- Speaker #0
On lui disait « déshabille-toi » , elle se déshabillait et puis c'était terminé. Parce qu'en fait, elle devait obéir aux adultes en permanence, donc c'est ce qui avait fait que son agresseur avait pu agir en toute impunité.
- Speaker #1
Moi c'est Alexandra, maman de Rose, une petite tornade de presque deux ans et demi, à l'énergie débordante et au caractère bien trempé. Et tu sais quoi ? Même si ce n'est pas toujours de tout repos, savoir sortir ses épines, c'est vraiment tout ce que je lui souhaite. Alors j'ai créé ce podcast pour moi et pour toutes les mamans qui veulent élever leur fille autrement. Pas sage, pas modèle, pas gentille à tout prix, mais confiante, libre d'être elle-même. et bien dans leur basket. Des petites filles qui savent et sauront plus tard dire non, poser leurs limites, s'aimer telles qu'elles sont, qui n'auront pas peur d'essayer d'échouer et qui sauront se faire reconnaître à leur juste valeur. Alors ici, on va démonter les injonctions, les stéréotypes et tous ces vieux réflexes qu'on pensait normaux. Tu sais, les fameux « t'es pas belle quand tu fais la tête » . On va parler d'estime de soi, de confiance, de rapport au corps, aux émotions. On va parler de nos filles, mais aussi de nous. Parce qu'éduquer autrement, ça commence souvent par se libérer soi-même. Alors au fil des épisodes, je te partagerai des réflexions incarnées Merci. des clés concrètes et des voix d'experts. Et surtout, une grande dose de soutien et de déculpabilisation. Parce que nous aussi, on mérite mieux qu'être sages. Alors, prête à bousculer les règles ? Éloine Laure, je suis trop contente de t'avoir avec nous aujourd'hui. T'es un peu ma première VIP parce que t'es passée dans la maison des maternelles il n'y a pas longtemps.
- Speaker #0
C'est trop d'honneur, c'est trop d'honneur.
- Speaker #1
Je vais te laisser présenter dans un instant, mais je suis aussi vraiment ravie de t'avoir avec nous aujourd'hui parce que récemment, j'ai demandé à mes abonnés quel sujet ils voudraient que j'aborde avec un ou une experte dans le podcast. Et le sujet des violences sexuelles, de la prévention des violences sexuelles est revenu à plusieurs reprises, notamment une demande qui m'a beaucoup marqué, que je partagerai dans un instant. Et j'aime beaucoup ton travail, la manière dont tu présentes, abordes ces sujets. Donc, trop contente de t'avoir avec nous aujourd'hui pour parler de ça. Je te laisse te présenter et puis peut-être nous dire aussi qu'est-ce qui t'a amené, toi, à partager sur ces sujets et à t'engager même sur ces sujets.
- Speaker #0
Ok, très bien. Et je te remercie à mon tour pour cette invitation. Je suis très, très honorée d'être là. Alors, du coup, je m'appelle Anne-Laure, Anne-Laure Bourgeois. Je suis enseignante. J'ai enseigné dans le premier degré, donc en primaire, et dans le second degré au collège. Et je suis aussi journaliste. J'ai longtemps travaillé sur les questions de féminisme, de droits des femmes, des violences faites aux femmes, et aussi sur les droits des enfants. Et qu'est-ce qui m'a amenée à travailler sur ces sujets ? On va dire que la naissance de mon premier enfant a été une épreuve. et donc j'ai... J'ai voulu travailler sur ces sujets-là, je me suis formée et j'ai donné naissance à des outils.
- Speaker #1
Tu as donné naissance à un enfant et à des outils en même temps.
- Speaker #0
Pas en même temps.
- Speaker #1
Pas en même temps, ça aurait été un peu un challenge quand même ça.
- Speaker #0
Mais complètement, mais il y a des femmes qui le font d'ailleurs, je suis très admirative.
- Speaker #1
Alors donc, une des questions qui m'a été posée, c'était comment prévenir les violences sexuelles et protéger nos filles des pédocriminels. Et c'est ça qui était intéressant aussi, sans leur transmettre la peur des hommes. ni l'idée que le monde est fondamentalement dangereux. Donc on sent un peu que la maman, je pense qu'elle a un petit peu cette peur des hommes, cette croyance aussi que le monde est peut-être dangereux, on peut la comprendre, et qu'elle est un peu dans un dilemme à ne pas vouloir transmettre ça, mais en même temps, comment faire pour quand même arriver à protéger sa fille. Donc déjà pour commencer, quand on parle de prévention de violences sexuelles, on parle de quoi ? Est-ce qu'il y a des idées reçues, peut-être que tu peux nous partager ? répandues chez les parents sur ce sujet, qui sont peut-être d'ailleurs dans cette phrase.
- Speaker #0
C'est vrai qu'il y a pas mal d'idées reçues sur les violences sexuelles faites aux enfants. Souvent, on va concentrer une grande énergie sur le discours. Il faut faire attention, on ne parle pas aux inconnus, il ne faut pas suivre les inconnus. En fait, on pense souvent que la menace vient de l'extérieur, alors que dans les violences sexuelles faites aux enfants, Souvent, l'agresseur ou l'agresseuse est un proche de la famille et un proche de l'enfant. Et ça, c'est quelque chose qui peut être effrayant, mais qu'il faut quand même... On doit lever le tabou là-dessus.
- Speaker #1
Et tu me disais en off aussi qu'il n'y a pas que les hommes qui commettent des violences sexuelles envers les enfants.
- Speaker #0
Complètement, en fait, on a des chiffres énormes sur les enfants de moins de 12 ans. Il me semble que c'est 20% parmi tous les agresseurs qui sont des femmes.
- Speaker #1
Oui, et ce que tu me disais en off, c'est que les hommes représentent 96% des auteurs d'agressions sexuelles en général, mais que, comme tu le dis, sur les mineurs de moins de 12 ans, les femmes, elles, représenteraient jusqu'à... peut-être 20%, alors je dis peut-être parce que c'est certaines études qui estiment que ça pourrait représenter jusqu'à 20%, d'autres un peu moins, mais qu'en général, c'est quand même quelque chose qu'on a tendance à sous-estimer. Pourquoi ce n'est pas d'ailleurs ?
- Speaker #0
C'est l'opprisme du patriarcat qui fait qu'on va considérer qu'une femme a naturellement un instinct maternel, qu'une femme est naturellement douce, qu'une femme est faible pour prendre soin des enfants, et donc on va passer à côté de violences qui sont commises. par des femmes, par des mères, parfois, en tout cas qui sont des proches de l'enfant et qui peuvent elles aussi commettre des faits d'inceste.
- Speaker #1
Ok, donc déjà on a un premier élément de réponse qui est que de parler surtout des hommes sur ces sujets-là, d'avoir un discours un peu généraliste, c'est déjà pas forcément une bonne chose parce que ça ne les protégera pas éventuellement de femmes prédateurs. Et peut-être une dernière idée reçue aussi, il me semble, c'est que souvent on pense au viol, en fait, quand on parle de violences sexuelles. Mais finalement, qu'est-ce qui rentre dans cette catégorie ? Alors, peut-être sans être totalement exhaustif, parce que ce n'est pas l'objet de l'interview spécifiquement, mais juste pour qu'on ait bien en tête que c'est plus large que ça.
- Speaker #0
Oui, effectivement, on a tout type de violences sexuelles. Ça peut aller du viol ou des attouchements. Ça peut aussi être l'expression. à la pornographie qui est de la violence sexuelle psychologique il peut y avoir l'exhibitionnisme on peut avoir les violences sexuelles commises avec soumission chimique aussi y compris parmi les enfants et puis on a aussi par exemple le fait de prendre le corps d'un enfant prendre en photo le corps d'un enfant nu par exemple voilà donc on a énormément de violences différentes qu'il faut garder en tête.
- Speaker #1
Une autre idée peut-être reçue, c'est qu'on pense souvent à des adultes agresseurs, mais les violences sexuelles peuvent aussi exister entre enfants. Je ne sais pas d'ailleurs quelle est la proportion, si tu la connais. Mais est-ce que c'est quelque chose peut-être qu'on a tendance à sous-estimer ? Et est-ce que ces comportements sont aussi commis par des filles ?
- Speaker #0
Alors oui, on a énormément de violences sexuelles qui sont commises par les mineurs, donc sur d'autres mineurs. Ça, en fait, c'est un peu le sujet qui a été oublié par la civise, en fait, qui a fait un énorme travail pendant plusieurs années pour connaître l'ampleur des violences sexuelles faites aux enfants en France. Mais c'est vrai que c'est un peu l'angle mort, cette question des mineurs qui s'en prennent à d'autres mineurs. Donc, c'est très courant. Ça peut être des grands frères, par exemple, sur des petits frères ou des petites sœurs. On peut aussi avoir des violences commises par les filles en sachant qu'on doit faire la différence entre l'exploration, c'est-à-dire des enfants qui vont se découvrir mutuellement. Donc, c'est un comportement sexuel qui doit être... accompagné. Ça peut être un comportement sexuel simple et qui doit être accompagné. On doit rappeler que les parties intimes appartiennent à soi, qu'on ne peut pas toucher les parties intimes des autres. Mais on a aussi des violences de la reproduction des enfants qui ont été exposés à des contenus pornographiques qui vont reproduire des choses. Et ça, ça peut se retrouver aussi chez les filles. Mais voilà, on a encore le prisme du prêt-trier-cac, qui fait qu'on va peut-être plus regarder, être plus vigilant quand on a un garçon et une fille qui jouent ensemble que quand on a deux filles qui jouent ensemble.
- Speaker #1
Ah ben ouais, c'est clair. Ok, hyper intéressant de le savoir, d'en avoir conscience. Et donc du coup, on a finalement déjà un peu répondu à cette question, mais comme elle est importante. Est-ce qu'on protège nos filles en lui apprenant à avoir peur des hommes ? Mais en général aussi, finalement, est-ce que un peu Est-ce qu'on peut prévenir les violences sexuelles sans passer par la méfiance ? Donc là, ce serait la méfiance des hommes, mais ça peut être finalement, quand on t'entend, la méfiance des enfants vis-à-vis d'autres enfants. Ou est-ce qu'il y a une autre voie ? Là aussi, tu as commencé à en parler, mais si tu peux peut-être approfondir tout ça.
- Speaker #0
Ça ne va pas forcément être de la méfiance, mais j'aime bien parler de système d'alarme, en fait. C'est-à-dire, et puis il y a des gens comme Isabelle Filiosa qui parlent de mon corps fait oui, mon corps fait non. Moi, je vais parler de corps, de tête, de cœur, comment on se sent quand il se passe telle chose. Est-ce qu'on a… Il y a aussi l'image de la bulle. Est-ce que la personne est rentrée dans ma bulle ? Et ça ne va pas forcément être de la méfiance, mais ça va être, il se passe quelque chose d'anormal, tiens, tiens, j'ai cette personne qui se déshabille devant moi, ah mais non, mais ça, ça ne respecte pas, ça, ce n'est pas de l'intimité, on ne respecte pas mon intimité, on m'a dit qu'un adulte n'avait pas le droit de se déshabiller devant moi, hop, alarme, et j'en parle à un adulte de confiance. Donc ça, ça ne va pas forcément être de la méfiance, mais voilà, là, on a un enfant ou une enfant qui va être outillée, qui va, voilà. qui va pouvoir parler avant que quelque chose se produise et aussi qui va pouvoir parler si quelque chose se produit aussi.
- Speaker #1
Oui, donc en t'écoutant, je me dis qu'au fond, la prévention ne passe pas tant par apprendre aux enfants à s'imifier de certaines catégories de personnes, les hommes, les femmes, les inconnus, d'autres enfants, les pointons du doigt en disant, tu sais, certains hommes, certaines femmes, etc. peuvent être dangereux. Par contre, on peut leur apprendre à repérer des comportements qui ne sont pas OK, qui dépassent leur limite, qui leur donnent un drôle de ressenti, Merci. qui leur donne envie de dire non, de partir. Et si je comprends bien, finalement, ce qu'on cherche à développer chez eux, ce n'est pas la méfiance des autres, mais la confiance en eux-mêmes. La capacité, je ne sais pas, à écouter ce qu'ils ressentent, à se dire j'ai le droit de trouver ça bizarre, j'ai le droit de dire non, et j'ai le droit, surtout, et on va en reparler plus tard, d'en parler à un adulte de confiance. Et du coup, comment on apprend ça à un enfant ? Comment est-ce qu'on l'aide à reconnaître ses limites, son intimité, son consentement ?
- Speaker #0
La base de la base, c'est de commencer par le corps, de nommer les parties du corps et de nommer correctement les parties intimes, avec les noms biologiques, et d'expliquer que ces parties-là sont à la fois normales et spéciales, que personne ne peut les toucher, que si nous on les touche, c'est parce qu'en tant qu'adultes, Donc, en tant que parent ou d'adulte de référence de l'enfant, c'est parce que l'enfant n'a pas encore la capacité, n'est pas encore assez grand ou grande pour s'essuyer, pour se laver, mais que bientôt, il va pouvoir le faire seul. Donc, voilà, la notion d'intégrité physique, de corps qui appartient à soi, ça, c'est très important. Et puis, de nommer, de pas laisser ces parties intimes qui sont comme un vide, comme si elles n'existaient pas, quoi. pas faire comme si elles n'existaient pas, c'est très important, parce que si l'enfant, s'il se passe quoi que ce soit, l'enfant va pouvoir dire en fait, même verbalement ou non verbalement, mais voilà. Ensuite, on va avoir cette notion d'intimité, donc ça va être l'intimité à la fois spatiale, à la fois émotionnelle, donc c'est-à-dire que l'intimité, ça va être, on apprend, dès la naissance, on ne change pas un bébé devant une salle remplie d'invités. Ça va être, voilà, on s'isole, on va dans la chambre, et puis on verbalise, voilà, on s'isole parce que là, on va tout changer, c'est l'intimité. Et ça, c'est des mécanismes qu'on va commencer très tôt et qu'on va répéter, répéter au quotidien. Ça va vraiment faire partie du quotidien de l'enfant. Et ensuite, plus grand, quand on va avoir, quand l'enfant va rentrer à l'école. On va aussi pouvoir lui dire, lui énoncer toutes ces règles d'or, entre guillemets, de l'intimité et de la protection. C'est-à-dire que personne n'a le droit de toucher tes parties intimes. Ça, on va pouvoir le dire dès la naissance, mais là, on a encore un autre niveau de socialisation. Et donc, personne n'a le droit de te montrer tes parties intimes, personne n'a le droit de prendre en photo tes parties intimes, de se montrer nue devant toi, etc. Donc, on a toute une liste et on va essayer d'être le plus exhaustif possible. Donc, on va vraiment avoir toute une liste de choses qui ne sont pas possibles de faire et que l'enfant va garder en tête. Et plutôt qu'une grosse discussion, excuse-moi, plutôt qu'une grosse discussion comme ça, bam, qu'on balance et puis c'est terminé. Non, non, il faut vraiment que ce discours-là fasse partie du quotidien de l'enfant.
- Speaker #1
En fait, c'est peut-être utiliser certaines situations comme prétexte pour rappeler des choses. peut-être avoir... Je ne sais pas si c'est quand même, je pense qu'une fois, quand ils sont plus grands, on peut peut-être regarder la liste en entier avec eux une fois, avoir cette conversation-là. Mais ce que tu dis, ça ne s'arrête pas à une conversation une fois, c'est vraiment à répéter régulièrement.
- Speaker #0
Complètement. Je l'ai mis dans mon cas d'activité, mon corps, mon château fort. Toute une liste de choses qu'on peut garder. On la garde sous la main et puis on va se servir aussi des occasions. Comme tu dis, c'est très important ce point que tu soulèves sur... On profite du bain pour rappeler ce que sont les parties intimes, que personne n'a le droit de les toucher. On va profiter aussi... C'est pas profiter, mais... À partir du moment où on assiste à une scène où l'intimité de l'enfant n'est pas respectée, moi, c'est ce que je racontais dans un poste récemment, j'ai accompagné mon fils en sortie. Mon fils et ma fille sortaient en même temps. En fait, il y a une enseignante qui a baissé le pantalon d'un enfant. En fait, ils étaient trois ou quatre classes assis en train de pique-niquer. Elle a baissé le pantalon et elle a fait faire ses besoins à l'enfant devant tout le monde. Et du coup, tous les enfants, ils ont ricané, etc. Parce qu'ils trouvent ça marrant, les fesses et machin. Mais en fait, j'ai trouvé ça assez violent. Et du coup, voilà, on explique. Ah ben, tu vois, regarde, il fait ses besoins. Normalement, on a besoin d'intimité pour ça. Donc, on va un peu corriger le tir. Et puis, on va développer aussi l'esprit critique de l'enfant en lui montrant. On se saisit de ces occasions-là. On a les dessins animés. On a le moment où l'enfant part loin des adultes de confiance. On part en colonie, on rappelle les règles essentielles. Voilà, personne n'a le droit de rentrer dans la salle de bain pendant que tu te douches. Voilà, des choses comme ça. Il y a plein d'occasions, en fait, qui vont être le moment de rappeler naturellement toutes ces règles et de faire de la prévention des violences.
- Speaker #1
Mais est-ce qu'à un moment donné, il ne faut pas quand même dire, il ne faut pas quand même nommer un peu le risque des violences sexuelles ? Tu vois, je me disais peut-être de lui dire... Plutôt que les hommes sont dangereux, il y a des comportements qui ne sont pas OK, qui peuvent être, est-ce que justement, je peux dire souvent, de la part des hommes, mais aussi des femmes et des enfants. Est-ce qu'à un moment donné, il ne faut pas dire de qui ce danger est possible, de qui il vient en fait, tu vois ?
- Speaker #0
Complètement, mais c'est vrai que quand on va délivrer le message, quand on va dire que personne n'a le droit, on va dire... on va dire, personne n'a le droit, que ce soit un enfant, un ado ou une ado, un ou une adulte, en fait, que ce soit, et si jamais c'est même quelqu'un que tu connais, que tu aimes, etc., moi, je t'écouterai, moi, je te croirai. Voilà, donc ça, c'est essentiel, parce que souvent, quand on s'entend bien avec des adultes, ou avec des personnes en général, l'enfant, en fait, il va se dire, oh là là, si je parle, Je risque un peu de... de briser la relation, je risque de provoquer des ennuis. Donc c'est essentiel de montrer que cet enfant, il a plus de valeur que tout ce monde-là et qu'en fait, quoi qu'il arrive, on l'écoutera.
- Speaker #1
Est-ce que notre rôle s'arrête là, de lui transmettre ses connaissances, de l'équiper au mieux pour qu'elle puisse reconnaître les comportements anormaux, etc. Ou est-ce qu'on a encore une autre responsabilité ?
- Speaker #0
C'est un peu compliqué parce que d'un côté, les enfants ne peuvent pas se protéger seuls. C'est sûr que les adultes sont les personnes les plus à même de protéger les enfants. Mais en même temps, malheureusement, on ne peut pas passer tout son temps avec l'enfant. Forcément, plus l'enfant grandit, plus il va être au contact des autres et moins il sera sous la surveillance de l'adulte. L'enfant gagne en autonomie, en indépendance, et en même temps, du coup, on va vouloir prévenir les violences sexuelles. Donc d'un côté, oui, on va avoir cette connexion à soi, cette connaissance de ce qui doit se faire, de ce qui ne doit pas se faire, et en même temps, il faut que l'adulte soit là, qu'il soit disponible pour accueillir. un dévoilement par exemple ou une information un peu je ne sais pas, étrange, suspecte mais voilà on a ce côté-là d'outiller l'enfant pour qu'ensuite il puisse reconnaître les situations anormales et ensuite venir voir un adulte de confiance ou une adulte de confiance c'est quoi ? quelqu'un qui va agir s'il se passe quelque chose quelqu'un qui va nous croire quelqu'un qui va nous protéger Et ça, c'est vraiment important dans la prévention.
- Speaker #1
Comment créer ce type de relation de confiance ? Alors, il y a plein de choses, tu vois. Mais je pense notamment, on parle parfois de cette notion de secret. Tu sais qu'il faut éviter d'avoir des secrets. Parce que justement, après, l'enfant... On peut penser que c'est normal d'avoir des secrets. Donc si un prédateur sexuel lui dit que c'est un secret entre nous, il va peut-être moins facilement venir en parler. Est-ce que c'est ce genre de choses qu'on doit éviter, notamment ?
- Speaker #0
Absolument. Et ta question, elle est vraiment trop pertinente. Pas pertinente, pas trop. Parce qu'il y a deux choses que tu dis. C'est comment on reste... en quelque sorte un adulte de confiance, c'est-à-dire comment on va rester une personne vers qui l'enfant n'aura pas peur d'aller s'il se passe quelque chose, qui va l'écouter, qui va le croire, peut-être s'il a fait quelque chose de pas bien, quand même, ne pas le punir et l'écouter, parce qu'il y a ça aussi, c'est la peur d'être réprimandée si jamais on... Par exemple, si jamais on a un ado, un pré-ado de 11 ans, et qu'on discute avec quelqu'un, et que cette personne nous balance une dick pic, oui, mais normalement, tu ne devais pas être sur Snapchat à 11 heures du soir. En fait, ce n'est pas le plus important. Le plus important, c'est que l'ado, cet enfant, soit venu nous voir et qu'il se soit senti assez en confiance pour venir nous voir, même s'il a fait quelque chose qu'il n'aurait pas dû faire. Donc, il y a ça déjà. Et puis, il y a aussi la deuxième question, cette question des secrets qui hyper importante puisque les prédateurs se servent du secret, du silence pour commettre leur fait. C'est-à-dire, on est sûr que ces enfants, que ces parents ne le croiront pas, c'est une cible facile, un enfant que ses parents n'écoutent pas. Par exemple, le secret, c'est ce que dit la civile, ça crée aussi une relation privilégiée. Oui, en fait, ce qui se passe entre nous, ça se passe avec personne d'autre. Donc, c'est vraiment quelque chose de très important. Et voilà, on va expliquer à l'enfant que les secrets entre adultes et entre enfants n'existent pas. On va lui expliquer ça. Parce qu'il y a des secrets qui nous font nous sentir pas bien du tout. Donc, si jamais... Ou qui nous font parfois nous sentir pas très bien. Donc, on sent qu'il y a un petit loup derrière. Donc voilà, à ce moment-là, il ne faut pas hésiter à aller voir un adulte. ou une adulte de confiance. Et puis, il y a aussi les secrets qu'on nous confie. Si on est un enfant et qu'il y a un autre enfant qui nous confie un secret, si jamais on sent que ce secret, ça ne nous fait pas du bien, on peut aussi en parler. Et puis, il y a ça. Les secrets qui nous font nous sentir pas bien, les secrets n'existent pas, en tout cas. On va plutôt parler de surprise. On cache un cadeau pour la fête des papas sous le lit, ça c'est une surprise. Par contre, un cousin qui vient nous voir le soir, qui vient se coucher à côté de nous, ça c'est pas une surprise. C'est pas un souci non plus. Voilà.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui, dans le comportement de notre enfant, pourrait nous alerter sur le fait que peut-être il est en train de vivre, de subir des violences sexuelles ?
- Speaker #0
Pour commencer, on peut avoir bien sûr des blessures physiques apparentes. Donc, je ne sais pas, moi, des parties génitales abîmées, rouges, des douleurs pelviennes, je ne sais pas, du sang qui apparaît, un changement de démarche, par exemple. Donc, on va avoir tout ça qui va être un signal évident d'un problème. Ensuite, on peut avoir les changements de comportement, c'est-à-dire tout ce qui va concerner une régression, par exemple de l'énurésie, de l'anthroprésie. On peut avoir, je ne sais pas, des terreurs nocturnes, un sommeil troublé, de l'anxiété, de la phobie, des situations d'évitement, des comportements d'évitement. Il va aussi y avoir des accès de colère, des relations… très compliqués aux autres, une chute de notes, de résultats scolaires, ou au contraire, des résultats spectaculaires d'un seul coup. Donc, il peut y avoir beaucoup, beaucoup de changements. Après, ce qui va compter aussi, c'est la façon dont on va poser les questions, c'est-à-dire comment on va investiguer. Et ça peut être en posant des questions ouvertes. Et puis, on peut faire ça en plusieurs étapes, parce que l'enfant ne va peut-être pas nous dévoiler ça d'un coup. on va pouvoir dire « voilà, j'ai remarqué qu'en ce moment, je ne sais pas, tu as l'air d'avoir changé, j'espère que s'il y a un problème, tu viendras me voir, moi je suis là, tu peux m'en parler maintenant ou plus tard » . Et pour les tout petits enfants, désolée, ma réponse est un peu longue. Tu vas pouvoir, juste avec des jeux et des imitations, tu vas avoir des petites poupées, une maison, qu'est-ce qui se passe au moment du coucher. On va rester à côté de l'enfant. On va dire, toi, est-ce que tu peux me montrer comment ça se passe quand tu vas prendre la douche ? Pourquoi ce petit bonhomme-là, il est comme ça ? Et c'est très important parce que souvent, malheureusement, Bonne journée. Il y a des questions qui sont mal posées. Ça ne va pas être des questions ouvertes. En fait, ça va biaiser le truc. Donc, il faut vraiment veiller à poser des questions vraiment ouvertes, pas orienter le truc. Est-ce qu'on t'a touché les fesses ? Est-ce qu'on t'a fait ci ? Est-ce qu'on t'a fait ça ? Non, ça, on va éviter. On va dire, voilà, comment ça se passe ? Comment tu te sens quand tu vas te coucher ? Et ensuite, qu'est-ce qui s'est passé ? Voilà, on va laisser la porte aussi... grande ouverte que possible pour accueillir la parole.
- Speaker #1
D'accord. Pourquoi, parce qu'on en parlait en coulisses, pourquoi, selon toi, c'est justement une bonne chose que nos enfants, nos filles, mais nos enfants en général, sachent dire, désobéir, sachent dire non ? Parce que, est-ce que finalement, une fille ou un enfant en général qui sait qu'il a le droit de dire non à ses parents ou à un adulte, il va être plus capable de se protéger aussi face à un autre enfant ou un autre adulte ?
- Speaker #0
Effectivement, ça c'est une question, parce qu'on vit dans une société où on attend des enfants qui soient obéissants, qui obéissent aux doigts et à l'œil. Pour moi, le plus important, c'est de favoriser l'autonomie de l'enfant. Moi, ce que j'apprends à mes enfants, c'est que si jamais quelqu'un veut toucher leur corps et qu'ils ont dit non, veut toucher leur partie intime, que ce soit un adulte, un enfant, un ado, qu'ils apprennent à... Crier très fort, laisse-moi tranquille. Ça, je l'ai chopé sur le site de la Fondation Marie-Vincent qui fait un super boulot, qui n'hésite pas à crier de toute leur force sur cette personne pour l'éloigner en fait. Et aussi pour ensuite aller se mettre en sécurité. Et en fait, là, oui, j'apprends un enfant à crier sur un adulte.
- Speaker #1
Si en général, il n'a jamais le droit de crier, peut-être que le jour J, ça ne va pas sortir. Est-ce que c'est ça ton point ?
- Speaker #0
C'est un peu ça, en fait. C'est-à-dire que je ne vois pas comment, en fait, on peut apprendre l'obéissance absolue aux adultes et en même temps vouloir qu'un enfant sache repérer des situations anormales. Je ne vois pas du tout comment on peut faire les deux. Alors, bien sûr, il y a cette question de politesse. Bien sûr, il y a cette question de respect. Mais voilà, moi, je pense qu'il faut arrêter de mettre une pression folle sur les petites filles pour qu'elles soient sages, qu'elles soient toutes belles, bien coiffées, bien habillées. Non, le plus important, c'est vraiment que l'enfant ait un esprit critique. Il faut aussi apprendre que les filles ne sont pas des poupées et que les garçons non plus. Et que parfois... Ils ne vont pas toujours nous écouter. On a aussi parlé de cette phrase d'Andréa Bespon qui disait qu'il fallait arrêter avec cette obéissance absolue et qu'un enfant, c'est ce qui avait fait que son agresseur avait pu agir en toute impunité parce qu'elle devait obéir aux adultes en permanence. Donc, on lui disait « déshabille-toi » , elle se déshabillait et puis c'était terminé. Cette obéissance absolue, elle va… elle va aussi pour moi entraîner un manque de confiance envers l'adulte. C'est-à-dire que s'il se passe quelque chose, on va tellement avoir peur d'avoir désobéi qu'en fait, on ne va pas le dire. Et donc, d'être aussi une figure de confiance suffisamment solide pour l'enfant, quel que soit son âge. Après, il y a Elodie Da Silva qui fait beaucoup de prévention du harcèlement scolaire qui recommandait, et je trouvais ça superbe, de laisser un temps. où l'enfant peut tout nous dire. C'est-à-dire, on s'assoit sur le canapé, c'est le canapé du... Je ne sais plus comment elle appelait ça, mais en tout cas, le canapé de la vérité, je ne sais pas. Et en gros, on passe quelques minutes sur le canapé et on dit tout. C'est-à-dire, et on est sûr qu'on ne se fera pas disputer. Donc, je trouve que c'est un super concept. C'est un super concept parce que, voilà, c'est vraiment important de garder cette porte ouverte, en fait. Mais ça demande encore une fois de remettre en question tout ce qu'on nous a appris, toute notre place d'enfant qu'on nous a donnée, c'est-à-dire un être qui a le droit de parler, qu'on peut écouter. et qui n'a pas de... sans rapport de domination avec l'adulte. Entre l'adulte et l'enfant. Oui, donc finalement, comme on l'a déjà dit, la prévention, elle consiste pas tant à prendre aux enfants à se méfier des autres qu'à avoir confiance en eux-mêmes, en ce qu'ils ressentent, et aussi dans le fait qu'il existe des adultes vers qui ils peuvent se tourner. Et je trouve qu'au fond, ça donne une vision beaucoup plus positive, en fait, de la prévention, parce qu'on transmet pas seulement, en tout cas, des outils pour éviter un danger, on leur transmet des compétences. qui vont leur servir toute leur vie, en fait. Écouter leur intuition, reconnaître leur limite, faire confiance à leur ressenti, tout ça, c'est... Voilà, c'est des choses qui vont leur servir toute leur vie. Et je trouve aussi que c'est positif, parce que ça nous oblige à changer notre regard sur les enfants. Tu vois, à plus trop les voir comme des petits êtres vulnérables, fragiles, qu'il faudrait protéger en décidant tout à leur place, mais comme des personnes à part entière qui ont déjà en elles quelque chose de précieux, je sais pas, une intuition, un ressenti. Là, je pense que je suis très inspirée par... mon échange avec Alice Amoureux de Petit Corps Super Pouvoir, et cette idée que les enfants, ils ont petit corps, mais leur corps c'est un super pouvoir à plein d'égards, et là c'est ça ce à quoi ça me fait penser. Et comme tu viens de le dire aussi, ça nous oblige un peu à renverser notre rapport aux enfants, d'une logique où l'adulte il sait tout, où l'enfant, on en a parlé, doit être sage et obéir, vers une relation où on considère que... que ce que l'enfant ressent a de la valeur, que son nom mérite d'être entendu. Voilà, et ça me donne des frissons rien que d'en parler, mais je trouve que c'est quelque chose qui peut être vu de manière beaucoup plus positive.
- Speaker #1
Complètement, complètement, puisque vraiment, on va favoriser l'écoute de soi aussi. Ça va être aussi l'écoute des autres, respecter le consentement des autres, c'est formidable. Mais voilà, c'est... Ça va vraiment favoriser le respect mutuel et puis l'écoute de ses émotions aussi.
- Speaker #0
Et je trouve que ça change aussi beaucoup de choses pour nos parents, parce que quand on regarde ce sujet uniquement à travers la peur, la méfiance, on peut vite, moi je trouve, se sentir paralysée, tu vois, ne pas savoir comment on s'est même peut-être pas avoir envie trop d'aborder ces sujets-là avec notre enfant. Alors que quand on regarde de la manière dont je viens de l'énoncer, grâce aussi à notre échange, de manière plus positive, alors là... En tout cas, moi, maintenant, là, c'est bon. Tu vois, après cet échange-là, j'ai tout de suite envie de m'y remettre, de lui relire un livre ce soir. Je pense au livre « Mon corps est à moi » . Enfin, je profonde toujours le titre « J'aime mon corps » , pardon, de Niki Luna et Julienne Davidas, je crois. Ouais, c'est ça. Tu vois, j'ai tout de suite envie de m'y mettre, quoi. Donc, c'est ça qui est chouette aussi. Donc, trop bien.
- Speaker #1
Merci beaucoup. Je suis contente que tu le vois comme ça.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Est-ce que tu veux nous en dire un petit peu plus aussi sur ton actualité ? Peut-être faire un cap aussi des ressources, parce que tu partages énormément de ressources. Et où est-ce qu'on peut les trouver ?
- Speaker #1
Avec plaisir. Du coup, tout à l'heure, on va commencer par ce dont on a parlé. J'ai parlé de mon guide « Parents informés, enfants protégés » . Il y a un guide pour éduquer et prévenir les violences sexuelles. qui est très... qui veut vraiment... donner des choses actionnables pour les parents et les pros de l'enfance, pour faire de la prévention, encourager l'apprentissage du consentement, de l'intimité, comment dire ça, aussi prévenir le harcèlement scolaire. On a aussi mes cahiers d'activité Mon Corps, Mon Château Fort, donc les premiers cahiers d'activité dédiés à l'apprentissage du consentement, de l'intimité, la reconnaissance des adultes de confiance. Il y a aussi un travail sur les émotions et d'autres choses. Un rappel sur les droits de l'enfant. Et puis ensuite, il y a tout plein de supports qui sont vraiment géniaux pour les enfants. On a, je ne me souviens plus du nom du livre. On a les livres de Mylan Chapiron. C'est « Interdit de me faire du mal » , je crois. Oui, Alors, tu dois l'avoir.
- Speaker #0
Oui, je l'ai mis, mais je l'ai, oui.
- Speaker #1
Voilà, ceux-là, ils sont géniaux aussi. C'est ce qu'on appelle des albums à structure répétitive. Donc là, je te sors le jargon des profs, là. Mais du coup, c'est hyper, c'est génial pour la mémorisation, pour les enfants. Et ça leur apprend que personne n'a le droit de toucher, que ce soit un copain, que ce soit quelqu'un de très sympa ou quelqu'un de moins sympathique, adulte, enfant, ado, bref. on a aussi le podcast de Logite Arrivé c'est quoi l'amour maîtresse qui est génial elle a fait un super travail et puis on a mon corps est un trésor aussi qu'on peut télécharger gratuitement voilà j'en oublie j'en oublie les petits illustrés de l'intimité enfin moi si tu veux tu pourras Merci. Peut-être mettre un lien. J'ai fait des posts sur des recos. Voilà.
- Speaker #0
Je mettrai un maximum de ressources dans la légende du podcast. C'est tout ce qui me menait là.
- Speaker #1
Je te remercie en tout cas pour l'invitation, Alexandra.
- Speaker #0
Un grand plaisir. À bientôt peut-être.
- Speaker #1
À bientôt.
- Speaker #0
Au revoir. C'est déjà la fin de cet épisode. J'espère qu'il t'a plu et surtout qu'il t'a donné envie de réveiller un petit grain de rébellion en toi et de révéler celui de ta fille. Si tu penses qu'il pourrait inspirer une autre maman autour de toi, partage-le lui. Et si tu veux me donner un coup de pouce pour faire grandir cette démarche, tu peux laisser 5 étoiles et un petit mot doux, ça compte énormément. A très vite !