- Speaker #0
Proposé par la SACEM, voici Parcours Croisé. Rencontres, histoires et témoignages autour de la création. Joachim Garraud devient dès le début des années 2000 l'un des producteurs français les plus influents. Il collabore avec d'autres artistes internationaux, tels que David Bowie, Kylie Minogue, Beyoncé, ou encore Céron, Bob Sinclar et Jean-Michel Jarre. Il est aujourd'hui l'invité de Parcours Croisé, un entretien réalisé par Jean-Paul Degnaud, ex-rédacteur en chef de Trax, et cofondateur de Pioche Magazine dans l'auditorium de la SACEM avec la participation de la musicienne, productrice, compositrice, autrice et interprète de Laurentis. Est-ce qu'on peut reprendre un peu ce parcours qui commence à 82-83 On est près de Nantes.
- Speaker #2
Alors nous sommes en 1983, mais j'étais hyper sérieux à l'époque. Avec une régie que j'avais fabriquée moi-même. Et petite anecdote, quand on met les amplis, les platines, tout ça, vous vous retrouvez avec une régie qui fait 90 kilos. Et donc, impossible à bouger tout seul. Il faut 3, 4, quoi. Et en plus, quand vous avez 16 ans, vous n'avez pas le permis. Donc, mon père, je remercie mon père parce que Papa, tu peux m'emmener faire une disco mobile Il faut que tu achètes un break et tout. Enfin, bon, voilà. Qui es-tu à ce moment-là ? Qu'est-ce que tu fais T'es à l'école, t'es bon Tu produis déjà des sons Oui, oui. Je suis à l'école et je fais une collection de matériel, de disques, un peu comme vous voyez, avec des cassettes et tout ça. Ça, c'est 1985. Je pense que certains dans la salle connaissent l'Atari ST, l'ordinateur en bas avec un écran monochrome. Alors, qu'est-ce que je fais Je suis à l'école puisque je suis un bon élève et parce que je veux faire plaisir à mes parents, parce que mes parents me font confiance quand je leur dis... que je vais aller travailler la nuit sur une radio.
- Speaker #1
Énergie à Nantes Énergie à Nantes, oui. D'accord. Énergie à Nantes, où j'ai eu la chance d'être engagé quand j'avais 16 ans. Alors, j'ai eu la chance rapidement, quand j'avais 16 ans, d'avoir une voix un peu grave. Donc, si tu veux, j'avais fait une maquette. Et bon, je pense qu'ils pensaient que j'avais 22, 23 ans, donc ils m'ont engagé. Le seul poste qu'il y avait disponible, c'était la nuit. Donc je me suis retrouvé à faire 1h-6h du matin, et après je prenais ma bobillette et j'allais à l'école. Et c'était très dur de rester éveillé. Mais mes parents disaient, écoute, si t'aimes ça, il n'y a pas de raison que tu t'endormes. Et j'ai redoublé quand même ma seconde. Quand même. Voilà, quand même. Mais je me suis retrouvé après en poste de journée. Ils m'ont confié la journée parce que ça se passait plutôt bien. Et là, tu passes quoi Tu dis que tu as un peu des disques, que tu vas un peu chercher des choses Alors non, j'ai commencé un an après, en 85, parce que je me suis rendu compte qu'on passait tous les mêmes disques, tous les animateurs d'NRJ. On recevait un peu la programmation qui venait de Paris, plus ou moins. Et donc, je me suis trouvé rapidement à me dire tiens, ça serait bien. Si je pouvais couper l'intro de ce disque-là, parce que ce n'est pas terrible, ça serait bien si je pouvais booster cette partie. Et là, je me suis retrouvé à commencer à faire des remixes. Et ça, c'est important dans le phénomène de production, parce que faire des remixes, c'est-à-dire faire sa propre version d'un titre que les gens connaissent. Et tu t'appropries un peu une nouvelle version. Et ça a été mes premiers pas sur la production et la composition, puisque entre remixes et composition, à partir du moment où tu pars d'un acapella qui est connu ou des choses comme ça, le pas, il est assez petit en fin de compte. Des remixes, à l'époque, ça ressemble à quoi T'es sur des cassettes, tu colles des bandes magnétiques Ouais, des bandes magnétiques. Tu fais des edits et si tu veux, la bande magnétique était marron et les scotchs étaient bleus. Lui, il avait des bandes toutes bleues parce que il y avait des centaines de coupes sur 20 secondes, mais 20 secondes tu mettais 3 jours à faire 20 secondes tu vois ce que je veux dire, et quelquefois tu disais bon c'est pourri, tu jettes tout à la poubelle, et t'as perdu 3 jours alors il y a une, juste très récemment après, t'as une première expérience en club, tu vas jouer en club dans une boîte de nuit près de Nantes, qui s'appelle Luxor oui c'est vrai, je viens de Nantes je viens de cette région là, je connais le Luxor, à Clisson, bien sûr avec cette très belle chose égyptienne devant, magnifique Comment est-ce que tu te retrouves là Et comment ça se passe, ce premier pas de DJ
- Speaker #2
Quand je suis à la radio et que je commence à produire mes propres remixes, j'ai ma propre émission où je diffuse mes remixes. Et puis, comme j'ai ma disco mobile à côté, je continue à faire les soirées. Mais maintenant, comme c'est Joachim G de NRJ, je peux demander un peu d'argent. Parce qu'avant d'être sur NRJ, je mettais de l'essence dans la mobilette, j'achetais des disques. Ça me coûtait beaucoup d'argent, cette passion. Mais là... Comme je suis sur NRJ, je peux demander 50 francs par soirée. Alors là, c'est le luxe. Je peux donner un peu d'argent à mon père. C'est la top. Il peut mettre un peu d'essence dans la voiture. C'est génial. Et donc, je commence à prendre un peu plus d'importance. Parce que du coup, l'argent que je gagne, je le mets dans la disco mobile. Au lieu d'avoir les formidables rampes de spot, j'en achète 3, 4. Je commence à avoir plus de son. Alors quand tu as plus de son, tu ne fais pas une soirée pour 10 personnes. Tu fais 40 personnes. Et puis, quelques mois après, tu fais pour 200 personnes. Et puis, je me suis rendu compte que je préférais aller jouer dans des clubs où il y avait déjà tout installé, parce que c'était vraiment un sacré bazar de tout installer. Et puis surtout, je voyais bien que les clubs réunissaient quand même beaucoup de gens tout le week-end. Donc, j'ai postulé et j'ai été engagé. J'ai travaillé dans deux discothèques à l'époque. Il y en avait une qui était à Vallette qui s'appelait Les Millets de Nuit. C'était ce qu'on appelle un parquet. Donc, définition du parquet, c'est-à-dire que c'est un parquet qui est construit le week-end et qui doit être normalement démonté durant la semaine. C'est-à-dire qu'ils n'ont pas le droit de faire un truc en dur avec des fondations. Donc, c'est un parquet, c'est un chapiteau. C'est-à-dire que j'ai joué dans un cirque. C'était pas mal. J'ai bien appris là-dessus. Et donc, après, j'arrive. Effectivement, le Luxor, c'était la boîte qui me faisait rêver parce qu'il y avait un formidable Sphinx. Le fameux Sphinx. C'était magnifique. Et puis, il y avait un laser. C'est le premier laser. On est en 1986.
Et donc, je me retrouve effectivement DJ au Luxor. Et ce que tu fais là-bas, c'est que tu coupes le son Voilà. Pour faire créer les gens, ce que je fais au Luxor, je coupe le son et je remets le son. Et j'apprends quelques années plus tard que dans les clients, il y avait un certain Philippe Catherine. qui va immortaliser certaines de ses soirées au Luxor à Clisson par une jolie chanson qui s'appelle Le Luxor j'adore où j'ai eu la chance de faire le remix de cette chanson.
- Speaker #1
On a retrouvé des interviews où justement il parle de ce DJ qui coupait le son et ça le rendait malade. Il disait Mais pourquoi cette personne a le pouvoir sur les gens de couper ce son Ouais, c'était ça. C'était exactement ce que j'avais cru. Parce que c'est vrai que quand tu coupes les sons, les gens étaient frustrés. Ils étaient vraiment frustrés. Tu les mettais dans la tête de folie. Tu relâchais. C'est la puissance en musique, c'est pour ça qu'il y a des silences. C'est que globalement, quand tu as du silence, ça donne tellement d'ampleur à la musique quand elle revient. Donc voilà, c'est une petite anecdote. Alors pour poursuivre le fil, alors là tu passes de la musique généraliste, j'imagine, dans cette radio de nuit. Oui, c'est ça, oui. Du rock, des slow. Mais tu écoutes aussi de la musique électronique, de club. Et je crois que c'est à ce moment-là que tu pars à Paris, il me semble, dans cette radio qui s'appelle Maximum, qui est revenue dernièrement d'ailleurs. Exactement. Donc là, c'est vrai que j'ai la chance, en 1989, de rencontrer une équipe de fous, furieux, passionnés de musique électronique. Ça fait 30 ans qu'on continue à se voir, donc il devait vraiment y avoir quelque chose à l'époque, globalement. Et je me retrouve à produire de la musique, c'est-à-dire produire des remixes, produire surtout aussi des jingles, ce qu'on appelait l'habillage d'antenne, les ma ma ma maximum et toutes ces choses-là, pour donner un son un peu différent à la radio. Ça, tu le fais sur des ordinateurs déjà Alors, c'est encore de la bande. Après est arrivé l'ordinateur assez rapidement, parce que là, on est en 1989. L'ordinateur a dû arriver en 90, 91, mais c'était du 8 bits, donc le son était un peu sale. Il faudrait que je demande au spécialiste François Delage, qui était la personne qui était responsable de l'informatique, de nous donner exactement les codecs qui étaient utilisés. Mais c'était avant le MP3, en fin de compte. Donc bon, les sons étaient compressés. c'était pas très très bon quoi. Et là, tu y allais passer de la techno, du coup, des choses que tu Alors là. Ton deuxième visage, quelque part Moi, C'était une révolution pour moi, parce que quand j'étais à Radio Nantes ou à NRJ Nantes, tu passes Stéphane Echer, tu passes la pop française, je parle pour la radio. Et quand t'es en club, c'était la même chose, tu passes ce que les clients te demandent, et s'ils veulent que tu passes des Pechmode Cure, tu passes des Pechmode Cure. S'ils veulent Zouk Machine ou s'ils veulent une série slow, tu passes une série slow, parce qu'ils ont acheté une bouteilles et que le patron du Luxor te dit Eh Joachim, eux ils ont pris deux bouteilles donc tu passes tous les disques qu'ils veulent. Oh la vache Donc, quand j'arrive à Paris, la grosse révolution pour moi, c'est que je me dis Mais c'est dingue, on va pouvoir faire une radio en passant que des titres qu'on aime. C'est-à-dire c'est fini tous les trucs et les choses qu'on va être obligé de passer parce qu'on commence à avoir un peu ces histoires de quotas français, eh bien je vais faire des remixes. Et donc c'est là où je me suis retrouvé à faire des remixes de Serge Gainsbourg. C'est là aussi où j'ai rencontré mon ami Fred Rister. Je voulais absolument lui rendre hommage ce soir, qui est un ami qui est parti un peu trop tôt. Et on a fait beaucoup, beaucoup, beaucoup de musique ensemble. Et ça, cette époque-là, elle était incroyable. Quand tu parles du remix de Gainsbourg, c'est d'ailleurs le premier remix de Gainsbourg qui existe, ce Requiem pour un con. Requiem pour un con, c'est ça, oui. Comment ça se passe Tu acquiers le droit qu'en penserait la SSM de remixer des morceaux comment ça se passe hors blague comment ça se passe tu prends un morceau tu le remixes et tu le passes ce qui se passe c'est que je regarde la télé un soir et je vois le film Le Pacha avec Gabin et Serge Gainsbourg et j'entends cette bande son du Pacha et il y a RQM pour un con dedans et je me dis mais c'est incroyable c'est du rap et le film il date de 1963 je crois un truc comme ça le lendemain je vais à la discothèque d'RTL où il y avait Monique Lemarcy je lui dis excuse-moi t'as pas un un titre de Serge Gainsbourg qui s'appelle Requiem pour un con. On dit, ah ouais, c'est la bande originale du film Pacha. Ouais, attends, je te trouve ça. Elle me sort le vinyle à 45 tours. Et donc, je prends le 45 tours et je commence à le sampler dans le sampleur. Et ça m'a permis de sampler un petit bout de Serge Gainsbourg. Et j'ai donc samplé le disque. Le problème, c'est qu'on n'avait pas l'accapélard. Donc, j'ai pris le deux pistes stéréo. Et à l'époque, il n'y avait pas d'intelligence artificielle qui permettait d'enlever la musique. Et en essayant de défaser un peu, j'ai réussi à enlever certaines choses, mais globalement je me suis retrouvé à prendre ça, à faire une version. Et quand je l'ai fait écouter à mon directeur d'antenne qui s'appelait Mickaël Bourgeois, il m'a dit Oh c'est génial, on va le bastonner, on est les seuls à l'avoir, allez on le met dix fois jour Alors il jouait dix fois jour, on était la seule radio au maximum à jouer ce titre de Serge Gainsbourg, jusqu'au jour où Polygra m'appelle en disant Eh dis-moi, c'est quoi la référence dans le catalogue de Gainsbourg de cette version On ne l'a pas. Alors, Mickaël, tout content, c'est normal, c'est nous qui l'avons fait, on est les seuls à l'avoir et vous ne l'aurez pas. Je dis ok, d'accord. Non, mais globalement, la chance qu'on a eue, c'est que ça a plu à l'artiste et que l'artiste a dit Ouais, c'est bien, c'est moderne Je pense que ça plaisait plus peut-être à sa fille à l'époque, Charlotte, je crois. Et en tout cas, ça a été validé. Ok, on fait ça dans cinq mois, on va sortir les pistes originales pour que t'aies que la voix Et puis malheureusement, Serge Gainsbourg décède quelques mois après qu'on ait validé cet accord. Et cet accord tombe dans les oubliettes parce que Polygramme dit Joachim, on ne va pas sortir RQM pour un con Alors que Serge Gainsbourg vient de mourir, tu vois ce que je veux dire. Donc, on va ressortir les best-of, on va ressortir les versions remixées, les versions originales, les coffrets, tout ça. Et donc, le truc part aux oubliettes. Et puis un jour, j'entends une version de Requiem pour un con qui reprenait ce que j'avais fait, sauf que c'était fait par Blanc Francard, qui était un ingénieur de son très, très connu. Et qui reprenait un peu ce que j'avais fait. Donc j'étais un peu dégoûté quand même. Je me suis dit, mais je ne vais pas mettre en procès Polygramme. Qu'est-ce que tu veux que je fasse Je ne peux rien faire. Et la seule récompense que j'ai eue, c'est que Gilles Verland, qui est le biographe officiel de Serge Gainsbourg, à qui j'avais envoyé un vinyle parce que j'avais pressé moi une vingtaine de vinyles, pour pouvoir le jouer en club et tout ça. Il était tout content, Gilles Verland, quand je lui avais envoyé le vinyle, qu'il a compris l'histoire et il a marqué dans la discographie officielle de Serge Gainsbourg. Donc, Joachim Garraud, remix de Requiem pour un con, 1990. Et puis après, il a expliqué toute l'histoire. Toutes ces aventures de remix, ça te connecte aussi aux maisons de disques, un petit peu aux majors. Tu commences à rencontrer. On rappelle le truc quand même. Tu es DJ de Maximum, tu viens de Nantes, donc tu n'es pas forcément connu dans la place. sur la place parisienne. Et là, du coup, tu t'adresses à Apollidor, à Ikemaï. Parce que Maxima m'a beaucoup aidé, parce qu'on était les seuls à diffuser de la dance music, ce qu'on appelait la dance music. Donc, bien souvent, la maison disque appelait en disant Vous n'auriez pas un remix de ce titre-là Parce que ça ne marche pas trop bien en club. Et alors, soit on avait un remix qu'on avait trouvé, on l'envoyait, soit on fabriquait une version. Donc, c'était là où j'ai commencé à faire mes premiers remixes. Et c'est vrai, j'ai travaillé avec des gens. À l'époque, c'était Stéphane Echer. J'ai fait... Michel Polnareff, donc des Français d'abord, avant de faire des internationaux, des Français. Et je me suis retrouvé à faire des remixes dense de certaines œuvres. Et je me souviens, petite anecdote, de Déjeuner en paix de Stéphane Echer. Et j'avais fait le remix et tout, et c'était pour Éric Morand à l'époque, qui travaillait chez Barclay. Et il était à fond, il disait Génial, on va défoncer tout le marché, c'est génial Et puis je reçois un coup de fil, c'est non Stéphane Echer avait écouté le truc, il dit C'est non Bon ok d'accord, poubelle. Eric Morand qui par ailleurs était du coup dans un label qui s'appelle FFRR je crois, qui était l'abat de la FNAC en musique électronique et qui a ensuite été le fondateur de F-Com.
- Speaker #2
Voilà F-Com, F-Com, exact. C'est lui qui te connecte à Laurent Garnier C'est Eric Morand parce qu'il était aussi manager de Garnier pendant 20 ans Non, c'est l'inverse. C'est-à-dire que je connaissais Laurent Garnier avant qu'il aille sur F-Com. C'est-à-dire que Laurent Garnier était DJ à maximum. à la même époque. Donc il était DJ. Et vous étiez aussi DJ tous les deux au Boy Voilà.
Donc le Boy, on est en 1990, c'est les platines vinyles et c'est la folie, les sifflets sont dehors et tout ça. Enfin bon, voilà. Les débuts de la techno, 1990. La grosse différence avec aujourd'hui où la musique transite par Internet et tout le monde a le même disque en même temps, tout le monde a la même musique à la même seconde, à l'époque, on pouvait avoir de l'avance parce qu'il y avait quatre vinyle qui avait été arrivé dans un magasin disque, j'ai acheté les quatre, je ramenais les quatre à Paris. Ce que je faisais, j'avais appris ça de Marco, Marco c'était le DJ du boy, on mettait un coup de marqueur dessus et donc on barrait toutes les références, ce qui fait que quand on passait un super titre, les gens venaient voir en cabine qu'est ce que c'est, ils voyaient un truc noir sur noir, on disait bon ok d'accord. Et donc ils pouvaient pas trouver le titre, parce qu'il n'y avait pas de Shazam à l'époque. Donc ça me garantissait une espèce d'exclusivité. Et en plus, grâce à Maximum, globalement, j'avais accès à beaucoup de titres avant les autres, parce que Mickaël Bourgeois faisait beaucoup de recherches de titres. Et puis moi, j'en cherchais aussi de mon côté.
- Speaker #1
Alors, on est une période aussi, début des années 90, milieu des années 90. Maximum, ça se termine en 92. Et à ce moment-là, la musique techno, house et rave, elle est déjà très connotée dans l'opinion publique. très caricaturé aussi. On est des drogués, on est des pédés, C'est ça qui se passe, c'est vraiment ça qu'on parle. Alors que pourtant, quelques années plus tard, enfin bien des décennies plus tard, on sait maintenant toute la culture, toute la composition qu'il y a derrière. Comment, à la fin de Maximum, qu'est-ce qui s'arrête aussi Est-ce que c'est laIl y a un petit coup de butoir un petit peu, je ne sais pas si c'est le bon terme, mais cette scène-là. Disons qu'avec Maximum, je pensais que la musique électronique allait devenir plus mainstream. Et puis, on commençait à avoir un peu nos lettres de noblesse. D'ailleurs, on le voyait parce que la publicité utilisait beaucoup de musique électro, techno, tu vois. Et nos soirées n'étaient pas des rêves qui étaient interdites. On a pu mettre en place des vraies soirées avec des gens. Mais quand Maximum s'est arrêté, il y a vraiment eu une chasse aux sorcières. Pas d'autres noms et beaucoup de rêves ont été interdites. Je me suis fait saisir des disques une fois quand j'ai joué dans une rêve en Belgique où tout le matériel a été enlevé, je me suis fait piquer des disques et tout ça, on ne pouvait rien faire en fin de compte. Et on a mis beaucoup de temps à redonner un peu de crédibilité sur la musique électronique parce qu'on était dans un secteur qui était trop relié à la drogue, qui était relié à des mauvaises fréquentations. Tu n'es plus DJ de ton tapu, cette résidence à cette radio-là. Qu'est-ce qui t'anime à ce moment-là Est-ce que c'est du coup, tu te plonges dans les remixes, tu te plonges dans la composition, la production Est-ce que c'est à ce moment-là que tu t'y mets Oui, parce que comme je n'ai plus accès à du matériel, parce que je ne suis plus dans la radio au maximum, il faut bien que je m'achète mon propre Pro Tools, enfin mes propres ordinateurs pour faire de la musique. Parce que je me dis, d'abord ça me manque et puis c'est ce que j'ai envie de faire tous les jours globalement. Donc je mets en place un... Un studio d'enregistrement avec une personne, Jean-Charles Carré, qui venait de Canal+. Et on s'associe tous les deux et on met un studio d'enregistrement qui s'appelle Square Prod, qui était rue de Rivoli. Et on se fait un petit studio qui devait faire... Combien ça faisait Toi, t'es venu tellement de fois. C'était 50 mètres carrés, je sais pas. Ouais, pas plus. 50 mètres carrés, il y avait deux studios, donc deux fois 25, les petites cabines comme ça. Et on fait, je fais de la pub, je fais des pubs. Parce qu'actuellement, à cette époque-là, 92, 93, 94, le marché de la musique électronique, c'est d'abord de la compilation. Là, on découvre la compilation en CD, ça permet à toutes les majors de ressortir toutes les références, mais attention, avec le son digital de CD. Donc, 44-1, sauf que quelquefois, tu écoutes le CD, c'est le vinyle qu'ils ont mis dessus. T'entends le cric, tu te dis, non, c'est dégueulasse. Non, mais c'est vrai. Il y a des compiles où il y avait la version du vinyle avec le craquement. J'ai dit, mais les gars, quand même, sans déconner. Donc, du coup, le marché, en tout cas, moi, dans la production, je fais des remixes un peu plus... Je commence à essayer de démarcher un peu à l'étranger. Et puis, je fais beaucoup de... bu beaucoup d'habillage, j'ai fait des habillages pour les radios, j'ai fait Voltage, FM, j'ai fait Alouette. Donc là, c'était un autre travail de faire des petits jingles et des petites musiques de 4 secondes, 7 secondes. C'est un autre job qui est, je ne vais pas dire qui est moins musical parce que c'est compliqué d'écrire une mélodie en 7 secondes. Mais c'était un autre challenge. Mais tu étais déjà sur le digital à ce moment-là, c'était le début. En 92, j'étais la licence 00002 de Pro Tools. en France. Et donc, c'est vrai que j'étais vraiment en avance. J'ai eu la version 1.12 de Pro Tools. D'ailleurs, je recherche une disquette. Je sais que j'ai gardé une disquette d'archives parce que ça vaut de l'or maintenant. Et on était deux en France à la voir. L'autre personne, c'était Selma Rangel, qui était l'ingénieur du son de Richard Gottener, qui avait acheté la 001 quelques semaines avant moi. Et moi, j'avais acheté la 002. Mais à l'époque, il fallait aller chercher ton Pro Tools en Californie. parce que ce n'était pas importé, donc tu as ramené la version américaine. J'étais un des premiers, effectivement, j'étais le deuxième en tout cas. Mais en tout cas, je pense que j'étais celui qui l'a le plus utilisé pendant dix années en France. Et ça m'a permis de faire énormément de projets. Du coup, tu es vraiment en contact avec Protools. Tu es développeur. Oui, et puis tu es vraiment... Ah oui, oui. On avance sur le son. J'imagine qu'en France, il devait y avoir assez peu de gens qui faisaient déjà des pauses sur le digital. Non, il n'y avait personne. On était les premiers. Mais franchement, c'était une révolution. Ça me permettait de faire tout l'habillage d'Europe 1, je me souviens. Et Europe 1, c'était avec Sébastien Lecronon. J'avais fait ça, l'habillage d'Europe 1. Et on avait fait, je crois, 700 jingles en une semaine. C'était-à-dire qu'on avait fait l'équivalent de ce que faisaient six mois, six personnes à Europe 1. Et j'ai fait tout seul en une semaine. Parce que c'était tellement facile de faire les déclinés. De toute façon, tu le vois bien entre L'analogique et le digital, c'est la même chose qu'entre une machine à écrire et un traitement de texte. Le mec disait, il faut une version sans la fin. OK, c'est bon. Après, c'est fait. Je voudrais faire une version 16h-18h, Jean-Louis, machin. OK, d'accord, 16h-18h, c'est fait. Après, je peux même te faire 17h-18h. Ah ouais, tu peux copier-coller, machin, export. C'était une révolution. Est-ce que c'est pour ça qu'un certain Jean-Michel Jarre vient te voir Parce qu'il voit chez toi. Il voit chez toi qu'en fait il y a potentiellement Il y a du potentiel justement, c'est quelque chose que lui, il a expérimenté depuis longtemps. Et l'idée c'est qu'il était venu me voir pour une compilation que je devais mixer, je devais faire un espèce de mastering de plusieurs titres qui devaient être regroupés sur un album à lui. Et c'est vrai que moi j'étais un fan absolu de Jean-Michel Jarre, donc vous n'imaginez pas recevoir Jean-Michel Jarre dans mon petit studio de 25 mètres carrés. Alors que je me disais, mais lui, il doit avoir le palace absolu. J'avais vu des reportages avec les magnétos à bande par tous les compresseurs. Et je me dis, mais qu'est-ce que je vais lui apporter avec mon Mac, ma Mac kit, machin. Et donc, je me suis bien préparé, je pense. Et ça a plutôt bien fonctionné, parce que quand il est venu, je lui ai montré que le digital, c'est une... une nouvelle façon de produire de la musique. C'est-à-dire que lui, il était 100% analogue, et il est arrivé chez quelqu'un qui était 100% digital pour la première fois, qui était sur Pro Tools. Et ça a été une vraie révolution. Et j'ai mis deux ans à le persuader de vendre tout son matériel. Il a tout vendu et on a tout racheté en Pro Tools numérique, tout chez lui, en 1998 après. Et vous avez Travailler ensemble à produire quelque chose Genre il y a des disques que vous avez fait en commun Oui, ça c'était un projet qui s'appelait Odyssée Through O2 et je devais juste faire les liaisons entre les titres. C'est-à-dire qu'il avait ramené 14 titres et je devais juste au final faire l'enchaînement. Mais ce que j'ai dit à Jean-Michel, j'ai dit écoute, regarde, entre celui-ci qui a 130 BPM et celui-ci qui a 120, on ne va pas pouvoir les enchaîner, il faut faire une transition. Il m'a dit, ah bon, mais tu penses à quoi Je lui ai dit, on va faire une reverse qui va faire... Et puis là, on va mettre un éclair qui part et puis un hélicoptère qui part. Enfin, je dis n'importe quoi, mais du sound design, tu vois. Mais il dit, mais on peut réagir. Regarde, tu vois, je tape dans ma base de données, hélicoptère, drag and drop. Il était là, what Et j'ai dit, attends, on va mettre un peu de reverb, reverb. Attends, je vais sauvegarder, on va faire un essai avec une autre reverb. What Et donc, du coup, au départ, il avait réservé pour 5 heures, il est resté 5 jours, parce qu'on a fait 14 interludes. Au départ, on ne devait pas en faire, mais je lui avais montré un truc, j'ai mis le doigt dans un truc, là, tu sais. Et c'était vraiment l'engrenage, tu vois. c'est marrant parce que vous n'avez pas le même âge vous avez quand même quelques générations de père c'est ça un peu c'est quoi votre relation c'est une relation de père à grand frère vraiment grand frère Jean-Michel il a 200 idées à la seconde et voilà j'ai appris tellement de choses avec lui à tel point que je suis allé habiter chez lui parce que petite petite dans ma vie personnelle, je divorce, je n'ai pas d'appartement. Jean-Michel Jarre, ça se passe très bien, on passe cinq jours ensemble, ça produit. Et puis, il me dit, tiens, peut-être tu peux voir pour faire un remix pour ça. Je dis, OK, d'accord, machin. Et puis, bon. L'engrenage était lancé et quelques mois après, je me retrouve habitant chez lui à Croissy-sur-Seine et d'être dans cette fabuleuse maison de 3000 m², moi qui venais d'être à la porte, avec un studio où je suis corvéable à merci. C'est-à-dire que je peux travailler 19 heures par jour. Et tu bosses 19 heures par jour Et je travaille 19 heures par jour. Comme j'ai fait 18 mois chez Jean-Michel J'ai pour deux projets. Un projet d'un album qui s'appelle Métamorphose qui est sorti en 1999 et le projet du concert devant les pyramides du Caire le 31 décembre 1999. Et donc, j'ai travaillé principalement sur ces deux projets pendant 18 mois. Et j'avais acheté une petite caméra avec des HI8 ou des DV. Et donc, je faisais tourner ça, je posais ça et j'enregistrais pendant deux heures à tel point que Jean-Michel oubliait la caméra. Et récemment, j'ai retrouvé une boîte à chaussures avec je crois 56 heures d'enregistrement nous sommes le 8 avril 1999 et on se retrouve dans le studio personnel de Jean-Michel Jarre grosse console et aisselle du matos partout savoir que Jean-Michel est capable de charter pendant des heures la bonne suite de notes et les bonnes notes pour la bonne mélodie Cette obstination, ça marche aussi pour la recherche du son. Oui, alors ça, c'était vraiment, Jean-Michel Jarre, c'est tout le temps une dernière piste. Alors, c'était ça le problème du numérique. C'est que le numérique, il n'y a jamais de fin. Enfin, quand on peut toujours revenir sur un projet, le rouvrir, changer. et là c'était c'était complexe quand même je me suis passé pour ça 18 mois parce que j'ai fait je sais pas peut-être une centaine de mix pour certaines versions c'était c'était infini parce que il revenait le lendemain avec une nouvelle idée et j'ai dit m'attends Jean-Michel on avait dit que ça c'était bien il dit ouais mais attends peut-être qu'il y a mieux il y a vraiment et heureusement on avait une date butoir parce qu'il fallait que l'album sorte juste avant le 31 décembre donc on était obligé de faire le processing de mastering et tout ça donc on avait une date butoir et la date butoir c'était on va faire le mastering Dis-toi bien que même après la mastering, il m'a demandé de refaire des mix et on a changé des trucs dans le mastering. Enfin bon, c'était sans fin. C'est marrant parce que du coup, on connaît le Joachim Garraud, on connaît l'artiste public qui a sa carrière, etc. Mais c'est vrai qu'on sait aussi que tu as du coup ce rôle très important. d'homme, je dirais pas de l'ombre c'est pas ça, c'est de d'accompagner aussi des personnes comme celle-ci comme ça a pu être aussi le cas pour David Guetta quelques années plus tard comment est-ce que toi tu te places en tant qu'artiste quand c'est comme ça, c'est quoi la relation que t'arrives à nouer avec des personnes qui sont en mode genre, enfin tu vois, qu'est-ce qui se passe en fait dans cette relation ça dépend un peu du niveau de ce qu'attend la personne avec qui tu travailles, par exemple Jean-Michel Jarre, il avait pas besoin de moi pour des mélodies par exemple Par exemple, David Guetta, premier album, David c'était un DJ, donc il n'était pas musicien. Donc ce qu'il venait chercher avec moi, c'est le fait de trouver la bonne suite d'accords ou de trouver la bonne mélodie interprétée par Chris Willis par exemple. Donc la relation était différente en fonction de ce qu'apporte la personne. Il y a des fois, ça peut être juste un coup de main. Par exemple, pour Martin Solveig, j'ai filé des coups de main que sur des vocaux. Il avait du mal à mixer certains vocaux. Et il disait, ça sonne pas, je suis pas content de la prod. Donc il m'envoyait les pistes de vocaux, 96 pistes. Je dis, d'accord, je comprends pourquoi tu n'arrives pas à faire sonner 96 pistes. Il y en a beaucoup trop. Et donc, j'en prenais 20 et je lui disais que j'avais tout pris. Donc, excuse-moi, Martin, je t'ai menti. Mais il disait, oh, ça sonne beaucoup mieux. Je dis, ben oui, mais je n'osais pas dire que je n'avais pas tout pris. Et donc, voilà. Donc, Martin, par exemple, c'est ça. Bob Sinclair, c'était différent. Bob Sinclair, il venait avec 3-4 titres. Il dit, alors là, j'adore la base de ça, la rythmique, elle défonce ici. Et alors là, tu entends le synthé, là, il faudrait un truc qui ressemble à ça. Je dis, OK, d'accord, allez. Et donc, on travaillait ensemble sur ça, tu vois. L'accompagnement, quand tu dis accompagnement, c'est ça, accompagner un artiste, un producteur, c'est ce que j'aime le plus en fin de compte. C'est rigolo parce que tu as ce truc de pédagogie, tu as ce truc d'accompagner. Là, c'est à ce moment-là où tu as le forum, où tu balances des conseils, etc. Oui, c'est exactement à cette époque-là où je prends du temps pour expliquer aux jeunes qu'il y a un forum HTML. Tu te mets au service d'eux, ce qui est marrant. Je transmets. Ce qui n'est pas le cas de tous les artistes. C'est rigolo. Comment ça se passe ce forum Parce que tu arrives à un moment, j'ai noté 1000 abonnés. Oui, c'est ça. Rapidement, c'est quoi le forum Tu as marqué des gens quand même. Oui, parce que j'ai eu la chance d'avoir un forum HTML sur lequel il y a plein d'artistes qui sont venus parce qu'à l'époque il n'y avait pas MySpace, il n'y avait pas Facebook et tout ça. Et les gens avaient besoin d'un endroit où ils pouvaient communiquer sur leur passion. Quand tu as Moi j'étais le seul forum où il y avait des gens comme Eric Prydz, Steve Angelo, donc des gens qui commençaient à être un peu connus, tu vois. Et puis des jeunes comme Arnaud Coste, qui a commencé à faire son premier single, et qui a rencontré une personne. Donc c'était un forum de rencontres, alors c'était avant mythique et tout ça, tout, hein. Mais c'était un forum de rencontre de gens qui font de la musique ensemble. Et c'est vrai que j'étais hyper fier parce que de ce forum HTML qu'on avait lancé en 2003, 2004, est né beaucoup d'artistes, beaucoup de productions, beaucoup de rencontres. Et puis d'ailleurs, des gens qui sont connus parfois d'autres qui ne sont pas, mais qui sont devenus des mordus de musique. Beaucoup en parlent chez Trax, où je travaillais. Du coup, on a beaucoup de gens qui nous en parlaient aussi, qui nous disaient, mais c'est marrant, c'est grâce à Joachim que je suis rentré dans la musique électronique, grâce à ces forums. Et tu sais que moi, c'est un des meilleurs compliments que je reçois quand les gens viennent me voir et disent, ah, c'est grâce à ton forum ou à tes tutorials ou à tes vidéos, à tes podcasts que ça m'a donné envie d'être DJ ou de faire de la musique. Et aujourd'hui, j'en vis. Waouh, c'est génial parce que tu te sens au moins utile. Alors tu as parlé de Axwell, j'avais un petit extrait de recording sur l'album de Guetta, sur le premier si tu veux. Donc là c'est une cabine qui est grande comme une salle de douche, ça fait 2 mètres sur 2, 2 mètres sur 1. Rivoli On est au rue de Rivoli. Baby you're so young C'est quelques secondes de session, tu vois un peu le type de matériel qu'on utilisait. Là ça commence à être Pro Tools déjà avec des plugins et c'était les premiers enregistrements numériques en 2002 avec quand même une qualité qui commençait maintenant à être assez proche d'une qualité analogique quand même. et ce que j'ai fait dans cet album surtout le premier album de David Guetta où j'ai coproduit et puis fait le son c'est que j'ai utilisé ce que j'ai appris à la radio c'est à dire la compression de la voix, faire une voix hyper tight tu vois un truc comme ça et ce qui a été incroyable c'est qu'au final les gens ils entendaient les premières secondes et la voix, ils savaient que ça venait de mon studio parce que j'utilisais des plugins, j'étais un peu le seul d'ailleurs le seul à utiliser des plugins qui normalement te permettaient de faire du son de radio des compressors multiband TC Master X et des choses comme ça et ça me permettait d'avoir un son qui sonnait beaucoup plus fort que d'autres et bon c'était un peu déjà la course au loudness pour les producteurs mais ça m'a permis cette signature rythmique d'avoir un studio où plein de gens voulaient venir après en disant j'aimerais bien avoir le même son que sur l'album de Chris Willis voilà C'est le premier enregistrement c'est production Premier album de Guetta, tu en auras fait trois avec lui. Ce premier disque-là, ça commence déjà, tu sens qu'il se passe quelque chose. Guetta, ça devient un phénomène très vite. Tu sens que ça meurt tout de suite dès le premier album Là où on a ressenti un truc, c'est la première chanson qu'on a faite, qui s'appelait Just Little More Love, dont la première représentation scénique était au bain-douche. Et j'en ai une petite archive. cette chanson elle elle se paraît être comme hier neutre Mais pour nous, c'était incroyable parce que c'était la première chanson qui a mélangé de l'électro avec une voix gospel. Et aujourd'hui, on ne s'est pas rendu compte, mais ça a ouvert une branche dans la musique électronique. Et j'étais très content de voir récemment que Just a Little More Love, ce titre-là, faisait partie du début de la branche de ce qu'on appelle l'EDM. Parce que c'était la première fois qu'il y avait quelque chose qui pouvait passer à la radio. Parce qu'avant, on faisait de nous des titres qui passaient qu'en club. C'était pour faire danser les gens, mais à aucun moment il n'y avait vraiment assez de mélodies pour que ça puisse passer à la radio. Et là, ce premier titre est passé sur des radios d'abord spécialisées comme Radio FG et tout ça, mais rapidement le deuxième titre est passé sur NRJ et puis c'est là où tu me parlais de sentir la montée en puissance. La montée en puissance, c'est quand tu vois que les gens s'approprient la chanson et qu'on sort un peu du milieu underground pour aller dans le côté un peu plus commercial ou en tout cas mainstream. Donc tu avais aussi une partie de French Touch qui était sur la house, mais là du coup c'est vraiment le son électro, le son techno, et c'est ça la différence avec la French Touch. Exactement, oui.
Et d'ailleurs, est-ce que tu crois que c'est ça qui inspire ces jeunes garçons suédois dont tu parlais juste il y a un instant, qui étaient sur ces forums, et qui deviendront la Swedish House Mafia Est-ce que c'est ce son-là qu'ils sont venus réciter Oui, c'était le début je pense. Mais surtout, moi ce qui m'a fait La rencontre avec la Swedish House Mafia, c'était quand même incroyable parce qu'un jour je reçois un CD R, donc un CD enregistré, qui venait de Stockholm. Parce qu'Internet était assez balbutiant pour envoyer des gros fichiers quand même, donc tu envoyais encore des vinyles ou du CD. Et je reçois un CD, et sur ce CD, il venait de Steve Angelo et de Sebastian Grosso. Et il m'avait envoyé ce CD et ça sonnait d'enfer, mais très inspiré de ce qu'on avait fait avec David. Et le petit mot de Simon Gelo était super. Il dit Joachim, j'écoute tes podcasts, parce qu'à l'époque, j'avais commencé à lancer mon podcast et tout ça. Et il disait c'est génial si tu pouvais passer mes titres dans ton podcast, ça serait génial. Et donc, c'est là où effectivement, j'ai fait la connexion avec toute l'équipe de La Swedish, qui est devenue effectivement La Swedish House Mafia. C'est ça qui me fait trop marrer, c'est qu'en fait, en préparant cette rencontre, tu m'as envoyé quelques extraits de vidéos, etc. Et il y a cet extrait où tu dis, tu les présentes comme la mafia suédoise, le Swedish Mafia 2005. Mais avant, bien avant, avant deux ans, selon ce qu'il dit officiellement, leur vrai nom, avant qu'ils s'appellent vraiment. Donc tu as été l'inventeur de la Swedish House. Ouais, quand on en repense quand même, la vie, c'est quand même incroyable.
Je fais une fête d'anniversaire. Comme tout le monde, j'ai envie d'inviter tes potes. Quand tes potes c'est des DJ, ils viennent mixer quoi forcément. Et donc ce que je fais, c'est que je fais une fête pour 100 personnes et ces 100 personnes peuvent venir avec un accompagnant, donc 200 personnes maximum. Je loue un club de jazz à Paris, dans le premier arrondissement, pas très loin de mon studio et j'essaie de réunir un maximum de potes DJ en disant écoute c'est ma fête d'anniversaire, viens mixer, il y aura 200 personnes. Viens avec tes disques. Il n'y a pas de line-up. Tu joues quand tu veux. Si tu n'as pas envie, tu ne joues pas. Bon, voilà. Et puis, ce que j'avais exigé, c'est que tous les gens D'abord, beaucoup de gens voulaient venir à cette fête d'anniversaire parce qu'ils sentaient qu'il y avait un truc. J'avais dit, line-up secret et le lieu est secret. Inscrivez-vous. J'avais fait tout un concours. Et je me rappelle, le concours, j'avais posé 24 questions, mais hyper pointues parce que je ne voulais que des gens qui avaient vraiment envie de venir. Du type, question. Alors... vous avez un fichier stéréo 44 kHz en web combien ça pèse une minute les mecs étaient là 30 mégas bravo c'est bon t'es sélectionné tu vois des trucs comme ça hyper péchus alors quelle est la révision de la CDJ1000 parce qu'à l'époque il n'y avait pas la CDJ1000 quelle est la version du software qui a permis de la lecture en arrière les trucs qu'ils allaient chercher sur des forums japonais pour trouver les réponses Bon, bref. Et donc, au final, j'ai sélectionné 100 personnes qui sont venues avec 100 personnes. Et ce qui s'est passé, c'est que quand ils sont, j'aurais envoyé l'adresse le jour même en disant c'est sur Paris. Ils ont reçu l'adresse, ils sont venus. Quand ils sont arrivés, on leur a dit pas de téléphone portable, pas de photo. C'est-à-dire qu'il y a plein de gens qui vont venir. Zéro photo, donc zéro téléphone portable, zéro photo. Et donc, ça donne ça. Je pense qu'on aurait pu construire n'importe quel nightclub dans le monde avec cette équipe. Voilà, entre potes, toi. C'est génial, tu vois, ce type de choses. Parce que tu fêtes ton anniversaire, tu as les plus grands DJ du moment dans une pièce de 50 personnes. Et tu rassembles Céron, Axwell, enfin, tu vois, des gens, David Guetta. Bob Sinclair, tout ça, oui. En fait, ce qui est marrant quand même dans tout ça, c'est que tu arrives à faire le lien entre des gens très différents. Et puis, tu as ce truc de les rassembler dans un petit espace qui t'appartient, qui est un endroit assez humble. Comment est-ce que tu as Enfin, c'est quoi, d'après toi, ton truc pour rassembler dans une même pièce Des gens très différents, de générations très différentes. Je les ai appelés. Je fais mon anniversaire, viens. C'est gratuit pour toi. Non, mais bon. Je pense que le Comment dire Je pense aussi le fait d'être un peu le hub avec mon studio à Paris et d'être aussi un hub de différents projets me donnait aussi de la crédibilité. Quand les gens, je les appelle en disant je reproduis quelque chose. Ils savent que ça va être bien produit, c'est-à-dire qu'ils vont bien être traités, qu'il y aura le bon matériel, la bonne lumière, le bon son. Parce que comme je suis DJ moi aussi, je n'emmènerai personne dans un traquenard. C'est-à-dire qu'ils savent que si je produis un truc, ça va être à l'aise pour eux. Et ça m'a permis de rencontrer des gens aussi ce hub. C'était important. Il y a une photo que je trouve assez sympa parce que je l'ai retrouvée justement ce matin. Je n'avais pas eu le temps de te la transmettre. J'ai retrouvé une photo avec Thomas Bangalter qui venait au studio. avant Daft Punk.
Et cette naïveté d'être tous ensemble, ça a été une période assez bénie, mais assez courte quand même, parce qu'on s'est retrouvés après tous un peu concurrents. Parce que les festivals de musique ont commencé à faire des offres sur les DJs, et il n'y avait qu'une place sur la main stage, et donc du coup on s'est retrouvés un peu concurrents. Et donc ça a été assez conflictuel quelquefois, parce qu'on était amis, mais on était quand même concurrents. Les radios ont commencé à jouer ce qu'on appelait la French Touch, la musique. Et que quand il y avait un Bob Sinclair qui passait sur NRJ, le directeur d'NRJ me disait, écoute, on a déjà un Bob Sinclair, on ne va pas mettre un Martin Solveig maintenant. Donc il y avait une espèce de concurrence. Et c'est ce qui m'a poussé aussi à beaucoup utiliser des pseudos et ne pas apparaître sur les disques. Parce que c'était presque néfaste. Je me souviens d'une période où dans les dix premiers, j'en avais six que j'avais fait. Et j'en avais un seul, il y avait mon nom. Et si j'avais mis mon nom partout, je pense que ça aurait été plus compliqué d'avoir autant d'airplay dans les radios. Donc tu le dis, cette période-là, c'est aussi une période où il y a une montée en concurrence. Il y a beaucoup d'argent aussi qui est en jeu. Et c'est aussi un moment où toi, tu décides finalement de prendre une autre route. À quel moment tu t'es dit, ah tiens, l'industrie musicale telle qu'elle devient, en tout cas pour les musiques électroniques, là où je travaille, dans mon champ, finalement je ne m'y reconnais plus Moi en 2010, quand David Guetta m'a dit, bon écoute là on a cartonné avec ton troisième album, il va falloir faire un quatrième, mais alors il faut qu'on fasse des titres qui font 120 bpm, il faut que ça fasse 17 secondes d'intro. Il faut que le refrain arrive avant la 24ème seconde. Et puis ça serait bien si on pouvait être avec cette Anna parce qu'elle a beaucoup de followers.
- Speaker #0
Je me suis dit What Et puis en plus, il me dit En plus, ce qui serait bien, parce que maintenant, le projet David Guetta s'appelle, ce serait bien que tu deviennes mon salarié. Bref, je vous fais un rapport-ci un peu de quelques mois de négociation. Mais globalement, c'était un peu ça. Je me suis rendu compte que bon…
- Speaker #1
Ça devenait un boulot. Oui, et puis je ne me reconnaissais pas dans la musique, en tout cas sur le projet David Guetta, qu'on devait sortir sous le nom David Guetta. C'était plus la même fraîcheur que ce que je t'ai montré d'enregistrement, de se faire plaisir et puis si jamais le titre il fonctionne, il fonctionne. Mais d'abord les premières personnes à convaincre c'est toi-même déjà. Mais moi déjà quand je commençais à produire de la musique et que je disais what, je ne suis pas déjà convaincu par le résultat j'ai dit ça va être compliqué Donc c'est pour ça que j'ai arrêté avec David Guetta après le troisième album. J'ai continué avec des gens comme Bob Sinclar qui avaient beaucoup moins d'exigences.
Et puis ça m'a permis de collaborer avec des nouvelles personnes, d'ouvrir des nouveaux horizons, de développer mon projet personnel Space Invaders Communauté, le podcast. Autre innovation cette fois dans le domaine de l'internet, un domaine où tout évolue très vite, avec une tendance qui s'affirme, le podcasting. Talentueux descendant, bien parti pour Des émissions sans publicité, à écouter quand on le souhaite, c'est là l'une des raisons du succès naissant. du podcasting.
- Speaker #0
Salut les Space Invaders, bienvenue dans La Secoupe, c'est parti pour The Mix. Et parfois, ça marche. Guilvy est producteur, Joachim Garraud anime un podcast musical avec plus de 10 000 fidèles chaque semaine. Son émission est la plus téléchargée en France. Là où je suis hyper fier, globalement, c'est que cette semaine, j'ai sorti le numéro 951. Et j'en sors un par semaine. J'ai donc fait 951 semaines non-stop de podcast. Ça fait 18 ans. N'hésite pas. Des podcasts, alors ça s'appelle The Mix C'est The Mix, voilà, un podcast, une heure de mix gratuit par semaine, où je mets le meilleur de mes nouveautés, mes remixes, mes coups de cœur. Donc je prends un peu de temps pour mixer, animer, le mettre à l'antenne. Mais bon, 18 ans, c'est passé comme une flèche. Un truc de dingue. Je me souviens d'une soirée où je suis allé à The Mix 600. The Mix 600. C'était fou, j'imagine qu'il y en avait dans cette salle qui y sont allés aussi. Ça veut dire que ce podcast, tous les 100 numéros,j'organisais une soirée. Et donc ça c'est le 600, Parti communiste français, 29 avril 2017. La seule façon pour que vous puissiez rentrer, c'était d'étudier. Alors avant de rentrer Dans la zone de dancefloor, il y avait toute une espèce de parcours un peu jeu de rôle. Alors ce qui était super, c'est de ne pas annoncer les DJs. Vous ne dites rien, donc quand les gens voient arriver Vitalik, ils se disent Ouais, c'est incroyable Et surtout que c'était gratuit, personne n'a rien payé.
- Speaker #1
ça c'était sûr j'ai dépensé non mais là non mais l'argent ça sert à ça globalement c'est de faire des fêtes donc finalement donc toi tu as quitté ce monde un peu de l'industrie musicale pour finalement enfin c'est à ce moment là où tu fais de très belles fêtes aussi parce que c'est à ce moment là où tu lui lance un festival l'inox park ouais sur l'île du chatou ça en 2010 donc c'est pareil là c'est c'est quoi ton intention avec ce festival c'est vraiment de faire la plus belle fête. Alors, juste avant, je vais remonter un tout petit peu en arrière pour expliquer ça. C'est qu'en 2007, je me retrouve sur le char que j'ai créé de la Technoparade.
- Speaker #4
Et il y a 500 000 personnes dans la rue. On fait un high score de dingue. C'est-à-dire que c'est la première fois qu'on fait un char où il y a de la vidéo autour. Parce que j'avais mon côté geek. Je voulais de la vidéo accrochée tout autour du Voilà. Du coup, j'invite des copains. Sonny Wormteman, qui vient d'Allemagne. Il y avait une sacrée énergie. Je me retrouve à produire ça. J'invite que des DJs un peu européens, des potes. Benny Benassim, qui vient d'Italie, qui n'était pas très connu à l'époque. Il avait quand même sorti un gros tube Satisfaction. Disons que c'était comme la sensation quand tu fais ce genre de set. C'est comme si tu marquais un but. à la coupe du monde toutes les deux minutes. Je te jure dès que tu vois le truc les gens se mettent à hurler, tu te dis mais Ah bon voilà, par exemple Ned Backluck qui venait de Hollande et ça c'est sa première date Ned Backluck. Après il a été beaucoup plus connu. C'était sa première date et il m'en a beaucoup remercié parce que ça a été une super mise en avant. Alors pourquoi je te parle de ça C'est parce que j'avais eu deux expériences de concert avant de prendre la décision de faire un festival de musique électronique. J'avais cette expérience dans la rue avec plein de publics différents. Certains viennent vraiment pour la musique et d'autres viennent parce que c'est des curieux. Et ma deuxième expérience, et tu vas comprendre après je vais te faire le lien, ma deuxième expérience, c'est le Stade de France. Et ça, on est en 2008-2009. Et j'ai la chance de jouer, c'est 2009 je crois, je joue avec David Guetta, Martin Solveig, Yavet Yestow et Karl Cox. Et on joue au Stade de France. Et je me suis rendu compte que les grosses productions, que mettre de la lumière Je me retrouvais un peu dans ce que m'avait appris Jean-Michel Jarre aux pyramides du Caire. C'est-à-dire, il faut mettre du son, il faut mettre de la lumière, il faut mettre des effets spéciaux.
Et je me suis dit, mais ça serait pas mal si on pouvait essayer de mettre ça dans un festival. Surtout que comme je faisais pas mal de tournées à l'étranger, je revenais d'une tournée en Australie où les festivals c'est de midi à minuit en Australie, parce qu'il fait beau, tu vois. Et je me suis dit, c'est con en France, on n'a pas de festival qui font midi, minuit. Les festivals électro, c'est que la nuit. que ça, que dans le noir et tout ça et je dis c'est dommage quand même et je demande autour de moi tiens j'ai envie de faire un festival de musique électronique attends Joachim, un festival d'électro la journée ça marchera jamais c'est que la nuit la techno les gens c'est que la nuit, c'est à minuit qu'ils sortent pas avant et je me suis lancé pour faire Enox Park pour deux raisons d'abord un parce que je voulais avoir que des gens qui sont motivés par la musique électronique parce que j'étais un peu déçu de la techno parade pas l'édition 2007 mais j'ai refait une édition en 2009 Et je me suis retrouvé avec des gens qui venaient foutre le bordel, qui venaient piquer les iPhones. Enfin, tu vois ce que je veux dire Il y a eu des éditions comme ça, effectivement. Et ça m'a dégoûté parce que je me suis dit, wow, toute cette énergie pour des gens qu'on n'a rien à foutre, qui viennent juste parce qu'il y a du bruit et tout ça. J'ai dit, autant faire payer les gens. Et pour faire payer les gens, autant privatiser un lieu et faire un festival. Et pourquoi j'ai appelé ça Inox Parce que je cherchais une marque qui existait déjà en France. Et Inox existait à Toulouse à l'époque. Je me suis associé avec la personne de Toulouse et je lui ai dit qu'on allait faire Inox Park. On fait 50-50. Inox Park, première édition. On est en 2010. Samedi 3 juillet 2010, Parc de Château, sur l'île des Impressionnistes. 12 DJs, 2 scènes simultanées et surtout une ambiance de fête incroyable. Et ceci pendant 12 heures. De midi à minuit, le festival Inox Park va faire voyager plus de 8000 personnes au son des meilleures musiques électroniques. On faisait 2 scènes à l'époque. Donc, Bob Sinclair, j'ai appelé les copains parce que là,
- Speaker #0
je n'avais pas d'argent. Et c'est toujours le cas aujourd'hui, même après 14 ans de festival, parce que c'est hyper compliqué de produire un festival en région parisienne. Et maintenant, c'est encore plus compliqué avec les normes de sécurité et avec tout ce qui arrive tous les ans. Donc ce festival s'appelle Inox Park à l'époque. Maintenant, il s'appelle Electric Park et je fête la 14e édition le 15 juin cette année. Donc ça fait 14 ans qu'au départ, je l'ai fait tout seul jusqu'en 2017. Et puis depuis maintenant, j'ai des associés avec qui on produit ce festival. Alors ça correspond, moi j'ai travaillé chez Trax à ce moment-là, et ça correspond à un moment où la musique électronique, elle prend deux directions différentes. T'as vraiment un côté très puriste d'un côté, très techno house, un renouveau de la techno de Détroit, de la house de Chicago, dans des endroits un peu obscurs de Paris, au-delà du périph' d'ailleurs. Et puis effectivement, t'as cette grande vague de l'EDM, avec des grands shows, etc. Et du coup, toi qui viens d'une scène qui est un peu entre les deux, t'as été allé à droite. Exactement, entre les deux. Et du coup Comment est-ce que tu te sens à l'aise avec cette étiquette qui peut avoir l'EDM, qui est du show par rapport à un truc qui peut être peut-être un peu bêtement très puriste Alors moi, je fais un peu les deux et je fais un peu le grand écart. Oui, il y a Jeff Mills et il y a Alors ça, c'est sur la production, la programmation d'EDJ. Mais par exemple, en production, je continue à travailler avec Bob Sinclar. Mais à côté de ça, je vais travailler par exemple avec Vitalik. Tu vois On parle sur de l'électro, on parle un peu différent. J'essaye toujours un peu de garder un peu... Parce que moi, j'ai appris la musique au conservatoire. J'aime beaucoup de musiques différentes, en fait. Et j'aurais du mal à ne pas faire de la musique avec des mélodies, faire de la pop quand on a envie de faire des mélodies. Et quelquefois, j'ai envie de faire juste de la techno sans mélodie. Mais pour moi, ce n'est pas incompatible. Ça me dérange beaucoup d'être obligé de choisir. Donc, ça peut être un album avec Vitalik, mais on garde quand même les copains, les Axwell, les Bob Sinclar. J'essaie d'un peu les deux. Et puis, c'est un sens de la fête aussi. Je trouve qu'on retrouve dans ce type de... Quelque chose peut-être que tu as pu connaître au Burning Man, ce genre de choses b urning Man, c'est une très bonne référence. C'est quelque chose qui t'a un peu transformé aussi Tout à fait.
Quand j'ai fait ma première édition de Burning Man en 2005, je crois. Et depuis, j'en ai fait dix, dix éditions. Ça m'a ouvert les chakras. Je me suis dit, mais Joachim, il y a des choses tellement plus importantes dans la vie. Ça m'a fait vraiment du bien. Et je voulais ramener un peu cette folie de Burning Man dans Electric Park, enfin dans Inox Park. Les gens déguisés. Parce que quand tu es DJ et que tu joues en face d'un public où tu n'as que des gens déguisés, ils font autant le spectacle que toi parce qu'ils sont participatifs. Tu sais ce que je disais tout à l'heure, l'argent, ça sert à faire des fêtes. Et là, on est arrivé quand même à un sacré niveau de production sur Electric Park parce qu'on fait des fêtes pour 30 000 personnes. C'est beaucoup, quoi. Ce n'est pas la même chose que pour 40 personnes dans une salle, quoi. Alors, je trouve qu'il y a un projet qui va synthétiser un petit peu tout ce qu'on se dit depuis tout à l'heure. C'est le projet Electronica 1 et 2. Pourquoi Parce qu'en fait, tu travailles avec ton grand frère. C'est Jean-Michel Jarre qui fait cet album, c'est un et deux successivement. Et toi, tu es homme de l'ombre quelque part, tu l'accompagnes dans cette production. Et tu te mets au contact d'énormément de gens extrêmement talentueux, des musiques électroniques, mais pas que, mais surtout. Effectivement, qui vont faire le pont, le lien entre la musique extrêmement pointue, d'autres choses beaucoup plus populaires. Tu te retrouves un peu chef d'orchestre. tout ce qu'on a pu rencontrer finalement dans ta vie. C'est vrai que quand Jean-Michel Charme a présenté le projet Electronica, il m'a dit ça va être super, on va faire un des titres avec Moby, Geza Feldstein, John Carpenter. Il me sort une liste, mais d'enfer. Laurie Anderson, moi j'étais comme un fou, j'ai dit what ils ont tous accepté ça va être génial bon super comment on fait bon bah alors il faut récupérer les éléments sonores de lui il faut que t'appelles lui tout ça donc j'appelle alors toi t'es en alors donc j'appelle l'ingénieur du son de Laurie Anderson alors Laurie Anderson oui elle est sur Logic 6.1 elle enregistre en 48 kHz 24 bits ok d'accord bon très bien très bien next Moby ah non Moby moi je fais de l'analo mais je passe par un truc je suis en 48 16 bits mais ok Ok, alors je commence à récupérer des stems partout et à un moment je me dis que ça va être un peu compliqué d'uniformiser tout ça. Et puis l'idée c'est ça, je regroupais un peu, je travaillais avec Jean-Michel, on faisait des propositions et c'est vrai que ça m'a donné l'occasion de travailler avec plein de gens. Mais aussi d'apprendre plein de nouvelles techniques parce que du coup je me suis retrouvé dans le studio de Moby ou par exemple à Géza Feldstein. C'était différent la façon de travailler parce que chaque producteur a quand même ses petites habitudes. Et moi j'étais assez content d'aller chez eux. d'apprendre et puis aller chez Hans Zimmer enfin je veux dire moi c'est un rêve absolu quoi Hans Zimmer toute la journée chez lui le regarder à travailler sur le modulaire tout ça bon après j'ai dit bon le modulaire ça sert à rien non mais je fais des raccourcis mais globalement j'ai beaucoup appris mais le projet Electronica ça a duré 3 ans c'est ça le problème avec Jean-Michel, c'est qu'il fallait toujours un guest en plus. Tiens, il faut enregistrer Cyndi Lauper à New York, tu viens J'ai dit Bien sûr que je viens Il y avait plein de gens différents. Ça m'a permis d'affiner mon niveau de production et ça m'a permis de travailler avec des artistes internationaux. Parce que c'est vrai qu'on était de plus en plus exposés à travailler avec des gens qui n'étaient pas des Français. Ça m'a permis, par exemple, de faire In Epoch, de faire des projets avec Will.i.am ou Beyoncé. Là, c'était full américain. Et là c'était quand même assez incroyable pour moi de travailler dans des équipes de production. J'ai appris à travailler différemment. Nous on est des artisans. Et nous, producteurs de French Touch, on sait tout faire. Globalement, on est compositeurs, producteurs, mixeurs. On fait notre mastering, on fait le sampling et tout ça. Et là, je suis arrivé dans des équipes. Il y avait 16 personnes pour faire un titre. Il y avait le mec qui faisait la basse, l'autre qui faisait les accords, l'autre qui faisait que les percus, l'autre qui retouchait les vocaux, le spécial mélodine qui allait faire les Et on se retrouve dans des équipes. Et j'ai appris un peu à travailler comme ça. Bon, je ne suis pas resté très longtemps parce que Ça ne correspondait pas à la liberté que j'aimais de pouvoir perdre du temps dans des projets. Là, il fallait un truc 8h-15h, ta pause déjeuner, 17h-22h, ça ne ressemblait pas trop à ce que j'attendais, en tout cas de la façon de travailler, mais c'était une super école.
- Speaker #1
Il y a un moment qui se passe, c'est quand même le Covid, et toi tu prends cette opportunité, ce drame total, pour en faire jaillir à nouveau de la créativité et à nouveau du lien. Est-ce que tu peux juste revenir sur ce que tu fais en ce moment-là Parce que c'est quand même à nouveau complètement à ton image, c'est obsessif, créatif, du lien. C'est sûr que quand le Covid est arrivé, c'est fou. Nous, artistes, vous savez, il y en a beaucoup dans la salle, on est passé de date de concert à zéro date de concert. Donc, ça a été assez compliqué pour moi. Je me suis dit, à quoi on sert Il y a un truc un peu bizarre. J'ai commencé une grosse dépression quand même, globalement. Et je me suis dit, au lieu de te morfondre, ce que je vais faire, c'est que je vais tous les jours faire une session d'enregistrement pour faire de la musique. Mais je vais partager ça en direct. Et donc je partageais l'écran de mon ordinateur, je faisais un Skype, Zoom, vous voyez tout ça. Et puis j'appelais des gens et puis on faisait de la musique collaborative. Et puis pour donner un peu de piment à cette émission, je me suis dit je vais utiliser un peu mon carnet d'adresses. Et en première partie de l'émission, il y aura toujours un évité. Donc il y a des gens comme Gaël Benjamin, Geister, De Laurentiis. Et j'ai réussi à regrouper plein d'artistes différents qui se confiaient à moi. Et c'est vrai qu'il y a par exemple une émission, je vous invite à aller voir sur YouTube, vous tapez Joachim Garraud, Jean-Michel Jarre, vous allez trouver Jean-Michel Jarre qui est dans son salon, en chausson, et qui est en train de jouer du synthé, et qui me dit Joachim, j'aime bien ce son-là Et le preset, Attends, j'en ai un autre là Et il se fait un petit live et il me fait un petit buff de 15 minutes. Et je me dis Mais c'est magique Les gens qui regardaient ça, ils disaient C'est pas possible Le lendemain, c'était Bob Sinclar qui venait parler de son actualité. Mais comme il était en train de faire sa lessive, il y avait son sèche-linge qui bipait tout le temps. Donc on disait Attends, il y a le sèche-linge et il revenait. Et donc du coup, je me suis retrouvé à avoir vraiment une proximité avec tous ces gens-là qui sont des amis. Et j'ai fait des sessions, dont une dont je suis très fier, qui est je crois la numéro 47. J'ai fait un Zoom avec des gens comme Bob Sinclar, Étienne Decressy, Geister, Mercer, Marc Serron, Jean-Michel Jarre, Dimitri from Paris. Et tous ces gens-là, on a fait un zoom de trois heures et on parle de musique et rien d'autre. Et c'est juste génial parce que tout le monde se lâche. Et ça s'envoie pas mal de vannes aussi. Ouais, ça s'envoie des vannes, mais comme tu envoies des vannes à un pote, quoi. Mais j'ai utilisé globalement le Covid pour ça, pour faire de la musique collaborative et aussi relier les gens, tu vois, via Internet. Complètement. Chaque jour, tu avais une vidéo, etc. C'était assez fou. Comme tu disais, on a la chance d'avoir avec nous beaucoup de tes amis ici. Notamment, une personne qu'on va inviter à nous rejoindre sur scène, si elle le veut bien, c'est Dolorentis, avec qui tu es en collaboration en ce moment pour un projet qui s'appelle. J'ai trouvé mon alter ego de production. En tant que producteur, bien souvent, quand on travaillait avec une artiste féminine, c'était une chanteuse. Et là, j'ai trouvé une geek qui chante aussi, qui utilise sa voix comme instrument de musique. Mais surtout, c'était super d'avoir vraiment une productrice avec moi, avec qui on peut échanger des setups, des presets internes, des presets live, des choses comme ça. Et donc, on a décidé Après une rencontre que nous allons imager dans le bus et les good vibes, nous avons décidé de monter un groupe ensemble, ce qu'on appelle un side project. C'est-à-dire que De Laurentiis garde son projet De Laurentiis, moi je garde mon projet Joachim Llaro. On a décidé de faire Avorias tous les deux. Et Avorias, ça donne ça. Connected. Wow, bravo
Et là, vous faites des tournées ensemble Alors, on commence tout juste. On va faire ça cet été. On a eu la chance de faire une première date chez toi, d'ailleurs. Elle est avec les Clark, tout à fait. Et là, on va commencer. L'album n'est pas sorti encore. tout est prêt, c'est dans les starting blocks allez, superbe, bravo on a hâte alors Delorentis, je suis hyper content que tu sois là ce soir on s'était un peu rencontré aussi dans les pages de Trax à l'époque pour une page forcément un peu geek sur des boutons, sur des machines tu nous as fait le plaisir de rentrer un petit peu de dévoiler un peu ta cuisine c'était pour un travail sur Classical Variations oui, c'était le volume 1 en 2019 et c'était je crois sur une vidéo où je revisitais les Gymnopédies d'Eric Satie. Oui, parce que tu reprenais les grands morceaux de la musique classique par tes machines, par les musiques électroniques. Et donc depuis 2021, tu as sorti un album, c'est ça Oui. Avec toujours au cœur de ça, la relation artiste-machine. C'est quelque chose, j'imagine, qui a fait glisser quelque chose. Et donc avec beaucoup de nouvelles technologies, l'avant-garde, etc. Avant de rentrer dans ces sujets-là, parce que j'ai vraiment envie qu'on parle ensemble de technique et d'outils, quand tu vois le parcours de Joachim, tout ce qu'on se dit depuis tout à l'heure, est-ce que ça fait écho un petit peu avec toi, tes aspirations, ce qui te fait vibrer Quand j'étais jeune, moi j'ai grandi avec ça. Donc j'ai écouté la musique de Joachim, je suis allée dans les raves. Et en fait C'est bien plus tard, parce que moi je suis un peu comme Joachim, j'ai un parcours au départ plutôt classique, et la techno, la musique électronique était là pour les soirées, mais j'ai commencé la musique plutôt au conservatoire, et donc c'est plus tard que j'ai découvert la technologie, la production, et donc je me posais la question de justement comment à l'époque les gens produisaient, parce qu'aujourd'hui c'est tellement facile avec les logiciels que Joachim a découvert il y a très très longtemps. Et moi, je me posais la question de comment ça se faisait. Et donc, évidemment, rencontrer quelqu'un comme Joachim et d'avoir toute cette histoire, c'est incroyable d'avoir ces clés et ces outils aujourd'hui. Et d'ailleurs, dans ces recherches-là, vous travaillez ensemble avec de nouveaux outils. Elle est plus forte que moi pour ça. But now I am a singer I'm a singer I'm a singer I'm a singer Oh, to feel so sad When I open up my mouth C'est petit aussi, c'est encore plus petit que chez toi. J'adore. Qu'est-ce qui se passe avec tes plans, tes mains,
- Speaker #2
comment ça fonctionne C'est des contrôleurs MIDI, tout simplement. C'est pour moi des instruments de musique qui permettent une expressivité, une interprétation proche aujourd'hui des instruments acoustiques. Et en fait, moi je travaille ces instruments, comme on travaille ces gammes tous les jours au piano. C'est ce que j'appelle mes amis machines. Alors il y a un endroit où vous avez collaboré, qui est un endroit assez inédit. Je crois que c'était au milieu du désert. Joachim, c'est ton bus solaire, c'est ton bus studio solaire. Pourquoi cette idée de folle de partir dans le désert avec un bus pour la musique. Je voulais combiner plusieurs amours que j'avais, le voyage, la liberté. le bon son, les grands espaces. Et je pense que tout ça se combinait plutôt bien pour pouvoir prendre un ancien bus, un Fleetwood 2009 de 36 feet, et de le démonter entièrement. Même sur les bus, tu as gifté les bus. Fleetwood, oui. Et de mettre des panneaux solaires pour avoir autant d'énergie qu'on veut et enregistrer des sessions de batterie, enregistrer avec Cécile. On est parti dans deux lieux, Sotus Canyon qui est un grand canyon. Et puis, on est allé pas très loin d'ici sur un grand lac salé. On a pu enregistrer, c'était à Coyotilec où on était nous. Mais globalement, j'avais envie de sortir le studio avec les vitres noires et en sous-sol où il n'y a pas la lumière. Quand on voit ça, on a envie de dire mais allons dehors. Surtout que maintenant, le studio, c'est un laptop. Donc, pourquoi rester dans le noir Je ne sais pas. Et qui a besoin d'une prise de courant Enfin, moi, c'est des questions que je me suis posées. Et puis, j'ai réussi à pouvoir le faire quand même, à mettre tout ça en place. Et puis, on a passé des super moments parce que quand tu es dans un Il y a un truc qu'il faut vous dire qui est exceptionnel pour vous qui faites partie de la SACEM, les musiciens, c'est que dans le désert, c'est le seul endroit où on peut être dehors. et avoir zéro bruit et zéro trace humaine. Et comme le solaire, ça ne fournit pas de bruit, vous pouvez enregistrer dehors. On s'est isolés, on est partis dans le désert, dans des endroits de fous et on a fait de la musique. Répétition dans le bus et après enregistrement. C'est une super expérience d'utiliser tous ces décors naturels, parce que là, il n'y a pas de fait. Tu vois, tu as une ligne droite qui doit faire 30 kilomètres. Et avec Cécile, c'est ce qu'on a fait aussi. On s'est baladé un peu moins longtemps, parce qu'elle avait moins de temps, elle devait repartir en Europe. et l'expérience d'enregistrer dehors de laisser aussi la nature inspirer tes compositions c'est à dire que je pense après avoir fait plusieurs essais que quand tu es à la montagne tu ne composes peut-être pas pareil que si tu es dans une décharge de voiture je pense ça parce que c'est aussi un endroit qui peut être sympa pour aller composer ou être au milieu d'un carrefour à Los Angeles où tu as 4 millions de voitures qui passent à l'heure, c'est pas la même énergie que d'être sur un lac salé où il n'y a personne à 40 kilomètres aux alentours c'est ce qui s'est passé pour toi aussi cette inspiration que tu as vu dans cet espace naturel et puis peut-être aussi d'être en Californie c'est vrai que je me rappelle ce qui m'avait marqué c'est ce que tu dis c'est ce silence en fait, moi c'était la première fois que j'allais dans le désert donc il y avait vraiment des moments entre la musique qu'on faisait qu'on créait dans le bus et en même temps, on la jouait aussi, on sortait tout le matos, les instruments, la sono, et on jouait dehors. Et il y avait des moments où on allait se balader en solo, et ce truc-là, qui n'est aucune réflexion, il y a très peu d'endroits comme ça, moi je n'avais jamais ressenti ça, donc quelque chose de mystique en fait. Et surtout, moi ce que j'en garde comme expérience, c'était ma première jam électro, c'était la première fois, et c'était avec Joachim Garraud, donc ça le fait, mais c'était la première fois parce que moi je viens au départ plutôt du jazz mon papa est pianiste de jazz tout ça donc j'ai commencé avec les standards à improviser c'est un truc que je faisais beaucoup plus jeune et quand je me suis mis à la musique électronique c'était quelque chose de très solitaire et donc avec Joachim c'est la première fois où je me suis retrouvée avec des machines dehors improvisées et avoir quelqu'un qui improvise avec toi et qui répond et une vraie jam quoi et ça c'était super c'est là qu'on a décidé d e faire un studio. De faire un boriaz. C'est là où c'est né. Et techniquement, est-ce que du coup, toi, tu viens avec d'autres outils, des technologies que du coup, Joachim, tu n'utilises pas forcément Il y a aussi quelque chose de complémentaire là-dessus
- Speaker #0
C'est très proche. C'est très proche. On a les mêmes outils. Elle utilise beaucoup Push, qui est le contrôleur de Live Ableton. Tu es vraiment à fond. C'est vraiment ton truc principal. OK. C'est vraiment plus... Quand je dis qu'elle est plus douée que moi là-dessus, c'est vrai. Parce que moi, je suis un peu fainéant. Je me suis arrêté à la souris, à contrôler les raccourcis et claviers. On a pu voir que tu étais très fainéant, effectivement. Non, mais ce que je veux dire, c'est que j'aurais pu apprendre encore d'autres technologies de contrôle pour aller plus vite avec certains outils, je pense. Mais après, tu as tes habitudes de production, tu as tes setups, tu n'as pas trop envie de changer. d'outils de production je parle et ce qui est génial c'est qu'en fait on avait tous les deux Ableton Live et après moi je suis rentrée en France et on a créé ce projet quasiment à distance où on avait une Dropbox avec des sessions Ableton et donc on travaillait sur les mêmes sessions mais moi je me rappelle ce qui m'a marqué aussi c'est que je travaillais la journée et que le soir j'allais me coucher et qu'en fait c'était le matin pour jouer à Kim donc lui il bossait toute la journée et en fait c'est la première fois que ça arrive que tes sessions on les avance alors que t'as dormi tu te réveilles le matin ouais j'ai fini non c'est vrai ouais trop bien et alors du coup il y a sur ces à nouveau sur ces outils toi aussi tu travailles sur des choses qui sont assez inédites originales voire assez expérimentales est-ce que tu peux nous expliquer rapidement sur sur quoi tu bosses je crois que tu travailles avec des IA des intelligences artificielles enfin je sais sur quoi tu alors là pas mal de choses mais là ce qu'on vient de voir c'était le cœur virtuel de l'IRCAM C'est un outil qui est développé depuis quelques années par l'IRCAM et qui peut ressembler à un vocoder ou un harmoniseur. Et ça, c'est comme j'adore manipuler ma voix, c'est quelque chose que j'ai adoré découvrir. Et donc, ils me l'ont adapté à un plugin Max4Live pour que je puisse l'utiliser sur scène. Et donc, c'est un outil qu'on fait évoluer. Là, on est en train de le faire évoluer pour qu'il soit spatialisé. Donc, il y a de ma voix unique, on l'ouvre sur 21 voix. donc c'est un vrai cœur virtuel que je peux manipuler avec ces fameux gants mais je pourrais aussi les manipuler avec n'importe quel clavier MIDI et aussi effectivement j'ai testé des IA que toi aussi tu connais de Sony CSL et d'autres depuis quelques temps maintenant il y en a plein toutes les semaines il y en a des nouvelles il y en a trois par jour trois nouvelles AIM sur la musique par jour en ce moment Ok, et vous êtes dessus, du coup, c'est pareil. Oui, c'est vrai que quand j'étais venu au Caféré avec toi, on avait essayé quelques petites choses qui permettaient d'envoyer une voix qu'on avance avec Cécile et de la faire interpréter par une autre personne virtuelle pour pouvoir faire des harmonies ou pouvoir faire des chœurs avec un autre timbre de voix, tu vois. Et ça, ça marche plutôt bien. Oui, ça c'est super. Tu as aussi les séparateurs d'ossos, c'est super utile. C'est ce que je disais. Mais qu'est-ce que tu fais. séparateur de sources mais voyons vous savez tout ce que c'est séparateur de sources séparateur de sources tu prends le fichier stéréo du disque que tu adores de Pink Floyd et tu le passes à travers une IA qui va te donner la guitare la basse la batterie la voix les violons et toi si tu fais ton propre mix tu te dis moi j'aime pas trop la batterie bon ça serait quand même dommage mais t'enlèves la batterie, tu mets la basse plus forte tu remets des voix et puis voilà c'est un séparateur de sources à partir d'un fichier stéréo et donc d'ailleurs tu peux faire des super remixes maintenant et tu as refait un remix de Gainsbourg comme ça c'est vrai que j'ai fait Love on the beat l'année dernière justement grâce à Alia qui m'a reséparé un peu les vocaux et j'ai repris que le vocal de Serge Gainsbourg J'adore parce qu'en vous entendant, on peut presque se donner rendez-vous pour une masterclass sur la musique. Ok, je prends le calendrier. C'est génial. Évidemment, on va prendre plaisir à vous suivre sur vos parcours respectifs pour voir à la fois ce que vous allez faire et aussi ce que va devenir la musique. C'est ça dont on se parle depuis tout à l'heure. C'est qu'en fait, vous êtes toujours dans la recherche, l'expérimentation et sur la voie de ce que va devenir la musique. Alors, avant de peut-être terminer en musique, rapidement, à vos gaz. vos projets actuels c'est ça c'est Avorias l'AFNAM aussi.
Est-ce qu'on peut se parler un petit peu de cette musique de cette école de musique l'AFNAM c'est la formation numérique au métier de la musique et c'est une plateforme que j'ai mis en place avec Jean-Michel Jarre et puis deux autres associés et l'idée c'était de faire des formations pour que les gens puissent apprendre à vivre de la musique donc essayer de leur transmettre un maximum de trucs et astuces tout regrouper sur un seul site francophone parce que c'est compliqué aujourd'hui quand tu vas sur Youtube tu as des des des centaines, non pas des centaines de milliers, mais tu as des milliers de tutoriaux qui disent tout et l'inverse, en fin de compte. Donc, c'est très compliqué. Et donc, du coup, j'ai décidé avec Jean-Michel Jarre d'essayer de regrouper ça au sein d'un seul site internet, FNAM.com, sur lequel on va essayer de t'apprendre toutes les choses qui sont validées par les professionnels. Donc, par exemple, quand on parle d'harmonie, c'est bien que ce soit Yvan Cassar qui t'explique comment on peut écrire des cordes. Parce que tu vas... peut-être croire ce qu'il te dit quand même parce qu'il a quand même 30 ans d'expérience, tu vois. Et donc, c'est peut-être plus facile d'écouter des gens comme ça que d'aller sur YouTube. Voilà. Ça a été lancé au Midem Plus à Cannes, là au mois de janvier. C'est quelque chose qu'on développe. L'idée, c'est qu'on passe en format gratuit. On aimerait avoir 40 étudiants par an sélectionnés sur concours, puisqu'il n'y a pas d'histoire d'argent, donc c'est les plus passionnés, et prendre les 40 passionnés et les emmener, leur donner tous les outils possibles et inimaginables pour qu'ils puissent vivre de la musique. Alors de ton côté, Delorenti, ça peut être quelque chose Il y a Avorias bien sûr qui va être le grand projet qui va sortir en ce moment, c'est ça Il y a eu Isabelle Adjani.
- Speaker #2
On a co-réaliser l'album d'Isabelle Adjani, qui est sorti en novembre dernier et qui en fait était une histoire que Pascal avait commencé il y a plus de 15 ans, où il avait écrit des chansons pour elle, il avait enregistré des duos. Il y avait justement Yvan Cassar qui avait fait des arrangements magnifiques de cordes. Et finalement, le projet n'est jamais vraiment sorti. Et quand ils ont eu envie tous les deux de le sortir, c'était il y a peut-être 3-4 ans. Et donc en fait, ils trouvaient que les arrangements, bon, enregistrés il y a 15 ans. Donc c'est là que Pascal m'a demandé de refaire toutes les productions. Donc je suis partie des voix que j'avais, des stems, des cordes. Et après, j'ai reproduit toute la musique. Et il m'a fait le cadeau de me dire tout à la fin de l'album, ce serait bien que tu composes aussi une chanson. Donc, j'ai co-composé aussi une chanson avec lui et Gaëtan Roussel.
- Speaker #1
Et je crois qu'il reste un projet de ton côté. Alors moi, j'ai décidé de passer mes jeudis à 21h avec Online. Le 21h, le jeudi, j'ouvre mon ordinateur et je fais des sessions collaboratives avec les gens. Donc, les gens viennent sur monjoaquimgaro.com, ils sont sur YouTube, Twitch. Et donc ils sont, voilà, je leur dis salut les Space Invaders, on va faire de la musique aujourd'hui. Je présente mon studio, le studio ressemble à ça, avec les animaux, les chats, tout le monde est là, voilà. Et je partage la fenêtre de mon ordinateur et on fait de la musique ensemble. Et eux, de leur côté, ils sont sur Discord, ils écoutent, ils m'envoient des lignes de basse, des apercus. Je produis tout ça et l'idée c'est qu'au mois de juin on va sortir un très bel album, un double vinyle, voilà. Et ce double vinyle, je suis hyper fier parce que c'est un collector, vu qu'on va faire 300 copies de ce collector. Et il y a 16 titres dedans. Et les 16 titres sont des titres qui ont été composés avec des gens par Internet avec moi. Et ce qui est super, c'est que parmi ces 16 titres-là, il y a 40 nouveaux. co-compositeurs qui vont être inscrits à la sacem, puisqu'ils n'ont jamais été inscrits à la sacem avant. Et donc je les emmène avec moi, je leur dis allez, on va faire un album, on va faire un titre ensemble, vous aurez un titre dans l'album, on sort un vinyle. Et je suis hyper fier de ce projet, parce que c'est vraiment un projet collaboratif qui donne du sens aussi à mon métier de partager ma passion, parce que là je partage vraiment ma passion en direct, je partage mon ordinateur, mes banques de son. Et on fait de la production ensemble. Et je pense que c'est le meilleur moyen pour donner envie à la nouvelle génération d'avoir un parcours qui, j'espère, sera comme le mien. En tout cas, c'est ce que je leur souhaite. Et moi, je serais hyper heureux de pouvoir aider certaines personnes à aller au bout de leur passion pour qu'ils puissent avoir une vie aussi riche que la mienne. Ça me ferait vraiment plaisir. Voilà. Je savais bien que ça valait le coup de se revoir, de retrouver cette générosité. Et on retrouve dans ce parcours ce que tu fais avec ce projet-là, c'est-à-dire d'être passeur, d'être accompagnateur, d'être pédagogue et de relier les gens. Donc, je pense que ça a été tout le fil rouge de cette soirée.
Mais avant de se quitter, je crois que tu as une surprise. Oui, alors une surprise, il faut que je vous dise un truc. C'est la deuxième fois que je viens dans cette salle-là. La première fois, c'était en février 1990. Pourquoi j'étais venu Parce qu'en 1990, pour être inscrit à la sacem, j'ai dû passer mon concours d'arrangeur. Et donc, il y avait un piano sur scène, et on venait, et on nous donnait le début d'une partition, il fallait qu'on trouve au piano la suite, et qu'on écrive avec la partition, et le papier, et la gomme, et qu'on fasse des propositions. Et donc ça c'est ma première fois donc deuxième fois c'est aujourd'hui et je me suis dit ce qui serait quand même bien c'est vu qu'il y a un piano ici c'est que j'essaie de finir au piano et de jouer un petit morceau alors je ne suis pas Chopin je vous rassure tout de suite je vais essayer de vous jouer un morceau de piano parce que pour moi la boucle est bouclée c'est-à-dire je reviens plus de 30 ans après dans la même salle avec sûrement le même piano mais qui a été réaccordé et puis c'est surtout donner le mot de la fin à ce qui nous unit tous c'est à dire la musique vous imaginez pas le track que j'ai c'est horrible j'ai répété 30 heures pour rien allez Joachim Merci. Oh,