- Speaker #0
Bonjour, je suis Stéphanie Baronco et bienvenue dans Parole de Femme. Dans ce podcast, je donne la parole à des femmes au destin peu banal pour qu'elles nous parlent d'elles, de leur parcours, de leurs espoirs et de leurs doutes, de leurs... leur vision de la femme d'aujourd'hui, l'avenir. Puissent ces femmes vous inspirer, nous inspirer et inspirer nos générations futures. Elles se livrent sans tabou, avec le cœur. Je vous laisse avec elles, voici leurs histoires. Place à Parole de Femme, saison 3. On passe notre vie à apprendre à se regarder. à se corriger, à se maquiller, à s'ajuster au regard des autres. Et puis, il y a un moment où ça ne suffit plus, un moment où on a besoin de se rencontrer, vraiment. Aujourd'hui... On ne va pas parler de beauté comme on en parle de partout. Aujourd'hui, on va parler de ce qu'il y a derrière. Melinda, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Je suis ravie de te recevoir à mon micro de Parole de Femme.
- Speaker #1
Merci à toi.
- Speaker #0
C'est longtemps qu'on attendait de se rencontrer.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
C'est chose faite. Je disais, on va parler de beauté. Parce que c'est ton métier, mais la beauté sous toutes ses formes.
- Speaker #1
Sous toutes ses formes.
- Speaker #0
Sous toutes ses formes.
- Speaker #1
C'est un mot tellement joli, la beauté, ça dit tellement de choses.
- Speaker #0
Et pourtant il peut être tellement cruel.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Donc, ça dépend tout du prisme et de ce qu'on met derrière et de comment on la vit cette beauté. Mais pour commencer, est-ce que tu pourrais répondre à ces questions si tu étais un plat de ton enfance, à un moment de la journée où tu te sens le plus aligné, et ton entrat aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors le mantra, parce qu'il me suit et il vient tout de suite, c'est le passé n'existe plus, le futur n'existe pas encore, mais le présent est là, face à moi, et c'est dans ce présent que je dessine mon futur.
- Speaker #0
C'est un joli mantra. Pas toujours facile à appliquer.
- Speaker #1
Mais il permet de, quand les pensées arrivent, quand les émotions prennent le dessus, parce que ça nous arrive à toutes, de le lire, de me le répéter. Je trouve qu'il est d'une justesse et d'une puissance extrême. Donc, il est précieux pour moi.
- Speaker #0
Tu y arrives. Tout le temps ou est-ce que c'est plutôt un objectif que tu tends à atteindre ?
- Speaker #1
Alors non, je n'y arrive pas tout le temps. Je pense que c'est le seul d'Alaï-Lama où il y arrive. Bien sûr, c'est un objectif vers lequel je tends parce que je crois que c'est la clé du bonheur. Parce que... Parce que bien souvent, quand on n'est pas dans cet instant présent, on oublie tout ce qu'on a déjà. Et on va aller regarder ce qu'on n'a pas. Et on va se faire du mal avec ça. Donc, au-delà d'un mantra, c'est vraiment... une clé, un outil, quelque chose qui me ramène. Et je crois que ça se cultive comme on ferait pousser des légumes. Il faut retourner la terre avant, il faut semer la graine. il faut venir la regarder tous les jours, il faut se souvenir qu'on a planté cette graine, il faut aller l'arroser, il faut la regarder pousser.
- Speaker #0
Ce que tu veux dire, c'est que ce n'est pas juste une phrase. Ce que tu veux dire, c'est que le but n'est pas d'y arriver très rapidement. Le but est d'avoir ça comme objectif et ça prend du temps. Et c'est ce cheminement-là qui amène à vibrer vraiment l'instant présent. Ce n'est pas une doctrine en fait. voilà, c'est pas le ciel est bleu je regarde le présent c'est pas ça,
- Speaker #1
il faut le vibrer il faut le vibrer et je dirais même même si ça peut sembler opposé ça se travaille comme un sportif s'entraînerait c'est pour ça que j'ai pris l'exemple d'un légume qu'on va faire pousser, qu'on va devoir arroser tous les jours, mais le sportif pour atteindre un objectif, il va devoir s'entraîner il va devoir avoir une hygiène de vie il va devoir faire attention à ce qu'il mange, etc Merci. Et c'est la même chose en fait.
- Speaker #0
Parce que ce n'est pas inné chez nous.
- Speaker #1
Non, pas du tout.
- Speaker #0
On y reviendra un peu plus tard. Un plat de ton enfance, c'est un moment de la journée où tu te sens alignée.
- Speaker #1
Alors le plat de mon enfance, il y en a plein. Je dirais le couscous de ma mère. Ouais. Oui.
- Speaker #0
C'est quoi le couscous de ta mère ? C'est régressif ? Tu le fais ? Ou c'est elle qui le fait ?
- Speaker #1
Ça, c'est un vrai sujet.
- Speaker #0
Là, on passe aux choses sérieuses. On rentre dans le vide du sujet. Là,
- Speaker #1
on rentre dans un vrai sujet familial quand même. Parce que mon mari adorerait que je le fasse. Et ma mère, je pense que ça serait aussi important pour elle parce que c'est la transmission.
- Speaker #0
La transmission.
- Speaker #1
Alors, j'ai appris à le faire. Je l'ai fait, pour être complètement honnête, une fois, toute seule, mais une seule fois. Et il faudrait que je le fasse, que je m'entraîne. Mais c'était un chouette moment qu'on a partagé toutes les deux. Elle m'a transmis la recette et il faut que je prenne le temps.
- Speaker #0
Oui, tout simplement.
- Speaker #1
Tout simplement.
- Speaker #0
Après, ça reste quand même être super bon quand c'est sa maman qui le fait.
- Speaker #1
C'est tellement bon. En vrai, c'est tellement bon. Et puis, on ne va pas se mentir. quand on n'a pas cuisiné et qu'on se pose et que ça arrive sur la table et que ça sent bon même avant que ça arrive sur la table c'est-à-dire que juste quand on rentre dans la maison on a l'odeur qui est déjà là surtout le couscous il y a une vraie odeur de cumin et d'épices c'est incroyable c'est important les racines c'est important de revenir à
- Speaker #0
sa base sa famille, sa maman c'est ton socle
- Speaker #1
Je... C'est une question difficile. Alors oui bien sûr que les racines sont importantes, mais mes racines sont courtes et petites puisque j'ai fait le choix dans... Alors j'aime pas le terme couper, j'ai vu une fois dans mon cheminement une personne qui m'a accompagnée à qui j'ai dit vous savez les racines c'est comme la gangrène et quand il y en a des mauvaises il faut les couper parce que sinon d'un petit truc on va tout pourrir et on va mourir. Et il m'a regardée et il m'a dit, vous voyez un grand chêne, un beau chêne. Si vous lui coupez ses racines, qu'est-ce qui va se passer ?
- Speaker #0
Il meurt.
- Speaker #1
Voilà. Et cet homme-là m'a fait prendre conscience que je ne pouvais pas me résumer à couper mes racines et à faire comme si elles n'existaient pas. Par contre, je les accepte, elles sont là, elles me maintiennent en vie, mais j'ai fait le choix d'aller faire pousser d'autres racines et d'aller m'ancrer ailleurs.
- Speaker #0
C'est une jolie formule. Quand tu te parles d'un plat, tu m'emmènes sur un sujet autre, et c'est parfait. C'était pour t'amener doucement à parler gourmandise, poids, rapport à la nourriture. C'est des sujets qui ont été importants pour toi dès le départ, dès petite, ou est-ce que finalement ça devient un sujet de préoccupation un peu plus tard ? La nourriture, on sait que la nourriture dans certaines familles, c'est très important, ça prend une place. Si tu ne manges pas, tu ne vas pas bien. Tu n'es pas heureux si tu ne manges pas. Il y a tout un héritage familial autour de la nourriture. Est-ce que tu le sens, ce poids de la nourriture ? Ce poids de la nourriture, c'est une jolie phrase. Très rapidement ou est-ce que finalement ça vient un peu plus tard ?
- Speaker #1
Je le sens rapidement parce que petite, j'étais boulotte. Donc forcément, il y a un rapport au poids, parce qu'on n'est pas comme les copines, parce qu'on est plus forte, parce que les garçons ne nous regardent pas forcément nous. Je parle de ça, j'ai 7-8 ans, mais à 7-8 ans c'est déjà... C'est difficile, c'est violent. Oui, c'est ça, c'est déjà important. Et clairement, moi, la nourriture, c'est un refuge. Alors, pas la belle nourriture, je ne parle pas du couscous de ma mère, je ne parle pas aujourd'hui des plats que je prends plaisir à cuisiner. mais je parle de remplir quelque chose avec du sucre, avec des gâteaux, avec des bonbons. Oui, petite fille, clairement, quand j'étais toute seule, le moment du goûter, le moment de tout ça, c'était un des moments où j'allais chercher quelque chose qui me manquait à travers ça. Et c'est ce qui fait que j'étais plus ronde que mes camarades.
- Speaker #0
Ça a été compliqué à vivre. il a fallu du temps pour... Il a fallu du temps pour déjouer ce mécanisme-là, pour toi, de comprendre que la nourriture était un refus. Tu ne comprenais pas à 8 ans ?
- Speaker #1
Ah non, je ne comprenais pas et je l'ai compris il y a seulement quelques années. Et très tôt, je dirais à 16 ans, 15, 16 ans, déjà j'ai dû maltraiter mon corps pour atteindre des critères qui étaient acceptables pour moi.
- Speaker #0
Pour toi c'est important, on y reviendra, mais la première personne à qui on doit plaire c'est soi-même.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
et c'était pour toi. Alors, sur les diktats... de la société, mais ces diktats, on les accepte et on les fait nôtres, finalement. Et un moment de la journée où tu te sens le plus aligné, est-ce que tu as un moment que tu préfères ?
- Speaker #1
Je dirais que j'en ai plusieurs. Je dirais que j'en ai plusieurs. Le matin, quand je me lève, j'ai la chance, et j'ai beaucoup de gratitude pour ça, d'avoir un très joli magnolia qui donne devant ma cuisine. Donc quand je fais couler mon café, il est là. Et même en hiver, quand il n'est ni en fleurs ni en feuilles, il a une forme tellement... étonnante particulière que même quand il est tout nu je lui dis tu es tout nu mais tu es trop beau et le matin donc je me fais mon café avec un peu de lait de soja et je regarde mon magnolia je lui dis bonjour je papote un peu avec lui oui parce que je suis un peu barré je parle à plein de trucs voilà
- Speaker #0
c'est une safe place ici
- Speaker #1
Et une fois que j'ai un peu discuté avec lui, que je lui ai partagé ma nuit et tout ça, je vais me mettre dans mon canapé et là je retrouve ma petite Lucette, ma petite Jack, que j'aime profondément. Et voilà, et ça clairement, c'est un moment où je me sens très alignée dans ma journée.
- Speaker #0
T'en as besoin pour commencer.
- Speaker #1
C'est un rituel presque.
- Speaker #0
La journée après est speed ?
- Speaker #1
Ah oui. J'adorerais que mes journées soient comme ça toute la journée en fait.
- Speaker #0
Avec Lucette et le magnolia.
- Speaker #1
Avec Lucette, le magnolia, les arbres, les abeilles, du temps.
- Speaker #0
Tu ne penses pas que le temps... Le temps c'est un vrai sujet, le temps. On dit souvent j'ai pas le temps, mais est-ce que la vraie phrase serait si je te dis je ne prends pas le temps ? Ça te parle ou ?
- Speaker #1
Oui, ça me parle énormément, d'autant que je dis beaucoup aux femmes que j'accorde. compagne que les journées, elles font 24 heures pour tous. On a toutes le même temps dans une journée. Par contre, ce qui change, c'est ce qu'on choisit d'en faire et ce qu'on met en priorité dans ces journées-là. est-ce qu'on choisit de dormir 9h, 8h ou est-ce qu'on choisit de dormir 7h et d'enlever une heure et de gagner une heure pour faire quelque chose pour soi est-ce qu'on préfère se poser devant une série Netflix ou est-ce qu'on préfère aller faire quelque chose qui nous fait du bien profondément ou des exercices tout à l'heure je disais que c'était du travail de travailler tout ça de poser cet instant présent qu'est-ce qu'on fait de ce temps est-ce qu'on prend soin de nous Est-ce qu'on va mettre des soins ? Aller faire un massage ?
- Speaker #0
Boire un café entre amis.
- Speaker #1
Boire un café entre amis. C'est vrai que c'est un vrai sujet aussi, les amis. Moi, je me fais engueuler par mes potes depuis un moment parce qu'ils me disent qu'ils m'appellent l'arlésienne.
- Speaker #0
Oui. Ça fait partie des choses, des choix. Et pourtant, les amis, comme c'est important pour se ressourcer,
- Speaker #1
Oui, c'est très important.
- Speaker #0
Oui, très important. Si on revient au début, tu nous as parlé un peu de toi, petite fille. À quel moment tu vas décider d'entamer une carrière dans la beauté ?
- Speaker #1
Tout de suite. Pas dans la beauté. Moi, je voulais toucher les étoiles. Je voulais, en fait, ce que je disais quand j'étais petite, alors déjà avec mon poids, tout ça, le fait d'être un peu exclue, il faut savoir que j'étais une grande réalisatrice. C'est-à-dire que... petite, j'organisais des spectacles, des défilés de mode, des comédies musicales, et des défilés de mode avec les serviettes de la salle de bain. Ma mère, elle devenait folle parce que je sortais toutes les serviettes des placards. Je faisais des chapeaux, des attaches, des robes sur le côté. Et après, je disais, si elle avait des amis à la maison ou s'il y avait des choses, je disais, vous vous asseyez tous et vous me regardez. Voilà et je faisais des défilés, des spectacles, voilà ça c'est un petit peu mon enfance. Donc j'avais déjà cette appétence pour le beau, pour la création et je disais je travaillerais avec les stars. D'accord. Je ne savais pas quoi. Oui, le coiffure, le stylisme, le maquillage, je ne voulais pas être une star mais je voulais travailler avec les stars.
- Speaker #0
C'est fou. Oui. Et tu te donnes les moyens d'y arriver.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Et par le maquillage. Ça commence comme ça.
- Speaker #1
Et ça commence par le maquillage parce que je n'ai jamais bossé à l'école. C'était compliqué. Alors, je pars dans tous les sens, mais c'est important parce que j'ai compris très récemment pourquoi je n'arrivais pas à travailler à l'école. J'ai passé des tests il y a à peu près un an et j'ai appris que j'étais TDAH et HPI. Et là, je vais avoir 48 ans et en même temps, j'ai toujours senti dans ma vie qu'il y avait quelque chose qui ne fonctionnait pas comme les autres. Et déjà, à l'école, c'était le cas. Donc en fait, forcément, à l'époque, moi, quand j'étais petite, tout ça, ça n'existait pas. On se disait juste que j'avais un pète au casque.
- Speaker #0
Tu étais un peu... Turbulente ?
- Speaker #1
Ouais, turbulente, fainéante, de trucs comme ça, de toute façon t'arriveras à rien.
- Speaker #0
C'est un peu plus que turbulente ?
- Speaker #1
Ouais, ça ne s'arrêtait pas à être turbulente, et puis à l'époque les profs et tout c'était... C'était dur quand même. Moi, je me suis pris des éponges dans la tronche. Parce qu'en cours, je dessinais, je rêvais. Dans ma tête, il se passait tellement de choses. Et aujourd'hui, je comprends.
- Speaker #0
Ça fait du bien.
- Speaker #1
Ah, mais c'est une libération. Et de pouvoir dire à mon entourage. à mon mari, à ma fille, à ma mère, à mes amis. Parce que souvent, il y a des moments où je me ferme, où je me mets en retrait, où je n'ai pas envie de faire des choses, où je m'agace parce que ça ne va pas assez vite pour moi. Et je ne comprenais pas ça. Et tout le monde m'en a beaucoup voulu, m'a dit tu n'es pas sociale, tu te mets à l'écart, tu n'es pas sympa. Et moi, je disais toujours, en fait, cette personne ne m'intéresse pas. C'est dur. Quand on parle, si je prends l'exemple en famille, quand c'est quelqu'un de la famille que tout le monde aime, et que c'est quelqu'un qu'on voit une fois de temps en temps les repas de famille, pour moi, c'est une angoisse. C'est une angoisse, parce que quand il y a quelqu'un qui ne m'intéresse pas, je ne sais pas faire semblant de m'intéresser à lui. Et je n'ai jamais su faire ça. Et si on m'oblige, il faut savoir qu'à l'intérieur de mon corps, c'est une souffrance extrême.
- Speaker #0
Et en même temps, tu vas choisir un métier où finalement tu es obligé de te conformer et d'aimer les gens. Enfin, tu ne vas pas, ou alors je me trompe, mais au moins au début, j'imagine que tu dois quand même t'occuper de personnes que tu n'aimes pas forcément, parce que c'est le travail. Comment tu fais pour joindre ces deux beaux aspects-là de ta vie ?
- Speaker #1
C'est intéressant parce que je me rends compte que j'ai toujours été un électron libre. Je n'ai pas beaucoup travaillé avec des gens avec qui je ne voulais pas travailler.
- Speaker #0
D'accord. Tu as été ta propre patronne tout de suite ?
- Speaker #1
Oui, parce que quand on travaille dans cet univers-là, il y a un statut qui s'appelle le statut d'intermittent du spectacle. et en fait on n'est pas vraiment notre propre patron parce qu'on dépend de de production de maisons de disques de prod de cinéma etc qui vont nous faire des des contrats sur un moment donné mais par contre on est libre de dire oui ou de dire non
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc j'ai toujours eu quand même la chance aussi de pouvoir dire oui ou non, parce qu'il faut pouvoir. Mais même dans ma...
- Speaker #0
Quand tu dis il faut pouvoir, va plus loin. Il faut pouvoir aussi financer. Oui, je parle d'argent, bien sûr,
- Speaker #1
je parle d'argent, parce que c'est un métier dans lequel on ne sait jamais à l'avance ce qu'on va gagner le mois suivant. Un artiste peut être tout en haut de l'affiche et puis ne plus rien faire du jour au lendemain. Je pense qu'on le voit tous, ils sont là et puis ils ne sont plus là. Donc quand vous dépendez d'un artiste, vous dépendez aussi de ça. Et à un moment donné, c'est qu'est-ce que je choisis ? Et est-ce que j'ai la chance d'avoir suffisamment de travail, d'artistes qui me demandent pour pouvoir dire non à certaines choses ?
- Speaker #0
Comment tu les rencontres ces artistes ? Comment tu vas te créer un nom ? Parce que, bon moi j'ai dit... Melinda, mais ton premier métier avant aujourd'hui d'accompagner les femmes, parce que ça fait partie aussi de ton évolution à toi, tu as choisi de t'écouter, mais ton premier métier ça va être donc de maquiller les artistes. Sans parler de stars, mais de maquiller les artistes. Comment, toi, petite Melinda, tu fais ta place là ?
- Speaker #1
Je me souviens à l'époque j'avais demandé à ma mère de m'imprimer c'était le Minitel et on avait, je sais pas si tu te souviens, on avait des listings enfin comme tu avais le beau teint tu pouvais taper production télé par exemple et tu avais tout, Paris... avait toutes les productions et elle au bureau je vais demander de m'imprimer des listings donc j'avais des listings de production télé de production de cinéma de machin de truc et je me souviens que je savais même pas comment à qui il fallait s'adresser d'abord qui embauche une maquilleuse ? Qui est en charge dans une production de télé de faire appel à une maquilleuse pour la mettre sur l'émission ? Je ne savais pas. Donc, je passais des appels. Je passais des appels. Évidemment, je tombais sur le secrétariat. Et je disais, oui, bonjour, je suis maquilleuse. Je voudrais parler à la personne qui s'occupe de mettre les maquilles. Truc débile. Je suis toute jeune. J'ai 17 ans. Et elle me dit, un jour, il y en a une qui me lâche. Oui, vous voulez parler au directeur de produit. Et là, j'avais mon petit stylo, j'ai dit ok, donc c'est le directeur de production. Et donc après, à force de me prendre des râteaux, j'ai pris en confiance et donc j'appelle très sûrement et je dis oui bonjour, j'aimerais parler au directeur de production s'il vous plaît. C'est pour qui ? Melinda Noël. Et un jour, j'ai parlé à un directeur de production. Je ne sais pas si je peux dire son nom. Oui, je peux dire son nom parce que c'est quand même quelqu'un qui a un peu changé ma vie. Dominique Edouin, qui était le directeur de production de De Chavannes à l'époque, de Coyote Productions. Et Dominique, à chaque fois, il me disait, rappelez-moi, là, il n'y a rien. Rappelez-moi, rappelez-moi, rappelez-moi. et je disais mais moi je vais vous montrer mon book je vais vous montrer mes photos et puis un jour il a pété les plombs il n'en pouvait plus et il m'a dit bon écoutez moi je suis pas capable de juger vos photos vos maquillages vos trucs c'est pas mon métier appelez telle maquilleuse là allez lui montrer votre bouche book et puis si elle me dit que c'est bien, je verrai ce que je peux faire. Et donc, je suis partie avec mon book, je suis arrivée au théâtre de l'Empire. C'est incroyable de se dire ça, mais oui, c'est un truc de fou. Mais en fait, ma vie est folle en fait, quand je repense à tout ça, c'est incroyable. Et j'arrive avec mon bouc au théâtre de l'Empire et je vais voir cette fille, Coco, on l'appelait, Corinne, parce que je l'avais appelée avant et tout, et elle me dit, bon alors, Dominique, elle me dit, et elle me dit, bon je ne sais pas pourquoi Dominique t'as donné mon numéro parce que ça fait des années que je ne m'occupe plus de Chavannes. Je me suis dit, oh mon dieu, mais t'inquiète pas, montre-moi ton bouc, je l'appellerai si c'est bien un amour. Et du coup, je lui ai montré, mais c'est génial et tout ça. Donc j'avais déjà la chance dans mon bouc, je ne sais pas, c'est pour ça que je parle toujours d'étoiles, parce que je pense que j'ai une étoile au-dessus de ma tête. tête j'avais déjà dans mon book julien courbet on parle de ça il ya 25 ans ça c'est des gens que tu connaissais avant pas du tout c'est que j'avais contacté un photographe qui démarrait et qui m'avait dit, écoute, moi, si tu veux, je te mets sur des shootings. Par contre, je n'ai pas de budget.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Voilà. Et moi, je me suis dit, OK, mais c'est qui sur tes shootings ? Il me dit, là, j'ai Sophie Talman, là, j'ai Julien Courbet, là, j'ai... Je me dis, quand même, il y a des noms sympas, je vais y aller. Donc, je ne me faisais pas payer. Et ça m'a permis de récupérer des belles photos, de me faire mon book et d'avoir des personnalités connues dans mon book, en fait. Donc, bon, j'ai quand même eu la chance de rencontrer ce photographe et de... Mais c'est véridique, c'est-à-dire que tout, c'est... Je dis que j'ai eu de la chance, et en même temps, je n'aime pas dire que j'ai de la chance. J'ai été, et là, souvent, ça fait grincer des dents, parce que c'est un mot qui est galvaudé, j'ai été opportuniste.
- Speaker #0
Oui, c'est... opportuniste et opiniâtre ? Est-ce qu'opiniâtre, ça pourrait te convenir ? Oui,
- Speaker #1
complètement.
- Speaker #0
Tu n'as pas baissé les bras ?
- Speaker #1
Jamais. Jamais. J'ai saisi tout ce qui se présentait. Et puis, j'étais dans une attention extrême de tout ce qui se passait autour de moi. Et voilà. Et donc, je rencontre cette Corinne qui rappelle ce fameux Dominique Edouin et qui lui dit, elle est géniale, cette gamine, vas-y, fonce. Et voilà. Et je me retrouve, la première personne, mon premier contrat en télé, c'était Ciel Montmardi, quand ça a repris. Et je me suis retrouvée là à 18 ans, tremblante, avec deux chavannes juste à côté de moi. Et je regardais sa maquilleuse qui était en train de lui faire le raccord. C'était une émission en direct, Ciel Montmardi. Et là, il y a le générique qui parte. Ça faisait... je le sens encore dans mes cellules et je regardais sa maquilleuse et j'ai dit ok, moi je vais faire ça.
- Speaker #0
Moi, je vais m'occuper des invités là. Moi, je vais m'occuper des... Des stars. Voilà, et ça a commencé comme ça. Et puis, cette fameuse Corinne m'a dit, écoute, je suis en charge des plannings de la nouvelle émission de Marco Olivier Fogiel. Est-ce que tu veux que je te mette dessus ? Marco, à l'époque, il a reçu tout le pape parisien. Donc, j'ai commencé à maquiller des artistes puisque je m'occupais des invités. Puis, il y a des artistes qui m'ont dit, ah, mais j'adore ce que tu fais. Est-ce que tu peux me donner ton numéro ? Et voilà. Et puis, de fil en aiguille, on s'occupe de choses comme ça. Et vraiment, ce qui a été... le grand, grand coup d'accélérateur, c'est que Marco coproduisait avec Ndemol à l'époque du Loft et tout ça. Ça ne nous rajeunit pas du tout. Oui, non,
- Speaker #1
ça ne nous rajeunit pas du tout.
- Speaker #0
Il coproduisait une émission l'été. Et en fait, comme c'était des coproductions, tu devais faire l'émission du matin et l'émission du soir. Et tu étais payée le même prix. Sauf que l'émission du soir, tu sais ce que c'était ? C'était la Starac. Et ouais, c'était la quotidienne de la Starac. Puisqu'à l'époque, Nikos, il prenait l'antenne sur la quotidienne de la vie. Et donc, c'est comme ça que j'ai rencontré Nikos, que j'ai fait les trois premières années de l'Astarac. Et là, j'ai rencontré des artistes de l'Astarac. Et ces artistes sont devenus des célébrités comme Emma Domas, Olivia Ruiz. Et c'est des artistes qui m'ont embarquée avec elles pour que je m'occupe d'elles. Pendant leur tournée ? Pendant leur tournée, leurs promos, les tournages de clips, les shootings, partout en fait. À l'époque, les maisons de disques avaient quand même des gros moyens. Et quand on était attitré un artiste, on le suivait partout. Il ne bougeait pas sans son staff en fait. Voilà, et ça a commencé comme ça. Et... Les maisons de disques, ça m'a permis de maquiller les Black Eyed Peas, Katy Perry, les cat Dolls, The Palmas. J'ai commencé là vraiment à accélérer, à prendre en puissance, à me faire un nom. Donc voilà, ça s'est fait. J'aime bien dire que tout est parfait. Quoi qu'il arrive, même si parfois on a des moments... difficile et j'en ai eu parce que là quand je raconte on se dit oh putain j'ai de la chance mais tout est parfait pourquoi on parle pas du moment difficile alors ? on peut en parler parce que tu m'as parlé de maquillage et tout ça et que moi ça me met en joie tout de suite ça fait monter mon énergie et que c'est pas du tout associé à d'accord c'est pas ça le moment difficile j'ai cru que c'était lié justement non c'est pas ça c'est pas ça après évidemment comme partout et comme dans tous les milieux professionnels Merci. Tu peux t'attacher à un artiste et puis l'artiste décide qu'il a envie de travailler avec quelqu'un d'autre et puis ça fait mal comme une rupture parce qu'on est proche. Oui, parce qu'on est proche. Tu le touches, tu l'accompagnes, tu voyages avec lui, tu vas à l'hôtel avec lui, tu dînes avec lui, tu déjeunes avec lui. Quand tu t'occupes pendant plusieurs années d'un artiste et que tu le suis partout.
- Speaker #1
C'est bien au-delà du maquillage ce que tu fais. Tu prends vraiment soin dans la totalité. Est-ce que tu as la sensation même que ça devient presque de la confidence ?
- Speaker #0
Oui, oui. Je ne sais pas si c'est le cas pour toutes les maquilleuses, mais en tous les cas, j'ai eu cette chance de créer un lien de confiance avec les artistes dont je me suis occupée. Un lien intime, profond. Un lien où on n'a pas besoin de parler. Le regard, il est très important parce que quand tu maquilles quelqu'un, t'es tellement proche de lui. T'as juste à avancer un petit peu, tu peux lui faire un bisou sur le nez, un bisou sur la bouche, un bisou sur le front. D'ailleurs, il y a une artiste dont je m'occupe en ce moment, Élodie Gossin. Je passe mon temps, des fois je la maquille, puis on se regarde, puis hop, je lui fais un bisou sur le front. Parce qu'il se passe des choses dans le regard. Et puis,
- Speaker #1
tu es là pour... Pour les rendre beaux aussi, ça passe ou alors pour les sublimer ou pour montrer leur véritable beauté à l'intérieur, mais en tout cas, c'est ça aussi le rôle que tu as auprès d'eux ?
- Speaker #0
Alors, j'ai compris quelque chose avec les études que j'ai reprises et le métier que je fais maintenant, en plus de mon métier de maquilleuse qui est d'être coach professionnel. J'ai compris qu'on a un terme en maquillage qui dit qu'on fait monter la couleur. Pour ne pas faire des grosses taches, des yeux, des trucs, tu mets du blush un petit peu, et puis si ce n'est pas assez, tu remets un petit peu, etc. Et tu fais monter la couleur, c'est un terme de maquillage. Et en fait, je me suis rendue compte qu'avec les artistes, je faisais monter la couleur, et en même temps que je faisais monter la couleur, je faisais monter la confiance. Parce que quand ils arrivent dans la loge, bien souvent... C'est des êtres humains comme toi et moi, ils n'ont pas forcément confiance en eux. Les femmes, même si c'est des très belles femmes, elles ne se trouvent pas belles. Je sais que ça peut paraître pour certaines complètement lunaire, mais je le vis. Et je sais que quand elles manquent de confiance en elles ou qu'elles ne se trouvent pas belles, je sais que ce n'est pas du cinéma et que c'est leur filtre, leur prisme, et que vraiment elles ont ce complexe. C'est intéressant d'ailleurs, parce que quand on se dit que les plus belles femmes du monde ne se trouvent pas belles, ça nous ramène à comment est-ce qu'on se regarde, qu'est-ce qu'on se dit de nous. Et je trouve ça assez puissant, cette histoire de filtre en fait. Et si tu arrives à changer ce regard... En fait, il y a autre chose qui se déclenche. La beauté, elle n'est pas physique, tu vois. Je ne sais pas comment expliquer.
- Speaker #1
La beauté peut être physique, mais elle part de l'intérieur pour faire rayonner le physique.
- Speaker #0
Oui, mais quand je dis qu'elle n'est pas physique, je m'explique. Quand je dis que j'ai maquillé les plus belles femmes du monde, j'ai maquillé les plus belles femmes. Eva Longoria, Adriana Carambeau, enfin, j'ai maquillé des très belles femmes. J'ai vu des très belles femmes arriver et quand elles sont arrivées, je dis « Ah, ok, en fait c'est ça » . Et presque être déçue parce que quand on te dit que tu vas maquiller une telle, tu t'attends à avoir arrivé…
- Speaker #1
Une lumière.
- Speaker #0
Une lumière. Et en fait, tu dis « Ah, ok » . Et dans le même temps, j'ai maquillé d'autres femmes qui peut-être n'avaient pas la taille parfaite, avaient un nez plus important, un visage moins harmonieux et tout ça. Et quand elles sont arrivées dans la loge, j'ai fait… Un peu comme si j'avais été projetée contre le mur. C'est comme s'il y avait une énergie qui était venue. Et là, tu dis… Et tu vois, c'est ce fameux… Et ça, je vais... je le partage beaucoup aux femmes que j'accompagne sur la confiance et sur ces sujets là combien de fois ça nous est arrivé de voir arriver quelqu'un dans une pièce qui n'est pas spécialement beau et de dire wow, elle a un truc il a un truc ce qu'on appelle avoir du chien c'est quoi ce truc c'est la lumière intérieure en fait moi j'aime bien dire que on n'est pas juste notre corps tu vois Toutes les deux, je te vois, je vois ton corps, ton genou, tes formes. Et on n'est pas juste ça. Et on peut prendre toute la pièce dans laquelle on est là, si on veut. Et c'est ça le truc. C'est que ces gens-là, quand ils arrivent quelque part, ils prennent toute la pièce. Si tu es à une table, tu sens. Tu ne t'es même pas retournée, tu l'as sentie rentrer, cette personne-là.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Et ce que j'essaie de transmettre, de partager, d'apprendre aux femmes, c'est de déployer ça.
- Speaker #1
C'est une lourde tâche, mais une belle tâche. Est-ce que justement, je reviens à toi, le fait d'avoir côtoyé ces femmes et ces hommes, de les avoir aidées à se sentir mieux parce que... Ton arme à toi, pour qu'ils reprennent de l'énergie et de la confiance, c'était de les rendre beaux à leurs yeux à eux. Est-ce que ça t'aide à ce moment-là à prendre confiance aussi en toi et à te réapproprier ton corps ? Est-ce que tu te sens plus en paix à ce moment-là ?
- Speaker #0
Complètement. Complètement, parce que je vais te faire rire. Je ne dirai pas le nom parce que ce n'est pas sympa, mais il y avait une chanteuse que je trouvais tellement belle, tellement jolie et tout ça. On parle de ça, là j'ai 19-20 ans, je suis encore une jeune fille, mais je suis une jeune fille qui, même si je faisais du 36, qui se trouve...
- Speaker #1
Ah oui, donc là t'avais vachement maigri.
- Speaker #0
J'avais maigri.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
La période boulotte, ouais, c'est vraiment 6 ans, 14 ans. D'accord. Et comme je te disais, il y a une période après, j'ai commencé à maltraiter mon corps, à m'affamer, à moins manger, donc forcément. J'ai perdu du poids. Mais c'est ça aussi qui est intéressant. C'est que j'avais perdu du poids. Et quand je revois les photos, c'est un super exercice. Regarder les photos de nous quand on était plus jeunes. Et regarder ces photos et se souvenir de ce qu'on se disait à cette période-là, à nous-mêmes. Et donc, je revois ces photos et je me dis, en fait, j'étais hyper mince. Et pourtant, je me faisais tellement de mal. Donc, je reviens à cet artiste-là. Et oui, j'ai commencé à me lâcher la grappe parce que je me suis dit, en fait, moi, si on me maquille, si on me coiffe, si on m'éclaire, si on me met les filtres qu'ils ont, et en fait, moi aussi, je suis...
- Speaker #1
C'est là où en fait ça te permet de reprendre vraiment confiance en réalité. Mais complètement.
- Speaker #0
En fait je me suis rendu compte que si j'avais accès à tout ce dont ils ont accès,
- Speaker #1
finalement si tu avais une toi avec toi. Ça t'a fait du bien, ce moment-là ? Est-ce que tu as la sensation, je le reformule différemment, parce que forcément ça te fait du bien quand on se sent bien dans son corps, tu as l'impression que c'est là le tournant, c'est là que tu vas prendre conscience de ta vraie valeur et que tu vas pouvoir encore t'upgrader et en tout cas vivre de manière plus intense, t'aimer.
- Speaker #0
Je dirais que c'est le moment où j'ai commencé à me lâcher la grappe d'un point de vue physique.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Mais je ne peux pas dire que je m'aimais encore. Non.
- Speaker #1
Là, on a toujours tes 19-20 ans, quand tu prends conscience de ça.
- Speaker #0
Oui, ça c'est vraiment un des clics. En fait, je suis jolie. En fait, moi aussi, je suis jolie. Moi aussi, si on me met devant l'appareil photo et qu'on passe trois heures sur moi, je ne suis pas moins jolie que toutes ces femmes-là.
- Speaker #1
C'est déjà une première réparation par rapport à tout ce que tu as vécu avant, 7, 8 ans, 9, 10 ans, 12 ans, où on te fait ressentir que tu n'es pas dans le moule. Finalement, c'est déjà une première réconciliation avec toi-même à ce moment-là.
- Speaker #0
Oui, parce que c'est la première fois que j'ai commencé à me trouver jolie. Je ne m'étais jamais dit que j'étais jolie avant.
- Speaker #1
On ne te l'avait jamais dit non plus ?
- Speaker #0
Si, on me le disait, mais c'était les garçons qui me le disaient, donc ça n'avait pas trop de valeur.
- Speaker #1
Oui, c'est la première acceptation, c'est avec soi-même.
- Speaker #0
C'est avec soi-même et puis on ne va pas se mentir, les mecs à ces âges-là... Ouais, ils attendent des choses, ils veulent des choses, donc ils flattent un petit peu nos égos pour obtenir ce qu'ils veulent. Donc je ne prêtais pas d'attention à ce que... Enfin, je me disais toujours, c'est parce qu'il veut autre chose. Du coup, pour moi, ça n'avait pas de valeur, les compliments des mecs.
- Speaker #1
On avance un peu. C'est quoi après ? Comment tu vas t'aimer complètement ? Puisque tu dis à 20 ans j'ai commencé à me trouver à peu près jolie de l'extérieur. Comment tu avances ton cheminement ? Il est où ton cheminement ? cheminement ?
- Speaker #0
J'aimerais apporter une précision avant, c'est que pour moi, se trouver jolie, ça ne veut pas dire s'aimer. C'est tout autre chose. Et le cheminement, ça a été…
- Speaker #1
Attends, c'est quoi alors la différence entre se trouver jolie et s'aimer ?
- Speaker #0
S'aimer, c'est… aimer qui on est profondément, aimer la trace qu'on laisse dans le monde, aimer ce qu'on apporte aux autres, aimer ce qu'on dit, aimer ce qu'on vibre, aimer ce qu'on fait. Je dirais que c'est être aligné entre ce qu'on ressent, ce qu'on transmet aux autres, l'image qu'on montre. Je dirais que c'est un alignement.
- Speaker #1
Mais pourtant, tu aimais ce que tu faisais quand tu maquillais les gens, les stars ? Je n'aime pas trop dire les stars, mais ces personnes ont été connues. Pourtant, tu avais touché ton rêve. C'était ce que tu avais souhaité faire. Alors, il était où encore ce décalage ?
- Speaker #0
En fait, je pense que c'est intéressant ce que tu me demandes parce que je pense qu'à l'époque, j'avais l'impression que je l'avais.
- Speaker #1
D'accord, c'est avec le recul d'aujourd'hui.
- Speaker #0
C'est ça. Et en fait, aujourd'hui, j'ai tellement d'autres dimensions que je me dis, en fait... Tu n'y étais pas, en fait. Et peut-être que dans dix ans, je me dirais qu'aujourd'hui, je n'y suis pas.
- Speaker #1
C'est justement ça l'évolution, c'est ça qui est joli dans la vie.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Ouais. C'est de ne pas se restreindre à une facette, c'est d'explorer.
- Speaker #0
D'explorer et de rêver. Je crois que... Si on n'a pas de projet, si on n'a pas de rêve, si on n'a pas d'objectif, on s'éteint. On a notre feu intérieur, notre lumière, notre motivation qui s'éteint. Alors que si on a toujours... l'impression qu'on va... Moi, j'ai toujours des rêves de gamine. Je suis complètement... J'ai encore plein de rêves, plein d'objectifs, et je crois que ça, ça t'allume. Ça te fait vibrer, ça te fait te lever, ça te donne la banane, ça te donne de l'énergie, c'est un moteur.
- Speaker #1
Est-ce que quand tu envisageais, ou est-ce que quand tu envisages encore tes projets, on en a un peu parlé toutes les deux à travers les réseaux, est-ce que l'échec est envisageable ?
- Speaker #0
Non, ce n'est pas une option.
- Speaker #1
Jamais ? Ça n'a jamais été ?
- Speaker #0
Ça n'a jamais été. Ça n'a jamais été...
- Speaker #1
Mais tu en as vécu ?
- Speaker #0
Des échecs, bien sûr.
- Speaker #1
Comment tu les as vécu alors ? Puisque ce n'est pas une option. Tu arrives à te relever ?
- Speaker #0
Oui. Je pense qu'avec la vie que j'ai eue, l'enfance, les épreuves, l'échec, ça n'a jamais été une option. Parce que si j'avais accepté cette option-là, je pense que je ne serais pas celle que je suis aujourd'hui. Et la résilience, c'est vraiment... Bien sûr, il y a des moments où j'ai eu des passages à vide, mais ça ne reste jamais très longtemps. Là encore, très récemment, j'ai... Une personne avec qui j'avais de grands projets, qui m'a dit, en fait, alors que ça faisait déjà deux ans qu'on travaillait sur ces projets-là, qui m'a dit, en fait, moi, j'arrête. En fait, je n'ai plus envie. Du coup, ça remettait plein de choses en question. Toute ma vision, toute ma projection, deux ans qu'on travaille sur un truc, qu'on est en train de construire, qu'on développe, etc. Ça m'a fait mal pendant un mois et demi. Un mois, un mois et demi. Et puis à un moment donné, je parle aux arbres et puis je me parle à moi aussi. Je me suis dit, ok, mais Linda, là, tu fais quoi ? Tu as deux chemins, en fait. Et puis, je me suis dit, et puis qui a apporté le projet ? Qu'est-ce que tu as apporté dans ce projet que tu construis avec elle ? Quel a été ton rôle à toi ? Quelle pierre tu as posée dans ces trucs-là ? Et en fait, j'ai pris conscience que j'avais eu des idées, que ces idées, elles avaient vu le jour, que c'était mes idées, pas les siennes. Et en fait, je me suis dit, mais tu n'as pas besoin d'elles. Pourquoi tu es en train de... En fait, c'est un non-sujet. Et hop, je suis repartie, j'ai reconstruit, on change de nom, on change de couleur, on change de... Et on y va.
- Speaker #1
J'en viens, c'est pour ça que je trouve intéressant ce que tu dis, c'est qu'il ne faut pas avoir peur de l'échec.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Il faut avoir peur de ne pas se confronter à la vie.
- Speaker #0
Ah, là tu me plais. Je dis quelque chose qui fait souvent me grincer des dents, c'est que nous sommes responsables de ce qui nous arrive dans nos vies. Et quand je dis ça, il y a des femmes qui me regardent. Je sens que des fois c'est confrontant. Parce que parfois on a été attouché sexuellement quand on était enfant, on a été violé, on a eu un père alcoolique, on a eu des choses terribles. J'ai eu certaines de ces choses terribles. Et il n'empêche qu'aujourd'hui en tant qu'adulte, je dis que je suis responsable de ce qui se passe dans ma vie. On peut choisir de rester victime. de se nourrir de ces mauvaises choses, de tourner en rond dans ces mauvaises choses, de ne pas chercher de porte de sortie. Ou alors, on peut choisir de se nourrir d'autres choses. Ce n'est pas facile. Je ne suis pas en train de dire que c'est facile. Attention. Je ne suis pas non plus en train de dire qu'il n'y a pas de victimes et de vraies victimes. Je sais de quoi je parle. C'est peut-être pour ça que j'en parle.
- Speaker #1
Avec légitimité ?
- Speaker #0
Oui. En fait, ça me touche. Parce que je sais que c'est possible. Je sais qu'on peut sortir de ce truc de victime. Et quand je vois des femmes bloquées là-dedans, qui ont peur de l'échec, qui se disent qu'elles n'y arriveront pas parce qu'elles n'ont pas eu de chance dans leur vie, parce qu'elles ont vécu ça, ça et ça. Mais j'ai envie d'aller les chercher et de leur sortir la tête de l'eau et de leur dire, regarde comme la vie est belle.
- Speaker #1
Elle vient de là, cette... il vient de là ce tournant en fait, dans ton activité. De passer à juste, qui n'est pas restrictif, de passer de la mise en beauté physique d'un visage, ou peut-être de maquillage sur le corps parfois pour certaines photos. À se dire qu'on a une utilité encore plus puissante d'aller justement chercher ces femmes-là et de les sortir de cette victimisation. C'est pour ça qu'à un moment donné, tu décides de reprendre tes études et d'aller travailler très très fort, malgré enfin on est tous d'accord pour dire qu'à 45 ans d'aller reprendre des études et de Mener de front sa carrière, les enfants, la maison, les magnolias, les chiens, les Ausha, les oiseaux... Non mais c'est vrai, on sait que c'est pas évident, ça fait du monde ! Elle vient de là l'inspiration, ça pour moi je trouvais ça très intéressant quand j'ai regardé un peu ton parcours, c'était de comprendre pourquoi finalement tu n'es pas restée dans l'excellence de ton art, du make-up. artiste et qui est super chouette de rendre beau les gens c'est beau c'est canon et justement je voulais c'était ça qui m'intéressait c'était comprendre pourquoi toi à un moment donné tu dis ça me suffit plus et
- Speaker #0
bien je vais t'expliquer c'est que j'étais plus à ma place pourquoi c'est C'est presque... Inexplicable, c'est de l'ordre du ressenti intérieur. Mais il y avait des moments où j'étais sur des plateaux, dans une pièce, avec des gens connus, en train de rire, en train de parler. C'était un peu comme si je sortais de mon corps. Et que j'étais en haut de la pièce et je regardais ce qui se passait. En fait, moi, ça ne me faisait pas rire. Ça ne m'intéressait plus, parce que c'est des gens que j'ai profondément aimés et avec qui j'étais très heureuse de travailler. Et en fait, ça ne faisait plus sens. Ce n'était plus suffisant pour moi. Ce n'était plus assez. Et c'est là que je me suis dit que j'allais créer la loge beauté. Ça a commencé avec ce média beauté. Et c'est comme ça que j'ai créé en me disant tu vas partager avec les femmes tes conseils, tes astuces. Je me rendais compte que dès que j'étais à un dîner ou un truc, les nanas avaient un milliard de questions pour moi. « Tu vois là, j'ai la paupière qui tombe, tu vois là, ma lèvre elle est un peu fine, alors comment je peux faire ? » Du coup, je me suis dit « Ok, tu as plein de questions, partage avec les femmes tous tes conseils, toutes tes astuces et c'est parti de là. » En créant la Loge Beauté, le média, j'ai été contactée par RFM à l'époque, où j'ai eu une chronique qui s'appelait « L'instant beauté » . Et cette chronique m'a donné un peu de lumière. Et donc, il y a des femmes qui se sont abonnées à mon compte Instagram. Et en fait, c'est rigolo parce que ces femmes, elles ont commencé à m'écrire en privé des choses. qui m'ont bouleversée. Et il est là le point de... Le tournant. Exactement. Parce qu'au début, je répondais un peu comme une bonne pote. Le message qui m'a le plus bouleversée, c'était « Melinda, comment tu fais pour être aussi solaire ? » Alors, je précise quand même, pour toutes celles qui nous écoutent, que les réseaux sociaux ne sont pas le reflet de la vie. C'est important de le retenir. Et c'est tellement important. et même si on inspire et même des jours où on a la tête dans le cul et on est en vrac et on n'est pas joli et on est de mauvaise humeur et on s'est embrouillé avec son mec et c'est le bordel à la maison et ça c'est hyper important de
- Speaker #1
le recadrer parce que c'est absolument pas le reflet de la vraie vie on peut faire dire ce qu'on veut à une image dans un sens comme dans l'autre et on en est conscient de toutes les deux on est sur les médias et on sait très bien qu'une image On peut tout montrer des vies de rêve et que ce soit l'enfer à côté. C'est hyper important.
- Speaker #0
Exactement. Je reçois ce message d'une femme qui avait, je crois, 50 ans et qui me dit comment tu fais pour ton âge, t'accepter de danser dans la rue, te moquer du regard des autres. Et elle me dit moi j'ai 50 ans et le fait de suivre ton compte ça fait me rendre compte que je ne sais pas qui je suis. Je ne sais pas ce que j'aime. Je ne sais pas de quoi j'ai envie. Je ne sais pas ce qui me fait sourire. Et en fait, mes enfants viennent de quitter la maison parce qu'ils sont partis faire leurs études. Mon mari... Il a toujours beaucoup travaillé, donc ça n'a pas changé, mais du coup, comme il n'y a plus les enfants à la maison, je me retrouve seule. Et en fait, je me retrouve seule face à moi, sans me connaître. Et ce message, il m'a bouleversée, parce que j'ai trouvé ça tellement triste. Tu vois que les femmes, le jour où elles deviennent mères, elles oublient d'être femmes. C'est comme si c'était l'un ou l'autre.
- Speaker #1
Et toi, tu ne l'as jamais ressenti, ça ?
- Speaker #0
Non. Ah non. Alors ça aussi, ça a fait débat. Toi,
- Speaker #1
tu es devenue maman à quel âge ?
- Speaker #0
Je suis devenue maman à 25 ans. Et pour moi, ça n'a jamais été ma carrière ou ma fille. C'était ma fille et ma carrière.
- Speaker #1
Dans l'ordre ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ou alors c'était... Jouin, tu as raison de ce que tu dis. Tu dis ma fille... et ma carrière. Alors, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c'était les deux ensemble sans concession ou c'était d'abord ma fille en un puis ma carrière ? Je n'ai pas compris ce que tu voulais dire.
- Speaker #0
Si je suis complètement honnête, je pense que c'était les deux ensemble sans concession.
- Speaker #1
Et c'est très bien.
- Speaker #0
Je n'ai jamais refusé un... Un job, un contrat, un artiste, quelque chose que j'avais envie de faire parce qu'il y avait ma fille.
- Speaker #1
Elle l'a compris ça ta fille, tu en as parlé. Elle a quel âge ta fille ?
- Speaker #0
Elle a 23 ans.
- Speaker #1
Ah oui, c'est une grande fille. Est-ce qu'à un moment donné tu t'es dit... Est-ce que tu as eu peur qu'elle t'enveuille, peut-être de tes absences ? Parce qu'il y a dû en avoir forcément. Parce que forcément, un jour ou l'autre, ça tombe pendant l'anniversaire.
- Speaker #0
Ah ben c'est sûr.
- Speaker #1
Parce qu'on ne peut pas dire à quelqu'un qui part en tournée, alors par contre, pas cette date.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
c'est ça. Ça ne m'arrange pas.
- Speaker #0
Vous faites les NRJ Music Awards ? Non, pas aujourd'hui. Pas aujourd'hui.
- Speaker #1
Demain. Pardon, mais ça c'est mon genre. Donc, est-ce que, blague à part, est-ce que ta fille, est-ce que tu as eu d'abord peur que ta fille t'enveuille, mais tu l'as quand même fait parce qu'il y avait un truc en toi ? Et est-ce que tu en as parlé avec elle ? Est-ce qu'elle en a souffert ? C'est quoi ce rapport avec ta fille par rapport à tout ça ?
- Speaker #0
Alors, est-ce que, parce qu'il y a plusieurs questions, est-ce que
- Speaker #1
Est-ce que quand tu fais ton choix de dire, ok, je pars en tournée, et puis, ben écoute, on va s'appeler, parce qu'à l'époque, il n'y avait quand même pas autant de visio, tout ça, donc même de télé, enfin, les moyens de communication étaient différents. Voilà. Est-ce que ton cœur de maman, est-ce que tu as peur qu'à ce moment-là, que ta fille t'enveuille ? Tu vas le vivre comment, tout ça ?
- Speaker #0
Honnêtement, sur le moment, non. Je ne me pose pas de questions. Père naturel, pour moi, en fait, je ne sais pas comment expliquer. Je sais que je peux choquer certaines mamans, et ça a été le cas d'ailleurs. Mais ça ne veut pas dire que je n'aime pas ma fille et que je n'aimais pas ma fille. Mais pour moi, il n'y a jamais... Je parle au moment. La culpabilité, le choix, la peur, il n'y avait pas tout ça. Pour moi, c'était très naturel, très évident en fait. Pourquoi est-ce que ma fille est plus importante que moi ? Pourquoi est-ce qu'à un moment, le jour où on devient mère, notre enfant devient plus important que nous-mêmes ? Nous sommes la personne la plus importante de notre vie. La seule personne qui est là de notre premier souffle de bébé jusqu'à notre dernier souffle avant de mourir, c'est nous. et le reste, tout peut se passer on peut se fâcher avec ses enfants, avec ses parents malheureusement il peut y avoir des décès la seule constante c'est nous et moi ça a été très, je ne sais pas comment expliquer je me suis beaucoup questionnée à ce sujet mais pour moi ça a été naturel c'est la société qui fait que finalement le monde de l'étude questionne aussi
- Speaker #1
Parce que c'est le regard que te renvoie la société de mère.
- Speaker #0
J'ai été énormément jugée, mais y compris par ma propre mère. Parce que c'était inconcevable.
- Speaker #1
De laisser son enfant.
- Speaker #0
Et ça va plus loin que ça. Moi, je n'avais pas de souci à aller me promener en ville, m'acheter une robe et à ne pas acheter quelque chose pour ma fille. Et une autre fois, j'allais acheter un truc pour ma fille et pas pour moi. C'est quoi ce truc de, comme ma maman, elle achète quelque chose, tiens ma chérie, je t'achète aussi quelque chose. Non, pour moi, ça a été... fluide après avec les années, quand on commence à avoir 40 ans et tout et surtout quand je regarde des photos d'elle quand elle est tout bébé et tout ça j'avoue que j'ai un pincement au coeur et que je me dis que je ne peux plus remonter le temps, comme je disais tout à l'heure, mon mantra, le passé n'existe plus. Et que, j'aimerais bien retrouver mon petit bébé et le prendre dans mes bras et lui faire des papouilles sur le ventre. Et voilà, je pense que j'ai perdu plein de papouilles et je ne les rattraperai pas. En revanche... Ma fille, elle fait des études de marketing et tout ça, elle est dans une grande école et ils ont des travaux à faire, tu sais, ils doivent rendre, elle fait du marketing digital donc ils doivent écrire des scénarios, faire des unes de magazine et tout ça. Et ils travaillent en groupe. Et il y a quelques mois, elle a eu un travail de groupe et ils avaient une couverture de magazine à faire et elle a dit au groupe, venez, on prend ma mère comme sujet. Et en fait, ils ont fait la couverture et c'est trop bien, on va montrer. Et elle m'a dit, maman, tu sais quoi ? Tu m'inspires. Elle m'a dit, en fait, je me rends compte que même quand je suis avec mes potes, que je parle de toi et tout, moi, je suis trop fière d'avoir une mère comme toi. Et ça m'a fait du bien quelque part parce que oui je ne lui ai pas fait des gâteaux au chocolat, je n'ai pas organisé ses anniversaires, je n'ai jamais été cette maman gâteau qui fait une nuit blanche parce que la petite n'allait pas bien, j'ai toujours été... toujours bien cloisonné les choses et il y avait les temps avec elle, les temps pour moi, les temps... Mais aujourd'hui, ça m'a fait du bien, ça, parce que c'est un peu comme si elle venait valider ce que j'ai envie de transmettre aux femmes aujourd'hui. qu'on peut être autre chose qu'une mère et moi je suis hyper fière parce que je sais que j'espère que ma fille aura des enfants que je puisse leur faire des papouilles que je puisse me rattraper leur faire plein de papouilles mais en tous les cas je sais que le jour où elle deviendra mère ça ne sera pas une mère sacrifice et ça c'est important et moi je suis heureuse que ma fille pense à elle ma fille pense à elle, elle n'a même plus le temps de me voir elle fait sa vie elle est mais tant mieux tant mieux, tant mieux,
- Speaker #1
tant mieux occupe-toi de toi avant toute chose c'est vraiment ça la transmission aujourd'hui ce que vraiment tu veux transmettre c'est on peut être Tellement de choses, si d'abord, et c'est pas de l'égoïsme, mais c'est d'abord soyons bien avec nous-mêmes pour pouvoir être bien avec les autres. Et on peut aimer soi et les autres en même temps, et c'est pas incompatible.
- Speaker #0
C'est tout le contraire. Parce que regarde, c'est intéressant. Quand j'emmenais ma fille à l'école, je regardais les mamans autour de moi. Il n'y a pas de jugement dans ce que je vais dire. Mais pardon, mais moi je préfère être fun, délire avec ma fille, faire des choses avec elle, des activités qu'elle me voit rire, épanouie, que d'être avec elle H24 et d'avoir des valoches comme ça, d'être éteinte, d'être en dépression. de m'embrouiller avec mon mari tous les jours, c'est quoi là ce qu'on laisse à nos enfants, on les construit comment ? Et vraiment ce qu'elle m'a dit ce jour-là, le maman tu m'inspires, c'était comme une libération de toute la culpabilité que j'avais en fait de me dire ok, t'as pas été une maman comme les autres, mais tu lui as laissé autre chose. Et du coup c'est intéressant parce que la graine que ça peut semer dans la tête des mamans c'est qu'est-ce qui est mieux ? de s'oublier et de transmettre à nos enfants une image d'une maman fatiguée, pas épanouie, éteinte, dans la souffrance, très juste, ou une maman moins présente, mais... qui déconnent, avec qui on passe de bons moments, avec qui on partage des choses. La qualité des moments, la qualité du temps qu'on passe.
- Speaker #1
Au final, en fait, ce que tu es en train de dire, c'est d'essayer de casser les dictates de la société, clairement. Soit parce qu'on va vivre une maternité un peu différente ou parce qu'on n'aura pas envie d'avoir d'enfants. Parce qu'il faut aussi penser à toutes ces femmes qui sont jugées parce qu'elles n'ont pas pas envie ou qu'elles ne peuvent pas mais qui doivent se justifier de ne pas pouvoir et de ne pas pas vouloir. Et on en revient aussi à l'apparence physique. Aujourd'hui, toutes ces langues qui se délisent sur les corps différents, c'est ça en fait, c'est sortir des dictates de la société, mais surtout... S'accepter soi-même, c'est-à-dire qu'est-ce qu'on n'est pas notre propre dictate ?
- Speaker #0
Ah ben c'est sûr, on est notre premier bourreau de toute façon, parce que c'est pas de notre faute, mais on s'est construit. C'est très intéressant en neurosciences de voir la construction du nouveau-né, du bébé. Et j'ai plein de liens qui se font maintenant avec ma fille, la façon dont elle a été éduquée et d'autres enfants, etc. Mais l'enfant, il se construit dès la naissance avec ce qu'il va recevoir, ce qu'il va observer, ce qu'il va entendre. Et ce bébé devient l'adulte qu'on est aujourd'hui. Et ce bébé, il se construit avec les croyances des parents, les limites des parents, les injonctions de la société. Et ça peut faire effectivement des femmes qui sont très dures avec elles-mêmes parce qu'elles y croient profondément qu'il faut être comme ça, faire comme ça, que si on ne fait pas ça, ça fait de nous quelqu'un d'égoïste, que si on ne fait pas ça, on est une mauvaise mère, que si on ne fait pas ça, on est une mauvaise épouse, parce qu'on n'en a pas parlé de ça. Mais pardon, parlons-en. C'est quoi ce délire ?
- Speaker #1
Il faut refaire un deuxième podcast.
- Speaker #0
Non mais c'est vrai.
- Speaker #1
Oui, mais c'est sûr. Bien sûr, on est dans des carcans. On est dans des carcans. Est-ce qu'aujourd'hui, justement, ce n'est pas de dire qu'on a la capacité, homme ou femme, qu'on a la capacité de sortir de ça et qu'on a même le devoir de sortir de ça et que ce n'est pas mal d'être différent ? En tout cas,
- Speaker #0
c'est pas mal d'être soi,
- Speaker #1
de s'écouter.
- Speaker #0
De réussir à savoir, ok, de qui, tu sais, si je te dis là, Stéphanie, de quoi tu as besoin d'arriver à me répondre ?
- Speaker #1
Je pense que je pourrais te répondre. Tu pourrais me répondre, tu sais quoi,
- Speaker #0
il y a tellement de femmes qui ne savent pas répondre. Tu leur poses cette question, on dirait que tu leur as demandé un problème de mathématiques.
- Speaker #1
Parce qu'en fait, je crois qu'en fait, ce qu'il faudrait peut-être dire aux femmes, c'est qu'elles ont le droit d'avoir des besoins et des envies. Et qu'il faut... c'est pas grave, au contraire. d'avoir un besoin, c'est chouette, ça veut dire qu'on a plein de choses à faire. Mais on n'a peut-être pas laissé suffisamment de place à ces femmes-là.
- Speaker #0
Maintenant, elles se sont construites avec tout ça.
- Speaker #1
Pour les autres. Pour les autres. Pour les autres.
- Speaker #0
Pour son enfant, pour son mari, pour son travail, pour ses parents parce qu'il y a... il y a ça aussi, quand on prend de l'âge, on a les parents qui vieillissent. C'est que des injonctions, en fait.
- Speaker #1
Est-ce que tu t'aimes aujourd'hui ?
- Speaker #0
Alors, je sais que ça fait grincer des dents, mais oui, je me kiffe, en fait.
- Speaker #1
Non, au-delà de ça, est-ce que tu t'aimes aujourd'hui ?
- Speaker #0
Oui, je le dis en rigolant, en disant je me kiffe, parce que je trouve ça plus léger, mais oui, je m'aime.
- Speaker #1
Non, la question n'était pas légère. Par rapport à ce que tu disais au début du podcast, à 19 ans, tu te trouvais jolie, mais tu ne t'aimais pas forcément. Est-ce qu'aujourd'hui, à ton âge, maintenant, avec ton chemin parcouru, Tu t'aimes.
- Speaker #0
Oui. Je m'aime. Je m'aime parce que je me sens utile. Parce que j'ai réussi à mettre du sens dans ce que je fais. Et j'aime la femme que je suis devenue. Et parfois, je parle à la petite fille que j'étais et qui n'a pas eu une vie de petite fille facile. Je lui dis, t'as vu ?
- Speaker #1
J'ai réussi. On a réussi.
- Speaker #0
On a réussi. Et t'as réussi à devenir celle que t'admirais quand t'étais toute petite. Donc ouais, je m'aime, ouais.
- Speaker #1
Tu es fière de ton parcours ?
- Speaker #0
Très. Mais tu vois, tu me souris là, et je sais à quel point il y a des personnes, alors pas tout le monde et heureusement, mais quand ils entendent quelqu'un parler comme ça de soi, c'est perçu comme de la... l'arrogance, elle se vante, elle a un égo surdimensionné. Je trouve ça dommage, en fait, que l'amour de soi soit relié à un égo surdimensionné, à une éprécieuse.
- Speaker #1
D'autant que ce n'est pas du tout ce que tu es en train de dire.
- Speaker #0
Et pourtant, tu sais, je te parle de vécu, et puis du regard des autres en face, etc. C'est souvent... C'est encore souvent, je ne veux pas faire de généralisation, mais c'est encore souvent perçu comme un gros mot presque, de dire que tu t'aimes et que tu es fière de toi.
- Speaker #1
On a du boulot encore. On a beaucoup d'épisodes paroles de femmes et beaucoup d'accompagnements à faire. Tu m'as enlevé la dernière question, c'est vrai que je voulais que tu parles à cette... petite fille de 6-7 ans un peu boulotte qui se réfugiait dans la nourriture à ta fille tu lui dirais quoi aujourd'hui ? si elle t'écoute là, elle va écouter le podcast tu lui dis quoi à ta fille aujourd'hui ?
- Speaker #0
je lui dis que je suis fière d'elle Que je suis fière d'elle parce qu'elle pense à elle, parce que je sais qu'elle s'aime. Alors peut-être que comme moi, elle s'aime comme moi, je m'aimais à 20 ans, elle se trouve jolie en tous les cas. Elle n'a aucun souci de faire passer les autres avant elle ou quoi. Et puis je lui dirais, ma chérie, pense à toi, fais les choses pour toi. Ne laisse personne te détourner de tes besoins et bosse parce qu'on se traîne des trucs de nos grand-mères et de nos ancêtres et de tout ça. Donc ta maman, elle a bossé, mais toi continue de bosser pour qu'on continue de faire grandir tout ça et de libérer ce féminin, c'est trop important.
- Speaker #1
C'est une belle... C'est un beau chemin de vie que tu offres à ta fille avec ces mots-là, je trouve. J'espère. Bien sûr. La dernière question, parce qu'on va être obligés de s'arrêter. Déjà. Déjà, je sais. Pour toi, c'est quoi être une femme aujourd'hui ?
- Speaker #0
Wow, tu as gardé la plus difficile pour la fin.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Je crois qu'être une femme aujourd'hui, c'est... Je vais répéter la même chose et en même temps ça montre que je suis alignée avec ce que je dis. C'est ne plus... Comment je peux dire ? Ne plus faire les choses pour être aimé. Ne plus faire les choses pour aller chercher la reconnaissance de l'homme, de ses parents. Mais apprendre à faire les choses pour soi. Et de là... je pense que la femme sera encore plus puissante, encore plus aimante, encore plus généreuse, encore plus belle. Donc, oui, c'est... Aujourd'hui, la femme, être une femme, c'est... être soi, pleinement. Pleinement soi. Et pas pour les autres.
- Speaker #1
Pour soi-même.
- Speaker #0
Pour soi-même, oui.
- Speaker #1
J'ai terminé avec une dernière question. Comment tu vas aujourd'hui ?
- Speaker #0
Là aujourd'hui, maintenant, tout de suite, je suis fatiguée parce que je sors de trois jours très intenses parce que j'ai encore repris mes études et j'apprends les neurosciences pour venir toujours accompagner les femmes. Donc là, tout de suite fatiguée, et en même temps, je pense que tu vois mon sourire. Je voulais te remercier de me permettre de transmettre tout ça, de partager tout ça. Et je suis bien, je suis bien parce que tu m'as permis de remémorer plein de choses, de regarder un petit peu dans le rétroviseur et de me dire... C'est chouette.
- Speaker #1
C'est chouette. On termine comme ça ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Merci beaucoup Melinda.
- Speaker #0
Merci à toi Stéphanie.