- Speaker #0
Bonjour, bienvenue sur notre podcast Parle-moi de ton mois d'or. Je suis Céline Chadela et ici je laisse la voix à celles et ceux qui témoignent de leur mois d'or et de leur postpartum. Nous échangeons sur ce mois si spécial d'après l'accouchement, sur votre organisation, vos feedbacks, vos surprises, vos coups durs et vos joies. Et pour cela, je serai accompagnée de Marie-Maë Poulain.
- Speaker #1
Bonjour, moi c'est Marie, je suis psychologue clinicienne et co-fondatrice avec Céline du Mois d'Or. Alors le Mois d'Or, c'est un livre, c'est des formations, mais c'est aussi un engagement pour être au plus près des femmes et des couples en post-partum. Parce qu'un bébé qui va bien, c'est d'abord quoi Céline ?
- Speaker #0
Une maman qui est soutenue ?
- Speaker #1
Alors offrons-leur cet espace de parole et d'écoute. C'est parti !
- Speaker #0
Bonjour Félix.
- Speaker #2
Salut Céline.
- Speaker #0
Merci d'avoir accueilli ma demande avec tant de réactivité. En fait, pour vous situer un petit peu le propos, j'ai fait une story sur l'addiction et sur le care le week-end dernier. Et 48 heures après, je me retrouve à interviewer Félix Marcard et je suis ravie. Donc, merci encore d'avoir été avec nous.
- Speaker #2
Plaisir partagé.
- Speaker #0
plaisir partagé je pense qu'on a oui de même je pense qu'on a beaucoup de choses à partager justement et vraiment en plus c'est la première fois finalement que j'accueille un homme seul en général c'est soit des femmes soit des couples dans le podcast et là on va pouvoir parler du care on va pouvoir parler de la parentalité de tous ces sujets qui sont tellement importants et ton point de vue m'intéresse hautement donc déjà Félix est-ce que je peux te demander de te présenter Merci.
- Speaker #2
En quelques mots, très brièvement, je suis... Aujourd'hui, je suis romancier. Tu viens de finir un livre sur... Je viens de finir un roman, mon premier roman. C'est pas mon premier ouvrage, mais c'est mon premier roman. Je suis par ailleurs l'hôte d'une émission sur YouTube et d'autres plateformes qui s'appelle The Black Elephant Experience. dont je pense que je vais parler puisque l'expérience Black Elephant est tout à fait dans le cadre de ce qu'on va couvrir aujourd'hui. J'ai fait plein de choses différentes dans ma vie, beaucoup de conneries, beaucoup de choses... J'ai eu une vie assez intéressante, disons, même si j'ai failli crever plusieurs fois. et voilà, et aujourd'hui, donc j'ai le le luxe Parce que je le mesure de pouvoir passer l'essentiel de mon temps à écrire ou à parler avec des gens qui m'intéressent, puisque j'ai remarqué que l'intelligence qui m'intéresse, ce n'est pas celle qui se passe quand je suis tout seul, c'est celle qui émerge dans des conversations.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, on a créé une immense conversation. Et c'est ce que tu as créé avec ton... ton système de réseau social, est-ce que tu peux nous en dire quelques mots ?
- Speaker #2
Oui, alors, en fait, pendant la pandémie, je me suis aperçu... Donc moi, je suis un ancien toxicomane, j'ai passé 25 ans un peu au pro à me défoncer tous les jours, d'une manière ou d'une autre, pas forcément avec des drogues dures, pas forcément tous les jours, même si globalement, c'était à peu près tous les jours. Et il y a 12 ans... Je suis arrivé à un point où, en gros, il est devenu très, très clair que j'allais que j'allais que j'allais clamer. Et donc, comme il n'y avait plus de plan B et que je n'avais pas envie de mourir, je suis rentré dans un processus de ce qu'on appelle en français le rétablissement. Et il se trouve. que le travail requis pour pouvoir se libérer du joug de l'addiction est un travail sur soi, en fait. C'est-à-dire que quand je démarre dans mon cheminement sans drogue, je pense que le seul problème dans ma vie, c'est la drogue. Je pense que mon seul problème, c'est que je n'arrive pas à ne pas me coller 3 grammes de poudre blanche dans le nez tous les deux jours. Or, je m'aperçois assez rapidement qu'en fait, Cette addiction, cette consommation de drogue, ça n'est qu'un symptôme. Et donc, je m'aperçois, enfin j'apprends petit à petit, c'est un travail très long. Je pense que moi j'ai mis cinq ans à peu près à comprendre où j'étais, qui j'étais, ce que je voulais vraiment. Ça prend vraiment du temps pour pouvoir juste retrouver ces neurones. Donc c'est un travail très long, mais c'est un travail où en fait ce qu'on dit souvent dans le rétable, c'est il ne faut changer qu'une chose, tout. Donc c'est un travail important, ça m'a mené à me rendre compte notamment d'un truc, c'est que le contraire de l'addiction, ce n'est pas l'abstinence, ce n'est pas la sobriété, le contraire de l'addiction, c'est la connexion. C'est la connexion à soi, c'est la connexion à ce qui nous entoure, au grand tout, c'est la connexion bien sûr aux autres, et c'est pour ça qu'en général, les gens qui parviennent à se libérer du jeu de l'addiction ne le font pas seuls. C'est très dur de le faire tout seul, et souvent ceux qui y parviennent seuls ne sont pas particulièrement agréables à vivre pour ceux qui les entourent. Donc, en fait, la manière la plus... Celle qui permet vraiment de, non pas juste d'arrêter de se tuer à petit feu, mais de s'épanouir, c'est un acte qui se fait avec d'autres. Et en fait, en se connectant aux autres, on se connecte à soi, on se connecte à la nature, à ce qu'on nomme nature, comme si on n'en faisait pas partie, etc. J'ai appris aussi, et je vais m'arrêter là-dessus, sinon je peux parler des plombes, mais en gros, le superpouvoir pour pouvoir se connecter aux autres et à soi, c'est le don de vulnérabilité. C'est-à-dire que ce qu'on pense peut nous réunir, on peut se retrouver dans un... dans un club d'amateurs de philatélie ou dans le parti socialiste, et trouver des gens avec lesquels on s'entend parce qu'on pense, on réfléchit aux mêmes choses. Mais ce qui permet de se connecter à n'importe qui sur la planète, c'est le ressenti. C'est ce qui relève de l'émotion. Et donc, en faisant don... De vulnérabilité, si moi je viens et que je te dis, Céline, que je te parle de ce que j'ai ressenti quand j'ai eu 14 ans et que mes amis m'ont fait croire que j'étais le dernier puceau de la bande et que donc j'ai eu mon premier rapport sexuel avec une jeune femme sur laquelle je me suis en gros... résolu d'aller faire commettre mon premier acte sexuel. C'est bien le mot, c'est commettre, parce qu'en fait, il n'y avait pas d'émotion, il n'y avait pas d'amour, il n'y avait pas de... Voilà, c'est juste, je voulais l'avoir fait, je voulais pouvoir dire à mes potes que je l'avais fait. Et je pense que cette première expérience sexuelle, elle a, quelque part, un peu empoisonné ma vie sentimentale. pendant des décennies, en réalité. Parce qu'elle a corrompu mon rapport aux femmes, elle m'a rendu un mec un peu pourri. Et tout ça, j'ai mis des années à m'en remettre. En te racontant tout ça, je crée un lien avec toi qui est très particulier. Parce qu'en fait, derrière, toi, d'abord, c'est contagieux. C'est-à-dire que toi, tu vas être beaucoup plus susceptible de me faire un don toi-même d'un truc dont, en général, tu ne parles pas avec quelqu'un que tu ne connais pas bien. Et en fait, ce faisant, on crée un truc qui fait que... En fait, ça nous transforme. Cette connexion, c'est vraiment le truc qui manque. Et ça n'est pas, et je finirai là-dessus, ça n'est pas qu'un truc qui me change moins ou te change toi. Ce n'est pas juste un truc qu'il faut faire, la connexion profonde à l'autre. parce que ça nous transforme à l'échelle individuelle. En réalité, c'est un truc qui manque profondément à nos sociétés et aux démocraties occidentales. au niveau politique. Donc en fait, c'est un acte éminemment politique. Et en fait, dans les sociétés où cet acte n'a pas lieu, dans les sociétés atomisées, comme les décrit Hegel déjà, il y a plus de deux siècles, cette connexion n'existe plus. Et ça a des conséquences délétères sur le... le fait démocratique. C'est pour ça, notamment, qu'on n'arrive plus à se parler notamment de politique. Oui,
- Speaker #0
c'est vrai. Oui, on n'arrive plus à se parler de l'essentiel, en fait. J'ai vraiment cette impression que tous les sujets essentiels, on n'arrive plus à les aborder.
- Speaker #2
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Et tu ne l'as pas dit, mais je l'ajoute pour notre audience, tu as travaillé justement dans le monde politique. À un niveau international, donc tu sais de quoi tu parles. Quel est le profil aujourd'hui, justement, d'un politique ?
- Speaker #2
C'est triste, c'est très triste. C'est-à-dire que le grand paradoxe de notre temps, c'est qu'un politique, historiquement, dans l'histoire humaine, dans l'aventure humaine, depuis des millions d'années qu'on se façonne, un politique, en fait, c'est un ancien. C'est quelqu'un qui est non seulement déjà devenu un vrai adulte, mais qui est en plus, pour parler un peu crûment, c'est un bonhomme ou une bonne femme. C'est quelqu'un qui a de l'expérience. Et en fait, c'est quelqu'un que nous choisissons en tant que société, en tant que communauté, en tant que tribu, parce que, en gros, pour faire simple, Il fait ce qu'il dit ou elle fait ce qu'il dit et elle dit ce qu'elle fait. Et en réalité, le grand... le mal occidental aujourd'hui par excellence, c'est que d'abord, notre culture n'en est pas vraiment une, parce que... vraiment une, pardon, les liaisons dangereuses. Notre culture ne sait plus fabriquer des adultes dignes de ce nom. D'ailleurs, un parent... normalement, la définition d'un parent, ça devrait être quelqu'un qui sait prendre un enfant et en faire un adulte ou une adulte. Or, on ne sait plus faire. Et ça, c'est le symptôme de la crise profonde de l'Occident. C'est qu'on ne sait plus transformer les enfants en adultes. Du coup... On a une civilisation qui est faite, non seulement qui est faite d'enfants adultes qui ne sont pas conscientisés, donc qui ne savent même pas qu'ils ne sont pas des adultes. Et en plus, on élève à nos leaderships respectifs des gens qui, en réalité, sont parmi les moins bien équipés. Je ne fais que des mauvaises liaisons. Je suis souvent en anglais, donc je navigue un peu à vue avec les liaisons. Mais on fabrique des gens qui sont très mal équipés pour... Un leader, ce n'est pas quelqu'un qui commande. Un leader, c'est quelqu'un qui donne l'exemple. Et en fait, on ne fait que mettre au sommet de nos pyramides respectives des branquignoles. Des gens qui sont juste des amateurs, des gamins, des narcisses, des femmes et des hommes qui ne sont pas faits. Et le pire, et souvent des sociopathes en plus, de plus en plus des sociopathes. Et en fait, ce qui les caractérise, parce que nos sociétés sont si malades, ce qui les caractérise, c'est en fait l'écart. entre ce qu'ils disent et ce qu'ils font. Et là-dessus, je ne peux pas parler de ça sans souligner le fait que ce mal est un mal occidental. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, je ne suis pas du tout en train d'idéaliser le leadership iranien, même si personnellement, je trouve que l'Iran est en train de faire un bien. fou à l'espèce humaine et je ne veux pas non plus idéaliser Poutine ou Gilles ou je ne sais qui d'autre, c'est pas mon propos, en revanche ce qu'on ne peut pas dire de ces gens, c'est que ce ne sont pas des gens qui font ce qu'ils disent et qui disent ce qu'ils font. Et là-dessus, ils nous montrent ce que nous ne sommes plus en Occident. Nous, on a vraiment des guignols. Quand on regarde que ce soit Merz, que ce soit Starmer, que ce soit Macron, que ce soit Trump, c'est un testament, c'est un aveu. de qui nous sommes devenus, nous, les Occidentaux, qui fout les boules, quoi.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr. Mais justement, moi, j'aimerais bien qu'on aille sur le sujet de l'Occident. Enfin, tu viens de le poser. Moi, j'ai toujours vu, ressenti, tu vois, à travers mon expérience de maternité, qu'il y avait quand même un grand manque de douceur. de tendresse et spécifiquement je trouve dans la société française j'ai quand même l'impression qu'ailleurs c'est un petit peu plus relax même en Occident et d'après mes recherches ça vient du fait aussi de la forte hiérarchisation de notre société qui vont favoriser justement des profils très coupés de leurs émotions, coupés d'eux-mêmes et que finalement tout ce qui a trait aux soins, aux cares c'est vraiment relégué à la périphérie et c'est même carrément méprisé. Quel est ton regard là-dessus ?
- Speaker #2
En fait, je partage d'abord, je partage tout à fait ton analyse. Il y a un putain de problème en Occident en général et a fortiori dans certaines sociétés occidentales qui se trouvent être souvent les sociétés où la, comment dire, où la sécularisation... a été la plus drastique. En fait, le mouvement de sécularisation a été le plus drastique. Donc, la France est un exemple, mais parmi d'autres. Et en fait, ce n'est pas par hasard. En fait, ce sont des sociétés qui ont marginalisé le ressenti. En fait, la culture occidentale, c'est une culture qui a déifié la raison. déifier nos cerveaux. D'ailleurs, quand on regarde, c'est très marrant de voir à quel point notre... comment nous anthropomorphisons tout. C'est-à-dire qu'on n'arrive plus à voir que... qu'on est des animaux, que donc... Enfin, on a ces cerveaux d'un kilo cinq dont on est... tellement fiers qu'on pense qu'ils nous séparent du reste des créatures terrestres et aquatiques, alors qu'en réalité, c'est juste un leurre. Et en fait, on est prisonniers de cette conception d'abord de nos... Voilà, il y a ce qui se passe dans la tête et c'est séparé de ce qui se passe... dans le cœur et l'âme et de ce qui se passe dans les tripes. Alors qu'en fait, tout ça n'a pas grand sens. C'est vraiment des hiérarchisations. En fait, la modernité, c'est un mouvement de sécularisation et d'étiquetage. Donc, on a besoin, pour comprendre le monde, de le diviser en trucs différents et de mettre des étiquettes partout. Donc ça, c'est... Ça, ça fait partie des maths, ça, ça fait partie de la physique, ça, ça fait partie du politique, ça, ça fait partie de l'environnemental, ça, c'est de l'énergie, ça, c'est machin. Et même nos médias ont des sections pour parler des choses différentes. Mais je prends un exemple. J'ai une amie congolaise qui a subi un viol quand elle était enfant, vraiment en bas âge. elle a été et ce viol est directement attaché aux violences qui ont cours au Kivu au fait qu'il y a des soldats souvent des soldats d'ailleurs enfants qui se baladent un peu partout avec des flingues et qui font ce qui leur passe par la tête cette violence elle est liée à l'existence des mines de terres rares qui parsèment cette partie du monde voilà Et c'était rare, je veux dire, en gros, le viol est utilisé comme un outil pour faire dégager les gens d'un endroit où il y a une mine. Donc, on viole les gens dans le village, voisins, tout le monde se barre, et ensuite, on peut faire ses affaires en paix. Et en fait, ces mines, comme tu l'as pointé du doigt, elles sont directement liées à notre société technologique, puisqu'on ne peut pas faire fonctionner non pas juste nos smartphones, nos Tesla, nos tablettes et nos ordinateurs, mais à peu près tout. C'est-à-dire qu'en fait, il n'y a rien qui fonctionne dans ce qu'on utilise tous les jours sans ces terres rares. Or, la clé de la vision du monde occidental, c'est de diviser tout ça et de ne pas reconnaître l'enchevêtrement de tout ça, l'enchevêtrement des mines avec nos smartphones, avec la violence sexuelle, etc. Tout ça pour dire qu'on est obsédé par le pensée, Et encore une fois, c'est un mal occidental. C'est vraiment un mal occidental. Et le grand paradoxe, je finirai là-dessus, mais le grand paradoxe de la sécularisation, c'est que les Européens, les Américains, enfin les modernes, puisqu'aujourd'hui, le mal n'est pas juste en Occident, il a maintenant, il y a eu contagion globale, et en fait... Toutes les classes dominantes du monde fonctionnent avec le logiciel occidental. Donc même si on est à Addis Abeba, si on fait partie des 1% les plus riches, en fait on envoie ses gamins dans les mêmes écoles que les élites françaises et américaines, etc. Donc en fait on est tous dans le même logiciel aujourd'hui. Et ce qui est frappant dans ce logiciel de la sécularité, c'est qu'on pense qu'on s'est extrait, qu'on a transcendé le fait religieux et les questions métaphysiques, alors qu'en réalité, on fait comme si on avait tué Dieu et qu'on avait trouvé d'autres idoles beaucoup plus dignes de notre idolâtrie, donc la raison, la science, le mérite, le progrès, le… comment dire… la République, je ne sais quoi encore, alors qu'en réalité, on a remplacé une religion qui avait, je ne suis pas du tout en train de dire qu'elle n'était pas, qu'elle était dépourvue de défauts, mais où il y avait des problématiques dans la manière, je vois bien l'influence néfaste. plein d'égards des grandes religions dans l'histoire, mais on a jeté le bébé avec l'eau du bain, c'est-à-dire qu'on a fait semblant d'avoir transcendé Dieu, alors qu'en fait, on l'a remplacé avec nous-mêmes, on est quand même de bien piètres déités. Et en plus, ce qui est marrant, c'est que ce mouvement se conçoit comme universel. Donc les Occidentaux pensent que ça c'est la voie royale et qu'en fait tout le monde doit les suivre. Et d'ailleurs, dès le 19e siècle, ils commencent à rationaliser leurs empires coloniaux en disant « en fait, on peut vous dominer, on peut continuer de vous piller vos ressources naturelles, on peut vous violer, vous asservir, etc. parce qu'en fait, vous, vous croyez encore en Dieu, vous êtes un peu demeux. » Donc il y a une sorte de logique assez terrible là-dedans. Et le pompon dans tout ça, c'est qu'en plus, ce mouvement de sécularisation, il est hyper chrétien en réalité. C'est-à-dire que la symbolique qu'il véhicule, les valeurs qu'il véhicule, les références qu'il véhicule... elles sont toutes des sortes de refusées, de, comment dire, ça vient des croisades en fait, c'est des fantasmes millénaristes qui célèbrent la blancheur, comme par hasard, qui célèbrent… Et donc en fait, le grand paradoxe de cette modernité occidentale sécularisée, c'est qu'en fait… qui se pense universelle, c'est qu'elle est en fait une sorte de corruption, de perversion en fait, d'idéaux chrétiens. dont l'original au moins était un peu plus classe. Oui,
- Speaker #0
carrément. Perversion d'idéaux chrétiens.
- Speaker #2
C'est Ivan Ilich qui a beaucoup écrit là-dessus, et notamment Jacques Ellul qui est un peu mon maître à penser.
- Speaker #0
Les penseurs de la décroissance.
- Speaker #2
Notamment, mais il ne faut pas les réduire à ça. Mais oui,
- Speaker #0
J'ai lisé beaucoup il y a très longtemps, enfin, je lisais beaucoup le journal de la décroissance, et il citait régulièrement Ivan Illich, effectivement, mais que je n'ai jamais lu.
- Speaker #2
Il y a un truc fabuleux à lire, d'ailleurs, Illich, je pense que c'est l'auteur qui a été le plus remis au goût du jour par la pandémie. Il a écrit, ça me fait penser que j'ai complètement bifurqué sur... Sur Black Elephant, donc peut-être qu'on y reviendra, mais en gros, pendant la pandémie, Illich revient en force parce qu'en fait, il a écrit un bouquin sur les écoles qui nous montre que les écoles, en réalité, ce n'est pas ce qu'on nous a dit, ce n'est pas pour nous faire grandir, c'est une machine à reproduire les élites et comme il le dit très poétiquement, une matière en fait, une... une machine à spiritualiser le capitalisme, ce qui revient à peu près à ce que je disais juste avant, ou en tout cas, moi, je le disais beaucoup moins poétiquement. Et il a écrit un bouquin sur, alors, je ne sais pas si c'est Nemesis Medical, parce que moi, j'ai lu ses livres en anglais, mais en anglais, c'est Medical Nemesis, je crois. Et c'est sûr, en gros, c'est une critique de la grosse pharma. mais écrite bien avant qu'elle existe en fait donc on est en plein dedans mais c'est vrai que le modernisme tu l'as nommé,
- Speaker #0
c'est quelque chose qui moi je l'ai vu en étudiant justement cette question d'accouchement de postpartum etc on se rend compte à quel point les 500 dernières années ont détruit Le lien que les femmes avaient à elles-mêmes, le lien à la nature, tout a été, avec le 19e siècle qui est vraiment l'avènement de la bourgeoisie, et là je pense que c'est le pire pour les femmes, en tout cas les femmes bourgeoises, qui sont vraiment dans une position, enfin elles sont complètement prisonnières, et c'est vrai que souvent on justifie. le modernisme en disant finalement c'est mieux que le Moyen-Âge mais en fait au Moyen-Âge quand on étudie un petit peu plus on se rend compte que Bates sa femme c'était très mal vu et que la position des femmes elles avaient beaucoup plus de liberté qu'à partir de la Renaissance non mais c'est pardon je t'avais dit non non en fait ça me fait penser à moi mon
- Speaker #2
écrivain, mon romancier Merci. préféré de loin, Louis Ferdinand Céline. Et Céline, il rappelle, j'en parle tout le temps, mais c'est lui qui a inventé le terme blabla. Et en fait, il dit, le voyage au bout de la nuit, c'est donc un voyage au bout de la noirceur humaine. Et ce qu'il dit, Céline, son bouquin, en fait, il dit, la noirceur, elle a toujours été là. Mais ce qui la rend insupportable... C'est la propagande, c'est le blabla, c'est le fait qu'on essaye de nous la vendre comme un truc sympathique. Et ça, donc on t'envoie au front te faire déchiqueter par des obus, mais on te dit que c'est pour blabla, la France, machin. Et par rapport à ce que tu disais, il y a une scène dans le voyage qui m'a marqué à vie. C'est un... Il vit à un moment dans une cour, je crois, dans le 18e à Paris, et il y a un couple qui se fout sur la gueule tous les dimanches, réglé comme une horloge. Et en fait, ça commence par se foutre sur la gueule, et ensuite, ça se met à battre les enfants. Donc, ils se foutent sur la gueule, ensuite, ils se réconcilient en battant leurs enfants, et ensuite, ils vont baiser.
- Speaker #0
C'est un des trucs les plus glauques et il raconte ça avec sa langue genre coupé le souffle. Mais en fait, ça, tu vois bien que c'est une dégénérescence moderne. Il n'y a pas moyen que ce truc-là arrive avant. C'est un condensé de tout ce qui déconne en Occident.
- Speaker #1
Oui, oui. Et ça me donne envie de le lire.
- Speaker #0
C'est un livre fabuleux. Et pour ceux qui n'aiment pas et pour ceux qui n'aiment pas qui ont du mal avec le fait de lire, il y a une version audiobook que j'ai une fois écoutée parce que c'est Denis Podalides qui lit le livre qui est à tomber par terre. D'accord.
- Speaker #1
Pour ceux qui courent, qui passent du temps en voiture et à courir. Ouais, ouais, ouais, ouais. Mais alors toi, justement, comment tu te situes en tant que... Tu es aussi père, t'es papa, tu nous l'as dit, tu nous l'avais dit. Est-ce que tu peux nous en parler ? Voilà, comment ça se... Enfin, t'as combien d'enfants ?
- Speaker #0
Ouais, alors j'ai trois enfants. Un grand, qui a 24 ans, et deux petits, qui ont 8 et 9 ans, respectivement. et bon je dis ça avec une conscience aiguë du fait que ça va choquer mes enfants ont trois mamans différentes ils sont tous nés il n'y a que le grand qui est né quand j'étais encore dans l'addiction active mais les autres je les ai eus au tout début de mon cheminement, et comme je le disais, j'ai mis du temps avant de commencer à vraiment guérir. Et donc mes deux enfants, les plus jeunes, sont nés à un moment, en fait, pour comprendre un peu l'addiction et le début du rétap, au début, les gens pensent en fait, quand on arrête de se droguer, on va mieux. En fait, au début, on va pire. Parce qu'en fait, la drogue, on dit souvent, les médecins, etc., les psys disent en fait, quand on se drogue, on est en fait dans l'automédication. Donc c'est une automédication hasardeuse qui finit par complètement déconner, avec des effets secondaires terribles, mais elle joue un rôle, les drogues qu'on se met dans la figure. de stabilisation. Donc en fait, au début, quand on ne se drogue plus, on est toujours aussi barré, puisque l'addiction à long terme, ça crée une forme de psychose, de névrose. Moi, quand j'étais en train de me droguer, et je suis encore en train de me guérir de certains aspects de ça, mais j'étais dans une forme de narcissisme. hyper aiguë, de mégalomanie. Tu disais, je travaillais avec des politiques. Moi, je pensais que j'étais James Bond. Je voyageais dans le monde entier. Comment dire ? J'étais avec des personnalités, soit très, très riches, soit très, très puissantes. Moi, je pensais que j'étais un cadeau de Dieu à l'humanité. Il m'a fallu des années pour me rendre compte que j'étais juste... un gros con, et qu'en plus, et qu'en plus, en fait, j'avais été un père absolument indigne. Pour moi, j'ai mis vachement de temps à comprendre ça, mais un, être parent, ça requiert plein de trucs, on ne va pas se mentir, mais ça requiert notamment deux choses. Il faut être constant, il faut être présent. Et moi, je n'ai pas donné ça à mes enfants. Alors, pardon, tu es encore là, j'ai mon téléphone qui a sonné. Pour être… je n'ai été ni l'un ni l'autre pour mes enfants. Il se trouve qu'en plus, je les ai abandonnés. Ce que j'entends par là, c'est pas que j'ai… mais j'ai pas rompu les liens avec eux, etc. Mais en gros, parce que moi-même, si je parle avec autant d'assurance du phénomène des enfants adultes qui parsèment aujourd'hui le monde… C'est parce que j'en suis un. Mais j'en suis un qui fait un travail depuis plusieurs années pour... En fait, c'est un travail de reparentage. Donc, je m'explique. Je ne le savais pas jusqu'à il y a à peu près 5 ans, mais en moi, j'ai 3 enfants internes. J'ai un nourrisson auquel j'ai donné un sobriquet, qui était le sobriquet que mes parents m'ont donné quand j'étais petit, quand j'étais tout petit bébé. dont je n'ai appris d'ailleurs l'existence assez récemment. Donc, Cocomoco, il a même pas 18 mois et en fait, il est très labial, il n'a qu'une obsession, en fait, c'est d'être repu. Il veut juste se sentir plein, rassasié. Il y a ensuite un autre, Fully Bear, qui a 4 ans et qui a une peur bleue de se faire brimer. et d'être maltraité par ses pères, et qui a vraiment besoin qu'on le tienne dans ses bras. Et puis, il y a un ado qui a 16 ans, un couteau papillon dans la poche, et qui le sort dès qu'il y a la moindre merde. Et en fait, ces trois enfants, puisque même l'ado, c'est un enfant, pendant l'essentiel de ma vie adulte, je ne savais pas qu'ils étaient là. Je ne savais pas, je n'étais pas au courant en fait. Mais très régulièrement, c'est eux qui prenaient le dessus et c'est eux qui en fait tenaient la barre de l'adulte que j'étais censé être, mais que je n'étais pas. Et en fait, ces trois enfants, quand mes enfants sont nés, ils ont tiré une tronche. Mais en fait, ils étaient fous de rage. Ils avaient peur que je les abandonne. Ils avaient peur que je ne sois plus là pour eux. Ils avaient peur d'être concurrencés par mes vrais enfants. Et donc, en fait, ils ont fait acte de sabotage. Et donc, ils m'ont forcé. Enfin, ils m'ont forcé. Je suis un grand garçon. Enfin, je ne veux pas me déresponsabiliser. Mais en gros, ils m'ont... C'est devenu impossible pour moi. Très rapidement, j'ai dû fuir, en fait. Parce que d'abord, même déjà pendant la grossesse, j'étais hyper jaloux du bébé. Et après, quand le bébé était né, j'étais bien sûr enthousiaste, ravie, plein d'amour, etc. Mais derrière, je ne savais pas qu'il y avait ces trois gamins qui faisaient une tronche de dingue et qui étaient à la manœuvre pour... Tout péter pour tout pourrir. Donc mes trois enfants, quand je dis que je les ai abandonnés, c'est que j'ai rompu, j'étais plus là pour eux, maximum un an, 18 mois après leur naissance. On s'est séparés avec leur mère. Et il a fallu que j'entame ce travail de reparentage de mes enfants internes, c'est-à-dire, en fait, quand je les entends paniquer, maintenant je sais les écouter, quand je les entends paniquer, Je m'arrête, je leur explique que je suis là. Moi, le parent, je suis là pour eux. Qu'il n'y a pas de raison, qu'il n'y a pas lieu de flipper. Que je ne vais pas les abandonner. Je les serre dans mes bras, je les rassure. Et depuis que je fais ça, je peux être un parent digne de ce nom pour mes enfants. Donc, c'est assez récent, mais ça a été... D'abord, ça a été flippant de se rendre compte de ça. Moi, mes enfants vivent loin de moi. J'ai pris des décisions hyper dures. La troisième est une petite fille. À un moment, j'ai dû décider. En pleine pandémie, je me suis rendu compte que j'étais juste... pas capable de vivre à Stockholm. Ma fille est suédoise et pour des raisons qui sont complexes et que je ne vais pas récapituler ici, mais en gros que je pouvais soit rester là-bas et être misérable comme les pierres et donc pas être un père digne de ce nom, soit partir et ne pas être là, donc ne pas être présent, mais... En tout cas, quand je parle à ma fille, et je lui parle tous les matins, tous les soirs, on fait des appels vidéo. Elle me voit, je suis épanoui intellectuellement, spirituellement. En tant qu'animal, j'avais l'impression d'être un fenec au pôle Nord. Là, maintenant, je suis dans mon élément, beaucoup plus. Je suis une créature méditerranéenne. J'ai regagné mon élément naturel. Et je suis, voilà. Donc, c'est loin d'être idéal. Je ne la vois qu'une fois par mois. Je peux la serrer dans mes bras qu'une fois par mois. Je sais qu'il y a un manque que je ne comble pas, mais on a une relation qui est très riche. Je ne me suis jamais embrouillé avec sa mère, quasiment jamais. Elle ne nous a jamais vus se disputer, jamais. Et puis on s'adore, on part en vacances ensemble, avec sa mère, je veux dire. et donc j'ai l'impression d'avoir beaucoup de m'être réconcilié avec le rôle de parent parce que d'abord j'ai reconnu que j'étais un parent de merde et ça a mis du temps au début j'étais juste effondré et puis souvent dans l'auto-apitoiement c'est à dire oh putain mes enfants sont loin, c'est dégueulasse sur... C'est horrible, je ne sais pas quoi faire. Maintenant, je sais. Je veux dire, c'est moi qui ai décidé certaines choses. Mais du coup, ça a tout changé. Et je pense que ce travail, en fait, qui est un... Les enfants adultes, c'est des gens qui sont nés dans des familles dysfonctionnelles. Ces familles, elles peuvent être dysfonctionnelles pour toute une ribambelle de raisons. Mais moi, je suis arrivé dans ce monde... des enfants adultes issus de familles dysfonctionnelles, parce qu'en fait, tous les traumatisés ne sont pas des toxicos, des addicts. En revanche, tous les addicts sont des traumatisés, tous. Il n'y a pas d'exception. Si on a des problèmes de compulsion, c'est… D'ailleurs, je ne suis pas médecin, donc je ne vais pas… Mais ceux que je connais, qui connaissent le mieux l'addiction, que je respecte le plus sur les questions d'addiction… ont cette analyse. Il y a toujours du trauma. Et les gens souvent disent, oui, on est tous traumatisés. Ce que tu disais sur le rejet, la suffisance de notre civilisation pour le care, pour les émotions, elle est liée à cette sorte de... Oui, bon, OK, on a tous des traumatismes, ça va. Et en fait, et puis on a l'impression qu'il y a une hiérarchie, c'est-à-dire que ceux qui sont victimes d'inceste, ils ont bien sûr, on comprend qu'ils aient des traumatismes sévères. En revanche, moi, par exemple, j'ai grandi dans un milieu très privilégié, très cosmopolite. Comment dire ? Il y avait beaucoup d'amour. Mais il y avait aussi beaucoup d'abandon. Mes parents, ils n'étaient pas là. En fait, mes parents, c'est des enfants adultes. Donc, ils n'avaient aucune idée de ce que ça requerait d'être parents. Donc, ils n'étaient pas là. Ils n'étaient pas dans le... L'inconstance était totale. Il n'y avait rien qui tenait. Donc, il n'y avait aucune règle. Tout était au fil de l'eau, à l'arrache. un peu caractéristique des 68ards, avec en plus le côté, voilà, mes parents, ce n'est pas des Français, c'est la version Woodstock américaine un peu. Donc, résultat des courses, c'était aussi du grand n'importe quoi. Et en fait, un enfant, moi, la première fois que j'ai fait une session avec Gabor Maté, j'imagine qu'on y reviendra, mais je lui ai dit, putain, je me sens un peu coupé. dans ces groupes de paroles pour enfants adultes de familles dysfonctionnelles, parce que je suis entouré de gens qui ont vécu des trucs de malades, avec des parents qui les battaient, avec des gens qui ont vécu de l'inceste, qui ont vécu des violences corporelles de malades. Moi, bon, c'était… Et en fait, Gabon s'est tourné vers moi, il m'a dit, en fait, ce n'est pas ce qui t'est arrivé qui compte. c'est ce que tu as ressenti. Et en fait, voilà, un truc à la con. qui peut sembler être à la con. Moi, un jour, je me rappelle, je ne parlais pas bien français à l'école française. Quand j'arrive, je me fais entourer par toute la cour de l'école qui fait « hein, hein, hein » . Et en fait, le truc m'a marqué à vie. La preuve, c'est que j'en parle encore. J'ai 51 ans. Et on pourrait dire « bah oui, ça nous arrive à tous » . Oui, ça nous arrive à tous. Donc, il faut faire le taf. Et si on ne le fait pas, eh bien, on devient des connards.
- Speaker #1
C'est ça, ouais. Mais est-ce que finalement, l'Occident, en tout cas l'élite occidentale, ce ne sont pas des personnes dissociées avec un énorme melon ?
- Speaker #0
Ben ouais, c'est...
- Speaker #1
C'est un personnage.
- Speaker #0
Oui, ben c'est en fait le problème. C'est tout à fait ça. D'ailleurs... J'ai un copain qui est une sorte de barde moderne, enfin, pas moderne au sens où on en parlait à l'instant, mais une sorte de barde contemporain, qui est un type génial, qui est spécialiste de contes et légendes. Et quand il parle de Black Elephant, il dit en fait, venez pas avec votre CV parce qu'on s'en carre. Genre juste, venez pas avec votre CV. Et c'est vrai que... J'ai un copain dont je pense d'ailleurs que tu devrais l'inviter, qui s'appelle Marc Jolie, qui est un sociologue qui a écrit deux livres géniaux sur la pensée perverse et le narcissisme pervers, la perversion narcissique, et qui sont d'ailleurs des ouvrages politiques. Le premier est sur Emmanuel Macron et le deuxième est également en partie sur Emmanuel Macron et sur les classes dominantes françaises qui ont érigé… le déni pervers en méthode de gouvernance. C'est vachement intéressant comment il le montre avec, par exemple, la dissolution, qui est l'exemple le plus dingue de déni pervers. Mais le travail de Marc part d'un travail sur la perversion narcissique, qui est un terme, qui a été une catégorie, qui a été... qui a été conceptualisé par Paul-Claude Racamier, un psychiatre. Et Racamier, son travail à lui sur la perversion narcissique démarre avec une étude de l'incapacité au deuil. Et en fait, ce qu'il montre, c'est que les narcisses, c'est des gens qui n'arrivent pas... qui se révèlent incapables de se défaire d'une vision, d'une conception mythologisée d'eux-mêmes, qui date de l'enfance. Et en fait, quand tu vois ça, tu te rends compte que la civilisation occidentale est complètement narcissique. C'est qu'en fait, on est attaché à des histoires de contes, vraiment des... des trucs qui sont insultants pour n'importe qui qui est hors d'Occident. Enfin, les histoires de missions civilisatrices qui ont été la couverture pour des zoos humains, pour des cultures où on a coupé la main des gens parce qu'ils ne récoltaient pas assez de caoutchouc, par le viol systémique des femmes, et on a appelé ça civilisation. Mais le... Et aujourd'hui encore, tu vas te retrouver dans des débats à la télé française avec des Éric Nolot et des Éric Zemmour et des Caroline Fourest et tous ces connards qui monopolisent le débat public en France, qui ne sont que des gens dissociés, qui n'ont aucune vie intérieure. Et je ne dis pas ça parce que je suis expert en Caroline Forest et en Éric Nolo ou Éric Zemmion, mais parce qu'en fait, the proof is in the pudding, comme on dit en anglais. C'est-à-dire que leur comportement montre qu'il n'y a pas de vie intérieure. Parce qu'une vie intérieure, le travail dont je parle, en fait, c'est une condition sine qua non pour être un minimum humble. Et l'humilité, c'est le truc qui n'existe plus en Occident. C'est-à-dire que non seulement on peut regarder le champ et en fait se rendre compte que, genre pour un Edgar Morin, Il y a un million de connards, c'est un ratio hallucinant de gens qui sont humbles versus pas humbles. Mais en plus, en fait, c'est même plus un objectif. C'est-à-dire que l'humilité, ce n'est même pas valorisé par notre société. En fait, on veut des winners. Nous, ce qu'on valorise, c'est des gens qui vont être... qui vont aller à San Francisco et devenir potes avec Elon Musk. C'est ça, les Français, c'est ça la French touch que Macron voudrait retenir en France. Alors qu'en réalité, c'est... Mais en fait, bon vent, les mecs ! Genre, on n'a pas besoin de plus de gens comme ça dans notre société. C'est tout pété, ça. Et en fait, on continue d'admirer... le cauchemar américain, au lieu de nous rendre compte qu'en fait, on est des... Enfin, je veux dire, un peu de lucidité élémentaire. C'est pour ça que, quand tu m'as appelé ou quand on a commencé à échanger, moi, pour moi, mon... Comment dire ? Mon champ de... Ce sur quoi je m'exprime en général, c'est plutôt des choses... avec une dimension politique. Et en fait, toute notre conversation, pour moi, elle est politique. C'est-à-dire que le truc que j'ai démarré pendant la pandémie, Black Elephant, cette sorte de réseau social bizarre fondé sur le partage de vulnérabilité et la connexion que ça créait, on l'a commencé pendant la pandémie, et en fait, petit à petit, le truc, c'est... On s'est un peu essoufflé, en fait, après Gaza, après le 7 octobre. Parce qu'il y a eu un moment où, en fait, nous, on avait à cœur d'être inclusifs et de faire en sorte que tout le monde soit bienvenu, de ne pas laisser nos pensées, nos divergences politiques prendre le dessus sur cet échange fondateur. Et je continue de penser que ce travail, ces réunions, elles peuvent servir. y compris à des gens qui sont dans des névroses avancées. Mais moi, il est hors de question que je fasse une parade Black Elephant avec quelqu'un qui est dans l'IDF. Hors de question. D'ailleurs, un symptôme de plus de la maladie dans laquelle est l'Occident, c'est qu'en France, nous avons plus de 6 000 personnes qui ont participé à des crimes de guerre et des crimes de génocide. qui courent les rues et qu'Emmanuel Macron refuse de poursuivre en justice. Enfin, je veux dire, où est-on ? Où est-on ? Et quand je dis ça, ça je peux le dire sur un podcast, mais si je le dis à la télé ou un machin, je reçois… Je veux dire, j'ai tous les parisianismes de merde qui me tombent dessus. Mais pardon, c'est la base en fait. Ces gens-là devraient être poursuivis et pour l'essentiel, j'imagine, aller en prison. Donc, tout ça pour dire que… Donc là, aujourd'hui, je relance Black Elephant avec cette vision qui est que on doit… enfin, comment dire, ce process peut aider tout le monde, y compris des gens qui sont… avec lesquels je n'ai pas envie de frayer. J'espère qu'ils feront le travail de leur côté, entre eux. Mais je ne veux pas le faire avec eux. Ce n'est pas mon taf. Chacun son taf. Moi, ma responsabilité, c'est de travailler avec des gens qui respectent quelques critères au moins, c'est-à-dire qui comprennent que l'iniquité et les inégalités et l'injustice... en fait sont vecteurs ou vectrices de haine. Mécaniquement, ça nous conduit à accepter des situations de génocide. Ça nous conduit à accepter qu'on dise que la Russie envahit l'Ukraine, mais par contre Israël crée des zones tampons au sud de Liban. En fait, ça amène un deux poids, deux mesures. Quand on dit que... les gens qui sont juifs ont le droit de prendre cette route-là, mais que les gens qui ne le sont pas, en fait les autochtones en plus, eux doivent prendre cette route-là qui est embouteillée, où ça prend trois heures, etc. En fait, petit à petit, on a déjà posé les bases d'une politique génocidaire. Donc en fait, l'apartheid se nourrit de nettoyage ethnique. et le nettoyage ethnique mène au génocide. Donc, tout ça, en fait, est politique. Tout ça est politique. Si on continue de laisser des sociopathes diriger nos sociétés, on va se retrouver avec des sociétés de plus en plus malades. Mais, en fait, on a les responsables politiques, pas qu'on mérite, mais que produit naturellement. les sociétés atomisées qu'on vient d'évoquer. Donc voilà, il y a du taf.
- Speaker #1
Oui, il y a du gros taf. Mais justement, la question que je me pose, que je voulais te poser, ce que tu dis sur le fait qu'on veut créer des winners, etc., c'est très très vrai. Moi, je le vois, j'habite dans une région, je ne sais pas pourquoi, ici, je suis sur la côte d'Azur, il y a un truc... C'est une machine à sportifs, mais de haut niveau, etc. C'est très bien, mais je vois aussi toute la dimension compétitive que ça demande, etc. Et moi, tu vois qu'il y a un garçon et une fille, eh bien, j'ai tendance à beaucoup donner à mes enfants. Mais quand je donne à ma fille, ça crée du lien, elle me remercie. Quand c'est pour mon fils, j'ai l'impression de renforcer de l'égoïsme. Je voudrais te demander quel serait ton conseil pour justement favoriser un peu l'humilité pour un jeune garçon.
- Speaker #0
Alors d'abord, je dois reconnaître que je ne suis que compétent, enfin voilà, je vais répondre sans aucune expertise. Oui,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
Ce que je peux dire, c'est que je parlais tout à l'heure de Gabor Maté, il a écrit un bouquin sur la théorie de l'attachement, et sur le fait que, justement, c'est un peu le sujet qu'on évoquait, c'est-à-dire que... Pourquoi est-ce qu'on a des sociétés qui sont en fait incapables de produire des adultes et donc encore moins des anciens, des sages ? Et en fait, ils montrent que les sociétés atomisées, c'est des sociétés où en fait l'enfant n'a plus de référent. En fait, ils ne s'attachent plus à l'instituteur du village, le curé, le pharmacien, les oncles, les tantes, la grand-mère, le grand-père. Ils s'attachent en fait, les enfants s'attachent entre eux. Donc en fait, l'attachement, c'est une manière d'apprendre qui consiste à... comment dire, à mimer les comportements de la personne à laquelle on s'attache. Donc quand on s'attache à un grand-père et qu'on commence à mimer un ancien, au début, ce n'est que du mime, mais on est en train de mimer un bon modèle. Quand on s'attache et qu'on mime un de nos pères, c'est-à-dire un autre enfant, les résultats sont problématiques, puisqu'en fait, on est en train de mimer quelque chose qui n'est pas un bon exemple. Je ne dis pas qu'il faut... Je veux dire, on est tous en train de... Comment dire ? C'est normal qu'il y ait un degré de mime de nos pères et d'enfants entre eux. Je ne suis pas en train de dire que tout ça est... Mais il n'y a plus le corollaire avec des adultes, en fait. Et je réponds un peu à côté de la plaque par rapport à ce que tu me demandais, mais je pense que peut-être qu'une partie du travail, peut-être que c'est plus un homme. qui peut donner les bons réflexes et les bons instincts et les machins dont ton fils a besoin que toi. Non pas que toi tu ne puisses pas, je suis sûr que tu peux, mais il y a un côté où l'enfant va être plus susceptible de voir l'humilité comme quelque chose que lui veut reproduire. S'il la voit dans un mec... Encore une fois, ça vient de... Ça vient un peu de... Non,
- Speaker #1
mais ça résonne.
- Speaker #0
Je soupçonne qu'il y ait de ça. Et puis, je pense qu'en fait, c'est en parlant. C'est-à-dire, l'autre truc que je dirais, c'est que... Moi, quand j'ai arrêté de me droguer, mon fils, il avait 12 ans. Et la première fois, dans le processus de... de rétablissement, on fait amende honorable auprès des gens qu'on a, d'une manière ou d'une autre, lésés, heurtés, abîmés. Et donc, j'ai régulièrement fait, au fil des années, amende honorable auprès de mon fils. Et la première fois, il a 13 ans, et sa réponse, c'est « Non, papa, t'es le meilleur papa du monde » . À 15 ans... c'est quand même un peu merdé pendant ces années là et à 20 ans c'est devenu genre franchement c'est ouf ce que tu m'as fait subir donc c'est le fait que moi je vienne vers lui que je m'arrête que j'appuie sur pause et que je reconnaisse ça a fait que lui il a vu la différence il a petit à petit, il a vu que je mettais les mots sur des choses et je vois aujourd'hui que la plupart des comportements toxiques autour de lui, il les reconnaît. Il est, il est, il est, ouais, ouais, il a beaucoup appris de nos conversations parce qu'il a vu le changement entre un mec qui, en gros, blablate et qui est que dans le, ouais, le blabla, les selfies, le machin et qui... devient quelqu'un qui en fait juge les choses et les gens et les machins sur pièce. Et c'est ça qui est dingue, c'est qu'en fait, on a une sorte de confusion, on est dans une impasse épistémologique aujourd'hui en Occident, c'est-à-dire qu'on arrive à l'épistémologie, c'est la question de la nature de la connaissance, du savoir. Et en fait, on parle d'IA toute la journée. Nos conversations sur l'IA trahissent en fait l'impasse épistémologique, puisqu'on fait comme si en captant des milliards et des milliards et des milliards de données, on allait arriver à une forme d'intelligence, ce qu'on appelle l'intelligence artificielle générale, qui est une sorte de... de mythe, puisque l'intelligence sans conscience, à mon sens, est un pléonasme. Mais en fait, toute une ribambelle de données, c'est des bouts de savoir, mais en fait, qui n'ont pas grande utilité. Pour qu'ils deviennent utiles, il faut les passer par le tamis de la culture, du langage. Donc ça, ça me permet de n'être pas juste dans la... dans l'amassement aveugle de données qui n'ont ni queue ni tête. Il faut les passer par le tamis de la culture, de la langue, etc. Mais la sagesse, c'est un niveau encore supérieur de qualité de savoir, puisque c'est un savoir qui transforme le comportement. La sagesse, ça ne se mesure pas à ce que les gens disent, ça se mesure à ce que les gens font.
- Speaker #1
Exactement. Il y a une phrase là-dessus qui dit... Oui, je ne sais plus. C'est... On voit... Voilà, ce qui compte, ce sont les actes, en fait. Oui. Écoute, en tout cas, c'est une belle phrase d'achèvement.
- Speaker #0
malheureusement j'ai un rendez-vous dans un quart d'heure donc à nous poursuivre je ne savais pas qu'on a on a parlé très longtemps je n'ai pas du tout vu le temps passer comme quoi c'était très agréable pour ma part
- Speaker #1
Merci, pour moi aussi. Est-ce que tu aurais quelque chose à ajouter, peut-être ? Quelque chose auquel je n'ai pas pensé et que tu as envie de transmettre ?
- Speaker #0
Je vais faire encore une fois dans le politique. Je pense que la démocratie occidentale est malade. Je pense que la France est particulièrement malade. Mais je pense qu'on peut tourner, transformer cette maladie. on peut utiliser la prochaine élection présidentielle pour en fait transformer la France en un laboratoire pour une sorte de refondation de la démocratie occidentale. Et pour ça, je pense qu'il faut plein de choses. Il faut des médias qui soient décentrés du pouvoir, comme celui-ci. de la sortition, du tirage au sort de nos dirigeants, en tout cas une partie d'entre eux, une part d'entre eux, parce que les élections sont des machines à corruption. Il faut plus de démocratie participative où on écoute le résultat des consultations, puisque parfois, on ne les écoute pas, on n'en fait rien. Et puis enfin, il faut, à mon sens, des réunions qui peuvent se faire, on peut en faire des centaines de milliers avant la présidentielle, où les gens viennent et se connectent les uns aux autres en profondeur, donc qui est un acte profondément politique, sans qu'on parle de politique. Je pense qu'il y a un truc à faire avant la présidentielle, et j'en parle notamment avec l'ami Alexis Poulin.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai, je vous ai écouté. Très intéressant là-dessus, d'ailleurs.
- Speaker #0
comment est-ce que je pense que d'ailleurs enfin je suis je pense qu'on peut faire des choses ensemble on peut on peut vraiment on pourrait vraiment construire certaines de ces conversations et
- Speaker #1
ces groupes de paroles ensemble oui oui oui mais avec plaisir je pense que c'est vrai que là moi j'ai capté certaines personnes certains comptes réseaux médias sur lesquels on est Merci. on se comprend, on sait de quoi on parle. Et je pense qu'il y a beaucoup de gens qui sont d'accord avec nous.
- Speaker #0
C'est la majorité silencieuse.
- Speaker #1
La majorité.
- Speaker #0
En fait, le roi est nu. C'est-à-dire que ce qu'on décrit comme l'Occident depuis très longtemps, en fait, c'est les élites occidentales. Le reste des peuples occidentaux... les élites, les dominants des pays du Nord et les dominants des pays du Sud travaillent ensemble pour que nous, nous n'ayons pas ces conversations. Et on a l'impression qu'en fait, on n'a pas grand-chose en rapport avec un Éthiopien lambda ou un Bolivien lambda ou un Vietnamien lambda, mais ce n'est pas vrai. En réalité, c'est là où ce moment historique est plein d'espoir. C'est qu'en fait, les peuples sont en train de se rendre compte, notamment grâce au réseau, grâce aux technologies, qu'en fait, nous représentons 90%, voire plus, de l'humanité. Les psychopathes qui tiennent les manettes, qui font les guerres, etc. C'est une poignée de gens, en fait. Nous sommes la majorité.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. C'est vrai. Mais il y a ce truc dont tu as parlé au début, qui s'appelle la propagande, et ce blabla, et ça c'est vrai, j'en parlais avec un Allemand il y a une semaine, qui a étudié justement les origines de la violence à travers le régime nazi, mais aussi les génocides en Afrique, et en fait le curseur, enfin le point, comment il disait, en fait c'est quand même toujours la propagande.
- Speaker #0
Oui, oui, en fait, je viens de recevoir un... Un type qui a écrit un bouquin sur la psychologie qui s'appelle « La psychologie du totalitarisme » , un belge, un flamand qui s'appelle Mathias Desmet, et il montre qu'en fait la propagande n'est pas une sorte d'aberration en Occident. Ça n'est pas un phénomène oriental, chinois, russe, soviétique, qui arrive en Occident récemment. En fait, la propagande naît du besoin de la démocratie moderne. de raconter n'importe quoi aux gens qu'on veut continuer de contrôler en leur disant que c'est eux qui décident tout. Mais en fait, nos démocraties, ça fait longtemps que c'est des plutocraties et voire de nos jours plutôt des kakistocraties, la gouvernance par les médiocres. Les médiocres moraux.
- Speaker #1
Je ne la connaissais pas. Comment tu dis ? Kakistocratie.
- Speaker #0
Ça vient du grec. D'ailleurs, du caca.
- Speaker #1
Ok. Kaki, effectivement. La racine. Encore un grand merci, Félix. Je te tiens au courant pour la suite. Pareil,
- Speaker #0
de même.
- Speaker #1
Merci beaucoup pour votre écoute. Pour aller plus loin, sachez que le mois d'or, ce sont des livres pour bien se préparer. Ce sont aussi des professionnels spécialisés pour bien s'entourer pendant les mois après l'accouchement. Et bien sûr, ce sont des formations sur le postpartum.
- Speaker #2
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