- Speaker #0
Bienvenue sur Parlons Canada, votre podcast sur la vie au Canada. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'acquérir une femme dont le parcours force l'admiration. Marina Mathieu est réalisatrice, militante, directrice générale de la coalition Média et elle représente une voix essentielle pour la représentation des femmes noires ici au Canada. Originaire de Haïti, elle a quitté son pays en 2010 pour reconstruire sa vie au Canada. Plongez-vous dans un parcours inspirant et intéressant aujourd'hui. Bienvenue Marina.
- Speaker #1
Bonjour, merci de m'accueillir. Très heureuse d'être là et d'être invitée à ce super podcast.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Alors Marina, est-ce que tu pourrais te présenter ? Alors j'ai dit les différentes casquettes, réalisatrice, directrice générale de Coalition Média, femme noire aussi.
- Speaker #1
Alors la réalité, c'est que c'est toujours difficile pour moi de me présenter en quelques mots, mais je me réfère à ce que j'écris sur ma page Instagram. Donc je suis une haïtienne, afroféministe, passionnée par la santé sexuelle et reproductive. Je suis très passionnée par tous les enjeux en lien avec l'équité, la diversité, l'inclusion, l'accessibilité. Ça fait partie de mon travail quotidien à Coalition Média, mais aussi dans mes principes de vie, dans la manière aussi d'interagir avec les autres. Puis je dirais oui, femme, noire, mais surtout citoyenne du monde, parce que je pense que je suis connectée avec mon parcours d'immigrante à plusieurs réalités en même temps. et je dois naviguer avec ça au quotidien. Super. Et justement, qu'est-ce qui t'a amenée à t'impliquer dans la justice sociale, la représentation des communautés noires ? Alors, je vais être très honnête avec toi. Je pense qu'avant toute chose, on se retrouve dans un pays qui est historiquement raciste, colonial. Ça commence avec les Premières Nations, les premiers peuples, et ça continue avec tout type de communauté qui est venue ou qui est arrivée par la suite. à travers l'immigration, forcée ou pas, parce qu'on doit aussi se rappeler qu'il y a eu de l'esclavage ici au Canada aussi. Mais pour moi, ce qui était très important, c'est que je puisse continuer ce que je faisais en Haïti. J'ai été élevée dans une famille où c'était fondamental de toujours être capable de supporter tout le monde, d'être sensible aux réalités de toutes les personnes autour de nous. On avait des niveaux socio-économiques différents, on connaît, on comprend très bien c'est quoi la disparité. Donc, pour moi c'était de fait. que je sois quelqu'un qui soit sensible à cette réalité. Et en parallèle, j'ai vécu de la discrimination plus jeune à travers mon parcours universitaire. Et ça m'a amenée à me poser certaines questions, puis à étudier certaines choses qui m'ont permis d'être rassurée qu'il y a une structure qui porte le racisme systémique et que ce n'est pas une personne ou un individu, mais il y a une structure. Donc, d'enlever ce poids sur moi en tant que femme noire dans cette société, de devoir tout. être capable de tout faire, être capable de tout régler comme si c'était vraiment un poids que je devais porter au lieu d'être en fait un problème structurel. Super réponse très complète. Du coup, on va parler de ton parcours personnel et aussi de l'immigration et de tes racines haïtiennes.
- Speaker #0
J'ai dit, tu es réalisatrice aussi, tu as fait un film qui s'appelle L'Envol en français et Fly en anglais. Tu l'as fait en 2020 pendant la pandémie et dans le film, du coup, tu reprends ton histoire et aussi celle de Mégane. Vous racontez du coup votre parcours après le séisme en Haïti en 2010. Il y a aussi ta mère dedans, qui joue dedans, Marjorie, j'ai vu. Je voulais savoir, du coup, parce que tu utilises le terme réfugié climatique dans ce film-là, je voulais savoir déjà comment tu définis ça, parce que j'ai vu un de tes témoignages qui disait que tu ne te considères pas comme une réfugiée parce que tu avais quand même de la famille au Canada, donc tu n'as pas eu les difficultés que peuvent avoir certains réfugiés quand ils arrivent ici. Donc, comment tu voudrais que les... Canadiens, du coup, Québécois aussi, qui sont là, voient les réfugiés climatiques ?
- Speaker #1
C'est une grosse question, Ali. Je vais essayer de répondre. Moi, je pense que j'ai de la difficulté à me définir comme réfugiée climatique parce que j'ai un privilège important. Comme tu as dit, j'avais de la famille déjà au Canada. Je comprenais aussi c'était quoi l'hiver, c'était quoi les réalités, à quoi j'allais être confrontée en arrivant ici en plein mois de janvier. Mais pour moi, En tout cas, ce que j'aimerais que les gens comprennent, c'est que de plus en plus, en fait, ça va être la raison principale dans quelques années qui va pousser les gens à se déplacer, forcer les gens à se déplacer. Ce sont les changements climatiques, c'est le réchauffement climatique. Et beaucoup d'activistes parlent dans les médias ou à travers les réseaux sociaux, c'est que, en fait, le climat est influencé par des puissances internationales qui ont un impact sur des pays beaucoup moins favorisés. Donc quand on... On parle par exemple de ce qui se passe en Amazonie, au Brésil, ou dans certaines îles à travers le monde avec l'ouragan Mélissa en Jamaïque. Par exemple, on parle de pays qui ne sont pas nécessairement considérés comme des puissances mondiales et qui ont l'impact direct du réchauffement climatique. Et ces populations se retrouvent à devoir se déplacer pour survivre, pas parce qu'ils ont des parents ou des amis et ils se réfugient chez ses parents et ses amis à cause d'une catastrophe naturelle, mais bien parce que leur lieu de vie soit disparaît, soit est détruit. Et ils n'ont pas les moyens de pouvoir faire face à ce type de crise. Et je pense qu'en tant que Canadiennes, Canadiennes d'abord et avant tout, j'aimerais rappeler qu'on est quand même, quoi, 40 millions sur un territoire énorme. Donc, on n'a pas un enjeu d'espace. Non. Au Canada, ce n'est pas un enjeu d'espace et on a aussi un privilège important, c'est-à-dire que l'impact du réchauffement climatique est moindre sur nous. Ça va toucher les communautés plus marginalisées. Au Canada, donc on parle entre autres des populations autochtones, quand on a des feux, etc. Et je pense que c'est d'être sensible. J'inviterais les gens à être sensibles au fait que les réalités nous amènent à devoir nous déplacer pour survivre et que les gens n'ont pas nécessairement fait le choix de se retrouver dans cette situation. Donc, d'avoir cette sensibilité, puis d'aussi repenser aux privilèges qu'on a d'avoir du territoire, du territoire qui n'est pas en danger. imminent tout de suite, qui éventuellement pourrait l'être. Donc, on ne doit pas non plus oublier ça, mais qu'on a accès à certaines choses que plusieurs n'ont pas nécessairement, donc d'être sensible.
- Speaker #0
OK. Et au-delà de la sensibilité, justement, tu disais que c'était parce qu'on n'avait pas le choix. Et je voulais savoir, au niveau de la sensibilité, du coup, ça va aussi un peu avec la solidarité ?
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Est-ce que... Toi, quand t'es arrivée, t'as vu quand même de la solidarité,
- Speaker #1
t'es arrivée directement à Montréal, je crois ? À Blainville, imagine-toi. Donc, Blainville, c'est dans le début des Laurentides, je dirais, juste avant Saint-Jérôme. Et, wow, est-ce que, oui, oui, je suis arrivée dans une école secondaire, l'école secondaire Henri-Dunant à Blainville. À l'époque, Blainville n'était pas du tout développée. Donc, quand j'y vais maintenant, c'est comme si je rentre dans un nouveau monde, pour être très honnête avec toi. Les gens étaient très... Oui, potentiellement, ils avaient de la pitié pour moi, mais ce n'était pas méchant. J'ai ressenti en fait un élan de curiosité, je dirais de care, de bienveillance. Puis, je n'ai pas passé beaucoup de temps à Blainville. Je suis allée directement au cégep. Je suis arrivée en janvier, j'ai fini mon secondaire 5 et je suis allée directement au cégep à Bois-de-Boulogne. Donc, j'étais de retour sur Montréal ou plusieurs autres... Autres personnes comme moi étaient immigrantes ou avaient passé d'immigration dans leur famille. Donc oui, j'ai ressenti de la solidarité. Est-ce que j'ai vécu de la discrimination ou des commentaires ignorants, certainement ? Ce n'était pas le point central de mon expérience parce que j'ai vécu aussi d'énormes belles choses et j'essayais de passer à travers un traumatisme après tout. Donc, je pense que je me souviens surtout de moments... marquant pour moi une anecdote. Par exemple, je suis allée à un moment donné au Centre Eton quelques semaines après mon arrivée parce qu'on me cherchait un nouveau manteau, on me cherchait, bref. Je devais aller faire des emplettes pour survivre dans ce front glacial et je suis arrivée au Centre Eton puis tu sais, en dessous du Centre Eton, il y a le métro, donc ça bouge un peu. J'ai eu vraiment un moment de panique intense. C'était quelques semaines après le tremblement de terre puis je me retrouvais à Montréal. où la vie continuait comme si de rien n'était. Donc, il y avait vraiment un choc pour moi aussi à ce niveau. Mais pendant que j'étais au Centre Eton, c'était, OK, ça bouge, mais personne ne dit rien, personne ne réagit. Est-ce que c'est dans ma tête ? Est-ce que ça va ? Et tout ça. Heureusement, j'étais mortuaire peut-être à l'époque, je ne m'en souviens pas clairement. Mais d'avoir quelqu'un pour me rassurer, d'être là avec moi, de me faire comprendre, OK, c'est le métro, t'inquiète, c'est pas un autre emblémataire. Donc, je vivais d'autres choses. Donc, peut-être que si j'avais vécu des élans, d'autres choses que de solidarité. ou d'amour, de bienveillance, je ne l'aurais peut-être pas ressenti puisque je vivais un traumatisme. Bien sûr.
- Speaker #0
Et tu l'as dit, de passer de Blainville, je le prononce bien.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
Blainville. À Montréal, du coup, tu as pu retrouver d'autres gens comme toi qui avaient vécu la même situation que toi. Comment est-ce qu'elle se vit, l'identité haïtienne, justement, en particulier à Montréal, comme il y a une grande communauté haïtienne ? Comment est-ce que tu l'as vécu, justement, ton identité haïtienne ici ? Et est-ce que tu te serais vue dans une autre ville que Montréal ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question. D'abord et avant tout, je pense que parce que j'avais de la famille ici, je me sentais bien à ma place, j'ai envie de dire. Je n'ai pas senti... nécessairement que je venais être un cheveu sur la soupe dans la réalité montréalaise. Il y avait plein d'autres Haïtiens. Ce que j'ai trouvé complexe, cependant, c'est que la culture haïtienne québécoise n'est pas la culture haïtienne d'Haïti. Donc, il y a certaines expressions que les gens utilisaient, puis ils me faisaient croire que c'était moi le problème parce que je n'utilisais pas ces expressions. Donc, je n'étais peut-être pas totalement haïtienne. Donc, il y avait des questions comme ça, puis il y a un parallèle que les gens font, qui pour moi n'est pas fondé du tout. Il y a certains critères qui déterminent si tu es vraiment haïtienne ou haïtienne. Puis ça, ça a toujours été une dinguerie pour moi, parce que personne n'a ce droit, en fait, de définir ton haïtienté, jusqu'à quel point, sur quel pourcentage, basé sur quoi. Tu vois, pour moi, c'était complètement déluré. Je suis passée à travers, parce que pour moi, il y a quelque chose aussi de très ancré dans mon identité, dans ma personne, qui est comme un peu une ébranlable. Et je pense qu'on oublie souvent que c'est aussi cette cassure que crée l'immigration pour des gens de deuxième génération, par exemple. Donc, mes cousins et cousines ont un parallèle entre « OK, je ne suis pas tout à fait haïtienne, haïtienne, je ne suis pas tout à fait québécois, québécoise, parce que les deux populations dominantes ne me perçoivent pas de la même manière, donc ma cousine, je la lâcherais à Port-au-Prince demain, puis elle serait perdue, quoi. » Mais un Québécois qui a peut-être des idées un peu arrêtées sur l'immigration verrait ma cousine et dirait qu'elle n'est pas vraiment une Québécoise. Donc, il y a quelque chose, je pense, avec le fait que moi, j'ai vécu toute ma vie en Haïti. Donc oui, quand les gens me demandaient « je viens d'où ? » , « je viens d'Haïti » , c'est vrai. C'était jamais quelque chose que j'étais gênée de dire ou de discuter. C'est sûr que c'est une curiosité parfois qui peut être ma scène, mais pour moi, je ne l'ai pas vécue comme ça. Donc, mon identité haïtienne au Québec, c'est mon identité haïtienne, point. Maintenant, il y a toute une histoire avec les personnes haïtiennes qui sont au Québec, les raisons pour lesquelles elles se sont retrouvées là dans les années 60 et les années qui ont suivi, et le rôle qu'elles ont joué, qui est souvent invisibilisé et que je suis obligée constamment de rappeler aux gens. On a été, après la Révolution tranquille, fondamentale dans l'éducation, dans le système de santé québécois aujourd'hui. Si toutes les personnes haïtiennes décidaient de ne plus aller travailler, je pense qu'on aurait un système en décrépitude. Et ça, je pense à tous les niveaux, parce qu'on est quand même partout. On est quand même partout. Puis quand je pense à un film comme Haïti-Québec, je pense que ça s'appelle, ce film montrait un racisme décomplexé envers les Haïtiens, plus principalement les Haïtiens chauffeurs de taxi à l'époque. Et je n'ai pas vécu ça. Mais je sais que des membres de ma communauté ont vécu ça et ça me donne encore plus un sentiment de « je suis là où je devrais être » . Parce qu'il y a des populations qui me ressemblent avant moi, des générations avant moi, qui ont travaillé très fort pour que je me sente bien ici. Donc, je pense que mon identité canadienne, québécoise, haïtienne s'entremêle dans cette fierté, dans ce sentiment de communauté. Et je suis constamment rappelée qu'on a des racines ici aussi.
- Speaker #0
Ça me fait penser, quand tu parlais, tu vois, j'ai pensé au festival Haïti en folie. J'ai fait mon premier festival cette année, l'été dernier, et je trouvais que c'était hyper beau parce que tu sens que la communauté, elle est hyper soudée et forte entre elles.
- Speaker #1
Absolument. Puis il y a aussi un besoin constant de préserver cette petite capsule temporelle où on se raccroche à notre culture.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Parce que la situation présentement en Haïti ne nous permet pas d'être en lien direct avec cette culture en visitant régulièrement. Moi, je me souviens très jeune, j'ai voyagé souvent venir voir ma grand-mère ici. Puis c'était acquis, en fait. Puis aujourd'hui, on n'a pas cette capacité. Donc, je pense qu'il y a quelque chose de très fort à travers ces événements qui nous rappelle l'importance de notre culture, mais qui nous... qui prennent soin de nous aussi, qui nous permettent de prendre soin de nous d'une manière intangible.
- Speaker #0
Moi, j'avais fait des ateliers pour enfants là-bas et il y avait des cours de créole haïtienne pour les enfants. Je trouvais ça trop bien.
- Speaker #1
Mais oui, c'est riche le créole en plus, donc absolument.
- Speaker #0
Alors, je l'ai dit tout à l'heure, mais là, l'épisode, c'est un épisode spécial « Moi de l'histoire des Noirs » . Qu'est-ce que pour toi, le « Moi de l'histoire des Noirs » , ça représente au Canada ? Parce que souvent, on en entend parler aux États-Unis, mais il y a le « Moi de l'histoire des Noirs » aussi au Canada.
- Speaker #1
Oui. Alors, le mois de l'histoire des Noirs, pour moi, d'abord et avant tout, je pense que c'est fondamental de rappeler que c'est une femme qui a initié ce processus ou cette commémoration annuellement. Et c'est une femme que je respecte beaucoup, qui a été députée au fédéral, qui a été impliquée en politique, puis qui a amené ça il y a plusieurs années. Donc, je pense que ce mois, c'est une manière de souligner une histoire qui, historiquement, se veut par une majorité ou peut-être même aujourd'hui une minorité dominante, on va dire, qui oublie, invisibilise, ostracise. pour pouvoir continuer à dominer. Donc, je pense que le mois d'histoire des Noirs est fondamental dans son rôle de rappeler, de ramener cette histoire à l'avant, de l'avant, pour pouvoir aborder certains sujets, s'assurer qu'il y a une certaine évolution d'une année à une autre et qu'on soit capable de faire un point chaque année pour potentiellement un jour, je l'espère, être capable de... ramener un équilibre dans ce racisme structurel, dans cette histoire de violence étatique. Et je pense aussi que c'est un mois de, pas seulement de revendications, mais aussi de célébrations sincères, de célébrations entre nous, de célébrations pour nous, où on est capable d'aborder certains sujets, de se permettre d'être C'est... d'aller en profondeur sur certaines choses. Puis ça l'a toujours été pour moi. Maintenant, je dois avouer que, comme je m'implique dans mon travail à différents niveaux pour plusieurs communautés, je suis constamment, constamment dans des événements qui célèbrent la culture et l'histoire noire au Québec, au Canada. Donc, pour moi, le mois d'histoire des Noirs, c'est comme un moyen de faire plus de choses. Mais pour moi, c'est à l'année longue que je suis et je serai toujours cette femme noire qui vit au Canada.
- Speaker #0
Moi, justement, j'allais l'évoquer, c'est un mois, le mois de l'histoire des Noirs, mais il y a certaines personnes qui ont l'impression qu'elles se réveillent au mois de février, alors que ça devrait être toute l'année.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Justement, pour le mois de l'histoire des Noirs, est-ce que tu as des figures, toi, noires, qui font que tu te sens représentée ici au Canada ? Tu as parlé de la personne qui a créé le mois de l'histoire des Noirs, mais est-ce qu'il y a des figures actuelles auxquelles tu penses ?
- Speaker #1
Oui, définitivement, il y en a plusieurs. Si je devais nommer quelqu'un que je connais très bien et avec qui j'ai évolué, je commencerais par ma grand-mère. C'est ma fille, Guée. C'est celle qui a ouvert la porte pour toute ma famille, puis c'est celle qui a permis que je sois là aujourd'hui. C'est celle qui m'a appris à être généreuse, rassembleuse, intègre, humaine, bienveillante, pleine d'amour, et qui m'a toujours démontré l'abondance dans toutes les bonnes choses. Pour moi, c'est une figure fondamentale dans la création de mon identité en tant qu'individu, mais aussi de ma perception de ce qu'est être une femme noire. Puis, je pense que c'est important. Maintenant, si on veut parler de femmes plus mainstream, parce que ce n'est pas tout le monde qui connaît Marie-Solange Apollon sur cette planète, mais je dirais Michael Jean, sur laquelle j'ai écrit, entre autres, qui a été une figure phare pour moi dans l'écriture de mon mémoire, parce que je suis partie de sa présence dans la télévision. québécoise dans la vie de tous les jours des gens, puis ensuite, évidemment, son rôle en tant que gouverneur général et tout ça, pour parler de cette représentativité au sein des médias francophones québécois, des femmes haïtiennes de cette année où elle a quitté les médias jusqu'à aujourd'hui. Puis, je dois t'avouer que les résultats de mon mémoire ne sont pas très positifs. Donc, il y a un grand manque de la présence de femmes haïtiennes Merci. dans les médias francophones québécois. On reste quand même une majorité de femmes noires haïtiennes, parce qu'il y a d'autres femmes noires aussi d'origines différentes, québécoises entre autres. Et je dirais, avec Mickaël Jean, ça m'a comme un peu donné une base, une fondation. Et je nommerais, pour ajouter à la liste, une Amina Gerba, que j'apprécie énormément. Cette femme est une perle humaine et politique. je dirais une fonceuse, une entrepreneur, une maman. Maintenant, elle est au fédéral aussi. Donc, elle joue un rôle pour moi multidimensionnel et foncièrement, je dirais, avec un impact qui se déploie quotidiennement, selon moi. Donc, Amina Gerba serait une autre figure que je pense que tout le monde devrait connaître ou devrait être portée à connaître dans leur histoire du Canada. Alors, c'est marrant que tu évoques Mickaël et Jean. Parce que du coup, je te disais que tu faisais partie de ma top liste de personnes à recevoir pour le podcast.
- Speaker #0
Et je t'avais découvert en fait à travers la fondation Michael Jean. En fait, quand je faisais mes recherches et tout. Parce que j'étais allée au sommet pancanadien des communautés noires. Et quand je faisais mes recherches, en fait, ton nom apparaissait plusieurs fois. Et je me suis dit, attends, je vais voir qui c'est.
- Speaker #1
Si mes collègues le savent.
- Speaker #0
Et voilà. Alors, concernant ton engagement communautaire, du coup, tu le fais aussi avec la Coalition Média. Est-ce que tu peux expliquer, c'est quoi la Coalition Média ? Parce que du coup, vous représentez, du coup, on l'a dit, les personnes afrodescendantes, voici les personnes autochtones, en fait, les personnes marginalisées.
- Speaker #1
Historiquement, elles sont représentées dans le domaine de l'audiovisuel, oui.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que tu peux expliquer, du coup, c'est quoi vos missions ? Et aussi, quel impact... que tu cherches à avoir sur la vie des créateurs, justement, créateurs-créatrices.
- Speaker #1
OK. Alors, Coalition Média, Média, c'est à la base un sigle. Donc, Média, c'est M pour Média, Équité, Diversité, Inclusion, Accessibilité. Coalition Média, c'est quelque chose, c'est un organisme qui a été fondé en 2020 par des producteurs, productrices ou des personnes impliquées dans le milieu, l'écosystème audiovisuel, parce qu'il et elle réalisaient qu'il manquait, qu'il y avait un manque flagrant. de personnes autochtones, afrodescendantes, et racisées, francophones, dans l'écosystème audiovisuel. Donc, ils ont bâti cet organisme pour sensibiliser, représenter devant les institutions, les bailleurs, et en fait, à tous les niveaux, paliers gouvernementaux, etc., représenter, travailler au rayonnement de ces professionnels au sein de l'industrie de l'audiovisuel, et les recenser. Donc, on a une idée de qui ils et elles sont. Qu'est-ce qu'ils font ? Sur quoi ils travaillent ? Bref, une panoplie de sujets ou d'objectifs à travers l'organisme, mais avant tout, recensement, rayonnement et représentation. Puis c'est un organisme qui se veut aussi politique, donc d'aider les organismes qui prennent des décisions sur ces communautés, donc qui ont par exemple un plan équité, diversité, inclusion, mais comment ils y arrivent ? À travers quel type de programme ? comment ces programmes sont accessibles ou pas à nos communautés. Et si toutefois ils décident de les enlever, qu'on soit aux aguets pour pouvoir travailler à ce que nos enjeux, nos histoires, nos récits restent les nôtres et qu'on soit capable de les présenter, de les diffuser de manière équitable aussi dans un écosystème. Ou surtout au Québec, j'ai envie de dire, le star system québécois ne permet pas, est très imperméable, j'ai envie de dire. Ce qui fait que ça devient beaucoup les mêmes personnes tout le temps, puis ça empêche à certains talents d'être vus, d'être connus, visibilisés, appréciés. Alors, juste valeur. J'ai l'impression que c'est partout, quand c'est francophone, ça. C'est le même problème. Ah, mais écoutons-nous, on essaie de changer ça. Donc, avec la coalition média, je pense que c'est quelque chose sur lequel on travaille, sur laquelle on travaille, mais c'est aussi quelque chose, on aspire à ce qu'on n'ait plus à faire ce travail. Donc, c'est aussi... d'espérer un jour ne pas avoir besoin d'une coalition comme coalition médias parce qu'on aura retrouvé un écosystème plus équitable, plus inclusif, plus vrai, plus authentique, en fait.
- Speaker #0
Du coup, on a parlé côté audiovisuel, de ton engagement communautaire. Tu l'as dit aussi, tu as fait aussi des études sur la santé sexuelle. Tu as parcouru hyper riche au Canada, mais aussi à l'international. Alors, de près, mes recherches, tu as aussi travaillé avec l'Équateur et le Brésil. OK, j'ai bien fait mes recherches. Avec tous tes projets, qu'est-ce que tu as voulu dire à travers ces projets sur la condition des femmes ?
- Speaker #1
Wow Ça, c'est une grosse question parce que je pense que je me suis lancée dans le cinéma à cause du fait que j'ai fait un certificat en santé sexuelle. J'ai été plus jeune victime d'une agression sexuelle d'un membre de ma famille. Puis, en voyant comment les gens de ma famille ont réagi à cette agression, Ça m'a fait être beaucoup plus sensible à ce qui manque au sein de ma communauté. Puis je parle vraiment de mon expérience personnelle, puis de comment dans ma famille, ça a réagi d'une manière que je n'espérais pas. Donc, je n'avais pas les outils, elles n'avaient pas les outils non plus. Puis, j'avais besoin de sentir que j'allais avoir les outils pour. Et en faisant mes études en production à l'UQAM, Je prends des cours optionnels en dernière session. Je fais un cours d'intro à la sexologie et là, la petite lumière, je suis super excitée. Je me dis, bon, je vais faire une maîtrise en sexologie. J'ai trouvé ma voie. En plus de mon bac en production, peut-être que j'aurai mon podcast un jour, quelque chose, mon show sur la sexualité et tout ça. Mais tu ne peux pas juste faire une maîtrise en sexologie après avoir étudié en communication. Ça ne fonctionne pas. Donc, il faut une base en médecine, en psychologie. Bref. Et moi, je me retrouve... donc à me dire, ok, mais je vais faire un certificat en santé sexuelle. Et c'est là qu'avec ce certificat, j'apprends. sur comment accueillir des victimes d'agressions sexuelles, qu'est-ce qu'une agression sexuelle, quelles sont les maladies sexuellement transmissibles, les infections, bref. Et je réalise que le manque que j'avais plus jeune, le manque de ressources, le manque de support, le manque d'outils, je suis capable de le traduire à travers des petites vidéos. Donc, je collabore avec un organisme qui s'appelle On ne parle pas des sexualités. Je commence à faire des petites capsules. Je retourne en Haïti à l'époque. Et je fais, donc, Plein d'initiatives comme ça. Et plus j'en fais, plus il y a de gens qui me contactent et qui me parlent de leurs histoires. Donc, j'ai eu la chance de faire, pendant que j'étais en Haïti, une série radiophonique avec des femmes qui, sous la dictature des Duvaliers, ont vécu des violences sexuelles. Donc, ça, ça a vraiment changé ma perspective de comment on parle de violences très loin, quand en réalité, c'est au sein même du pays où on a grandi. Ça m'a réveillée sur quelque chose. Puis je me suis dit, il faut vraiment que je continue à faire ça. Puis, quelques années plus tard, ma soeur a un fibrome. Dans ma famille, les fibromes, on est une famille fibromeuse. Je ne sais pas si ça se dit, mais je le dis tout le temps. Pourquoi ? Parce que toutes les femmes de ma famille qui ont eu un enfant, à part ma soeur, n'ont plus d'utérus à cause de fibrome. Donc, tout le monde a subi une hystérectomie. Et ça me dérangeait, mais ça venait vraiment me chercher que ma soeur, qui était début trentaine, avait un fibroma, puis n'était pas en situation de prévenir ça. C'est-à-dire, il n'y avait rien au niveau médical qu'elle pouvait faire pour dire, OK, mais là, j'ai un fibroma, je vais le manger d'une telle ou telle manière, je vais prendre tel ou tel médicament, puis ça va se résoudre. Il n'y avait rien. Et on parle quand même de, entre ma soeur et ma mère, il y a environ 30 ans de différence, que la médecine n'avait pas. Donc, de l'hystérectomie de ma mère, en fait, ma soeur était inévitablement portée potentiellement à avoir une hystérectomie plus tard. C'était un cycle qui se répétait. Et j'avais besoin de réponses. J'avais besoin de réponses pour elle, mais surtout pour moi, parce que c'est un fléau qui venait ensuite vers moi, puisque j'étais sa petite soeur. Je suis sa petite soeur. Donc, j'ai fait mon premier court-métrage. là-dessus, avec entre autres la Fondation Fabienne Collat, avec le programme Être noire à Montréal. Je suis vraiment rentrée dans le sujet et ça m'a permis de rencontrer Aïssa Touc, que tu as interviewée sur ce podcast, plein d'autres femmes. Et je pense, pour répondre à ta question, que mon désir de créer des projets, des initiatives autour des conditions féminines, c'est parce qu'en fait, il y a un manque flagrant, mais surtout une disparité violente en termes de soins, en termes d'éducation, en termes de support adéquat, d'accompagnement adéquat au niveau médical, au niveau social, au niveau sexualité, au niveau... Écoute, je pourrais t'énumérer, mais c'est ça le patriarcat, c'est ça la discrimination, c'est que foncièrement, on a tout le temps 50 ans, 100 ans en arrière. Ce n'est que récemment, par exemple, et ça, pour moi, ça me... déstabilise à chaque fois que je le dis, ce n'est que dans les dernières années qu'on a commencé à faire des tests sur les serviettes sanitaires avec du sang. Et pour moi, ça n'a aucune sens, en fait. C'est quand même déjà... En tout cas, moi, ça me met hors de moi et puisque ça me met hors de moi, moi, je canalise ma violence, ma colère en projet, en initiative qui amène du changement parce que sinon, ça me hante. Donc... Parce que je crois au changement, parce que je crois à notre capacité en tant que société d'être plus humaine face à la réalité des autres et de ne pas continuer à exclure.
- Speaker #0
une partie significative de la société, sinon la grande majorité.
- Speaker #1
Il va y avoir un autre épisode aussi sur la précarité menstruelle. Tu parlais des tests avec le sang. La personne qui va le faire, elle va parler du fait que les tests avant étaient faits sur les hommes et pas sur les femmes. Ce sera pour un autre épisode. On l'a vu, tu touches à plein de sujets. Les fibromes utérins, d'ailleurs, tu l'as dit, Aïssatou, de l'association Vivre sans fibromes, a fait du super travail. Aujourd'hui à Montréal et au Québec en général. Et aussi, moi j'avais vu que tu avais fait aussi une vidéo pour... Woodstock, du coup, l'association à Montréal-Nord, là, c'était sur les violences policières. Oui, t'es un piquet un peu partout.
- Speaker #0
Mais en fait, j'ai de la difficulté avec l'injustice, avec la violence systémique, avec le racisme. Ça m'empêche d'être bien. Et dans une société où je devrais tout avoir pour être bien, surtout qu'on appelle le Canada une société développée quand même. Donc, moi, par exemple, en ce moment, ce qui me hante, c'est l'itinérance. C'est quelque chose pour moi qui n'a... aucun sens. Aucun sens. Et ça me hante. Donc, certainement, dans les prochaines années, je vais faire quelque chose là-dessus. Mais pour retourner vers la vidéo que j'ai faite à l'époque pour Woodstock, on venait de perdre quelqu'un encore de nos communautés à cause de la violence policière, de la brutalité. Et je me sentais impuissante. Je ne savais pas par où commencer. Et je me suis dit, mais pourquoi ne pas faire ? Une vidéo, je participais à des manifestations régulièrement, puis je sentais qu'on avait besoin d'outils pour sensibiliser les gens sur la quantité de personnes qui sont assassinées par le corps policier. Et les bavures ne sont jamais réprimandées, c'est quand même ahurissant. Donc, je voulais dire leur nom. Puis c'est ça le nom de la vidéo, c'est « Say their name » , « Dis leur nom » . Et ce sont plusieurs personnes que j'ai croisées dans la rue à Montréal. Sylvox Pop, j'aurais dit voilà des noms, dites-les devant la caméra. Donc, j'ai combiné ça, j'ai fait mon montage et ça a donné la vidéo qui est derrière sur ma page Facebook. Puis, ça m'a fait réaliser que les noms n'arrêtent pas de s'accumuler en fait. Et qu'on a difficilement des moyens de se protéger par rapport à ça. Donc, il faut croire que pour vraiment répondre à ta question, pourquoi je suis aussi éclée. dans mon implication, c'est parce qu'en fait, j'ai de la difficulté avec l'impuissance. Et si je me sens impuissante, je dois trouver quelque chose qui va potentiellement aider à pallier à ce sentiment. L'inertie n'est pas dans ma nature, donc c'est pour répondre à ça que je m'implique, que je travaille sur tous ces projets, toutes ces initiatives. finalement, après plusieurs années à déambuler, on va dire, dans différentes initiatives, à créer mes projets, à travailler avec des organismes, je pense que c'est ce qui me garde en vie. Sincèrement, c'est ce qui me garde en vie parce que je sais fondamentalement que si on n'est pas capable de s'aider mutuellement, il n'y a aucune raison d'être là.
- Speaker #1
C'est vrai que, du coup, la vidéo, tu l'as faite quand même il y a quelques années. Et moi, quand je faisais mes recherches sur toi, que je suis tombée sur ça, du coup, moi, ça me faisait écho avec l'affaire Nourane, là, en 2025. Je suis au Canada que depuis deux ans et demi. Du coup, moi, je l'avais déjà vu ça en France. Et je pensais que le Canada, c'était complètement différent, en fait. Je me suis rendue compte qu'il y avait quand même les mêmes problèmes ici.
- Speaker #0
En fait, la suprématie blanche n'évite, ou je ne sais même pas comment le dire, mais ça impacte tout le monde, partout à travers le monde. Parce qu'elle a été créée pour être comme ça. Les corps policiers n'ont pas été créés pour protéger et servir à la base. C'était pour de la répression. Donc, logiquement, ça sert cet idéal de suprématie blanche. Et c'est là qu'on doit pouvoir se questionner sur quelles sont les tactiques ou les manières de faire autrement en tant que société occidentale. Donc, oui. la France n'est pas si loin, mais je dois avouer quand même que la France est très, très loin. Ouais, je dirais ça parce que, déjà, les données en lien avec les personnes noires assisées en France ne sont pas dans la télévision ou le cinéma, c'est pas quelque chose que vous récoltez dans les données. C'est interdit. C'est interdit, donc il y a déjà ne pas savoir en... empêche de pouvoir prendre des actions pour aider ou changer les choses parce qu'on ne sait même pas d'où on part. Il y a aussi, je dois avouer, la majorité de mes... Mes amies sont françaises, donc il y a quelque chose aussi à l'intérieur de leur cœur, un feu éterne qui réveille ces femmes autour de moi, il faut croire.
- Speaker #1
Est-ce que tu penses justement qu'avec les médias, avec le cinéma, il y a un moyen de soutenir, de contribuer pour lutter contre les discriminations, le sexisme, le racisme ?
- Speaker #0
Absolument. Je pense que c'est l'une des manières principales. Le plaidoyer est fondamental aussi, puis je suis très reconnaissante aux différentes organisations communautaires qui travaillent là-dessus. Je pense que l'utilisation des médias spécialement aujourd'hui, en 2025, que ce soit à travers les réseaux sociaux, que ce soit à travers les journaux, que ce soit à travers les plateformes d'information, c'est fondamental. Parce que tu as la capacité de changer complètement la perception de quelqu'un à travers tous ses sens. Ses yeux sont là, ses oreilles sont là, son corps est présent devant quelque chose. Puis c'est d'intervenir à différents niveaux pour changer les choses à travers un médium. Donc oui, et j'ajouterais, avec l'intelligence artificielle qui prend de plus en plus de place à une vitesse incroyable, il n'y a pas d'autre moyen que de nous aussi continuer à créer pour pouvoir contrer que ça prenne une... place maladive dans la vie des gens au lieu de continuer à être en contact avec les humains.
- Speaker #1
Et justement, pour le cinéma, j'avais une question parce que tu as parlé du cinéma québécois. Le fait que ce soit tout le temps les mêmes personnes qu'on voit à l'écran, il y a peu de place pour les nouveaux. Est-ce qu'au niveau du cinéma anglophone, mais toujours canadien, il y a plus de représentation ou c'est la même chose ?
- Speaker #0
Ah non, mais c'est un monde de différence. C'est vraiment un monde de différence. Est-ce que c'est mieux au niveau canadien-anglophone ? Oui. Est-ce qu'il n'y a pas des efforts à faire. Il y a toujours des efforts à faire et dans le cinéma anglophone, le Black Screen Office, le Canadian Independent Screen Fund, le Disability Screen Office, je pourrais énumérer Racial Equity Media Collective. Il y en a plein qui font du travail extraordinaire pour continuer à mettre de la pression sur les institutions, puis à mettre en place des programmes pour supporter et assurer une relève, assurer Merci. que le type de discours en disant « il n'y en a pas, donc c'est pour ça qu'ils ne sont pas à la télévision » soit détruit. Donc, le travail est important, mais pas aussi important qu'au niveau francophone. Au niveau francophone, c'est vraiment, mais moi, en faisant mon mémoire, j'étais ahurie. On parle, on est quasiment 40 ans en arrière pour l'inclusion. Quand on parle d'équité dans les médias francophones au Canada, on est très en arrière. Puis il y a aussi, puis ça c'est fondamental au Québec, il y a une incapacité historique à voir au-delà de l'expérience de discrimination au niveau de la langue. D'accord. Donc, rien ne précède la discrimination au niveau de la langue au Québec, ce qui empêche les gens de voir qu'il y a du racisme ou il y a de la violence envers les Autochtones, par exemple. Il y a vraiment un fossé important pour comprendre ça. Et c'est d'ailleurs pour qu'on se retrouve aujourd'hui à être dans un système où, et là, je suis très honnête avec toi, très transparente, on est dans un moment historique au Québec où il faut vraiment que les gens se réveillent. Mais on n'a pas d'autre choix que les gens se réveillent parce que le gouvernement met en place de manière frénétique des lois. et des projets de loi qui ont un impact direct sur les communautés historiquement marginalisées. Et là, je ne parle pas seulement de communautés racisées, autochtones, afrodescendantes. Je parle des communautés de LGBTQ+, je parle des femmes. Donc, on est vraiment dans un recul. Et puisque nous sommes cette génération qui est portée à potentiellement prendre des décisions sur l'avenir de cette province, Il faut vraiment qu'on agisse rapidement. Et je suis vraiment à un appel à la nation, là. Vraiment, vraiment, parce qu'on ne se rend pas compte. Et ça va être trop tard quand on va se rendre compte, malheureusement. Donc, il faut vraiment se réveiller.
- Speaker #1
Un super témoignage. Je m'intéresse aussi beaucoup à l'histoire des Autochtones, que j'ai découvert ça en arrivant ici. Et c'est vrai que même les Canadiens eux-mêmes, ils n'ont pas connaissance, pour en avoir parlé avec certains, de leur propre histoire. De la vraie histoire, on va dire. Pour finir, est-ce que tu pourrais dire quels conseils tu donnerais aux jeunes, aux jeunes afrodescendants, autochtones, issus des communautés marginalisées, sous-représentées ? Qui voudrait se lancer, du coup, dans les médias au Canada ?
- Speaker #0
Très bonne question encore. Dans le cinéma en général, si tu peux. Oui, oui, oui, j'entends, j'entends. J'ai vu, en me préparant pour aujourd'hui, une entrevue de Eva Duvernay, qui est une réalisatrice très connue, qui, après avoir eu une carrière pendant des années en publicité, s'est lancée dans le cinéma. Puis elle a dit quelque chose que je pense que je devrais... j'utiliserais aujourd'hui pour répondre à ta question, ne travaillez pas à faire partie de l'industrie. Travaillez à faire des films. Travaillez à faire des podcasts. Travaillez à faire, à parfaire votre créativité, parfaire votre art. Parce que si on attend, si on passe notre vie à attendre que cette industrie nous fasse de la place continuellement, c'est ce que je fais à la Coalition Média. Donc, je m'assure que cette porte reste ouverte. Je mets mon pied. Après, ça sera ma jambe, mes bras, tout mon corps. Mais je sais que parfois la porte n'est pas assez grande. Il y a beaucoup, beaucoup de talent qui reste en arrière, mais ça ne devrait jamais décourager personne de créer ou à créer parce que les talents sont là. Pour moi, en tout cas, c'est à travers des initiatives petit à petit qu'on arrive vraiment à changer les choses.
- Speaker #1
Et est-ce que tu peux dire où on peut trouver ton travail, tes projets et aussi tes futures créations, tes réseaux sociaux ?
- Speaker #0
Alors, je suis très présente surtout sur Instagram, donc m2.0.talks ou Marina Mathieu. Tapez l'un ou l'autre, vous allez me trouver. Sur Facebook, c'est m2.0 ou Marina Mathieu, mais c'est mieux de me rejoindre sur m2.0. Sur LinkedIn, Marina Mathieu. Donc, c'est les trois réseaux que j'utilise. Puis, je suis quand même assez accessible. Donc, quand on m'écrit, je réponds parce que je pense que c'est fondamental. Donc, on est connecté de facto. dans l'univers. Donc si vous venez à moi, ça va me faire plaisir de vous ouvrir la porte et qu'on ouvre la conversation aussi. Super.
- Speaker #1
Merci beaucoup Marina pour cet échange.
- Speaker #0
Merci de l'invitation.
- Speaker #1
Moi je vous remercie aussi les auditeurs pour nous avoir écoutés pour cet épisode spécial de l'Histoire des Noirs. Donc si vous avez aimé cet épisode, n'hésitez pas à mettre un commentaire 5 étoiles aussi sur votre plateforme préférée. N'hésitez pas à vous abonner et à partager l'épisode pour qu'encore plus de gens puissent l'écouter. Nous on se retrouve très vite pour un prochain épisode avec un invité. ou une invitée exceptionnelle sur Parlons Canada. À bientôt !