- Speaker #0
Bonjour ou bonsoir, bienvenue au podcast Parlons Culture de Norah Lounas. Je suis toujours sexologue clinicienne à Genève et pour la nouvelle formule, nuance croisée, aujourd'hui je suis avec une jeune femme qui a suivi des études de design à l'Écale, l'école cantonale d'art de Lausanne, qui a travaillé sur un objet très concret et profondément social et éthique, une blouse gynécologique. On va parler de l'humidité, de pudeur, de soins et de ce que le design... peu changé dans les pratiques médicales, mais pas que. Merci d'être là. Je vais te demander de te présenter et puis je ne vais pas dire ni ton nom ni ton prénom parce que je risque de l'écorcher. Alors, quel est ton nom et ton prénom et qui es-tu ?
- Speaker #1
Merci. Alors, je m'appelle Lireta Madjuni, j'ai 27 ans et je vis actuellement à Vevey.
- Speaker #0
Tes études, pourquoi tu vas travailler sur ce projet ? Enfin voilà, qu'on sache un petit peu qui tu es.
- Speaker #1
Alors, effectivement, j'étais à l'école en design industriel. Et c'est lors de ma dernière année, donc l'année où aussi on a notre projet de bachelor, que j'ai commencé à travailler sur ce projet. Du coup, je l'ai continué. Je l'ai surtout fait pour mon travail de bachelor de dernière année. Et aujourd'hui, donc depuis 2023, le moment où j'ai fini ma formation, je continue à travailler sur ce projet-là.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu fais aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors aujourd'hui, j'ai recommencé une formation à la HEP, dans le but d'enseigner les arts visuels en secondaire 1. Donc c'est des jeunes qui ont de 12 jusqu'à 18 ans.
- Speaker #0
Et tout ça à Vevey.
- Speaker #1
La HP, elle est à Lausanne.
- Speaker #0
Alors, le point de départ de ce projet, tu viens de le dire, c'était pendant tes études à l'Écale. Et ton travail portait au début sur le lien entre le corps et les objets. Tu t'es intéressée, si j'ai bien compris, à comment le corps peut réagir face à l'objet. Peut-être même l'inverse aussi, comment l'objet peut réagir face au corps. Et donc, tu t'es au début intéressée tout de suite à la blouse gynécologique, où il y a eu une transition, tu t'es intéressée à d'autres choses.
- Speaker #1
Non, alors justement, j'ai commencé ce mémoire, je m'intéressais vraiment à tous les objets, comment ils interagissaient avec le corps. Et je suis surtout tombée sur un film, parce que je me suis beaucoup aidée de films pour écrire mon mémoire. Et c'est un film de David Cronenberg qui s'appelle Faux-semblants. Et justement, dans ce film-là, c'est deux gynécologues qui essayent de créer des nouveaux instruments autour de la gynécologie. Et moi, je me suis assez vite rendue compte que travailler les objets... où les instruments gynécologiques, c'était trop compliqué et trop technique. Donc je me suis plutôt intéressée à tout ce qui était à côté, et surtout ce problème de la nudité. Donc j'ai vraiment fait en sorte d'essayer de trouver une solution pour justement apaiser un peu ce stress et cette gêne.
- Speaker #0
Les instruments gynécologiques, il y avait la blouse, mais il y en avait d'autres ?
- Speaker #1
Non, alors premièrement, c'était surtout les instruments. Et ensuite, je regardais comment est-ce qu'on pouvait, par exemple, faire en sorte que la pièce soit... soit aménagé de façon à ce qu'on se sente mieux, etc. Et c'est justement à ce moment-là que je me suis rendu compte qu'en fait, il n'existait pas de tenue aujourd'hui, spécialement pour le domaine médical de la gynécologie.
- Speaker #0
Oui, effectivement, en t'écoutant, j'ai tout de suite pensé à un paravent. D'ailleurs, je connais très bien le film, il me fait semblant des jumeaux diaboliques de Cronenberg. Je pensais au paravent. Et puis, j'ai plein d'images de films où, effectivement, on voit des instruments qui ont l'air complètement des objets de torture, en fait.
- Speaker #1
C'est un peu ça, futuriste et de torture un petit peu.
- Speaker #0
C'est ça. Donc, tu viens de parler de nudité, qui est le point de départ de ton mémoire.
- Speaker #1
De mon mémoire, non, mais c'est vrai que je me suis assez vite orientée sur cet axe-là pour justement voir comment le corps en général interagissait avec les objets. Mais ensuite, j'ai plus porté mon attention sur la nudité et les objets autour. Donc c'est pour ça que je me suis assez vite orientée ensuite vers une tenue gynécologique, parce que la gynécologie c'est l'un des domaines où on se retrouve le plus nu, et du coup je me suis rendue compte qu'il n'y avait rien, donc qu'il y avait quelque chose à créer là-dedans.
- Speaker #0
Comment tu as procédé ?
- Speaker #1
Alors du coup le mémoire c'était mon projet écrit, ensuite j'ai fait le projet physique à côté. J'ai commencé surtout par faire des questionnaires autour de moi, et c'est des questionnaires aussi qui sont allés sur les réseaux sociaux, donc j'ai eu pas mal de réponses. Et c'est là que je me suis rendue compte qu'il y avait un réel besoin. Donc j'ai commencé par rencontrer des gynécologues, déjà pour leur demander comment est-ce qu'ils pratiquaient, est-ce qu'eux offraient des tissus ou des peignoirs ou quoi que ce soit pour... protéger la patiente et je me suis assez vite rendu compte que non. Donc j'ai travaillé sur plusieurs maquettes, plusieurs prototypes où j'essayais de faire en fonction des besoins et différents examens gynécologiques.
- Speaker #0
Tu fais un questionnaire que tu mets sur le net, tu as des réponses, on parlera des réponses. Tu rencontres aussi les gynécologues et ils n'utilisent rien du tout. Moi par exemple, je réfléchis là rapidement, je crois que mon gynécologue... ils ne proposent rien, effectivement. Mais j'ai souvenir de, je ne dirais pas des plaides, mais une espèce de truc en coton. Tu as pu faire un peu la liste de ce qui était proposé ? Il n'y avait absolument rien.
- Speaker #1
Alors, dans la plupart des cas, il n'y a rien. Il y a des exceptions. Il existe des espèces de tissus, comme des grosses serviettes qu'on peut mettre sur les parties intimes, mais que malheureusement, on doit de toute façon retirer complètement pendant la consultation. Et pareil, il y a aussi des peignoirs, mais qui ne sont pas vraiment très efficaces, parce qu'une fois qu'on l'ouvre, on l'ouvre totalement pour l'enlever. Donc c'est les deux seules options que j'ai vues et dont j'ai discuté avec les gynécologues.
- Speaker #0
Moi, en tout cas, dans ma carrière de patiente de gynécologue, je n'ai jamais eu de peignoir. La nudité est apparue comme inconfortable, sauf peut-être si on est une patiente exhibitionniste, mais en tout cas, globalement, elle peut être considérée comme neutre ou comme inconfortable. Et c'est sur le fait qu'elle puisse être inconfortable que tu as travaillé sur cette blouse.
- Speaker #1
C'est ça. C'est le fait surtout d'avoir ce stress avant d'aller aussi, de se rendre à l'examen. Le stress pendant l'examen. Et en fait, le gros problème, c'était surtout un problème de santé générale. C'est qu'en fait, aujourd'hui, les femmes, elles repoussent leur rendez-vous jusqu'à ce que ça devienne vraiment urgent. Et en fait, c'est à ce moment-là qu'elles vont... qu'elles vont se rendre, seulement à ce moment-là, qu'elles vont se rendre chez le gynécologue.
- Speaker #0
Ça, c'est ce que tu as constaté dans les questionnaires, c'est que des femmes qui disaient, moi, de toute façon, je ne vais pas chez le gynécologue, ou j'essaie d'aller le moins souvent possible, parce que je ne veux pas me mettre nue, parce que m'exposer, exposer mon corps...
- Speaker #1
Oui, c'est exactement ça. J'ai eu aussi beaucoup d'autres réponses qui disaient qu'en fait, elles préféraient se faire des autoconsultations. Donc, elles allaient sur Internet, elles essayaient de... de regarder quels symptômes elles avaient et essayer de se soigner elles-mêmes pour justement ne pas aller chez le gynécologue. Et dernièrement, il y a aussi de plus en plus d'articles qui parlent justement du fait que 50% des femmes renoncent à leur rendez-vous régulier chaque année. Et c'est vrai que ça crée un gros problème de santé parce qu'en fait, on ne détecte pas les choses assez vite et du coup, c'est souvent trop tard et pas au bon moment qu'on s'y rend.
- Speaker #0
Oui, ce n'est pas juste une espèce de coquetterie d'être pudique, c'est vraiment une question de santé, c'est-à-dire de pouvoir faire de la prévention ou peut-être du diagnostic plus rapidement. Les gynécologues, comment ils ont pris ce projet, en tout cas ceux que tu as pu rencontrer ? Et d'ailleurs, est-ce que ça a été facile de les rencontrer ?
- Speaker #1
Non, alors ça, c'était une des plus grandes difficultés, je dirais, dans mon travail, c'est de rentrer en contact avec les gynécologues. Souvent, c'est vrai que je devais faire plusieurs appels, plusieurs mails et aussi la plupart du temps, je ne suis pas en contact. avec les gynécologues, mais surtout avec leur secrétariat. Donc il y a toujours une personne entre nous. La plupart des gynécologues que j'ai rencontrés, ça s'est super bien passé. Ils me disaient que ça faisait plusieurs années qu'ils pensaient justement à une tenue, mais qu'ils ne savaient pas forcément quoi leur proposer. Donc je dirais que dans l'ensemble, c'était majoritairement que des bons retours.
- Speaker #0
Donc ce que tu veux dire, c'est qu'il y a des gynécologues qui aimeraient ou qui auraient aimé que cette blouse gynécologique, elle existe déjà.
- Speaker #1
Oui, totalement. C'était souvent des personnes qui me disaient qu'ils ne s'y connaissaient pas du tout au niveau design ou autre, et que du coup c'était la collaboration parfaite, parce qu'eux aussi en tant que gynécologues, ils n'avaient pas forcément le temps de proposer quelque chose, et du coup c'était super qu'il y ait quelque chose qui se crée autour de ça.
- Speaker #0
Donc ce n'est pas un refus de leur part qu'un nouvel objet dans leur pratique viendrait à être mis en place, c'est vraiment l'idée leur plaît, mais ils ne peuvent pas la réaliser eux-mêmes. Mais effectivement, ils ne sont pas designers, elles ne sont pas designeuses. On dit designeuses ?
- Speaker #1
Oui, designer.
- Speaker #0
Donc une femme gynécologue n'est pas designer et un homme gynécologue n'est pas designer, mais la collaboration pourrait montrer qu'effectivement il faut qu'elle soit pratique cette blouse pour l'examen.
- Speaker #1
C'est ça. Justement le but de Gynécare c'est aussi que ça aide autant les patientes que les professionnels. Donc déjà dans l'idée on ne veut pas perdre du temps mais on veut en gagner. Et c'est tout ce genre de choses auxquelles j'ai... Je me suis penchée pas mal de temps pour justement faire en sorte que les deux parties soient contentes.
- Speaker #0
Donc là tu viens de donner le nom de la blouse ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Alors comment il est arrivé ce nom ?
- Speaker #1
Alors djiné donc du grec qui veut dire femme et kère de l'anglais donc pour parler du soin, tout simplement donc du soin de la femme.
- Speaker #0
Les gynécologues sont... Pas hostile à la proposition de collaborer. En revanche, les atteintes, c'était difficile, puisque tu devais faire face aux secrétariats qui filtraient, j'imagine.
- Speaker #1
Après, ils sont beaucoup sollicités. Donc le réel problème, c'est qu'on doit passer par des formulaires pour les atteindre. Et c'est à ce moment-là qu'ils filtrent justement les besoins, si ce n'est pas urgent. C'est souvent des mails qui ne vont pas forcément voir. Et même quand on les appelle, on n'a pas le lien direct avec le médecin.
- Speaker #0
Ce sont des gynécologues qui travaillent en libéral ou c'est plutôt en hospitalier ou en clinique ?
- Speaker #1
De partout, qui travaillent dans des cabinets, dans des cliniques, dans des hôpitaux. C'est important pour moi justement d'avoir différentes institutions pour voir comment ça fonctionnait et aussi les différents patients du coup.
- Speaker #0
Plutôt des hommes, des femmes ?
- Speaker #1
J'ai eu les deux, mais majoritairement des femmes.
- Speaker #0
Combien pour l'instant ?
- Speaker #1
Là, j'en ai rencontré quatre. Et il m'en reste encore trois prochainement à rencontrer.
- Speaker #0
Un échantillon de sept gynécologues qui pourraient tester, avec qui tu vas discuter ou ils auront un questionnaire ? Qu'est-ce que tu attends de ces gynécologues ?
- Speaker #1
C'est surtout une phase de test qui est prévue. Donc moi, je vais pendant une demi-journée chez le gynécologue. Et en fait, je suis dans la salle d'attente, j'accueille les patientes, je leur explique un petit peu en quelques mots le projet. Et ensuite, elles, une fois qu'elles arrivent à leur consultation, elles ont le choix de la porter ou non. La seule chose importante pour moi, c'est qu'en fait, j'ai des retours autant des patientes que des gynécologues. Donc effectivement, il y a un petit questionnaire à remplir à la fin où elles me mettent. Est-ce que c'était adapté ? Comment elles se sont senties ? S'il y a des choses à changer ou autre ? Et moi, c'est justement dans le but d'améliorer la tenue au maximum.
- Speaker #0
Puis, il y a un questionnaire auprès des gynécologues.
- Speaker #1
C'est ça. En fin de test, je leur donne aussi le questionnaire et ensuite. Ils répondent aussi aux différentes questions.
- Speaker #0
Ils le complètent eux-mêmes ou tu es présente aussi avec les gynécologues ?
- Speaker #1
Ils le complètent eux-mêmes.
- Speaker #0
Avec les patientes, tu es présente quand elles remplissent le questionnaire ?
- Speaker #1
Alors certaines oui, certaines non. Ça dépend aussi de leur temps surtout. Mais j'ai un petit QR code, une petite brochure que je leur donne à prendre avec elles. Et ensuite, j'ai vu que tout le monde avait répondu. Donc ça, c'est aussi assez cool de savoir que tout le monde a joué le jeu de répondre aux questions. Avec certaines, je les remplis directement sur place si elles ont le temps de rester 5 minutes.
- Speaker #0
Donc là, tu as déjà des retours ?
- Speaker #1
J'ai déjà des retours, oui.
- Speaker #0
Par rapport à l'utilisation. On ne va pas tout de suite parler de l'utilisation, on va parler quand même de la création. Oui,
- Speaker #1
de la création.
- Speaker #0
De la création. Comment on travaille dans la création d'un objet qui n'existe pas ? Alors, tu pars quand même des blouses déjà existantes dans le monde médical, quand on est opéré ou on a une espèce de blouse. qui se ferment derrière, il y en a en tissu, il y en a en espèce de papier tout fin, je ne sais pas ce que c'est, des jetables, des non jetables, tu es partie de quelque chose d'existant ou tu t'es dit, page blanche ?
- Speaker #1
Oui, c'était un peu compliqué parce que c'est vrai que quand on commence un projet, on a souvent des références et des inspirations. Pour le coup, il n'y en avait pas, mais par contre, oui, j'ai utilisé les tenues des autres domaines médicaux, que ce soit pour le tissu ou pour les formes, les tailles, tout ça, donc ça, je me suis beaucoup inspirée des autres tenues. C'est vrai que c'était aussi challengeant et assez sympa pour moi de justement avoir cette liberté de créer quelque chose de nouveau.
- Speaker #0
Alors comment ça s'est passé avec ce qui était déjà existant ?
- Speaker #1
Alors j'ai vraiment pris toutes les tenues de tous les domaines, que ce soit des urgences, que ce soit des blocs opératoires ou autres. En fait, je voulais surtout changer le design même de la tenue pour l'adapter aux examens gynécologiques. Et pour ça, je me suis justement penchée sur les différents examens qu'on pouvait faire. Et j'ai vraiment essayé de faire, en fonction des ouvertures dont on avait besoin, des parties qui vont être consultées, et surtout de faire en sorte que la personne soit le plus recouverte possible, enfin en tout cas qu'elle soit le moins dénudée possible, tout en laissant un accès justement à ces parties-là qu'on doit examiner.
- Speaker #0
Les blouses que tu décris, elles sont peut-être parfois pour passer d'un endroit à un autre, et on imagine qu'ensuite elles sont retirées, et puis la personne est peut-être sous anesthésie. générale, donc elle ne peut pas être gênée par la nudité. Mais tu as dit quelque chose d'important, tu as dit qu'il faut surtout partir des ouvertures de manière à pouvoir accéder à la partie qui doit être observée, consultée, touchée, regardée.
- Speaker #1
Oui, justement, ça, c'était un des challenges aussi de faire en sorte que ça ne gêne ni le professionnel dans tous ses mouvements, mais que ce soit quand même fait en sorte que la personne ne se retrouve pas dénudée à des endroits dont elle n'a pas besoin d'être consultée. Donc, c'est vrai qu'il y a eu plusieurs designs que j'ai beaucoup changés et évolués. Et il y a aussi eu beaucoup d'essais, de maquettes. Je suis passée par des... J'avais beaucoup de peignoirs que je découpais pour essayer justement et de voir ce que ça donnait.
- Speaker #0
Des peignoirs que tu trouvais où ?
- Speaker #1
Surtout dans les saumons de main ou qu'on me donnait, les gens n'utilisaient pas. Forcément c'était pour les découper, donc c'était quelque chose de... T'as un peu des maquettes un peu bancales au début, et ensuite ça s'infinait avec les tests.
- Speaker #0
Les blouses médicales que tu pouvais obtenir, tu les obtenais comment ? Tu contactais les hôpitaux, les centres, les cliniques, ils te permettaient de t'en donner ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. J'ai un énorme stock chez moi de plusieurs tenues, justement, où, par exemple, le CHUV m'a donné deux, trois tenues. D'autres cabinets aussi. Et en fait, je les ai un peu stockées pour justement avoir ces inspirations-là.
- Speaker #0
Elles sont toutes très différentes ? Ou elles se ressemblent plus ou moins ?
- Speaker #1
Je dirais que la plupart se ressemblent. En tout cas, au niveau du matériau ou du tissu, elles se ressemblent. Après, le design et les couleurs, elles varient des institutions.
- Speaker #0
Cette blouse, elle est en quelle matière ? Elle est jetable, elle est lavable, elle est comme des peignoirs ? Le peignoir, c'est pour faire un patron ? C'était plus pour ça ?
- Speaker #1
Oui, c'était surtout pour tester les tailles et les différents mouvements qu'on pouvait faire pendant les examens. Moi, ma tenue, ce que je voulais faire aussi, c'était quelque chose de réutilisable et donc de lavable. Parce qu'aujourd'hui, on a beaucoup de tenues, mais qui sont jetables. Donc là, l'idée, c'était de pouvoir réutiliser. Et aussi d'avoir un stock qu'on peut garder plusieurs années dans un cabinet ou dans une clinique. Effectivement, ma tenue est en coton. J'étais passée par le chanvre au début, mais ensuite j'ai assez vite changé et je me suis orientée vers le coton. Parce que je me suis rendue compte que c'était aussi quelque chose qu'on utilisait beaucoup autour de tout ce qui est médical aujourd'hui. Donc c'était un des tissus les plus adaptés. Le chanvre, c'était surtout pour des questions de... Comment on dit ça ? C'était antibactérien. Et en fait, c'était très adapté au niveau du ressenti aussi de la peau. Mais par contre, le problème, c'est que j'en trouvais vraiment moins. Et du coup, je devais aller assez loin aussi pour avoir ce genre de tissu. Donc, c'est pour ça que je me suis aussi orientée vers le coton.
- Speaker #0
Assez loin, tu veux dire, il faut l'acheter à l'étranger ?
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Donc là, tu es partie sur le coton. Donc, c'est une blouse en coton qui est lavable.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Tu as parlé des couleurs tout à l'heure, des autres blouses. Est-ce que ça a une incidence, la couleur ?
- Speaker #1
Non. Alors, il me semble que chaque domaine, par exemple, le bloc... L'opératoire, c'est plutôt vert. Tout ce qui est plutôt maternité, tout ça, c'est plus dans les tons du rose. Et moi, au début, j'avais mis une couleur à ma tenue. Donc, j'avais mis un bordeaux assez vif pour justement un peu essayer de cacher les taches de sang. Mais je me suis rendu compte que pour des questions d'hygiène et de lavage, c'était plus pratique de ne pas avoir de couleur. C'est souvent des habits qui sont lavés à une haute température. Donc, j'ai retiré la couleur par la suite.
- Speaker #0
C'est-à-dire, le bordeaux, il ne tenait pas ? Je ne sais pas, ça se délavait ?
- Speaker #1
il y avait ce risque de... qui se délave après plusieurs années.
- Speaker #0
Je n'avais pas pensé qu'il y avait des matières, des fluides. J'imagine le sang, peut-être d'autres matières.
- Speaker #1
C'est surtout les discussions avec les gynécologues qui me disaient qu'il y avait beaucoup de tâches et qu'il fallait faire attention aux tissus qu'on utilisait et comment après plusieurs lavages, la tenue pouvait ressortir. C'est pour ça que j'ai aussi changé la coupe de derrière. pour permettre justement aux tâches d'être plutôt sur le papier qui est sur la chaise plutôt que sur la tenue.
- Speaker #0
Il y a eu des personnes qui étaient complètement opposées, qui t'ont dit mais ça c'est n'importe quoi, le gynécologue c'est important d'y aller, on n'a pas besoin d'avoir une tenue, est-ce qu'il y a eu des réactions plutôt négatives ?
- Speaker #1
Alors il y en a eu, mais il y en a eu très peu, mais c'est vrai qu'à chaque fois je suis toujours étonnée d'avoir ces retours-là, parce que je n'ai pas l'habitude. Après, je ne le prends pas du tout mal parce que je pense que chacun peut avoir son avis sur ce genre de projet. Mais j'avais l'impression que c'était aussi souvent des personnes qui étaient un peu plus âgées. J'avais l'impression que c'était aussi une mentalité qui était différente par rapport à aujourd'hui et l'évolution de tout ce qui se fait autour de la santé de la femme.
- Speaker #0
Ce serait plutôt des jeunes femmes qui seraient en difficulté face à un ou une gynécologue par rapport à la pudeur.
- Speaker #1
Non, alors là, je parlais plutôt des gynécologues.
- Speaker #0
Ah, des gynécologues. Voilà. Des professionnels. Voilà, les professionnels plus âgés. Ah, je comprends.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Oui, les gynécologues, les professionnels disent, plus jeunes sont plus sensibles à la question de la pudeur et peut-être la réticence à ce que des femmes consultent, alors que des gynécologues plus âgés auraient tendance à dire, on a toujours fait comme ça et ça marche, puisqu'on a une patientèle, donc ça marche. Je comprends. Mais sinon, pour les patientes, est-ce qu'il y a une différence par rapport à l'âge ?
- Speaker #1
Les patientes, je dirais qu'il n'y a pas vraiment une différence par rapport à l'âge. Alors oui, c'est vrai que les jeunes sont vraiment directs, très intéressés par le projet. Elles comprennent aussi assez vite tous les enjeux qu'il y a là-derrière. Je dirais que c'est plus une différence, je pense, de femmes qui ont déjà accouché ou non. J'ai eu beaucoup de réponses par rapport à ça, où les femmes qui avaient déjà accouché m'ont dit « Alors moi, il y a un an, j'étais totalement bloquée, stressée à l'idée d'aller chez le gynécologue, mais depuis que j'ai accouché, ça va un petit peu mieux. »
- Speaker #0
ça serait plutôt ce qu'on appelle des nullipares, des femmes qui n'ont jamais eu d'enfants, des jeunes femmes ou des femmes qui n'ont jamais eu d'enfants, peuvent davantage avoir de réticence, comme si l'accouchement, la grossesse, faisait qu'à un moment donné, c'est bon, on a tout déballé.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Mais justement, c'est une autre... autre enjeu dans mon projet, c'est aussi de m'intéresser à la maternité. Parce que du coup, je me suis aussi rendue compte qu'il n'y avait pas grand-chose qui était proposée en maternité. Et que du coup, c'était aussi un problème parce que pendant la maternité, même les professionnels ont l'impression des fois que ça manque d'intimité et de... Comment dirais-je... Enfin, les femmes se sentent très exposées pendant ce moment-là.
- Speaker #0
Ça me fait penser à une histoire personnelle. Moi, j'ai eu deux enfants, deux filles. J'ai accouché à Paris à l'époque. que j'habitais à Paris. Et en fait, une fois que j'ai accouché, j'avais une poitrine énorme. J'avais énormément de poitrine. Et en fait, le tissu, dès que ma chemise de nuit touchait juste le bout de mon téton, le lait sortait immédiatement. Je me retrouvais dans ma chambre à n'avoir rien au niveau de la poitrine parce que le moindre petit contact et j'avais un jet de lait. Et donc, je suis restée trois jours parce qu'on ne reste plus beaucoup. on ne reste plus très longtemps dans une maternité après avoir accouché, je suis restée, je me souviens, trois jours, la poitrine exposée, parce qu'il était impossible que je pose le moindre tissu. Alors je ne sais pas si quelqu'un t'a déjà raconté ça, mais effectivement, lors de l'allaitement, je pense qu'il y a aussi quelque chose de l'ordre de l'objet à travailler. Maintenant, il y a des soutiens-gorge facilement dégrafés pour pouvoir allaiter, mais je ne sais même pas si c'est possible d'éviter que le moins... dont vous tissu déclenche l'écoulement de lait. Mais en tout cas, ça me fait penser à ça. Donc, de là, on va revenir sur ta blouse. On va arrêter de parler de ma poitrine.
- Speaker #1
Mais je pense que justement, c'est là où ça marque le fait que le tissu est aussi très important pour ce genre de tenue. Parce que vu qu'on est totalement nu en dessous, c'est important d'avoir un bon tissu. Parce que souvent, c'est des tenues qu'on porte par-dessus. dessus nos vêtements, que ce soit par exemple les aides-soignants ou autres. Et là, du coup, c'est un autre défi de trouver le bon tissu pour la peau.
- Speaker #0
Je n'avais jamais pensé aux patients et aux patientes, en fait. Tu as parlé des couleurs selon les blocs. Voilà, ça, c'est quelque chose qui est ancré maintenant dans... Quand on est patient, on peut repérer. Mais c'est vrai que moi, je ne m'étais jamais vraiment posé la question de désouverture du tissu. Tu viens de dire, on est nu en dessous. Je sais bien qu'on est nu en dessous d'une blouse, mais ça ne m'a jamais interrogé. Et on voit bien qu'il n'y a qu'une designeuse pour pouvoir lire effectivement le contact. Mais ça va encore plus loin. Il y a des maladies qui doivent aussi conduire à une hypersensibilité de la peau. Et là aussi, il faut voir sur quel genre de blouse ils peuvent être proposés. C'est hyper... hyper intéressant.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça. Et justement, j'en parlais avec des grandes institutions, donc des grands hôpitaux et ils me disaient que des fois, justement, ils ne pouvaient pas proposer la tenue parce que c'était en face d'eux des peaux très sensibles ou autres. Du coup, ça aurait plutôt aggravé la situation. Donc, c'est pour ça que là, il y a aussi une chose, enfin, c'est une grosse partie de mon travail, c'est surtout de trouver le bon matériau et qu'il soit adapté à toutes les peaux.
- Speaker #0
Oui, effectivement. Et donc, le coton a pris En théorie, on s'imagine qu'il est adapté à toutes les peaux, mais en fait, ce n'est pas vrai.
- Speaker #1
Ce n'est pas possible de trouver quelque chose qui serait adapté vraiment à toutes les peaux. Mais j'essaye de faire en sorte que ça aille quand même au maximum de personnes.
- Speaker #0
De toute façon, on va parler tout à l'heure de la production, de comment tu comptes produire cette blouse. Mais on pourrait très bien imaginer qu'il y ait une autre version avec un tissu différent pour des pathologies différentes. Après tout. Pourquoi voir petit, on voit grand ? Tu as parlé de la taille tout à l'heure, il y a combien de tailles pour cette blouse ?
- Speaker #1
Alors j'ai imaginé avoir deux tailles différentes, donc ça serait une petite taille et une plus grande. Mais ces tailles-là, elles regroupent en fait dedans plusieurs tailles. Donc la petite, elle irait vraiment du XS au M. Et ensuite, la grande, le reste.
- Speaker #0
De manière à ce que justement, on évite d'avoir 36 tailles. institutions où les gynécologues se retrouvent à avoir des S, des XS, des PM, c'est plutôt un standard pour grandir.
- Speaker #1
C'est ça, et certaines se sentent plus à l'aise avec des tenues beaucoup plus grandes, d'autres veulent que ce soit assez ajusté, et du coup, je pense qu'avec ces deux propositions-là, on arrive en tout cas à... avoir un maximum de taille à l'intérieur de ces deux tailles-là.
- Speaker #0
Tu avais dit qu'il y avait plus de réticences des gynécologues qui avaient une pratique plus longue que par rapport aux jeunes gynécologues. Et maintenant, je te pose la question, est-ce que dans les questionnaires, tu as eu des réticences et elles venaient de qui ces réticences ? Donc cette fois, des patientes.
- Speaker #1
Donc les questionnaires que j'ai faits dernièrement avec les tests ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Alors, du côté des professionnels, non. Mais j'imagine aussi que le fait que... ils ou elles sont intéressés à faire le test, c'était déjà du coup un peu une volonté de changer quelque chose de leur part. Et après, concernant les patientes, je me suis surtout rendue compte que ça changeait d'une région à l'autre. Donc j'ai fait des tests à Genève, au centre-ville de Lausanne, c'était que des retours très positifs, et j'en ai eu des moins positifs quand j'allais un peu plus loin, où c'était aussi des patientes qui n'avaient jamais vu le projet ou entendu parler du projet. C'est intéressant de voir qu'elles avaient aussi d'autres avis et d'autres... d'autres façons de voir la chose.
- Speaker #0
C'est quoi plutôt les réticences des personnes qui l'ont utilisée ?
- Speaker #1
Alors, on parlait assez vite de toute l'organisation qui était autour et on me disait aussi que ce n'était pas forcément utile parce que jusqu'à maintenant, on a fait d'une certaine façon et qu'il n'y avait pas forcément besoin de changer. C'était surtout ces réponses-là, mais de nouveau, il y en a eu très peu dans l'ensemble. Donc, c'était quand même des choses à prendre en compte, disons. Enfin, j'écoutais en tout cas et c'était intéressant aussi d'avoir leur avis.
- Speaker #0
On peut imaginer que ça serait un choix, soit le gynécologue au début pourrait dire « voilà, vous avez cette possibilité d'avoir cette… » Je parle plus tard, pas en termes de test. « Vous avez la possibilité de mettre cette blouse ou pas de blouse, jusqu'à ce qu'un jour la blouse devienne l'évidence en fait. »
- Speaker #1
En fait, le but et l'idée c'est ça, c'est qu'il la propose, les patientes la portent ou non. Et je pense qu'il y a du coup au bout d'un moment un truc qui se fait où on en discute aussi autour de nous, les personnes l'ont utilisé dans leur cabinet. Et en fait, c'est quelque chose qui va devenir normal, comme aujourd'hui c'était normal de ne rien avoir. Et bien peut-être que ce truc-là, il peut changer justement.
- Speaker #0
Oui, il y a une évolution dans les nouvelles pratiques. Il y a vraiment quelque chose de l'idée de l'âge que j'entends, c'est-à-dire aussi bien les praticiens que les patientes, c'est pourquoi changer quelque chose qui marche, alors qu'on ne sait pas si ça marche, puisque tu as évoqué qu'il y avait cette question de pudeur. Alors on va justement venir dans le cœur du sujet. C'est quoi le problème pour des personnes qui sont en difficulté pendant un examen gynécologique ? Quelle partie du corps elles aimeraient cacher ? Pourquoi elles aimeraient les cacher ?
- Speaker #1
Alors c'est vrai que moi j'étais partie de l'idée que justement c'était les parties intimes qui gênaient le plus. Et en fait à travers ce questionnaire quantitatif que j'avais fait, je me suis rendu compte que non, il n'y avait pas seulement ces parties-là qui gênaient, mais il y avait aussi d'autres parties du corps. avec lesquels on peut être moins à l'aise ou qu'on a moins envie d'exposer. Notamment, il y avait beaucoup le ventre, les hanches, tout ce qui était aussi bras, cuisses. Et il y avait aussi d'autres gènes qui étaient par exemple liés à des problèmes d'acné ou bien toutes des choses qu'on peut avoir sur notre corps qu'on n'a pas forcément envie d'exposer.
- Speaker #0
Pilosité, par exemple ?
- Speaker #1
Pilosité, exactement, ce genre de choses auxquelles on ne pense pas directement mais qui sont en fait très importantes pour les patientes.
- Speaker #0
On peut parler de complexes corporels ?
- Speaker #1
Qui peuvent être des complexes ou simplement des parties qu'elles estiment aussi intimes et qu'elles ne veulent pas, du coup, exposer.
- Speaker #0
Je pensais aussi peut-être même à des cicatrices ou même à de la chirurgie esthétique. Je ne sais pas, tu as fait de la chirurgie ? Totalement, oui. Ou je ne suis pas une césarienne ?
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Je pensais à la violence conjugale et des femmes qui veulent cacher peut-être des coups ou il y a de la scarification, elles ne veulent peut-être pas le montrer.
- Speaker #1
Oui, je pense que justement ça dépend de chaque patiente. Mais c'est vrai qu'il y a plusieurs choses qu'on n'a pas forcément envie de montrer et surtout à des inconnus en fait. Je pense que c'est ça aussi qui peut stresser et gêner avant même la consultation.
- Speaker #0
Moi pendant longtemps j'ai fait des interventions dans les établissements scolaires, dans les maisons d'arrêt, partout là où il y avait des personnes avec une tête de bras, deux jambes, sur les questions de vie affective et sexuelle. Et toujours dans les interventions, on parle de l'anatomie. des corps féminins, masculins. Il y a une partie du corps, je dirais qu'il y a deux parties du corps qui ont l'air extrêmement compliquées. Alors la première, elle est un peu rigolote, c'est les pieds. Il y a des gens qui ne veulent absolument pas montrer leurs pieds. Et moi, dans ma vie, j'ai rencontré plusieurs podologues qui me racontent des histoires incroyables sur des gens qui ont beaucoup, beaucoup de difficultés à montrer leurs pieds. Mais ce n'est pas de cette partie-là que je voulais parler. Je voulais parler de l'anus. Il y a un vrai tabou sur les questions de l'anus. La position chez le gynécologue n'est pas totalement favorable au fait de cacher cette partie anatomique. Peut-être que cette blouse peut permettre de gagner en pudeur. Là, je pense spontanément aux pieds et aux anus. Il y a des parties où on peut avoir l'impression qu'il n'y a aucun problème pour les montrer. Tu as raison, le ventre, les cuisses, c'est des parties du corps où, je dis les femmes parce qu'on parle des gynécologues, mais il y a aussi des hommes qui ont des complexes, mais ça peut être effectivement une perception totalement personnelle et il faut pouvoir en tenir compte, surtout comme tu l'as dit précédemment, si ça empêche d'aller consulter, ça serait vraiment dommage. On va parler peut-être concrètement du design, donc tu as dit que c'est en coton. Que c'est que tu avais commencé à le faire dans la couleur bordeaux, c'est-à-dire le tissu était bordeaux ou tu le teignais en bordeaux ?
- Speaker #1
Non, c'était le tissu qui était bordeaux mais il n'y avait qu'une seule partie de ma tenue.
- Speaker #0
Donc l'arrière de la tenue qui était de cette couleur-là.
- Speaker #1
Ah d'accord, c'était bicolore. Voilà. C'était blanc devant et bordeaux derrière.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Justement parce que c'est la partie où il y avait plus de probabilités, où il y a du sang ou des matières fécales, par exemple.
- Speaker #0
C'est exactement ça.
- Speaker #1
Maintenant, il est uniquement blanc, en coteau. Donc il y a des ouvertures et des fermetures.
- Speaker #0
Il y a surtout des ouvertures. Et après, il y a l'ouverture et fermeture principale qui est au milieu, qui est faite à l'aide d'aimants. Donc au début aussi j'étais plutôt sur un velcro et je me suis rendu compte qu'en fait à force de l'utiliser il pouvait aussi s'user. Donc j'ai assez rapidement changé ça. Et oui donc la couleur c'est blanc mais c'est un peu blanc cassé, c'est pas totalement blanc mais c'est un peu une couleur crème comme ça.
- Speaker #1
Un peu comme un coton naturel.
- Speaker #0
Exactement c'est ça.
- Speaker #1
Il y a des ouvertures. Tout à l'heure je pensais à fermeture parce que je pensais peut-être à des fermetures éclairs mais tu viens de dire que ce sont des aimants. Tu as pensé au début à des scratchs, des velcros. les aimants C'est des aimants qui sont cousus ? C'est comment ?
- Speaker #0
C'est des tout petits aimants qui sont cousus à chaque extrémité des deux ouvertures. Et ils sont cousus à l'intérieur de la double... Il y a une double couche et les aimants sont à l'intérieur. Ce qui permet aussi d'ouvrir et de fermer plus facilement la tenue. Et de permettre aussi aux professionnels de choisir où est-ce qu'on ouvre tout en gardant les autres aimants fermés.
- Speaker #1
Tu as dit qu'il y a deux ouvertures, donc il y en a une au niveau de la poitrine et une au niveau des organes gluteaux ?
- Speaker #0
Non, alors il y en a une principale au milieu et ensuite il y a différentes ouvertures au niveau de la poitrine et des grandes ouvertures et des grandes découpes au niveau des aisselles, donc pour tout ce qui est consultation du dos, des aisselles ou des bras et autres. Et on a sur le dos une demi-ouverture qui permet de faire tous les mouvements, mais une fois qu'on remet la tenue, on est complètement couverte. donc il n'y a aucune partie qui est visible.
- Speaker #1
Avec des manches ?
- Speaker #0
Sans manches, on l'enfile comme un peignoir. C'est justement ces aimants-là au centre qui viennent se refermer les uns sur les autres. Et ensuite, on a les différentes ouvertures qui sont un peu plus discrètes sur les autres parties de la tenue.
- Speaker #1
Par exemple, pour palper la poitrine, c'est possible de passer la main sans que visuellement on puisse voir la poitrine ?
- Speaker #0
C'est ça. Si le besoin est de palper, on peut passer par cette ouverture. Mais je sais qu'aussi, dans beaucoup de cas, ils ont besoin du visuel. Donc, ils peuvent justement décrocher deux aimants, donc ceux qui sont le plus haut, décrocher les deux aimants et ensuite voir la poitrine.
- Speaker #1
Le sculptation des organes génitaux, à ce moment-là, la personne est totalement habillée avec ce pied noir sans manche, mais les organes génitaux y sont exposés. C'est normal.
- Speaker #0
Oui, alors la personne, elle a la tenue. Une fois qu'elle s'assoit sur la chaise, elle peut décrocher. quelques aimants du bas, justement pour permettre aux jambes de faire tous les mouvements nécessaires, mais elle va être couverte sur toutes les autres parties du corps, et il n'y aura que cette partie-là qui sera examinée et perçue par le médecin.
- Speaker #1
Il ne peut y avoir que des retours positifs des personnes qui l'ont essayé ?
- Speaker #0
Pour l'instant, je n'en ai que des traits positifs.
- Speaker #1
Il y a des mots qui sont utilisés, c'est quoi ça ? C'est un espèce de QCM, c'est des questions ouvertes qui vont te permettre d'avoir une idée du ressenti ?
- Speaker #0
C'est un mélange entre questions... Avec des réponses déjà mises sur le questionnaire. Et il y a aussi d'autres réponses où les patientes peuvent un peu écrire d'elles-mêmes leurs ressentis.
- Speaker #1
Et alors, qu'est-ce qu'elles disent ?
- Speaker #0
Déjà, je suis hyper étonnée de voir que leur premier étonnement, c'est qu'il y ait quelque chose qui soit fait pour la santé féminine.
- Speaker #1
C'est valorisant.
- Speaker #0
Voilà, exactement. Donc, c'est souvent un très bon retour. Dès que je commence à leur parler, je vois qu'elles sont très vite étonnées. et contente d'avoir quelque chose qui a été mis en place. Et ensuite, on parle souvent d'innovation, de protection, et surtout de mise en confiance, surtout, je dirais. Elles ont plus confiance, que ce soit en elles ou aux médecins, ça c'est tout le but de la tenue.
- Speaker #1
On peut même imaginer, extrapoler, imaginer que c'est aussi une espèce de protection contre des agressions. ou des actes qui seraient inutiles et qu'on pourrait se sentir, la personne pourrait se sentir agressée. J'avais lu une enquête où il y a, je crois que le chiffre était énorme, mais je crois que c'était 70 ou 80% palpations des seins qui sont totalement inutiles. Peut-être qu'effectivement, s'ils ne sont pas visibles, c'est plus difficile, peut-être pour un praticien ou une praticienne, de dire on va faire une palpation alors qu'elle est inutile. Si vous avez vu votre praticien ou votre praticienne il y a une semaine, ce n'est peut-être pas utile de le faire la deuxième semaine. Donc peut-être que ça peut aussi éviter. Et puis, je pense à des regards, même si ce ne sont pas des regards lubriques, mais il peut y avoir aussi, moi j'ai des amis qui m'ont raconté des touchés ou des regards. Quelle santé sexualisée, je pense qu'il y a quand même quelque chose, je ne suis pas sexologue pour rien, tu es designeuse, je suis sexologue, je ne peux pas m'empêcher de penser que dans des cabinets, il y ait des professionnels hommes-femmes qui aient des mauvaises intentions ou que des personnes vivent ça comme des mauvaises intentions. Oui, une protection et une réassurance de possession de son corps à un moment donné où la personne pourrait être vulnérable. On ne peut pas oublier qu'on est vulnérable quand on va chez le gynécologue, je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de femmes. Qui aime aller chez le gynécologue.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr.
- Speaker #1
Je pense qu'on peut affirmer probablement que 100% des femmes n'aiment pas aller chez le gynécologue.
- Speaker #0
Oui, je ne pense pas que c'est un moment de plaisir, effectivement, même si certaines peuvent être plus à l'aise que d'autres, c'est sûr. Oui, je ne pense pas que c'est un moment de plaisir. Après, pour ce qui est de la protection, c'est vrai que là, dernièrement, on a de plus en plus aussi d'articles qui nous parlent justement des violences qui se font dans ce genre de domaine et dans ce genre de milieu. Je ne pense pas que ma tenue soit une réelle protection contre ce genre de choses. Mais par contre, je pense que c'est surtout un élément un peu révélateur de montrer qu'il y a quelque chose qui se passe et qui ne va pas. Et surtout qu'en fait, on ne propose pas de solution concrète aujourd'hui. Donc c'est plus dans l'idée d'ouvrir la parole, d'essayer de ne plus en faire un tabou, donc tout ce qui se passe autour de la gynécologie. Donc oui, elle peut servir à différentes choses cette tenue, peut-être pas forcément dans la protection. des violences ?
- Speaker #1
Oui, la violence gynécologique, c'est évident qu'elle existe, mais même la violence sexuelle auprès de praticiens. Bien évidemment, de toute façon, je ne pense pas qu'il existe quelque chose, malheureusement, qui pourrait faire en sorte que les violences sexuelles n'existent pas dans le milieu médical. Mais c'est sûr qu'être moins exposé, parce que c'est vrai, dire que ça pourrait protéger sous-entendrait que parce qu'on est nu, ça pourrait justifier ou déclencher. Ce n'est pas totalement ce que je veux dire. Ce que je veux dire, c'est qu'effectivement, à partir du moment où on nomme que cette nudité, elle n'est pas évidente et elle n'est pas que médicale, parce que moi, je fais partie depuis 18 ans du collectif féministe contre le viol à Paris, c'est sûr que quand un praticien ou une praticienne va toucher une patiente très rapidement, le praticien ou la praticienne va dire que c'est un acte médical. Et c'est sûr que la nudité ou l'examen laissent à penser que c'est un examen médical. Mais on sait bien que malheureusement, ça n'est pas toujours un acte médical. Donc, ce n'est pas l'absence de nudité qui pourrait faire réduire, mais au moins, il y a quelque chose de l'ordre de la nudité, elle est plus totalement évidente. Non, mais ne vous inquiétez pas, madame, mettez-vous nue, vous savez, je suis médecin. Comme s'il ne voyait pas la nudité, et ce n'est pas vrai. La patiente, elle sent sa nudité, et le praticien ou la praticienne, des praticiens ou des praticiennes vont voir la nudité.
- Speaker #0
Oui, et je pense que c'est aussi perçu différemment, parce que Eux, alors effectivement, c'est leur métier, c'est des choses qu'ils font tous les jours. Mais pour chaque patiente et pour chaque femme qui doit se rendre une fois par année, l'expérience, elle est vraiment vécue différemment. Et je pense que c'est beaucoup plus de préparation mentale ou autre pour une femme d'y aller que pour un médecin de recevoir une nouvelle patiente.
- Speaker #1
On en avait discuté, on est en train de parler d'une espèce de barrière symbolique ou d'une protection, une protection psychique. Elle n'est pas réelle, ce n'est pas un bout de tissu qui va empêcher une agression sexuelle. mais il y a quand même une barrière.
- Speaker #0
Moi, je la vois plus comme une barrière un peu symbolique et je me dis que si ça peut aider en tout cas la femme à se sentir mieux, elle, en ayant une tenue, c'est déjà un très bon pas.
- Speaker #1
Alors, donc cette tenue, elle est déjà en fabrication, en production ?
- Speaker #0
Alors, elle a été fabriquée une trentaine de fois, donc j'ai 30 prototypes actuellement.
- Speaker #1
C'est toi qui les fabriques ? Tu as une machine à coudre ?
- Speaker #0
Non. Alors, j'ai fait faire les premières maquettes et les premiers essais, je les ai faits moi-même. Et ensuite, pour des questions de détails, je voulais vraiment que ce soit fait le plus professionnellement possible. Là, je suis en contact et en collaboration avec une usine qui est au Tessin. C'est eux qui m'ont fait les 30 premières tenues et je pense continuer à travailler et à collaborer avec eux.
- Speaker #1
Il y a eu des gynécologues dans le Tessin ?
- Speaker #0
Non, alors pour l'instant, je ne suis qu'en Suisse romande. D'accord. J'ai décidé d'y aller plus tard dans les autres.
- Speaker #1
Comment tu as trouvé cette entreprise ?
- Speaker #0
Je leur avais déjà demandé, je crois, un devis. Donc premièrement parce qu'on m'avait beaucoup conseillé cette usine, que ce soit des collègues de l'écale ou bien d'autres personnes qui se connaissent un petit peu au niveau de la mode. Et en fait, dès que je leur avais demandé des devis, on est rentrés en contact et ça s'est assez bien passé. Donc j'avais décidé de travailler avec eux.
- Speaker #1
La production raconte comment ça va se passer ?
- Speaker #0
Dernière fois en tout cas que j'ai fait ces 30 prototypes, je me suis rendue sur place pour directement discuter avec eux, voir comment est-ce qu'on... Comment est-ce qu'on faisait aussi 30 tenues ? C'était intéressant de voir ça. Je pense que pour la suite, ça se fera à peu près de la même façon. J'en ai bien aussi retourné. Évidemment, il y aura quelques changements à faire, donc créer des nouveaux prototypes aussi. Et là, le but, ça serait quand même de les faire à une plus grande échelle, donc dans l'idée de pouvoir les distribuer dans plusieurs cabinets.
- Speaker #1
Donc il y aurait une plateforme où les praticiens ou les institutions des hôpitaux pourraient commander ? C'est blouse ?
- Speaker #0
C'est ça. Dans l'idée, chaque gynécologue déciderait du nombre de tenues dont ils ont besoin. Et ensuite, ils feraient une commande que moi, je leur livrerais. Il y avait aussi la question d'un espèce de circuit avec un pressing. Après, ça dépend aussi de toutes les infrastructures que les différentes institutions ont. Certains ont leur propre pressing. D'autres, des plus petits cabinets, auraient besoin de ce genre de circuit. Donc ça, c'est aussi des choses qui restent à voir et à confirmer.
- Speaker #1
Un hôpital pourrait, j'imagine qu'il a son propre pressing, il achète, je ne sais pas, 1000 blouses, et ensuite il a un circuit de lavage interne. En revanche, un cabinet qui aurait besoin, je ne sais pas combien, est-ce qu'on a une idée de combien de patients, à moyenne, un gynécologue, une gynécologue peut avoir en une journée ?
- Speaker #0
Alors, il peut vraiment voir, c'est très différent de chaque gynécologue, mais ça varie de 10 à 20 en général par jour.
- Speaker #1
D'accord, donc il pourrait avoir, je ne sais pas, 40 blouses, il en utilise 20, admettons, si toutes les femmes souhaitent une blouse, il a les 20 autres, et à ce moment-là, enfin j'imagine, ça ne pourra pas être du jour au lendemain ?
- Speaker #0
Non, justement, je pense qu'il faudrait un peu plus de tenue pour en tout cas tenir la moitié de la semaine, ensuite que ces tenues-là soient lavées et redistribuées pour l'autre partie de la semaine.
- Speaker #1
Dans le monde médical ? On lave ses blouses d'une manière particulière ?
- Speaker #0
Oui, alors je pense que ça dépend aussi surtout de à quel point elles ont besoin d'être désinfectées ou non. Mais en général, oui, c'est souvent à une haute température pour vraiment éviter de garder les microbes ou ce genre de choses sur la tenue.
- Speaker #1
Une espèce de service après-vente, après l'achat de ces blouses ?
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Par exemple, moi, si je voulais une blouse, partir avec ma propre blouse chez le gynécologue, je pourrais faire ça ?
- Speaker #0
Alors, ce qui est prévu là, c'est... Je suis en train de travailler aussi sur différents plans. Donc, il y a aussi des déclinaisons qui sont pensées. Il y a une partie de la tenue vente au privé directement parce que j'ai eu la surprise justement d'avoir beaucoup ce retour où les femmes me disaient « Ah ben, je l'achète » . Et je leur disais « Ah, mais elle n'est pas encore en vente » .
- Speaker #1
Génial !
- Speaker #0
Aujourd'hui, elle est en test et elle me disait que dès que c'était possible pour elle, elle aimerait bien avoir leur propre tenue. Donc là, la V. chez elles, la ramener lors de leur rendez-vous et en fait d'avoir leur propre truc à elles, certaines préfèrent.
- Speaker #1
C'est sécurisant parce qu'après il faudrait que les gynécologues, mais on l'a dit, c'est toute une nouvelle éducation à avoir, c'est-à-dire des gynécologues qui considèrent que c'est pas contre eux, mais c'est pour tout le monde cette blouse, et elle pourrait aussi bien être proposée par le praticien que par la personne elle-même qui vient avec sa propre blouse.
- Speaker #0
Exactement, ça deviendrait la norme de soit ramener sa propre tenue, soit en trouver une directement dans son cabinet.
- Speaker #1
Il y a quelque chose vraiment de doux dans ton projet, d'enrobant, de respectueux ?
- Speaker #0
Oui, je me suis dit que ce genre de projet, si je m'attardais autant dessus, c'était vraiment dans le but de créer quelque chose de doux et de réconfortant pour justement que ce soit vraiment utile aujourd'hui.
- Speaker #1
D'ailleurs, toi, tu l'as testé ?
- Speaker #0
Oui, alors de base, je les ai déjà toutes testées pour les coudre. Donc la plupart du temps, je les faisais aussi à ma taille pour pouvoir essayer tous les mouvements possibles et d'autres choses. Je n'ai pas encore eu l'occasion de la tester en cabinet pendant un réel examen gynécologique.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Mais j'aimerais bien que ça se fasse prochainement.
- Speaker #1
Je dis toujours les cordonniers sont les plus mal chaussés, je le dis pour moi. Je crois que comme ça, tu pourrais répondre à un questionnaire. Ça ne te ferait pas de plus.
- Speaker #0
Oui, il faudrait que je fasse ça.
- Speaker #1
D'abord, est-ce que c'est un projet protégé aujourd'hui ? Est-ce que c'est breveté ? J'ai lu hier dans le tram que la Suisse est le pays qui dépose le plus de brevets.
- Speaker #0
Oui, avec plus de 10 000 brevets par année, c'est ça.
- Speaker #1
Oui, j'ai vu ça dans le tram.
- Speaker #0
Non, aujourd'hui, mon projet n'est pas breveté.
- Speaker #1
Il a commencé quand tu étais étudiante. C'était un mémoire, donc tu étais accompagnée de tes professeurs. Est-ce qu'ils avaient déjà eu ce type de projet ? Est-ce que c'était totalement innovant ? Et est-ce qu'ils t'ont soutenue et accompagnée ?
- Speaker #0
Alors oui, ils m'ont beaucoup soutenue et accompagnée. J'ai aussi eu la surprise de voir que la plupart de mes enseignants, c'était des hommes. Mais que assez vite, en fait, quand ils comprenaient les enjeux, ils étaient assez motivés par le projet et m'ont beaucoup encouragée à le continuer. Et en fait, ce qui était intéressant aussi, c'est que c'était autant nouveau pour moi que pour eux. Donc, on a essayé justement de rechercher des projets un peu similaires. On n'a pas trouvé grand-chose. Et c'est pour ça aussi que c'était un peu ce challenge-là de... Pas ramené d'inspiration et pas ramené de référence, mais de partir de rien. Du coup, je pense qu'ils m'ont aussi beaucoup aidé pour ce début-là, oui.
- Speaker #1
Tu as eu des prix ?
- Speaker #0
J'ai eu différents prix. J'ai été sélectionnée, entre autres, pour plusieurs expositions, dont le Milan Design Week. J'ai aussi eu d'autres bourses et fondations. Il y a eu Pro Helvetia, deux bourses de la part de Pro Helvetia. Ensuite, il y a aussi eu la fondation de Fit Impact, donc de la source, qui m'a aussi décerné un... Donc c'est souvent des fonds pour aider le projet à se développer. J'ai aussi eu du casino de Montreux, donc le casino barrière. Et donc c'est grâce à tous ces petits investissements que j'ai réussi un peu à développer et faire évoluer le projet jusqu'à aujourd'hui.
- Speaker #1
On ne peut pas développer un projet sans argent ?
- Speaker #0
Non, ça me paraît très compliqué malheureusement. C'est vrai que c'est souvent l'un des freins dans ce genre de projet, c'est qu'en fait on attend de l'argent pour pouvoir continuer à avancer. Et là, c'est aussi un des stades auquel je suis aujourd'hui.
- Speaker #1
Donc, c'est 2020 le début ?
- Speaker #0
Non, c'est 2022.
- Speaker #1
Oui, 2022, pardon. Donc, ça fait quatre ans. Bien. Eh bien, écoute, ton objectif aujourd'hui, c'est quoi la suite ?
- Speaker #0
La suite, c'est de continuer et de finaliser ces tests auprès des patientes et des gynécologues, d'essayer de créer la version finale de la tenue avec les modifications nécessaires. de pouvoir proposer une tenue qu'elle soit réutilisable et de pouvoir aussi proposer une tenue aux patients directement, donc aux femmes. Et je pense qu'une des autres choses que j'aimerais beaucoup accomplir, ce serait de plus m'intéresser à la maternité et en fait à aller un peu plus loin que la gynécologie, donc vraiment tous les domaines médicaux qui toucheraient aux femmes directement.
- Speaker #1
Et pourtant, tu as rencontré des gynécologues femmes plus âgées qui ont peut-être dit que ce n'était pas un projet viable. Est-ce que c'est vraiment une question genrée ?
- Speaker #0
Non, je ne pense pas que c'est une question genrée. Moi, ce que je trouve intéressant, c'est que les hommes ne se sont pas posé certaines questions, mais naturellement parce qu'ils n'ont pas vécu l'expérience. Donc c'est vrai qu'ils me disent qu'il n'y a pas de tenue aujourd'hui, mais parce que ce sont des choses auxquelles ils n'ont pas forcément pensé. Donc ce que je trouve assez normal. Mais c'est vrai que dans la plupart des cas, ils trouvent très pertinent le projet. Et donc, je me dis que c'est encourageant vu que les femmes sont de toute façon directement attirées par ce genre de projet, mais que les hommes le soient aussi, je trouve très encourageant pour la suite. C'est des sujets un peu plus tabous et du coup, on en parle moins. Donc, on est aussi moins au courant de ce qui se passe, par exemple, les hommes qui ne sont pas au courant de ce qui se passe chez le gynécologue. C'est normal parce que ce n'est pas forcément les femmes qui vont venir pour en parler de ce genre d'expérience. Mais c'est vrai que si on en parlait un peu plus, je pense qu'il y aurait déjà une ouverture d'esprit beaucoup plus grande que ce qu'on a aujourd'hui autour de ces domaines-là.
- Speaker #1
Et tu as commencé en parlant d'un film, et je pense qu'on a beaucoup, notre imaginaire s'est beaucoup nourri des films. Quand on voit une consultation gynécologique ou un accouchement, on voit des blouses, c'est parce que c'est du cinéma, donc ils ne vont pas nous montrer... Donc je pense qu'il y a l'idée qu'effectivement il y a une blouse et que cette blouse elle fonctionne bien. On est vraiment nourri par un imaginaire qui nous freine dans ce que tu as à proposer, c'est-à-dire si on allait plus loin et on fabriquait quelque chose qui permettrait que ça soit bien pour les praticiens et les praticiennes et pour les patientes. Merci beaucoup. Est-ce que tu vas ajouter quelque chose, des choses qu'on n'aurait pas évoquées ?
- Speaker #0
Non, je crois que tout est dit. En tout cas, les principales choses de mon projet, je pense qu'elles ont été abordées.
- Speaker #1
Est-ce que tu cherches encore des cabinets, des professionnels qui pourraient... Alors c'est un podcast qui sortira le 14 juin, mais est-ce qu'aujourd'hui tu recherches peut-être des pressings ?
- Speaker #0
Alors tout intérêt de la part d'institutions médicales, que ce soit des hôpitaux ou des cabinets, pour des collaborations, c'est toujours super et c'est très bien de recevoir des messages en tout cas. de personnes qui montrent aussi leur intérêt pour ce projet-là. Ah oui, je voulais dire aussi que j'étais aussi en contact, du coup maintenant il y a plusieurs autres domaines qui s'intéressent aussi à ce projet, dont des fondations justement de santé sexuelle. Et c'est toujours intéressant pour moi d'aller, il y a aussi des centres de fertilité, donc d'aller dans différentes institutions qui font des choses aussi différentes avec des patientes. différentes et c'est très intéressant pour le projet justement de pouvoir aborder ce genre de choses-là aussi autres que la gynécologie même.
- Speaker #1
Oui, effectivement, les centres de fertilité. Mais tout à l'heure, je pensais même aux enfants, tout à l'heure, des petites blouses d'enfants. moment donné, une fois qu'on a ouvert l'esprit à se dire en fait, tout le monde peut être concerné par aussi... Tout à l'heure, on a parlé des complexes. J'avais parlé de complexes physiques. Je pense à des propos ou des regards. grossophobe ou l'inverse des personnes qui seraient extrêmement maigres ou personnes avec plein de tatouages où il pourrait y avoir des réflexions et ça concerne l'humain, ça ne concerne pas juste les femmes. Écoute, je trouve que ton projet est vraiment super. Moi aussi, je l'achète cette blouse. Honnêtement, je ne suis pas pudique, mais au moins, je pense que si un praticien peut, une praticienne peut éduquer des patients et des patientes. à pouvoir accéder. Je pense que des patients et des patientes peuvent faire aussi l'inverse. C'est-à-dire, moi, je ne suis absolument pas pudique, mais je pourrais très bien acheter cette blouse et dire à mon gynécologue, je vais mettre ma blouse. Et voilà, je veux dire, je pourrais prendre conscience. Je pense que ça va dans les deux sens. Donc cette blouse, moi aussi, je veux l'acheter.
- Speaker #0
C'est super, je vous dirais dès qu'elle est disponible.
- Speaker #1
Voilà, mais en tout cas, merci beaucoup pour ces échanges.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Gynécaire. Plus, il y avait plus.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
C'est un objet simple en apparence, mais qui ouvre bien des questions fondamentales sur le soin, sur la dignité et le respect des corps. Merci pour ce travail. Merci pour ces échanges. J'ai hâte de voir le résultat. J'espère que ce petit podcast permettra à des personnes en Suisse, mais peut-être même ailleurs, d'avoir envie de te contacter pour développer ce projet. Si vous n'êtes pas encore abonné à Parlons Culture, eh bien, mais non, pas du tout, j'ai un petit cadeau pour toi. J'ai un petit cadeau que je vais te donner maintenant.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
C'est vraiment un petit cadeau. C'est d'abord mes cartes postales que je produis où j'écris des phrases qui sont importantes pour moi. Et puis, tu verras, il y a un éventail, parce que l'éventail, c'est l'image graphique de mon cabinet. Parce que j'estime que la sexualité, c'est un peu comme un éventail. Un éventail fermé, ça ne fait pas grand-chose. Mais quand on ouvre, ça fait du vent. Et ouvrir sa vision de la sexualité, c'est bon pour tout. De la même manière que toi, tu as... Je trouve que ce que tu fais, c'est faire de la prévention autrement. C'est-à-dire, on sait qu'on peut dire aux femmes, allez consulter, faites des frottis, faites de la palpation. C'est bien de le dire, mais peut-être qu'il y a des freins, et là tu travailles sur un frein qui peut être relié à la prévention, et je trouve que c'est comme un éventail. La prévention, ce n'est pas seulement dire, allez-y, ce n'est pas seulement faire peur en donnant des chiffres qui seraient affolants, c'est aussi dire, vous y allez, mais on va peut-être mettre des conditions optimales pour que vous puissiez y aller, et c'est ce que tu fais avec ton projet.
- Speaker #0
Exactement, faire en sorte en tout cas qu'on y aille un peu moins stressé, et qu'on ressorte plus avec...
- Speaker #1
avec plus de confiance en tout cas qu'actuellement ce qui peut se faire merci beaucoup et puis on terminera en musique et puis on décidera ensemble de la musique si tu veux bien merci à toi
- Speaker #2
Et je te montrerai Sous nos seins là, creus de nage Sous nos seins là, regarde Sous nos seins là, regarde