pouvait toucher. à la minute sur France 2 à 18h. Donc là, à ce moment-là, il faut que vous vous rendez compte, moi, je fraude le métro pour aller travailler. C'est-à-dire qu'on est vraiment sur quelqu'un, je ne peux pas mettre de chauffage chez moi et tout, donc je suis vraiment dans la merde de thunes graves, graves. Et puis, après, on m'explique les grilles tarifaires, etc., etc., donc là, je tombe des nuits, je dis, ah bon, ok. Ah mais putain, c'est hyper bien payé en télévision, c'est normal, on s'est battu pour vos droits d'auteur. Je dis, oui, oui, oui, mais c'est combien la grille ? En tout cas, moi je trouve ça formidable. Et je dis, c'est génial, c'est aussi pour ça que je vais commencer à écrire pour d'autres. Parce que moi je suis tellement dans la merde, moi j'arrive pas à écrire, tu veux que je t'aide ? Attends, je vais t'aider moi. Ah bah non, mais pardon, mais moi je suis désolé. Je gagnais, on va être très honnête, je gagnais 80 euros pour aller surveiller des bus au Stade de France pendant la nuit. Je pouvais gagner ça à la minute. J'ai dit, mais attends, quoi ? 4 minutes, c'est 4 jours de bus. Mais moi, je calculais comme ça. Et je me suis dit, super. En plus, j'avais envie d'écrire pour d'autres. Et puis, en plus, ça devenait rémunérateur. Je disais, c'est formidable. Après, c'est le truc des trimestres que je n'avais pas bien compris. En fait, on n'était pas payé tout de suite. Pourquoi on n'est pas payé par semaine ? Parce que moi, j'ai un sketch par semaine. Je pourrais être payé par semaine. Ça, j'ai eu un peu de mal à comprendre. Mais voilà, j'ai compris ça. Et puis, très naturellement, tout le monde se dirigeait vers la SACD. Donc, j'ai déposé au début mes trucs à la SACD. Et puis un peu plus tard, j'ai été approché par Thibaut Fouet et Patrice Schwartz. Patrice Schwartz qui est maintenant à la retraite, mais Thibaut Fouet qui va bientôt l'être. Qui n'est pas loin là-bas, je ne sais pas. Parce qu'elles sont plus vieilles que lui, alors elles se sentent insultées deux fois plus que Thibaut. Et donc Thibaut et Patrice Schwartz viennent me voir et me disent « Est-ce que tu connais la SACEM ? » Non, je ne connais pas la SACEM, etc. Et puis donc on va s'asseoir à une table. Ah d'accord ! Il vient te débaucher. Et donc, on a discuté, etc. Et puis, je me suis bien entendu avec eux. Ils m'ont expliqué les avantages. De toute façon, je ne connaissais pas les avantages ni les désavantages. Je ne savais même pas. J'avais déposé un truc qui s'appelait la SACD. J'ai vu une boîte au lettre, j'ai mis dedans, je n'ai rencontré personne. Donc, ils m'ont raconté ce qu'ils voulaient. De toute façon, je n'avais pas de point de comparaison. Mais bon, tout ce que j'avais vu, c'est que c'était formidable, les droits d'auteur. Donc, j'ai dit, écoutez, c'est formidable. Si c'est mieux chez vous, je viens chez vous. De toute façon, j'avais écrit six sketchs dans ma vie. Donc, ce n'était pas... Et puis, après, la relation d'amitié... a évolué et puis après j'ai et puis voilà et puis après c'est devenu vrai un vrai truc d'amitié et puis après j'ai commencé à produire des artistes à produire des émissions de télévision à produire puis à faire du spectacle en scène puis là je me suis rendu compte aussi du travail que c'était etc etc et puis voilà et puis après c'est une relation qui s'est mise en place comme ça après j'ai conseillé à mes artistes de venir à la SACEM parce que moi aussi j'avais des rapports privilégiés avec eux donc c'est plus facile pour moi quand Enfin, quand je dis pour moi, ce n'est pas moi qui m'en occupe, mais en tout cas pour mes équipes, quand on doit parler d'un truc lié à la SACEM, c'est plus facile si tous les artistes y sont, etc. Donc, on aide à lui cette relation-là. Mais ce n'est pas vraiment un truc d'amitié au départ, avec Patrice et Thibaut. Tu sais, moi, quand j'ai eu ma première SACEM, j'avais touché, je crois, 10 000 ou 15 000 euros. Et je me suis dit, putain, j'ai un an d'avance. Et donc, je m'étais de côté, comme ça. Tous les ans je mettais 15 000 et puis après j'avais 30 000 et je me disais là j'ai deux ans d'avance. Et puis un jour mon associé Mickael dont je vous ai parlé tout à l'heure il m'a dit on va faire combien d'années d'avance comme ça parce qu'à un moment donné tu dors sur un clic-clac, tu as une fenêtre qu'il faut que tu changes, peut-être on pourrait arrêter de compter des années d'avance et commencer à vivre un peu. Mais mon premier appartement je l'ai eu je crois un peu joli et tout, j'ai pris un 65 m² dans le 17ème donc quand même assez cher et tout. Le premier truc je me suis dit je crois que ça faisait trois quatre ans déjà que ça marchait. Et c'était pas de la radinerie, c'est juste que je me disais ça va pas marcher. Je me disais là j'ai un jackpot, les mecs de la SACEM ils croient que j'ai du talent, ils sont en train de me faire des virements, tout ça va s'arrêter, Rukier ça va s'arrêter, les gens vont venir voir le spectacle. Tout le monde m'a dit, mon producteur d'époque m'a dit ok maintenant change de spectacle parce que mon premier spectacle s'appelait Alléluia Bordel, j'amenais la Bible, le Coran et la Torah sur scène. Et là tout le monde m'a dit non, parce que là maintenant t'as du monde qui vient te voir, faut que tu changes ce truc, personne te l'achètera en télévision et... to
ut le monde va se barrer. Et il s'est passé un truc abominable, c'est que pendant trois mois, les salles se sont remplies et après, elles se sont revidées. Et là, je me suis dit « Oh putain, là c'est mort ! » Parce qu'en fait, j'ai eu la télévision, ils sont venus voir et ils n'aiment pas ce que je fais sur scène. Et c'est fini, ma carrière est finie. Je me suis dit, en tout cas sur scène. Et là, les gens sont revenus voir ce spectacle. Et puis c'est remonté. Et après, ça n'est jamais resté ennu. Je n'ai jamais expliqué ce phénomène, mais j'ai vraiment eu ça. Avec un spectacle sur la religion qui est passé sur C8 en prime time, où j'amenais le Coran, la Bible et la Torah sur scène. Et je n'ai pas eu de problème. J'ai eu des problèmes, mais je n'ai pas eu trop de problèmes. Et je suis encore en vie. Et je n'ai pas de problème avec les communautés diverses et variées citées dans ce spectacle. Allez voir, allez voir. Bordel, vous allez voir. Même des fois, quand il repasse des extraits dans des émissions, c'était il y a longtemps, dites-le quand même, c'était il y a longtemps. Le bordel, il y va quand même sec.
Je voudrais savoir si tu pouvais, s'il y a un truc qui te revient en tête, nous raconter un moment de scène dont tu te souviendras toute ta vie. Il y a un truc qui s'est passé récemment, qui ne m'était jamais arrivé. J'ai toujours plein d'émotions sur scène. C'est arrivé quelques fois que j'ai vraiment des larmes qui montent. Enfin, à la fin du spectacle, ça arrivait régulièrement, des moments d'émotion parce que c'est une date particulière, parce que c'est la fin d'un spectacle, parce que bon, je ne sais pas. Et puis bon, avec ce que je raconte sur scène, sur celui-là, ça arrive un peu plus souvent même parce que je raconte un peu mes trucs à moi. Mais il y a deux moments qui m'ont marqué particulièrement. Le premier, c'est mon premier Olympia parce que les gens m'ont fait une standing ovation quand je suis rentré sur scène. Ça, c'était incroyable parce que je sais pourquoi ils se sont levés, parce que c'était le début d'On ne demande qu'un rire. Donc, on était très proche à ce moment-là du public parce qu'ils venaient nous voir à la sortie du Moulin Rouge. là où on enregistrait, etc. Et puis très vite, moi, j'ai raconté qui j'étais, d'où je venais, etc. Et j'ai senti dans la salle que quand ils se levaient, c'était évidemment pas pour le spectacle qu'ils avaient eu, puisque je ne l'avais pas démarré, c'était pour me dire bravo, bravo d'être là. Et ça, c'était un truc incroyable, parce que les gens qui ont la chance de monter sur scène vous le diront, mais on arrive à ressentir que ressentent les gens. On arrive à choper le fil d'Ariane, mais on ressent, on ressent vraiment les choses. Et donc j'ai ressenti ça. Et puis, le dernier truc, parce que c'est très récent, c'est il y a trois semaines, j'ai fait mon premier forêt nationale. C'est l'espèce de zénith bruxellois, pour ceux qui ne connaissent pas. En France, ça fait longtemps qu'on fait des zéniths et tout ça. Mais à Bruxelles, comme j'aimais bien faire les cirques royaux, enfin le cirque royal, le Forum de Liège, le Grand Théâtre de Mons et tout, mon associé en Belgique disait toujours, bon, forêt nationale, c'est bien si tu le fais, mais fais-le quand tu ne fais vraiment pas d'autres dates à côté, sinon c'est quand même... Là ça marchait tellement et tout, on dit allez on va essayer de faire Forêt Nationale. J'ai une affection particulière pour la Belgique parce que ma grand-mère était belge et j'ai grandi à la frontière belge du côté ardennais. Donc voilà, j'ai un truc particulier avec la Belgique. Et la Belgique, je pense aussi à un petit truc particulier avec moi parce qu'ils savent ça, en tout cas mon public le sait. Je ne suis pas sûr que toute la Belgique soit au courant de ça, mais en tout cas mon public le sait. Parce que j'ai monté un festival de musique là-bas et d'humour, enfin voilà, j'ai fait plein de choses là-bas. Et quand je suis monté sur scène au Forêt Nationale, Donc on a fini par le faire complet, il y avait 6000 personnes qui étaient présentes dans la salle. Et quand je suis monté sur scène, c'était la première fois. On avait déjà fait de très grosses salles, on sortait d'une tournée Zenith, donc des 3000, 4000, 5000, 6000, j'en avais déjà fait plein. Ils ont tellement crié quand je suis arrivé sur scène. C'est pas de l'émotion, c'est pas de la joie, c'est pas de la tristesse, mais j'ai senti mon estomac qui a vibré des cris des gens, tellement c'était fort. Et je me suis mis à pleurer. Les gens ne l'ont pas vu parce que c'est un moment sur scène où je suis en contre. Donc les gens ne me voient pas. Donc j'ai eu le temps de... Bon, je ne suis pas fondu en larmes non plus. Donc j'ai pu me reprendre. Mais alors... Et c'était très étonnant parce que je ne sais pas vous dire pourquoi. Je ne sais pas si c'est la joie, la peur. Je ne sais pas. Il n'y a pas eu d'émotion particulière. C'est juste que ça a tellement résonné que c'est comme si ça avait sorti les larmes de mes yeux juste parce que ça avait résonné à l'intérieur de moi. Et ça, c'était une émotion tellement incroyable que je crois que ça fait partie des souvenirs récents qui me marqueront longtemps, je pense.
C'est quoi ton rapport au track ? Moi j'ai toujours le track, quel que soit le truc que je vais faire une émission de télé, une émission de radio j'ai la chance de travailler avec Laurent Riquet à la radio depuis longtemps maintenant, je fais les grosses têtes depuis plusieurs années, avant j'étais avec lui sur Europe 1 et j'arrive encore stressé, ça fait 10 ans maintenant je le gère beaucoup mieux Comment tu le gères ? Je pense vraiment que c'est à force d'aller l'affronter à force, à force, à force, à force. Le spectacle, par exemple, c'est très bizarre. Anesthésie générale, je l'ai joué, là, on en est à, je ne sais plus combien, 167 représentations, un truc un peu comme ça. Donc, je ne dois plus avoir le track, normalement, je connais mon texte. Je refais des italiennes avant chaque spectacle, en sachant que mon texte, je vous le rappelle, fait trois heures. Donc, mes italiennes durent une heure et quart. Donc, ça n'a aucun sens. Donc, c'est vraiment une catastrophe, quoi. Donc, je suis là sur scène, mes régisseurs sont atterrés, mais ça fait dix ans, donc ils ont lâché l'affaire. Donc, je fais, alors ! bonsoir et je refais tout mon texte comme ça là j'ai fait 10 folies bergères de suite je suis arrivé tous les jours à 17h bonsoir alors bon c'est mon rituel c'est comme ça donc ça je pense que c'est comme ça que je gère comme j'ai des troubles obsessionnels j'ai plein de rituels j'ai plein de trucs il faut que ce soit machin donc voilà et puis après c'est à force de faire mais le stress de toute façon c'est en fait il faut l'accepter c'est comme le reste en fait il faut dire bah c'est comme ça je suis stressé donc je vais faire ce que je peux avec ce stress et ça part sur scène honnêtement moi ça dure plus longtemps maintenant. Généralement au bout de 10, 15, 20 secondes, il est parti. Maintenant, il y a des phases quand je suis très très fatigué, ça arrive récemment, des fois ça m'arrive de faire des crises d'angoisse sur scène, alors les gens ne le voient pas, ça sera d'une plein de manières différentes. Parfois j'ai l'impression que je ne sais pas la phrase d'après, mais ça dure pendant 45 minutes ou une heure. Donc je joue et j'essaye de me rappeler de la phrase d'après, et puis après mon cerveau me lance des challenges. Donc parfois je suis en train de jouer, et je me dis, ah après le noir, par quoi je reprends ? Sauf que le noir il est 20 minutes après. Et donc je suis en train de jouer et d'essayer de me rappeler par quoi. Et je me dis, si je ne retrouve pas la première phrase du noir d'après, je ne saurais pas dire la phrase de la juste après. Sauf que pendant tout ce temps-là, je parle. Un de tes petits rituels, tu peux nous en dire un ? Il faut que je me mette une demi-heure, trois quarts d'heure tout seul dans la loge, il n'y a vraiment rien d'exceptionnel. Par contre, j'écoute les mêmes musiques tout le temps, donc ça c'est un peu bizarre parce qu'au bout de la 165ème date, au moment où ils me mettent le micro, il faut que ce soit telle musique, etc. Bon, j'ai des petits trucs comme ça. Quelle musique ? On veut savoir. Je mets ACDC, j'en ai deux. Je mets ACDC et je mets Credence. J'en ai deux, voilà. Je ne sais pas le titre des chansons. De temps en temps, il y en a une autre qui rentre dans la boucle et ça dure 5 ans ou 10 ans. C'est dommage que vous ne touchez pas le droit d'auteur à chaque fois que j'écoute les chansons parce que si vous rentrez dans ma playlist, vous êtes riche. Parce que j'écoute vraiment en boucle les trucs. C'est juste que je dois faire la même chose à chaque fois. Mais avec le temps, j'ai tellement travaillé dessus qu'avec le temps, ça passe. Et puis après, au bout de quelques secondes, ça part. Moi, ça pouvait durer. Parfois, au début, je tremblais tellement que mon micro, carrément, il faisait comme ça. C'est comme je fais de la musique. C'est de l'humour et de la musique. J'avais aussi des instruments et c'est pas bon, le micro-casque. C'était compliqué de régler bien le son. Tu nous en parleras dans ton parcours croisé. Je vais vous inviter à mon parcours croisé dimanche, tous chez moi, pour en parler avec plus de précision. J'ai une question qui est un peu plus... qui, moi, m'intéressait.
Juste, tout simplement, qu'est-ce qui te fait te lever le matin ? Le réveil. Voilà. Alors, j'attendais cette vanne. Ce qui te fait te lever le matin, c'est avant tout ce que tu fais artistiquement ou c'est ce qui est en dehors de tes activités ? En fait, c'est-à-dire que de toute façon, j'ai toujours eu un problème avec le travail qui a toujours été chez moi de manière très... J'ai un rapport très addictif au travail. Mais comme je buvais 6 litres de rosée par jour, donc il ne fallait pas espérer que je sois calme dans un domaine. J'étais beaucoup trop haut dans tout ce que je fais. Je suis beaucoup trop intense. Déjà avant d'arrêter l'alcool. Je ne faisais déjà que travailler, puisque même moi, il ne faut pas vous imaginer que j'allais dans une boîte de nuit boire, ce n'est pas du tout ce que je faisais, je me mettais dans un bar en bas de chez moi, avec une bouteille de rosé et je travaillais. Donc je travaillais bourré, mais je travaillais. Donc j'ai toujours eu un rapport très particulier au travail. Et ensuite, ce qui me fait lever le matin, c'est que je suis sincèrement et totalement passionné par ce que je fais. J'aime la production, j'aime faire de la mise en scène, j'aime écrire, j'aime être sur scène, j'ai eu la chance de tourner mon premier long métrage. J'ai adoré ça. J'ai trouvé que c'était incroyable. Donc c'est ça qui est difficile, c'est que j'aime vraiment tout ce que je fais. Le seul problème, entre guillemets, c'est que comme je n'ai aucune tempérance ni aucune mesure, je ne fais qu'ajouter, ajouter, ajouter, ajouter, ajouter, ajouter. Et que du coup, au bout d'un moment, ça devient très difficilement gérable. C'est-à-dire que je suis un addict, donc je n'ai pas de notion de l'épuisement. Il n'y a que quand je suis à genoux et que je ne peux plus me lever, que je me dis bon, là, j'en fais peut-être un peu trop, je vais partir en vacances. Je ne suis pas allé jusqu'au burn-out. Ça s'est arrêté avant. Je me suis dit juste, ok, là, je peux tenir encore quelques jours. Et après, il faut vraiment que je m'arrête. En ayant arrêté l'alcool, en ayant repris ma vie, l'hygiène de vie, etc. On ne va pas se mentir. Évidemment que vous êtes meilleur. Vous êtes plus vive, votre cerveau est plus frais. Vous êtes plus alerte. Évidemment, vous êtes de meilleure humeur. Vous avez plus d'énergie, vous avez plus de patience. Forcément, je n'ai jamais autant écrit de ma vie que depuis que je ne bois plus. Je ne dis pas que j'écris mieux. Mais en tout cas, j'écris beaucoup plus vite. et beaucoup plus. Et quand je vois par exemple, les spectacles c'est encore différent, mais les autres projets sur lesquels j'ai pu travailler, moi je trouve qu'en termes d'écriture, je trouve que c'est mieux. Je trouve que c'est plus... Après c'est peut-être juste une progression ou une perte totale de lucidité, une mélanie t'aiguë qui est en train de... C'est possible aussi, on ne sait pas. Mais en tout cas, moi j'ai l'impression que c'est mieux qu'avant. Et comment évoluent tes spectacles entre la première et la 300ème ? Ça évolue extrêmement peu. comme je fais partie de ces artistes qui ne testent pas, c'est-à-dire que je ne vais pas tester en plateau d'humour, de toute façon je peux pas, j'ai trois heures, si je le découpe en cinq minutes, je vais à chaque fois dans un plateau le tester, ce serait pas possible. Donc je ne teste pas mes textes. Avec On te demande qu'à en rire, j'ai appris à faire ça, c'est-à-dire que j'ai travaillé là-dessus, il fallait une efficacité redoutable, immédiate, parce que vous n'aviez pas le temps de répéter, vous étiez filmé, c'est encore un autre exercice que la radio. Vous pouvez encore avoir votre test. Là, moi, il fallait que je joue des personnages. Donc, j'ai appris à faire ça. Et après, ça m'a semblé assez logique. Je pense qu'après, chacun a sa manière de travailler. Moi, je sais que si je passe beaucoup, beaucoup de temps sur le texte, normalement, je ne me trompe pas trop. donc les textes bougent assez peu ça arrive que je me sois planté sur une vanne mais tu sais je suis un peu dingue quand j'ai commencé par exemple à travailler à Abidjan en Côte d'Ivoire, j'ai travaillé avec des gens peut-être certains d'entre vous connaissent avec Maman, Gouhou, Digbeu qui sont des grands humoristes en Côte d'Ivoire qui ont un truc qui s'appelle le Parlement du Rire qui est diffusé en toute l'Afrique francophone et alors ils ont commencé à m'inviter parce que quand je m'étais pris de la tête avec Manuel Valls au sujet d'Ali Bongo. Il y a beaucoup de gens en Afrique qui se sont demandé qui était ce petit blanc qui parlait d'Ali Bongo devant son premier ministre. Ils n'ont pas trop compris. Ils se sont intéressés à mes sketchs. Et puis, du coup, mon nom a circulé. Puis, j'ai été invité dans des festivals en Côte d'Ivoire, etc. Et puis, je me rappelle de dire à ma manne, mais qu'est-ce que je fais ? Parce que j'ai 4000 Ivoiriens devant moi. Je garde mon style. Il me dit, j'ai aucun conseil à donner. Tous les gens qu'on a fait venir se sont plantés. Mais il était très premier degré. Tout type de personnes, tout le monde s'est planté. Je dis d'accord. Et je dis donc là, moi, je vais y aller avec de l'humour noir, homophobe, raciste et misogyne. Et alors, très bizarrement, ça a vachement plu là-bas. Donc, j'ai commencé à faire des émissions de télé avec eux. Et donc, à un moment donné, ma manne a commencé à me confier des épisodes complets. Donc, il me disait, écris complètement un épisode, deux épisodes. Donc, j'ai commencé à observer leurs épisodes et à regarder leur mécanique, qui n'était pas très loin de celle que je connaissais en France. Mais quand même, il y avait des petits trucs qui changeaient. Il y avait des thèmes, je sentais la sensibilité des thèmes. Je savais que si j'appuyais là, c'était un peu plus provoque que là, etc. Il y a quand même des petites choses qui étaient différentes. Et alors après, j'ai commencé à écrire des épisodes et je comptais les rires. Et je faisais déjà ça sur On demande qu'un en rire. Moi, je calculais mon taux de réussite de vanne. C'est-à-dire que je disais, celle-là, gros rire. Celle-là, applaudissement. Celle-là, applaudissement en rire. Celle-là, je n'en étais pas sûr. Et donc, je comptais. J'ai vraiment travaillé mon esprit pour être le plus efficace possible assez rapidement. Ce qui fait que... Pour l'instant, en tout cas, les spectacles ne bougent pas trop. Le jeu bouge, c'est le jeu qui bouge. Je me lasse de tout assez vite. C'est-à-dire que même l'exceptionnel, au bout d'un moment, quand vous l'avez vécu 150 fois, c'est toujours génial à vivre et je ne veux surtout pas arrêter de le vivre, mais il me faut autre chose. Encore une fois, je suis un addictif, donc il me faut toujours plus. Plus d'émotion, plus de sensations, il me faut toujours plus. Et les challenges m'excitent beaucoup par rapport à ça. Et quand je suis arrivé en Côte d'Ivoire, le public ivoirien est déjà extrêmement généreux. Vous savez, en France, si vous démarrez mal votre sketch, c'est terminé. Ce que je comprends totalement. Moi, si un mec, ça fait trois minutes qu'il me parle, il ne m'a pas fait marrer, je n'écoute même plus la quatrième minute. En Côte d'Ivoire, j'ai vu des gens arriver sur scène, pas faire rire, pas faire rire, pas faire rire, une vanne, deux vannes, trois vannes, quatre vannes. Moi, je suis comme ça. 5 vannes, 6 vannes, 7 vannes, 8 vannes, le public il est comme ça, il n'y a aucun jugement. 9ème vanne elle est bonne, éclat de rire comme si le mec les avait tués de rire depuis... Et après, immédiatement c'est remis à zéro, c'est-à-dire que ça marche aussi dans l'autre sens. C'est pas parce que... Non mais je vous jure ! C'est pas parce que vous les avez fait éclater de rire à la 9ème que la 10ème elle est gagnée. Mais dans le reste de la francophonie, c'est différent. C'est-à-dire que vous pouvez presque profiter d'un rythme. J'écris un texte et que je mets un rythme comme ça, et que je vous fais 4 vannes hyper drôles. Bam ! Bam ! PAM ! PAM ! Instinctivement si je vous en fais une cinquième dans le même rythme qui est moins drôle vous rirez. Vous rirez. Parce que j'ai mis votre cerveau dans un certain rythme. Et bien en Côte d'Ivoire ce rythme n'existe pas. C'est à dire que... Et c'est incroyable parce que du coup j'ai vu des mecs faire des sketchs de 8 minutes avec 6 minutes de silence et 2 minutes comme si le mec venait de... Je ne sais pas, d'être venu le dieu de l'humour en deux minutes et avoir des applaudissements complètement incroyables. Moi, j'ai trouvé que c'était juste un challenge génial. En plus, le rôle que j'ai là-dedans est génial parce que je joue le blanc. En gros, le Parlement du Rire, c'est une parodie, si vous voulez. Maman a créé un pays imaginaire qui s'appelle le Gondwana qui va représenter plus ou moins tous les pays. francophones africains. Donc c'est une manière de se moquer un peu des différents pays tout en évoquant qu'un, si vous voulez. Et alors, en Afrique, on a coutume de dire que, en tout cas dans beaucoup de pays, que même quand le président est un local, on a coutume de dire que souvent, il y a un blanc qui traîne pas loin. Et souvent, on dit que c'est un conseiller spécial. Et donc, comme Maman joue une espèce de président de l'Assemblée, la première fois qu'il m'a présenté devant ce public, il ne me connaissait pas. Juste, il a dit, voici mon nouveau conseiller. Et qu'ils ont vu un blanc rentrer. Ils étaient mordeurs parce que eux, ça leur faisait référence à ce qu'ils pouvaient connaître dans leur politique. Et comme en plus mon personnage est un espèce de raciste, homophobe, misogyne, insupportable, opportuniste, qui déteste autant les Français que les Ivoiriens, enfin que les Gondouanais pour le coup. Donc c'est une espèce d'opportunisme, le truc a hyper bien marché. Et on a pu aller faire le fait que je sois là, on a pu parler de la France, du rapport entre la France et l'Afrique, etc. Donc on a fait des sketchs géniaux. Donc quel est l'intérêt ? L'intérêt c'est ça. La création, le challenge, la nouveauté, conquérir un nouveau public, comprendre ce qui les fait rire, comment les conquérir, comment les convaincre, comment les faire m'aimer alors que je vais les insulter 99% du temps. Et c'est génial, quand vous êtes blanc, vous êtes en Côte d'Ivoire et que vous faites un sketch hyper raciste, vous êtes en train d'expliquer l'immigration de manière la plus horrible possible et que tout le monde est mort de rire, il n'y a rien de plus... C'est pour ça que cet humour, il est risqué, il est difficile parfois à porter, mais il est... incroyable de récompense. Il est incroyable de récompense. L'humour noir, la provocation, l'engagement, comme ça, les gens vous donnent quelque chose que vous n'aurez jamais en leur faisant juste des vannes sur leur quotidien. C'est formidable aussi, mais ils ne peuvent pas vous donner la même chose. Moi, ce qui m'impressionne, c'est aussi que tu as quand même une grande capacité à l'improvisation. Tu communiques énormément avec le public et du coup, c'est très prévu à l'avance ou ça, par contre, ça devient de nulle part ? On a l'impression que ça te vient quand même, que ça te sort de nulle part à chaque fois. En fait, c'est très prévu ? Je ne sais pas du tout d'où ça sort. La plupart du temps, les vannes sortent avant que je les ai intellectualisées. Mais quand je réagis à quelqu'un qui me répond quelque chose ou quoi, bon là, c'est juste le cerveau alors qu'il fait quelque chose. En revanche, il y a un truc que j'ai commencé à faire sur l'improvisation parce que je trouvais que c'était... dangereux en fait l'improvisation, c'est à dire que c'est dangereux pour votre texte. Le problème de l'improvisation c'est que les gens savent qu'ils sont en train de vivre un moment unique, différent etc. Et donc ça fait toujours plus rire que votre texte, toujours. Même si vous avez le meilleur des textes, votre impro fera toujours plus rire les gens, même si l'impro est claqué au sol parce que les gens disent « Oh putain, on est en train de vivre un truc, il est en train d'insulter Ausha, c'est formidable ! » Et donc le problème, c'est que j'ai pu observer, dans beaucoup de spectacles que j'ai vus, j'ai pu observer des mecs qui nous faisaient 10 minutes d'impro, qui revenaient sur leur texte et qui ramaient, ramaient, ramaient, ramaient, parce que les gens sont tellement amusés sur l'impro que leur texte derrière paraît tellement fade. Donc je me suis dit « On va faire différemment, Jérémy. » on va se prévoir des fenêtres d'improvisation. C'est-à-dire que dans mon spectacle, j'ai des fenêtres. Je sais exactement comment l'improvisation va à peu près terminer, et je sais que quand je vais reprendre mon texte, c'est assez fort. pour récupérer les gens. C'est-à-dire que mes meilleurs vannes, c'est avant que je fais des impros. Comme ça, quand je reviens, bim, je rechope la salle et je leur ai fait oublier l'impro et on peut reprendre le texte. Donc ça, c'est un conseil vraiment que je donne aux humoristes quand ils font de l'improvisation. Prévoyez des fenêtres. Alors après, il y a quelqu'un qui t'interroge, qui est dans la salle. Tu le fais. Mais c'est pareil, il ne faut pas trop cabotiner. Et c'est un mec qui fait 3h20 sur scène qui vous le dit. Mais quand même, il faut faire attention à son texte. il faut faire attention à son texte. On est des professionnels, on n'est pas là pour trop se faire plaisir. Se faire plaisir, mais ne pas oublier que si tu fais un quart d'heure sur Josiane, potentiellement tu niques derrière ton sketch et que les gens ils sont venus écouter ton sketch, pas découvrir des vannes sur la coiffure de Josiane. Il faut faire attention à Josiane. Faites attention à Josiane. Je considère qu'il n'y a pas de choses taboues. Je ne pense pas avoir beaucoup de gens qui vont plus loin que moi dans mes propos, dans mes sketchs, etc. Je ne crois pas avoir quelqu'un qui peut se lever et me dire « je vais plus loin que toi sur ce sujet » . On n'est pas énormément. Donc, ce que je veux dire par là, c'est que si moi je dis que je peux en parler, que je l'ai fait sur France Télévisions, j'ai travaillé aussi parfois à TF1, maintenant je suis sur le groupe Canal, et on me laisse faire absolument ce que je veux. Donc, déjà je pense que... La censure a toujours existé. Je ne dis pas qu'elle n'existe pas. Elle existe, évidemment qu'elle existe. J'ai encore une de mes artistes qui a été censurée il n'y a pas très longtemps. Donc elle existe. On doit encore se battre de temps en temps. Laura Lohn a été censurée sur France 2, elle avait un sketch. Elle a fait un sketch, on l'a enregistré, on a regardé l'émission, elle n'était plus dans l'émission. Ils l'ont coupée complètement. Elle n'était plus là. La censure c'est quelque chose qui existe. Je ne crois pas qu'un humoriste qui a une carrière de plus de 5 ans... ne puisse pas vous raconter au moins une fois un animateur, un rédacteur en chef, un directeur de chaîne, un diffuseur, un producteur qui ne va pas lui dire « cette vanne-là c'est un peu chaud » . Ça existe absolument partout, il n'y a pas de pire ou de moins pire, ça existe partout. Moi j'ai été confronté à peu près partout à la censure. Enfin non, j'ai été confronté à des gens qui commençaient à m'expliquer qu'il faudrait mieux couper ce truc. Après vous avez deux types de réactions, soit vous dites « ok » et dans ce cas-là vous n'êtes pas censuré, vous avez accepté. une collaboration et un avis artistique différent du vôtre et vous avez cédé. Donc ça, ce n'est pas de la censure. Après, vous pouvez dire non. Quand vous dites non, vous avez deux types de réactions en face. Vous avez des gens qui vont vous dire non, alors au revoir, et puis des gens qui vont dire non. Pourquoi non ? Non, parce que sinon je m'en vais. Bon, ok, tente-le, fais ce que tu veux. La censure, elle est multiple. Moi, je ne diabolise pas la censure. Moi, je comprends très bien qu'un mec qui a mis 15 ans à être directeur des programmes, qui voit arriver un mec comme moi, qui a 25 ans, qui a peur de rien, qui est complètement cinglé, et qui dit « je vais vous faire un sketch de 18 minutes sur un génocide » , je comprends que le mec se dise « attends, moi j'ai mis 15 ans à avoir ce poste, j'ai le grand qu'à l'université, je viens de prendre un crédit en in fine sur ma maison, c'est chaud, dans deux ans je dois le rembourser, je ne sais pas comment je vais faire » . Et là, il y a un mec de Charleville-Mézières qui vient de débarquer parce que sa mère a été trop conne. pour lui faire croire qu'il ne pourrait pas être pris au cours Florent à 17 ans et il se retrouve là 8 ans après, et il va faire un sketch de 18 minutes sur un génocide. Moi, je comprends très bien que ce mec me dise « Moi, je ne suis pas trop chaud pour prendre ce risque avec toi. » Mais non, mais c'est vrai. Il faut arrêter de diaboliser comme ça tout le temps la censure. Ce n'est pas vrai. Moi, je comprends qu'il y ait des gens qui ont peur. Il y a des gens qui ont peur. Et c'est normal. C'est normal. Ça fait partie des choses. Maintenant, est-ce que la censure a toujours existé ? Oui. On me dit maintenant qu'on peut dire des choses qu'on ne pouvait pas dire. Je ne sais pas quoi. Ah bon ? Coluche a été censuré d'Europe 1 ? Coluche s'est fait virer des RMC, Renaud avait des chansons qui n'étaient pas diffusées en radio comme Hexagone qui était censurée à la radio. Et on me dit qu'il y a 20 ans c'était mieux. C'est pas vrai. Ça c'est pas vrai ça. La liberté d'expression elle existe, parfois il faut se battre, parfois il faut menacer, parfois il faut taper du poing sur la table pour l'obtenir. Je pense que c'était comme ça il y a 20 ans. Je pense qu'il y a beaucoup d'artistes qui se cachent derrière « on peut plus rien dire » pour ne rien dire parce qu'ils n'ont pas les couilles de le dire. Et je pense aussi qu'il y a beaucoup d'artistes qui confondent censure et Twitter. Parce que ne plus rien dire... Être critiqué sur les réseaux sociaux, ce n'est pas être censuré. Ça n'a rien à voir. Je crois vraiment que tout ça est plus complexe. Je pense que la censure a existé, existe. Malheureusement, je pense qu'elle existera toujours parce que vous ne pourrez pas. Vous ne pouvez pas maîtriser des rencontres entre des gens. Vous ne pourrez jamais maîtriser que dans l'avenir, il n'y ait pas un humoriste qui fasse peur à un directeur de rédaction. Donc après, vous avez des gens courageux, des gens qui admirent les artistes, qui les laissent parler, qui les défendent, qui se battent, comme Laurent Ruquier. J'ai des gens à Canal+, comme Thierry Schellmann, comme Manu Cohen-Scali. qui sont venus me chercher quand j'avais 25-26 ans, et que j'étais pas grand-chose, et qui m'ont dit « Tu veux faire des duos ? Ok. » Je dis « Par contre, toi t'as liberté d'expression. » J'avais 26 ans, ils auraient pu me dire « Quoi, toi t'as déjà fait nous des sketchs drôles, et puis après on parle de ta liberté d'expression. » Et qui m'ont dit « D'accord, on va te laisser de ta liberté d'expression. » Donc, vous pouvez rencontrer des gens qui vous la laissent, et puis parfois, ces mêmes personnes peuvent l'enlever à d'autres gens, parce qu'ils n'ont pas confiance, parce qu'ils ne le sentent pas, parce que tout est différent. Moi, ce que je dis aux artistes, c'est « Battez-vous, et refusez la censure. » C'est à nous de faire le travail, parce que vous ne pourrez jamais empêcher. qu'il y ait des gens qui ne fassent pas votre travail, qui ne vous comprennent pas ou qui n'aient pas envie de prendre le risque pour vous. Donc c'est à vous de les convaincre, à vous d'être bons, et à vous de vous battre. J'ai répondu ? Vous venez d'écouter Parcours croisé avec Jérémy Ferrari et Joséphine Drail. Montage Capucine Rouault. Réalisation et mixage Charles Collin. Production Antoine Vialbrun. Merci à l'équipe de Louis Créative, l'agence de création de contenu de Louis Média. Un podcast proposé par la sacem.