- Speaker #0
Bonjour, je suis Stéphanie Barenco et bienvenue dans Parole de Femme. Dans ce podcast, je donne la parole à des femmes au destin peu banal pour qu'elles nous parlent d'elles, de leur parcours, de leurs espoirs et de leurs doutes, de leur vision de la femme d'aujourd'hui, l'avenir. Puissent ces femmes vous inspirer, nous inspirer et inspirer nos générations futures. Elles se livrent sans tabou, avec le cœur. Je vous laisse avec elles. Voici leurs histoires. Place à Parole de Femme, saison 3 Lucrèce, Andréa et bonjour.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Merci de poser ta voix sur Parole de femme.
- Speaker #1
Avec plaisir,
- Speaker #0
merci de m'inviter. On va explorer les méandres de... De la maternité, de nos émotions qui nous traversent en tant que femmes, en tant qu'êtres humains.
- Speaker #1
On peut faire ça.
- Speaker #0
On peut faire ça. Puis surtout tes émotions à toi et puis comment tu en arrives à écrire à mère ton parcours. Avant de commencer et de mieux te connaître, il y a trois questions un peu plus légères pour commencer le podcast Parole de Femme. Si tu étais une couleur, si tu étais... C'était un moment de la journée et si tu étais une musique, lesquelles serais-tu ?
- Speaker #1
Alors, une couleur, ça change régulièrement. Mais en ce moment, je suis fanatique du vert gazon, du rose corail et du parme, du violet lila.
- Speaker #0
Et pourquoi ces couleurs ?
- Speaker #1
Aucune idée, c'est vraiment un goût. Et d'ailleurs, j'ai des couleurs un peu particulières dans mon travail. Sur mon premier album, Flipette et Vénère, ça a failli me fermer des portes chez les éditeurs. C'est quoi ces couleurs bizarres ? Des fois la peau est violette, des fois les cheveux sont verts. Et je n'avais pas d'argumentation, c'était juste j'aime. J'ai envie de faire comme ça et c'est tout. Je n'ai pas de théorie là-dessus, c'est un goût.
- Speaker #0
Pourquoi tu dis en ce moment ? Parce que, est-ce que les couleurs reflètent tes émotions, tes pensées ou même pas vraiment ?
- Speaker #1
Il doit y avoir un mélange de mode, tout simplement, et d'affinités fluctuantes. Je suis du genre à changer régulièrement.
- Speaker #0
C'est drôle parce que je pose cette question à beaucoup de femmes, et elles me disent le bleu, le jaune, et toi, on voit tout de suite que tu as un aspect très créatif et artistique, puisque toi, tu viens poser un objectif qualificatif sur ta couleur. Et en plus, il y en a trois, c'est une gamme. C'est une gamme, c'est ça. Très bien. À un moment de la journée ?
- Speaker #1
Oui, à un moment de la journée, je dirais le matin. Le matin très tôt. Moi, j'ai une espèce d'énergie vitale qui me fait ouvrir les yeux à 6h du mat. La journée commence et j'ai une soif de fer. J'arrive pas du tout à traîner au lit, j'arrive pas à me rendormir, c'est impossible. J'ai mon cerveau qui est déjà à 1000 à l'heure. Et ce, jusqu'à 20h30, où là, je suis prête à dormir.
- Speaker #0
D'accord. Tu ne t'arrêtes pas.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
C'est... Merci. C'est quoi ce moment de la journée ? C'est là où tu vas écrire ou c'est là où tu te dis bon j'ai tant de choses à faire dans la journée ? Comment tu te la crées ta journée ?
- Speaker #1
Le matin c'est toujours la petite transition vers l'éveil et vers l'action. En plus moi j'aime bien le matin très tôt parce que tout le monde dort. J'ai l'impression d'être toute seule. En plus ça m'arrive d'aller marcher très tôt quand la ville est encore endormie. J'adore.
- Speaker #0
Tu te sens, c'est un moment où tout te recentre ?
- Speaker #1
Ouais, ouais, ouais. Des fois ça m'ennuie d'être en décalage un peu avec la plupart des autres êtres humains et d'autres fois j'aime bien.
- Speaker #0
Tu te sens en décalage ?
- Speaker #1
Bah ouais. La plupart des gens valorisent plutôt de se lever tard et de se coucher tard. Dans mon entourage, en tout cas, il y a une espèce de petite pression sociale que les gens trouvent ça bizarre de se coucher très tôt, je me couche très tôt, et de se réveiller très tôt.
- Speaker #0
C'est marrant parce que dès ses premiers échanges, je me rends compte que finalement, il y a une partie de toi qui finalement est assez à part sur... les couleurs, la façon dont tu les poses, la façon dont tu les vis, sur ton rythme. Tu as toujours été un peu comme ça, un peu à part ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si je suis à part, non, quand même, je ne dirais pas ça. Non,
- Speaker #0
pas à part, mais tu vois, toi-même, tu le dis, tu dis, c'est un peu à la marge de ce que je suis, un peu à l'inverse de ce que font les gens.
- Speaker #1
Oui, il y a des petites choses comme ça, il y a des normes auxquelles j'adhère. Pas forcément, mais pas par choix. Par exemple, je ne bois pas une goutte d'alcool, je ne bois pas de café, je ne fume pas, je ne prends pas aucune substance. Ça aussi, ça peut mettre un tout petit peu à la marge de certains milieux. Mais c'est juste comme ça que je suis. Ce n'est pas vraiment un choix.
- Speaker #0
Par contre, c'est un choix de te respecter.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Si tu ne te conformes pas, finalement, c'est ça le choix.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, c'est plutôt devenu un choix d'arrêter d'essayer à tout prix de me mettre dans ce moule et d'aller dans le sens de ces petites pressions qui n'ont finalement pas de sens à mes yeux. Une chanson ?
- Speaker #0
Ça c'est difficile. Une chanson ! Est-ce que tu aimes la musique ?
- Speaker #1
Ouais ! Eh ben je dirais une chanson que j'adore, qui est une chansonnette dans la bande originale du film La nuit du chasseur. C'est une chanson avec une voix cristalline de petite fille qui fait Once upon a time, there was a pretty fly. C'est hyper beau, c'est un moment où le temps s'arrête, où deux enfants sont en fuite pour chasser par un tueur sur une barque, sur un cours d'eau très calme et où il y a des plans très contemplatifs d'un crapaud, d'une toile d'araignée. C'est un peu magique et mystérieux. hyper planant, c'est trop beau.
- Speaker #0
Je vais essayer de la trouver pour l'intégrer. Oui. Ah oui. Je ne connais pas du tout. Très bien.
- Speaker #1
Je crois que tu peux taper Pearl Song, l'année du château.
- Speaker #0
Je vais faire ça et l'intégrer dans notre podcast. D'accord. Comme ça, on va pouvoir découvrir un peu ton univers finalement aussi. Qui était... Si on repart un peu au début, quand on devient artiste. La grande question, c'est est-ce que finalement on est un peu artiste ou est-ce qu'on le devient ? Qui était la petite Lucrèce ?
- Speaker #1
Alors, la petite Lucrèce était quand même fille d'un dessinateur de BD et d'une maman qui a fait les beaux-arts et tout ça. Donc, c'était plutôt une évidence que je me tourne vers les métiers artistiques. Ou en tout cas, j'étais dans un milieu qui ne m'interdisait pas d'aller vers là et qui ne... qui ne considéraient pas ça comme inaccessible ou impossible. Ou dangereux. Ça facilite. Ou dangereux. Donc ça facilite. Et moi, dès toute petite, je disais que je voulais être illustratrice de livres pour enfants.
- Speaker #0
Trop chouette. Oui.
- Speaker #1
Je ne pensais pas faire de les BD, je ne pensais pas faire des dessins animés. Et finalement, c'est ça que j'ai fait.
- Speaker #0
C'est quand tu dis à tes parents, ils sont contents ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Oui, d'accord. Mais il n'y avait pas de... En se disant parfois... Dans des métiers artistiques, il y a des parents qui disent j'aimerais autant pas que tu fasses la même chose ou en tout cas de manière peut-être à côté mais trouver un métier...
- Speaker #1
Non, franchement, ma mère s'est démenée pour me mettre dans une filière très tôt le plus proche de mes aspirations. J'ai été au lycée en art appliqué, donc ça c'était super.
- Speaker #0
C'est une chance.
- Speaker #1
Et du côté de mon papa, il n'y avait pas de jugement. C'est-à-dire ? Comme tu veux, c'était ni valorisé ni dévalorisé, c'était à ta guise, ce qui est bien.
- Speaker #0
Oui, finalement, ça te permet de commencer de manière plutôt sereine quelque chose qui te plaît.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Tu étais plutôt une enfant très sensible déjà ?
- Speaker #1
Non, je dirais que oui, sûrement. En tout cas, qui dessinait non-stop tout le temps.
- Speaker #0
C'est une manière... Le dessin, on le verra aussi plus tard, mais déjà petite, c'était une forme d'expression ? Poser des dessins sur des mots ? Ou pourquoi tu dessinais, toi ?
- Speaker #1
Ouais, je me souviens que ma mère disait en rigolant que je faisais de l'écriture automatique, parce que j'avais mon petit baladeur, j'écoutais de la musique dans mes oreilles et je dessinais pendant des après-midi entiers. En fait, j'illustrais ce que racontaient les paroles de mes chansons. J'adorais, je suis entraînée. en particulier. Je me souviens que j'avais dessiné le soleil qui rencontre la lune.
- Speaker #0
Tu les as encore ?
- Speaker #1
Non, tout perdu. C'est dommage.
- Speaker #0
Très tôt, tu vas utiliser le dessin comme moyen d'expression.
- Speaker #1
J'ai juste jamais arrêté.
- Speaker #0
Parce que ce qui me semblait intéressant quand j'ai commencé à découvrir ton univers, c'est aussi parfois on peut dessiner Tu parles de contes pour enfants, illustratrices pour enfants. Tu dessines un propos hors de toi. J'ai plutôt la sensation que tu vas dessiner des émotions, des ressentis. Donc pour moi, je trouve qu'il y a une différence dans le dessin. Est-ce que je suis dans le vrai ou pas tant finalement ? Est-ce que pour toi, dessiner, c'est dessiner ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y a mille façons de dessiner, mais moi c'est vrai que j'ai une manière de dessiner très expressive. Ça, je suis d'accord là-dessus, quel que soit le style que j'emprunte, parce que c'est vrai que je suis un peu caméléon et que je change de style un peu selon les projets, ils ont quand même tous en commun d'être très expressifs.
- Speaker #0
Oui, d'être quand même tournés sur le ressenti.
- Speaker #1
Oui, oui, complètement.
- Speaker #0
À quel moment, justement, cette petite fille qui au départ dessine, mais aussi un peu peut-être par mimétisme au tout début, à quel moment tu comprends que ça va devenir pour toi ton moyen d'expression et que tu vas en faire ton métier ?
- Speaker #1
Bonne question. Je pense... Pour faire mon parcours rapide, j'ai fait une année en DMA Illustration à Paris, à l'école Estienne. Là, je ne me suis pas du tout sentie dans mon élément. Je pense parce qu'il y avait un... Il y avait un esprit un peu élitiste parisien. Moi, je venais de Bordeaux, je me sentais complètement à côté de la plaque. Je faisais encore très immature stylistiquement. Je faisais des mangas, je recopiais des mangas. Et je me sentais très jugée d'être pas dans ce qui était valorisé à l'époque comme style.
- Speaker #0
Parce que qu'est-ce qui était valorisé comme style ?
- Speaker #1
Je sais pas trop, mais des choses plus bizarres, plus adultes, plus torturées. Moi, je faisais des trucs un peu... Mignon quoi ! Et en fait, là j'ai senti clairement que j'étais pas prête. Parce qu'en illustration, on attendait un peu de nous qu'on ait son univers d'artiste, d'auteur. Et moi j'avais 18 ans, j'étais pas prête du tout. Et du coup j'ai fait l'école des gobelins en animation. Mais plus pour affiner mon style technique, vraiment pour apprendre à dessiner. Que pour développer un univers personnel sur lequel je me sentais pas mature encore. Et je ne pensais pas prendre goût à l'animation en tant que telle. Pour moi, c'était une école technique, les Gobelins. Elle était très enviée, très spectaculaire, comme ça, de mes yeux. Donc je voulais y entrer juste pour devenir forte. Et en fait, je me suis piquée de l'animation, du cinéma surtout. Parce que pour moi, l'animation, c'était une enfilade de dessins. qu'on fait laborieusement, c'est long à faire, il faut savoir dessiner sous tous les angles, c'est difficile, mais c'est pas marrant. Et en fait, j'ai réalisé dans cette école et dans la suivante, j'ai fait la poudrière à Valence, que c'était du cinéma. Et qu'en fait, le cinéma, peut-être ça me plairait encore mieux que les livres.
- Speaker #0
Ah oui ? Et donc, tu vas comprendre que tu peux faire des films, on appelle ça des films d'animation ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
D'accord. à la suite de ces deux écoles ?
- Speaker #1
Voilà, la première, je fais un film de fin d'études en groupe, à six personnes. Et là où peut-être dans mes premières écoles, je me sentais pas assez douée, en dessin pur ou dans ce truc de chercher son style, parce que quand on est illustrateur, on doit avoir son identité graphique. C'est un peu là-dessus que tout repose. Moi, j'ai compris, je pense, à travers ces deux écoles-là, que peut-être mon style, il serait pas graphique. Il serait plutôt narratif. Et peut-être que je n'étais pas une dessinatrice avec un style très particulier et reconnaissable, mais que par contre, j'avais un vrai goût de raconter des histoires, un vrai goût d'assembler des plans les uns avec les autres, en fait, quelque chose de plus de l'ordre de la réalisatrice. Qui, si on pousse le truc, est pareil qu'autrice de BD ou autrice de livre pour enfants. Enfin, juste ce truc d'écrire, quoi. D'écrire et de maîtriser la chaîne de beau temps en beau temps.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Je reviens sur ces deux écoles. C'est quand même assez particulier ce que tu racontes. C'est-à-dire que tu as envie d'abandonner à un moment, de ne pas te sentir à la hauteur comme ça.
- Speaker #1
Moi, j'avais une confiance en moi pourrie. Ça va mieux. Mais à l'époque, oui. J'étais très complexée, je me comparais sans arrêt et je ne me sentais pas du tout à la hauteur.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui te tient à ce moment-là ?
- Speaker #1
Pourquoi tu n'abandonnes pas ? Je me demande pourquoi. Je pense que je dois avoir un côté un peu acharné quand même. Mais je me souviens d'un intervenant, Gobelin, qui avait dit une phrase qui m'est restée dans la tête, qui avait dit, de toute façon, ce n'est pas à l'école qu'on apprend, c'est plutôt quand on entre dans le métier. Et déjà, ça, ça m'avait soulagée, parce qu'il y avait déjà un tel élitisme dans mon école, que déjà, je me disais,
- Speaker #0
je n'y arriverai jamais,
- Speaker #1
mais moi, je ne vais pas sortir du lot. A Estienne aussi en illustration, on était allé à un festival d'illustration à Bologne, de voir tout ce qui était produit dans le monde, je me disais mais à quoi servirait ma petite pierre là-dedans, je vais être noyée sous les gens talentueux, jamais je vais sortir. Et bizarrement, peut-être cet espoir de voir que peut-être je n'étais pas un génie du dessin, mais que je pouvais trouver ma place dans quelque chose d'un peu de leadership. de celle qui dirige un peu, qui fait des choix, qui prend des décisions, qui discute, parce que l'animation, c'est un travail d'équipe, vraiment. Et pour le coup, je sentais une certaine confiance dans mes choix, pas dans mon trait, dans ma ligne, dans mon style, mais dans les choix de réalisation de ce qu'on va raconter, le contenu de l'histoire, comment le raconter, tout ce qui est faire un film, le rythme, la musique, tous ces choix-là, je me sentais un peu plus solide là-dessus.
- Speaker #0
Presque plus sur le fond, alors, finalement. Ouais, donc très tôt quand même, tu te rends compte que tu as des choses à dire.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
En réalité, si on veut le résumer un petit peu.
- Speaker #1
Et que le processus me passionne.
- Speaker #0
Et que le processus de comment, finalement, c'est ça, c'est j'ai un message à faire passer ou une idée ou un concept. Comment je vais articuler pour le délivrer au plus grand nombre.
- Speaker #1
Ouais, et tous les choix au service de ce message, entre guillemets. Quelle gamme colorée, quel rythme, quelle musique, quel montage, enfin quel comédien, tout ça, ça m'a excité beaucoup.
- Speaker #0
Donc on est plus sur un travail de réalisateur finalement.
- Speaker #1
C'est pour ça que j'ai fait cette deuxième école qui est la Poudrière, qui est à Valence, à Bourg-les-Valence, à la Cartoucherie, et qui délivre pour le coup un diplôme de réalisateur de films d'animation.
- Speaker #0
Donc c'est ce que tu as aussi un diplôme de réalisatrice de films d'animation. Comment tu passes alors après de ce film d'animation à la BD ?
- Speaker #1
Alors, j'ai fait un premier court-métrage qui m'a quand même pris 4 ans de ma vie. Un court-métrage de 15 minutes qui m'a enchantée et mise sur les rotules. Et au bout de cette longue aventure de faire un petit film en plusieurs années avec une équipe, avec des gens, avec le stress, etc. Pour moi, la BD, c'était du repos. c'était être seule à la barre c'était faire mes choix toute seule dans mon coin faire des choix qui ne coûtent pas cher parce qu'en animation, mettre en scène une manif comme c'est le cas dans ma première BD dans Flippette et Vénère, il y a une grosse manif avec une foule et tout là c'est deux planches où je dessine pas mal de personnages, mais c'est pas le budget que ça peut représenter en animation de faire bouger une foule donc tout est beaucoup plus simple le... peu d'entrave à la création qui a embédé, c'est-à-dire à partir du moment où j'ai convaincu un éditeur, ce qui n'est pas chose facile, mais après on me laisse une espèce de carte blanche inédite par rapport aux contraintes qu'il peut y avoir en animation.
- Speaker #0
Mais cette carte blanche par rapport à l'animation, tu l'avais tout de même en animation, mais tu étais contrainte par un budget. C'était ça plutôt ton...
- Speaker #1
Pas seulement budget, des interlocuteurs, une chaîne de télé, un producteur, des interlocuteurs. Tous les gens qui me mettent un peu d'argent là-dedans, parce que ça coûte très cher de faire un film, contraignent le propos, en leur mot à dire sur un peu tout.
- Speaker #0
Du coup, tu as moins quand même aussi la liberté, justement, et peut-être même d'aller jusqu'au bout de ta démarche, de ton propos.
- Speaker #1
En court métrage, c'est plus facile. En long métrage, c'est encore plus difficile. parce qu'il y a une pression à faire des recettes, à toucher un public, etc. En court-métrage, beaucoup moins. Mais la faisabilité contraint quand même pas mal.
- Speaker #0
Est-ce qu'à ce moment-là, quand tu termines ce long-métrage... Tu te sens changée, ce court métrage, pardon, tu te sens changée. Peut-être plus sûre de toi, tu dis fatiguée, même épuisée, mais finalement, par rapport à l'étudiante que tu étais, c'est là où tu commences à comprendre la valeur que tu as ?
- Speaker #1
Alors, je dirais que j'ai quand même compris la valeur que j'avais plutôt à l'école de la poudrière, pendant mes études de la poudrière. Peut-être qu'il faut que je dise en quelques mots qu'à l'époque, j'ai partagé ma vie très longtemps avec un auteur de BD qui lui avait zéro problème de confiance en lui. Et ça, c'était très complexe pour moi.
- Speaker #0
C'est Nounou ? Ouais. C'est Nounou.
- Speaker #1
Dans la BD, c'est son surnom. On peut l'appeler Nathan. Dans la BD, il s'appelle Nathan. En tout cas, je fonctionnais beaucoup par mimétisme et comparaison avec lui. Avec son énorme soif de créer, son absence de limites, son absence de barrières, sa grande confiance en lui, son ambition démesurée, vraiment quelque chose de très inspirant, et qui allait à l'encontre totale de moi, tous mes complexes, mon manque de confiance en moi, qui m'inspirait énormément, et en même temps, je pense qu'il m'inhibait aussi, parce que je le trouvais si doué que je me trouvais nulle en comparaison. Et en fait, le moment où j'ai fait la poudrière, où j'ai assumé que je serais réalisatrice de film, c'est aussi le moment où j'ai un peu pris mon chemin. C'est-à-dire que lui faisait de la BD. Moi, je ne voulais pas faire de la BD parce que je ne voulais pas me comparer à lui. C'était trop dur déjà de comparer nos dessins, de comparer nos manières de créer. Donc là, de prendre ma voix et de dire « Ok, moi je vais réaliser, je vais gérer des équipes » et tout ce qui n'est pas du tout son truc à lui, ça m'a permis de m'affirmer un peu. Alors, à la fin de cette longue aventure de faire mon premier film, il y a eu deux étapes. Il y a eu d'abord un moment où j'étais vraiment épuisée et où je doutais de tout, parce que quand on est les yeux à la loupe sur chaque plan, sur chaque image d'un film pendant des années, on n'y voit plus rien, on ne sait plus si ça marche, si c'est drôle, si c'est triste, si le propos est compréhensible, on n'y voit plus rien. Du coup, j'ai eu une phase d'énorme doute et de... J'en peux plus de faire de l'animation, je veux plus en faire, je veux plus voir un crayon, je meurs. Puis la phase où en fait mon film a eu une très bonne réception dans les festivals. Là ça m'a quand même réconciliée avec le processus.
- Speaker #0
D'un coup.
- Speaker #1
D'un coup, magiquement. J'ai eu des sélections à Cannes, à Annecy, j'ai eu des prix, j'ai eu un César. Et du coup, là par contre je me suis dit, ah, en fait...
- Speaker #0
Tu dis ça, pardon, mais presque en... C'est pas rien d'avoir un César.
- Speaker #1
Non, non, non. J'ai eu un César. J'ai eu un César.
- Speaker #0
Est-ce que ce n'est pas le moment où on a le droit d'être fière de soi ?
- Speaker #1
Si. Après, j'avais tendance sur le moment à minimiser, à me dire non, mais il ne faut pas non plus. Parce qu'il y a plein de choses qui... Disons que ce n'est pas objectif. C'est un jury à un moment T dans une certaine sélection. Je ne voudrais pas tirer de la conclusion que mon film est merveilleux, parce que je suis quand même critique de ce que j'ai fait, et je veux garder une certaine humilité. Mais j'étais contente de la reconnaissance du milieu que ça pouvait représenter quand même, bien sûr.
- Speaker #0
Oui, c'est marrant cette façon que tu as de minimiser un petit peu. Pourquoi tu minimises ? Je ne sais pas. Ce n'est pas minimisant d'avoir un César. OK, c'est à un moment donné, c'est... Évidemment, dans ce cas-là, tout est à minimiser. Parce que tout est daté, tout est dans une temporalité. Pourquoi ce besoin de minimiser le succès, ou en tout cas le succès que tu as rencontré ?
- Speaker #1
Je ne sais pas, ça doit être une horreur de l'idée d'être prétentieuse, ou un amour de l'humilité. juste parce que je ne veux pas me hisser au-dessus des autres.
- Speaker #0
Est-ce qu'à un moment, est-ce que c'était peut-être pas, comme je ne connais pas Nounou, je ne sais pas du tout, mais en tout cas, que ce que j'en ai vu dans la BD, est-ce que ce n'est pas aussi... Ne pas le dépasser, ou en tout cas ne pas froisser une potentielle susceptibilité. Donc de se dire oui bon, c'est ça. Mais enfin bon voilà, c'était juste sur un jury.
- Speaker #1
Je ne sais pas, je n'ai jamais théorisé comme ça. Oui, oui, oui. Non, non, il est très soutenant de ma carrière aussi.
- Speaker #0
Mais est-ce que c'est toi qui as besoin ? Juste de réaliser que ce que tu fais c'est bien ?
- Speaker #1
Peut-être.
- Speaker #0
Toi, vis-à-vis de toi, tu vois, te dire, wow, c'est bien de réussir.
- Speaker #1
Mais oui, en plus, ça a eu un effet non négligeable sur ma confiance en moi. La reconnaissance du milieu a comblé les petits trous de confiance que j'avais moi-même.
- Speaker #0
Peut-être même, c'est... C'est pas des traumatismes, en tout cas c'est micro-zacro de l'école, de la première, où finalement tu te rends compte que t'as ta place. C'est compliqué de pas trouver sa place.
- Speaker #1
Ouais, ouais. Et pour le coup, je pense qu'à l'issue de ce film-là, je me suis sentie légitime à être réalisatrice. Je me suis dit, surtout, c'est marrant parce que je juge presque cette expérience comme un succès plus d'un point de vue humain que artistique, même si je suis... contente de ce que ça a donné. Mais je pense que je me sens d'autant plus légitime que ça s'est très bien passé en équipe, que ça s'est très bien passé humainement, et que la plupart des gens qui ont bossé avec moi en sont sortis contents et avec l'envie de re-bosser avec moi. Et ça, pour le coup, c'était vraiment une réussite à mes yeux.
- Speaker #0
Oui, parce que là, du coup, ça dépendait pas d'un jury ou d'un moment.
- Speaker #1
Absolument. Et puis, c'est vrai que j'ai une petite méfiance envers les prix, tout ce système un peu compétitif et tout. Il y a des films qui sont exceptionnels, qui sont pas primés. C'est une histoire de... de goût aussi de tout un chacun et non plus perdre le sens des réalités. J'ai eu un prix, je suis merveilleuse.
- Speaker #0
Oui, je te pose la question parce qu'il y a le d'être trop, dans le trop ou dans le pas assez. En fait, on peut juste savourer. C'est une jolie victoire, je trouve, par rapport à ce que tu racontes, de doute que tu as pu avoir de ce manque de confiance en toi. Que ce soit sanctionné par un prix à Cannes, malgré tout, c'est une belle victoire.
- Speaker #1
Ouais, ouais. Et puis le parcours en général du film, pas seulement un prix ou un autre, mais en fait il a eu de l'écho auprès de plusieurs festivals, des gens.
- Speaker #0
Cette sensation d'être légitime, ça lève tes doutes sur le fait d'être réalisatrice et plus largement d'être... une vraie artiste au-delà d'être réalisatrice ou il te faudra encore un peu plus de temps ?
- Speaker #1
Je pense qu'il faudra encore un peu plus de temps mais par exemple, la BD que j'ai fait juste après le film, pour me reposer entre guillemets, parce que j'y ai quand même passé deux ans et demi et j'ai fait un pavé de 360 pages.
- Speaker #0
J'aime bien tes repos.
- Speaker #1
Ce livre parle du doute, du début à la fin. Et des doutes qui me... qui m'entrave et qui m'empêche d'avancer, qui m'immobilise des fois. Je pense que c'était une manière pas de m'en libérer, mais d'essayer de dealer avec, d'essayer de le voir en face, de le comprendre, de le détricoter, de le dépiauter. Pour le coup, c'est plutôt le doute d'un point de vue politique. Flipette et Vénère, c'est une BD aux éditions Delcourt, qui parle de deux sœurs qui n'ont pas la même vision de l'engagement. de comment se sentir utile dans notre monde torturé et qui passe 360 pages à débattre de comment se sentir utile actif dans ce monde ou inutile, inactif et paralysé et c'est là où tu mets le doute c'est là où le doute te paralyse c'est qu'il y a une des deux personnages qui est celle qui me ressemble le plus qui est tellement dans le cérébral qui est tellement à se poser des questions de où est la vérité, où est le juste et tout, qu'elle n'arrive pas à s'engager dans une quelconque voie parce qu'il y a toujours le doute que ça ne soit pas la bonne.
- Speaker #0
Et ça c'est toi. C'était toi ou c'est toi encore maintenant ?
- Speaker #1
C'est toujours moi.
- Speaker #0
Parce qu'il faut être... Parce que tu ne peux pas te tromper. Tu as peur du doute parce que tu ne t'autorises pas à te tromper.
- Speaker #1
Oui, il doit y avoir quelque chose comme ça. Et je pense que j'ai un caractère éminemment perfectionniste qui ne veut pas échouer, qui ne veut pas faire les choses moyennement. Oui, qui veut faire bien. Et pour faire bien, il faut être un peu sûr de son coup. Donc ça peut empêcher finalement de faire.
- Speaker #0
Oui. C'est le doute qui entrave en fait, c'est le doute,
- Speaker #1
la peur de l'échec qui empêche même de commencer quelque chose.
- Speaker #0
Du coup, quand on est artiste, finalement, c'est ta façon à toi de te libérer, enfin, de commencer le processus, parce que vraisemblablement,
- Speaker #1
tu es sur un autre livre. Oui, en tout cas, clairement, à un moment, je pense, j'ai eu un déclic où j'ai compris que si je voulais faire des choses, Il fallait que j'arrête de douter, parce qu'en fait, oui, il fallait que j'accepte que mes choses seraient imparfaites et que peut-être chacune de mes créations serait un pas vers du mieux, mais qu'il ne fallait pas que j'attende que chacune d'entre elles soit parfaite, sinon juste, je pouvais baisser les bras tout de suite.
- Speaker #0
Tu as appris ça toute seule ou finalement tu te fais aider pour comprendre un peu ces choses-là ou c'est d'en parler aux autres ou c'est vraiment une introspection que tu vas faire sur toi-même ?
- Speaker #1
Je pense que c'est l'expérience, oui, je ne sais pas trop. Non, ça, je ne saurais pas dire.
- Speaker #0
Et donc, au milieu de tout ça, après Flipette et Vénère, tu tombes enceinte.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est dans cet ordre-là.
- Speaker #1
Oui, alors en même temps que Flipette et Vénère, je commence à développer un projet de long métrage d'animation pour enfants.
- Speaker #0
D'accord. Juste après le court métrage. Donc, tu recommences.
- Speaker #1
Comme il a un excellent accueil, c'est avec mon ex-conjoint qu'il me motive à ne pas baisser les bras sur l'animation et sur la réalisation de films. Et il s'engage à le faire avec moi. Et ça me met un coup de feu. Je me dis, ok, si je ne suis pas toute seule, j'en suis peut-être capable. Parce qu'un long métrage, c'est un peu le rêve de ma vie depuis que je suis petite. Non pas depuis que je suis petite parce que je voulais plutôt faire des livres, mais depuis que je fais de l'animation, faire un long... C'est le rêve, j'ai encore en tête très vivant tous les films que j'ai dévoré quand j'étais petite. Et voilà, mon ex-conjoint me dit, mais en fait là, il faut que tu surfes sur l'éclairage que t'apportes ce court-métrage. Tout le monde attend, finalement, tout le monde te dit, il faut passer au long-métrage. Donc let's go, en plus, sachant que ça met minimum 10 ans, je ne vais pas attendre trop tard pour m'y mettre. Là, ça fait déjà 7 ans que je suis dessus. Mais pas seulement de fabrication pure, juste d'attente de financement, d'attente de réponse, beaucoup d'attente aussi.
- Speaker #0
J'en reviens pas, d'accord.
- Speaker #1
Et du coup on se met ensemble à écrire un projet de long métrage pour enfants, un conte pour les enfants.
- Speaker #0
C'est génial, c'est magnifique.
- Speaker #1
Et on le fait en parallèle de ma BD, Flippate et Véné, et un enfant.
- Speaker #0
Et lui, pendant ce temps, continue aussi à faire ses BD de son côté. Voilà,
- Speaker #1
et lui, il abandonne le projet de long métrage au bout de deux ans, un truc comme ça, en disant, c'est trop long, j'en peux plus. Je vais refaire de la BD.
- Speaker #0
En fait, ça t'apprend une patience de fou, en fait. Une ténacité,
- Speaker #1
une patience et une ténacité. Pas lâcher l'affaire.
- Speaker #0
Mais même, la question qui me vient, mais alors je n'étais pas du tout partie là-dessus, mais de t'entendre en parler, c'est... Est-ce qu'à un moment donné, même, tu t'enlaces pas ?
- Speaker #1
Ben si, c'est ça le risque. Mais c'est toujours le piège. C'est qu'on sait qu'au moment où on pourrait lâcher l'affaire, ben on va tout gâcher. Alors que si on lâche pas l'affaire, c'est possible que ça marche. Et qu'on y trouve un plaisir décuplé. Que la lassitude soit remplacée. Parce que quand même, l'animation, il y a ce truc un peu magique où il y a mille étapes. Il y a du scénario, il y a du storyboard, on commence à mettre des images. Il y a la couleur qui arrive, il y a le son, il y a la musique. En fait, chacune de ces étapes ne date pas d'il y a 10 ans. À chaque fois, ça réactualise le propos, ce qu'on dit. Tout change en continu. Ce n'est pas moi d'il y a 7 ans qui ai écrit ce projet. Il n'a pas arrêté de morpher avec ce qui se passe dans la vie, comment je change moi, mes goûts qui évoluent, mon expérience qui se fait. Donc en fait, il y a quand même tout le temps moyen de... de trouver de la fraîcheur à nouveau dans le processus.
- Speaker #0
Il est émouvant quand même. Tu n'es pas figée pendant dix ans. Et puis justement, tu ne vas plus trouver une adéquation avec, parce que tu évolues en permanence.
- Speaker #1
J'ai réussi à ne pas m'en lasser.
- Speaker #0
Pour l'instant, tu n'es plus que trois ans.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et donc, on va aborder ensemble un sujet qui touche toutes les femmes. Soit parce qu'elles veulent des enfants, soit parce qu'elles n'en veulent pas. Et c'est encore plus compliqué d'expliquer à la société que tu ne veux pas d'enfants. Donc t'es devenue maman.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
T'es devenue maman et toi tu décides de faire un livre de cette maternité. Un livre qui va finalement prendre le contre-pied de Tout est beau, tout est rose. Pourquoi t'as besoin de faire ça à ce moment-là ?
- Speaker #1
Alors, j'ai besoin de faire ça quand ma fille a 5 ans. Donc assez tard, je vis d'abord des premières années, oui c'est ça, 4 ans et demi, 5 ans, des premières années très difficiles d'entrer dans la maternité, très très difficiles, où pour le coup pendant ces premières années, jamais ça ne m'effleure l'esprit de m'emparer artistiquement de ce sujet tellement que je n'y comprends rien, que je suis perdue, que ça me met dans le mal, que j'en souffre et je ne comprends pas les tenants et aboutissants, je ne comprends pas les ressorts. qui affecte mon bien-être, qui affecte mon bien-être mental et tout et tout. Du coup, moi je m'en pars de sujet que si j'ai l'impression d'avoir une certaine maîtrise dessus, sinon c'est un peu casse-gueule. Non,
- Speaker #0
je n'y vais pas.
- Speaker #1
Voilà. Et au bout de ces cinq années, où je me bats comme une lionne pour trouver des solutions qui ressemblent de plus en plus à un enfer, alors qu'on m'avait vendu du rêve, au bout de ces cinq ans, je commence à remonter un peu la pente. J'ai touché beaucoup vraiment le fond, je remonte un peu la porte, en ayant des indices sur ce qui a pu créer ma détresse. Et en voyant un espoir, en comprenant un peu ce qui m'arrive, d'aller mieux. Un espoir de comprendre mieux les ressorts, de pouvoir avoir une prise dessus, et à changer les choses et à vivre mieux ma maternité. Et en fait, ces débuts de réponse... à des questions qui m'ont torturée pendant des années, me donne envie d'en faire un livre. Et un peu comme dans Flippette et Vénère, c'est comme un travail de petite archéologie, de petite enquête que je fais sur ce qui m'est arrivé, pour essayer de comprendre et en tirer une conclusion, quelle qu'elle soit, parce qu'au début, quand je me lance là-dedans, je ne sais pas trop ce que sera ma conclusion. Et je le fais vraiment... Dans Flippette et Vénère, j'avais commencé ce livre en me disant je ne comprends rien à mon rapport à la politique, des fois je fais l'autruche. Des fois, j'ai envie d'être super investie. Pourquoi c'est fluctuant ? Pourquoi des fois, je ne veux plus en entendre parler ? Je n'écoute plus les infos pendant trois mois. Et pourquoi des fois, je le fais ? Et pourquoi des fois, c'est dur ? Et je m'étais confrontée à ce sujet en en faisant 360 pages. Et là, pareil, j'ai besoin... Le prétexte livre va me permettre de comprendre mieux ce qui m'est arrivé et de plus jamais, d'une, de plus jamais me laisser avoir par ces mécanismes et de deux, si ça peut. Raisonner avec l'expérience de d'autres et servir un peu, ça serait fabuleux.
- Speaker #0
Et c'est là que tu te rends compte qu'en réalité, tu libères une parole. Vraisemblablement, tu libères une parole en disant que la maternité, ce n'est pas que beau. Et on a le droit, je crois que c'est ça le plus important dans ton propos, on a le droit de... De dire que ça va pas.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Tu t'es pas sentie légitime, toi, pendant 5 ans, à le dire ?
- Speaker #1
Non. J'étais dans un tabou, un silence étouffant. Et je pense que c'est, pour le coup, c'est l'ultime déclic qui m'a fait me sentir légitime à m'emparer de cette histoire. C'est vraiment que je me suis dit, mais en fait, j'ai jamais vu ça nulle part. J'ai jamais vu un récit qui dit à quel point c'est horrible d'être maman. C'est horrible. en tout cas c'est ce que toi t'as ressenti à quel point ça peut être horrible à quel point c'est paradoxal c'est les deux c'est merveilleux mais c'est aussi horrible et on m'avait pas prévenu et j'aurais aimé être prévenu très concrètement pas juste ça sera dur tu vas pas dormir beaucoup plus concrètement que ça les difficultés à chaque âge qu'est-ce qui peut nous tomber dessus Qu'est-ce qui...
- Speaker #0
Je crois que t'aurais pas fait d'enfant si t'avais su.
- Speaker #1
Hum, si. Parce que justement, je pense, mon album, t'es pas encore à la fin, mais il tire des conclusions...
- Speaker #0
Je vais acheter la page 90, madame.
- Speaker #1
Il tire des... Spoil alert ! Il tire des conclusions d'ordre un peu sociologique. Parce que j'ai cru pendant des années que j'avais des défaillances personnelles, individuelles. Et je me suis beaucoup auto-flagellée de pas être assez ceci, de pas aimer assez mon enfant, de pas être faite pour la parentalité, machin. Jusqu'à réaliser qu'en fait, j'étais quand même victime de mécanismes d'ordre sociologique et de trucs qui sont un peu des maladies de notre époque, qui sont des phénomènes normaux, que tout le monde vit.
- Speaker #0
Par exemple, donne un exemple de ce que tu dis. Tu vois, si tu devais... Là, ne réfléchis pas. Un exemple concret d'un des maux que tu as vécu et qui finalement t'a empêché, t'as, j'ai envie de dire, t'as privé des cinq premières années ?
- Speaker #1
Ben par exemple, le culte de la bienveillance à l'égard des enfants, qui poussait à l'extrême, nous fait nous oublier nous adultes, tu vois. Une telle priorité mise sur les enfants, qui est bien, qui est bien parce qu'il y a eu beaucoup d'années en arrière. où les enfants ont été maltraités, où on n'était pas considérés comme des êtres humains, égaux aux adultes, etc. Mais qui poussait à l'extrême inverse, nous pousse à nous écrabouiller nous-mêmes, adultes, ou à ne pas écouter nos besoins, ou à ne pas respecter ce dont on aurait besoin, vitalement, basiquement, pour aller bien.
- Speaker #0
Comment tu prends conscience, justement, qu'il y a un truc qui ne va pas là-dedans ? Comment t'arrives, toi, à comprendre ? Parce que, en toute objectivité, la société nous met, nous, femmes, mamans, dans un tel carcan que, comme tu le dis très bien, toi, tu as fait partie des femmes qui l'ont mal vécu et qui n'ont pas compris, en fait, ce qui leur tombait sur le coin du nez. Mais c'est quoi le... Qu'est-ce qui va te faire... reprendre petit à petit le dessus. Aujourd'hui, elle a quel âge, ta fille ?
- Speaker #1
Bientôt 8 ans.
- Speaker #0
Donc, ça fait 3 ans que tu profites de ton statut de maman.
- Speaker #1
Oui, que j'arrive à y prendre goût. Que j'arrive à aimer ça. Tu as pu apprendre du plaisir.
- Speaker #0
C'est ça. Tu sais dire à peu près ?
- Speaker #1
Oui, le déclic, il y en a eu plusieurs. Mais pour résumer quand même, parce que comme tu le dis, j'étais imbibée par des injonctions très fortes qu'on a toutes en tant que femme, à être une excellente maman, à très bien s'occuper de son enfant, à être très sacrificielle, dédiée, bienveillante, etc. Et j'espérais le faire très bien, comme tout ce que j'entreprends, j'essaie de le faire très bien. C'est là où le perfectionnisme devient un piège mortel. Mais moi, ma particularité, on va dire que c'est un exemple flagrant dans mon livre, c'est que j'ai foncé tête baissée dans le courant de la parentalité positive. que je me suis... enfilé des livres et des livres et des livres de concepts de comment bien traiter son enfant et que je me suis rajouté des couches d'injonctions et d'injonctions et d'injonctions, de perfectionnisme et d'angoisse en fait parce que le message sous-jacent à ces bouquins là c'est que si on s'y prend mal on va faire des dégâts je me suis mis la barre très très haute et en fait ça ne fonctionnait pas, c'est à dire que j'appliquais comme un bon petit soldat des concepts, des concepts, des concepts Et en fait, je vivais un calvaire quand même, il y avait des grosses difficultés avec ma fille, il y avait une période où elle bégayait, où elle faisait des crises, elle ne dormait pas, enfin c'était un enfer. Et du coup, d'une, de voir que mes recettes miracles ne fonctionnaient pas, au bout d'un moment, ça m'a quand même fini par me mettre la puce à l'oreille, et surtout, c'est quand j'ai entendu des discours contradictoires, qui allaient à l'encontre de ces courants-là, et qui montraient du doigt les pendants néfastes. néfaste pour les femmes en particulier.
- Speaker #0
Oui, mais comment toi, comment tu redéconstruis tout ce que tu as appris pendant 4 ans ? Comment tu arrives à tout redéconstruire ?
- Speaker #1
Ça a été très long. Ça a été très long parce que justement, en 4 ans, j'avais eu le temps de bien me conditionner. Par exemple, j'ai lu le livre de Catherine Guéguen qui explique Par plein de termes de neurosciences, que faire une crise de nerfs pour un enfant, ça lui détruit le cerveau. Je simplifie au maximum. Mais moi, sortie de ce livre, j'ai retenu ça. Ça m'a angoissée. Du coup, la moindre pleure de ma fille, j'avais l'impression que ses neurones fondaient. Du coup, je faisais tout pour surtout pas qu'elle pleure. Donc j'allais dans son sens constamment. Je la brusquais pas, je lui disais jamais non. Je ne mettais pas de limites, etc. Bon bah ça c'est une croyance qui était plutôt nécessaire de déconstruire quoi. C'est ce genre de concept. Mais je pense que le plus gros déclic c'est quand j'ai réalisé qu'il n'y avait pas grand chose de fondé scientifiquement à ces courants là. Qu'en fait c'était surtout des idées, des convictions de gens plutôt militants et qui des gens qui profitaient de leur stature d'autorité pour faire de l'argent, pour tirer un certain pouvoir.
- Speaker #0
Mais comment, avec un peu de recul... Comment t'es tombée là-dedans ? C'est quand même fou ! Comment, de « je vais faire un enfant » , tu arrives à tomber dans un dogmatisme qui va te détruire finalement pendant un temps ?
- Speaker #1
Qui ressemble presque à une emprise sectaire. Je fais cette comparaison à la fin de mon livre, que tous les mécanismes d'emprise sectaire sont là. Culpabilisation, faire dépenser beaucoup d'argent, perte de confiance en son propre ressenti. perdre de son libre arbitre en fait, à dédier complètement sa pensée à une figure d'autorité qui est un livre, un dogme, etc. Et bien, ce qui est intéressant dans mon cas, c'est que je n'ai pas eu besoin de gourou. Je me suis mise toute seule là-dedans. J'ai lu des bouquins et j'ai acté, j'ai décrété que c'était la vérité. Mais je pense que ce qui explique ça, c'est une angoisse existentielle profonde de faire du mal à un petit être.
- Speaker #0
De ne pas y arriver.
- Speaker #1
Ouais, et puis on est tous imbibés par la théorie freudienne comme quoi c'est l'enfance qui crée un être et que si on fait des choses de travers, il sera dépressif, il sera malheureux, il sera suicidaire. Cette peur-là, ouais.
- Speaker #0
Ouais, ça part de là en fait. Enfin, encore une fois, on peut avoir de la peur de mal faire au final.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça. Et puis, encore une fois, les trucs sociologiques que je comprends à la fin, c'est aussi qu'on est dans une époque où on fait beaucoup moins d'enfants, on choisit d'en faire. Et du coup on veut faire ça bien. Et une époque qui vous inculte à la performance, à l'apparence de bien-être, de réussite, de sourire, de tout va bien, qui laisse peu de place à ces parts sombres que moi je décris beaucoup dans le livre.
- Speaker #0
Ça me fait penser quand tu dis ça au sketch de Florence Foresti, de la bonne mère qui arrive bien coiffée le matin et puis qu'elle qui arrive les cheveux ébouriffés en hurlant sur ses enfants parce qu'elle est en retard. La société est très jugeante, finalement. Mais au-delà de ça, je crois que finalement, c'est toi ta propre juge, non ?
- Speaker #1
Je ne crois pas là-dedans. J'étais tellement imbibée par tout ce qui flotte de manière un peu invisible.
- Speaker #0
Tu t'es axée sur la société, mais pour autant, à un moment donné, personne autour de toi, peut-être ta maman, peut-être tu as des frères et sœurs, ou peut-être la maman de Nathan, personne n'a essayé de te... t'extraire en te disant que ça n'était pas forcément la vérité ?
- Speaker #1
Si, mais j'étais tellement endoctrinée qu'il n'y avait rien à faire. J'avais dressé un mur entre les gens, ceux qui ne comprennent pas les enjeux, et moi, ce que j'avais compris de mes lectures. Combien de fois on m'a dit « il ne va pas en mourir si tu le laisses pleurer » . Moi, j'étais « bien sûr que si » .
- Speaker #0
Ils n'ont rien compris, ils sont dangereux. Ah oui, d'accord à ce point-là.
- Speaker #1
J'exagère un peu, mais...
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
mais si. Et ce qui crée aussi une fragmentation terrible avec l'ancienne génération, parce que ma mère, par exemple, je me méfiais de tout ce qu'elle me donnait comme conseils, parce que tous ces conseils sont un peu datés et plus très à jour, et qu'à chaque fois que je checkais quelque chose sur Google qu'elle me conseillait, c'était plus au goût du jour. Mais du coup, ce qui casse quand même quelque chose de l'ordre de la transmission, qui est dommage aussi.
- Speaker #0
Ça va loin ton histoire.
- Speaker #1
En tout cas qui rend très seule, qui te coupe de...
- Speaker #0
De beaucoup de choses. Même des amis j'imagine, parce que finalement les amis, au bout d'un moment peut-être on en a un peu marre aussi.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
C'était quoi la pire culpabilité que tu as ressentie ? Tu t'es sentie être une mauvaise mère ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Bah je me suis sentie, je me suis demandé vraiment si j'étais faite pour ça quoi. En fait, si je n'avais pas fait l'erreur de ma vie à faire ça, et que malgré tous mes efforts et toutes mes bonnes volontés, j'allais lamentablement échouer. Parce que je n'y arrive pas. La pire culpabilité, je pense que c'était de ne pas me sentir épanouie au contact de mon enfant, souvent.
- Speaker #0
De m'ennuyer. Ça, c'est la pire chose de la société qu'elle te renvoie. Parce que ce qui m'intéressait dans... Quand on s'est rencontré, quand j'ai lu au départ, bon, juste le résumé avant de pouvoir lire complètement l'œuvre, au-delà du jeu de mots amer, c'était justement ce regard. L'injonction ultime, c'est que être mère, c'est que du bonheur.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Je fais partie de ces femmes pour qui ça a été que du bonheur.
- Speaker #1
Quelle chance !
- Speaker #0
Oui. Et j'en suis consciente, j'en ai fait qu'une aussi en conscience, parce que je ne voulais pas prendre le risque. Je me suis dit, oh trop bien, jamais un deuxième. C'est malin. Ah oui c'est malin, je m'en félicite encore aujourd'hui. Bravo. Parce que c'est vrai, moi si tu me demandes, j'ai eu une grossesse hyper cool en accouchement. De rêve, j'ai ri pendant tout le temps, elle a fait saignée à deux mois, et puis j'ai jamais eu un caprice, ma fille ne sait jamais, je ne sais pas ce que c'est qu'un gamin qui fait un caprice, moi, voilà. Pour autant, j'ai eu d'autres injonctions, on pourrait parler de l'allaitement, que moi j'ai refusé, mais qu'il a fallu que je me dresse, que je menace de procès en disant attention. Si vous ne me filez pas votre cachet, moi je vous colle un procès, comme vous aimez, j'en vous rendez vu de votre vie, parce que je ne voulais pas, et j'estimais que mon corps est mon corps. Mais il a fallu lutter contre l'injonction de la société. Et quand j'ai lu ton livre, je me suis dit, waouh, c'est carrément ça. Et à quel moment, donc, pardon, je termine sur la question, et une de mes amies, qui elle justement a plutôt eu un début similaire au tien, Elle disait, ben non mais en fait, pourquoi on n'a pas le droit de dire que c'est pas tout tout bien ? Pourquoi je peux pas aimer mon enfant, ok au fond, mais dire que j'y arrive pas, que c'est super dur ?
- Speaker #1
Exactement, ouais. Moi quand j'ai réussi à séparer les deux concepts, de aimer être parent ou aimer son enfant, en fait ça n'a rien à voir. Et en fait on fait la confusion. On a l'impression qu'en aimant pas être parent, ben peut-être qu'on a un défaut d'amour pour son enfant. En vrai j'ai jamais douté de l'amour que j'ai pour ma fille. Par contre, j'ai beaucoup souffert de nuits en lambeaux, d'un allaitement que je me suis forcée à faire pendant longtemps, de crises de nerfs, pour le coup on a eu beaucoup de crises d'humeur, etc. Et ce n'est pas pour autant que je cesse d'aimer mon enfant. Juste peut-être que je n'aime pas trop être parent, je n'aime pas trop être maman, je n'aime pas trop la charge et le travail que ça représente, la charge mentale, changer des couches, gérer l'école, les inscriptions. En fait, il y a beaucoup de choses pas fun du tout.
- Speaker #0
Oui, ça c'est le côté, en fait, toi tu sépares l'aspect pratico-pratique de l'amour inconditionnel qu'on ressent pour son enfant.
- Speaker #1
Voilà, et c'est même pas que pratico-pratique, parce que dans le fait d'être parent, je mets aussi l'anxiété constante qui lui arrive du bien. En fait, c'est une charge émotionnelle énorme. Et quand on est un peu anxieux comme moi, c'est pas rien de vivre avec cette charge-là. Et quand on veut faire un métier artistique qui demande beaucoup de temps et d'énergie et tout, en fait, ça ampute ta vie d'un truc très gros, de s'occuper d'un autre être. Et ce n'est pas que au pratique au pratique, c'est aussi psychologique.
- Speaker #0
Mais ça, tu n'avais pas cette perception, parce que quand on... Alors, pas sur le pratique au pratique, mais sur la charge mentale ou sur l'anxiété qu'on va développer toute notre vie, puisque finalement, on est lié encore plus sur les femmes. viscéralement parlant, tu n'en avais pas idée avant.
- Speaker #1
Si, sûrement, mais vague.
- Speaker #0
Vague.
- Speaker #1
Et surtout, maintenant, je le vis sans problème parce que j'ai réussi à trouver un équilibre en m'affirmant, comme tu le disais tout à l'heure, en exigeant, en mettant bien des limites de ça, c'est mon droit d'adulte responsable. J'ai le droit aussi de souffler, d'avoir du silence, d'avoir du calme, d'avoir mes moments rien qu'à moi, qu'on me fiche la paix, etc. De mettre un peu les choses dans l'ordre. Mon enfoiré c'est besoin, mais moi aussi. Ça, ça a été un énorme déclic de réaliser que j'avais le droit d'exiger des choses pour moi-même. Maintenant que j'ai un rapport plus sain à ça, et moins anxieux, ou j'ai moins peur de la détruire à chaque fois que je hausse le ton. La pauvre,
- Speaker #0
elle aurait, par contre, dû se dire « c'était mieux avant » .
- Speaker #1
Mais ça, ça a tout assaini. Ça a tout assaini, en vérité. Je pense qu'elle n'est pas malheureuse que ça ait changé.
- Speaker #0
Bien sûr,
- Speaker #1
au contraire.
- Speaker #0
Au contraire. Parce qu'en fait, c'est ça, au final, c'est d'être épanouie. Tu peux donner de l'amour à ton enfant si toi, tu t'aimes et que toi, t'es bien avec toi.
- Speaker #1
Tu te sens respectée.
- Speaker #0
Je reviens sur ma question. Si tu savais, tu referais les choses différemment.
- Speaker #1
Oh là là, oui.
- Speaker #0
Mais tu aurais un enfant.
- Speaker #1
Si je savais ? Oui. Parce qu'en fait, j'ai l'impression que les conclusions que j'ai tirées sont un peu la clé pour le vivre mieux, tout simplement. J'aurais pu... En fait, j'ai fait des choix qui m'ont...
- Speaker #0
Qui t'ont enterrée.
- Speaker #1
Qui m'ont enfoncée, ouais, qui m'ont enterrée. Parce que je suis partie du principe dès le départ que mon enfant serait la priorité et qu'il fallait que je sois capable de faire des sacrifices les premières années pour lui assurer un soi-disant bonheur. Sauf qu'en faisant ces sacrifices, je me suis vraiment traumatisée. Je me suis vraiment faite piétiner, je me suis fait du mal. En fait, c'est ça.
- Speaker #0
Comment t'as fait pour t'en sortir ?
- Speaker #1
Ben, j'ai renversé la vapeur petit à petit, déjà j'ai dit non. Déjà je lui ai dit non.
- Speaker #0
Comment tu te rends compte ? Oui, mais comment tu sors ? C'est là où c'est intéressant. Comment tu sors de ton dogmatisme quand même assez prononcé ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Comment t'arrives à dire non ? C'est quoi le moment où tu... Comment tu réalises ? Puisque tu étais dans une croyance, comment t'en sors ?
- Speaker #1
Eh ben, comme je t'ai dit, en écoutant des podcasts qui donnent des indices là-dessus.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
qui mettent un peu à distance ces fameux écrivains, écrivaines qui m'avaient... Parce que tu cherchais de l'aide,
- Speaker #0
en fait. T'écoutais des podcasts pour essayer de trouver des réponses, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui. Alors, comment je suis tombée sur ces podcasts-là ? Je pense... Ah oui, je me suis intéressée à un moment à la pensée critique, à la zététique. Il y a un courant qui essaie d'envisager les choses sous un angle purement scientifique, purement de logique et de preuve. Et en fait, j'ai trouvé un épisode, donc j'ai écouté ça sur plein de sujets différents, et d'un coup, il y en a un qui a popé sur la parentalité. Et là, je me suis rendue compte que ce courant-là était blindé de fausses croyances, d'abus, de gourous, des phénomènes d'emprise, etc., de culpabilisation à l'excès, d'infantilisation des parents, etc. Et j'ai fait « Oh ! Mais je suis conservée ! »
- Speaker #0
Mais on parle de moi !
- Speaker #1
On parle de moi ! C'est ça !
- Speaker #0
Et là tu vois 50 avis qui défilent.
- Speaker #1
C'est ça. Et un des gros déclics, c'est de lire un énième livre, pour le coup un peu dans la même lignée que tous les autres, mais le seul qui met le parent dans l'équation. C'est-à-dire la plupart des livres disent « Vous êtes méchants par défaut, les parents, il faut être mieux parce que les enfants sont purs et innocents et fragiles. » Et ce livre-là, que je lis aux trois ans, trois ans et demi de ma fille, L'éducation, c'est un compromis entre les besoins de l'enfant et les besoins de l'adulte. Et là, mais ça fait une explosion atomique dans ma tête de « Ah, mais mes besoins, ils sont légitimes en fait ! » J'étais à ce degré de déni de mes propres besoins, qu'on me dise que j'ai le droit de demander du calme ou de la solitude, c'était déjà une libération.
- Speaker #0
Est-ce que pour toi, être maman, c'était... égal sacrifice. En fait, dans ta tête, tu devais faire ça.
- Speaker #1
Oui, par exemple, l'allaitement est un très bon exemple. L'allaitement, on m'avait expliqué par A plus B que c'était le mieux pour un enfant. Je n'allais pas lui donner du lait en poudre. Et en fait, dès la première journée d'allaitement, j'étais là, je n'aime pas ça. Je n'aime pas qu'on mordille mes seins. Je n'aime pas être dénudée la plupart du temps. Je n'aime pas qu'on dispose de mon corps. Eh bien, j'ai quand même tenu trois ans.
- Speaker #0
Trois ans.
- Speaker #1
Et c'était pas une partie plaisir, j'avais des canaux bouchés, j'avais des engorgements, j'ai eu beaucoup de douleurs. Je me suis acharnée, soi-disant pour le bien de mon enfant. Quelle idée en fait !
- Speaker #0
C'est vraiment la pression de la société. Le regard des autres, justement, en parlant de pression de la société, tu t'es sentie jugée ?
- Speaker #1
Oui, constamment. Je pense que toutes les mères se sentent constamment jugées. et par Les deux côtés, c'est-à-dire il y en a qui ne nous jugent pas assez si, lorsque les autres en face nous jugent trop ça. On n'est jamais assez bien, on n'est jamais au juste milieu.
- Speaker #0
Et toi, tu te jugeais ?
- Speaker #1
Comment ?
- Speaker #0
Toi, est-ce que tu t'auto-jugeais justement ?
- Speaker #1
Oui, constamment. Et je doutais sans arrêt si j'étais dans le bien. Et je pense que c'est pour ça que j'ai à ce point séparé mon esprit critique. C'est qu'en fait, il fallait que quelqu'un me dise à ma place. L'enjeu était tellement énorme, j'avais peur de faire des choix moi-même. Donc si quelqu'un me disait il faut faire ça, au moins je ne pouvais pas en prendre à moi de faire des choix.
- Speaker #0
Oui, c'est très lucide finalement. Presque une espèce de refus de responsabilité.
- Speaker #1
Je pense que c'est du même ordre que quand on adhère à une secte ou qu'on croit à une religion. En fait, on préfère se fier à ce qu'a dit le gourou.
- Speaker #0
Oui, appliquer en fait. Pas réfléchir, mais juste appliquer. Sauf que les théories sont tellement multiples et contradictoires qu'on ne peut pas trancher.
- Speaker #1
Il faut d'abord se fier à son propre instinct.
- Speaker #0
Alors encore faut-il y croire et avoir confiance.
- Speaker #1
Et avoir confiance en soi. On revient finalement à soi. Alors après à soi pas complètement parce que vous étiez quand même deux dans l'aventure. Et pourtant on a l'impression que tu portes finalement tous tes doutes toute seule. Le couple dans tout ça, tu le places où dans cette aventure-là que pour toi a été la maternité ?
- Speaker #0
Ce qui est intéressant, c'est que quand j'ai commencé mon album, je pense que mon ex-conjoint avait très peur que je règle mes comptes avec lui dans cet album. Et en fait, notre histoire a ça d'intéressant que Nathan, on va l'appeler comme ça, j'ai changé son nom, était vraiment un papa d'amour. Il était vraiment un allié exceptionnel pour moi, parce que moi je lisais, moi je prenais des décisions, moi je réfléchissais à ce que serait l'éducation qu'on donnerait à notre fille, à quels étaient les meilleurs choix, l'allaitement et tout ça. Lui, il faisait. Il disait ok. Il ne s'est jamais opposé à mes décisions. Il me dit tu veux allaiter ? Tu allaises. Tu veux dormir avec elle ? T'as qu'à le faire, pas de problème. Du coup j'avais l'impression d'avoir beaucoup de chance. parce que j'avais plein de copines qui me disaient que leur mec s'opposait constamment à leur façon de faire qu'ils étaient trop violents, qu'ils criaient sur le gosse voilà moi c'était pas le cas,
- Speaker #1
pas du tout mais est-ce que du coup c'était pas bon désolé mais pardon nounou mais c'est peut-être aussi un peu une manière de de faire tout porter en
- Speaker #0
fait c'est devenu toxique et sournois Au moment où on allait dans le mur, ça ne marchait pas, moi je dépérissais, j'ai eu vraiment des moments où j'ai perdu pied psychologiquement, j'ai fait des énormes attaques de panique, etc. Et en fait, tout ce que pouvait me répondre Nathan, c'était « on a suivi tes décisions » . C'était encore plus la charge de « en fait, tout est de ma faute, tout est de ma faute » . Et je peux m'en prendre qu'à moi-même.
- Speaker #1
C'est terrible. Je pense que ce que tu as vécu, c'est vraiment très dur. En plus, la société a une tendance à culpabiliser la mère qui est juste dingue. Oui,
- Speaker #0
et puis quand on sent qu'on est dans le faux, dans l'erreur, il faut encore se retrousser les manches pour trouver des solutions, pour re-questionner, pour révolutionner le truc. Et ça, je savais très bien que Nathan ne le ferait jamais. C'est-à-dire qu'il n'était pas à l'initiative. de quelconque changement en termes d'éducation de la famille ou de ce qui se passe dans notre domesticité du coup je savais qu'au fond du gouffre quand j'étais au plus mal si je voulais que ça change c'était encore sur moi que ça devait reposer que je trouve moi même des solutions au moment où j'avais le plus besoin d'aide et d'être épaulée tu
- Speaker #1
la trouves à l'intérieur de toi est-ce que tu te fais aider aussi pour changer les choses ouais j'ai fini par avoir un pied ça t'a aidé il fallait poser la tête Ta tête sur quelqu'un d'autre, finalement, en vrai, c'était ça ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et te remettre au centre du débat ?
- Speaker #0
Ouais. Et je pense que j'ai eu beaucoup d'aides d'amis aussi. D'amis femmes, mamans, qui galéraient aussi.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et qui n'avaient pas leur langue dans leur poche. Qui disaient très ouvertement, comme ce que j'essaie de faire dans mon livre, leurs galères, les contradictions, les paradoxes, les moments de haine de leurs propres enfants, qui existent et qui sont normaux, et qui ne sont pas...
- Speaker #1
Et qui sont inentendables. aujourd'hui dans la société. Tu t'en rends compte ?
- Speaker #0
Oui. Enfin, c'est une vaste hypocrisie parce qu'en fait, on le sait tous.
- Speaker #1
C'est une vaste hypocrisie. Pour autant, ce livre, il sert à ça. Ce livre, il sert à donner de la douceur à ces mères qui se détestent de penser ça.
- Speaker #0
J'aime bien que tu le formules comme ça.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Oui, parce qu'il y a beaucoup de trash dans mon livre. Mais en effet, je pense que le but à la fin, c'est d'être plus tolérant avec soi-même et de se pardonner, parce qu'on galère tellement, et on est tellement sous pression, de toutes parts.
- Speaker #1
Et de dire que c'est pas grave, c'est pas grave.
- Speaker #0
Que c'est normal, en fait, que c'est inhérent au rôle de mère d'avoir des paradoxes, d'avoir des craquages.
- Speaker #1
Après, on ne justifie pas, je préfère le dire,
- Speaker #0
parce qu'on ne justifie pas la violence,
- Speaker #1
mais en tout cas, on peut comprendre. Et si tu dis que t'en as marre, que t'en peux plus, de le verbaliser, tu peux trouver une copine qui va te garder ton enfant une heure pour aller soit te mettre dans la nature, soit pleurer toute seule chez toi. plutôt que justement d'en arriver à des bébés secoués, parce que tu te retrouves seule face à plus rien qui te tient. Et la culpabilité de penser qu'on n'aime pas son enfant, ça doit être, je crois, le plus compliqué. Donc, amère, et plus en plus, si on sort de ce livre-là, le message, ça serait quoi ? C'est-à-dire qu'on a le droit de... Que tout n'est pas merveilleux et qu'on a le droit de ne pas tout vivre de manière merveilleuse et que ce n'est pas grave, on n'est pas mauvaise pour autant.
- Speaker #0
Oui, qu'on a des failles, qu'il faut l'accepter, qu'on ne sera pas parfaite, que tout ne repose pas sur nous, qu'il y a beaucoup de choses qui reposent sur le monde autour, sur l'école, sur les grands-parents, et qu'il faut lâcher la pression, parce qu'il y a déjà tellement énorme.
- Speaker #1
Et de dire un jour, un jour on a le droit de dire, franchement j'en ai ras-le-bol. Et c'est pas pour ça qu'on peut dire dans la même phrase « Je t'aime et j'en peux plus » .
- Speaker #0
Et je pense même qu'il y a des gens qui n'aiment pas leurs enfants. Je pense que ça existe aussi. Oui,
- Speaker #1
ça existe certainement.
- Speaker #0
Et malheureusement, on peut découvrir au moment où on a un enfant que ce n'est pas du tout fait pour nous et qu'on ne s'y épanouira pas. Moi, j'ai la chance, il y a un happy end à ma BD. Après beaucoup de galères, il y a un happy end. J'arrive à trouver mon équilibre et j'arrive à kiffer. Être maman, quel bonheur ! Mais je remercie le ciel tous les jours depuis que j'ai compris. Parce que j'ai vraiment cru que c'était une arnaque. C'était si dur certaines années. On m'a menti du début à la fin. C'est juste nul.
- Speaker #1
Le service après-midi.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Qu'est-ce que je peux rendre ?
- Speaker #0
Quand j'ai enfin touché la joie. Mais après, je pense que là, j'y fais beaucoup. C'est-à-dire, ma fille, elle a 7 ans. C'est vachement plus facile à 7 ans qu'à 3 ans, vraiment. Et moi, ça m'épanouit plus, les échanges qu'on a à cet âge-là. Et tout, et tout. Mais Dieu soit loué que ça existe, le bonheur d'être un enfant.
- Speaker #1
Alors, tu m'enlèves un peu la fin de la bouche, mais justement, on va bientôt terminer ce podcast. Aujourd'hui, tu te sens alignée avec la femme que tu es la femme, et pas la mère. Tu te sens alignée avec la femme que tu es devenue, peut-être aussi par le chemin de la maternité, mais globalement, si on retrace un peu tout ça de ton école, où tu te sens un peu en déficience de confiance, Avec tout ce qui va se passer, est-ce qu'aujourd'hui tu te sens alignée avec toi-même ?
- Speaker #0
Ouais, je me sens super alignée avec moi-même. Je pense, le fait qu'on soit en garde alternée en ce moment change beaucoup la donne. C'est-à-dire que j'ai la moitié de ma vie qui peut à nouveau être dédiée au travail, à ce qui m'anime au cinéma, à la lecture, etc. La moitié de ma vie qui reste dédiée à ma fille, dans laquelle je trouve un certain épanouissement. Et le travail sur cette BD... qui m'a fait un bien phénoménal. Juste mettre à plat tout ce qui m'est arrivé en rire, le faire alexer, me faire pleurer, me faire dans tous mes états. Et surtout, voir là depuis un mois et demi, deux mois, l'écho que ça a auprès de lectrices, en particulier lectrices, aussi des lecteurs, mais surtout des femmes, et le sens que ça a l'air d'avoir pour elles.
- Speaker #1
C'est énorme.
- Speaker #0
C'est énorme, c'est hyper touchant. Pour le coup, ça m'aligne dans le sens où je sens que ce n'était pas une connerie ce que j'ai fait.
- Speaker #1
Non, ce n'était pas une connerie. Et de mettre ces mots-là, alors oui, avec ton humour et les excès de ce petit personnage qui change de couleur, ça révèle quand même un vrai trouble de la société. Et on n'a pas le droit de montrer ses failles. Et pire. On n'a pas le droit. Quand ça touche à la maternité, on n'a le droit de rien finalement.
- Speaker #0
Oui. Et les femmes sont maltraitées à grande envergure.
- Speaker #1
Pourquoi tu dis ça ?
- Speaker #0
Par les injonctions multiples. Les enfants, ça repose que sur nous. C'est clair que les hommes ne reçoivent pas la moitié de ce qu'on reçoit comme pression extérieure, comme jugement, comme infantilisation, comme chantage affectif.
- Speaker #1
C'est compliqué.
- Speaker #0
C'est terrible, ça me déprime quand je reçois de femmes qui sont dans le dur et qui me disent à quel point ça les perturbe de réaliser que j'ai vécu quelque chose de similaire, qu'elles se croyaient défaillantes elles-mêmes, qu'elles croyaient que le problème c'était elles. En fait, on est nombreuses.
- Speaker #1
Tellement. Et à chacune des périodes de notre vie, mais effectivement, il faut être très ancrée pour ne pas vaciller face à la société. Qu'est-ce que tu dirais ? Si tu te remets un peu, tu reviens un peu comme ça en arrière, si tu regardes dans un miroir, tu dirais quoi ? à Lucrèce qui est en train d'accoucher.
- Speaker #0
Qu'est-ce que je lui dirais ? Je ne sais pas. Je dirais arrête de lire des bouquins ! Fais-toi confiance !
- Speaker #1
Ne le pousse pas ! Ouais, fais-toi confiance, c'est une belle...
- Speaker #0
Mais en même temps, on me l'a dit 20 fois, mais c'est abstrait, fais-toi confiance ! Moi, j'avais envie de répondre, je ne me ferais jamais confiance de la vie parce qu'on ne m'a pas appris comment ça marche un enfant. Je ne peux pas me faire confiance, je vais faire des conneries, je vais l'abîmer. Donc, je ne sais pas, en une fois, c'est trop dur. Je ne saurais pas dire.
- Speaker #1
Et à ta fille ?
- Speaker #0
À ma fille ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Maintenant ?
- Speaker #1
Oui. Qu'est-ce que tu lui dirais à ta fille ?
- Speaker #0
Lâche le perfectionnisme ! Elle est comme moi !
- Speaker #1
C'est vrai ? Oui,
- Speaker #0
c'est terrible !
- Speaker #1
Alors tu lui mets un air sur son livre de cheveux. Il faut qu'elle intègre, absolument.
- Speaker #0
C'est rigolo parce que j'ai fait des petits stickers que j'offre quand je fais des dédicaces de ma BD et il y en a un qui représente une maman en train de jeter son enfant à la poubelle. Et ben c'est le préféré de ma fille, elle a collé sur son lit. Elle a de l'autodérision. C'est elle que je suis en train de mettre à la poubelle.
- Speaker #1
Surtout qu'elle comprendra vraiment le mécanisme. Elle aura délecté.
- Speaker #0
Elle comprend que c'est pour rire, elle comprend que c'est de la caricature, que c'est un excès.
- Speaker #1
Et c'est génial.
- Speaker #0
Et que ça nous arrive d'avoir envie de les jeter à la poubelle et que c'est pas un drame.
- Speaker #1
Ah oui, tellement. Et pourtant, ça en pousse pas la moitié.
- Speaker #0
Qu'on peut en rire.
- Speaker #1
C'est finalement c'est pas ça la plus belle chose que tu lui auras transmis à ta fille ? C'est ça la plus belle conclusion c'est que tu puisses en rire avec elle ?
- Speaker #0
Ben j'espère en tout cas parce que j'ai eu quand même très peur en décidant de publier cet album maintenant qu'elle est grande qu'elle a de la jugeote et tout bon c'est pas c'est pas prévu qu'elle le lise maintenant évidemment mais son papa a eu très peur en lisant il m'a dit t'es en train de graver ce qui fera votre rupture un jour quoi Il m'a dit ça. Donc ça m'a quand même fait flipper. Et plus ça va, plus je me dis que ce que je lui transmets, c'est la libération de la parole. Et qu'en fait, ça n'a pas de prix.
- Speaker #1
Ça n'a pas de prix.
- Speaker #0
D'avoir le droit de dire...
- Speaker #1
Je ne vais pas bien.
- Speaker #0
Ouais, et de parler de soi. Parce que pendant des années, j'ai mis ma fille au centre, au centre, au centre de ma vie. Et là, avec cet album, j'ai parlé que de moi. De moi, de moi. Je me suis autorisée à me faire sujet d'une réflexion. et de traiter ce qui m'était arrivé, moi, sous ce prisme. Et en fait, je trouve que c'est tellement nécessaire. On est tellement conditionnés à se mettre de côté et à penser aux autres en premier, qu'à un moment, parler de soi, c'est vital.
- Speaker #1
C'est vital,
- Speaker #0
oui. J'espère que je lui fais passer ça.
- Speaker #1
Quand elle le lira, elle le comprendra, c'est certain. On termine par la question traditionnelle de parole de femme. Ça va résonner en toi très fort, j'en suis certaine. C'est quoi pour toi être une femme aujourd'hui ?
- Speaker #0
Oh, quelle question. Je serais bien embêtée d'y répondre parce qu'en plus je m'intéresse beaucoup à toutes les minorités de genre, trans, non-binaire, etc. Du coup, je ne sais plus ce que ça veut dire être une femme.
- Speaker #1
C'est ça la réponse ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Ouais. Tu vois, ça me conforte dans la manière que tu as de te positionner. avec beaucoup d'honnêteté et de sincérité sur une réponse pareille. Je ne m'y attendais pas, tu vois. Et en fait, ça va vraiment dans le sens de ne pas dire quelque chose qu'on ne pense pas ou en tout cas s'autoriser à dire le reste.
- Speaker #0
En tout cas, je me vérifie comme de la peste de l'essentialisation de ce que c'est une femme. Parce que justement, toutes ces réflexions nous font exploser les définitions. Ce n'est plus un utérus, une femme. C'est autre chose. Et c'est hyper intéressant. Et c'est très libérateur.
- Speaker #1
On en a bien besoin. Je te remercie. On arrive à la fin de ce podcast. Merci à toi. C'était un bonbon. C'était vraiment chouette.
- Speaker #0
C'est un plaisir d'échanger avec toi.
- Speaker #1
Pareil, partagez. J'invite vraiment toutes les femmes et je pense aussi tous les hommes à feuilleter. Parce qu'il n'y a pas d'injonction d'achat. Mais au moins... de feuilleté et c'est un livre parce que c'est une expérience de vie au-delà d'un livre et c'est une expérience à mon sens très sociologique qui se feuillette et je pense que chaque page a sa propre vérité et effectivement je comprends pourquoi il a un tel écho auprès des femmes c'est extrêmement libérateur et donc je pense que ce podcast va aider parce que de le lire et de t'entendre en parler avec l'émotion que tu mets dans ta voix c'est encore un autre cap merci à toi et à très bientôt dans 3 ans pour le film