- Speaker #0
Bonjour, je suis Stéphanie Barranco, et bienvenue dans Parole de Femme. Dans ce podcast, je donne la parole à des femmes au destin peu banal, pour qu'elles nous parlent d'elles, de leur parcours, de leurs espoirs et de leurs doutes, de leur vision de la femme d'aujourd'hui, l'avenir. Puissent ces femmes vous inspirer, nous inspirer, et inspirer nos générations futures. Elles se livrent sans tabou, avec le cœur. Je vous laisse avec elles, voici leurs histoires, place à Parole de Femme, saison 3.
- Speaker #1
Aujourd'hui dans Parole de Femme,
- Speaker #0
on va parler d'un sujet universel et profondément intime, le corps. Pas le corps idéal, pas le corps parfait que l'on voit sur les réseaux, mais le corps que l'on habite depuis l'enfance. Les regards, les remarques, les comparaisons. Les régimes, son propre regard vis-à-vis de soi, avant même de se comparer au regard de la société, tout cela construit peu à peu une relation que l'on entretient avec soi-même. Virginie Grossat a choisi de nous montrer un corps réel, le sien. Derrière l'acceptation, il y a souvent un chemin, parfois douloureux, peut-être, et c'est ce chemin que nous allons explorer aujourd'hui ensemble. Bonjour Virginie.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Merci d'avoir répondu présente pour ce podcast Parole de Femme.
- Speaker #1
Merci de me recevoir.
- Speaker #0
Ça a été un long chemin pour se rencontrer et voilà, ça en valait la peine. On commence Parole de Femme par trois questions rituelles pour apprendre à mieux te connaître. Si tu étais un lieu, un lieu dans lequel tu te sens vraiment... Libre et en phase avec toi-même, lequel serais-tu ? Quel est ton moment préféré de la journée ? Et enfin, si tu étais un plat, lequel serais-tu ?
- Speaker #1
Ok, alors un lieu, je pense que ce serait une salle à manger, un peu particulier. Moi, j'aime les réunions, j'aime qu'on soit autour d'une table, pas forcément que pour manger, mais pour se rencontrer, pour discuter. Quand je rencontre des gens, je n'aime pas forcément les rencontrer dans des lieux bruyants, mais pour que chacun nous parle de ses expériences de vie, de son parcours, etc. Je suis très curieuse des nouvelles rencontres. Donc j'aime bien ça et un moment de partage pour le lieu.
- Speaker #0
Donc un lieu avec une grande table, avec des grandes tablées d'avant. Oui,
- Speaker #1
c'est ça, que ce soit familial ou amical. Ça a toujours été ça, même plus jeune. Je n'étais pas forcément en boîte de nuit, mais je disais plutôt... plutôt le genre de venir chez moi et qu'on se retrouve.
- Speaker #0
Est-ce que ce n'est pas un peu une safe place aussi ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. C'est un terrain, on va dire, qui est intime quand on fait venir les gens chez soi et qui nous appartient. C'est nous qui commandons, on va dire.
- Speaker #0
Oui, on est en sécurité.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Un moment préféré ? Le moment préféré de la journée ?
- Speaker #1
Le moment préféré de la journée, moi, c'est quand je sors de la douche. J'enfile un grand peignoir et dans ma chambre j'ai une coiffeuse avec plein de maquillage, de parfum, etc. J'ai un petit support pour mon téléphone. Donc soit j'écoute les notes vocales que mes amis m'ont envoyées dans la soirée, soit j'écoute un podcast, soit je regarde des vidéos TikTok et je me prépare. Et c'est vraiment mon moment préféré de la journée où je passe d'une apparence, on va dire, négligée. À la queen que je peux être la journée, c'est là où je mets un peu mon armure, mon bouclier pour la journée, entourée de tous ces artifices. Moi, j'aime beaucoup ça. Et après, évidemment, je m'habille et tout. Mais c'est mon moment. Ça dure une heure quand même. C'est du boulot.
- Speaker #0
C'est du boulot d'être une queen.
- Speaker #1
C'est ça. Mais c'est une heure où je ne me presse pas. Je fais exprès de m'accorder ce temps. tous les matins pour me préparer. Donc, je me maquille quasiment tous les jours.
- Speaker #0
C'est ce que c'était ma question.
- Speaker #1
Tout le temps,
- Speaker #0
tout le temps, même le dimanche. Oui, oui, oui. Ça a toujours été cet attrait pour le maquillage ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui, ça a toujours été. Moi, ma maman, elle travaillait dans les boutiques des aéroports. Donc, elle nous ramenait beaucoup de produits de make-up et des très beaux produits, des très, très, très, très belles marques. Et elle avait des codes à respecter. respecter par rapport à son travail, d'être vraiment tirée à quatre épingles. Donc pour moi, c'était un peu ma normalité, en fait, ce type d'esthétique, et c'est resté.
- Speaker #0
Pourquoi une armure, le maquillage ?
- Speaker #1
Parce que moi... Je trouve que quand j'ai mon make-up, mes vêtements, mes talons, mes longs ongles, mon eyeliner, des grosses boucles d'oreilles, je ne sais pas, ça me donne plus confiance en moi. Je sais qu'en étant une personne grosse, forcément on va s'attaquer tout de suite au physique chez quelqu'un. Mais je ne veux pas rentrer dans les codes habituels de la représentation de la femme grosse, comme une femme négligée, sédentaire. En dépression et au régime, au contraire, l'image que je veux renvoyer, c'est l'image d'une personne qui a confiance en elle. Et aujourd'hui, être visible dans l'espace public et dans les médias, en tant que personne grosse, c'est un combat. C'est un peu mon armure de tous les jours. Et rien ne peut m'atteindre quand je suis une flic.
- Speaker #0
Très bien. Et un plat. Un plat. Pour une influenceuse food, c'est compliqué.
- Speaker #1
C'est vrai, ça va être difficile de choisir parce que j'aime énormément de choses. Mais encore une fois, c'est cette notion de partage. Moi, j'aime bien ces gros plats qu'on met sur la table, dans cette fameuse salle à manger. Donc, le premier qui me vient en tête, c'est les lasagnes. Vraiment, c'est un truc que j'adore. Et souvent, quand ma famille vient chez moi, c'est un peu la facilité. Je fais ça et... Tout le monde est content, tout le monde est bien nourri, c'est rapide à servir. Et ça revient aussi à mes racines italiennes, donc c'est parfait.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
D'accord, ça ne vient pas de nulle part. C'est important, vous cuisinez, parce qu'on vous voit sur les réseaux, aller déguster, parce que tester, moi je ne suis pas trop fan du goût, mais aller déguster dans plein de restaurants différents. Pour autant, vous pourriez ne pas aimer cuisiner, mais vous aimez aussi cuisiner. Moi,
- Speaker #1
j'aime beaucoup cuisiner. À la base, ma passion pour la gastronomie, ça vient de la cuisine. Je suis issue d'une famille de restaurateurs. Il y a encore des personnes de ma famille qui ont des activités dans ce secteur-là. Et moi, j'ai toujours été le lieu de rassemblement. Et pour moi, c'était impossible qu'on commande quoi que ce soit. C'est moi qui cuisine, pas le choix. Et c'est comme ça, c'est mes règles. Et j'adore rassembler, donc j'adore cuisiner. Je cuisine, quand je ne fais pas de vidéo au resto, je cuisine chez moi.
- Speaker #0
D'accord. Voilà. Et pour faire votre métier, ça aurait pu être ou pas ? Alors,
- Speaker #1
justement, pas du tout. Quand je vois comment c'est complexe, combien ça coûte, je ne me vois pas du tout faire ça. Et en plus, ça ne se combine pas forcément avec mon esthétique. Je ne suis pas faite pour porter des crocs, une charlotte sur la tête et avoir les ongles courts. Donc je ne me vois pas du tout faire ça. Mais quand c'est dans le contexte privé, c'est avec plaisir.
- Speaker #0
Très bien. On va revenir un peu au début, puisque tout commence par toi, petite fille. Quelle petite fille tu étais, Virginie ?
- Speaker #1
J'étais une petite fille très sage, qui écoutait bien, très bonne à l'école, pas de vagues, jamais eu de grosses punitions ou de trucs comme ça. Vraiment une fille sage.
- Speaker #0
Et avec les autres ?
- Speaker #1
J'étais plutôt populaire, j'avais des amis, c'était pas un problème. Sociable, généreuse, bien entourée.
- Speaker #0
Une jolie enfance. Voilà,
- Speaker #1
nickel.
- Speaker #0
Pendant cette enfance-là, on est sur, on va dire, de 7 à 12, est-ce que ton corps, c'était pour toi déjà un sujet ?
- Speaker #1
Alors moi, mon corps a toujours été un sujet. Je n'ai pas de souvenirs où mon corps ne l'était pas.
- Speaker #0
Même petite ?
- Speaker #1
Même petite. Alors déjà, ma famille, c'est gros ça. Donc rapidement, à l'école, il y a eu beaucoup de... De jeu de mots avec mon nom de famille. Je suis dans une famille où on est tous très grands et gros. Donc je suis toujours sortie du moule, tout le temps. J'avais toujours cet attrait pour une féminité exacerbée. Donc c'était particulier aussi en tant que jeune fille. Et rapidement à l'école, on est plus vite sexualisé quand... En CP, on fait déjà presque 1m60 ou ce genre de... Enfin, j'exagère peut-être.
- Speaker #0
On a de la poitrine. Mais voilà,
- Speaker #1
je pense que... Je me rappelle quand je suis rentrée à 12 ans, on rentre au collège, je pense que je faisais déjà plus d'1m70. Je pense que je faisais déjà une taille peut-être bien 44 ou 46. Donc j'avais plus un corps de femme que certaines filles de ma classe qui ne me ressemblaient pas du tout. Mais pour moi, je n'étais pas le problème parce que mon cercle proche, mon cercle familial, ils avaient tous le même corps que moi. Donc je voyais plus les autres en disant « ils ont l'air malades, ils ne mangent pas bien chez eux, ils ont l'air fragiles, etc. » Donc pour moi, ce n'était pas moi qui étais différente, c'était plus les autres qui avaient un souci. Et après, à l'école, tu as quand même des micro-agressions, mais qui n'avaient pas forcément d'impact sur moi. Mais au sport, ah bah non, Virginie, elle porte les gens. Ah bah non, quand il y a une photo de classe, tu te mets derrière. Je me rappelle qu'on avait une salle de sieste quand on était petits. Et bien, il y avait des petits tipis. Et bien moi, je n'avais pas l'air d'arriver dans le tipi. Parce que j'étais trop grande. Tous ces trucs en fait, qui sont des micro-agressions, mais qui me permettent aussi de me dire, je vais être encore plus forte que ça.
- Speaker #0
Alors attends, parce que là tu dis quelque chose d'important. Parce que j'aimerais qu'on ait là aujourd'hui pour vraiment se parler en toute sincérité, de manière la plus pure possible. j'arrive pas à comprendre comment tu peux à la fois dire dans la phrase que tu subis donc ces microagressions mais qu'en même temps ça a pas d'impact sur toi est ce que tu penses pas vraiment quand même que malgré tout de manière inconsciente c'est assez pernicieux et ça vient quand même touché un peu à l'estime de soi et que toi peut-être que tu es construite en front mais
- Speaker #1
Moi je ne l'ai pas mal vécu et comme je te dis je le voyais plus en mode en fait moi vu que je suis grande et costaud je suis plus forte que les autres tu vois ce que je veux dire ? Donc je ne le voyais pas du tout comme une victimisation ou une agression c'est plus en grandissant que je me suis dit ah ouais mais en fait ça c'est pas cool Tu l'as recompris après J'ai compris plus tard mais sur le coup pas du tout je ne l'ai pas du tout mal vécu et au contraire je me rappelle que je jouais de ça Quand j'étais petite, j'ai voulu m'inscrire au judo. Je ne voulais pas faire de la danse ou ce genre de trucs. Tout ce truc de puissance. En mode, moi je suis puissante par mon corps, mais aussi par cette féminité que je travaillais beaucoup. En disant, moi je suis invincible. Vraiment, c'était ça.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses que cette invincibilité, ça vient aussi de... de ton papa, de ta maman, puisque tu dis qu'en fait c'est ta famille complète et du coup, est-ce que tu en parlais de ça avec tes parents à l'époque ? Pas du tout. Ou finalement c'était ta normalité à toi ?
- Speaker #1
En fait c'était un non-sujet, j'ai jamais eu besoin de parler parce que pour moi, ils vivaient les mêmes choses que moi, donc c'était notre normalité. Et j'ai eu la chance d'être née dans une famille de gros. parce que je reçois beaucoup de témoignages aujourd'hui d'abonnés qui n'ont pas le même parcours que moi et qui, elles, subissaient des agressions à l'école et après, quand on leur rentrait dans leur cadre privé, le subissaient aussi parce qu'ils ne rentraient pas dans le moule de leur famille et ne ressemblaient pas à leurs semblables, on va dire. Et moi, ce n'est pas du tout mon cas.
- Speaker #0
Donc du coup, finalement, on comprend. Tu as une enfance préadolescence plutôt safe, en réalité, ce qui permet de... C'est comme ça que tu vas te construire. Je pense que c'est une force que tu as aujourd'hui, parce qu'après il y a un moment où... Est-ce qu'il y a un moment... Quand est-ce que ça bascule alors ? Est-ce qu'il y a un moment donné, peut-être dans tes années fac, où est-ce que là, pour le coup, tu prends conscience que peut-être que ton corps est un peu différent des autres, mais finalement que c'est peut-être moins toléré ? par la société ou est-ce que c'est beaucoup plus tard que ça va t'apparaître ?
- Speaker #1
Alors, ça s'est fait progressivement. C'est un peu particulier si tu passes par plusieurs phases, l'enfance, l'adolescence, après le cadre adulte. Mon corps, c'était tout le temps un sujet, mais on ne l'abordait pas forcément avec quelque chose de négatif tout de suite. Et comme je te dis, moi j'avais aussi mon armure. Ma féminité, mon sens du style. Quand j'étais au lycée, j'étais très très extravagante. J'ai adoré cette période où vraiment j'adorais jouer avec la mode, etc. Avec des looks vraiment très très poussés. Et au final, c'était oui elle est grosse, mais elle est aussi tout ce qu'il y a autour. Voilà, et comme je te dis, j'étais pas la plus populaire. Je faisais partie des gens où ça allait bien. Oui, c'était là, mais ça a toujours été là. Ça ne me choquait pas plus que ça. Et même, au final, quand je regarde l'enfance et l'adolescence, je crois qu'on a tous un poids à porter. Lui, il est myope, lui, il est roux, lui, il a une jambe de travers. J'ai très vite vu que tout le monde avait des complexes, même les filles classées en mode les plus... plus canon du lycée, tout le monde avait complexe. Donc voilà.
- Speaker #0
C'est aussi pour ça qu'aujourd'hui, tu en parles. C'est de vivre avec... Finalement, c'est de vivre avec ce qu'on est.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Pour autant, donc là, on passe la phase d'adolescence, d'accord, où effectivement, je ne m'attendais pas à ce que tu me dises ça et je trouve ça génial. Peut-être effectivement, ça vient beaucoup... ton cadre familial, on est bien d'accord. Il y a un moment donné quand même où... Est-ce qu'il y a un moment donné dans ton parcours, on passe à l'âge adulte, qui va faire que Virginie Grossat devient celle qu'elle est aujourd'hui et qui est une des phares de lance d'une cause vraiment à apporter parce qu'on ne devient pas... aussi populaire sur un sujet comme le corps sans tout de même passer par...
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Pourquoi alors ?
- Speaker #1
Alors ça s'est fait, alors moi vraiment, après je voyais que j'avais pas la même approche des gens par rapport à mon corps. J'ai 38 ans, donc je parle d'une époque où j'ai vécu un peu le boom des blogs, Instagram, etc. Où je passais d'une période où il n'y avait pas de réseaux sociaux à il y a des réseaux sociaux. J'ai vécu ça, j'ai vécu les années Facebook et compagnie. Moi j'ai toujours été passionnée de nouvelles technologies, etc. J'étais très présente tout de suite sur tous les outils qu'on pouvait utiliser à l'époque. Et beaucoup dans la rue, on m'arrêtait, des femmes disaient « Mais vous avez trouvé ça où ? Vous vous habillez où ? Je vous ai vu ! » marcher ou manger avec vos amis sans s'excuser d'être là et il y a vraiment des femmes qui m'arrêtaient en disant waouh ça m'a fait un truc et je ils sont chelous vraiment je forçais rien j'étais jeune adolescente adulte enfin voilà c'était pas C'est pas quelque chose que je forçais, etc. Je travaillais beaucoup à l'époque, t'as tes études, t'as ton job étudiant, t'as tes stages, donc j'avais quand même très peu de temps pour moi. Et il y a eu le boom des blogs, etc. Et j'ai commencé à suivre sur les réseaux sociaux d'autres personnes qui me ressemblaient. Parce que c'est vrai qu'autour de moi, certes j'avais mon cadre familial, mais voilà, c'est des vieux. mais j'avais pas de copines grosses qui aimaient la mode comme moi enfin ou qui s'apprêtaient j'ai pas d'amis gros parce que les gros je suis désolée mais c'était tous des victimes des gens qui se cachaient invisible qui subissaient donc en fait j'avais pas envie d'être amie avec eux et en fait pour moi je me sentais pas grosse à part mon corps à portée Moi, je ne me sens pas grosse et encore aujourd'hui dans ce que je fais. Et là, sur les réseaux sociaux, j'ai découvert qu'il y avait des filles comme moi. C'est sûr qu'elles n'habitaient pas dans la campagne de Lyon. Elles étaient à Paris, aux États-Unis, à Londres et tout. Et donc, j'ai commencé à me joindre à tout ça, à voir leur look. Moi, je connaissais déjà quand même pas mal de sites pour m'habiller parce qu'évidemment, je ne pouvais pas du tout m'habiller dans le commerce en France. Et avec elle, j'ai flambé ma carte bleue sur des sites incroyables. J'ai commencé à réseauter avec elle. En même temps, j'ai obtenu mon stage de fin d'études. J'ai été embauchée. Et on avait un photographe dans notre boîte. Et je lui ai dit, est-ce que ça te dit de temps en temps de me prendre en photo pour faire comme les Américaines que je vois ?
- Speaker #0
Et ça part de là.
- Speaker #1
Et ça part de là. Et je rajoute un truc que j'ai oublié, j'ai fait des études dans la mode. Et ça, c'est aussi un autre truc, c'est que...
- Speaker #0
C'est important.
- Speaker #1
C'est très important, j'en oublie un truc, c'est ultra important. J'ai fait des études supérieures dans la mode, et dans ma classe, il n'y avait personne qui me ressemblait. Et il n'y avait aussi personne qui s'intéressait au marché de la grande taille, et au marché, par exemple, moi je parlais de Kiyabi ou La Redou. alors que mes camarades parlaient de Hermès et Chanel et je voyais très bien qu'il y avait un gap entre nous qui était énorme. Pour moi la mode c'est pas que les podiums, c'est s'habiller tous les jours, c'est quelque chose de très populaire. Tout le monde s'habille, du plus petit salaire au plus grand et au final c'est ce qui a plu aussi à mes professeurs à l'époque, c'est d'avoir un projet qui était à contre-courant de ce qu'on voyait dans les écoles de mode.
- Speaker #0
Après, quand on parle de s'habiller, il y a s'habiller, c'est un peu comme manger et manger. Oui,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'on peut manger pour se nourrir, pour ne pas mourir.
- Speaker #1
On peut s'habiller pour se vêtir.
- Speaker #0
Sauf que vous, vous comprenez que aussi le vêtement va devenir votre identité.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Est-ce que le vêtement, ça va être aussi, vous parliez tout à l'heure du maquillage qui était une armure. Mais est-ce que le vêtement devient aussi une de vos armes ?
- Speaker #1
Ah mais complètement. Complètement, complètement.
- Speaker #0
Mais pour montrer, pardon, une arme, pas pour combattre spécialement, mais juste pour montrer aux gens, voilà, en fait, je suis moi et je ne m'excuse pas. Je n'ai rien à... Je ne m'habille pas pour prouver. Je m'habille pour être heureuse avec moi.
- Speaker #1
Aujourd'hui, le vêtement pour les personnes de grande taille, c'est autant un outil pour se fondre dans la société, mais aussi pour se montrer en tant qu'individu. Et moi, je n'avais pas choisi. le chemin de se fondre. J'avais choisi le chemin d'exprimer qui j'étais, ma personnalité, via le vêtement. C'était mon mémoire de fin d'études. D'ailleurs, la mode grande taille et les tendances. Je parlais qu'aujourd'hui, on a des tendances phares qui percent, qui sont dans l'air du temps. Et que nous, les personnes grosses, on ne peut pas les exploiter parce qu'on n'a pas de vêtements à notre disposition. Mais que les personnes dites standards peuvent être à la mode. Et donc, moi, mon mémoire portait sur la mode grande taille et les tendances, et comment s'approprier ces tendances en étant grande taille et sans avoir les outils dans le commerce pour le faire.
- Speaker #0
Alors, avec Dessy, on referait un monde. Pour autant, est-ce que vous pensez que si vous n'aviez pas eu ce corps, vous auriez eu autant d'appétence pour la mode et pour le fait d'avoir un look très affirmé ?
- Speaker #1
Je pense sincèrement que non. Pour moi, mon corps, aujourd'hui, Ça a été mon plus gros moteur dans la vie. Alors que pour certains, avoir mon corps, ça peut être le pire truc qui puisse leur arriver. Moi, ça a été la meilleure chose qui puisse m'arriver. Déjà, quand on a mon corps, on se souvient de moi. C'est tout con, mais je m'appelle Virginie Grossat, je suis grosse. Quand je rentre dans la pièce, je sens fort le parfum Yves Saint Laurent. J'ai un eyeliner qui touche mes sourcils, j'ai une robe moulante, un cul énorme. Tu m'oublieras pas, c'est sûr. Donc déjà, on se souvient de moi. Je suis dans un milieu profondément grossophobe, dans la mode. Moi je voyais très bien, moi je mangeais les fameuses lasagnes le midi. Toutes mes collègues de classe buvaient des trucs, des smoothies épinards, ou ne mangeaient pas. C'était un truc particulier. Et si j'étais pas ça, même par exemple si j'avais fait comme tous les gens de ma classe, Chef de produit dans telle ou telle boîte, ça n'intéressait pas les profs. Moi, quand je suis arrivée en me disant, moi je veux faire une mini-collection grand taille, je veux parler de la mode grand taille, etc. Mais les profs, ils adoraient, ça leur apportait un peu de nouveauté dans leur vie. C'est chiant, tous les ans, toujours les mêmes projets, les mêmes boîtes, la mode française et tout. Alors qu'en fait, il n'y a pas que ça. Et je suis désolée, mais Hermès et Louis Vuitton... Ils habillent peut-être 2% de la population. Bien sûr. Et tout le reste, c'est un marché. Donc moi, ça a été ma plus grande chance. Et aujourd'hui, si je n'avais pas mon corps, je serais beaucoup moins bankable sur les réseaux sociaux. Je m'en rends bien compte.
- Speaker #0
D'accord. Vous avez dit une chose hyper intéressante. Forcément, quand je crée un podcast, que j'invite quelqu'un, c'est parce que... Il y a une résonance, et puis parce que j'ai envie de découvrir, le fait de manger, moi pendant des années, des années, je n'osais pas manger dans la rue, seule. C'est-à-dire que si on était à deux, même quelqu'un de très maigre mangeait une glace avec moi ou un truc à grignoter, peu importe, en marchant dans la rue je mangeais. Mais si jamais la personne à côté de moi n'avait pas faim, je m'interdisais de manger parce que... Pour moi, ça aurait été horrible qu'on puisse se dire, mais regarde là, elle est incapable de s'empêcher de manger. Est-ce que ça vous l'avez vécu ? Est-ce que quand même, où on est vraiment, nous dans... C'est une autre réalité ou est-ce que ça vous l'avez vu, vous l'avez vécu ? Bien sûr, bien sûr.
- Speaker #1
Mais ça c'est toutes les femmes. Je prends le pari qu'on demande à une femme, 100% des femmes vont dire je me suis interdit de prendre un dessert, je me suis interdit de manger sur un banc ou je suis allée manger mon sandwich dans la voiture pour pas qu'on me voit. À la cantine, je prenais que le plat, je prenais pas d'entrée, je prenais pas de dessert, je bois que de l'eau en public.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
En public. Parce qu'on porte un jugement constant sur le corps des femmes, sur ce qu'elles font. Mais ça c'est toutes les femmes. Et moi comme je disais, j'ai pas d'amis grosses à l'époque. Vu que j'étais un peu populaire, je traînais avec ces filles incroyables que tout le monde désire. Les filles les plus complexées de leur vie, ce sont elles. Et en plus, elles ont ce poids à porter de « je suis la queen du lycée, je peux pas me permettre de manger des rips de porc dans ma vie » . Avec les doigts, encore pire. Et moi, dans ma représentation de la personne grosse, encore plus dans les années 2000, les personnes grosses, on ne les représente que au régime. On ne les voit jamais manger. Il y a un mythe.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Il y a un mythe. On ne les voit jamais manger.
- Speaker #0
Et aussi ce mythe de s'excuser par la maladie. C'est-à-dire que souvent, on entendait, non mais je suis grosse, mais c'est parce que j'ai un problème hormonal. Je suis grosse parce que j'ai un problème. J'ai pris beaucoup de cortisone. A aucun moment on a entendu le « je suis grosse » et comme vous disiez tout à l'heure très justement « et toi t'as des lunettes »
- Speaker #1
C'est ça. On vit dans un monde où il y a des personnes qui font 1m40 et 35 kilos et qui sont en bonne santé. Et on vit dans un monde où il y a des personnes qui font 2m10 et 130 kilos et qui sont en bonne santé aussi. la silhouette plurielle C'est la base de l'humanité. On n'est pas tous avec le même patrimoine génétique. Je pense que même si tu me mets sous perf pendant trois semaines, je ne ferai jamais 70 kilos. C'est impossible. C'est impossible. Je vais mourir avant. C'est impossible. C'est... Voilà. On est comme ça.
- Speaker #0
Est-ce que pour autant... Est-ce que pour autant... Et on essaye d'être le plus vraiment juste possible dans ce qu'on va se dire. Est-ce qu'à un moment donné, quand même, ça vous traverse l'esprit de faire un régime ? Pas aujourd'hui, mais on est en train de se remédier. Est-ce que ça vous traverse l'esprit ?
- Speaker #1
J'avais fait un régime dans la vie. Et je ne peux pas appeler ça un régime. Pour moi, en fait, à l'époque, j'étais avec un garçon qui me trouvait incroyable. Il ne faut pas croire que les femmes grosses n'attirent pas les hommes. On en parlera après. Au contraire. Donc, il était fasciné par qui j'étais, mais il était détruit aussi. Par le regard qu'on posait sur moi. Moi, regard que je connais depuis longtemps. Donc, regard qui coule sur moi. Lui, il était détruit par le fait qu'on puisse m'insulter, etc. Qu'on nous regardait tout le temps. Parce que, ça aussi, les femmes grosses plaisent, mais il n'y a aucune représentation de couple de femmes grosses. Ni dans les médias, ni dans les films, ni rien. Et pour lui, c'était super dur. Et j'ai vu qu'il souffrait profondément de ça. Et donc j'ai fait un régime pour lui. La pire chose à faire, déjà faire un régime pour quelqu'un d'autre, très mauvaise idée. Et surtout, moi dans ma tête, il fallait que je perde vite parce que le problème était dans l'immédiat. Donc qu'est-ce qu'on fait ? Eh bien on arrête de manger.
- Speaker #0
Qui peut engendrer d'énormes complications.
- Speaker #1
Mais ça m'a engendré d'énormes complications. J'ai complètement arrêté de manger. Je rangeais du pain et des carottes râpées. C'est tout. Et en plus de ça, à l'époque, il y avait une pilule qui s'appelait Ali, qui est interdite maintenant sur le marché du médicament. Mais ça aussi, on pourra en revenir dessus que les gros sont des cobayes pour tout et n'importe quoi. En vente libre, j'allais à la grande pharmacie en disant je veux cette pilule Ali. On avait le droit de l'avoir à partir d'un certain IMC. Donc moi, évidemment, je Ausha les cases. Et cette pilule, en fait, tout ce que tu mets dans ton corps qui a... Un micro-acide gras est évacué dans l'immédiat par ton corps. Donc je passais ma vie aux toilettes, alors qu'il y avait deux gouttes d'huile d'olive dans mes carottes râpées. Et en fait, les deux gouttes d'huile d'olive faisaient que tout ce que j'ingérais partait aux toilettes. Donc j'ai perdu énormément de poids en très très peu de temps.
- Speaker #0
Et on redit, c'est hyper dangereux.
- Speaker #1
C'est hyper dangereux, il ne faut pas le faire. Et en même temps, j'ai aussi perdu des cheveux, j'ai aussi perdu une dent, je tombais dans les pommes tout le temps. Alors déjà de base, j'ai une glycémie très très basse, je garde très mal le sucre. Moi alors, quand je n'aurai pas, dès qu'il faisait chaud, que je... marchait un peu, je tombais dans les poings, donc pas du tout recommandé. Et, comme je le disais, j'étais toujours grosse, même en ayant perdu 30 et quelques kilos ultra rapidement. J'étais toujours immense, j'étais toujours plus grande que mon mec, j'avais toujours cette joie de vivre, cette pétillance, cette grande gueule, ce rire emblématique. J'avais toujours ce look hors des codes. Donc en fait, je me suis rendue compte que j'avais aucune solution pour ne pas qu'on nous voit. C'était comme ça. Et je n'arriverais jamais à faire moins de 80 kilos. Physiquement, c'est impossible. C'était impossible. Et tout le monde autour de moi me félicitait. Je me suis dit, en fait, quand je suis malade, clairement j'étais malade, à avoir un régime proche de... des gens en hôpitaux, on me félicite pour ça. Et en fait, je me suis dit, mais en fait, les gens veulent ma mort. C'est clairement ça.
- Speaker #0
Ça doit être compliqué. Pour le coup, ça doit être compliqué à vivre à l'intérieur de soi.
- Speaker #1
Et donc, ma meilleure décision, c'était de quitter ce mec. Parce qu'au final, le problème, ce n'était pas moi. C'était lui.
- Speaker #0
En fait, c'était lui ou la société qui posait un regard et qu'il n'assumait pas. Oui,
- Speaker #1
mais parce qu'il n'arrivait pas à avoir... Les épaules, pour ça. Si tu choisis une grosse pour avoir dans ton lit, tu la prends avec tout le package qui va avec. Et il faut que tu aies les couilles de regarder les gens en face et dire qu'est-ce qu'il y a en fait, c'est quoi ton problème. Celui, ça m'arrivait mille fois qu'il y avait des gens qui me manquaient de respect, ils ne réagissaient pas, mais il y a aussi l'inverse. Des hommes qui venaient m'aborder dans la rue pour me draguer, ils disparaissaient, ça me gênait aussi. Voilà, donc je suis... Vraiment pas le monde. Mais grâce à cette expérience, et on fait plein d'expériences de vie, ça m'a confirmé, déjà j'avais une conscience en moi qui était énorme, mais ça m'a confirmé que mon corps n'était pas le problème, et que le problème n'était pas moi. C'était tout ce qu'il y a autour.
- Speaker #0
À partir du moment où vous prenez conscience véritablement de ça, c'est-à-dire qu'on a compris que même des petites, c'est plutôt... smooth comme il y a des confrontations vous parlez alors c'est ça qui est très contradictoire quand on vous écoute c'est qu'à la fois vous parlez vous êtes c'est hyper doux et en même temps vous dites je suis insulté bon après je vous avez parlé dans plein d'émissions sur les faits d'avoir des sièges inappropriés je veux dire moi je voudrais plus aller sur l'humain Vous dites que vous êtes insultée, qu'on vous regarde quand même de travers. Et en même temps, vous avez une douceur ou un contraste entre les deux. Comment vous avez trouvé cette force, ou en tout cas de dire... C'est comme si, quand vous n'y réfléchissez pas, vous oubliez complètement l'agressivité ambiante. Pour vous concentrer finalement que sur... Je me plais, je me trouve plutôt canon. Comment vous arrivez à trouver cette force-là de ne pas écouter à côté ?
- Speaker #1
Clairement, je m'en fous. C'est le plus gros truc, c'est que je n'en ai rien à faire. Je ne m'excuse pas d'exister, je ne m'excuse pas d'être visible, et je ne m'excuse surtout pas de prendre de la place, que ce soit physiquement ou même dans une pièce. Je ne vois pas pourquoi moi, en étant grosse, J'aurais moins de droits qu'une personne standard. Pourquoi je serais moins bien ? Je ne vois pas ça.
- Speaker #0
C'est ça que vous diriez aux femmes qui nous écoutent ? Bien sûr. C'est un peu de là.
- Speaker #1
Et surtout, toutes les femmes, pas que les femmes grosses, les complexes aujourd'hui, pour moi, sont des choses qui ont été créées pour freiner la femme. Nous sommes des êtres incroyables et puissants et les complexes, c'est fait pour nous diminuer. On nous met au régime toute notre vie. On nous dit qu'on n'a pas accès à certaines choses, on nous paye moins. Nous complexer sur notre corps, c'est encore quelque chose qui est fait pour diminuer les femmes incroyables que nous sommes. Donc n'attendez pas pour passer un entretien, pour voyager, faire des choses. N'attendez pas d'avoir un corps, un statut ou quoi que ce soit. Vraiment, faites les choses et osez. On part du corps gros, mais ça va plus loin que ça.
- Speaker #0
C'est ça que j'entends dans ce que vous dites en fait. C'est le rapport et c'est ce qu'on disait en préambule. En réalité, finalement, Virginie Grossa, c'est plutôt le rapport au corps.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Plutôt que le rapport à un corps gros.
- Speaker #1
Non, non. Bien sûr, mon cheval de bataille, ça va être la grosse. C'est ce que je côtoie au quotidien et les gens me suivent de base pour ça. Mais aujourd'hui, je suis suivie par 800 000 personnes en cumulé sur mes réseaux. Il n'y a pas 800 000 gros, donc c'est que ça parle à d'autres gens.
- Speaker #0
Quand on s'est rencontré, je vous ai dit que j'avais deux sujets également que je voulais aborder avec vous. Parce que ça me paraît important, j'aimerais avoir vos mots posés dessus. Avant, en tout cas il me semble... Le mot gros n'était pas une insulte.
- Speaker #1
Oui, officiellement toujours pas.
- Speaker #0
Toujours pas. Sauf qu'aujourd'hui, parfois, on a tellement peur de dire une bêtise que ça fait partie des mots qu'on n'ose plus dire. Est-ce qu'on ne peut pas juste réhabiliter ce mot ? Parce qu'en fait, ce n'est pas grave.
- Speaker #1
Ah ben non,
- Speaker #0
non. On a le droit de... Est-ce que c'est... On a l'impression que c'est devenu... Comme une insulte. Oui, une insulte. Vous le ressentez, ça ? Alors, moi,
- Speaker #1
je l'utilise énormément. J'ai dû le dire mille fois depuis le début de ce podcast. Pour moi, gros, c'est vraiment un adjectif. Et j'espère, en l'utilisant à tort et à travers, que ça reste un adjectif. Pour moi, ce n'est pas une insulte. Et être gros, ce n'est pas mal. Gros, dans certaines phrases, on est content d'avoir un gros contemporain, qu'une grosse maison.
- Speaker #0
Un gros canon.
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Moi je suis très fière de m'appeler Grossa aussi. Ce n'est pas du tout quelque chose que je vais renier. Mercredi dernier, j'ai fait une apparition publique au ministère de la Santé où j'utilisais le mot « gros » et on m'a repris. Ah non,
- Speaker #0
Ah c'est intéressant ça.
- Speaker #1
Et je dis « ah non, non, moi j'utilise le mot gros » .
- Speaker #0
Ben oui.
- Speaker #1
Pas de souci.
- Speaker #0
En fait c'est ça, on a l'impression que la société, et ça fait partie pour moi des dictates, ce qu'on nous impose. De ne plus dire certains mots parce qu'on a l'impression qu'on vient de dire la plus grande insulte du monde alors qu'en réalité, la table elle est blanche, vous êtes grosses, mais moi je suis brune.
- Speaker #1
Ah non mais c'est un adjectif, vraiment.
- Speaker #0
C'est peut-être ça aussi qu'il faut arriver à remettre dans le langage commun, c'est super important. Parce qu'en fait, c'est une forme de stigmatisation finalement. Complètement.
- Speaker #1
vous comprenez parfois que les gens soient gênés vis-à-vis de vous oui mais c'est un peu ce que je cherche aussi moi je veux être scandaleuse,
- Speaker #0
je veux provoquer un peu parce que c'est pas en restant sagement dans son coin qu'on fait avancer les choses donc moi j'ai pas de soucis à forcer le trait sur certains trucs pour faire réagir justement c'est pour servir une cause plus grande que juste Virginie Grossin exubérante, le mot que vous avez dit, je suis pas trop... Vous m'étonnez, je suis malade. Non mais voilà, en fait, pour servir, c'est pas juste, j'aimerais qu'on comprenne, c'est important pour moi, parce que je vous entends parler, je vous vois, c'est pas un culte de la personnalité, on va servir au-dessus du scandale, mais c'est du scandale pour porter une vraie cause.
- Speaker #1
Aujourd'hui, quand moi je mange en public, C'est jamais vu, c'est pas ok, ça choque les gens. Alors que tout le monde mange petit déj, déj, dîner, même goûter, tea time, collation.
- Speaker #0
Alors que vous, ça finalement...
- Speaker #1
Sauf que nous, on a l'impression qu'on est une espèce à part.
- Speaker #0
Oui, qu'il ne faudrait pas, il faut s'excuser de manger, il faut expliquer.
- Speaker #1
C'est ça. Et moi, je ne pousse pas aux gens d'avoir des troubles alimentaires. Ah, manger comme je vois les américains qui mangent des plaques de beurre avec des chips et tout, pas du tout. Au contraire, moi je monte des adresses gastronomiques. Je ne suis pas du tout ni dans la junk food, ni dans les mukbangs, ou ces trucs sur les réseaux sociaux où les personnes se filment en train de manger des quantités immenses de nourriture. Pas du tout, je ne suis pas du tout là-dedans. Mais peu importe, moi ce que je fais... Même si je mange une feuille de salade ou une goutte d'eau, on va me le reprocher, juste parce que je suis grosse. Alors qu'il y a d'autres créateurs de contenu qui font la même chose que moi, ils ne recevront aucune critique sur leur consommation.
- Speaker #0
Parce que quand on est gros, il ne faut pas se montrer en train de manger. Il ne faudrait pas manger. Est-ce qu'on a un peu l'impression que c'est un truc un peu obscène ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Mais c'est inconcevable, c'est vraiment inconcevable.
- Speaker #0
J'avais lu...
- Speaker #1
D'où cet invisibilité ? invisibilisation aussi de ne pas manger dehors en public à la cantine et aller manger dans sa voiture.
- Speaker #0
Oui parce qu'en fait on est jugé. Complètement,
- Speaker #1
on est complètement jugé.
- Speaker #0
Là où je reviens, ce que ça me paraît hyper important, c'est qu'on est jugé par la société. Et c'est ce que vous vous combattez. On est jugé, on s'auto-juge. Je crois qu'en fait, quand vous renoncez, vous, au statut de victime pour être une combattante, c'est aussi ça que vous voulez dire. Enfin, il me semble en tout cas, c'est qu'on est nos propres bourreaux.
- Speaker #1
Ah mais complètement.
- Speaker #0
Et que la première chose à faire...
- Speaker #1
Quand vous mangez en public... La première personne qui dit « ah ah ah » c'est vous-même en fait. Je pense que franchement les gens autour, quand vous êtes une personne de taille standard, dans l'espace public, habillée avec un jean, un t-shirt, en train de manger un pain au chocolat sur un banc, je pense qu'il n'y a personne qui vous calcule. Tout le monde est dans sa vie. Mais vous, quand vous êtes en train de manger ce pain au chocolat, vous êtes dans la culpabilité, vous vous sentez mal, vraiment.
- Speaker #0
C'est ça. On est le premier travail à faire.
- Speaker #1
Ah mais le premier c'est vous-même. C'est nous. Ah bien sûr.
- Speaker #0
C'est hyper important. On avait donc, quand on s'est eu au téléphone, il y avait aussi une autre chose qui me paraissait super importante parce que vous délivrez beaucoup de messages, vous êtes extrêmement suivi. Comme vous disiez, il y a 800 000 personnes sur plusieurs plateformes.
- Speaker #1
Sur TikTok et Insta.
- Speaker #0
Moi j'aimerais que vous disiez aussi... ce que vous pensez de on a le droit de pas être bien de temps en temps est-ce que Virginie Grossin elle s'autorise de temps en temps à se trouver moche ça m'arrive mais je le mettrais jamais sur mes réseaux sociaux parce que j'ai
- Speaker #1
aujourd'hui une sorte de responsabilité on va dire avec les femmes qui me suivent et que si encore une fois une femme standard va se filmer en train de de pleurer en étant un peu moins bien etc. on lui dit Ah ouais, ça arrive à tous, etc. Moi, si je le fais, on va dire, ah regardez, elle vous a menti depuis le début. En fait, c'est pas vrai qu'elle a confiance en elle. C'était une manigance. Elle fait ça pour les vues. Ça va décrédibiliser tout mon propos et tout ce que j'ai construit aujourd'hui. Parce que quand on est gros, on nous attaque constamment sur notre truc. Et donc, quand moi, je dis que mon corps ne me pose aucun problème, les gens n'arrivent pas à le croire. Donc si il y a, comme tous les humains, il y a des jours où je me dis non mais vraiment j'ai une tête, pas possible. Je parlais pas du corps, je parlais d'une tête, une ou deux cheveux. Ah mais ça arrive à tout le monde.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Ça arrive à tout le monde. Mais moi je ne pourrais pas le mettre sur mes réseaux. Et pareil, je me montre très très peu démaquillée par exemple, ou pas habillée sur mes réseaux, parce que ce sera, on va toujours me réduire. si je le fais. On va dire, ah bah regardez, en fait, elle est moche, en fait, elle est sérieuse. C'est... Ça a été tellement difficile, déjà, de faire comprendre aux gens qu'on peut être grosse et une queen, que si je montre une seule faille, ça va trop détruire tout ce que j'ai construit jusqu'à maintenant.
- Speaker #0
C'est pas trop fatigant d'être... de toujours devoir prouver, de toujours être attaquée.
- Speaker #1
Vous n'êtes pas fatiguée ? Alors, moi je suis plus fatiguée... En fait, je suis tellement habituée à ça. Moi, je suis plus fatiguée que, peu importe ce que je fais, on me parle de mon corps. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, j'estime avoir une expertise dans la gastronomie, mes reviews, etc. Et on va me parler du fait que je sois grosse. J'estime...
- Speaker #0
Ah, aujourd'hui.
- Speaker #1
Non, non, j'ai compris, t'inquiète. Non, mais c'est... Peu importe ce que je fais aujourd'hui,
- Speaker #0
vous êtes réduite à un corps gros.
- Speaker #1
C'est le premier truc. Et tout ce qu'il y a après, c'est en supplément. Mais je suis réduite à un corps gros. Quand je parle de mode, où je vais adapter une tendance, par exemple en grand taille, ça va être encore réduit à un corps gros. Et on ne va pas juste voir une expertise de mode. On va voir un corps gros. Donc je suis plus fatiguée de ça. qu'on me voit toujours par le prisme de la grosseur alors que j'aimerais d'abord qu'on me voit comme femme, comme une personne experte. J'ai fait un master dans la mode. J'ai une expertise gastronomique. J'ai une chronique à la télé. C'est plus, j'aimerais qu'on me voit ça. Et après, ah oui, c'est vrai qu'elle est... Mais ça passe après.
- Speaker #0
Disons que le jour où on arrive à ça,
- Speaker #1
Ah mais là, on arrive à ça. Le combat est gagné. Ah mais là, c'est génial. Le combat est gagné, parce que là,
- Speaker #0
c'est la femme, l'intelligence, l'expertise. C'est ça.
- Speaker #1
Mais encore une fois, ce n'est pas que... Que le corps gros ! Aujourd'hui la femme le premier truc qu'on juge chez elle c'est son physique. Peu importe ce qu'elle fait.
- Speaker #0
Oui je trouve ça hyper important que vous sortiez à chaque fois, c'est bien parce que oui évidemment on parle de grosseur mais on parle avant tout de corps.
- Speaker #1
Ouais c'est ça.
- Speaker #0
Et c'est aussi pour ça que je vous interrogeais tout à l'heure parce que je pense que c'est aussi ça fait du bien parce que vous êtes vous semblez tellement forte et puissante. que ça fait du bien aussi de se dire mais en fait non j'ai le droit aujourd'hui de me trouver moche parce que je suis grosse pas parce que juste parce que j'ai mal dormi j'ai des projets J'ai pris la pluie,
- Speaker #1
mes cheveux ils ont gonflé, je suis au bout.
- Speaker #0
On sent l'exotique. Ah non, ça c'est un truc.
- Speaker #1
Je fais une télé à Paris, je marche entre le métro et le studio, je me prends la pluie. J'arrive, je suis dégueu, il n'y a pas de maquilleuse. Allez, c'est parti, on y va. Voilà, je suis deg.
- Speaker #0
Et en fait, je trouve que c'est surtout venant de vous, puisque justement, expert mode, expert pas beauté, expert mode, vraiment c'est ça, expert mode, food aussi. C'est de se dire, mais en fait, les filles, on a le droit, c'est pas grave si tu te sens pas au max de ton max aujourd'hui, mais sois un peu indulgente avec toi-même.
- Speaker #1
Ce message-là,
- Speaker #0
je le trouve important pour vous, qu'on puisse l'entendre aussi de votre bouche. Ça me paraît être un diktat de toujours devoir être parfaite.
- Speaker #1
Ah mais complètement.
- Speaker #0
On peut se détendre, on a le droit d'être...
- Speaker #1
On peut.
- Speaker #0
On peut. Et c'est pas grave, on rebondit.
- Speaker #1
Moi je le montrerai, mais on peut en effet. Non mais en fait,
- Speaker #0
c'est bien, il y a deux choses. Il y a le ressentir et le montrer. Je sais bien que vous faites partie d'un monde d'ultra-image. Et je comprends tout à fait ce que vous dites. N'empêche qu'on peut le dire de l'entendre. On peut dire, on a le droit d'être... Parce que sinon on rentre dans un espèce de truc où il faut toujours être parfaite. C'est ça. Parfaite grosse,
- Speaker #1
parfaite pas grosse, parfaite mètre, parfaite machin.
- Speaker #0
Mais c'est la pression sur les femmes. C'est pour ça qu'en tant que femme, je trouve que c'est important de porter ce message. C'est bon, si aujourd'hui tu te trouves moche, demain tu te trouveras mieux. Et puis c'est ton regard à toi.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Toujours le pire juge, c'est nous-mêmes.
- Speaker #0
C'est sûr, le pire juge, c'est nous-mêmes. Et l'amour dans tout ça, Virginie ? L'amour de soi. et puis l'amour des autres, puis l'amour d'un homme, vous avez commencé à l'évoquer,
- Speaker #1
c'est un vrai sujet.
- Speaker #0
Qu'est-ce que vous m'en diriez de l'amour ?
- Speaker #1
Bah moi en tout cas pour mon expérience personnelle, les femmes grosses ne vivent pas les mêmes dates, elles ne vivent pas l'amour comme les autres femmes. Il y a deux choses que parce que ça j'ai découvert au fil du temps, il y a une grosse fétichisation. autour du corps gros et dans nos expériences de dating, de rencontres on doit un peu trouver où on se place moi je dis toujours je suis autant détestée que admirée et c'est la vérité littéralement aujourd'hui autour du corps gros, je sais pas si c'est culturel d'où ça vient mais il y a une fascination autour de ce corps là des courbes, ça peut être les ventres, le sein, les fesses pour mon cas où vraiment on tombe dans un truc animal, primitif où c'est des codes, où il n'y a plus de sentiments ou quoi que ce soit on est juste des corps, pour pas dire de la viande littéralement c'est fort, c'est très fort et c'est difficile de voir si la personne est avec nous juste pour ce corps pour qui nous sommes dans son entièreté. Il faut voir aussi si la personne est là juste pour consommer ce corps à sous-vire, un fantasme, ou s'il s'intéresse profondément à nous. Et après, quand on trouve le fameux amour, le poids, cette fois-ci de la société, pas le sien, sur être une femme grosse en couple et toutes les agressions qu'il y a autour. Parce que voilà, c'est un schéma qu'on n'a pas l'habitude de voir. Donc les critiques, il n'est pas avec toi, il n'est pas forcément avec toi pour ton corps, donc il est avec toi pour ton argent, ton statut social, et compagnie. Il ne peut pas t'aimer, c'est impossible.
- Speaker #0
Il faut forcément qu'il y ait autre chose à dire.
- Speaker #1
C'est ça. Donc ça c'est pas simple et comme je disais aussi l'autre qui au final en étant avec une femme grosse prend aussi ces réflexions qu'on peut avoir tous les jours qui sont jamais frontales moi ça m'est arrivé quelques fois mais c'est très rare mais qui vont plus être des non-dits, des trucs chuchotés etc ou même des réflexions déplacées en mode mais comment tu fais pour...
- Speaker #0
Le faire l'amour pour avoir envie d'elle. Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Ou même techniquement, comment t'arrives. Donc voilà, c'est très complexe.
- Speaker #0
Ça c'est vrai.
- Speaker #1
C'est très très complexe. Et encore une fois, on est réduite à un objet. Que ce soit quand on est fétichisé ou quand on est dans un couple, tout ce qu'il y a de plus normal, ça provoque des interrogations. Mais pour moi, c'est aussi un problème de représentation. Pour moi, on ne voit pas assez de... De femmes grosses être désirées, on ne voit pas assez de femmes grosses en couple. Je crois que je pourrais citer trois séries où on voit une femme grosse à tomber amoureuse d'un beau gosse.
- Speaker #0
Drop Dead Diva.
- Speaker #1
Drop Dead Diva.
- Speaker #0
Qui était génial.
- Speaker #1
Voilà. Et une série américaine où il y a une scène de sexe sur un rooftop d'une femme grosse et noire. Donc double peine entre guillemets, où ça a choqué les Etats-Unis, etc. et il y avait aussi une comédie je crois avec Eva Dams ou une jeune fille grosse. Donc avec toutes mes connaissances sur le monde des gros, je ne connais que trois médias. Mais par contre des comédies où les femmes grosses sont dans la caricature, le cliché et compagnie, là il y en a des centaines de milliers.
- Speaker #0
Comment vous l'expliquez ? Est-ce que parfois, alors deux choses, soit vous l'observez, et voilà, après au-delà de votre combat que vous menez au quotidien, ou est-ce que parfois, quand vous avez eu envie, peut-être besoin pour vraiment l'accepter, le comprendre, d'aller chercher, d'essayer de comprendre ce mécanisme, pourquoi ? Parce que pourquoi on ne montre pas une femme grosse ? Parce que ça ne rentre pas dans... Parce qu'avant... Les femmes grosses, si on se remonte à 150 ans, 200 ans, sur les peintures, les femmes grosses étaient belles,
- Speaker #1
étaient admirées.
- Speaker #0
C'était signe de bonne santé, c'est vrai, c'était signe de fertilité.
- Speaker #1
D'argent aussi.
- Speaker #0
D'argent, oui, c'est vrai. Ça bascule quand ? Parce qu'avant, vous avez raison, les domestiques étaient maigres parce qu'ils n'avaient pas l'argent de se nourrir.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Alors ça bascule quand vous savez à peu près ?
- Speaker #1
Moi je pense que c'est la mode, les magazines, la société et cette emprise sur les femmes. En fait être gros pour moi aussi c'est être costaud, être fort. Et je pense que c'est pas ok quand je vois aujourd'hui qu'on a des judokates médaillées qui font 120 kilos parce qu'en fait elles peuvent te retourner et te mettre par terre. Et on les critique elles aussi alors qu'elles ont un train de vie ultra healthy, etc. Et même elles, on les critique juste pour leur apparence. Quand je pense aux Sir Williams qui toute leur vie étaient des tennis women incroyables, on les a toujours reprochées leur corps, mais leur corps était leur puissance. Pour moi, il y a une vraie corrélation entre la domination sur le corps des femmes et mettre les femmes au régime.
- Speaker #0
C'est les garder sous emprise. Voilà, c'est ça.
- Speaker #1
Je pense que c'est tout ça. Et on a mis dans la tête des gens aujourd'hui qu'être gros, c'était le pire truc qui puisse leur arriver. On l'a vu avec le Covid. Tout le monde s'en foutait d'avoir le Covid. Ce qui leur faisait peur, c'est de grossir chez eux. Tout le monde s'est mis à courir dans tous les sens pour ne pas prendre de poids pendant le Covid. Mais ce qu'être gros, c'est le pire truc. qui puisse arriver.
- Speaker #0
Alors c'est vrai aussi qu'effectivement il y a beaucoup de médecins. Moi j'ai une fille et je me souviens des rendez-vous médicaux qui n'a pas de problème de poids.
- Speaker #1
Bien sûr. Ah bah ça je peux en parler pendant des heures.
- Speaker #0
Et oui effectivement, vous êtes là pour ça, le micro est ouvert ou attention. Elle est un peu quand même au haut de la courbe. Il faut faire attention. Et moi, je me souviens, pour parler de mon enfance somnique, je l'ai déjà fait dans des podcasts. À 10 ans, on m'a emmenée chez un nutritionniste qui m'obligeait à manger du miel, des amandes, des bananes tous les matins. Ce qui a été juste.
- Speaker #1
Pour détruire les gens, il n'y a pas de... Voilà,
- Speaker #0
effectivement.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et alors, par contre, on peut... Est-ce qu'aussi on peut quand même parler, effectivement, que peut-être quand on a un corps gros, il faut faire attention sur une surveillance médicale, peut-être, il faut être peut-être plus vigilant par rapport aux artères ? Ou est-ce que ça...
- Speaker #1
Alors, moi, ma vision des choses, qui est une vision extrémiste, je l'assume, voilà. Il n'y a aucun souci.
- Speaker #0
Ça arrive dans le personnage.
- Speaker #1
Voilà. Et comme je disais, j'ai été au ministère de la Santé le mercredi dernier pour en parler. Et j'ai vu que ma vision extrémiste n'était pas en phase avec ce qui se passe aujourd'hui. La grosseur aujourd'hui, il y a plein de facteurs. Ce qui fait que nous sommes gros. On s'est ce compte en centaines de facteurs. Vraiment.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Dont l'alimentation. C'en est un.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Comme ?
- Speaker #0
Comme les hormones.
- Speaker #1
Comme les hormones, comme les traumas, comme la dépression, comme la sédentarité, comme plein de choses. C'en est un parmi des centaines, vraiment Mais celui qu'on contrôle, qu'on nous rabâche chaque instant, c'est l'alimentation. Tout le temps, tout le temps, tout le temps. A tel point qu'aujourd'hui les personnes grosses, pour moi, on est réduites à des rats de laboratoire. C'est-à-dire qu'il n'y a que sur les personnes grosses qu'on mutile des organes sains. Pour les faire maigrir, est-ce que vous connaissez d'autres maladies où on découpe un organe qui fonctionne pour le priver de manger ? Vous pensez aux opérations bariatriques notamment, qui sont des opérations où on découpe l'estomac.
- Speaker #0
Comme les slips.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. On découpe un organe sain, sans retour, c'est une fois qu'il est coupé. Ah oui,
- Speaker #0
ça oui. Voilà.
- Speaker #1
On réduit les gens à vie à manger des cachets pour combler les acides qui ne sont plus dans l'estomac. Juste dans le but de les faire maigrir, sans se préoccuper de tout ce qui est autour. Aujourd'hui on nous fait des injections de Wegovi, JLP1, Munjaro et compagnie. Un médicament qui n'est pas destiné aux personnes grosses de base, qui a des conséquences catastrophiques aussi. Et c'est ok parce que c'est les gros, c'est comme ça. Moi je reçois constamment... Des mails de « Ah on est un laboratoire, on a créé une capsule, tu l'avales, une fois qu'elle est dans ton estomac, elle explose la capsule, et ça fait un ballon. Et ce ballon, il prend toute la place dans ton estomac, et t'inquiète pas, dans 8 mois, tu vas l'évacuer avec tes selles. » Expérimental. Je parlais de la pilule Ali, celle-là qui est maintenant interdite sur le marché. Ou « Ah bah allez-y, c'est génial ! C'est génial de perdre ses cheveux, ses dents. » et de se faire dessus parce que au début oui il n'y a que l'huile d'olive qui s'en va mais après même un verre d'eau ça vous rendait malade et c'est ok. Et moi je trouve ça terrible que les gens détestent tellement les gros qu'ils veulent les faire maigrir à tout prix alors que la grosseur aujourd'hui c'est pas seulement la nourriture et la sédentarité c'est plein d'autres choses et encore une fois on met une pression constante sur les personnes grosses et on lit On leur fait faire des régimes qui seraient similaires à des troubles du comportement alimentaire sur d'autres personnes. Ça existe, les gros dénutris. C'est quelque chose que j'ai appris récemment. En fait, l'état de dénutrition, c'est de ne plus avoir assez de muscles pour se mouvoir et de ne plus avoir les forces nécessaires pour faire bouger son corps. La définition même, c'est ça. Aujourd'hui, il y a des gros qui sont dénutris. Il y a des personnes grosses qui ont déjà perdu 500 kilos dans leur vie à force de faire des multiples régimes. Mais en fait, le problème, si vous ne traitez qu'un sur cent de ces fameux facteurs qui apportent à la grosseur, ça ne fonctionnera jamais. Et on vend aussi un idéal en disant, vous allez perdre 60 kilos, vous allez être mieux. Non, mon mec sera toujours un connard. Mes enfants sont toujours des cons parce qu'ils partagent le même patrimoine génétique que leur père, donc forcément ça n'ira pas mieux. Mon contexte familial sera toujours compliqué, mes traumas divers que j'ai pu avoir sont toujours là aussi. Et en plus de ça, je me vois toujours grosse. Et mon goal d'être sur la plage en maillot de bain, je ne vais jamais l'atteindre, parce qu'au pire, j'ai la peau qui pend dans tous les sens et c'est jugé comme hideux. Ou au mieux, en fait j'ai des cicatrices sur tout le corps et je ressemble à Frogenstein. Donc moi j'essaye d'apporter un autre chemin. Je ne dis pas qu'il ne faut pas faire de régime, au contraire, je dis juste qu'il faut être bien avec soi. Si vous vous sentez bien dans un corps gros, c'est ok et c'est mon cas. Moi, je pense que c'est la pire chose qui puisse m'arriver au monde, de perdre du poids parce que mon corps, je l'aime comme ça, c'était la construction de toute ma vie. Alors oui, c'est sûr, j'aurais sûrement mal aux genoux quand je serais vieille, comme plein d'autres vieux, mais spoiler, nous ne sommes pas éternels. Qu'on soit gros ou mince. sauf que moi j'ai choisi un chemin où je préférais être bien dans ma vie pendant peut-être 70 ans que me pourrir la vie pendant 80 voilà,
- Speaker #0
j'ai choisi ce chemin là je trouve que le mot est très juste c'est un vrai chemin de vie pour autant je pense que c'est important de vous l'entendre dire on peut choisir ce chemin de vie à assumer mais être consciente des risques et peut-être avoir
- Speaker #1
se dire voilà je vais faire une surveillance médicale je prends soin de ma santé je ne suis pas une grosse folle je prends soin de ma santé on peut faire les deux je suis quelqu'un qui prend soin de soi je consulte etc mais le fait est qu'aujourd'hui moi je n'ai aucun problème de santé ça existe aussi à part le fait de me porter chaque jour et encore J'ai un patrimoine génétique qui fait qu'on est gros de génération en génération. Donc on va dire que j'ai une enveloppe plus solide pour porter qui je suis que quelqu'un qui serait né dans une famille où ils sont tous skinny et lui est gros. Donc voilà. Mais c'est sûr que, oui, avoir mal aux genoux, mal aux chevilles, ça c'est sûr que je l'aurai plus tard. Mais par exemple, le diabète, c'est pas une maladie associée qu'aux personnes grosses. Les problèmes cardiaques et pulmonaires, c'est pas que des maladies associées aux personnes grosses. Tout le monde peut être malade, sauf qu'être gros, ça se voit. Donc c'est pour ça que tout le monde se permet de nous juger, de dire que je suis en mauvaise santé et compagnie, mais ce n'est pas le cas.
- Speaker #0
On va bientôt arriver à la fin du podcast, j'ai deux, trois questions encore, mais est-ce que tu aurais envie de créer ta propre marque, à terme, ou bientôt ?
- Speaker #1
On m'en parle beaucoup. Et franchement, non. Comme je disais, moi, j'ai fait des études dans la mode. Donc, je sais ce qu'est ce milieu très complexe qu'est la mode, le retail. Moi, j'ai une spécialisation en e-commerce, donc vente en ligne. Je sais ce que c'est. Aujourd'hui, malheureusement, il n'y a pas de fournisseur apte à produire les produits que moi, j'envisage pour les personnes grosses. Parce que, encore une fois, les personnes grosses, je ne veux pas les couvrir. Je veux les glamouriser. Je veux les mettre en avant. Et ça n'existe pas. Ou c'est à l'étranger, machin. Idéalement, avec mon discours, je serais obligée d'être ultra inclusive. C'est-à-dire que j'aimerais habiller jusqu'à la taille, par exemple, 70. Qui sont quand même une partie de la population. On ne les voit pas, mais ces personnes-là existent.
- Speaker #0
Moi, je ne savais pas. 70,
- Speaker #1
je ne savais pas. Ça existe. et donc Financièrement et même mentalement, la société n'est pas prête à ça. Non, je ne le fais pas. Par contre, il y a des objets que j'aimerais créer ou du moins commercialiser, ce qui est par exemple extension de ceinture, que ce soit en voiture, en avion et compagnie. On me pose souvent la question.
- Speaker #0
C'est une vraie question ?
- Speaker #1
J'aimerais... Avec tout mon humour décomplexé, on voit écrit des fois « bébé à bord » sur des voitures, mettre un sticker sur les portières en disant « ne vous garez pas trop près de moi parce que je ne peux pas sortir de ma voiture » . Et ça m'arrive constamment. Et c'est vrai. Et c'est chiant, franchement, c'est chiant. Mais est-ce que les gens sont assez décomplexés pour ça ? Je ne sais pas, on verra. Je pense plus à des objets du quotidien qui correspondent à mon élan d'esprit, mon humeur. Voilà donc je vois avec de l'humour et surtout c'est ok d'être dans l'espace public. Ce truc d'être coincé entre deux voitures c'est arrivé même aux plus minces d'entre nous donc voilà c'est ça arrive c'est juste ces petites choses voilà j'y pense peut-être une plateforme e-commerce un truc décomplexé voilà même des trucs trop voilà vraiment c'est ok en fait.
- Speaker #0
Et vous avez du coup, grâce à votre influence, la possibilité quand même d'orienter. Les personnes grosses sur des plateformes où elles vont pouvoir s'habiller aussi comme vous. Ah oui,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
Trouver leur propre style. C'est ça. Et ça, c'est une vraie utilité publique finalement.
- Speaker #1
Aujourd'hui, moi je donne beaucoup de conseils de mode, je propose des looks et tout. Et encore une fois, je ne veux pas être dans la mode informe qu'on propose aux personnes grosses. Il n'y aura pas de tunic fleuri et de leggings chez moi. Il y aura des choses moulantes parce que c'est pareil. Apparemment, les corps gros n'ont pas le droit de porter ni de moulant ni de rayures. C'est ce que je porte aujourd'hui. Vous voulez faire des photos. Voilà, parce que c'est des trucs qu'on nous a dit.
- Speaker #0
Parce que c'est vrai que moi, je me souviens d'avoir toujours entendu qu'il ne faut pas mettre des rayures dans le sens horizontal parce que ça élargit. Il ne faut pas porter des poids, blablabla. Et c'est vrai.
- Speaker #1
Il ne faut pas mélanger les imprimés. Il ne faut pas le moulant. Il ne faut pas ci, il ne faut pas ça. Ça me saoule.
- Speaker #0
Voilà,
- Speaker #1
mais ça c'est n'importe quoi. Moi je pense qu'ils transpirent chez les gens, c'est leur confiance en eux. Et il n'y a rien de plus beau que quelqu'un qui se sent bien dans son look, bien dans ses habits. Et on s'en fout que ce soit moulant, pas moulant, avec des imprimés ou pas. Donc voilà, moi j'essaye de proposer des choses qui sortent des standards pour les personnes grosses. Donc j'ai cette partie-là. Et après aussi des petits tips de vie qui vont être plus ou moins flagrants. ou juste montrer que moi ma vie c'est pas la vie qu'on se fait d'une personne grosse je voyage, je suis présente dans les médias, je suis présente dans l'espace public je mange en public et voilà c'est des représentations qu'on n'a pas forcément des personnes grosses c'est des représentations qui évidemment créent des émules et aussi d'après des conseils purement techniques par exemple comment prendre l'avion quand on est gros qui a été, à chaque fois que je fais des vidéos sur ce sujet C'est très viral et on dépasse les plus de 10 millions de vues à chaque fois que je parle de ce sujet-là. Et je reçois énormément de témoignages de personnes qui n'osent pas voyager, qui ne partent pas en vacances avec leur famille, qui ne sont pas retournées voir par exemple leur famille dans les DOM parce qu'elles ne veulent pas prendre l'avion, parce qu'elles ont peur qu'on les refuse à bord, qu'on se moque d'elles, de souffrir pendant tout le voyage. Je donne tous ces conseils en disant, vivez votre vie, n'attendez pas ni d'avoir un corps, ni d'effacer certains complexes, vivez l'instant présent. Et je me montre aussi sur la plage en maillot de bain. Aujourd'hui, une personne standard qui se montre à la plage en maillot de bain, on va lui dire, c'est cool, t'as passé de bonnes vacances. Moi, on va me féliciter, on va dire que je suis courageuse, que c'est incroyable, etc. Mais c'est pour pousser les filles qui me suivent à aller à la piscine avec leurs gosses. Elle rate des moments de vie à cause de ça.
- Speaker #0
Mais il y a un peu de courage là-dedans.
- Speaker #1
Tout le monde trouve ça courageux, mais moi j'aimerais encore une fois, comme quand on ne voit que par le prisme de la grosseur, qu'on voit juste une meuf en vacances et pas qu'on voit un corps gros dans le sable.
- Speaker #0
Je pense que depuis cette heure qu'on passe ensemble, je crois que c'est la phrase qui résume tout votre combat. Je crois que c'est vraiment là où vous venez de faire la phrase C'est ça que vous aimeriez dire aux femmes qui nous écoutent ? C'est ça, c'est assumez-vous, n'attendez pas la vague de la société.
- Speaker #1
Osez, osez et ne vous préoccupez pas de ce qu'on dit sur vous. Que ce soit la société, votre entourage, tout, vivez pour vous. Si vous avez une idée en tête, un truc qui vous plaît, vivez-le, vivez-le. Et vraiment, osez et votre corps, vous n'en avez qu'un, il va vous porter toute votre vie. Donc, célébrez-le, peu importe à quoi il ressemble. Aimez-le, après, si vous souhaitez le changer, etc. C'est votre choix personnel, mais vraiment, vivez votre vie. Moi, je vous jure, ça me brise le cœur quand je vois des personnes qui me disent « Je ne vais pas au parc avec mes gosses, je ne vais pas à la piscine avec eux, je n'ai pas fait le séjour familial où tout le monde est rentré en Martinique parce que j'avais peur de ne pas rentrer dans les sièges d'avion. » Non, non, ce n'est pas OK. « Je ne vais pas à la plage parce que je ne veux pas me mettre en maillot dedans. » Non, mais il n'y a rien de mieux que les moments en famille, les vacances. on va pas se priver de ça pareil, manger en public vous avez envie de prendre un dessert, prenez un dessert vraiment, il n'y a pas de soucis et je vous jure que tout le monde à table a envie de prendre un dessert c'est vrai qu'il y aura ceux qui vont oser assumer en fait c'est ça, c'est assumer ses envies et si vous sortez avec vos copines sortez avec vos copines mettez la robe la plus courte et la plus moulante, dansez sur les tables c'est ok, vous le ferez pour vous, vous vous sentirez bien mais vous le ferez aussi pour toutes les femmes autour ça Mais en fait, si elle, elle le fait, moi je peux le faire. Moi aujourd'hui, je suis dans ce qu'on considère comme taille extrême. Je fais une taille 56, je suis à 1m76, je fais 155. Moi, j'arrive à le faire, mais toi, avec ton petit 42 complexé, le monde t'appartient en fait. C'est pour ça. Donc vraiment, libérons-nous.
- Speaker #0
La première barrière, c'est la tienne. C'est soi-même, vraiment. Dernière question de parole de femme. Celle-ci, elle est universelle. Pour vous, Virginie, c'est quoi être une femme en 2026 ?
- Speaker #1
Le lendemain de la journée des droits internationaux.
- Speaker #0
Qu'est-ce que c'est qu'on enregistre aujourd'hui ? On est le 9 mars, ça ne passera pas tout de suite. On est le 9 mars.
- Speaker #1
Qu'est-ce que c'est être une femme aujourd'hui ? Pour vous. Oui, on peut le voir dans plein de sens, mais c'est vrai que moi je vois ça. On parlait beaucoup de combat, de militantisme. Aujourd'hui, être une femme... femme, ce n'est pas qu'être un individu dans la société. C'est être, en tout cas pour moi, être une militante. Avoir un message à porter. Et aujourd'hui, malheureusement, tout ce qu'on fait, c'est jugé et ça a un impact sur qui nous sommes. Donc oui, être une femme aujourd'hui, même en France, dans un milieu privilégié, c'est être une combattante.
- Speaker #0
Je pense que c'est une belle façon de terminer ce podcast. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #0
C'était un beau moment. Je pense que sur l'acceptation de soi, j'espère que ça va porter un joli message à toutes les femmes qui nous écoutent, maigres, grosses.
- Speaker #1
Toutes.
- Speaker #0
Toutes. Et même au-delà, parce qu'il y a même des hommes qui ont besoin de l'entendre. Bien sûr. Ces paroles de femmes, et je sais qu'il y a des hommes qui nous suivent. Voilà. Acceptons-nous et soyons doux et bienveillants avec nous-mêmes. C'est ça. Merci beaucoup Virginie pour ce combat que vous menez. A très bientôt.