- Speaker #0
Je suis Stéphanie Barranco. Ici, je donne la parole aux femmes. Des femmes connues ou anonymes. Des femmes fortes, fragiles, audacieuses, parfois cabossées. Des femmes qui ont aimé, douté, futé, recommencé et qui ont accepté de venir raconter leurs histoires sans tabou, sans jugement, sans filtre. Parce que derrière chaque parcours, il y a une femme. Ses choix, ses peurs, ses combats, ses désirs. Ces victoires et cette question qui traverse chaque épisode, au fond, c'est quoi être une femme aujourd'hui ? Je crois profondément que lorsque les femmes racontent leurs histoires, leurs mots peuvent résonner. Alors ici on écoute, on partage, on transmet. Bienvenue dans la saison 4 de Parole de Femme. Aujourd'hui je reçois Florence. Florence connaît cette maladie qui ne se voit pas, pas toujours comme on l'imagine, mais qui prend toute la place. L'anorexie, tu m'arrêtes si je me trompe si on parle d'anorexie mentale.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Une maladie qui touche le corps, mais aussi l'identité, le désir et la féminité, qui touche la vie sociale et qui touche le regard qu'on porte sur soi-même. Florence, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour Stéphanie.
- Speaker #0
Merci de faire partie de l'histoire de Parole de Femme, saison 4. On va parler de toi, on va parler de cette maladie dont on n'a encore jamais parlé dans Parole de Femme. Mais avant de commencer, pour essayer de mieux te connaître, si tu étais un moment de la journée, si tu étais une chanson... Et si tu étais une couleur, lesquelles serais-tu ?
- Speaker #1
Alors, au moment de la journée, je serais le matin.
- Speaker #0
Pourquoi ?
- Speaker #1
Parce que j'aime bien me lever souvent un peu plus tôt que tout le monde. Voir comme tout est calme, j'ai l'impression aussi que comme j'ai passé ma nuit à dormir, à bien dormir normalement, je suis beaucoup plus apaisée au niveau des pensées, de tout ce qui peut un petit peu cogiter dans ma tête. Et je trouve que c'est bien pour essayer de démarrer une bonne journée, en tout cas.
- Speaker #0
Ça représente ces pensées dont tu parles, elles arrivent tout le temps, tous les jours. Tous les jours, au fur et à mesure de la journée, tu te sens comme encombrée de pensées.
- Speaker #1
C'est ça. Alors, beaucoup moins maintenant, puisque moi j'ai commencé l'anorexie, j'avais 15-16 ans. Là, j'en ai 40. Donc Dieu merci, Dieu merci, il y a beaucoup moins de pensées maintenant. mais oui c'est à dire que c'est une pensée qui même si on va mieux devient vraiment automatique c'est à dire que le repas c'est trois quatre fois par jour si je goûte le goûter donc tu es confronté à trois quatre fois par jour à une peur une plus grande peur Et cette peur en plus, l'humain la prépare puisque souvent c'est qu'est-ce que je vais manger, qu'est-ce que je fais comme quoi ? Oui c'est vrai. Voilà, donc si tu veux c'est et matin et midi et soir, aux heures de repas et goûter. Mais c'est une heure, deux heures avant et une heure, deux heures après. Donc finalement, sur une journée,
- Speaker #0
c'est énorme.
- Speaker #1
C'est énorme. Et des fois, j'ai essayé beaucoup de fois d'expliquer ce que je ressentais, ce que ça faisait. Et l'image que j'ai trouvée un petit peu, c'est ça. Tu prends quelqu'un qui a peur du vide. Et matin, midi et soir, tu lui dis que tu vas le mettre devant le vide. Ouais. Et tu ne sais pas ce qui va se passer. Donc la personne va angoisser avant.
- Speaker #0
Avant.
- Speaker #1
Elle va se trouver au bord du vide pendant une heure, deux heures, avec d'autres personnes qui, elles, n'ont peut-être pas peur, pour un soin au parachute ou je ne sais pas. Tu ne sais pas comment ça va se passer. Et tu vas essayer de te remettre... remettre de ton émotion pendant deux heures après.
- Speaker #0
Oui, donc finalement, tu reviens sur l'heure du nouveau saut. Oui, quasiment.
- Speaker #1
Les deux heures avant le nouveau saut où tu vas préparer ce saut. Donc en fait, c'est tout le monde. Et après, c'est un entraînement. Alors, les peurs, ça s'apprivoise, mais là, c'est un autre niveau. Oui,
- Speaker #0
on n'est même pas dans la peur, on est plus dans la terreur.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Dans l'immobilisme.
- Speaker #1
Et tu peux tenir la main de... de personne techniquement mais quand je dis ça c'est dans le sens où personne ne va manger pour toi ou tenir ta fourchette et surtout pas à 16 ans et donc c'est C'est incompréhensible parce que tout le monde à côté de toi, donc si tu reprends l'image du vide, c'est que tout le monde à côté de toi te dirait « Mais n'aie pas peur,
- Speaker #0
saute, saute. »
- Speaker #1
Moi, je saute. Voilà.
- Speaker #0
Et le matin, même quand tu étais au plus fort de ta crise, au plus fort de tes crises, le matin, tu étais toujours apaisée. La nuit, il faisait comme un reset ou quand même pas, ou c'est maintenant que tu vas mieux ?
- Speaker #1
Alors la nuit, là ça va mieux. Je dirais que maintenant ça fait un peu le reset et que j'ai moins ces pensées. Donc c'est sûr que le matin je ne pense plus comme ça, j'arrive à prendre un petit déjeuner. Mais quand j'étais au plus fort de 6, non ça ne faisait vraiment pas reset. Parce que le matin c'était un café et une cracotte avec... filet de confiture et tu mettais une heure à peut-être à aller quoi voilà je mettais du temps à manger alors c'était un peu compliqué quand j'allais au lycée ou à l'école donc ce qui fait que c'était souvent un café ou chocolat chaud à l'époque et encore et voilà vraiment maintenant que je même en en parlant là où je me rends compte que non avant c'était une souffrance dure tout le temps tout en tout tu as arrive à trouver aujourd'hui un apaisement on va revenir sur le parcours ouais mais effectivement aujourd'hui on peut considérer que ça va un peu mieux si on dit ça c'est juste oui ça va même beaucoup beaucoup moins beaucoup mieux dans Dans tout, dans les aliments, les repas, faire un restaurant c'est ok. Oui, il y a vraiment eu un progrès énorme et finalement c'est... C'est pas si vieux en fait, que ça va beaucoup mieux.
- Speaker #0
Tu nous expliqueras, on va repartir. Alors, finissons quand même. La couleur et puis la chanson. Est-ce que tu as, est-ce que par exemple, quand on est malade, est-ce que la musique peut être un refuge ? Est-ce que tu as des chansons qui t'ont porté, qui t'ont aidé ? Est-ce qu'on trouve dans les mots MOTS des autres ? Un apaisement à ses propres mots, M-A-U-X, ça soit ?
- Speaker #1
Oui, alors la musique, quand c'est comme ça, tu as des phases un petit peu, donc tu as la musique triste. Moi j'aimais beaucoup la musique classique parce que j'avais fait un peu de danse classique quand j'étais petite aussi, puis il y avait ce côté, je pense, qui m'a rappelé les danseuses, la légèreté, donc tout s'associa finalement. Donc oui, j'aimais bien les chansons à parole, des choses qui me tenaient. Les chansons un peu anciennes aussi, des fois, que mes parents écoutaient. Je pense que ça me réconfortait, mon enfance, des choses comme ça. Et après, j'avais le côté où j'aimais bien les musiques qui étaient tendances du moment, qu'on entendait en boîte de nuit, même les Bob Sinclar, les David Guetta et tout, parce que je pense que ça me... Ça me rappelait un peu ce que je ne faisais pas ou plus, c'est-à-dire aller en boîte ou des trucs comme ça.
- Speaker #0
Tu as complètement arrêté un moment d'aller en boîte ?
- Speaker #1
Oui. Déjà, quand ça m'est arrivé à 15-16 ans, je n'allais pas trop trop en boîte. Donc là, je n'avais pas encore le truc. Et puis j'ai eu des phases dans l'anorexie, c'est-à-dire que j'ai commencé, j'ai perdu 10 kilos. Ça s'est un peu stabilisé. Et après, j'ai reperdu 10 kilos. Donc là, ça a été beaucoup plus compliqué. Et après, j'avais réussi à reprendre, à reperdre et tout. Donc j'ai quand même eu des phases de ma jeunesse qui a... où j'ai... je suis sortie, j'ai eu des petits copains, j'ai eu des amis. Donc ça, je pense que c'est une chance parce que j'ai vu effectivement, ou j'ai lu beaucoup de parcours de jeunes filles qui, elles, n'avaient pas... j'avais jamais connu ça parce que c'était vraiment le full maladie et qu'il n'y avait pas de répit un petit peu. Moi, j'ai eu un peu cette chance à des moments. Donc voilà.
- Speaker #0
Et une couleur ?
- Speaker #1
Une couleur... Moi, j'aime bien le blanc, mais ce n'est pas une couleur. Non, mais ce n'est pas grave. Tu as le droit de choisir le blanc.
- Speaker #0
On a le sentiment que tu as besoin de pureté tout le temps autour de toi, de pureté, de légèreté, du blanc. C'est finalement un peu ça la quête de l'anorexie, cette quête mentale. Si tu devais le décrire, peut-être une couleur de l'anorexie, ce serait le blanc.
- Speaker #1
Et le noir. Tu vois, c'est ça en fait. Je pense que tu peux faire le ying et le yang dans cette maladie. C'est ça qui est dingue. Pourquoi ? Parce qu'au début, quand tu commences, tu lis beaucoup de choses où ils te disent que l'anorexie mentale, c'est plurifactoriel, c'est plein de trucs à la fois. Ça peut être un gros choc émotionnel. Par contre, de ce que j'ai lu ou même de ce que je vois, il y a quand même une base, même si c'est chez des personnes, elle est révélée beaucoup plus importante et chez d'autres moins. où tu veux quand même contrôler ton corps. Il y a une question, beaucoup de jeunes filles, c'est une question de perte de poids pour ressembler à des standards qui ne sont pas réels, en plus au passage, qu'on te vends, qu'on te truque. Et puis tu as toujours l'impression que de toute façon, si t'es mince, t'es belle, et si t'es belle, t'es acceptée.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Et ça, voilà. Même une gamine de 12 ans ou quoi, il y a quand même un peu cette notion, parce que tu as des exemples, pas forcément la mère d'ailleurs, c'est complètement faux ces histoires. Non, non,
- Speaker #0
pas forcément la mère, plutôt aujourd'hui les figures, les réseaux. Oui, quand on a des exemples de jeunes femmes qui ont 15, 16, 18, 19 ans qui ont perdu 30 kilos. Là, maintenant, à l'heure actuelle, c'est vrai que c'est…
- Speaker #1
Et donc, après, effectivement, je pense que si tu as eu un choc émotionnel dans ton enfance ou si par tes gènes, tu es aussi plus fragile ou pas, ça ne se conditionne pas, tu as un terrain un peu plus propice.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Parce qu'il ne faut quand même pas se fleurer quelqu'un qui décide un peu du jour au lendemain de se dire « je ne bouffe plus, je ne mange plus » . Ce n'est pas « tout le monde » . Ce n'est pas bien, ce n'est pas un super pouvoir. Mais souvent, c'est ça, tu attaques un régime, homme ou femme, tu tiens une semaine et après tu te dis « je vais me marrer » .
- Speaker #0
C'est vrai, mais là on n'est pas dans le régime.
- Speaker #1
Exactement. Là, on croit que c'est un régime de base. Ah oui, je l'ai en fait. ça prend une autre tourneur. C'est-à-dire qu'il y a un moment, il y a un espèce de truc qui bascule. C'est que quand tu vois que tu... Ce n'est même pas faire un régime. C'est carrément que tu ne manges quasiment rien. Là, on n'est même plus à 1200 calories, 1500. On est à 200, 300. Si je mange un café, une pomme, il n'y a rien. Mais tu vois que le lendemain, tu as déjà un kilo de moins. Pourquoi ? Parce que tu es jeune.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tu es jeune. Donc, quand tu es jeune, tu ne manges pas le soir. Tu perds un peu.
- Speaker #0
C'est sûr.
- Speaker #1
Alors, je vais te... Je parle dans un... T'as à peu près un métabolisme qui va bien, parce qu'on est tous différents aussi, et pas tous égaux là-dessus, je suis bien d'accord.
- Speaker #0
Non mais tu fais pas de généralité, de toute façon dans Parole de Femme on n'en fait pas. Mais effectivement quand on est jeune, on le sait tous, que c'est un peu plus simple de perdre un kilo qu'on a. pris la veille.
- Speaker #1
C'est vite vu en fait, tu as une journée d'étudiante, de lycéenne ou de collégienne où tu es à tant de calories dépensées et tu en ingurgites tant. Je veux dire, tout le monde le dit encore actuellement, un déficit de calories. Donc voilà, et tu trouves le système et tu as l'impression qu'en plus tu te dis non seulement j'ai trouvé, mais en plus ça va aller vite, ça va aller très vite mon histoire. Donc je vais vite être débarrassée du truc, j'ai des machins. Et en fait, le basculement qui se fait, c'est qu'à un moment, et ça c'est incroyable à vivre, tu as une poussée d'énergie. C'est-à-dire que ton cerveau fait l'inverse. Et ça, je l'ai étudié après, parce que je l'ai lu et c'est vrai. Ton système de récompense est différent.
- Speaker #0
Explique-nous.
- Speaker #1
C'est-à-dire que quand... Quand on est petit par exemple, je vais prendre cet exemple, on te dit souvent, je ne sais pas, ah bah t'as bien travaillé ou machin, on va aller manger une bonne glace ou machin. Ou alors t'as faim, en gros c'est un système de récompense entre guillemets, tu manges, t'es apaisé après et tout. Ou alors tu dis, aujourd'hui je vais me faire plaisir, ce matin j'arrive à faire un croisin. Sauf que là dans le basculement qui se fait à un moment, c'est que je ne mange pas. Mon cerveau est content. Et là, ça se met en place comme une espèce de drogue, une synthèse et tout. Et plus tu le fais, plus tu es dans l'euphorie, tu es dans l'énergie et tu dupliques. Moi, je faisais deux heures de gym le soir dans ma chambre. Ah oui, c'était… Ah oui,
- Speaker #0
en mangeant, en ingurgitant juste 200 ou 300 calories dans la journée.
- Speaker #1
Oui, oui. Tu es en duplication, tu es tout. Tu as envie de performer un peu partout parce que là, d'un coup, tu te sens un peu puissante et tout. Il y a une espèce de pouvoir suréactif.
- Speaker #0
C'est les endorphines qui font ça. Il y a vraiment de l'endorphine qui se met en place.
- Speaker #1
Vraiment. C'est un système de récompense inversée. Et moi, je l'ai lu et je suis assez d'accord avec ça. Et je l'ai vécu. Et tu as aussi une endorphine. Là, tu te dis, je vais viser la perfection. Donc, tu dupliques à l'école. Tout devient presque, je vais devenir parfaite. C'est un embranlement de tout ça. Et donc... Tu ne ressens plus la faim. En tout cas, tu penses ne plus la ressentir, parce que tu es tellement anesthésiée et tout ça que tu ne sens plus. C'est assez spectaculaire, c'est vrai. Sauf que très vite, ça déchante.
- Speaker #0
Alors, ok. Explique-moi pourquoi ça déchante. Mais après, j'aimerais qu'on revienne au début. D'accord ? Comment tu vas arriver, toi, petite fille ? Le moment où tu te dis... Pourquoi tu te dis, je veux perdre du poids ? Comment, à 15 ans, est-ce que ton... Qui tu étais comme petite fille ?
- Speaker #1
Alors, on va commencer par ça, finalement.
- Speaker #0
Oui, parce que le point de départ est important.
- Speaker #1
Après, chaque histoire est différente, c'est sûr. On parle de toi. Moi, c'est perso et je ne vais peut-être pas rentrer dans trop de détails. Moi, j'étais une enfant plutôt… Alors, je suis née, j'étais plutôt un gros bébé. Et ça, on me l'a relativement répété au fil de ma vie. Pas méchamment, mais voilà. C'est vrai que tu étais quand même un gros bébé. Oui, OK, bon. J'étais grande aussi. Mais voilà. Moi, j'ai vécu avec mes deux parents. Après, ils ont divorcé. Mon papa a dû aller travailler. travaillé dans le sud donc j'étais beaucoup avec ma maman donc qui m'a qui m'a qui m'a beaucoup soutenu beaucoup beaucoup élevé ça c'est certain et j'avais toujours cette notion de faire attention j'ai
- Speaker #0
grandi là dedans en fait si tu veux un petit peu par rapport à ta maman elle faisait elle même attention alors ma maman faisait attention mais pour
- Speaker #1
Maintenant, avec le recul, je m'aperçois normale. Ma maman était fine déjà de base, on est toutes fines dans ma famille. Mais ma mère faisait attention comme n'importe quelle femme maintenant. Il n'y avait pas de recul d'extrême ou quoi que ce soit. Mais c'est vrai que pour moi, c'était un peu mon image. Mais après, ce qui se passe au collège, c'est que tu as aussi des copines. Tu as aussi des copines, tu commences à danser, tu commences à te changer dans les vestiaires pour aller faire du sport. Tu vois, des petites choses comme ça qui se mettent. Et là... Moi, j'ai un petit peu tardé aussi à avoir mes règles. Donc forcément tu n'es pas formée comme tes copines tout de suite. C'est vrai. Tu vois, il y a des petits trucs. Et tu te sens un peu différente. Tu te dis, ah, moi je n'ai pas la poitrine qui s'efforce, mais ma copine, elle est toute droite, alors que moi j'ai un peu des, je pense, des petits trucs comme ça.
- Speaker #0
Oui, c'est toi qui vas mettre le point de focus finalement. Oui. En mode comparaison plutôt.
- Speaker #1
Un petit peu, parce que... Et puis moi, je n'ai pas de frères et sœurs. J'ai été élevée uniquement avec des cousines qui ont trois ans de moins que moi. Et on était différentes aussi. et que des femmes dans ma famille. Donc, si tu veux, la comparaison se met insidieusement. Et moi, j'ai fait toujours beaucoup de comparaisons. Après, on nous comparait aussi sur des réussites scolaires, sur des choses comme ça un petit peu, mais comme toutes les familles. Donc, je pense que la comparaison aussi vient de pas mal de choses et toi, tu la mets dans ta tête. Et puis... Passé un moment, c'est vrai que arrivé à mes 15 ans après je voyais encore mon papa de temps en temps, les vacances et tout mais arrivé à mes 15 ans j'étais pas bien dans ma peau et ma grand mère m'avait dit mais t'inquiète pas tu auras tes règles et tout va changer sauf que oui le t'inquiète pas un truc va arriver magique la machin tu te crois pas trop tu sais même pas ce que c'est d'en plus tu es règle dit plus tard je les ai donc c'est moi beau je suis pas sûr du truc donc tu fais pas confiance tu fais pas confiance à la vie tu ne fais pas confiance aux choses,
- Speaker #0
tu ne veux pas en parler et puis à l'époque oui on en parlait aussi moins facilement à l'époque voilà,
- Speaker #1
maintenant tu prends une jeune fille qui te dit écoute maman j'ai envie de perdre un peu de poids ou quoi tu lui dis c'est quoi, on va tout de suite aller voir une nutritionniste vététicienne elle va te faire quelque chose et puis là ça sera intelligent à l'époque, même un psy à l'époque on parle de ça il y a plus de 20 ans donc non non pas du tout 25 ans,
- Speaker #0
26 ans donc voilà et donc on a une adolescente de 15 ans plutôt mal dans sa peau quand même plutôt sur une fibre de comparaison avec les autres.
- Speaker #1
Oui, tout le temps.
- Speaker #0
tout le temps,
- Speaker #1
et c'est là que tu te dis,
- Speaker #0
en fait, c'est la première graine, c'est là qu'elle s'insinue.
- Speaker #1
C'est vraiment un jour où c'est comme, à un moment, je souffrais de ça, je pleurais, je me disais, pourquoi si ? Et pourtant, c'était, quand je vois les photos maintenant, je me dis, pourquoi ? Pourquoi j'avais ça ? Et j'étais quand même à l'époque aussi, où les filles le disent d'ailleurs, là, quand certaines en parlent, je le vois, c'est Génération Kate Moss et compagnie. Voilà, Béthnès-Pierre, machin, et encore. Et là vraiment à un moment, je me dis j'en ai marre, j'en ai marre d'entendre, enfin de ne pas être comme je veux, de ne peut-être pas être belle comme ma maman aussi, de ne pas être comme mes copines, de je ne sais pas... de ne pas faire un 34, alors que je faisais un 36. Tu vois, des codes, des trucs. Non, mais des codes et tout. Et puis, il y a une part de moi, vraiment, et ça, je le vois maintenant, qui avait envie. J'avais envie d'être super mince. J'avais envie de voir ce que ça faisait, d'être comme ça. Et puis, peut-être que je me suis dit, et ce n'est même pas peut-être, c'est vrai, je serais plus mince, je serais plus jolie, je serais plus aimée, plus acceptée. Là, tout est venu ensemble.
- Speaker #0
Et là, c'est là en fait où ça commence.
- Speaker #1
Là, il y a un jour, je pleurais tellement dans ma chambre et tout que vraiment, j'avais une rage contre tout le monde qui ne m'écoutait pas ou qui ne voyait pas, qui ne pouvait pas voir.
- Speaker #0
Parce qu'ils ne pouvaient pas voir, parce que ça n'existait pas. Oui,
- Speaker #1
voilà. En plus, c'était que dans ma tête. Et puis, je ne voulais surtout pas en parler. Pour moi, je me dis de toute façon, si je le dis, on va m'en empêcher. Donc, certes, je n'étais pas bête sur ça. Et un jour, j'ai dit, de toute façon... J'avais la haine et je me suis dit de toute façon je vais tellement être maigre qu'ils vont me voir, ils vont tous en crever, en baver.
- Speaker #0
Enfin vraiment c'était une grosse rage de tout et ça a commencé comme ça.
- Speaker #1
Et le lendemain, ça a commencé petit à petit. Tu ne fais pas d'un coup, ce n'est pas si facile, bien sûr tu te rends compte au début. C'est quand même un gros choc. Donc le matin c'était genre trois cuillères de céréales. c'était calculé le midi j'étais à la cantine donc en plus au self hyper complexe avec tes copines et tout donc je mangeais que l'entrée et le yaourt ok donc ça pouvait être alors j'avais pas encore ce truc des aliments tu sais gras, gras machin tout donc si c'était l'entrée c'était soit une salade de carottes soit à un moment c'était une part de pizza et j'avais pas encore ce distingo 4h je disais non et puis le soir bah mais ça c'est facile tu dis bah non j'ai trop mangé à midi j'ai trop mangé alors Merci.
- Speaker #0
Mais ta maman ne s'alerte pas ?
- Speaker #1
Si, elle le voit très vite. En plus, on n'est que deux.
- Speaker #0
Deux à manger, deux dans la maison.
- Speaker #1
Je crois qu'elle s'alerte un peu que je ne mange pas. Au début, tu trouves des subterfuges. J'ai mangé chez une copine, je n'ai pas mangé là. Mais c'est parce que je suis amoureuse. Mais plein de trucs !
- Speaker #0
Mais en fait, au-delà de la métamorphose de ton corps, on se rend compte, tu deviens menteuse.
- Speaker #1
Ça change même ce que tu deviens. Tu as honte et tout, mais tu mens. Cette maladie, c'est insidieux, mais tu mens. Tu ne mens pas pour te sauver d'une situation ou pour faire du mal. Tu mens parce qu'il faut protéger ce secret. Au début, c'est ça. Au début, c'est protéger le secret. Tu ne vois pas les mensonges. Tu arranges la vérité. J'ai mangé, j'ai trop mangé, j'ai pas mangé. Qu'est-ce qu'elle peut dire si j'ai trop moins de temps ? manger une boite, de toute façon, puisque tu vois pas le mal, j'ai pas menti sur mes notes, j'ai pas menti, tu vois, au petit niveau, tu te dis ces petits niveaux. Et voilà. Et ma mère commence à le voir à mes vêtements, même si, à dos, tu te mets des joggings, des jeans un peu larges, et encore, à l'époque, c'était des skinny, attention, le truc bien con, et un jour, elle rentre dans la salle de bain. Et là, c'est le drame. Parce que j'ai déjà bien 8 kilos en moins.
- Speaker #0
Oui, mais pour qu'on comprenne, il faut dire d'où tu pars.
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Parce que c'est ça,
- Speaker #0
si tu es déjà, je ne sais pas, tu fais un mètre... 1,75. 1,75, si tu es déjà, par exemple, je ne disais pas quand, une taille 36 à 65 kilos.
- Speaker #1
Oui, mais même pas. J'étais à... Alors tu sais j'avais le, je sais y'a trop, 53, 54, 55, je me rappelle très bien.
- Speaker #0
Ah oui, donc ouais.
- Speaker #1
Et ce qui a été un peu aussi déclencheur, c'est qu'à un moment on est passé à une balance électronique. Et là... Là arrivent les chiffres. Et le contrôle passe par les chiffres. Énormément. Donc tu sais, ta balance normale avec l'aiguille, limite même un peu, des fois tu la remets à zéro, tu dis... Tu regardes, tu fais 53. Allez, c'est bien, super. Sauf que là, la balance électronique, c'est 53,2, 53,4, 53,5, 6,7, 8,9, et c'est comme ça. Et donc après, tu dis... Le moindre gramme que tu perds, C'est victoire. Et tu as l'impression que tu veux un résultat. Donc en plus, maintenant, ton corps, tout ça, tous tes résultats, tous tes efforts sont transformables au niveau d'une balance qui mesure tes efforts et qui va être ta dictatrice, en fait, complètement. Donc, là, il a par l'engrenage. Donc, ma mère voit ça. Donc, bien sûr, médecin généraliste qui est à l'époque. Pas grand-chose. Mais tu vas aller où ? Tu fais faire quoi ? Donc, après, psychologue, psychiatre, traitement. mais traitement n'existait pas, n'existait pas avant. Donc on a commencé à me donner des petits antidépresseurs pour se dire qu'il faut faire quelque chose. Mais de toute façon, moi je comprends ma mère, c'est qu'à l'époque tu veux faire quoi ? On ne sait pas. Donc elle s'est débattue, en plus à l'époque c'était compliqué, j'étais à Macron, donc c'est pas facile. Elle s'est débattue pour me trouver des médecins, des psys, des rendez-vous tout de suite. Le psy qui n'allait pas, le psychologue où je voulais pas aller, et elle crée.
- Speaker #0
Oui, parce que toi au milieu, tu te débattais à l'inverse. Parce que toi, tu voulais pas guérir.
- Speaker #1
Mais après, la chance que j'ai, c'est que j'ai une maman qui est très déterminée, très indépendante et très forte. Donc si tu veux, elle a su aussi à des moments un peu péter le poing sur la table quand il fallait. Parce qu'en fait, il faut.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Au bout d'un moment, il faut te dire, c'est pas genre on te donne une gifle ou quoi, mais c'est vraiment dire, écoute, t'es en train de crever là en fait, on va faire quelque chose. Et tu commences à avoir la douleur aussi que tu crées aux gens, l'inquiétude. Et c'est marrant parce que...
- Speaker #0
D'accord, ça tu t'en rends compte. Ouais,
- Speaker #1
tu veux absolument que les gens t'aiment et prennent soin de toi, en tout cas s'occupent de toi, mais quand ça arrive, tu veux pas. Parce qu'ils ne s'occupent pas de toi où tu veux, c'est-à-dire qu'en fait ils s'occupent de toi sur ta maladie. Et tu te dis, mais non, mais là, vous me foutez la paix, c'est bon. Par contre, le reste, oui, on peut, mais ça, non, non, il ne faut pas. Sauf que ça ne marche pas, ce n'est pas comme ça. Donc voilà, et finalement, ma mère m'a trouvé un bon psy qui avait fait ses études aux États-Unis, qui venait de ramener un traitement d'ailleurs, qui a assez bien marché sur moi. J'aimais beaucoup aller le voir pour le coup, donc ça c'était plutôt bien.
- Speaker #0
Parce que c'est ça la difficulté d'un psy, surtout quand on a 16-17 ans.
- Speaker #1
Tu parles pas à tes copines ?
- Speaker #0
Ouais, non,
- Speaker #1
c'est chaud.
- Speaker #0
Et puis à l'époque, aujourd'hui on voit bien le psy, c'est finalement rentré dans les mœurs. Mais à l'époque, quand on allait voir un psy, c'est qu'on était folle.
- Speaker #1
C'est ça. Donc t'en parlais pas à tes amis ? Non. Ta mère n'allait pas en parler non plus à ses amis, donc pas de soutien pour elle, parce que les aidants c'est hyper compliqué, ça c'est clair et net. Donc voilà, avec lui j'ai eu une période un peu de mieux, de rémission, on va dire. Sauf qu'après, la maladie elle est trop forte, elle est trop là, donc ça repart. Et là on repart à moins 10 kilos. Donc il faut savoir que moi, à un moment, j'ai vraiment vu s'afficher sur la balance 36,8.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
36 ans. Et je me pesais matin, midi et soir, après le repas. Donc là, tu te dis... Et même là, je tiltais pas trop. Sauf que là ma mère me pesait régulièrement. Ça elle ne l'a pas vu, elle ne m'a pas pesé. Elle ne le sait même pas je crois. Elle m'a pesé au dernier, je devais être à 40-41,
- Speaker #0
ce qui était déjà une catastrophe.
- Speaker #1
Donc là elle entend parler à Lyon d'une clinique qui s'appelait Saint Vincent de Paul, qui est une des plus réputées. Donc elle m'emmène, on part d'une clinique qui n'est pas clinique de maintenant, on parle d'une clinique d'il y a 25 ans, l'infrastructure, le truc et tout. Et donc j'ai eu rendez-vous avec le docteur qui tenait cette clinique, qui était reconnu pour être aussi très spécial. Et si tu veux, il te parle durement, mais ça fait partie du process. Et là, il t'explique que tu auras un contrat. Ok, donc en gros, le contrat, tu es enfermé trois mois. Tu n'as pas de téléphone. Je n'avais pas de portable. Tu me dis, ah si, si, si, à l'époque, j'avais déjà un portable. Donc, pas de portable. Pas de Walkman. À l'époque, pas de B3. Pas de livre. Rien du tout. Tu es dans ta chambre, toute seule, isolée. Tu as le droit d'écrire. Une lettre à tes parents par mois, je crois que c'était. Donc, c'est lui qui donne des nouvelles. Non, mais c'était chaud. C'est vraiment chaud. Et tu dois reprendre du poids. Et donc, tu es observée à tes repas. Avant, pendant, après.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Toilette fermée.
- Speaker #0
Oui, parce que le risque, ce serait que tu deviennes, que tu te fasses vomir.
- Speaker #1
Exactement. Donc chose que j'ai rarement faite par contre. J'ai fait un peu de boulimie, malheureusement, mais c'est obligé. Donc voilà, donc tu te dis ok, au bas mot tu peux rester jusqu'à un an parce qu'il y a des filles qui suivaient leurs cours là-bas, qui faisaient leur bac. Et voilà, et moi je me suis dit, je me mets à pleurer parce que là tu dis mais qu'est-ce qu'il va se passer ? Et là, ma mère se met à pleurer mais pas trop, limite elle prend plutôt un air et tout, elle dit non. mais ça va pas le faire fin en gros voilà donc on part on part du rendez vous heureusement entre temps je voyais dans la dans la cour arrive d une ambulance avec une fille qui se débattait qu'est ce est donc là tu te dis mais c'est quoi c'était comme un asile en fait oui mais après à l'époque il ya rien qui existait ou leur saint anne à paris où nous solène à le Il y a un hôpital ou une association, je ne sais plus, Solène, qui était la fille de Jacques Chirac. Oui,
- Speaker #0
bien sûr, tu as raison.
- Speaker #1
Mais pareil, ce n'est pas pareil. Ta mère va t'emmener à Paris, elle habite Macron. Si tout n'est pas remboursé, il y a plein de trucs qui rentrent en compte. Et tu te rends compte que maintenant, à l'époque... Et ma mère, on sort. Et là, elle m'emmène le midi comme nous étions à Lyon. Et donc, pas chez nous, on va au restaurant et tout. Elle me dit, mais là, il faut qu'on s'en sorte. Il faut que tu fasses des efforts toute seule, sinon je ne veux pas te mettre là-bas. Mais je vais être obligée. Et il m'avait vraiment fait peur. Pour le coup, c'était… Et c'est lui qui faisait…
- Speaker #0
C'est un électrochoc ?
- Speaker #1
Oui, un peu. Et donc là, à midi, je me mets à commander un peu et à manger un peu plus. Donc voilà. Le problème vient après, c'est que… Ça a tellement été un électrochoc que tu te dis, il faut que j'arrive à reprendre du poids et que je me débrouille un peu toute seule. Et à l'époque encore, n'existait pas tout ce qu'on disait. Tes parcours de soins, tes parcours de diététique, de nutrition. C'était... Voilà, il faut vraiment se rendre compte. Oui, ce n'était pas du tout...
- Speaker #0
Ce n'était pas dans les mœurs.
- Speaker #1
Et puis pour les gens, en fait, c'est tu as arrêté de manger, tu as maigri, tu remanges, tu vas reprendre. Tu vois, il n'y a pas de connaissance du truc. C'est hyper abstrait. Donc voilà. Et là, je me mets effectivement à manger, mais un peu n'importe comment, n'importe quoi et tout. Merci. ton corps il supporte pas du tout pas vraiment et donc c'est là que viennent effectivement le moment où je me fais vomir parce que j'arrive plus que tu sais plus faire voilà tu t'es perdu perdu mon corps est perdu mon machin ma mère me voir prendre un peu de poids donc forcément elle est contente et puis tu oses pas trop en parler parce que le côté boulimique
- Speaker #0
C'est pire que le côté anorexique. Ah putain c'est pire.
- Speaker #1
C'est honteux mais tu peux même pas imaginer. Déjà il y a tout un truc qui se met, c'est que faut t'imaginer que là, donc là dans ces eaux là, donc j'ai eu mon bac et tout, Dieu merci ma mère m'a fait dans mes études et tout, là faut s'imaginer... que j'ai déjà 18-19 ans. Là j'arrive à avoir un petit copain, machin et tout, mais pendant que j'ai ce petit copain d'ailleurs, où j'étais folle amoureuse, malheureusement mes crises reviennent,
- Speaker #0
de boulimie aussi.
- Speaker #1
Et donc j'ai honte. Et donc, je le quitte. Enfin, voilà. Et donc, tu vois, ça se mélange à quelque chose de difficile pour moi où j'avais honte après essayer de le récupérer. Mais je n'ai plus le même corps. Donc, je ne suis pas bien. Enfin, c'est vraiment très, très, très, très dur à vivre. Et la boulimie, il faut s'imaginer en plus que tu caches. Parce que si tu vis de les placards chez toi, ça se voit. Donc, tu vas acheter avec ton argent de poche, ou ta bourse d'étudiants, tout le machin. Tu caches les papiers. Tu dois les dessins. Et tu dois le faire quand tes parents ne sont pas là, ou personne n'est là. qu'il faut aller vomir après ou pas. Donc là, ça devient un enfer.
- Speaker #0
En fait, là, tu as toute ta vie entière, à ce moment-là,
- Speaker #1
est régie par la nourriture. C'est ça. Les cours, c'est compliqué. Je tiens, mais c'est compliqué. Après, j'ai toujours eu de la chance, c'est que déjà, ma maman était là, coûte que coûte. même si je sais qu'à des moments je pense qu'elle elle s'échappait un peu pour pas voir ça pour machin parce que encore une fois les aidants c'est hyper dur par contre j'ai toujours gardé mes amis j'ai toujours eu de très très bonnes années mais elles ont fini par savoir ces années mais je leur avais dit tu leur avais dit qu'elle le voyait c'est à dire qu'une année tu fais 38 kg et l'année d'après t'as repris 10 kg donc même si tu vas mieux tu te dis et tu repères 10 kg donc la fille elle se dit bah oui forcément elle a un problème quelque chose. Alors il y a celles qui te soutiennent et celles qui te virent. Donc là tu vis aussi. tes premiers rejets qui sont très durs. T'as celles qui comprennent pas, t'as celles qui veulent se préserver. T'as celles qui font comme toi.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
Voilà. Donc moi j'avais une copine qui faisait déjà comme moi avant donc on s'était un peu mis de mèche donc c'était pas génial. Mais après t'as celles qui essaient de faire comme toi, qui n'y arrivent pas donc qui essayent de te nuire derrière et qui se met les premiers harcèlement à école à petit niveau. Quand je vois maintenant c'était rien mais ça fait quand même chier voilà quand vient à louper la cantine tu repars en fait dans ton même système exactement en fait ça t'isole et puis il y a plein de choses c'est que tu vois bien que tu perds tes cheveux et vraiment ton teint il est blanchâtre on voit tes veines c'est Twilight ouais ouais vraiment donc ta boue maquillée voilà et puis les vêtements moi les vêtements au bout d'un moment je m'habillais chez Jennifer en tant que bœuf c'était grand j'arrivais plus à m'habiller et ma maman était super gentille pour ça parce qu'à Macon on avait des boutiques. un peu plus jolie, avec des marques de jeans, de cimarron, des machins. Et ma mère demandait à la vendeuse de me commander les jeans. Ce qui était quand même... Quand j'y repense maintenant, je me dis, ma maman qui devait se balader en ville avec moi dans la main, à dos, à tirer la gueule au passage, non mais il faut le dire, malheureuse, en plus, et maigre comme un fil qui passe, et les gens qui sont autour de toi... Ça a été des moments... Pas simples. La mer, la plage, c'était horrible. Enfin...
- Speaker #0
Justement, je voudrais qu'on avance sur ce regard-là, sur le regard de la société. Toi, tu le sentais ? Ce regard posé sur toi, c'était quoi ? C'était un jugement sur toi-même ? Ou est-ce que c'était plutôt un peu de pitié ?
- Speaker #1
Alors... Quand tu as le regard des autres, c'est un petit peu difficile. Parce que déjà, quand les autres juste te regardent, tu ne vas pas trop soutenir le regard, tu ne regardes pas trop. Donc, tu sais, c'est difficile de détecter ce que c'est. Après, moi, le regard que j'ai, je l'avais avec mes amis aussi, ou même d'autres. Mais il y a des personnes qui ne se privaient pas pour dire des choses. C'est-à-dire que... Moi, j'avais des gens pourtant qui étaient... que je connaissais bien, qui savait que... T'as pas encore maigri, toi. Déjà, tu te dis... D'où à quelle heure tu rencontres quelqu'un et tu lui dis, à part ça va ? Parce que moi, quand je rencontre quelqu'un dans la rue, je dis pas, putain, t'as grossi, putain, t'as maigri. En fait, ça ne rentre même pas en ligne de compte, normalement. Donc, tu vois, on voit que la société, c'est focus là-dessus. Et sous prétexte que c'est pour ton bien, pour ta santé ou quoi,
- Speaker #0
on s'octroie le droit de toujours.
- Speaker #1
Et ça continue. Ça continue des années. Tu vas mieux des années. Ah, passez bien maintenant. Tu manges moins à table. Tu ne vas pas recommencer. Plein de trucs comme ça. Mais le regard des gens surtout, et si je peux parler, c'est à Lyon, puisque moi je vis à Lyon. Souvent, ça a été de la peur et du dégoût.
- Speaker #0
Ah oui, carrément.
- Speaker #1
Les gens étaient... Moi, j'avais des bras. Les bras, je faisais le tour avec mes doigts. Il faut vraiment se rendre compte. Et c'était large. Et mes jambes aussi, je faisais avec mes deux mains. Et tu as beau t'habiller large ou quoi, moi, il faut savoir quand même que... Heureusement que ce n'est plus le cas. Mais quand il faisait super chaud les étés, j'avais des vestes. tout le temps. Alors des petits gilets, des petits gilets légers, mais il faut savoir que tu sors toujours avec un petit gilet.
- Speaker #0
Mais parce que ton corps n'est pas en capacité de produire suffisamment d'énergie pour se réchauffer ou parce qu'il fallait absolument camoufler ?
- Speaker #1
Il y a les deux. Déjà tu n'as jamais chaud, t'as tout le temps froid.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Ça c'est... Ah ouais ok. Bon après j'ai rarement beaucoup chaud, mais d'un côté tant mieux, mais déjà là, après t'as tout le temps froid. L'hiver c'était... Moi l'hiver au lycée j'avais la place toujours à le radiateur et les mains collées dessus, tellement c'était gelé. C'était assez impressionnant. Mais les gens te regardent vraiment... Alors, tu ne peux pas trop le montrer sur un podcast, mais tu peux essayer de l'exprimer. Déjà, c'est de la tête aux pieds. Et puis, c'est vraiment ce regard de... Oh, j'ai mal. Alors, il y a... Oh, j'ai mal pour elle. Mais voilà. Oui, on est vraiment dans le problème. de la pitié. Et moi, j'ai eu des fois des mères qui donnaient un petit truc à leur fille en disant regarde.
- Speaker #0
Et puis,
- Speaker #1
tu as les jeunes filles qui te regardent avec envie à des moments. Et puis, tu as les filles qui sont comme toi. Et quand tu te croises dans la rue et que tu as une fille qui est comme toi. C'est un regard et c'est juste... Putain, je sais ce que tu vis quoi. Vraiment c'est ça.
- Speaker #0
Oui parce que ce qu'il faut qu'on arrive à transmettre aux femmes qui nous écoutent, c'est que... C'est de la souffrance ultime en barre. Tu as fini ta période de « je suis trop forte, je contrôle mon corps » . Ça ne dure pas longtemps. Ça ne dure pas longtemps. Là, on va dire que ça fait 4 ans que tu vis ça, au monde du récit. C'est terminé, tu n'as plus l'euphorie du contrôle. Là, tu es juste dans la souffrance d'être comme tu es. Et l'impossibilité de t'en sortir.
- Speaker #1
C'est ça. Et ce qui fait que la seule solution que je trouve... C'est que je repars. Je repars en anorexie.
- Speaker #0
Ah, tu repars en anorexie.
- Speaker #1
C'est ça qui est le jeu, c'est que ça va faire des vagues en fait, plus ou moins grosses. Et en fait, il n'y a que les moments où j'ai trouvé une stabilité après dans un foyer que je construis, donc avec un petit copain, où là, ça s'apaise.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et après, par exemple, j'ai eu cette période avec un fiancé. On a été ensemble pendant 6-7 ans. Il m'a accompagnée à aller mieux. Et j'ai vécu deux années de rémission totale où je mangeais n'importe quoi. Normalement. La vie, c'était génial. Sauf qu'avec cette personne, on devait se marier. Ça ne s'est pas fait parce que je ne me sentais pas prête, parce que je me suis aperçue que je ne l'aimais pas suffisamment. J'ai rencontré quelqu'un d'autre aussi tout de suite après. Donc, quand tu vois ça, tu te dis comment je peux rencontrer quelqu'un d'autre. alors que je suis censée voilà donc tu te dis mes sentiments il y a un problème c'est pas juste pour personne donc la séparation tu l'as fait mal tu l'as fait comme tu peux surtout que tu t'aperçois après que la personne avec qui tu es après tu l'aimes mais finalement la stabilité tout ça tu l'as plus du tout donc là parfait et là pareil je rechute en anorexie donc là vraiment compliqué la personne ne sait pas quoi faire pour m'aider personne n'est calibré pour ça il y en a qui le sont plus que d'autres C'est sûr. Et là, au bout d'un moment, je décide... Donc là, je repars. On se quitte. Je repars dans n'importe quoi. Boulimie, anorexie, boulimie, anorexie. Et là, je décide de me faire hospitaliser à une clinique de nutrition, cette fois.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Je suis restée six mois. Donc là, beaucoup mieux, parce que tu apprends des bases et tout. Je ne suis pas du tout sortie guérie. Je suis sortie avec un poids correct. Mais je n'étais pas du tout dans une phase de vouloir guérir. Je crois que j'étais dans une phase de vouloir couper. couper, apaiser ce qui se passait.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
J'avais vécu une séparation, deux séparations. C'était trop compliqué. Des déménagements, des reménagements. C'était un gros bordel.
- Speaker #0
En fait, oui, c'est ça. On a l'impression que tu vis dans un espèce de tourbillon. Ah, mais tout le temps.
- Speaker #1
Je ne pouvais pas rester seule chez moi. J'étais allée chez ma grand-mère. Tout était devenu impossible à vivre pour tout le monde. Je m'en rendais bien compte. Donc, ça m'a permis de remettre à plat. Voilà. Et là... Quand je suis sortie de la clinique, j'avais 28 ans à peu près.
- Speaker #0
C'est quand même...
- Speaker #1
Ouais, c'est chaud.
- Speaker #0
Ouais, parce que tu vois, 28 ans, ça veut dire que tu commences à 15 ans, ça fait déjà 15 ans que tu te balotes.
- Speaker #1
Et puis que tu vis avec des...
- Speaker #0
Avec des hauts débats.
- Speaker #1
Et des hauts débats professionnels. Oui, parce que… Alors, je bosse toujours. J'arrive toujours à avoir des jobs.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais si tu veux, des jobs intéressants, en gestion de patrimoine, assistante patrimoniale, mais en fait, je ne tiens pas. Je ne tiens pas. parce que je ne tiens pas la dureté du monde du travail. Un patron qui peut être compliqué. Je ne tiens pas physiquement, je ne tiens pas émotionnellement. Et puis, tu cherches des échappatoires tout le temps parce que tu te dis, je ne suis pas à la hauteur.
- Speaker #0
Tu restes dans ce jugement. Il faut bien qu'on le redise là. C'est-à-dire qu'en fait, tout le temps, que ce soit sur ton corps, sur ta façon d'appréhender la vie, même tu le dis, je suis encore trop faible, je suis trop ci, je suis trop ça. En fait, tu es en permanence. Est-ce qu'une fois... Au revoir. Tu t'es dit je m'aime ?
- Speaker #1
Jamais.
- Speaker #0
Et maintenant ?
- Speaker #1
Alors, voilà. Donc, quand je sors de la clinique, c'est ce que je disais, bon ma maman habitait Macon, moi j'habitais Lyon bien sûr, et je voulais reprendre une vie lyonnaise, en plus le marché du travail est beaucoup plus important à Lyon, à Passeray, parce que là-bas les cliniques, ils t'aident à refaire un CV, des trucs, puis j'avais pas eu un gros trouble, donc c'est pas grand chose. Donc, ma mamie, gentiment, me prend chez elle, dans ma chambre étudiante. J'ai réveillé mes étudiants à Lyon, c'était marrant. Et là, je recommence doucement à retrouver un petit peu des jobs. Donc, ce n'est pas des gros jobs. Je travaillais, je vendais de l'espace pub pour Elle magazine, des trucs comme ça. petit truc. Voilà. Tout le monde me trouve quand même beaucoup mieux. Ma maman vient me voir assez régulièrement aussi parce qu'elle revenait toujours à Lyon et tout. Donc, ça va. Et là, quand je suis revenue à Lyon, justement, très contente de revoir mes amis qui étaient encore là. Donc, ça, c'est un pilier pour moi, ça, c'est sûr. Et là, je fais un petit peu de tri, tu sais, dans le téléphone. Tu dis qui c'est que je revois, que je revois pas, que je revois pas. Et en fait, avant d'être hospitalisée, j'avais travaillé pour un magazine, c'était Marie-Claire. et je vendais aussi des espaces pubs en direct et un jour on avait fait un spécial gastronomie donc je me mets à prospecter comme je connaissais avec Georges Bancet donc je me mets à prospecter des restaurants et là je tombe sur le restaurant de mon futur mari donc j'y vais et tout ça match déjà un petit peu enfin on sent le truc il me prend un gros page d'espace pub donc ça c'est un truc qu'on rigole encore il me dit tu m'as bien eu après on ne se voit plus je parle des trucs et je reviens je dis bah tiens C'est vrai que c'est quelqu'un que j'avais trouvé hyper jovial, gentillesse, puis je me suis dit que c'est vrai aussi peut-être pour remettre un pied dans la vie de Guenesse, pour plein de trucs. J'étais très contente de ça et je me dis donc, tiens, je vais le recontacter. En plus, il m'avait dit qu'il avait des changements dans sa vie quand je l'ai connu, mais pas plus que ça. Et on s'appelle et je lui dis bah tiens je suis revenue sur Lyon, ah bah oui, est-ce que tu veux qu'on aille faire un petit brunch dimanche ? et c'était le 13 septembre je me suis dit ok pas de soucis on y va et là on discute donc lui avait fini son divorce donc il était en période de divorce je pense que je savais pas totalement on avait pas forcément discuté de ça puis là on parle, on parle beaucoup de notre vie ça a duré toute une après-midi et là très vite j'en ai marre de me cacher de pas dire les trucs ou quoi donc très très vite je lui dis moi voilà je reviens j'ai un job voilà mais je reviens de six mois de clinique parce que j'ai eu ça, ça, ça, ça, ça, ça. Là, je suis chez ma grand-mère en ce moment parce que voilà, donc je redémarre. Et hyper gentil, hyper compréhensif, enfin, pas du tout dans le jugement.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Je dis bon, ok, bah super, écoute, voilà. Mon mari a quand même 18 ans de plus que moi.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc il y a aussi, je pense, cette notion de tout ce qu'il a vécu avant. Voilà, c'est pas le petit gamin. Oui, son passé, c'est pas le gamin. Non, non, il est papa. Il avait un petit garçon à l'époque qui avait 7 ans et après il a eu un petit garçon qui avait 7 ans. une petite fille quand je l'ai connue elle avait elle venait de naître quasiment dont j'ai connu juliana elle avait moins d'un an alors d'accord donc résultat je on se voit voilà et ça match très bien Et c'est parce que voilà, on sort ensemble et tout. Et après, la continuité de la vie a fait qu'on est vraiment restés ensemble. J'ai commencé à emménager chez lui à Tassin. Et après, on a pris un appartement. J'ai commencé à me rapprocher des enfants. Et avoir des enfants, c'était compliqué de toute façon. Donc voilà, c'était un peu le pack, tu vois, le truc un peu, voilà. Et en fait, ça s'est construit petit à petit. Mais il faut savoir aussi que mon mari, quand il m'a connue, je n'étais pas à un poids très élevé encore. Et le fait de ne pas avoir de boulot tout de suite, de ne pas être stable, de ne pas savoir, moi, je ne suis clairement pas repartie dans le bon sens. Et j'ai plutôt remégré. Et malgré tout ce que j'avais, c'est-à-dire ma maman qui était présente, ma grand-mère aussi, mes amis, mon mari.
- Speaker #0
Oui, c'est un petit ami à l'époque,
- Speaker #1
tu vois, mais hyper présent. Je n'y arrivais pas.
- Speaker #0
C'était quoi ? A ton avis, c'était quoi ?
- Speaker #1
Je ne me reconnaissais pas. Je ne savais pas où j'allais. Je ne savais pas quelle vie je voulais. C'était un petit peu loin de ce que j'avais imaginé quand j'étais jeune aussi, tout ça. Je pense que je portais un bagage qui était super lourd. Et je me dis, je ne peux pas raconter à tout le monde ou même ma... Toutes les souffrances que je porte, toutes mes idées auxquelles je pense à des moments, toute la douleur que j'ai à des moments, tu ne peux pas déverser sur quelqu'un. Ce n'est pas ton psy, déjà.
- Speaker #0
Tu peux déverser sur un psy, oui.
- Speaker #1
Et puis ton mari, au début, même ton mec, tu as envie qu'il y ait quand même un peu de...
- Speaker #0
Et qu'il désire.
- Speaker #1
Et puis de fierté, d'idolâtrie, si tu lui dis, en fait, blablabla. Je passe les détails, mais il n'y a rien de glam. Et puis moi, la grande peur que j'avais, c'était qu'il parte. Et l'abandon, ça c'est le must, c'est ma peur ultime. Et je pense que c'est une grosse peur des personnes qui ont de l'anorexie.
- Speaker #0
Ah tiens !
- Speaker #1
L'abandon.
- Speaker #0
Et est-ce que tu penses que l'anorexie serait une manière d'appeler à l'aide en disant « Tant que je suis anorexique, vous allez rester autour de moi pour m'aider et prendre soin de moi. »
- Speaker #1
C'est exactement ça. Et tu as l'impression qu'en plus quand tu es anorexique, on te pardonne beaucoup de choses.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Moi au lycée par exemple, quand je disais « j'ai pas bien réussi mon devoir, j'ai pas rendu, attends, c'est pas grave » tu vois, il y avait plein de compassion, t'avais l'impression d'avoir tout le temps, alors à part quand des moments les gens « pètent un peu les plombs » et en ont marre, ce qui est normal. se disent mais il faut que je la secoue en fait, il faut que je fasse quoi pour qu'elle comprenne. Mais tu as quand même beaucoup de compassion. Par les adultes à l'époque, je suis anxieuse, et mon mari a fait beaucoup de compassion aussi. Beaucoup de... Il m'a accompagnée à des rendez-vous, enfin tu te dis c'est de l'au-delà quoi, je kiffais. ça. Il y a des moments, il a essayé de faire un peu dans l'autre sens. Il me secouait en me disant, écoute là, tu ne peux plus continuer comme ça, ça ne va pas durer. Et ce qui était vrai, en fait, c'est que la personne en face de toi, l'être humain, l'aidant, te dit juste, putain, je suis démunie, mais qu'est-ce qu'on va faire ?
- Speaker #0
Parce qu'au bout d'un moment, une fois que tu as ouvert toutes les portes, tu ne sais plus comment aider.
- Speaker #1
Et puis même moi, en tant que malade, je ne sais plus apporter de solution. Et quand on me dit « qu'est-ce que tu veux ? Qu'est-ce qu'il faut aller voir ? » Ben j'ai beau.
- Speaker #0
Ta pensée en finir ?
- Speaker #1
Ça m'est arrivé, oui. Et ça c'est dur. Ça c'est dur de le dire. Parce que, déjà, ma première phase de boulimie, quand elle s'est arrêtée après, tu te dis... Et là j'ai dit, je l'ai dit à ma mère, si la boulimie reprend, je me fous en l'air. Tellement c'est dur. Et tu vois, j'ai toujours dit cette phrase aussi, c'est que j'ai dit... Je ne souhaite pas cette maladie, même à ma pire ennemie. Et ça...
- Speaker #0
C'est à ce point-là.
- Speaker #1
C'est à ce point-là, vraiment. Parce que c'est l'enfer. C'est un enfer sur Terre, vraiment. Et tu n'as pas envie de mourir. Ce n'est pas pour mourir, comment dire ? Ce n'est pas... C'est pas parce que tout est insupportable, tout va arrêter mal dans ta vie ou quoi, c'est juste ça qui fait que tu as envie de mourir parce que tu as envie de dire je veux que ça s'arrête, je veux mettre sur pause. Alors est-ce que je peux éventuellement mourir et revenir, mettre sur pause, tu vois, et tu te dis bah ça ce sera pas possible ça. Parce que tu le sais. Tu te dis, ce qui serait génial, c'est que je puisse revenir et que je me dise, je ne ferai jamais ça.
- Speaker #0
Recommencer, en fait.
- Speaker #1
Juste recommencer. Et tu te dis, ce n'est pas possible. De toute façon, ce n'est pas possible, ça ne marchera pas. Et puis, tu peux... C'est marrant parce qu'il y a beaucoup de gens qui disent que... suicide ou quoi, c'est un manque de courage je pense que c'est tout l'inverse et à mon avis c'est très très difficile de franchir le cap pour plein de choses, pour toi déjà passer à l'acte même physiquement, tu vois, penser t'es proche, et puis moi j'avais trop de choses, j'avais construit trop de choses Là on passe quand même du temps où Flavio, enfin moi il s'appelle Flavio, où quand même, tu vois les moments où il me regardait en ville ou quoi, mais il était quand même à côté de moi, j'imagine même pas, il me l'a dit des fois, il m'a dit c'est dur,
- Speaker #0
c'est dur,
- Speaker #1
et tu te dis, et donc là... t'as honte, t'as honte pour toi, t'as honte pour lui t'as honte vis-à-vis de lui de lui faire vivre ça moi j'ai eu des crises où je pleurais j'ai eu vraiment des trucs très très très difficiles il y a un moment je me suis arrêtée en mi-temps thérapeutique pour essayer d'aller me soigner encore un peu mais ça a été compliqué et je pense que finalement moi dans mon cas ce qui a beaucoup fait les choses c'est le temps Malheureusement, c'est le temps. C'est-à-dire qu'avec mon mari, on a construit des choses. Déjà, on s'est fiancés, il m'a demandé en mariage. Donc déjà, tu te dis, je deviens sa femme. C'est symbolique. Je construis vraiment une famille, tout ça. Mes boulots, ça allait mieux. Je trouvais, je tenais, j'évoluais, donc plutôt bien. Et puis, au bout d'un moment, t'en as marre. T'en as marre d'aller au resto. de ne pas faire comme tes amis, t'en as marre de refuser les déjeuners, t'en as marre de... Et puis, vient un truc pour les femmes, ça c'est vrai, c'est que tu te dis « Putain, je suis en train de vieillir ! » « Je suis en train de vieillir ! » J'ai 38, 39, 40 ans. Je vais être dans pas trop longtemps, des pré-ménopause ou quoi, voilà. Mon corps va changer.
- Speaker #0
Et comment je fais avec ça ?
- Speaker #1
Et comment je fais avec ça en fait ? Parce que je vais tout me prendre d'un coup en fait. Tu réfléchis comme ça et puis tu te dis putain. Et là, il y a une phrase aussi, c'est je vais refaire 40 ans comme ça.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Je vais refaire 40 ans comme ça en fait. Ma petite fille grandit, enfin ma belle-fille, elle a 13 ans. Qu'est-ce que ça va être aussi comme image ? Bien que j'ai toujours mangé devant elle et tout, j'ai toujours mis des points d'honneur à beaucoup de choses.
- Speaker #0
Ça c'est important ce que tu dis, je voudrais qu'on en parle. Parce que j'allais justement y venir. Tu parles de ta belle-fille, de ta fille. C'est important parce que finalement, tu es une de ses référentes. Est-ce que ça t'a fait... Est-ce que ça, ça te fait peur ? Est-ce qu'elle connaît ton histoire ? Est-ce que tu lui en as parlé ? Et est-ce que Flavio, par rapport à cet enfant, justement, vous avez aussi échangé par rapport à ça ?
- Speaker #1
Moi, ce qu'il faut savoir, c'est que par contre, depuis que j'ai connu Flavio, j'ai toujours fait les repas avec eux à table ou quoi. Mais comment tu peux manger ? En petite quantité, mais j'ai toujours fait comme ça. Donc déjà, il y avait une grosse progression dans ma maladie. Ça, c'était un point d'honneur. Donc je restais à un... point bas. Il y en a au début, un an, deux ans, trois ans, quatre ans, cinq ans, bon, elle ne te voit pas trop. Là, moi, elle m'avait toujours connu un peu maigre. Son père lui a dit que j'avais une maladie effectivement, sans rentrer dans les détails ou quoi, mais qu'il faisait que j'étais toute menue. Moi un jour on en a parlé bien sûr et il m'a dit mais le problème c'est que si tu continues comme ça mais qu'est ce que ça va faire avec Juliana quoi, comment on va y aller ? Et c'est vrai que la priorité c'est l'enfant mine de rien que ce soit juste ou pas la priorité c'est l'enfant. Donc je lui dis ben oui je suis bien consciente de ça et donc là gros choc parce que tu dis je vais disparaître, puis à un moment j'ai dit de toute façon je vais pas y arriver je vais m'en aller, enfin blablabla tout ça et puis je pense que ça m'a donné de la force. Parce que justement je mangeais, il y avait aussi Jany, son petit garçon, je mangeais avec eux toujours à table, on mangeait du McDo, même si c'était calculé, c'était pas le hamburger, c'était les nuggets et tout. Mais si tu veux, je les ai toujours mis un point d'honneur, je n'ai jamais loupé un repas avec eux et des fois je les fais toute seule avec. parce que mon mari avec le restaurant pouvait devoir aller faire une urgence quelque part, nettoyer, enfin plein de trucs qui peuvent se passer le week-end parce qu'il ne le fait pas le week-end. Je m'en suis toujours très bien occupée, j'ai toujours fait les courses avec lui, et je pense qu'il m'a maintenue là-dedans aussi. Avec une vie normale.
- Speaker #0
Parce que c'était peut-être la seule façon qu'il avait de te sortir. C'était par les enfants, par l'amour que tu leur portais.
- Speaker #1
Il savait que l'amour que j'avais pour lui, déjà, ça me donnait beaucoup. Parce que je lui disais toujours, ne me quitte pas. Même si jamais je te quitterais. Oui, mais bon, quand on ne peut plus, t'en peux plus. Le jamais n'est pas jamais. Tu vois, le toujours n'est pas toujours. Non, non,
- Speaker #0
non.
- Speaker #1
Et Juliana, oui, ça m'a donné beaucoup de force. Et en fait, là, clairement, moi, ça fait 2-3 ans que ça remonte. Là, ça s'est stabilisé depuis bien un an, on va dire. Ce qui est une belle nouvelle. Et là, ce qui est bien. Alors après, je vais être très honnête parce que je ne suis pas du tout là pour raconter du fake. C'est très contrôlé encore. C'est fromage blanc, aliments healthy, un plaisir de temps en temps au restaurant et tout. Mais ça restera toujours comme ça, je le sais. Je ne meurs pas de faim, je ne m'affame pas. Si j'ai faim, je mange. Mais je sais ce que je mange. Et je sais comment et combien. De toute façon,
- Speaker #0
tu auras perdu l'innocence et la candeur à 15 ans.
- Speaker #1
C'est ça. Je ne sais même pas ce que c'est de manger quelque chose sans calories. Mon mari, des fois, il me dit, mais ça, c'est combien de calories ? Je lui dis, 163. Il regarde et il me fait... Je lui dis, j'aurais dû refaire mon métier. Donc, on rigole, tu vois,
- Speaker #0
ma femme un peu. Mais oui, tu as appris à vivre heureusement, dans la bonne humeur avec. C'est ça.
- Speaker #1
Et en fait, là, ce qui a été agréable, c'est cette année, l'année dernière, en maillot de bain. parce que j'ai commencé. et on me l'a dit hein, on m'a dit ah ouais mais là mais t'es bien ! Alors en plus oui ! Quand tu es anorexique, quand on te dit « t'es bien » , c'est « oula, qu'est-ce que c'est le « t'es bien » ? » T'es grosse, t'es machin, donc tout part dans la sucette. Donc les gens bienveillants, ils disent « mais non, mais t'es encore toute menue, mais tu fais plus malade, tu fais quand même muscler, parce que tout le monde sait que j'avais repris de la musculation. » Je score un peu. Voilà, exactement.
- Speaker #0
Parce que c'est ce que tu me disais. Tu me disais, quand on a parlé un peu avant, en se rencontrant, tu me disais qu'à un moment, en fait… Ton corps, tous tes muscles ont fondu, c'est-à-dire que le problème c'est qu'un muscle, avant d'être là pour un corps joli, athlétique ou quoi, un muscle ça fonctionne première quand même. C'est d'activer un mécanisme corporel. Par exemple, le muscle de la jambe, c'est marcher.
- Speaker #1
Là, les escaliers, tu ne peux pas les monter.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça. C'est ça qui est important à dire.
- Speaker #1
En fait,
- Speaker #0
c'est une incapacité physique d'avancer.
- Speaker #1
Tu peux même prendre le métro. Des fois, j'ai pris l'Uber et les taxis parce que je ne pouvais pas faire un chemin retour. Et on parle de quatre stations.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et puis physiquement, c'est vrai, tu as la peau derrière qui tombe. Tu te dis, mais c'est pas... Tu ne peux pas te plaire. En fait, tu ne te regardes même plus. Tu ne te regardes plus. Peut-être...
- Speaker #0
tu te plais un peu habillée ?
- Speaker #1
Oui, parce que ça cache. Parce que ça cache. Parce que t'as l'impression de rentrer dans du 34 et que des fois, on te dit, toi, tu peux tout porter. Oui, voilà,
- Speaker #0
c'est ça. T'as un peu l'impression d'être comme un mannequin sur un podium.
- Speaker #1
Oui, d'être le cintre. Non, mais clairement, c'est ça.
- Speaker #0
Oui. Quelques mots quand même sur l'intimité. C'est important. On est des femmes. Comment tu t'en es sorti de tout ça ? Parce que j'imagine que quand... Alors bon, ton futur mari, mais avant les hommes, quand tu dis toi-même que tu n'avais que la peau sur les os, accepter d'être touchée, accepter d'être venue pour faire l'amour, c'est...
- Speaker #1
C'est compliqué. Alors, il y avait des périodes où j'étais mieux, comme je te disais, puisque j'ai fait des hauts débats. Donc là, j'avais, on va dire, plus de relations avec des hommes, forcément. Mais d'autres moments... Alors, j'ai eu de la chance et des moments et des fois pas, on va dire. Quand j'étais avec les personnes avec qui j'ai des plus longues relations. Mon fiancé m'acceptait comme j'étais donc il y avait toujours de la bienveillance. J'imagine pour lui en tant qu'homme que ça ne devait pas être...
- Speaker #0
Mais tu es arrivée à avoir des relations sexuelles quand même ?
- Speaker #1
Oui, après l'envie était compliquée.
- Speaker #0
Parce que l'envie vient des hormones. Exactement.
- Speaker #1
Donc à un moment tu avais envie quand même. En plus je pense que tu es jeune donc les hormones n'ont pas encore tout à fait les réglées. Tu n'as pas ton corps qui a encore toutes ces années de souffrance. Mais clairement, il y a des moments où tu te dis, en fait, c'est un peu parce qu'il faut le faire. Même si tu n'aimes la personne, c'est autre chose. Puis après, tu as une période où tu te... Moi, ce qui était compliqué quand j'étais en phase et les deux, j'ai alterné anorexie, boulimie, une semaine, une semaine noire, c'est que là, tu te dégoûtes. Donc ton corps paraît bien pour les autres, enfin sain mais acceptable, ce que tu veux. Et là ouais tu... là tu enchaînes un peu les conquêtes, les trucs, c'est pas gg. Bah c'est un peu pour prouver des choses ou pour rattraper, c'est pas...
- Speaker #0
Ouais c'est pas sain quoi.
- Speaker #1
Ouais mais après bon... je sais pas, je pense que... Ouais des femmes même qui sont pas atteintes d'anorexie, des fois on est pari d'un peu comme ça, tu sais, ou tu cherches, ou tu... Mais carrément. Tu t'amuses, tu dis oh je m'éclate, c'est un peu ce truc là. Et puis, après, avec mon mari, on va en parler un petit peu comme ça, mais je n'ai pas eu ce problème. Déjà, il ne m'a jamais connue à 38 kilos. Le plus bas que j'ai fait, c'est dans les 45, ce qui n'est déjà pas beaucoup.
- Speaker #0
Oui, mais c'est comme 10 de plus.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Jamais il ne me l'a fait sentir, il ne me l'a pu me le dire à des moments que je te préfère tellement comme ça maintenant, c'est sûr, puis tu le vois, tu le sens, après il ne peut pas être de vain, mais il m'a dit des fois que c'était compliqué pour lui, ce qui est normal, mais je n'ai jamais eu de rejet là-dessus, et il a toujours été bienveillant. On a toujours eu envie aussi, parce que je pense qu'on a construit beaucoup de choses à côté. Mais une relation, elle peut vraiment en pâtir beaucoup si elle n'est pas solide, c'est sûr.
- Speaker #0
Oui, et puis moi je pensais surtout aussi toi vis-à-vis de toi-même.
- Speaker #1
Tu ne te vois pas en plus, c'est ça le pire. C'est que moi je pouvais me voir dans la glace et lui dire
- Speaker #0
« Oh ! » Je suis un peu grasse là.
- Speaker #1
Elle est pétable. C'est normal. C'est comme si tu mets quelqu'un devant, tu lui dis « C'est noir » . Ben non, c'est blanc. Ben non, tu vois bien qu'il y a du gris, ça te sent au noir là. Non, c'est complètement blanc en fait.
- Speaker #0
Quand je t'écoute, ce que je ressens, c'est cette impuissance à toi et aux aidants en face. Comme si... Le mur qui s'était dressé entre le miroir et toi était en fait incassable. Et qu'en fait, comme tu dis, ben non c'est noir, ben non, enfin c'est blanc parce que c'est... Et de ne pas pouvoir rentrer suffisamment à l'intérieur de toi pour te prendre la main et te montrer une autre réalité en fait.
- Speaker #1
Et le pire c'est que le miroir je l'ai encore là. que j'ai encore des fois. Ça va mieux, mais quand même.
- Speaker #0
Tu as l'impression, est-ce qu'on peut dire qu'une anorexique, ou qu'un anorexique, une personne malade d'anorexie, peut guérir 100% ? Soit comme un cancer, on dit qu'on a une rémission. Alors,
- Speaker #1
tu as deux écoles. Il y a certains médecins qui te disent oui.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Sauf que ces médecins n'ont pas vécu anorexie. Et tu as des médecins qui te disent, ça sera toujours là. Et moi, je suis du côté, ça sera toujours là.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Parce que c'est quand même quelque chose, c'est quand même un mécanisme. Alors, après je fais aussi une parenthèse, c'est que je pense aussi que ça dépend du nombre d'années. où tu as souffert de cette maladie. Parce que la nana qui en souffre depuis 3-4 ans, qui va mieux, qui est en rémission, qui est là, elle va rester en fond, mais ça sera, je le souhaite pour elle d'ailleurs, très léger, à moins qu'il y ait des rechutes. Mais tu le sais que tu as un terrain là-dessus. C'est-à-dire que tu sais que quand tu as...
- Speaker #0
Une faille d'un moment dans ta vie, un choc émotionnel, déstabilisé,
- Speaker #1
une grosse contrariété,
- Speaker #0
perdre ton job, tu es susceptible de ça. Tu es susceptible de comme quelqu'un qui va boire. Tu le sais. Sauf que là, la personne qui boit, on lui dit qu'il faut arrêter de boire. Il faut manger, il ne faut pas arrêter de manger. Ce n'est pas possible. Donc en fait, il faut juste partir du principe. Et l'accepter, ça c'est ce qui dure et tout, mais que c'est toujours sous-jacent, c'est toujours une couche, ça fait partie de toi.
- Speaker #1
Et comment t'arrives à vivre avec cette épée de Damoclès ? Si tu devais dire aux femmes qui souffrent de cette maladie, parce que finalement, quand on n'est pas anorexique, quand ton récif est poignant... Tu dis mais comment tu peux construire une vie en sachant que tu as toujours ça au-dessus de ta tête ? Tu vis avec la peur, tu vis comment tu vis ?
- Speaker #0
C'est ça. Alors déjà, tu peux construire puisque moi, je suis l'exemple quand même de pas mal de choses. Et ça, je suis assez contente. Même mon mari me dit, tu as quand même tout, enfin tout, beaucoup de choses. Et que j'aurais pu ne pas avoir, c'est sûr. Tu grandis avec cette épée, mais tu sais que cette épée, c'est aussi un peu toi qui la tiens, quelque part.
- Speaker #1
Donc, tu es quand même encore un peu dans le contrôle.
- Speaker #0
Oui, parce que moi, je sais aussi que je m'en suis en partie sortie par une grosse volonté. Parce que qui sait qui se met à table et qui, au bout d'un moment, décide de manger ? C'est toi. Qui sait qui, à un moment, dans une crise, se dit « J'arrive à m'arrêter » ou « Je n'y arrive pas, donc je vais voir effectivement mon psy ou un... comportementaliste, nutritionniste, quoi, j'essaye de faire quelque chose, toi, vraiment, tu... Et en fait, malheureusement, ou heureusement, je ne sais pas comment le dire, mais cette maladie, tu l'as mise par ta volonté, qui n'était pas très bonne, mais tu peux la faire taire, entre guillemets, et t'en sortir aussi par ta volonté à toi. En fait, je suis d'accord, tu vas voir le psy, ça t'aide, tu vas voir une nutritionniste, elle te fait des trucs de base, mais... Quand tu as vraiment envie de te sortir quelque chose, c'est toi. Quand tu as vraiment envie de trouver un boulot, c'est toi.
- Speaker #1
Et tu penses que cette maladie, on peut le faire ?
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
on peut le faire.
- Speaker #0
Après, quand on n'y arrive pas, ça ne veut pas dire qu'on est nul. Ou que c'est pas. C'est juste que des fois, ce n'est pas le bon moment, ce n'est pas la bonne méthode, ce n'est pas ta méthode à toi. C'est pour ça qu'il n'y a pas de médicament. Comment tu veux rentrer dans la tête de tout le monde et de dire, alors elle, ça s'est mis comme ci, comme ça, mais elle raisonne comme ci, comme ça, ses habitudes, c'est comme ci, comme ça, et elle, elle a cette peur-là. mais l'autre a l'autre peur tu ne peux pas créer quelque chose ça n'existe pas et c'est pour ça que je dis c'est ta volonté et puis moi c'est parce que ça fait longtemps donc à tes 40 ans tu commences à te connaître et toi quand je te dis tout à l'heure est-ce que je vais refaire 40 ans comme ça est-ce que je vais continuer à me priver et puis autre chose est-ce que pendant ces 20 ans J'ai été vraiment heureuse comme je pensais. Est-ce que tout ce que j'ai fait, pensant que ça m'apporterait minceur, réussite ou quoi, est-ce que ça a marché ? Pas tellement. Parce que j'ai eu des choses. Mais déjà, souvent je n'en ai pas profité. Parce que les vacances ou le restaurant, je ne mangeais pas.
- Speaker #1
Oui, mais ça c'est le discours d'une femme de 40 ans. J'aimerais que tu essaies de t'adresser à une enfant de 15 ans. Qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #0
Qu'il faut vraiment essayer de ne jamais commencer, mais ça c'est compliqué. Que même si ça paraît la meilleure idée, et la plus simple à mettre en place, c'est pas vrai, c'est pas la meilleure. Quand tu veux... Là si je parle à une jeune femme de 15 ans qui veut perdre du poids aussi, parce qu'en fait quand tu parles dans un truc psychologique... quand tu veux perdre du poids c'est pas comme ça que ça marche surtout pas les régimes c'est une grosse connerie c'est une grosse invention de l'industrie c'est la société il faudrait avoir le courage d'aller voir toute seule ou demander à maman d'aller voir quelqu'un nutritionniste quoi qui te réapprend à manger Essayer d'être plus bienveillante avec soi, ça je sais que c'est compliqué.
- Speaker #1
À 15 ans ça l'est.
- Speaker #0
À 15 ans ça l'est.
- Speaker #1
Mais ça l'est encore aujourd'hui.
- Speaker #0
Et par contre, à 15 ans, moi je ne l'ai pas cru, mais c'est vrai, ton corps changera beaucoup. Que ce soit avec les règles, pendant les règles, pas les règles, les grossesses, pas de grossesses, les hormones, pas d'hormones. Ton corps il évolue, ça c'est certain. Et puis, quand on veut effectivement avoir un meilleur corps, ou plus se plaire, ça ne passe pas forcément par régime et minceur. Ça peut effectivement passer par un peu plus de sport, un peu plus de ça, pourquoi pas le pilates, des choses comme ça. Je sais que quand tu as 15 ans, c'est plus compliqué,
- Speaker #1
mais en fait,
- Speaker #0
essayer de trouver la solution à un mal-être. Sur ton corps, dans ta tête ou quoi, en passant par la nourriture, c'est l'erreur.
- Speaker #1
Parce que c'est là où c'est dangereux.
- Speaker #0
La nourriture n'est pas la solution. La nourriture, c'est un outil. C'est un outil dans ton maître, mais c'est certainement pas la solution. Et c'est vrai que des fois, quand on te vend des programmes à te dire, bah oui, partir de la nourriture, ça marche pas que comme ça. Parce que si tu t'es pas aimé à un moment, c'est pas parce que t'auras 10 kilos moins que tu t'aimeras plus. En plus, souvent, quand t'as 10 kilos moins, tu te dis, ah bah, c'est bien, mais c'est pas assez. Allez, on continue. Et en fait, c'est la course.
- Speaker #1
C'est la cercle. Et tu rentres dans cette spirale.
- Speaker #0
En fait, ce qui est bien, quand tu vas voir quelqu'un, Quant à cause. ans et tout et je pense même sans aller voir quelqu'un moi si ma petite fille me demandais je veux perdre la première question je pourrais c'est pourquoi et vraiment pourquoi tu vas m'écrire tu vas pas juste me dire à l'oral parce que je vais être comme non tu vas prendre ton temps et tu vas vraiment chercher qu'est ce qui te motive pourquoi tu as ça
- Speaker #1
On sent beaucoup de peur quand encore quand tu en parles.
- Speaker #0
Oui bien sûr, parce que moi je prie Dieu que jamais elle ne me pose cette question déjà.
- Speaker #1
Que jamais ça n'arrive parce que je ne crois même pas que je serai la plus apte.
- Speaker #0
Alors je fais quoi ? Je lui fais lire mes journaux intimes que j'ai gardés ? Ou je lui montre des photos ? Pourquoi ? Ça peut être ça.
- Speaker #1
Tu as eu envie parfois... de partager ton témoignage justement des journaux intimes avec des jeunes filles, avec des jeunes filles malades ou dans des collèges. Est-ce que tu penses qu'au final, bien sûr, on est d'accord toutes les deux en disant qu'il n'y a pas de solution ? Parce que chacun... Parce que là, c'est vraiment une maladie mentale. C'est comme si tu disais, on ne va pas appliquer telle solution à une dépression. C'est complètement…
- Speaker #0
Tu as des solutions, tu as des choses. Pour moi, il n'y a pas du 100% sûr. Voilà, c'est ça que je veux dire.
- Speaker #1
Et en fait, est-ce que, je ne sais pas, est-ce que ce ne serait pas aussi une manière que les anciennes ou les anorexiques en guérison… puissent, ou les bousmiques d'ailleurs, mais puissent aller voir justement les jeunes femmes dans les collèges, les jeunes filles. Est-ce que ce n'est pas ça le point de départ finalement ?
- Speaker #0
Si, je pense que ça peut être bien. Après, on va toutes avoir un discours différent parce qu'il y a peut-être des filles qui vont te dire on ne s'en sortira jamais, ce n'est pas vrai, tu ne guériras jamais. Tu as des filles qui disent ça, attention, et c'est leur choix. D'accord. Il y en a qui vont dire, bien sûr que si, on peut guérir à 100%, comme certains médecins. Et moi je reste... Moi je ne peux que dire ce que je pense vraiment et ce que je ressens. Et c'est que... Puis excuse-moi quand même d'un truc, tu l'as dit tout à l'heure. On dit un cancer, vous êtes en rémission totale. Ouais. Sauf que tous les un ou deux ans, tu fais quand même un contrôle pour voir s'il y a rien. Ah bah bien sûr. Voilà. Donc je veux dire, c'est... Une maladie reste une maladie. Personne ne peut parier, on le souhaite que ça disparaisse, évidemment. Mais personne ne va parier.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Le médecin qui me dit que tu es guéri à 100%, c'est super gentil. Mais en plus, des fois, tu te dis, mais la personne, tu imagines, elle retombe ce qu'elle imagine.
- Speaker #1
Oui, c'est de sa faute, ça repart en fait.
- Speaker #0
Je vais revivre l'enfer, là je vais en finir. Là, je vais en finir, c'est plus possible. Mais moi, je pense qu'il faut, ça, ce serait bien, parler aux jeunes filles, faire des choses, effectivement. Et puis, il ne faut pas qu'on oublie les parents, les maris, les choses comme ça. Parce que ça, tu as des associations qui font des rencontres pour les aidants, justement, ou c'est par téléphone. tout mais mais c'est super compliqué moi j'ai eu de la chance par exemple de n'être que fille unique qu'est ce qu'on aurait fait si j'avais une petite soeur au milieu c'est surtout à l'époque tu vois j'ai de la chance d'avoir un mari qui est compréhensive qui m'aide et qui a des moments Le samedi, on se pose et je lui dis, là, il y a un truc qui ne va pas. J'imagine que je lui raconte et je me dis, je dois lui dire des inopsies. Des trucs à cette semaine, je pense que j'ai fait deux restos. Évidemment, pour la personne lambda, la personne doit comprendre, se mettre dans ta peau.
- Speaker #1
Désamorcer.
- Speaker #0
Désamorcer. Mais ce n'est pas grave, tu le sais. Et puis, mon mari, il a trouvé un truc bien. que... il parle pas trop sur le sujet. C'est-à-dire que, si j'ai besoin de parler, je vais commencer, je peux lui parler de mes émotions et tout, et quand je vais commencer à dévier sur le côté, ouais, puis mon corps et tout, mais non. Alors, il va me rassurer, me dire un truc, mais il va pas renchérir l'histoire. Et c'est plutôt, c'est, allez, on va se préparer, on y va, on fait. Il a bien trouvé, tu vois, le truc. Mais c'est vrai que ça a pas toujours été aussi simple et fluide, et franchement... Mais comme ma mère. Ma mère, des fois, elle m'écoutait, elle prenait des heures, et moi, on ne pouvait plus, ma grand-mère aussi, et personne ne savait quoi faire. Et tu vois que tu fais de la peine, et que tu les énerves, et ce n'est pas toi qui les énerves.
- Speaker #1
Et c'est encore pire. C'est la maladie. C'est pire.
- Speaker #0
Et je pense que des fois, ils ne veulent plus te voir, parce qu'ils voient la maladie. Tu imagines comme ?
- Speaker #1
Oui. C'est très, très... Oui, c'est très dur. Tu t'isoles, tu te culpabilises de faire de la peine aux gens que tu aimes.
- Speaker #0
C'est vrai que...
- Speaker #1
Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
C'est là où je me dis qu'il y a des centres maintenant qui existent qui sont vraiment mieux et bien adaptés à notre temps. Il n'y a plus de contrat, il n'y a plus de temps pour certains. Et je pense que c'est dur mais je pense que des fois ça peut être bien parce que ça te fait une coupure pour la malade qui va rencontrer d'autres personnes malades. Donc à un moment ça fait aussi du bien de voir que tu n'es pas la seule. Les parents ont l'impression d'avoir quand même rempli leur rôle. roulent, ils peuvent aussi respirer en sécurité. Tu vois, il y a des...
- Speaker #1
Oui, c'est bien fait pour les deux côtés.
- Speaker #0
Oui, après tout, quand dans un coup, tu ne t'entends plus, des fois, tu fais une pause. Tu coupes, tu vois. Non, mais c'est sûr. Et voilà. Et des fois, la pause, ce n'est pas parce que tu ne t'aimes plus ou quoi. Mais par contre, c'est dur. C'est dur parce qu'une maman qui va dire à son enfant de 15 ans, je t'abandonne. entre guillemets, il y a ça. Puis après, tu as les autres à côté.
- Speaker #1
C'est ça, tu as tout le regard de la société.
- Speaker #0
Ma maman, on lui disait, elle a un cancer. Tu vois, c'est chaud.
- Speaker #1
Et finalement, ça aurait été moins compliqué pour ta maman de dire, oui, elle a un cancer. Parce que les gens auraient été très peinés pour toi. Qui sont-ils avec elle ? Oui. Que de dire, elle a l'anorexie. Oh, c'est bon. Elle fait des manières, elle n'a qu'à manger.
- Speaker #0
Voilà. Elle fait son intéressant, elle fait des manières. Et puis après, il y a eu tout un truc. C'est comme l'anorexie venait d'être créée. Un peu plus mis sur le tapis, on va dire, parce que ça existait depuis des années, bien entendu. Tu prends Cécile, l'impératrice, elle est une vraie fille. Mais on disait aussi beaucoup que c'était lié à la sphère familiale. Et donc on disait beaucoup que c'était la faute de la mère, puisque la mère porte l'enfant, c'est le noyau, c'est la première qui donne à manger, blablabla, le truc. Donc à l'époque, c'est super dur.
- Speaker #1
Bien sûr, c'est hyper culpabilisant.
- Speaker #0
Et les mères l'ont encore culpabilisé maintenant, alors qu'au final...
- Speaker #1
Pas non.
- Speaker #0
Non, parce qu'en plus, je te l'ai dit tout à l'heure, si j'avais une petite sœur, c'était comment ? Combien ? il y a deux familles, où il y a trois enfants, une sœur, une autre sœur il y en a une qui est anorexique, il y en a une qui n'a rien du tout et c'est la mère, la même mère après tu peux avoir un conflit avec ta maman ou d'autres, mais ça c'est l'adolescence aussi c'est autre chose, ça se manifeste autrement mais culpabiliser quelqu'un, je ne vois pas l'intérêt
- Speaker #1
Florence, on arrive à la fin de ce podcast j'aimerais que tu t'adresses cette fois-ci avant de terminer ah, bah justement A cette petite Florence qui est juste avant ses 15 ans, juste avant de franchir le pas en fait. Tu lui dirais quoi à cette petite Florence ?
- Speaker #0
Parle, va en parler et ne reste pas toute seule. En fait il est là. C'est très dur d'aller parler quand on est adolescente à ses parents, à quelqu'un, c'est très dur. Mais si tu fais ça, ce qui vient après, c'est pas dur. C'est un enfer tout tel. Et en fait, je pense que c'est bien aussi maintenant que les jeunes aillent tôt finalement voir des psys, parce que ça peut permettre et déceler des choses qu'on ne voit pas toujours ou qu'on ne veut pas dire.
- Speaker #1
On termine par la dernière question. Parce qu'on a toujours terminé comme ça, dans Parole de Femme. De manière plus générale, on a parlé femme, on a parlé féminité, on a parlé maternité, on a parlé du corps. C'est quoi pour toi être une femme aujourd'hui ? Comment tu le définirais pour toi ? Ça peut être ta définition à toi, comment toi tu te sens femme.
- Speaker #0
Je pense qu'être une femme, c'est quelqu'un... Enfin, c'est... Arriver à rayonner avec ce qu'on est.
- Speaker #1
C'est chouette.
- Speaker #0
Et ce qu'on est, pas ce qu'on montre, pas ce qu'on dit ou quoi, c'est... C'est ça. Être une femme, c'est... Pas forcément être une épouse, pas forcément être une mère, pas forcément être PDG d'un grand groupe, c'est... C'est... C'est juste, oui, rayonner comme on est.
- Speaker #1
C'est une belle conclusion. Merci beaucoup pour ce bon moment. C'était vraiment nouveau pour moi. En parole de femme, on ne l'avait jamais évoqué. l'anorexie mentale. Merci, parce que je sais que ce n'est pas simple. Ça fait remonter beaucoup de choses. Donc, merci d'avoir partagé ce témoignage. On va le faire voyager pour que ça puisse aider d'autres femmes et d'autres jeunes femmes. Merci Florence.