- Speaker #0
Bonjour, je suis Stéphanie Barranco et bienvenue dans Parole de Femme. Dans ce podcast, je donne la parole à des femmes au destin peu banal pour qu'elles nous parlent d'elles, de leur parcours, de leurs espoirs et de leurs doutes, de leur vision de la femme d'aujourd'hui, l'avenir. Puissent ces femmes vous inspirer, nous inspirer et inspirer nos générations futures. Elles se livrent sans tabou, avec le cœur. Je vous laisse avec elles, voici leurs histoires, place à Parole de Femme, saison 3. Quitter une relation sous emprise n'est pas la fin de l'histoire, c'est souvent le début d'un autre combat, celui de la reconstruction. Comment réapprendre à vivre quand on a été coupé de soi-même ? Comment retrouver confiance, s'aimer à nouveau, aimer à nouveau, être une mère, une fille, une amie ? Quand finalement l'emprise a laissé des traces partout, c'est ce qu'on va voir avec toi Olivia. Rebonjour !
- Speaker #1
Rebonjour !
- Speaker #0
On est là sur la partie 2, comme je l'ai expliqué la semaine dernière, puisque l'emprise c'est un long processus et qu'on a fait le choix d'en parler en deux étapes. Lorsqu'on t'a quitté... Tu pars et tu dis « je ne reviens pas » . J'aimerais qu'on comprenne avec toi le processus qui s'enclenche lorsque tu dis « je pars et je ne reviens pas » . À partir de là, on pourrait penser que tout va bien. Je crois que c'est loin d'être aussi facile.
- Speaker #1
Oui, non, ce n'est pas du tout si facile parce que quand tu pars comme ça, l'autre ne te laisse pas partir. Donc, c'est des messages, c'est plein de choses qui te font douter de toi toujours, de ce que tu as fait dans cette décision de partir, d'éventuellement foutre la famille en l'air, que ce soit de ta faute du coup, tout ce genre de choses.
- Speaker #0
Et la culpabilisation.
- Speaker #1
énormément et puis comme c'est un terrain Facile chez moi, qui est juste là, en évidence, c'est très facile aussi en roue frais.
- Speaker #0
Qu'il avait cultivé aussi ?
- Speaker #1
Aussi.
- Speaker #0
Toi, tu avais un terrain, mais après, lui, il a semé ses graines tout au long de cette partie de vie. que tu as partagé avec lui ?
- Speaker #1
Tout à fait. Mais du coup, quand je suis partie, j'étais très bien entourée. Et ça, c'était la clé pour moi de la réussite, c'est-à-dire que... J'avais nécessité à ce qu'on me traduise les messages que je recevais, parce que je ne voyais pas la manipulation.
- Speaker #0
Encore pas ? Ah non,
- Speaker #1
pas du tout. Je me souviens que je le montrais à des amis ou à ma famille, et on m'expliquait, on me décortiquait le machin, et on me montrait là où était la manipulation, parce que je ne le voyais absolument pas.
- Speaker #0
Alors, on va revenir à ce départ. Qu'est-ce que tu as ressenti ? Parce que tu vas vite, c'est déjà dans le premier épisode. Donc on va prendre le temps de décortiquer un peu tout ça. Qu'est-ce que tu ressens quand tu fermes la porte et que tu retrouves ton ami dans la fameuse voiture et que tu pars ? Parce que là, reviens en fait à tes sentiments, à ce que toi tu vas vivre, c'est quoi la première chose qui se passe dans ta tête ? Ton premier sentiment tout de suite ?
- Speaker #1
C'est une panique énorme, énorme. Je pense qu'à ce moment-là, j'ai laissé mes enfants dans une situation un peu incertaine. J'ai eu très peur pour eux, j'ai eu très peur de ne pas les revoir. Et ça, ça a été ce qui m'a le plus envahi jusqu'à ce que je les retrouve un jour après ou deux jours après, je ne sais plus. Ça, ça m'a tout court situé. Et le reste en fait, c'était vraiment...
- Speaker #0
ça le la peur ah ouais c'était perdre mes enfants oui oui parce qu'à ce moment là ce qu'il faut dire c'est que quand une femme quitte ou un homme les quitte le domicile c'est un abandon de famille c'est pour ça que tu vas directement à la gendarmerie mais tu n'arrives pas à franchir ce cap du dépôt de plainte.
- Speaker #1
Non, je dépose juste une main courante, bien qu'on m'incite à poser une plainte. Et voilà, je ne fais que déposer une main courante. Et... non c'était au-dessus de mes forces.
- Speaker #0
Pourquoi ? Parce qu'en fait tu pars parce que tu as peur pour ta vie. J'aimerais qu'on comprenne pourquoi tu n'arrives pas à les déposer plainte. C'est à quoi la loyauté vis-à-vis de lui ?
- Speaker #1
Oui, en partie. Il y a cette peur, c'est terrible, rien que de me dire que je vais dire ça, ça me... Mais j'avais peur de lui faire du mal, en fait. De lui en faire encore plus, parce que j'estimais lui avoir fait du mal parce qu'en fait, avant ce jour où je suis partie, on est resté trois mois en colocation, on faisait chambre à part. J'avais très peur pendant cette période, mais j'arrivais pas à prendre cette décision de partir. Et lui, il devenait fou, Parce que... je ne posais rien. Ce que je peux comprendre quelque part aussi, mais, enfin bon, bref. Et du coup, j'étais là dans ce truc, j'étais moi floue, je l'ai mis mal, et là je fais ça et il y a une espèce de confusion complète et de culpabilité alors là, à son max. Et il y a la peur de lui faire encore plus de mal.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
c'était toi le bourreau finalement. Ah oui,
- Speaker #0
T'avais peur qu'il ait des problèmes de justice.
- Speaker #1
Oui. C'est fou quand j'y pense aujourd'hui. Mais je ne sais pas si aujourd'hui, je serais plus capable de déposer plainte. Oui,
- Speaker #0
oui. Ça nous amènera sur la suite du podcast. Qu'est-ce qui... Est-ce qu'à un moment donné, tu t'étais imaginé l'après-départ ? Avant d'y être vraiment, est-ce que tu avais mis en place des choses, des options ou est-ce que tu es partie pour sauver ta vie ?
- Speaker #1
C'est un peu les deux. C'est-à-dire qu'avant de partir, j'avais commencé à avoir une assistante conjugale, enfin une... comment ? Pas une assistante conjugale,
- Speaker #0
une... Une psychologue de couple ? Une conseillère conjugale.
- Speaker #1
Une conseillère conjugale, quelqu'un qu'on m'avait introduit et qui m'a aidé à voir que j'avais des options dans le fait de partir. Parce qu'en fait j'avais très peur de pas d'argent, une situation professionnelle très très précaire, deux enfants, où est-ce que j'allais loger, est-ce que j'allais avoir assez d'argent pour gérer, etc. Donc énormément de craintes logistiques. qui ont contribué au fait de cette hésitation de partir, mais j'avais commencé à voir ça. Mais je n'ai pas du tout envisagé quoi que ce soit d'autre, d'après la séparation. Le fait de ne plus être avec, ou la relation, ou les enfants, dans tout ça, ça non, ça je n'ai pas...
- Speaker #0
Attends, ce que tu dis, on a un peu l'impression que c'est... Tu gérais l'immédiateté. Tu gérais urgence par urgence ou micrus... Micruscupule. Micruscupule, l'avancée. Minuscule ou microscopique, avancée, c'est-à-dire que le... moindre, c'était même pas un pas, c'était une demi-pointe. Il te prenait du temps et tu pouvais pas, tant qu'elle n'était pas faite, t'arrivais pas à avancer l'autre pied. C'est quand même très laborieux. C'est du pas à pas. Pas à pas.
- Speaker #1
Moi, je me projetais... C'était difficile de se projeter dans quoi que ce soit véritablement.
- Speaker #0
Il y a une chose qui m'interpelle toujours par rapport à ce moment-là où tu dis je pars, je rejoins une amie et puis c'est mes amis et ma famille qui vont m'aider à comprendre vraiment les ressorts de la manipulation. Tu nous avais dit que justement tu étais extrêmement coupé de tes amis et de ta famille. Alors comment tu... Finalement, est-ce qu'eux savaient et que tu as juste eu à taper à la porte et ils attendaient ton retour ?
- Speaker #1
et comment toi tu fais pour renouer ces liens alors j'avais renoué avec ma mère un an auparavant et je l'avais vu plusieurs fois dans cette année malgré tout et je crois que, enfin elle m'a dit parce que je ne m'en souvenais plus mais je ne sais pas plus à quel moment c'était que je lui avais dit mais si je m'en vais est-ce que tu seras là est ce que est ce que tu es là quoi elle m'a dit bah oui bien sûr et quand je suis parti ma soeur je ne lui parlais plus depuis quatre ans déjà et quand je suis parti elle était chez ma mère à ce moment là parce qu'elle habite à l'étranger il était là pour les vacances exactement et donc du coup le jour où je pars je les appelle et je leur dis est ce que je peux venir machin et là les deux me font mais oui bien sûr quoi et là j'ai renoué avec ma soeur et elle a été là tout de suite et c'est comme si on s'était jamais quitté quelque part et on a cohabité ensemble puisqu'elle était là avec ses enfants pour les vacances pendant un mois on était à tous avec les enfants enfin bref tout le monde chez ma mère
- Speaker #0
Ça fait du bien.
- Speaker #1
Oui. Et les amis qui habitent ici et qui étaient proches de moi, c'est les dernières qui me restaient ici. D'accord. Et elle, je sais qu'il y en a une des deux qui n'avait jamais senti. le père de mes enfants et l'autre qui avait fini par voir des choses et qui du coup elles ont été là mais elles ont été incroyables et après j'avais d'autres amis de loin avec qui je pouvais parler quand même eux qui étaient, qui sont revenus non alors il y en a qui étaient restés mais loin et qui n'avaient pas vu en fait autant tout ce qui se passait parce qu'elles étaient loin et puis c'est compliqué à voir exactement
- Speaker #0
Tu as eu une discussion avec ta sœur.
- Speaker #1
Est-ce que,
- Speaker #0
par exemple, tu t'es excusée de l'avoir laissée, finalement, tombée ?
- Speaker #1
Alors, je ne me souviens pas.
- Speaker #0
C'est vrai ?
- Speaker #1
Oui, pas du tout. Je pense qu'on en a eu des discussions, c'est sûr. Je pense qu'il y a quelque chose de ça, effectivement. Et elle, elle m'a dit... J'étais allée la voir chez elle un an après la séparation, à peu près, quelque chose comme ça. Et là, elle, elle me dit « Mais tu as été maltraitée, Olivia. » Ça s'appelle de la maltraitance. Et je n'avais pas du tout cerné. Ça m'a fait très mal quand j'ai entendu ça parce que je ne l'avais pas vue sous cet œil-là jusque-là, en fait. Et là, j'ai fait « Wow ! » « Ah ! Ah oui, quand même ! » Ok, donc il y a un truc.
- Speaker #0
C'était ça l'électrochoc peut-être ? Est-ce que c'est un mot qui est fort ?
- Speaker #1
Ah oui, complètement. Parce que j'arrivais toujours à minimiser. Oui, juste, c'était juste ça.
- Speaker #0
elle est là finalement tout à l'heure tu me demandais est-ce qu'on va vraiment comprendre mon histoire mais en fait c'est justement ça finalement c'est que on en parle, il n'y a pas de il n'y a pas de trace, il n'y a pas de coup Est-ce que tu t'es vraiment tout le temps sentie légitime ? Je ne pense pas à te plaindre et à te sentir victime. C'est parce qu'il n'y avait pas le côté preuve.
- Speaker #1
Oui. Oui, et puis les gens, je pense, je sais que certaines personnes qui étaient très proches de moi trouvaient des choses étranges et bizarres, mais ne percevaient pas du tout la portée de la chose en fait. Un exemple ? Un exemple, j'ai presque honte quand j'en parle, mais la gestion de l'argent, ça a été très compliqué. Je ne pouvais pas acheter une assiette, un verre, un économe sans lui demander l'autorisation avant. Merci. La gestion de l'argent, il ne fallait pas que les gens sachent s'il avait de l'argent ou pas. C'était un gros secret autour de l'argent. Et moi, je n'avais pas le droit de faire ce que je voulais. C'était des reproches après. On n'a pas besoin de ça. Pourquoi ? Et on était partis en week-end avec des amis. Et on a dû, à un moment donné, il y a eu deux événements, faire les courses ensemble. Et partager les courses. Et là, moi, j'étais dans une angoisse sur le tapis de la caissière. à me dire mon Dieu, comment on fait ? Qui paye quoi ? Quand ? Comment ? Si c'est comme ça, il va me dire que ce n'est pas bien parce que nanani, si je fais comme ça, ça ne va pas être bien parce que nanana, et j'étais là dans une angoisse, ma copine m'a vue dans une angoisse, elle ne comprenait pas cette angoisse. Et ça, on en a reparlé après du coup, et elle ne comprenait pas cette angoisse, et à ce moment-là, il y avait aussi une autre fois, on avait fait des courses ensemble, et il fallait absolument que lui paye avant eux. Et si je me mettais, et dans mon comportement visiblement je l'avais ralenti. Du coup, ils avaient payé avant, parce qu'il ne fallait pas qu'ils soient redevables. C'était très compliqué. Et là, c'est pareil, j'étais complètement stressée. Je n'avais plus de moyens ni rien parce que je savais qu'il fallait aller vite, mais pas trop vite, mais pas montrer. Et derrière, j'allais m'en prendre plein la tête parce que je n'avais pas fait ce qu'il fallait, quoi qu'il arrive.
- Speaker #0
En fait, c'est les représailles qu'on ne voit pas. C'est les représailles, encore une fois, pas physiques, mais c'est les représailles psychologiques.
- Speaker #1
J'ai vu un... En fait, il y avait différents types de représailles. Il y avait les reproches. Les reproches, reproches, reproches vraiment très fort. Et ça, j'ai vu une vidéo là-dessus tout à l'heure justement. Et c'est les silences. En fait, les silences qui punissent. C'est-à-dire que tu fais quelque chose de mal, je ne te parle plus. Pendant des heures ou des jours. et ça c'est horrible parce que du coup tu as peur de te retrouver dans cette situation de ce silence où tu as l'impression d'avoir mal fait mais tu ne sais pas vraiment pourquoi c'est terrible en fait
- Speaker #0
Tu dois tourner dans ta tête cent fois, mille fois.
- Speaker #1
En fait, après, tu en viens. Et c'est là que tu en viens à réfléchir à ce que tu vas faire ou pas faire, ou comment le faire, ou dire ou pas dire. Tu n'as plus de naturel, en fait. Et ça mes amis, il y en a qui l'ont vu que j'étais paumée quoi. J'ai un autre exemple qui me frappe beaucoup, c'est que quand j'allais, ils ne supportaient pas que je sorte avec des copines. Donc souvent, je lui disais, je ne sortais pas souvent, et quand je sortais, ils me faisaient des reproches avant. histoire que je culpabilise bien pendant que je sors. Bien souvent, j'appelais la copine pour dire « Non, finalement, je ne vais pas pouvoir sortir. » Je l'ai fait beaucoup de fois. Ou alors, je sortais et je regardais ma montre constamment parce que je me disais « Mon Dieu, il est tard, il faut que je rentre. » Il est 22h, il va falloir que je rentre. en train de regarder ma montre pour être sûre de ne pas partir tard. Et ça, une de mes amies, on en a parlé après et elle m'a dit, mais je me disais que t'étais comme ça, un peu stressée du temps ou je ne sais pas quoi. Mais elle ne s'imaginait pas en fait que derrière. Et que c'était des fois plus simple pour moi de décider de ne pas sortir finalement.
- Speaker #0
Tu parles de tes amies, c'est pas dans cet ordre-là, mais c'est pas grave, sympa, important. Est-ce que tu aurais un message aux amis, justement ? Parce que tu vois, j'ai l'impression que finalement, tes amis, et loin de moi de porter un jugement, parce que c'est très difficile de savoir, mais finalement, elles ont toutes remarqué quelque chose, mais... Mais pas assez pour... Tu vois ce que je veux dire ? Pas assez finalement pour aller plus loin, pour t'en parler, pour te pousser, pour...
- Speaker #1
Mais je pense qu'il y a différentes choses aussi là-dessus, c'est que... Je pense qu'en tant qu'amie, d'abord, je ne sais même pas si elle savait que les pervers narcissiques, ça existe... J'en sais rien. Bon, après... De toute façon, elles auraient dit quelque chose, elles auraient envoyé bouler.
- Speaker #0
Oui, c'est ça aussi qu'il faut dire.
- Speaker #1
Donc,
- Speaker #0
en fait... Tant que tu n'es pas prête, toi, à entendre, ça ne marche pas.
- Speaker #1
Non, et justement, ce que je dirais aux amis des personnes qui vivent ça, c'est ne rentrez pas frontal, en fait, dans la chose. dans l'histoire. À la rigueur, dire ça, c'est normal, c'est bizarre, je trouve que t'es pas bien quand je te vois comme ça, machin, peut-être des petits signaux comme ça, très doux, mais si on y va frontal, moi, j'ai exclu ma sœur de ma vie à cause de ça. À cause de ça, oui. Donc,
- Speaker #0
c'est l'effet inverse. On revient, s'il te plaît, à ce départ. Tu pars, tu as peur, le lendemain, sur le lendemain, tu récupères tes enfants. Là, on pourrait se dire, ok, c'est une nouvelle vie qui commence. Tout va bien aller maintenant, puisque finalement, tu quittes le problème. Est-ce que c'est vraiment ce qui se passe ? Et à quel moment tu réalises que finalement, partir, ce n'est pas être libre ?
- Speaker #1
Alors c'est pas tout à fait ça, parce que très sincèrement la liberté on la ressent tout de suite.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et ça c'est magique, vraiment. J'ai savouré d'être chez moi, j'ai très rapidement eu la chance. j'ai eu la chance d'avoir un logement HLM d'urgence un peu et j'en ai fait mon chez moi et je me suis sentie chez moi je me sentais libre parce qu'on gagne une liberté quand même d'accord c'est important ce que tu dis qui est tellement... Je me souviens, je me suis acheté des trucs qui me faisaient plaisir à m'acheter. Et je les ai achetés en me disant, je n'ai pas besoin de lui dire que je les achète, ni à lui demander que je les achète. Et j'avais un bonheur à m'acheter ces choses-là pour meubler mon intérieur, comme moi j'avais envie, parce que là aussi, c'était encore des questions très compliquées. Je ne pouvais pas meubler mon intérieur comme je le souhaitais, ni rien. Donc là, un plaisir énorme. Et... J'ai oublié une partie de ta question.
- Speaker #0
Je te disais, est-ce qu'au final, quand est-ce que tu te rends compte que finalement tu n'es quand même pas complètement libre ?
- Speaker #1
Pas que tu t'en rends compte assez vite quand même de toute façon. En fait, tu vis les deux en même temps. En fait, il y a un décalage parce que tu as ce sentiment de liberté qui est très fort et très profond en toi. Et en même temps, tu as toujours ce truc où lui se raccroche à toi, où lui, il est là à t'envoyer des messages, je ne te laisse pas tranquille l'autre à ce moment-là, d'autant plus qu'il y a des enfants au milieu. Donc, tu es dans deux mondes qui se chevauchent et qui se...
- Speaker #0
Sans arrêt.
- Speaker #1
Sans arrêt. Et ça, c'est vrai que c'est difficile.
- Speaker #0
Quand tu dis « je ne te laisse pas tranquille » , c'est quoi ?
- Speaker #1
J'essaye de remonter dans le temps, mais c'est beaucoup de messages. Et je me souviens que j'avais quand même vu à l'époque, du coup avec l'aide qu'on m'avait apportée aussi, qu'il y avait un cycle récurrent dans les messages qu'ils m'envoyaient. C'est-à-dire que j'avais des premiers messages très gentils, hyper compréhensifs, doux. Mais comme je ne rentrais pas dans le jeu, ça devenait un peu plus agressif. Et troisième étape, où c'était carrément, je t'en balance plein la tête. Et ça recommençait très gentil, très doux. et à chaque fois il y avait un signe et c'était toujours le même. C'était impressionnant de voir à quel point il y avait une routine qui se jouait dans les échanges qu'il avait avec moi.
- Speaker #0
Ça dure combien de temps cette période ? Eh bien ça continue.
- Speaker #1
Alors ça continue moins, mais ça continue dans les silences aujourd'hui quelque part. Mais c'est sept ans après. Et non, ça dure très longtemps, des années.
- Speaker #0
Des années.
- Speaker #1
Des années.
- Speaker #0
Donc tu apprends à vivre avec ? Ou tu as quoi comme solution à ce moment-là ?
- Speaker #1
Alors à ce moment-là, je me fais... suivre par une psychologue aussi oui et ça c'était crucial et toi j'y retourne aujourd'hui j'avais arrêté j'y retourne ça c'est indispensable indispensable selon moi qui m'a appris aussi parce que c'est très étrange mais il m'écrivait beaucoup de messages donc me décrivant comme la pire des personnes qui existent au monde et dans mes actes dans tout ce que je pouvais faire penser dire et j'avais ce besoin de toujours lire tout ce qu'il m'écrivait
- Speaker #0
Et d'y répondre.
- Speaker #1
De me justifier. Mais plus tu te justifies, plus lui, il t'envoie des trucs et plus tu te justifies. Et c'est une escalade qui ne s'arrête que si toi, tu l'arrêtes. Lui ne l'arrêtera pas. Et donc, ma psy m'a appris « Mais est-ce qu'il y a nécessité à répondre à ce message ? » Je me souviens de me dire ça. Est-ce qu'il y a nécessité ? Est-ce que vous avez besoin ? Est-ce que vous devez ? Est-ce qu'il y a une question qui fait que vraiment, vous devez répondre à ce message ? Non. Je ne m'en rendais pas compte. Ça, ça m'a pris des années pour apprendre à ne plus répondre à ces messages, à ne plus me justifier. Et des fois, je le fais encore. Mais ce que je fais maintenant, c'est quand je reçois des mails, en général, j'écris tout. J'en balance plein. Et après, j'enlève. Et je renvoie un truc très propre. Mais ça m'a fait du bien.
- Speaker #0
Il faut trouver ses échappatoires en personnel. Les... Est-ce que c'est à ce moment-là aussi, donc c'est difficile, comme tu n'as pas de notion du temps, j'ai du mal à réajuster ta notion à toi. Non, ne t'excuse pas. Parce que je pense qu'il a gommé ce temps chez toi. Mais en tout cas, dans ces premières années, si je comprends bien, où tu vis effectivement une liberté, on va dire, de mouvement, une liberté d'achat, mais je ne pense pas encore à la liberté d'être toi, tu te rends compte à ce moment-là de ce que l'emprise a détruit. Est-ce que par contre, c'est ce chemin-là que tu vas faire pendant ces années ? pour travailler après, pour apprendre à te reconstruire.
- Speaker #1
C'est sûr. Mais c'est marrant parce qu'on en découvre même longtemps après des choses qui ont été détruites. Il y a des choses que je comprends aujourd'hui, par exemple, de certains de mes comportements envers les gens où je note là d'où ça vient.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et où j'en avais fait quelque chose d'installé chez moi, finalement. qui se révèle, mais c'est quelque chose qui prend énormément de temps, qui prend des années en fait.
- Speaker #0
C'est ta personnalité finalement qui éclot ? Est-ce que tu as la sensation finalement d'être comme une espèce de chenille ? Tu vois, de devenir un papillon, mais... Parce qu'est-ce que maintenant t'es toi, en fait, une fois que t'as enlevé... Tout ce que la société attendait de toi, après tout ce que lui t'a mis comme étiquette un peu red flag, négative, très offensante. Est-ce qu'une fois que tu arrives à tout enlever, finalement aujourd'hui la quête c'est d'être toi ? Est-ce que tu te connais ?
- Speaker #1
Oui, c'est d'être soi et de s'aimer soi. ce qu'il faut faire c'est d'apprendre à s'aimer soi et c'est ce que j'ai fait depuis 7 ans et je pense qu'aujourd'hui je peux dire que je m'aime moi vraiment ce qui est énorme et c'est assez marrant parce que quand tu es venue la dernière fois qu'on a fait le premier podcast après que tu sois venue j'ai senti qu'il y avait des choses qui avaient sauté c'est beau et ça m'a fait, j'ai fait waouh et là je me rends compte de plus en plus lâche, c'est une période de vie je pense, donc 7 ans après où je sens qu'il y a plein de choses qui sautent, j'ai l'impression de mieux me connaître d'être bien seule de ne pas avoir besoin de quelqu'un pour me sentir bien et tout ça et ça c'est tellement précieux c'est tellement bon
- Speaker #0
Oui. Parce que c'est là où tu aimes finalement la vraie liberté, elle est là. Et il t'aura fallu 7 ans.
- Speaker #1
Oui. Et encore, je pense que je n'en ai pas fini complètement. Mais c'est sur le très très bon chemin. Oui,
- Speaker #0
voilà, c'est ça. On en parlait aussi, toutes les deux, on disait c'est facile de partir mais il fait partie de ta vie parce que tu es une maman. J'aimerais qu'on parle de tes enfants, de cette reconstruction qui va s'installer dans un nouveau schéma familial où tu ne pourras pas couper les liens avec lui puisque finalement les enfants sont là et que lui sait extrêmement bien se servir de ton sentiment maternel. Tu t'en rends compte assez vite de ça et comment tu en parles à tes enfants ?
- Speaker #1
J'ai pas eu le choix en fait, c'est à dire que mes enfants revenaient chez moi dans un état avec énormément de reproches pour moi. Énormément. Et du coup, j'ai été obligée assez vite de remettre les choses à leur place. Je ne pouvais pas laisser dire ce qui était dit et qui était faux. Donc, j'ai s'en craché sur leur père parce que ce n'était pas l'objectif non plus. Mais c'était de remettre les choses à leur place, de ce qui se passe réellement, etc. Et plus ils ont... Alors, eux-mêmes avaient déjà vu des choses. C'est assez impressionnant d'ailleurs parce qu'ils étaient petits, mais ils avaient déjà vu que du côté de leur père, il y avait des comportements qui posaient question.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et ils ont... Mince, qu'est-ce que je voulais dire ?
- Speaker #0
Que tu les récupérais chez toi, et que tu as été obligée de remettre quand même les choses. dans leur bon ordre par rapport à ce que leur disait leur père.
- Speaker #1
Me concernant, oui, complètement. Et plus ils ont grandi, et plus j'ai posé de mots de manipulation, parce qu'eux-mêmes se faisaient manipuler, de manipulation, d'emprise, etc. Enfin, on a posé ces mots-là, et c'est des discussions qu'on peut avoir, qu'on a de temps en temps, régulièrement, parce qu'eux sont encore en relation avec, et vivent encore des... Il y a des fois des choses dont ils ne se rendent pas compte et je ne peux pas forcément leur dire. C'est très compliqué en fait.
- Speaker #0
Tu as la sensation, d'abord comment eux, est-ce que tu en as parlé de ce départ quand toi tu es partie, que tu les as laissés ? Est-ce que tu en as reparlé avec tes enfants ? Qu'est-ce qu'ils en ont dit ces enfants ? Est-ce qu'ils t'ont voulu ?
- Speaker #1
Non, jamais.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Jamais, jamais. Je ne sais plus exactement ce qui s'est passé, ça remonte et il y a eu tellement de choses depuis.
- Speaker #0
Oui, c'est très difficile. Je ne me rends pas compte, mais c'est tous les jours presque. Au début ?
- Speaker #1
Ah oui. Au début,
- Speaker #0
c'est tous les jours.
- Speaker #1
Du coup, c'est difficile de se rappeler, mais on a des discussions, on en a eu énormément et j'ai de la chance d'avoir une... Pourtant, ça a été très chaotique avec mes enfants, justement, de par le fait qu'il a essayé de les monter contre moi, etc. Donc, ça a été vraiment très difficile. Mais je me suis battue. Et aujourd'hui, j'ai une relation avec mes enfants qui est de confiance. On se dit tout. On partage énormément de choses. Mais ça a été très, très... Je me perds. J'ai l'impression de me perdre. C'est terrible. C'est tellement vaste. Et puis, ça me touche beaucoup, je pense.
- Speaker #0
Je crois que c'est... exactement ce que tu viens de dire précisément là en fait je pense la définition exacte de l'emprise c'est à dire de se perdre en fait on ne sait plus c'est ça les mots qui me viennent, c'est un état de confusion mais total. Tu n'as plus de rapport au temps. Tu n'as plus de rapport à ta mémoire. Incompréhensible. Tu ne sais plus vraiment ce qui s'est passé. C'est juste des ressentis. Et je crois qu'en fait, toute la problématique de l'emprise vient de là.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
tu as raison. Parce qu'il n'y a pas de fait précis. C'est des impressions. C'est des mots. C'est des regards. C'est des gestes. C'est des attitudes. C'est des silences. C'est délicieux. non-actes et en fait c'est donc pas dissible c'est juste du ressenti c'est pas un musée c'est le ressenti qui prime donc on revient à tes enfants t'as eu peur pour eux ? t'as peur qu'ils deviennent comme leur père ?
- Speaker #1
j'ai eu peur oui il y en a un des deux où je pense qu'il y avait un terrain à un moment donné Enfin... Il aurait pu basculer et ça n'a pas été le cas. Et j'avoue que j'ai une petite fierté parce que je me suis battue vraiment très fort, j'ai rien lâché.
- Speaker #0
Comment tu l'as vu ce terrain ? Parce que comme tu n'as pas été en capacité émotionnelle de le voir chez leur père... C'est ton instinct de maman qui l'a vu ou est-ce que tu n'as pas, à l'inverse, eu peur de faire un transfert ?
- Speaker #1
Il y a un peu de tout ça finalement, parce que tu as peur de mettre des choses qui ne sont pas toutes... Mais non, il y avait des comportements, parce que j'ai quand même fini par réussir à voir des choses. Et puis, je pense que quand c'est sur tes enfants, ce n'est pas pareil, probablement. Et j'avais un de mes enfants qui avait un peu la manipulation facile ou le reproche facile, la culpabilisation facile, des choses comme ça. Et voilà, ça, il a vraiment fallu travailler là-dessus.
- Speaker #0
Il en a eu conscience ? Oui. Ça lui a fait peur, lui.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est pas facile pour des enfants ?
- Speaker #1
Non, non du tout.
- Speaker #0
Parce que là, ça veut dire faire évoluer son comportement à lui, en opposition avec son papa ?
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Mais c'est là que c'est rassurant, parce qu'il y a une remise en question. Et je pense que quand il y a une remise en question, on ne peut pas être comme ça. À partir du moment où on se pose des questions sur son comportement, c'est quand même un très bon signe.
- Speaker #0
Et puis ils sont jeunes.
- Speaker #1
Oui, jeunes, mais ça devient des hommes quand même. Et c'est plutôt rassurant. Je ne suis plus inquiète aujourd'hui. Mais j'ai eu peur de les perdre déjà. J'ai vraiment eu très peur de les perdre. Et j'ai eu peur en effet que tu deviennes pareil.
- Speaker #0
Oui, parce que finalement, ils ont de l'ADN.
- Speaker #1
Bah oui, et puis ils l'ont comme modèle.
- Speaker #0
Ils l'ont comme modèle. Ils l'ont à moitié du temps,
- Speaker #1
assez vite, plus à moitié du temps, mais ils le voient quand même de façon très régulière et tout ça. Et puis nous, quand ils nous ont vus en tant que couple... Parce que moi, ils ne m'ont pas vue vraiment avec d'autres hommes. Ils n'ont pas vu d'autres hommes dans ma vie. Donc, le modèle de l'homme et du couple.
- Speaker #0
Et oui, c'est ce qu'ils ont vu.
- Speaker #1
Ben voilà. Ça, ça m'a beaucoup chagrinée. J'aurais voulu avoir la possibilité de rencontrer quelqu'un pour leur montrer ce que c'est qu'une vraie relation homme-femme, dans le respect, dans l'amour, dans tout ça.
- Speaker #0
j'ai pas pu moi leur montrer ça c'est un vrai problème parce que t'as envie de parce qu'en fait c'est pas ça l'amour ah bah non c'est pas trop tard
- Speaker #1
Non, ce n'est pas trop tard, mais quand je vois mes enfants très sincèrement aujourd'hui, je ne suis vraiment pas inquiète. Je pense qu'ils ont compris énormément de choses. Ils sont extrêmement intelligents. Ils ont une sensibilité qui est très grande. Et j'en ai un des deux qui a une petite amie, etc. Et je pense qu'elle a de la chance. Ce n'est pas parce que c'est mon fils que je dis ça.
- Speaker #0
C'est un soulagement ou une fierté ?
- Speaker #1
Les deux. les deux, un soulagement parce que... quand tu es mère de deux garçons tu as une responsabilité je trouve déjà en temps normal mais là encore plus c'était inacceptable pour moi que mes enfants fassent vivre à une femme ce que moi j'ai pu vivre c'est juste pas entendable ni imaginable, ni rien du tout Et en même temps, oui, fière parce que ça a été du travail, en fait.
- Speaker #0
Oui, on sent que ça a été vraiment difficile. Ça fait partie de tes combats. Tu as eu un combat pour t'en sortir, mais tu as eu le combat aussi pour ne pas qu'ils sombrent. Ils auraient pu être comme lui. Et ça, c'était, je pense, c'est l'instinct de maman, non, mais c'est l'instinct de mère que tu n'as pas pu te protéger toi, protéger tes enfants.
- Speaker #1
Et encore, oui. C'est d'être comme lui ou d'être malheureux en fait aussi. C'est d'avoir protégé mes enfants. J'en ai un des deux qui avait une petite tendance à éventuellement pouvoir devenir comme ça et j'en avais un autre qui était plutôt tendance à être mal dans sa peau. Et finalement, ce sont des jeunes qui vont très bien. Donc c'est pour ça, enfin voilà, c'est le tableau-là.
- Speaker #0
Au-delà de l'emprise, c'est de la fierté de maman, tout court. C'est intéressant ce que tu dis parce qu'en fait, on te voit sous le prisme... d'une femme qui a été sous emprise alors que ben il y a toute une partie de toi qui a des préoccupations juste d'une femme d'une mère quoi en fait parce qu'un enfant qui a des tendances à être mal dans sa peau je veux dire quand on est adolescent il y a c'est presque la normalité de la construction donc finalement est-ce que ça fait du bien finalement d'avoir des préoccupations normales ? oui c'est sympa les préoccupations c'est vrai ça me vient quand on en parle mais oui en fait ça fait du bien ça veut dire que on a passé un vrai cap oui complètement et puis quand on commence à poser son attention sur un Sur une miette de pain qui traîne parce qu'ils ont 17 ans et qu'ils ont la flemme, c'est pas mal ?
- Speaker #1
Si c'est que ça c'est bien, c'est bien, oui tout à fait.
- Speaker #0
Pendant ces périodes d'emprise, vous nous expliquez, par rapport au corps, qu'était compliqué ? les dénigrements incessants. Aujourd'hui, quand on parle de reconstruction, quand on parle de l'après, comment tu es avec toi-même ? Tu nous as dit que tu arrivais à t'aimer. C'est passé par quelles étapes ?
- Speaker #1
C'est passé par, je pense, une étape cruciale qui est arrivée à peu près un an après ma séparation, un petit peu avant un an, où je suis sortie avec un homme qui était... Une très très belle personne. Et à travers son regard, j'étais une princesse. J'étais belle, intelligente, drôle, tout ce que je n'avais pas été pendant 16 ans. Et ça m'a fait un bien extraordinaire. La relation s'est arrêtée avec cet homme. J'ai mis beaucoup de temps à m'en remettre parce que c'était quelqu'un que j'aimais vraiment profondément. Mais je me suis rendu compte quand j'ai arrêté avec cet homme que je ne me trouvais belle qu'à travers son regard. Et là je me suis dit, ah ! On retombe sur la dépendance. Mais n'empêche que je pense que ça a été nécessaire. de passer par cette étape de me trouver belle à travers le regard de quelqu'un quand même parce que je ne me trouvais plus belle voilà à travers le regard de qui ce soit donc ça a été une étape vraiment cruciale et et là bas depuis c'est des années de cheminement des années de cheminement ou non oui je ça s'est fait petit à petit j'ai d'abord commencé à me trouver belle physiquement Alors depuis que j'ai les cheveux gris, en fait il s'est passé un truc où je me suis sentie être moi et je me suis jamais autant aimée que depuis que j'ai les cheveux gris. Donc ça c'est une étape importante dans la vie et j'ai commencé un petit peu avant. avant de me séparer du père de mes enfants. Mais il y a eu ça qui a été très important. Mais je ne m'aimais pas en tant que personne encore. Et ça, ça a vraiment pris du temps. Et puis, ma rencontre avec la psychologue et tous les gens que j'ai rencontrés depuis qui m'ont aidée, en fait. J'ai rencontré des très belles personnes d'une façon générale, des gens qui m'ont... qui m'ont montré que j'étais quelqu'un de bien, etc. Qui avait de la valeur. Oui, oui. J'ai vraiment eu de la chance dans les rencontres que j'ai eues à partir de ce moment-là.
- Speaker #0
Mais est-ce qu'aujourd'hui tu es capable, sans ces rencontres-là, sans le regard de l'autre ? de dire oui, j'ai de la valeur et je ne méritais pas ce qui m'est arrivé.
- Speaker #1
Alors, oui. Maintenant, je peux le dire. Ça a pris du temps, mais oui. Et je pense que passer par ces gens qui m'ont montré que c'était une étape par laquelle il fallait passer. Mais effectivement, l'aboutissement, c'est de réussir à se le dire sans avoir besoin des autres. Donc ça, oui, complètement.
- Speaker #0
Il y a une chose qui m'interpelle dans ce que tu me dis, toujours sur cette reconstruction, j'allais te parler justement d'amour, l'amour de soi, on vient d'en parler, ce qui est quand même l'étape majeure, puisque finalement c'est ce qui a été piétiné en premier, mais l'amour d'un homme. Tu dis que justement, moins d'un an après ta séparation, tu rencontres quelqu'un, comment on fait quand on a vécu ce que tu as vécu d'abord pour avoir confiance,
- Speaker #1
pour aimer à nouveau et puis surtout pour être sûr qu'on ne retombe pas sur le même type de personne j'avais aucune certitude pour tout ça mais j'avais une petite stratégie c'est à dire que j'ai cherché quelqu'un qui habitait très très loin de chez moi
- Speaker #0
parce que je me suis dit si ça va pas ce sera facile bon bref manque de pause c'est peut-être la distance qui nous a séparés et c'était vraiment une très très belle personne mais enfin t'as pas eu peur en vrai quand tu sors d'une relation comme ça tu replonges direct dans une autre alors tu vois ce que je vais dire comment tu fais pour pour pas crainte de refaire les mêmes. Alors,
- Speaker #1
bizarrement, j'avais cette certitude que je ne retomberais pas sur le même type de personne.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Aujourd'hui, je sais que je ne retombe... Non, je ne sais rien en fait dans la vie de toute façon. Mais je pense que maintenant je sais que si je retombe sur ce genre de personne, je le verrai. Et je suis capable de dire non, ça ne me convient pas. En fait aujourd'hui je suis capable de voir les choses, je sais ce que je veux, ce que je ne veux pas. Je suis capable de voir qu'on me traite mal ou en tout cas tout simplement que ça ne me convient pas. Et je suis capable de dire non et de dire stop. Ça je le sais aujourd'hui. Alors à l'époque c'était tout, je ne le savais pas encore. mais la peur ne m'a jamais enfin c'est très bizarre ce que je dis c'est très contradictoire en fait je m'en rends compte mais la peur ne m'a jamais empêchée de faire des choses de vivre des aventures J'y suis allée, en plus, c'était très fou comme rencontre, donc j'ai pris des risques de fou.
- Speaker #0
C'était complètement insensé. C'était ça la liberté ?
- Speaker #1
Peut-être.
- Speaker #0
Peut-être que c'était aussi une manière de te prouver que, là, cette fois-ci, tu étais différente ? C'est pas une des premières fois peut-être où tu as pris confiance en toi ?
- Speaker #1
Oui, peut-être.
- Speaker #0
Parce que tu n'as jamais vraiment eu confiance en toi en réalité. Même de petite, c'est ce que tu nous expliquais la semaine dernière.
- Speaker #1
À part le théâtre ? À part le... quand j'étais directrice d'école Montessori, j'étais très sûre de moi. Tout le reste des domaines de ma vie, effectivement, la confiance en moi...
- Speaker #0
Oui, et là, tu pars faire quelque chose de vraiment improbable.
- Speaker #1
Mais je ne le referai pas. aujourd'hui c'était un peu fou c'était un peu je pense, c'était pas réfléchi ce qu'il fallait pour changer de vie sûrement peut-être la bascule c'était un peu fou j'avoue que je ne peux même pas expliquer ce qui s'est passé comme processus aujourd'hui on peut aimer sans peur C'est peut-être encore compliqué. Enfin, j'en sais rien. Je sais pas, je sais pas. C'est une question compliquée pour... Encore, j'ai pas trop de réponses. J'estime que je... Que j'y connais rien, finalement.
- Speaker #0
mais penser à l'amour te plaît ?
- Speaker #1
depuis très récemment oui d'accord depuis très récemment oui où je me dis que j'aimerais bien rencontrer quelqu'un mais pas n'importe qui pas rencontrer pour rencontrer non ça ça m'intéresse plus mais ouais mais
- Speaker #0
ça me fait peur quand même mais j'irai parce que la peur ne m'arrête pas contrairement à avant c'est là en fait où on sent la bascule chez toi de ce départ La peur quand même, tu la domptes maintenant. Toute la peur que tu avais de lui, quand même, on sent qu'aujourd'hui tu es plus courageuse ou en tout cas plus valeureuse.
- Speaker #1
Oui, je pense que quand on avance dans l'âge, je ne suis pas vieille, mais quand on avance dans l'âge, on se rend compte aussi qu'en fait, il faut vivre. Je veux dire, sinon, à quoi bon être sur cette terre ?
- Speaker #0
et puis à quoi vont être parties aussi finalement je ne m'étais jamais dit des choses comme ça mais c'est vrai en fait c'est aussi un peu ça cette emprise de ce que j'en comprends parce que j'essaye de t'aider à mettre des mots pour les auditrices c'est compliqué mais c'est un peu l'emprise elle perdure même si tu te sépares t'as toujours un truc qui plane c'est ça qui plane et le fait de prendre sa vie en main c'est aussi
- Speaker #1
lui le remettre vraiment à l'extérieur il y a toujours des petites blessures qui sont là et qui sont et des fois elles ressortent parce qu'un événement va faire que ça va la mettre en exergue et puis on la répare et puis on a une autre qui surgit etc je pense que je ne suis pas au bout de découvrir des petites blessures de lui tu veux dire parce qu'on a tous des blessures mais de cette relation de cette relation cette relation. Je vois des fois qu'il y a des petites choses. C'est encore là, ça ? Je croyais que je m'en étais débarrassée. Encore un petit peu de travail.
- Speaker #0
Et quand tu vois ça, il y a du découragement ou finalement tu le prends plutôt de manière aujourd'hui sereine ?
- Speaker #1
C'est par étapes. C'est-à-dire que quand je m'en rends compte, je me dis, non, j'en suis encore là. Je pensais que j'avais dépassé ça, donc un peu de déception. Mais très vite, maintenant, j'arrive à me dire, non, mais c'est bon, on avance, on continue. et ça va le faire mais pendant un temps il y a encore un an ça me minait complètement de me dire que j'avais pas tant avancé que ça et que j'étais encore coincée sur tout ça on sent comme le dénigrement qui est un peu dessous oui
- Speaker #0
si je Si je te demande qui est Olivia aujourd'hui, tu dirais quoi ?
- Speaker #1
Olivia c'est une femme forte, persévérante, douce. et déterminée.
- Speaker #0
Oui, on le sent vraiment. Finalement, cette épreuve de l'emprise, ça t'a appris quoi sur toi ? S'il faut trouver un truc positif, parce qu'en même temps, c'est ça qui est assez perturbant pour moi que je sois en face de toi, c'est que la confusion est vraiment hyper proche. donc t'es solaire c'est vrai tu fais des trucs géniaux dans l'audiovisuel t'as vraiment cette force de vie même moi j'ai du mal à t'imaginer avant c'est très compliqué je pense que ça relève vraiment encore une fois de cette emprise invisible et c'est pour ça que je trouve ça hyper important de le redire parce que je n'avais jamais été confronté à cette situation avec podcast et oui c'est compliqué de t'imaginer soumise à quelqu'un ou sous emprise Et il y a eu beaucoup de négatifs, mais moi j'aimerais que tu me trouves quelque chose, s'il y a quelque chose qui en ressort de cette épreuve, qu'est-ce que tu as appris sur toi ?
- Speaker #1
Alors moi je ne vois pas tout ce que j'ai vécu comme quelque chose de négatif.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Même si c'est négatif en soi, mais je ne le vois pas comme quelque chose de négatif parce que celle que je suis aujourd'hui, elle est là aussi parce que j'ai vécu tout ça finalement. Et j'aime... j'aime la personne que je suis aujourd'hui bien plus que celle que j'étais à l'époque je serai encore comme j'étais à l'époque mais mais non non non donc alors c'est malheureux d'avoir eu besoin de traverser ça pour devenir ce que je suis aujourd'hui mais s'il a fallu traverser ça pour devenir celle que je suis aujourd'hui alors bah c'est comme ça et Et c'est OK. C'est fait, de toute façon.
- Speaker #0
Est-ce que, par exemple, dans le futur, effectivement, à travers tes courts-métrages, à travers l'œuvre artistique que tu portes, tu délivres un message aussi, pour ça qu'on est là aujourd'hui. Tu aurais envie d'aller peut-être aider, de manière encore plus concrète, d'autres femmes sous emprise, peut-être faire des témoignages ? Est-ce que tu as la sensation que ça aussi, ça fait partie de l'étape de reconstruction ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est une étape de reconstruction, je ne sais pas si ça y participe, j'avoue que je ne me rends pas compte, mais un besoin de témoigner, c'est pour ça que j'ai fait mon court-métrage, oui, et parce que je pense que plus on raconte... plus on aide. Parce que quand on vit ça, tu l'as dit toi-même, c'est flou, c'est confus. Soi-même, on est tellement flou et confus et on ne sait pas si c'est nous ou si c'est l'autre et peut-être qu'en fait, on extrapole. Mais si on voit que d'autres gens vivent la même chose, je pense que c'est une aide. C'est plus que certain. Et c'est vrai que je m'en suis fait une espèce de devoir Comme si c'était... Tu dois le faire, en fait. Tu l'as vécu, maintenant, il faut que tu partages. Enfin, je ne sais pas, comme si...
- Speaker #0
Le transcender ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si c'est le transcender, mais en tout cas, c'est le... Ah, le dire ! Je ne trouve pas les mots.
- Speaker #0
C'est le dire ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Il faut le dire.
- Speaker #1
Il faut le dire.
- Speaker #0
Il faut le dire.
- Speaker #1
C'est comme si je n'avais pas le droit de me taire, en fait. Parce que j'ai eu peur. Et là, peut-être que j'ai peur aussi de me dire, mince, s'il tombe dessus. Et en fait, tant pis.
- Speaker #0
Comme il est tombé sur ton court-métrage. Exactement. Mais en fait, tant pis.
- Speaker #1
Parce que si tout le monde se tait... Et que ce soit pour cette problématique-là ou bien d'autres dont on parle aujourd'hui, je veux dire, il se passe quoi en fait, si on se tait ? Moi, j'ai estimé que je n'avais pas le droit de me taire et je suis dans un métier de l'image aujourd'hui. Et voilà, c'est peut-être pas pour rien aussi.
- Speaker #0
Est-ce que tu es heureuse ?
- Speaker #1
Oui. Oui.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce que ça fait du bien d'être heureuse ?
- Speaker #1
Carrément !
- Speaker #0
Tu le savoures encore plus ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu sais ce que ça coûte ?
- Speaker #1
Oui, plus qu'un peu. Mais j'en mesure toute la... La beauté, l'importance, et puis c'est pas si facile en fait d'être heureux, c'est pas...
- Speaker #0
Non, c'est pas facile.
- Speaker #1
C'est un travail quelque part presque d'être heureux, enfin un travail.
- Speaker #0
En tout cas ouais, il faut apprendre à voir le positif.
- Speaker #1
Avoir le positif, à lâcher prise sur beaucoup de choses. Oui, je suis heureuse et c'est chouette.
- Speaker #0
Ça aurait pu être presque une phrase de fin. Pour autant, il me reste quand même encore une dernière question à te poser. Si... Enfin, pas qu'une oralité. J'aimerais qu'on se remette un peu... J'aimerais que tu reviennes un peu à l'intérieur de toi. J'aimerais que tu... qu'est-ce que tu dirais à l'Olivia qui est toute seule, enfin qui a une peur panique d'être toute seule, perdue en Italie ?
- Speaker #1
Je lui dirais vas-y, pars, arrête d'avoir peur et fonce. T'es pas seule, et en plus j'étais pas seule, j'avais toute ma famille, j'étais entourée encore à cette époque-là, enfin... Non, je dirais fonce, parte, retourne pas.
- Speaker #0
Mais si elle te dit je peux pas, je l'aime. Parce que c'est bien ça la question.
- Speaker #1
Ben oui.
- Speaker #0
Ce serait quoi l'argument ?
- Speaker #1
C'est pas ça l'amour ? Mais ce n'est pas un argument.
- Speaker #0
Non, mais c'est ce qui devient... Il n'y en a pas de bonne réponse.
- Speaker #1
Ce n'est pas de l'amour.
- Speaker #0
Et il y a une femme qui est sous emprise aujourd'hui. Puisque je sais qu'il y en a certaines qui vont l'écouter, ce podcast. Et même avec des œillères, je sais que ces mots iront toucher un bout de leur âme. Parce que ça résonnera forcément. Tu leur dirais quoi ?
- Speaker #1
courage parce qu'il en faut parce qu'il en faut et ça va être tellement beau après ça vaut le coup ça fait peur c'est difficile parce que je pense qu'il faut pas mentir non c'est difficile mais ça Et ce que je dirais aussi, c'est d'être bien entourée. Malheureusement, tout le monde ne l'est pas forcément. Parce que je sais que parfois les familles, moi j'ai eu la chance de ne pas être dans cette situation, mais parfois les familles sont du côté du bourreau. Et les victimes se retrouvent très seules. Et ça, je pense que c'est du coup très difficile. Mais aller voir des psychologues, des conseillers, n'importe qui, une aide extérieure, c'est indispensable. On peut, seul, je ne dis pas que c'est impossible, parce que peut-être rien n'est impossible, j'en sais rien. Mais en tout cas,
- Speaker #0
c'est très compliqué.
- Speaker #1
Est-ce que ne pas y retourner, c'est quand même difficile, malgré tout ?
- Speaker #0
Oui, parce que c'est une forme aussi d'habitude, de confort.
- Speaker #1
Oui, parce que finalement, c'est ce qu'on connaît. Donc, on sait comment ça marche. Finalement, on sait marcher sur des œufs. On finit par savoir faire, se mettre de côté, tout ça. C'est plus confortable que l'inconnu. et toutes ces questions, notamment quand on part. Est-ce que je vais pouvoir nourrir mes enfants ? Est-ce que je vais pouvoir me loger ? Je n'ai pas une situation stable, comment je vais faire ? Mais il y a des solutions. Il y en a, il y a des solutions. Il faut avoir le courage de le faire parce que je trouve qu'on se le doit en tant qu'être humain, qu'être vivant. On est sur Terre pour vivre notre meilleure vie finalement. Donc quelque part, allez,
- Speaker #0
on y va. Écoute, on va terminer comme ça. Merci beaucoup. On termine cette série de deux épisodes avec toi. Et on continuera parce qu'il y a autant d'emprise que de personnes. Oui, tout à fait. recevoir la parole de femmes justement d'autres femmes victimes d'emprise avec d'autres histoires et certainement d'autres mots posés en tout cas merci merci parce que c'est pas simple je sais que pour toi ça te demande beaucoup d'efforts de concentration et de te remercier c'est beau, c'est pas évident merci beaucoup pour toutes les femmes à qui tu vas