- Speaker #0
Bonjour, je suis Stéphanie Baranco et bienvenue dans Parole de Femme. Dans ce podcast, je donne la parole à des femmes au destin peu banal pour qu'elles nous parlent d'elles, de leur parcours, de leurs espoirs et de leurs doutes, de leur vision de la femme d'aujourd'hui, l'avenir. Puissent ces femmes vous inspirer, nous inspirer et inspirer nos générations futures. Elles se livrent sans tabou, avec le cœur. Je vous laisse avec elles, voici leurs histoires, place à Parole de Femme, saison 3.
- Speaker #1
Et là, autant j'ai pu pendant 20 ans vivre tout ça, autant on touche pas à mes enfants. Et là, ça a été vraiment le déclencheur. pour ouvrir les yeux et j'en suis venue à m'interposer à protéger mon fils à protéger physiquement il y avait des
- Speaker #0
coups portés ?
- Speaker #1
non, jamais il y avait des colères violentes où il pouvait faire peur Je n'ai jamais reçu aucun coup. Jamais. Physiquement.
- Speaker #0
Et ni votre fils.
- Speaker #1
Non. Mais par contre, les colères étaient terribles.
- Speaker #0
Oui, on n'est pas obligé de frapper pour faire très peur. Ah oui. On va revenir sur votre fils, on reprend une respiration. On revient. On remet tout ça. Vous avez vos enfants au bout de combien de temps de relation ? Déjà, vous vous mariez, c'est vous qui faites le choix d'un mariage ? Ou est-ce que c'est lui qui vous aide à prendre la décision d'un mariage ? Ou vous en aviez envie aussi à deux ?
- Speaker #1
Euh... On se marie au bout de presque dix ans.
- Speaker #0
Ah oui ? D'accord. Et pourquoi ? Parce que vous aviez déjà eu votre enfant ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
D'accord. Donc c'était un choix.
- Speaker #1
C'était un choix. J'avais pris cette décision de rester avec lui.
- Speaker #0
Oui. Après, c'est fait mes 8 ans. Oui.
- Speaker #1
Et du coup, le mariage est venu après. Très peu de temps après, finalement. La demande en mariage est venue peu de temps après. Dans votre schéma. Comment ?
- Speaker #0
On revient à votre schéma du départ.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
J'aurais un homme avec...
- Speaker #1
Voilà, je serais mariée.
- Speaker #0
Je serais une femme respectable. On revient à ce schéma, c'est important. D'accord, donc vous vous mariez.
- Speaker #1
Oui. Et on n'était pas sûr de vouloir des enfants. Et en fait, ni l'un ni l'autre. Donc là-dessus, on était d'accord. Et puis un jour, on a eu cette discussion, on s'est dit, en fait, voilà, on vieillit. Donc, maintenant, il faut qu'on prenne la décision. Soit on veut des enfants, et on les fait maintenant. Soit on décide une bonne fois pour toutes qu'on n'aura pas d'enfants. Et voilà. Et on passe un week-end chez une amie qui nous colle son bébé dans les bras le matin, dans le lit. Et on se dit, je me souviens, on est rentré en train et on s'est dit finalement, c'était pas mal, on pourrait peut-être se voir avec des enfants. Et voilà, l'idée est partie comme ça et on s'est dit, ok, on va essayer d'avoir des enfants.
- Speaker #0
Donc là, c'était tous les deux. Pour le coup, on ne sent pas du tout la même... Non,
- Speaker #1
c'était une décision commune, une discussion. On prend cette décision ensemble. Et c'est ça que je dis à mes enfants aussi, c'est qu'ils ont été voulus, désirés. Ils ne sont pas arrivés n'importe comment.
- Speaker #0
C'est hyper important.
- Speaker #1
Oui. Oui.
- Speaker #0
Dans la tête d'un enfant, ça doit être un vrai questionnement.
- Speaker #1
Moi, c'est comme ça que mes parents me l'ont dit, en fait, aussi, que j'avais été... Voilà, j'étais un enfant. Mes parents ont eu une relation très compliquée. C'est pour ça que mon enfance a été très compliquée, parce que mes parents ne s'entendaient pas du tout. Mais ils sont restés ensemble à cause... de leurs enfants, ce qui n'est peut-être pas forcément une bonne décision non plus. C'est la leur, on ne sait pas ce qui se serait passé. J'ai entendu ça et j'ai voulu que mes enfants l'entendent aussi parce que pour moi ça avait été important, le fait qu'ils avaient été voulus. Par exemple, quand on s'est séparés, je lui ai rendu des affaires parce que ces affaires étaient restées ici. Parce que c'est la maison dans laquelle j'ai vécu avec lui.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Oui. Mais comme je disais, c'était mon cocon. Les gens ne comprenaient pas que je veuille la garder. Mais en fait, c'est là que je me ressors. Et puis lui, il n'était jamais là de toute façon. Il était toujours en déplacement. Sinon, il était au garage, dans son hangar. Ici, c'était chez moi. Donc, j'ai voulu garder ce cocon. Et du coup, dans les affaires notamment, il y avait l'album de mariage. Et je n'ai pas voulu lui donner. Parce que je me suis dit, il est capable de le jeter, par exemple. Et en fait, les enfants, ils viennent de là. De ce mariage, qui a quand même été un très beau moment, qu'on a voulu tous les deux. Et du coup, cet album, ça m'arrive de le feuilleter avec les enfants, pour leur montrer d'où ils viennent, en fait. C'est OK, on ne s'entend plus, OK, j'ai vécu des choses. qui sont traumatisantes, vraiment, mais il y a eu des beaux moments et je ne vais pas les rejeter. Ces moments-là ont existé.
- Speaker #0
Oui, ils ne viennent pas camoufler le reste, mais il ne faut pas non plus les oublier. Les oublier,
- Speaker #1
ce sont des moments très importants.
- Speaker #0
Pour l'équilibre de vos enfants.
- Speaker #1
Oui, pour l'équilibre de mes enfants. Et puis, pour moi, comme je dis, je ne regrette rien parce que j'ai fait ce que je pouvais sur le moment. Et donc, j'ai voulu me marier. J'ai voulu avoir mes enfants. Donc, je ne vais pas tirer un trait là-dessus. Ça fait partie de ce que je suis aujourd'hui, en fait. C'est ce qui m'a construit aussi.
- Speaker #0
Est-ce que... Donc vous faites votre premier bébé. Est-ce que quand même, vous allez avoir... Est-ce que vous prenez vraiment votre rôle de maman ? Est-ce qu'il vous laisse prendre la place de maman ? Ou est-ce que les dénigrements vont s'installer aussi dans le rôle de maman ? Vous ne faites pas bien, que quand même ce n'est pas normal de ne pas faire ci ou ça. Est-ce que ça va être ça son emprise à lui ? Ou lui c'est différent ?
- Speaker #1
Oui, alors, mon premier enfant, mon fils, c'est un tsunami pour moi. Parce que j'ai toujours dit, depuis toujours, que je voulais être enceinte, je voulais accoucher, mais je ne voulais pas avoir d'enfant. parce que j'avais peur de de ne pas savoir faire. Je ne voulais pas forcément reproduire les schémas que j'avais vécu. Et puis, je savais que j'en prenais à vie. C'est vrai. Et donc ça, ça m'effrayait énormément. Et donc, l'arrivée de cet enfant, c'est vraiment un tsunami. Surtout que c'est un bébé qui demande les bras, Et que du coup, je dois donner du 100%.
- Speaker #0
Mais 100% pour lui, du coup, il n'y a plus de temps pour...
- Speaker #1
Non, je suis devenue maman. Je n'étais plus femme. Je suis devenue maman.
- Speaker #0
C'est lui qui dit ça ou c'est vous qui dites ça ? C'est moi.
- Speaker #1
C'est moi.
- Speaker #0
Vraiment ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
D'accord. Vous avez ce discernement-là ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Et alors, c'est possible qu'il me l'ait dit, qu'il me l'ait reproché, ça c'est certain. Mais oui, moi je vois bien que je ne suis plus que maman. Et donc ma place, je la prends. Lui est là, c'est quelqu'un qui est beaucoup en déplacement, qui n'est pas très présent. Quand il est présent, il est quand même là pour les enfants.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais il n'est pas très présent. Mais bon, par exemple, la place que j'ai allaitée, lui ne pouvait pas donner un biberon. Donc la nuit, quand mes enfants pleuraient, il allait les chercher, il me les donnait. Et après, je m'en occupais, je les ramenais dans leur lit.
- Speaker #0
Il prenait la sangle de papa au sérieux.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Mais vous, je reviens sur vous, est-ce qu'il porte un jugement sur votre posture de maman ? Ou est-ce que cette place-là, vous ne l'avez pas laissée faire ? Parce qu'on sent qu'il y a cette emprise-là sur vos relations, sur vos activités, sur votre façon de vous vestir, de vous habiller. Mais sur votre place de maman, je n'arrive pas à savoir s'il avait aussi cette emprise, finalement, de vous dire que vous ne faisiez peut-être pas bien, ou que ce n'était peut-être pas la bonne décision. Ou est-ce que chez vous, ça n'a pas du tout existé ?
- Speaker #1
Si, si, si, ça a existé.
- Speaker #0
Ça a existé aussi ? Oui. Comment vous l'avez vécu ça ? Comment ça se manifestait ? Peut-être pas au tout début, mais peut-être plus tard.
- Speaker #1
Quand l'enfant grandit un peu ? Non, ça a été dans la manière de gérer les choses, même quand il était tout bébé. Le soir, je devais endormir mon fils, ça me prenait une heure. Donc quand il y avait des gens qui étaient là, c'est compliqué du coup. Et il y avait des choses qui m'étaient reprochées, oui. Que ce n'était pas comme ça qu'il faudrait faire.
- Speaker #0
Non mais là, ce n'était pas comme ça qu'il faudrait faire, c'est très doux.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est ce qu'on pourrait se dire entre amis.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que c'était dit comme ça, Hélène ?
- Speaker #1
Non, ce n'était pas dit comme ça.
- Speaker #0
Alors, c'était dit comment, Hélène ?
- Speaker #1
C'était dit sur le ton du reproche. Il ne faudrait pas que je fasse comme ça.
- Speaker #0
Donc, tu ne dois pas faire ça. Tu es une mauvaise mère. Tu ne sais pas faire.
- Speaker #1
Oui, alors ça, ça n'a pas été dit.
- Speaker #0
Ça n'a pas été dit. Ce n'était pas frontal.
- Speaker #1
Non, non, non, jamais.
- Speaker #0
Lui, jamais.
- Speaker #1
Jamais. Jamais. Par contre... Oui, le fait que je sois une mauvaise mère, ça c'est bien rentré. Ça c'est très bien rentré.
- Speaker #0
Ça rentre à l'intérieur de soi.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Ça détruit la confiance que vous aviez en vous sur le fait d'être maman. Parce que des fois quand on accouche, ça arrive souvent, on a cette espèce de confiance qui arrive avec le bébé et on se dit qu'on sait faire parce que c'est à l'intérieur de soi.
- Speaker #1
Alors pour ma deuxième, oui. Parce que je savais faire. Ce que j'avais déjà eu. Mais en fait, il y a quelque chose qui est important aussi dans la manière dont ça s'est passé. C'est que, comme je disais, il était toujours en déplacement. Arrive le terme de ma grossesse. Et du coup, il avait pris un mois, donc 15 jours avant, 15 jours après le terme, sans déplacement.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Mais moi j'aime être enceinte et j'étais bien, on était bien tous les deux. Donc mon fils est né onze jours après terme, au bout du bout. Au bout du bout. Ils me l'ont arraché de mon ventre parce qu'il ne voulait pas sortir. Il ne voulait pas sortir. Non, il ne voulait pas sortir. Mais pour quoi ? Donc, mais je sais que voilà, je le retenais aussi parce qu'on était bien. Bon bref. On arrive.
- Speaker #0
Il arrive.
- Speaker #1
Il arrive. Je me retrouve avec un petit bébé qui, dans les bras, que je ne connais pas et que je ne sais pas faire. Et le soir, je me retrouve toute seule avec lui, la nuit. Et là, c'est très très dur. Et du coup, j'envoie des messages à mon ex-mari. Je lui dis « Quand est-ce que tu viens ? » « Je serai là à 7h, oui d'accord, parce que là c'est long. » Et donc, il passait toute la journée avec moi, mais les nuits, c'était dur. Et on rentre à la maison au bout de 4 jours, donc un dimanche. Est-ce que c'était le dimanche soir ou est-ce que c'était le lundi matin, je ne sais plus. Il repart en déplacement. Donc je rentre de la maternité et là je me retrouve toute seule avec mon petit hibou là qui pleure beaucoup parce qu'il veut les bras. Et ça, ça a été un vrai traumatisme. Parce qu'à chaque fois qu'il me disait la semaine prochaine je serai en déplacement, je me disais comment je vais faire et comment je vais faire, je vais me retrouver toute seule. Ah mais non, il a 18 mois, ça fait 18 mois que tu fais, tu sais faire, donc ça va bien se passer. C'était un vrai traumatisme.
- Speaker #0
Vous avez, à ce moment-là, est-ce que vous aviez des amis, des gens qui en parlaient, votre famille ? Parce qu'on a l'impression que vous êtes seule tout le temps, avec vous et avec lui évidemment, mais vous n'aviez pas des amis, est-ce que du coup, si vous aviez un travail, il y avait au moins des relations de travail, des gens avec qui parler, tout ça ? Sans parler de l'emprise, mais de vos doutes, on sent comme une solitude finalement, comme un vide.
- Speaker #1
Oui, j'avais des amis, mais pas tellement... pas si proches que ça, du coup, puisque...
- Speaker #0
Parce que vous n'aviez pas le droit.
- Speaker #1
Non, parce qu'il faut que je m'en éloigne, il ne faut pas que je sois trop proche de mes amis.
- Speaker #0
Donc il y a comme un vide qui se fait... Vous vous retrouvez avec votre fils, et vos parents, votre maman ?
- Speaker #1
Alors ma maman, ma maman essaie de m'aider dès qu'elle peut, donc elle n'habite pas à côté, elle habite à Montpellier, donc il y a quand même deux heures et demie de route, mais quand elle peut, quand j'ai besoin, elle vient m'aider.
- Speaker #0
D'accord. Mais vous lui parlez de vos doutes ? De votre fatigue, de vos doutes, de cette inquiétude quand vous êtes seule ?
- Speaker #1
Non, je ne pense pas que je lui en parle.
- Speaker #0
Mais pourquoi ?
- Speaker #1
Parce que ma maman, elle m'a aimée, mais... Elle n'avait pas de patience, elle le disait elle-même. Je me suis toujours dit que elle n'était pas forcément faite pour avoir des enfants.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc je ne vais pas forcément chercher...
- Speaker #0
Avec elle, oui.
- Speaker #1
Parce que, justement, je ne veux pas reproduire ce schéma. Donc je ne vais pas forcément chercher des conseils. D'ailleurs, elle me dit, elle me dit, tu as une patience. Que j'ai pas. Que j'ai pas et que j'admire énormément. Et mon papa, je ne lui parle plus à ce moment-là. Parce que mes parents se sont séparés. Et que ma maman m'a amenée un petit peu à ne plus parler à mon père.
- Speaker #0
Oui, il y a un terrain quand même.
- Speaker #1
Bien sûr, on n'arrive pas là par hasard.
- Speaker #0
Non, c'est en vous écoutant, on s'en rend compte. Il y a un terrain effectivement de manéabilité qui est assez présent. Donc cet enfant-né, c'est compliqué, un peu, même si vous l'aimez de tout votre cœur. C'est compliqué d'avoir suffisamment confiance en vous parce qu'on vous a enlevé tout doucement la compte peu de confiance que vous aviez. Je pense qu'il devait être à 10%. Et là vous êtes à moins 800.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Donc forcément, quand on ne vous dit pas qu'on croit en vous, il faut trouver la force à l'intérieur.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Pourquoi à ce moment-là vous faites un deuxième bébé ? Un, ça aurait pu être bien pour des gens qui n'en voulaient pas au départ.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Comment le deuxième bébé intervient alors que le premier c'était déjà difficile pour vous de trouver votre place ?
- Speaker #1
Parce que ce qui a été difficile, c'est de passer ce cap de maman à vie.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Une fois que je l'ai passé... Pourquoi pas un deuxième ? Je n'avais pas envie non plus d'un enfant unique. On avait envie de plusieurs enfants. Donc, naturellement.
- Speaker #0
Elle arrive combien de temps après ?
- Speaker #1
Alors elle arrive... Elle arrive deux ans et demi après.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Il y a une fausse couche avant.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Elle rentre.
- Speaker #0
Elle se négocie comment cette fausse couche ? Là, il t'arrive à gérer ou est-ce que là, pour le coup, ça périclite un peu plus l'emprise ? Parce que souvent, je rencontre des femmes qui ont fait des fausses couches. Et déjà, sans emprise, c'est difficile parce qu'on se culpabilise beaucoup. Parce que malgré tout, c'est notre propre corps à nous. quand même donc est-ce que lui il a réussi à ne pas vous enfoncer encore plus ou est-ce que là pour le coup ça augmente un peu le truc ou pas tant ?
- Speaker #1
non il ne m'a pas enfoncé plus par contre j'ai vécu cette fausse couche toute seule j'étais à tel point que Il était là dans ce canapé en train de regarder un match de foot. Et moi j'étais dans la chambre en train de... J'avais l'impression que je faisais une hémorragie en fait. J'ai appelé le 15, j'ai...
- Speaker #0
Ah d'accord.
- Speaker #1
Oui. Et tout ça je l'ai fait toute seule.
- Speaker #0
Mais parce que vous n'avez pas voulu lui dire...
- Speaker #1
Non parce qu'il ne voulait pas.
- Speaker #0
Mais il ne voulait pas quoi ?
- Speaker #1
Il ne voulait pas... Pour lui c'était... Il ne voulait pas avoir du sang, il ne voulait pas... C'était quelque chose qu'il ne voulait pas gérer.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Oui. Ça a été très, très violent.
- Speaker #0
Oui, là, je pense.
- Speaker #1
Ça a été très, très, très violent. Oui.
- Speaker #0
Alors, moi, je le verrais plus quand je vous entends, comme une punition, finalement, qu'il vous donnait. Vous perdiez le bébé. Mais non, c'était que lui n'arrivait pas à gérer sa propre panique.
- Speaker #1
Oui. Je pense pas que c'était une punition.
- Speaker #0
Non, c'était vraiment lui qui n'était pas en capacité émotionnelle de gérer ça. Et du coup, il a fait comme il a pu.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Pour le coup.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et vous, vous faites comme vous pouvez. Après, votre deuxième enfant, donc, arrive.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que vous repartez dans les mêmes schémas à ce moment-là avec lui ou est-ce que ça vous donne la force quand vous êtes une maman ? Est-ce que ça donne la force de passer au-delà de cette emprise ?
- Speaker #1
Alors passer au-delà de l'emprise, non. Non. Ça me donne beaucoup plus de force parce que j'ai vécu des choses pas évidentes avec mon fils, avec moi-même quand mon fils était là. Et là, du coup, je sais mieux gérer et je me fais plus confiance. Et à ce moment-là, je décide aussi de... Je fais partie d'une association de maternage. On n'a plus de monitrice de portage. Et du coup, je décide de faire la formation pour devenir monitrice de portage. Et du coup, faire des ateliers de portage de bébé, portage en écharpe.
- Speaker #0
Donc là, vous avez le droit de faire ça ? Vous vous donnez le droit ?
- Speaker #1
Oui, je me donne le droit, mais pas toute seule. La prise de décision, je ne la fais pas toute seule. Et puis, j'ai cette possibilité-là parce que... Je vais faire des ateliers qui vont être rémunérateurs.
- Speaker #0
D'accord. Donc il accepte par rapport à ça.
- Speaker #1
Il faut comprendre que l'argent, c'est tout pour lui.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Je l'ai vu dans le divorce, je l'ai vu avant, il achète. Il m'achetait avec des cadeaux. Et d'ailleurs, il me disait, je te paye tes vacances. Je t'ai payé une femme de ménage. En fait, c'est parce que tu ne veux pas femme de ménage que tu me payes une femme de ménage, parce que c'est moi sinon la femme de ménage. Et tout est lié à l'argent. Il a cette emprise par rapport à l'argent, où je dois faire parce qu'il me paye les choses. Quand j'ai été arrêtée pour mon burn-out, c'est lui qui faisait vivre. Et il y a énormément, énormément de reproches qui sont faits par rapport à ça. C'est-à-dire que c'est lui qui fait... Moi, en fait, je suis en vacances. Je m'occupe des enfants.
- Speaker #0
Oui, ok.
- Speaker #1
Donc, c'est des vacances.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà. Et lui, il ramène l'argent à la maison.
- Speaker #0
Et il regarde ce que vous dépensez ? Est-ce qu'il a le droit de regarder là-dessus ?
- Speaker #1
Alors, je m'occupe de tout. Donc de payer toutes les factures, tout l'administratif, c'est moi qui le fais. Les courses, c'est moi qui les fais. Et quand, des fois, il manque de l'argent, alors là, on me tombe dessus. Qu'est-ce que... tu dépenses trop, et là, les reproches, parce que je ne sais pas gérer l'argent. Donc il faut que ça roule, quoi. Tant que ça roule, c'est bon.
- Speaker #0
Comme si vous marchiez sur des oeufs tout le temps, en fait.
- Speaker #1
Ah, mais tout le temps.
- Speaker #0
Et avec les enfants aussi, puisque là, on parle des enfants, ça vous est arrivé de leur dire non, non, dites pas ça ? Ça les énervait. Ou ce serait mieux de ne pas faire comme ça, les enfants, si vous savez que papa, ça le contrarie.
- Speaker #1
Oui. J'ai appris à mes enfants à vivre comme je vivais.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'est-à-dire à faire le dos rond. Et à attendre que ça passe. Et je me souviens d'un moment qui a été très douloureux. Un soir, je vais dire au revoir à mon fils, je vais lui souhaiter bonne nuit, et il me dit, est-ce que papa peut me chanter une chanson ? Et je lui dis, tu te rends compte, t'as vu comment il est papa ce soir ? T'as vu comment il est énervé ? Mais si je lui demande ça et qu'il s'énerve encore plus, tu te rends compte ? Et en fait, j'avais mon fils qui avait 7 ans, qui voulait juste une histoire, une chanson de son père, et moi j'avais peur d'aller demander à son père. Et bon, ben... C'était pour mon fils, donc je l'ai fait. Je suis... Mais je me souviens encore très très bien de la scène. Il était dans l'entrée, en train de faire autre chose. Et je lui dis, ben... Donc, il voudrait que tu ailles lire une histoire ou chanter une chanson. Est-ce que tu crois que c'est possible ? Oui, oui, c'est bon. Et là, toute la peur qui s'en va. Ah, c'est bon, on est passé à côté d'un cataclysme.
- Speaker #0
Pour quelque chose d'anodin. complètement anodin c'est comme si vous viviez en apnée pour reprendre la plongée du début si finalement c'était votre dernière plongée vous n'étiez jamais remontée de cette plongée une apnée et c'est ce que j'ai appris à mes enfants ça ne vous a pas fait peur d'apprendre ça à vos enfants ? si et cette peur là ? C'était au-delà quand même, ça vous a porté à une fois, parce qu'on va bientôt basculer sur la partie 2 de notre podcast. Une fois que cette, je rappelle, cette graine qui va pousser tout doucement. et puis vous allez au bout de 20 ans de vie commune prendre la décision de vous en aller de partir est-ce que vous pensez que ça fait partie ça des déclencheurs de se dire je ne veux pas que mes enfants toute leur vie ce soit des potentiels cibles. Oui,
- Speaker #1
alors ça c'est un point très très important. Déjà, quand je suis allée voir ma thérapeute,
- Speaker #0
Je lui ai dit en fait, je crie beaucoup trop sur mes enfants et je ne supporte pas ça. Pourquoi je crie tout le temps sur mes enfants ?
- Speaker #1
Alors que vous n'aimez pas les cris.
- Speaker #0
Alors que je n'aime pas les cris. Et en fait, je ne faisais que reproduire son schéma à lui. C'est-à-dire que lui, il... Il déverse toute sa mauvaise humeur. Ici, c'est... J'avais déjà expliqué aux enfants, enfin, je leur ai expliqué après, qu'une météorite aurait pu tomber dans le jardin. C'était de ma faute. Voilà. Tout était toujours de ma faute. Donc, quand il se passait quelque chose, en fait, ça me tombait dessus. Voilà. Il y avait toujours une manière de me le faire retomber dessus. Et donc, finalement, il déversait toujours cette colère, comme ça, sur nous. Et au final, je reproduisais ça aussi. Je criais sur les enfants parce que j'étais énervée et qu'il fallait que ça sorte. Et ça, j'ai commencé à le refuser. Mais il a fallu que je prenne conscience de ce mécanisme-là. C'est au moment où la petite graine a déjà commencé un petit peu à germer et où je me rends compte qu'en fait c'est un mécanisme que je ne veux pas. Et du coup, j'ai décidé déjà de ne plus réagir de cette manière-là. Les choses se sont quand même déjà apaisées. Et puis, en fait... Il y a une analogie qui me parle beaucoup. Quand on est dans un avion avec ses enfants, on nous dit, s'il y a un problème, les masques tombent, vous mettez votre masque d'abord et ensuite vous mettez le masque à votre enfant. Parce qu'en tant que mère, on va sauver notre enfant d'abord. Mais non, en fait, si on ne se sauve pas,
- Speaker #1
on ne peut pas sauver les autres.
- Speaker #0
On ne peut pas sauver les autres. Et du coup, j'ai dû faire ça aussi. J'ai dû me sauver d'abord. Et c'est presque comme abandonner mes enfants dans ce climat, dans tout ça. J'ai dû me sauver d'abord pour ensuite pouvoir les sauver. Et leur expliquer que tous ces mécanismes-là ne sont pas des bons mécanismes. Qu'ils n'ont pas les acceptés. Je me souviens d'une fois où mon fils est tombé dans la cuisine. Et je suis venue vers lui, parce qu'il s'était fait mal, pour le consoler. Et là, il m'a envoyé bouler, à me crier dessus, que c'est moi qui lui faisais mal. Et alors là, c'est vraiment monté très fort à l'intérieur. Et j'ai dit, ok, je m'en vais, je vais faire un petit peu retomber la pression. Et je suis revenue, j'ai dit, voilà, les enfants, je vais vous expliquer. C'est pour ça que j'ai quitté votre père. Parce que quoi qu'il arrive, tout était toujours de ma faute. Là, tu es tombée, tu t'es fait mal. Du coup, il faut que toute cette douleur, cette frustration, cette colère, il faut que tout sorte. Et du coup, c'est sur moi que ça tombe. Alors qu'en fait, je suis juste venue te consoler. Quand j'ai quitté votre père, j'ai décidé que plus jamais je n'accepterais ça de personne, ni de lui, ni de vous les enfants, ni de personne d'autre. Et vous n'avez pas à accepter ça. Et ça, ça a été la dernière fois où ils se sont comportés de cette manière. Parce que mon fils commençait à prendre, à reproduire le comportement de son père, forcément. Et là, ça a été fini. On a cassé le truc. Et ça, ça a été très important de pouvoir, après, leur dire que, OK, moi, pendant des années, je vous ai appris à mettre une carapace, à prendre tout, à laisser tout couler le temps que la colère parte, le temps que l'orage parte. En fait, non, vous n'avez pas accepté ça. Alors, en tant qu'enfant, c'est difficile, mais au moins... de ne pas accepter.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, de l'entendre, déjà, qu'on a une autre possibilité. On va bientôt arrêter cette partie-là pour reprendre très rapidement sur l'après. On va terminer juste en... Parlons du jour du départ. Comment ça se passe ? Comment vous allez partir ? Parce que vous partez.
- Speaker #0
Alors, je pars, oui et non, puisque je reste... Vous ne pouvez pas le quitter. Je le quitte. Ça se passe le jour de l'ascension. Il y a déjà eu des... ça fait... Ça fait deux, trois mois qu'il perd pied. Oui. Elle m'a interdit de voir ma meilleure amie.
- Speaker #1
Ah oui, donc quand même là...
- Speaker #0
Il y a eu un interdit.
- Speaker #1
C'est le fameux interdit dont vous parlez.
- Speaker #0
Oui. Et je lui ai dit, mais je ne comprends pas d'être obligée de choisir entre ma meilleure amie et mon mari. Il me dit, mais tu n'as pas à choisir. Je suis ton mari, tu n'as pas à choisir. Et là... La petite graine avait déjà germé et donc je n'accepte pas. Et donc, il me menace de divorcer.
- Speaker #1
Encore ?
- Speaker #0
Oui. Et pendant trois mois, comme il voit que je ne réagis pas, il revient. C'est lui qui revient. Finalement, je vais faire des efforts, tout ça. Et pendant trois mois, il menace plusieurs fois de divorcer. Et je ne lui dis pas non, non, non. C'est ce qu'il attend. Et ce matin-là, on va discuter au fond du jardin. Et pendant deux heures, il m'explique qu'en fait, il m'explique toutes les raisons qu'on a de divorcer. Que de toute façon, s'il n'y avait pas les enfants, il ne serait plus là. Que de toute façon, il ne m'aime plus. Et à un moment, je lui dis, en fait, je n'ai pas envie d'entendre toute la liste de tout ce que tu as à me reprocher. Parce que je la connais tellement, cette liste, que je n'ai pas envie d'entendre tout ça. Tu penses qu'on doit divorcer ? Ok. Tu viens de m'expliquer pendant deux heures. D'accord, on va divorcer. Et donc, je lui répète ça plusieurs fois, parce qu'il revient. Oui, parce qu'il ne peut pas l'entendre. Non. Et au bout de deux heures, la conclusion est toujours la même, oui, on va divorcer. Et là, il s'en va dans une colère folle. Il commence à casser des choses dans le jardin, très en colère, parce qu'en fait, ce n'était pas du tout la réaction qu'il attendait. Et ensuite, on fait un petit déjeuner. Et là... Il me beurre ma tartine, il me dit tiens je te fais ta tartine. Il ne m'a jamais beurré une tartine. Ou alors au début peut-être.
- Speaker #1
Oui mais c'était anecdotique.
- Speaker #0
Et là, je me dis mais il était mielleux, il finit par partir et ma mère était là. Et je lui explique, je lui explique tout ce que je vis.
- Speaker #1
Oui votre mère était là.
- Speaker #0
Ma mère était là, mais elle ne savait pas ce qui se passait en fait. dans cette maison. Et je lui explique tout ce que je vis, en fait. Et je lui explique la discussion du matin. Elle me dit, mais c'est pour ça qu'il avait cette attitude à table si bizarre ? Et je dis, oui, oui. Parce que du coup, elle a essayé de me récupérer. Et moi, ce jour-là, la décision, elle a été prise, en fait. C'est-à-dire qu'à partir du moment où... Quand ça va trop loin... Il n'y a plus de retour possible. Donc ma décision, elle était prise.
- Speaker #1
Oui, mais qu'est-ce qui change entre ces 20 ans où il est allé trop loin tout le temps ? J'avais ouvert les yeux.
- Speaker #0
J'avais ouvert les yeux. J'avais ouvert les yeux et il s'en prenait à mes enfants. Je ne pouvais plus laisser passer ça.
- Speaker #1
C'est ça la force, ça vient de là.
- Speaker #0
Bien sûr, elle vient de là. J'aurais peut-être pu vivre encore des tas de choses, mais je dois protéger mes enfants.
- Speaker #1
Oui, c'est l'instinct maternel.
- Speaker #0
Ah oui, oui. Surtout qu'à ce moment-là, je ne suis plus que mère.
- Speaker #1
Oui, donc c'est toute la force, vous allez l'appuyer dans ce statut de maman.
- Speaker #0
Oui. Et du coup, il va... Il va essayer de me récupérer plusieurs fois jusqu'au moment où ce sera... Je vais lui expliquer que non en fait, il ne pourra pas me récupérer.
- Speaker #1
D'un coup vous reprenez votre force ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est assez fou, au bout de 20 ans, d'arriver à trouver, d'ouvrir les yeux et le moment où... Vous arrivez à le mettre dehors ?
- Speaker #0
Non, bah non. Je vis encore dans la peur. C'est-à-dire que je me souviens d'un soir où j'étais sur la terrasse. On était séparés sous le même toit. Donc, des fois, le soir, il partait dans son hangar. Et un soir, j'étais sur la terrasse, en train de lire un livre, dans ma chaise. Et j'entends le portail qui s'ouvre, la voiture qui revient. Et là, je suis en train de rien faire.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Je suis en train de rien faire.
- Speaker #1
Parce que ça aussi.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tu ne veux pas de rien faire.
- Speaker #0
Non. Donc, je suis en train de rien faire. Je suis en train de lire, de me mettre dans ma chaise, tranquille. Et là, la peur monte. Je prends tout, je range tout, je me coupe au passage le doigt et c'est pas grave, vite, vite, vite, je range tout, j'enlève toute trace de mon passage et je vais me barricader dans la chambre. Et j'en ai encore du frisson parce que cette peur au ventre, et encore une fois,
- Speaker #1
peur de quoi ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qui va se passer ? Non. Mais cette peur, elle est incontrôlable. Elle s'est installée pendant des années.
- Speaker #1
Et c'est pas parce qu'on dit « je te quitte » que la peur quitte aussi le corps. Non, non. On s'arrête là pour cette étape. Et puis, on se retrouve dans le prochain épisode parce qu'il y a une vie après. Cette vie, elle n'est pas simple.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Mais elle est belle. Oui. Donc, on en parle dans le prochain épisode. Avec plaisir. À tout à l'heure.