- Speaker #0
Bienvenue sur Parlons Canada, votre podcast sur la vie au Canada. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir une invitée inspirante au parcours international qui a vécu dans plusieurs pays avant de s'installer au Canada. Elle a vécu à Montréal avant de s'établir à Windsor, en Ontario. Elle est aussi engagée dans le monde des médias dans le collectif Black & Black Film qui représente les professionnels et créateurs afro-descendants dans les médias. Elle va partager son expérience d'immigration, de la vie entre l'Ontario et le Québec, de son engagement dans les médias et de sa vision de la représentation afro-descendante au Canada. Bienvenue, Féven. Pour commencer, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots au cas où j'ai oublié des choses en introduction ?
- Speaker #1
Mon nom est Feven. Je suis née à Jeddah, en Arabie saoudite, de parents érythréens. J'ai grandi dans une belle communauté à Jeddah pendant sept ans. Et à l'âge de sept ans, en fait, on est venu à Montréal s'établir ici à la fin des années 80. Donc, j'ai fait ma vie à Montréal et plus tard, j'ai décidé d'aller étudier en Ontario. en communication et cinéma. Et j'ai fait quatre ans en Ontario, trois ans pour faire mon bac et une année pour travailler pour un OBNL, en fait, qui était établi à Windsor, qui aidait, en fait, les nouveaux arrivants à s'établir au Canada.
- Speaker #0
Et ensuite,
- Speaker #1
j'ai décidé de retourner à Montréal. J'ai intégré le milieu du cinéma une fois que je suis retournée à Montréal. Et voilà, je pourrais vous en dire plus.
- Speaker #0
OK, super. Et juste pour savoir, Windsor, c'est à la limite des États-Unis. C'est pas loin de Détroit. Je voulais savoir comment ça s'est passé, ton installation là-bas. Est-ce que c'est une petite ville, moyenne ville ?
- Speaker #1
Oui. Donc, je suis arrivée à Windsor, premièrement, après le cégep. Je suis allée au cégep Vanier, qui est un cégep anglophone. Donc déjà, j'avais envie de faire le reste de mon parcours d'éducation en anglais, puisque j'ai fait mon secondaire en français. Et je suis à la base plus anglophone que francophone. Ça ne s'entend pas. On va dire merci à la loi 101. Et voilà, donc j'ai commencé par faire une session à Concordia comme étudiante libre parce que je voulais à la base intégrer le programme de cinéma à Concordia qui était très contingenté et il fallait même un portfolio pour pouvoir être accepté et je n'avais pas ces éléments-là à l'époque. Donc j'ai fait une session et après, en discutant avec mon prof, un prof du cégep qui était mon prof de vidéo à l'époque. Il m'a parlé de l'université de Windsor, comme quoi c'était une université qui avait un des plus... un bon programme de communication et tout. Et c'était aussi un moment de ma vie où j'avais besoin de partir de la maison. J'avais beaucoup de distractions, en fait, qui m'entouraient. Donc, j'avais juste besoin de partir et j'ai... J'ai choisi Windsor parce que ma mère m'avait dit que Toronto, c'était hors de question parce que c'était une autre grande ville. Et parce que j'avais de la famille à Windsor. J'avais un oncle que je n'avais jamais rencontré à Windsor. Donc, voilà, c'est ce qui m'a poussée à appliquer. Et ensuite, en fait, j'ai été acceptée et je suis déménagée à Windsor en 2003. Et voilà, c'était ça. Puis, c'était un choc culturel. C'était difficile, en fait, de m'adapter à cette ville. C'était tout petit. Et justement, comme tu as mentionné, c'est dans le sud de l'Ontario. Donc, à peu près à deux heures de Toronto, plus vers le sud. Et c'est à cinq minutes de Détroit, Michigan, aux États-Unis. Donc, c'est une ville de frontières. C'est une ville qui a beaucoup de... En fait, il y a beaucoup d'exports-imports qui se passent entre les deux pays. Et la majorité se passe à travers Windsor et Détroit. Donc, il y a un pont qui lie les deux pays, qui part de Windsor à Détroit. Et il y a aussi un tunnel. Où est-ce que j'habitais à l'époque quand je suis arrivée à Windsor ? C'était très bruyant parce que l'université était proche du pont. Et donc, il y avait beaucoup de camions qui passaient et tout. Donc, c'était juste quelque chose qui n'était pas familier, qui était beaucoup… Je me sentais vraiment comme… Je ne me sentais pas à ma place. Et justement, j'avais aussi une tristesse de ne plus avoir mon cercle d'amis, les trucs, mes repères, en fait. Donc, ce n'était pas facile la première année de m'adapter à Windsor.
- Speaker #0
Windsor, c'est en Ontario et Montréal au Québec. Comment tu vois les différences entre l'Ontario et le Québec au niveau de la culture ? La langue, du coup, ce n'est pas la même, la langue majoritaire. Le climat, l'accessibilité aussi, tu as dit Windsor, c'est plus petit.
- Speaker #1
En fait, Windsor n'est pas représentatif, je trouve, de l'Ontario au complet. C'est vraiment, même juste entre Windsor et Toronto, il y a des grandes différences. Et le fait que Windsor est proche de Détroit fait en sorte que... qu'il y a des caractéristiques qui sont propres géographiquement à cet environnement-là. Donc, tu ne peux pas parler pour l'Ontario, mais ce que je trouve intéressant entre le... Mettons Montréal et Windsor, pour la culture anglophone, francophone, déjà là, on est dans deux univers linguistiques différents. Ce que je trouve intéressant, c'est que pour moi, personnellement, il y a comme… En anglais, je suis plus à l'aise. Donc, pour moi, perso, si tu es plus à l'aise en anglais, c'est un peu plus familier. C'est plus le fun aussi de naviguer en anglais. Parce que je pense en anglais avant de penser en français. Donc, c'est un peu plus… disons, confortable pour moi.
- Speaker #0
Au niveau de la culture, le climat, l'Ontario, c'est quand même plus doux que le Québec, au niveau du froid en hiver. Oui,
- Speaker #1
c'est sûr que j'ai déjà vécu des tempêtes à Windsor, mais s'il y avait une tempête à Windsor, ça veut dire que c'était trois fois plus grave à Montréal. Donc oui, on a un climat plus doux comme on est un peu plus au sud, même plus doux que Toronto. Oui, il y a quand même eu des différences significatives au niveau du climat. Je ne portais pas les... Les gros, gros manteaux que je portais à Montréal, par exemple, ou les grosses bottes, il y a eu quelques moments, mais c'était des hivers un peu plus gérables. Sinon, pour revenir à Windsor, c'est une ville qui a vécu un peu des… il y a des cicatrices du passé qui sont encore visibles à Windsor. C'est une ville de manufacture, c'était une ville de manufacture de parties d'automobiles comme on les appelle les big... The Big Three, les trois grandes entreprises américaines qui manufacturent des automobiles, sont situées à Detroit. Donc, on parle de GM, Chrysler et Ford. Et donc, il y avait juste cette culture de manufacture. Tout le monde travaillait pour ces... c'est une ville ouvrière, en fait. Detroit aussi était, elle l'est moins maintenant, mais c'était une grande ville ouvrière et ça fait partie de leur histoire. Et quand il y a eu ce déclin... Dans ce super-là, tu vois un peu le déclin aussi de la ville avec ça. Donc, Windsor n'est pas nécessairement une ville qui te séduit esthétiquement. C'est sûr qu'il y a une belle rivière entre Détroit et Windsor. Le paysage est très beau, mais à l'intérieur, il y a des coins un peu qui sont en déclin. Il y a de la pauvreté, mais il y a aussi une classe moyenne, évidemment une classe un peu plus aisée. Et il y a aussi des paradoxes, comme il y a un casino. Le casino de Windsor est très connu. Il est proche du centre-ville et pas loin du casino, il y a des HLM.
- Speaker #0
C'est un peu le contraste comme à Niagara, là, où on a les chutes et juste à côté, il y a le parc d'attractions et le casino. Oui,
- Speaker #1
peut-être un peu. Il y a des paradoxes. Aujourd'hui, je peux dire que je suis très reconnaissante de mon parcours à Windsor parce que ça m'a un peu construit en tant que... de personnes sans que je sache au moment même, mais dans mes inspirations, dans mes intérêts et juste mes connaissances en fait. Ce que j'apporte, je sais que je suis reconnaissante à Windsor de m'avoir exposée à plein de choses, à Détroit aussi de m'avoir exposée à plein de choses.
- Speaker #0
Culturellement,
- Speaker #1
je ne pense pas que c'est comparable à Montréal parce que à travers Windsor et Détroit, j'ai pu être exposée à l'histoire afro-américaine, les Underground Railroad, le chemin de fer clandestin. qui est très important, qui a permis aux esclaves de remonter vers le Canada. Donc Windsor a joué, la ville de Windsor a joué une grosse partie. Une petite ville proche de Windsor s'appelle Amersburg, qui a un musée dédié à cette histoire-là que j'ai visitée. Et donc c'est incomparable culturellement à Montréal, juste à cause justement de ce positionnement géographique de cette ville.
- Speaker #0
OK. Le musée, c'est quoi ?
- Speaker #1
Le chemin de face, c'est en fait une métaphore. C'est une métaphore qui représente en fait le chemin par rue. C'est ça. C'est le chemin sous la terre, parce que c'est métaphorique. C'est juste un chemin clandestin qui a été forgé pour permettre à des esclaves de s'évader vers la liberté. Et il y a Harriet Tubman, une personnalité qu'on connaît, que tout le monde connaît. Age a été une des premières personnes à utiliser ce chemin-là et ensuite l'a utilisé à plusieurs fois pour aider d'autres esclaves à s'évader. Donc, le musée que j'ai visité à Amersburg, je ne l'ai pas su les yeux nécessairement. En fait, Amersburg était une des places où les esclaves sont arrivés. Et le musée... et justement une église, une ancienne église. qui étaient utilisés à l'époque ou qui fonctionnaient depuis l'époque de ce chemin de fer symbolique. Mais je pense que j'ai retrouvé le nom. Ici, c'est « The Nazaré African Methodist Episcopal Church » qui était une des églises qui était fréquentée par des esclaves qui étaient nouvellement libérés. Et voilà. Donc, vous pouvez peut-être faire des petites recherches sur Google, mais c'est quand même assez intéressant à découvrir. Et c'est justement parce que j'ai décidé d'aller à Windsor que j'ai pu avoir accès à cette histoire assez importante. Et culturellement, être à côté de Détroit, j'avais entendu parler de Détroit, mais Détroit est un mecca de richesses musicales. C'est là où Motown est né. Donc, tous nos artistes soul préférés étaient habités à Détroit. C'est tellement un contraste avec l'état de Détroit aujourd'hui. qui essaie aujourd'hui de se réinventer, en fait. Mais à mon époque, c'était une ville de fantômes. Dans les années 2000, c'est une ville qui... Tu voyais vraiment les cicatrices de ce qui est arrivé dans les passés, notamment des émeutes dans les années 60 à cause du racisme et tout ça. Mais pour revenir à l'aspect culturel, et donc, Détroit, évidemment, était la capitale du soul pendant les années 60-70. Un autre aspect... culturel qui est intéressant. J'ai rencontré aussi un des pionniers de la musique techno. Donc, après le déclin des manufactures d'automobiles dans les années, bon, disons, début 80, des jeunes qui ont, en fait, utilisé les sons qu'ils entendaient dans les manufactures, des sons répétitifs de métal, de mécanique et tout ça. Et il y a trois grands noms de techno aujourd'hui qui sont sortis de Détroit, dont Juan Atkins. qu'on appelle « Originator of Techno » , lui qui a commencé en fait le mouvement à techno et était apparemment la première personne à utiliser le mot techno. Il y a Derek May et Kevin Sanderson. Donc, c'était comme un trio qui ont en fait fait naître ce son. Et j'ai eu la chance de rencontrer Derek May à cause d'un cours universitaire que j'ai pris sur le design du son. C'est des éléments culturels que je n'aurais jamais pensé à découvrir, qui m'ont permis d'avoir des sensibilités aujourd'hui par rapport à l'histoire, la musique, la culture, et de ne pas mettre une grande ville comme Montréal et Windsor sur une hiérarchie, mais plutôt de les valoriser pour ce qu'elles sont et ce qu'elles ont apporté à l'histoire en général.
- Speaker #0
OK, mais c'est super intéressant ce que tu as dit. En plus... Alors, pour le coup, le musée, quand on a parlé, et même le chemin de fer, en fait, ça m'a dit quelque chose. Je suis sûre qu'il y avait des œuvres au MoMA à New York qui en parlaient dans mes souvenirs quand j'y étais.
- Speaker #1
Oui, ça se peut. Puis en fait, en parlant de musée, c'est sûr que le musée à Amersburg est à visiter, mais il y a aussi un musée que j'ai adoré qui est à Détroit qui s'appelle… je vais trouver le nom du musée. Le Charles Wright Museum of African American History, écoute, c'était une des plus grandes découvertes de mes quatre ans à Windsor parce que c'est vraiment l'histoire. C'est vraiment, en fait, évidemment à cause de son emplacement aussi géographique, c'est une place qui décortique beaucoup d'aspects de l'histoire afro-américaine des États-Unis. C'est un grand musée qui explore même les facettes religieuses, évidemment la musique. d'autres aspects de toute l'histoire reliée aux personnes afro-descendantes des États-Unis. J'y ai été une fois, mais je retournerai encore parce qu'il y a tellement beaucoup d'informations. Et c'est drôle parce que moi, je suis originaire de l'Érythrée. Et en Érythrée, en Éthiopie, les plus grandes religions sont l'islam ou l'orthodoxe et chrétien orthodoxe. Alors moi, je suis chrétienne orthodoxe. Et je n'aurais jamais pensé que dans un musée, d'avance. C'est juste parce qu'en fait, pour dire la vérité, je ne suis pas habituée de voir mon histoire en Amérique du Nord. Je ne suis juste pas habituée. Mes parents viennent d'un tout petit pays. On est indépendants depuis une trentaine d'années. Donc, de voir l'histoire des croyances dans mon pays et d'avoir un lien à mon histoire à moi était très spécial. Donc, je conseillerais fortement de visiter ce musée. D'ailleurs, je pense que ça a été ouvert par le Smithsonian, qui a aussi ouvert le grand, grand musée. Je pense que ça fait 7-8 ans qu'il est ouvert. Le grand musée qui est à Washington, D.C., qui est assez nouveau. Ça fait quand même peut-être plus que cinq ans que c'est ouvert, mais c'est aussi un autre musée sur l'histoire afro-américaine. Donc, si vous passez par Détroit, je pense que c'est une visite incontournable.
- Speaker #0
Ok. Je ne comptais pas aller à Windsor et Détroit de base, mais tu m'as donné envie pour les musées.
- Speaker #1
Je le vendais. Écoute, je devrais faire des sponsorships.
- Speaker #0
Pour attirer les gens. Mais non, c'est super. Tu as dit aussi que tu étais à Windsor pour aider les nouveaux arrivants. Je voulais savoir, du coup, est-ce qu'il y avait quand même beaucoup de diversité là-bas ? Parce que je pense que ce n'était pas très connu à l'époque.
- Speaker #1
Oui, mais honnêtement, c'est drôle à dire, mais oui, il y avait de la diversité. À l'époque, c'était pendant le génocide. Il y avait deux choses qui se passaient dans le monde. C'était le génocide au Soudan, donc Darfour. On parlait beaucoup de Darfour dans le sud du Soudan et on parlait beaucoup de l'Afghanistan. Parce que ce n'était pas longtemps après les attentats de 11 septembre. Donc, le Canada était en train de faire rentrer des réfugiés du Soudan et aussi d'Afghanistan. Et drôlement, plusieurs venaient à Windsor. Je ne sais pas si c'est le Canada qui a choisi Windsor, mais c'était une ville où l'adaptation pouvait se faire d'une façon un peu plus, mettons… En fait, le fait que la ville était petite aidait à s'adapter au code du pays, à la société. Tandis qu'à Toronto, oui, on va retrouver plus de gens de ces communautés-là, mais peut-être un peu plus, il y a trop de personnes. Donc, moi, ce que j'ai remarqué, c'est qu'il y avait plus de proximité avec les services, il y avait plus d'accessibilité et ça permettait d'évoluer dans une ville qui n'était pas trop « overwhelming » , si je peux utiliser ce mot-là.
- Speaker #0
Peut-être qu'il y avait un besoin de main-d'œuvre aussi, non ?
- Speaker #1
Il y avait besoin d'une main-d'œuvre à l'époque, je ne sais pas, je ne pourrais vraiment pas dire. Mais je sais aussi que pendant mes études, j'ai pu faire mon premier documentaire qui était sur les survivants du génocide rwandais qui habitaient dans la petite ville de Windsor, en fait. Puis à ma surprise, il y en avait beaucoup. Il y avait beaucoup de survivants qui ont choisi Windsor. Et je pense que le fait que la ville était petite a peut-être aidé dans leur décision de venir à Windsor. Donc, je pense que c'est une des raisons pourquoi on voyait un peu. plus de personnes. Puis c'est aussi une ville universitaire. Il y a beaucoup de choses qui tournent autour de l'université, même des services parfois. Donc peut-être que c'est à cause de ça qu'il y avait plusieurs personnes qui venaient à Windsor. Par contre, pour les nouveaux arrivants, je sais que c'était probablement beaucoup plus facile de s'adapter à une ville comme Windsor qu'à une ville comme Toronto. Donc, on voyait des organismes à but non lucratif. qui étaient là pour aider justement cette population-là. Puis, mon premier emploi après l'université, c'était, j'ai été coordonnatrice de programme pour un organisme qui s'appelait The New Canadian Centre of Excellence. Donc, un organisme qui a fait des cours d'anglais.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Des cours d'anglais, des conseils au niveau de tout ce qui est information, en fait, des conseils pour comment s'établir au Canada. Donc, on avait des services multilingues, on avait des services aussi d'employabilité. Et puis moi, mon rôle, c'était de travailler avec les jeunes. Donc, j'allais dans les écoles pour recruter des jeunes nouveaux arrivants qui venaient d'arriver, qui étaient en fait placés dans des écoles, dans des cours un peu plus, disons, d'adaptation. Et je les recrutais pour venir à notre centre, après l'école justement, pour une programmation. être adaptés à leurs besoins. Donc, une programmation qui permettait de découvrir la ville de Windsor, les services, les différents métiers et l'université, donc de les accompagner en fait dans leur adaptation à la ville et au pays.
- Speaker #0
Mais ça, c'est super bien parce que je trouve qu'il y a quand même, enfin déjà à l'époque, ça veut dire qu'il y en avait, mais il y a quand même pas mal de structures dans les différentes villes pour aider les nouveaux arrivants.
- Speaker #1
Oui, comme j'ai dit, c'était au début des années 2000, donc Donc, on parle ici, il y a comme eu l'attentat. Oui, je pense que le Canada a été piqué dans la guerre d'Afghanistan. Donc, les services, je pense, ont vu le jour. Peut-être existaient, mais il y avait beaucoup plus d'argent qui allait vers ces services-là parce qu'à cause, justement, de ce qui se passait dans le monde et des décisions que le Canada avait prises par rapport à l'acceptation des réfugiés et tout, les services ont vu le jour plus à cause de ces éléments-là.
- Speaker #0
Et justement, tu as parlé du coup de ton documentaire. et aussi de la vidéo et de ton engagement avec l'OBNL, mais tu fais aussi partie de Black & Black Film. Est-ce que tu peux présenter cette initiative ? Du coup, c'est quoi votre mission ?
- Speaker #1
Oui. Black on Black Film est né en 2016. On était quelques cinéastes afro-descendants. On s'est rencontrés aléatoirement dans un festival de cinéma à Montréal pendant un panel qui parlait justement de la diversité. On n'était pas trop contents de ce qu'on avait entendu, ce qui avait été dit par les gens qui étaient sur le panel. Donc, on s'est comme un peu regardés après, puis on s'est introduits l'un et l'autre, et on a commencé à se regrouper. informellement dans les cafés, juste pour partager un peu nos histoires, nos parcours, et aussi pour voir comment on peut collaborer ensemble pour raconter nos histoires, et pour voir comment on peut se mobiliser pour essayer de faire augmenter, en fait, la représentation équitable, d'avoir une meilleure représentation des personnes noires sur les écrans au Québec, ce qui n'était pas le cas à l'époque. Donc, éventuellement... On s'est incorporé au BNL en 2018. Et là, on avait déjà établi des liens avec, par exemple, Radio-Canada pour essayer de travailler avec eux sur, à voir c'est quoi les problématiques, à voir c'était quoi les besoins des cinéastes afro qui cherchaient justement à rentrer dans l'industrie, de voir qu'est-ce qu'on pouvait faire dans l'industrie pour justement créer un pont entre l'industrie et... les personnes, les cinéastes ou même des comédiens, des gens dans ces métiers-là qui n'arrivaient pas à travailler dans ces industries-là. Donc, on a commencé à créer des partenariats, des projets communs. Et puis, en fait, ce qui est arrivé, c'est qu'on a pu avoir un premier projet avec le Conseil des arts de Montréal. Ils nous ont financé pour créer une résidence d'écriture de scénarios pour quatre cinéastes émergents. afro-descendants et c'était un succès. C'était un programme d'à peu près six mois qui a permis à des gens d'écrire un scénario de court-métrage avec des mentors et ensuite on a organisé une lecture publique de leur scénario, ce qui a été super riche pour les cinéastes parce qu'ils ont pu entendre leurs histoires, être vus professionnellement pour une première fois. Et voilà, ça nous a permis de créer plusieurs éditions de cette résidence-là, qui était un succès. Et on a même des personnes qui ont terminé notre résidence, qui ont pu aller chercher du financement pour produire leur film, qui ont pu collaborer avec des producteurs, productrices afro-descendantes d'ici. Et ensuite, on a un projet qui a gagné un Gémeaux, en fait, récemment. Donc, on voit le fruit de ce travail. mais je disais quelques... Notre implication ici s'est beaucoup amplifiée lorsque le meurtre de George Floyd est arrivé. Comme on était déjà formés avant 2020, on était déjà sur le terrain. Quand le meurtre de George Floyd est arrivé et que les institutions se sont « réveillées » , on était sollicités pour faire partie de projets. Les personnes qui étaient dans mon collectif, qui étaient déjà des producteurs, ont pu voir leur demande de financement être approuvée. Donc, il y a eu cette émergence. Finalement, ce qu'on attendait depuis longtemps a vu le jour. Les portes qui n'étaient peut-être pas nécessairement ouvertes, se sont ouvertes pour notre communauté de cinéastes afro. Mais ce qu'on remarque aujourd'hui, c'est que ce n'était pas nécessairement... l'investissement durable sur le long terme, c'était vraiment pour répondre à ce qui se passait et pour dire qu'ils ont fait quelque chose. Et là, l'enjeu en ce moment, c'est comment est-ce qu'on arrive, je ne veux pas utiliser le mot convaincre parce que je ne pense pas qu'on a besoin de convaincre, mais comment est-ce qu'on arrive à... Se faire entendre. Pas juste se faire entendre, mais comment est-ce qu'on arrive à créer un investissement durable ensemble ? Comment est-ce qu'on peut se mettre encore autour de la table, mais là, avec l'intention de vraiment créer un investissement durable pour nos projets, pour nos cinéastes, pour nos voix, en sachant qu'on apporte tellement de richesses. Ce n'est pas de la charité, on apporte tellement de richesses, on a le potentiel de même contribuer économiquement parce que nos histoires traversent les frontières. Tellement de diversité à l'intérieur des communautés noires, on a des personnes à filer. On a des personnes afro-descendantes, on a des personnes des Caraïbes, on a des francophones, on a des anglophones. Donc, il y a tellement de potentiel qui n'est pas encore bien, bien exploré. Et justement, c'est important justement de mettre en valeur ces éléments-là pour pouvoir investir de façon durable pour nos projets, mais pour le pays. En fait, c'est un investissement qui est aussi bénéfique, qui est autant bénéfique pour le Canada, pour le Québec. Donc, je pense que notre job en ce moment, c'est de démontrer, en fait, notre valeur, de démontrer notre valeur, mais aussi de bâtir des ponts ailleurs aussi. Je pense qu'on ne va pas rester là aussi à faire le tour des mêmes sujets, des mêmes luttes ou de retourner dans les mêmes luttes, mais c'est plus aussi de, nous aussi, de penser en dehors de la voie, d'aller faire des films avec des personnes en Afrique. dans les Caraïbes, de bâtir nos ponts à l'international. Et peut-être qu'en voyant notre potentiel, le rayonnement de nos histoires, peut-être que nos institutions ici vont pouvoir comprendre un peu la valeur de ce qu'on apporte. Je sais que c'était une longue réponse.
- Speaker #0
Non, non, t'inquiète. Je trouve ça super et c'est important de le souligner pour les auditeurs, pour les nouveaux arrivants, notamment qui ne connaissent pas tous les programmes, toutes les OBNL qui existent. Que ce soit au Québec ou en Ontario ou autre au Canada, l'économie sociale, ça aide beaucoup les artistes, les producteurs, les scénaristes. Il y a des réunions qui sont faites par les OBNL pour les aider, pour les financements, pour le budget. Du coup, c'est bien de se renseigner sur ça. Et puis, si on ne connaît pas aussi, ça peut aider à faire avancer sa carrière.
- Speaker #1
C'est ça, je dois souligner que oui, le Québec investit beaucoup dans les arts et la culture. La culture est une partie et la façon dont... L'histoire québécoise est transmise et donc on bénéficie de ça, de toutes ces possibilités de financement. Je compare aux États-Unis où c'est beaucoup le privé. Pour ceux qui sont intéressés justement aux arts et la culture, il y a beaucoup d'opportunités de financement. C'est sûr que le Québec investit beaucoup là-dessus. Dès que vous avez un statut au moins, je pense, de résident permanent, il y a des programmes. Pour les artistes, c'est le Conseil des arts du Canada, le Conseil des arts et lettres du Québec. Et ensuite, si vous avez une boîte de production, une entreprise, vous pouvez aussi regarder la Sodec, qui est un bailleur de fonds assez important ici dans la province. Au niveau fédéral, il y a des programmes comme le Fonds des médias du Canada, il y a Téléfilm. Donc oui, je dirais qu'il y a beaucoup d'opportunités de financement. Cela dit, je pense qu'avant... Si vous êtes curieux et si vous voulez aussi arriver à faire financer un projet, c'est bien de passer aussi à travers les programmes d'OBNL parce que ça va vous permettre de voir si vous êtes prêts ou non pour déposer un projet chez un bailleur de fonds. Et ce qui est le fun, c'est qu'il y a Black on Black Films, oui, mais il y a aussi d'autres OBNL qui offrent d'autres types de projets de résidence. Selon le niveau où vous êtes rendu, il y a Coalition Média qui existe. pour les professionnels francophones en production, que je recommande fortement.
- Speaker #0
Ça, c'est à Montréal.
- Speaker #1
Basé à Montréal, mais ils font de très belles choses. Je dirais que Black on Black, notre focus est plus sur les cinéastes émergents. Donc, cinéastes émergents, on parle plus de scénaristes, plus réalisation. Au niveau de coalition média, je dirais que c'est plus production, entrepreneuriat dans l'écosystème du cinéma. Il y a aussi, par exemple, Black Women's Film.
- Speaker #0
Oui, on s'y rencontrait.
- Speaker #1
Qui n'est pas en canadien, je crois, mais ils ont un bureau à Montréal, donc ils ont des programmes aussi à Montréal. Il y a Never Was Average, qui, eux autres, je ne sais même pas comment les classifier. C'est un collectif, un OBNL, je crois aussi. qu'il y a toutes sortes de programmes, pas nécessairement juste pour le cinéma. Des programmes de bien-être, des programmes de mode, de conversations autour de la mode. Ils sont quand même très innovateurs et c'est ce que j'admire d'eux. Et ce que j'aime, c'est qu'ils ont fait un projet qui s'appelle « Des créateurs pas comme les autres » . Et c'était une résidence plus autour du cinéma, mais en acceptant des gens qui n'ont pas nécessairement le parcours de cinéaste. C'est ce que j'ai trouvé intéressant. Donc, à Montréal, il suffit juste d'explorer les différents OBNL, les différents programmes. Je pense que le paysage, présentement, n'est pas pire. Il n'est pas pire au niveau de diversité. Des programmes qui offrent différentes choses pour différentes personnes, selon leur niveau, selon ce qu'ils veulent faire.
- Speaker #0
Je voulais juste rajouter, il y a aussi les festivals liés au cinéma. Je pensais à Fondue au noir, ça c'est à Montréal. Montréal Black Film Festival, il y a le Toronto Black Film Festival, le TIFF. Le TIFF qui a aussi des réunions pour les personnes afro-descendantes. Il y a des conférences et des soirées de réseautage.
- Speaker #1
Oui, on a eu la chance cette année d'aller au TIFF. J'ai eu la chance d'aller au TIFF, le Toronto International Film Festival, qui est le plus grand festival en Amérique du Nord, qui est à Toronto. Donc, on est super chanceux d'avoir ce festival-là au Canada. C'était ma première fois au TIFF.
- Speaker #0
Oh,
- Speaker #1
je suis désolée. C'était tellement trop stimulant. Il y avait tellement de belles choses. J'ai été avec une délégation de Black on Black Films, en fait, parce qu'on a un partenariat avec un organisme à Toronto qui s'appelle the Canadian Independent Screen Fund. Notre partenariat est autour du sujet de le développement des audiences, des publics. En fait, on travaille sur comment mieux développer les publics qui sont noirs, les publics qui sont des personnes de couleur. parce qu'on voit l'émergence de contenus noirs et de personnes BIPOC arriver, mais on n'a pas nécessairement fait le travail de développement public. Donc, comme on veut que ces contenus-là soient consommés par des personnes qui risquent d'être le plus interpellées par ces contenus-là, il faut les développer. Donc, bref, on travaille ensemble sur ce sujet, mais notre collaboration nous a amenés à TIFF. Et j'ai pu faire partie de différentes conférences. de rencontrer des acteurs dans les milieux, des acteurs en voulant dire des personnes qui militent, qui essayent d'avoir plus de représentations dans le milieu du cinéma. De plusieurs autres provinces canadiennes et même des États-Unis, j'ai pu assister à une conférence sur la coproduction avec les personnes autochtones, ce qui était super riche et intéressant, parce qu'évidemment, une histoire autochtone est importante à comprendre, surtout si on veut faire de la croissance. production et pas juste l'histoire, mais un peu savoir, bien, comprendre ces communautés-là pour mieux travailler avec eux, en fait. J'ai aussi eu la chance de voir des films que je pense que j'aurais pas pu voir ailleurs.
- Speaker #0
Oui, parce qu'il y a beaucoup de projets.
- Speaker #1
C'est magnifique. Sinon, à Montréal, on a plusieurs festivals, et d'ailleurs, l'automne est la saison la plus achalandée au niveau des festivals. Donc, il y a eu le festival du film Black, qui, en fait, je pense, dans le passé, il y a plusieurs, plusieurs années, s'appelait le festival... du film haïtien, si je ne me trompe pas, qui a été fondée par Fabienne Collat, qui est quand même une personnalité assez connue ici, puis je pense aussi à travers le Canada. C'est un festival qui fait venir des films d'un peu partout des États-Unis. Il y a des films canadiens, il y a des films des Caraïbes, de l'Afrique. Ça a eu lieu, je pense, juste après-t-il.
- Speaker #0
Oui, c'était à Ferdinand.
- Speaker #1
Oui, j'ai été à l'ouverture, donc c'était super, et donc, ils ont fait... On est à l'honneur de l'auteur très connu, Danny Laferrière.
- Speaker #0
Ah, Danny Laferrière.
- Speaker #1
Le grand Danny Laferrière. C'est assez sympa comme festival. Il y a aussi le Festival du Nouveau Cinéma qui vient de terminer, qui est quand même un festival qui accueille des films, pas juste de renom, mais des films qui ont un regard qui est peut-être parfois atypique, mais qui est en fait un des plus grands festivals. à Montréal. On peut aussi voir des premières assez notables. Il y a ce festival qui vient de terminer. Il y a Cinémania, qui est un festival francophone. Et il y a aussi le festival des rencontres internationales du documentaire que j'ai beaucoup fréquenté. C'est un festival juste dédié au documentaire. C'est assez spécial comme festival. Donc oui, à Montréal, il y a plusieurs festivals. Il y a aussi Fantasia en début d'année. je crois que c'est en début d'année, qui se consacrent à tout ce qui est sci-fi, fantastique, et qui est quand même assez connu comme festival pour ce genre lié à tout ce qui est surnaturel. Il y a aussi... Le Fondue aux Noirs est un festival qui a eu lieu pendant le mois de l'Histoire des Noirs, mais c'est aussi géré par le Festival de films blancs. Donc oui, c'est sûr qu'on ne manque pas de festivals à Montréal.
- Speaker #0
L'avantage aussi à Montréal, c'est qu'il y a quand même des séances ou des conférences qui sont gratuites. Là, au Toronto, ça va être plus payant, je trouve.
- Speaker #1
Ah oui
- Speaker #0
On trouve toujours quelques séances qui sont gratuites. Pas toutes, évidemment. Mais il y en a quelques-unes, des conférences ou des séances comme ça qui laissent accessible gratuitement, je pense, pour penser aux gens, aux étudiants.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. On a plusieurs festivals qui sont plus accessibles, disons, de cette façon-là, qu'à Toronto, peut-être. Je ne connais pas les autres festivals à Toronto, à part celui qui est le plus payant. Oui, mais je sais que vous montrez aussi des petits festivals. Mais oui, on a des festivals qui abordent des sujets qui... qui veulent justement avoir un meilleur accès pour les étudiants, un meilleur accès au public. On a probablement plus de conférences accessibles que tout.
- Speaker #0
J'avais une question justement sur le cinéma et la place des talents afrodescendants, cinéma ou télévision d'ailleurs. En France, il y a un peu le débat de, on voit toujours les mêmes personnes à la télé ou au cinéma. Je voulais savoir si c'était le cas aussi un peu au Canada quand c'est une personnalité afrodescendante. Est-ce que c'est un peu toujours les mêmes qui sont représentés dans les films ?
- Speaker #1
Il y a deux choses. Déjà, on veut de la représentation. Déjà, on en veut. On a voulu, on a parlé de ça, on a lutté pour ça. Mais oui, un problème, si la solution à ça, c'est de toujours recycler les mêmes personnes ou d'utiliser les mêmes personnes. Donc, est-ce que c'est rendu un problème ?
- Speaker #0
Une barrière pour les nouveaux talents ?
- Speaker #1
Je pense que c'est un problème quand les institutions québécoises ou l'industrie du cinéma québécoise se fient toujours sur un genre de star system québécois qui inclut quelques personnes afro-descendantes. C'est des personnes qui sont connues depuis des années et des années, qui ont cheminé dans le paysage, mais le petit crack qu'il y avait, ils ont pu se profiler dans l'industrie. Mais oui, c'est un problème si pour les institutions et pour l'industrie, c'est ça, être inclusif. Oui, c'est un problème. Je ne pense pas que c'est d'être inclusif si on utilise les mêmes personnes. Parce que, pas à monolithe, on a toutes sortes de talents, toutes sortes de nouvelles faces. Et comme j'ai dit tout à l'heure, les personnes noires sont très diversifiées. Donc, je pense que c'est une grave erreur d'utiliser les mêmes personnes. Ceci dit, je vois des faces présentement cheminées dans l'industrie. Je les vois sur les réseaux sociaux. Je vois qu'ils arrivent à faire des films, on voit des comédiens. On retient les noms. Et je suis très heureuse de voir ça, parce que pour n'importe qui, arriver à rentrer dans l'industrie, c'est difficile. À la base, il faut déjà le savoir, que ce soit blanc, noir, whatever. Donc déjà de voir qu'ils ont réussi et qu'ils sont en train d'aller chercher des plus grands contrats, de faire partie de plus grands films, c'est une fierté. C'est quelque chose que je suis contente pour eux et je suis contente pour moi, parce qu'ils sont en train de justement... faire un chemin pour les autres. Par contre, je pense qu'il ne faut pas s'arrêter là. Je pense que c'est une responsabilité de nourrir le talent émergent, justement. Et c'est là que nous aussi, on doit jouer un rôle en tant qu'OBNL, c'est justement créer des programmes qui permettent d'être un tremplin pour entrer à l'université.
- Speaker #0
En parlant de talent émergent, ça me fait penser qu'il y a beaucoup de talents émergents, du coup, qui passent justement par des films indépendants, qui s'autofinancent, justement. Mais du coup, il faut les soutenir.
- Speaker #1
Oui, il faut les soutenir. Justement, à Montréal, il y a eu des programmes, surtout pendant la pandémie, un peu après aussi. Il y a eu différents programmes qui ont vu le jour et qui ont mis en vedette des personnes qui étaient des comédiens, mais pas assez reconnus à l'époque. Et qu'on voit maintenant, ils sont rendus à faire des grands films avec des grands comédiens québécois, mais blancs. Tu vois, il y a eu comme un cheminement et je pense que c'est vraiment important de soutenir les initiatives indépendantes, les petits courts-métrages. Il faut aussi ne pas avoir peur de faire ses propres projets. Et même si on n'a pas encore du financement, essayer de trouver des programmes qui peuvent nous soutenir, même que ce soit avec du mentorat, que ce soit avec accès à un réseau. Mais je pense qu'aussi cet élément grassroots, qui est très grassroots, qui veut dire un peu plus terrain. Grassroots, c'est plus communautaire, de travailler en communauté. C'est important justement pour nourrir des projets qui peuvent avoir un impact dans le cheminement des artistes.
- Speaker #0
Justement, est-ce que tu peux dire où on peut retrouver le collectif Black & Black Film sur les réseaux sociaux, le site Internet ?
- Speaker #1
Je dois dire qu'on est en pleine… on est en train de changer un peu notre organisme au niveau de l'image, notre image et notre plateforme. sur le web. Donc, pour l'instant, c'est plus la version audio que vous allez retrouver. Mais on est sur le web www.blackonblackfilms.org. Le lien sera aussi en description. On est aussi sur Facebook, sur Black on Black Films. On est sur Instagram. Comme les personnes qui étaient autour de l'organisme, leurs projets sont déployés. Là, on est en train de restructurer pour avoir une équipe qui pourra continuer le travail, mais on est sur le web. Mais pour nous contacter, c'est jamais. C'est vraiment, je vous dirais, de nous écrire sur Facebook ou même Instagram pour le moment. On se fera plaisir de vous guider vers d'autres places aussi, selon ce que vous avez besoin.
- Speaker #0
Pour ceux qui veulent découvrir ou soutenir votre travail, est-ce que prochainement, il y a des événements prévus avec Black on Black Film ou des activités ?
- Speaker #1
Dans notre pipeline, on pense pouvoir probablement faire un lancement bientôt au niveau d'une recherche qu'on a faite avec le bureau de l'écran des Noirs à Toronto. La recherche s'appelle Being Seen, être vu, et c'est une recherche basée sur les personnes afro. qui travaille dans les industries des écrans au Canada. Et en fait, on a fait une version Québec avec Black Screen Office à Toronto. Le lancement de cette recherche qui est à surveiller, c'est automne, possiblement sinon au début de l'année prochaine. Et on espère pouvoir lancer des programmes au début de 2016. Mais rien ne confirme encore. Mais gardez un œil sur notre Facebook et notre Instagram.
- Speaker #0
Super. J'aimerais savoir aussi quelles évolutions j'espère voir dans les prochaines années pour les afrodescendants dans les médias canadiens. Pour le coup, j'ai immigré plus récemment que toi. Et c'est vrai que je découvre le cinéma canadien et plus particulièrement, là comme je suis à Montréal, le cinéma québécois. Donc je vois quand même quelques talents afrodescendants, mais je n'en vois pas tellement. Je sais qu'aussi au niveau des fonds, ce qui est ressorti quand j'allais dans les événements audiovisuels, c'était qu'il y avait... pas beaucoup de fonds, en fait, pour tout ce qui est cinéma noir. Donc, je ne sais pas, en fait, s'il y a eu une évolution depuis ces dernières années ou s'il y a beaucoup de choses qui restent à faire.
- Speaker #1
Il y a beaucoup de choses qui restent à faire, mais il y a quand même eu une évolution. J'ai mentionné le bureau de l'écran des Noirs, le Black Screen Office, qui est basé à Toronto et qui a été créé, justement, suite à la meurtre de George Floyd. Et eux autres militent au niveau des politiques, en fait, au niveau gouvernemental pour... la voix des Noirs dans les industries du cinéma et de la télévision. Donc, je vois un peu le fruit de leur travail. Je vois les nouveaux programmes de soutien financier qui sont nés à cause de ce qu'ils ont fait. Maintenant, avec tout le côté, tout ce qui se passe aux États-Unis, le DI qui se fait…
- Speaker #0
L'université qui est en conclusion.
- Speaker #1
C'est ça. Ça, on a pris un coup. Il y a des programmes qui… Et puis aussi le changement de gouvernement. Bref. Ça a pris un coup. On prend un coup à cause de ça. Au niveau du soutien continu qu'on pourrait avoir est durable pour les cinéastes afro-descendants. Donc, je pense qu'il y a encore plus de travail à faire et je pense qu'encore une fois, ça revient à nous de travailler sur nos partenariats à l'extérieur de nos frontières pour pouvoir valoriser davantage qui on est parce que... Je pense qu'ils ne comprennent pas à quel point on peut rapporter de l'argent pour le pays. Et je pense que c'est à nous de faire ces efforts-là, pas pour nécessairement le prouver à eux, mais pour nous aussi découvrir ces nouvelles relations-là avec d'autres communautés afro-descendantes partout dans le monde. Donc, je pense qu'il y a du travail à faire chez nous par rapport à ça. Puis au niveau des institutions, il faut qu'ils écoutent davantage, qu'ils trouvent des moyens de continuer à nous soutenir. Je pense que j'aime ce que je vois, je commence à voir. Petit à petit, c'est qu'on met de la lumière sur les réalités, les différentes réalités noires. Par exemple, tout récemment, en fait, un autre festival, je ne sais pas si tu as entendu parler, ça vient tout juste d'avoir lu le Real World Film Festival. Non,
- Speaker #0
je ne le connais pas.
- Speaker #1
C'était à Toronto, tu aurais dit. C'est un festival à mettre dans l'agenda parce que, justement, le Real World Festival est dédié au film Byte Pop. Donc, Black, Indigenous and People of Color. Et ils ont lancé un film qui s'appelle A Tribe Called Love. Puis A Tribe Called Love, c'est une histoire, c'est comme une histoire de Romeo et Juliette, mais version communauté somalienne à Toronto. Donc, pour moi, le fait qu'on est en train justement d'explorer les récits de personnes noires, mais qui viennent de l'Est de l'Afrique, mais qui sont, c'est la diaspora somalienne ici. au Canada, on est déjà là. Je suis contente de voir ça parce que pour que ce film-là se lance cette année, ça veut dire que ce film-là avait été soutenu ou financé il y a quelques années. Et donc, ça, je pense que c'est le fruit de travail de plusieurs différents organismes et je suis contente. Je suis contente de cette évolution-là et j'aspire voir plusieurs autres films qui célèbrent nos identités, nos similarités, nos différences. Et je pense que c'est ça la richesse d'être noire et d'utiliser le pouvoir du cinéma pour se raconter. Je pense qu'on a ce luxe d'exposer qui on est à nos communautés, mais aussi en dehors de nos communautés. Donc, c'est l'évolution que je commence à avoir et qui me fait vraiment plaisir. Encore une autre langue, je pense. C'est pas grave, t'inquiète pas. On arrive dans les dernières questions, donc c'est pas grave.
- Speaker #0
Je voulais savoir, parce qu'on a parlé du coup des talents émergents, des personnes aussi qui n'avaient pas un parcours linéaire, qui arrivaient dans l'audiovisuel un peu par hasard, parfois. Est-ce que tu aurais un message à adresser aux jeunes qui veulent se lancer justement dans les médias ou dans l'audiovisuel au Canada ? Parce que c'est vrai qu'il y a des études en audiovisuel qui existent dans les grandes villes. Je pense à Montréal ou à Toronto. Mais pour les autres, justement, qui n'ont pas un parcours typique et qui veulent se lancer.
- Speaker #1
Si vous avez une histoire à raconter, je pense que tout le monde a une histoire à raconter, mais si vous souhaitez intégrer l'industrie et que vous ne savez pas par où commencer, commencez par écrire votre histoire. Écrivez-la. Ensuite, là, on est dans l'ère de la technologie. On peut aller faire des recherches sur Internet sur comment écrire un synopsis. Un synopsis, c'est un résumé de votre film. Et juste... Utilisez les outils que vous avez à votre disposition pour au moins cadrer votre histoire. Et ensuite, vérifiez, regardez en ligne pour des opportunités de mentorat pour votre scénario si vous travaillez sur une fiction de court-métrage. Donc, que ce soit des fois les festivals en allant dans les festivals de films pour rencontrer des gens. Mais même si vous n'êtes pas dans les grandes villes, il y a souvent des cinéphiles qui sont partout. Il y a souvent des événements, peut-être des projections, ou peut-être des places proches de ce que vous êtes qui vous permettraient justement d'être exposés à un réseau qui pourrait vous aider. Sinon, vraiment faites des recherches en ligne pour voir si vous pouvez soumettre une candidature pour écrire un scénario débutant. J'ose croire qu'il y a des réseaux proches des grandes villes qui sont assez développés. Et parfois, les organismes dans les grandes villes ont accès à des... fonds pour soutenir des personnes qui ont des enjeux d'accessibilité, en fait. Si ils sont dans les régions, ils sont peut-être un peu trop éloignés. Donc, moi, je vous conseillerais quand même de contacter des personnes qui travaillent dans les grandes villes, juste pour au moins avoir des conseils sur où aller. Mais commencez par écrire votre histoire, écoutez des films, fréquentez des festivals, essayez de fréquenter des gens qui baignent dans ce milieu-là.
- Speaker #0
Oui, fasse ton réseau.
- Speaker #1
C'est ça, fasse ton réseau, exactement.
- Speaker #0
Pour finir, du coup, est-ce que tu peux nous dire qu'est-ce que tu retiens de positif, en fait, dans ton parcours canadien ? Ton meilleur souvenir jusqu'à aujourd'hui, ce serait quoi ?
- Speaker #1
Mon meilleur souvenir ?
- Speaker #0
Dans ton parcours canadien.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Le positif ou la chose à améliorer.
- Speaker #1
En fait, mon meilleur souvenir, c'est sûr que c'était quand j'étais plus jeune. Puis, justement, quand j'ai arrivé ici, j'avais un sentiment de déracinement parce que mes oncles, mes tantes n'étaient pas autour de moi. Je me rappellerai toujours des réunions qui avaient lieu au centre Africa, ici à Montréal, puisque la communauté érythréenne se rassemblait juste pour se mobiliser et de voir les adultes en train de se mobiliser, de parler. L'érythrée n'était pas nécessairement un pays à l'époque, donc comment est-ce qu'on finance, comment est-ce qu'on fait des levées de fonds, et je voyais que je faisais partie d'une plus grande histoire que je sais. Il y avait quelque chose de plus grand dans mon histoire. Juste en les regardant, je pense que c'est un de mes meilleurs souvenirs. Maintenant, la question, c'était… Le positif,
- Speaker #0
ça peut être le centre africain, du coup, le lien avec la communauté.
- Speaker #1
Oui, ça c'est un souvenir spécifique, mais c'est sûr que ça a un lien avec ce que je retiens le plus de positif, parce que le côté positif, c'est que je n'aurais pas nécessairement développé toutes ces facettes-là de ma personne sans être une membre de la diaspora ici. Être ici, oui, il y avait des défis, des luttes, mais c'est grâce à ça que j'ai pu me développer, autant en tant que femme, baigner dans ma culture avec tous les membres de ma communauté que je côtoie, mais aussi en tant que femme noire. Mes premières amies noires, c'était les femmes haïtiennes, donc j'ai baigné dans la culture haïtienne. C'est sûr que ça fait partie de moi aussi. La communauté artistique aussi fait partie de mon histoire. Donc, je pense que mon parcours au Canada, le côté positif, c'est d'avoir eu la chance de côtoyer et de naviguer dans des communautés, justement. Des communautés qui m'ont enrichie, qui m'ont permis de développer des compétences, des sensibilités que j'amène avec moi aujourd'hui dans mes réunions, dans mon travail et quand j'ai accès, quand je suis assise autour d'une table. peut-être même dans des discussions. de décisionnel, je suis capable d'adapter ces sensibilités-là parce que j'ai pu naviguer dans ces communautés-là. Donc, le côté positif, c'est communauté, c'est d'avoir accès à toutes ces communautés-là à travers mon parcours ici au Canada.
- Speaker #0
Ce que je retiens, moi, c'est qu'au sein même d'une communauté, il y a d'autres petites communautés. Et je trouve que c'est très développé, notamment à Montréal, et qu'il y a vraiment un soutien, du coup, tu l'as dit, tu as eu du soutien, du coup, et tu as pu en apprendre plus sur ton histoire. au niveau de la communauté érythréenne. Et même sans entrer dans le côté communautaire, je trouve qu'il y a vraiment ce lien qui se fait à Montréal. J'ai vu une grosse différence de Toronto à Montréal au niveau du lien, justement, entre les communautés.
- Speaker #1
Oui, oui. Et souvent, j'ai dû... Écoute, je te dis ça aujourd'hui, mais il y a 10 ans, je me sentais tellement invisible. Même avant, je devais toujours expliquer d'où je venais. Et donc, je suis capable aujourd'hui de dire qu'on a fait du chemin, on est capable. Je pense que justement, en naviguant, même artistiquement, ça m'a permis de rendre visible qui je suis. Et je pense que oui, comme tu dis, à Montréal, il y a des communautés à l'intérieur de communautés, mais je pense qu'on est dans un air, on est ouvert à comprendre ces gens-là.
- Speaker #0
Merci beaucoup, en tout cas, Féven, pour ce témoignage. Du coup, c'était hyper riche et inspirant. Et moi, j'aime beaucoup parler de cinéma et en plus, tu as parlé de l'histoire afro-américaine et d'art, donc c'était top. On a aussi parlé beaucoup d'immigration, de création et d'engagement pour les afro-descendants dans les médias. C'est aussi un plus. Je pense que pour toutes les personnes qui sont intéressées par l'audiovisuel, ça va pouvoir aider. Et pour celles et ceux qui souhaitent en savoir plus sur le collectif Black on Black Film, tous les liens seront disponibles dans la description de l'épisode et aussi dans les posts sur les réseaux sociaux. Donc n'hésitez pas à les suivre, à découvrir leurs projets et à partager leur travail autour de vous. Et si vous avez aimé cet épisode, pensez à vous abonner à laisser un commentaire ou une note sur votre plateforme d'écoute préférée je vous dis à bientôt du coup moi pour un nouvel épisode de Parlons Canada avec un nouvel invité bye merci Aïli de rien