Speaker #0Je vais bientôt avoir mon bébé et je sens que mon mari a hâte que j'accouche, car nous avons arrêté la pénétration depuis plusieurs mois. Je ne prenais plus de plaisir. Quelle contraception pourrait me redonner envie, même si j'aimerais allaiter longtemps afin de repousser les rapports ? Cette question m'a été posée en mai 2025. Je pense qu'il a fallu beaucoup de courage pour la poser, l'envoyer, et je pense qu'elle mérite qu'on s'y attarde. Elle ouvre une porte, celle du désir absent, du... corps en transition, de la pression à reprendre une sexualité après un accouchement, alors même que la femme vient de traverser une transformation physique, hormonale, identitaire. En tant que sexologue, je reçois régulièrement des femmes en consultation qui formulent les mêmes interrogations. Est-ce normal de ne pas avoir envie ? Pourquoi est-ce que je me sens coupable ? Pourquoi est-ce qu'on me prescrit déjà une contraception alors que je ne veux pas encore penser à une sexualité partagée ? où, lors de la première consultation, des femmes évoquent la sexualité pendant la grossesse, deux ans, cinq ans, dix ans, après vingt ans, qu'en dire ? Bienvenue dans Parlons Culture, de Norah Lounas, sexologue clinicienne depuis plus de vingt ans. Un podcast où l'on parle de sexualité avec nuance et sans détour. Aujourd'hui, c'est un sujet mal posé, parfois mal traité, la sexualité après une grossesse. Un accouchement, ce n'est pas un événement anodin. des déchirures parfois, une ouverture, un effort physiologique immense, une réorganisation hormonale complète, et cela qu'il s'agisse d'un accouchement par voie basse ou par césarienne. Dans mon cabinet, j'entends des femmes dont l'anibito est inexistante pendant des mois, voire des années. Cela ne veut pas dire qu'elles ont un trouble. Cela signifie qu'elles ont une vie, un corps qui récupère, des nuits sans sommeil, une identité de mère à apprivoiser, une identité de femme à découvrir. Selon une étude publiée dans The Journal of Sexual Medicine en 2020, montre que la prévalence des troubles sexuels se situe entre 41% et 83% dans les 2 à 3 mois suivant l'accouchement, puis environ 64% à 6 mois, avec souvent une amélioration progressive, sans retour complet au niveau pré-croissance. Une étude faite aux Pays-Bas sur 594 femmes donne pour résultat les problèmes suivants. Baisse du désir ? activité sexuelle réduite, difficulté d'excitation, douleur, lubrification réduite, difficulté à atteindre l'orgasme. Et pourtant, elles sont peu nombreuses à en parler spontanément, de peur d'être jugées, et pourtant, nous sommes peu nombreux à leur poser des questions en ces termes. La fameuse visite postpartum, dont le nombre de visites varie, mais disons en moyenne 6 semaines après l'accouchement, est souvent l'occasion d'une phrase qui revient en boucle. Vous avez repris les rapports ? Ou comment se passe la reprise des rapports ? Que cela soit formulé avant ou même après les questions sur l'état émotionnel, les douleurs, l'allaitement, la fatigue, la réorganisation de ce couple devenu famille, famille agrandie. Cette question pose une norme à atteindre. C'est une injonction, et je le dis souvent aux professionnels de santé que je forme, ne posez pas cette question telle qu'elle. Posez-la si elle doit être posée comme une invitation à parler du corps, du lien. Du confort. Dans la lettre de Sonia, une autre phrase a dû vous interpeller. « Quelle contraception pourrait me redonner envie ? » Et c'est une confusion bien étrange. La contraception, c'est un outil. Elle sert à éviter une grossesse. Elle ne relance pas une libido. Elle ne recrée pas une intimité. Elle protège, parfois elle soulage, mais elle ne guérit pas d'un non-désir. Certaines méthodes sont compatibles avec l'allaitement, par exemple la pilule progestative, le stérilé au cuivre hormonal ou les implants. D'autres, comme la pilule ostro-progestative, sont déconseillées pendant les premières semaines ou moins de l'allaitement. Il existe également la méthode MAMA, reconnue par l'OMS, la méthode de l'allaitement maternel et de l'aménorhée. Elle repose sur trois critères, allaitement exclusif ou quasi-exclusif, bébé de moins de 6 mois et absence de retour de règles. Son efficacité théorique atteint 98% mais elle suppose une rigueur que toutes ne souhaitent pas ou ne peuvent pas maintenir. Donc en consultation, je rappelle souvent ceci, la contraception c'est un choix médical, pas une relance affective. Elle n'est pas le déclencheur d'un plaisir qui reviendrait soudainement. C'est normal. Une femme que j'ai reçue récemment m'a dit « il me regarde avec envie mais moi je n'ai pas encore retrouvé mon corps » . Cette phrase, je l'ai entendue sous différentes formes des centaines de fois. Merci. Derrière cette question de la reprise sexuelle, il y a parfois un partenaire qui attend, parfois même qui insiste. Et cette attente devient une pression, subtile ou non, mais bien réelle. Je le redis ici, la frustration du partenaire ne doit pas devenir la boussole du calendrier sexuel. Ce que je propose pour les couples que j'accompagne, c'est de redéfinir la sexualité. Non, la sexualité ne commence pas au moment où la pénétration reprend. Oui, on peut explorer d'autres formes de liens, la sensualité, le toucher, la tendresse, la complicité non sexuelle ou simplement une pause. Certaines femmes reprennent une sexualité coïtale après un mois, d'autres après deux ans, et il n'y a aucune norme valable pour tous. Le postpartum, c'est une période où le mot « intimité » peut vouloir dire autre chose, et cela aussi, il faut pouvoir le nommer sans difficulté, sans honte, sans complexe. Je termine par un message que je partage souvent en fin de consultation. Le désir ne se commande pas, il s'écoute, il se reconstruit, il se reformule, et surtout, il ne revient pas toujours là où on l'attend. Ce n'est pas à la médecine de définir ce qu'est une sexualité normale après un accouchement. Ce n'est pas aux proches de suggérer qu'il est temps de s'y remettre. Ce n'est pas à la femme de se justifier si elle ne veut pas. Et ce n'est pas au couple de reproduire un modèle figé. Chaque corps a son rythme. Chaque parentalité son vertige. Chaque désir sa temporalité. Et parfois ça commence par le droit de ne pas vouloir. Par le droit d'être fatigué. Par le droit de ne rien faire. Le soin sexuel, c'est aussi ça. Bien sûr, je ne peux pas m'arrêter là, car je dois vous parler des situations où, chez un couple hétéro, mais en fait c'est stupide, ce que je dis ça pourrait être pour n'importe quel couple, donc chez un couple tout court, cela peut être la personne qui n'a pas porté l'enfant, qui n'a pas de désir. Et là aussi, ça s'entend. Que faire ? Bien comprendre ce qui vient d'être dit. Discuter de quelle manière vivre cette opportunité de déployer une sexualité vivante et non figée. Et si c'est difficile de le faire à deux, se faire aider par des spécialistes. Chacun son métier. Vous êtes d'accord ? Bon, j'ai une vague impression que ce podcast va en irriter certaines et certains. Et je vous comprends, car toute notre vision de la sexualité est basée sur le fait que les hommes auraient plus de besoins que les femmes. Qu'une grossesse, puis le fait d'accoucher, ce n'est pas si difficile. Ben oui, t'es pas la première, tu seras pas la dernière. que la vie doit reprendre son cours comme avant, avec du plus. mais pas du moins. Eh bien nous, après le conte de fées, ils se mariaient, s'ensuient et usurent beaucoup d'enfants. Mais personne n'a écrit la suite. Ou plutôt si, un autre conte de fées. Sauf que maintenant, c'est plus difficile à faire passer. Soyons gentils avec nous-mêmes. Et en ce qui concerne la sexualité après la grossesse, développons l'empathie. Je voudrais ajouter quelque chose que j'ai oublié de dire et c'est très très important. Je voudrais dire que... Une grossesse, ça peut réactiver des traumatismes anciens, des traumatismes d'enfance, notamment des agressions sexuelles qui auraient été subies pendant l'enfance. Et une deuxième chose, que des violences conjugales peuvent commencer ou survenir pendant une grossesse, les violences conjugales de la part du ou de la partenaire. Et donc, c'est pour cette raison qu'il existe des consultations et des questionnements sur... pas seulement la sexualité, mais aussi sur la relation dans le couple. Merci pour votre écoute. C'était Parlons Cul-ture, un podcast à écouter chaque 14 du mois. Partagez, commentez, abonnez-vous au podcast, c'est gratuit. C'est gratuit le podcast, pas mes consultations. Suivez-moi sur Instagram. Et pour conclure, parce que le plaisir peut prendre bien des formes et que la tendresse peut chanter plus fort que les normes, voici des bisoux de Philippe Katherine. que j'adore.