- Speaker #0
Hello et bienvenue dans Passage, le podcast qui libère les filles et leurs mamans. Moi c'est Alexandra, maman de Rose, une petite tornade de presque deux ans et demi, à l'énergie débordante et au caractère bien trempé. Et tu sais quoi ? Même si ce n'est pas toujours de tout repos, savoir sortir ses épines, c'est vraiment tout ce que je lui souhaite. Alors j'ai créé ce podcast pour moi et pour toutes les mamans qui veulent élever leurs filles autrement. Pas sage, pas modèle, pas gentille à tout prix, mais confiante, libre d'être elle-même et bien dans leur basket. Des petites filles qui savent et sauront plus tard dire non, poser leurs limites, s'aimer telles qu'elles sont, qui n'auront pas peur d'essayer d'échouer et qui sauront se faire reconnaître à leur juste valeur. Alors ici, on va démonter les injonctions, les stéréotypes et tous ces vieux réflexes qu'on pensait normaux. Tu sais les fameux « t'es pas belle quand tu fais la tête » . On va parler d'estime de soi, de confiance, de rapport au corps, aux émotions. On va parler de nos filles, mais aussi de nous. Parce qu'éduquer autrement, ça commence souvent par se libérer soi-même. Alors au fil des épisodes, je te partagerai des réflexions incarnées, des clés concrètes, et des voix d'experts. Et surtout, une grande dose de soutien et de déculpabilisation. Parce que nous aussi, on mérite mieux qu'être sages. Alors, prêtes à bousculer les règles ?
- Speaker #1
Bonjour Christelle. Bonjour Alexandra.
- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast Passage.
- Speaker #1
Merci à toi de cette invitation.
- Speaker #0
Alors, peut-on élever une fille libre tout en lui posant des limites ? C'est la question à laquelle j'ai envie de t'inviter à répondre aujourd'hui avec nous. Et pourquoi toi ? Parce que quand j'ai commencé à m'engager dans cette démarche de vouloir élever une fille confiante, bien dans ses masques, parce qu'elle est libre d'être elle-même, et que j'ai commencé à comprendre à quel point mon approche éducative, évidemment celle de mon conjoint aussi, avait un impact sur sa confiance en elle, son estime d'elle-même, sa capacité à dire non, à poser des limites. Eh bien, je me suis un peu confrontée à un petit dilemme, c'est qu'à un moment donné, j'ai bien vu qu'il était quand même important que je pose des limites. Mais j'avais toujours cette petite boule au ventre parce qu'il y avait une partie de moi qui avait vraiment très peur de la brider dans justement le développement de son affirmation d'elle-même. Et c'est en suivant ton approche et notamment ta formation « Poser des limites avec bienveillance » que j'ai quand même eu ce petit déclic de me dire en fait, non seulement poser des limites, enfin les limites sont essentielles. Mais en plus, c'est peut-être finalement une condition aussi pour élever des filles libres. Et du coup, la vraie question qu'on va peut-être se poser aujourd'hui, c'est est-ce que poser des limites ne serait pas justement l'une des conditions pour aider nos filles aujourd'hui, pour aider nos filles à grandir libres ? Tu as quatre heures.
- Speaker #1
Il me faudra bien ça, je pense.
- Speaker #0
Mais donc, en tout cas, merci d'être là pour en parler aujourd'hui avec nous, parce qu'en plus, je sais aussi un sujet qui revient régulièrement dans mes conversations sur Insta avec mes abonnés. Je sais que je ne suis pas la seule à me retrouver dans cette situation un petit peu délicate. Donc, trop bien de t'avoir aujourd'hui avec nous pour que tu puisses éclairer un petit peu ça.
- Speaker #1
Merci pour ta confiance déjà. Et puis, j'ai hâte qu'on plonge dans toutes ces questions. En fait, le sujet des limites, c'est un sujet que je trouve passionnant parce qu'il est à la croisée de l'éducation, des questions de pouvoir, des questions d'affirmation de soi, comme tu l'as souligné. Donc, il y a de quoi dire.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux aussi peut-être te présenter en quelques mots pour ceux qui ne te connaisseraient pas et peut-être nous dire aussi, j'aime bien savoir, qu'est-ce qui toi t'a motivé à prendre la parole sur tous ces sujets-là ? Alors c'est ton métier aujourd'hui, mais tu fais bien plus finalement que vendre des formations. Je trouve que ton compte Insta, c'est vraiment un lieu où tu prends la parole, où tu affirmes justement un certain nombre de positions. Qu'est-ce qui t'a motivé à te lancer dans tout ça ?
- Speaker #1
Alors, Oui, peut-être une petite présentation. Je m'appelle Christelle, je suis maman de deux garçons. Pour moi, la question d'élever des filles se pose différemment, en tout cas, qui ont 10 et 8 ans. Je le précise parce que je trouve qu'on n'a pas le même regard sur la parentalité quand nos enfants sont bébés, quand ils ont 2 ans, 4 ans, 10 ans. Donc ça a une importance à mon sens. Et en fait, j'ai commencé à accompagner les familles en tant que doula. Donc vraiment au moment de la naissance des enfants, de la grossesse, de la naissance. Et puis petit à petit, les questions de parentalité ont un peu surgi dans ma pratique parce que des parents que j'accompagnais autour de l'arrivée d'un enfant avaient déjà parfois d'autres enfants. Et en particulier quand ils avaient déjà un enfant et que c'était le deuxième qu'ils accueillaient, il y avait souvent la question des émotions de l'enfant aîné qui arrivait sur le tapis dans les questions des parents en postpartum notamment. puisque je voyais les parents pendant la grossesse, la naissance, le postpartum, et la question de la colère des enfants, de la jalousie, de l'expression des émotions. J'ai commencé à s'inviter dans ma pratique. Évidemment, moi, de mon côté, j'avais commencé à... En étant maman, je m'étais, comme beaucoup de mamans, formée, finalement, à la parentalité de mon côté. Et avec l'appui des choses que j'avais déjà pu travailler sur un plan professionnel, avec qu'est-ce que c'est qu'accueillir un bébé, en fait. Et petit à petit, j'ai commencé à développer des ressources, en fait, plutôt axées sur la parentalité. Et à laisser un peu de côté et derrière moi la dimension naissance pour vraiment me pencher plus sur la parentalité et sur tout ce qu'elle recouvre, notamment à travers la théorie de l'attachement, la communication non violente et les droits de l'enfant, qui sont un peu les trois piliers de ma pratique et de ma démarche.
- Speaker #0
Ok, trop bien. Alors, je pense, je me disais aussi en préparant l'interview, Je pense que si ça a été... Un petit peu compliqué pour moi de poser des limites, c'est aussi parce que je me suis dit, de toute façon, la société va en poser à ma fille. Et je voulais trouver peut-être un juste équilibre, tu vois. Est-ce que toi, tu confirmes ça, qu'on a peut-être encore tendance à attendre de des filles qu'elles soient plus sages, qu'elles respectent plus tes limites, que les garçons, à être peut-être plus laxistes avec les garçons ? Est-ce que c'est quelque chose que tu peux observer aussi chez tes clients ou en général ?
- Speaker #1
Alors... C'est une question qui est hyper intéressante. Moi, je ne l'observe pas vraiment chez les parents que j'accompagne. Et je pense que c'est hyper difficile de le percevoir, en fait, de le mesurer, de le percevoir. Mais ce qu'on observe, c'est que ce que la sociologie et les féministes ont commencé à démontrer, c'est qu'en fait, le genre, il se construit avec un rapport particulier aux limites. Pour le faire plus simplement. En fait, les filles vont plus souvent se conformer aux règles et à ce qui est attendu d'elles. Et les garçons vont avoir plutôt tendance à se construire à travers la transgression. Il y a quelque chose qui est hyper frappant quand on commence à penser des choses sur cet angle-là, c'est de voir que les personnes qui sont incarcérées aujourd'hui dans notre pays, c'est plus de 90% des hommes. C'est-à-dire que les auteurs des transgressions des limites de notre société sont dans une écrasante majorité. des hommes. Et en fait, ce constat-là, il ne part pas de... Il ne surgit pas comme ça, en fait, à l'âge adulte. Ça y est, les délinquants sont tous des hommes et puis les filles deviennent des femmes qui respectent les règles et qui sont hyper conformes à ce qui est attendu d'elles. Évidemment, s'il y a ce constat-là, c'est parce qu'en fait, en amont, on n'a pas du tout... Les garçons et les filles ne se construisent pas du tout de la même manière par rapport aux règles, en fait, et aux limites, etc. Et ça, ça se retrouve dans la culture, par exemple. Je vais te donner un exemple hyper concret qui te parlera peut-être et qui parlera peut-être aux autres parents qui nous écouteront. J'ai relu récemment avec mes enfants Harry Potter. Donc évidemment, comme ils sont un peu plus grands, on en est là dans l'accès à la culture. Et en fait, j'ai été hyper frappée de voir que tous les personnages masculins, les héros masculins transgressent. plein de règles de l'école, même de la société des sorciers, etc. Pour ceux qui connaissent un petit peu l'univers Harry Potter. Alors que les personnages féminins, et notamment Hermione, c'est la petite fille modèle, quoi. Alors elle est... Elle a ce rôle d'intellectuelle et tout, mais elle est toujours celle qui rappelle les garçons à la règle, en fait. Et dans plein d'éléments de la culture, en fait, si on regarde dans les livres, dans les petits dessins animés, les séries, etc., les filles vont souvent avoir ce rôle rappeler les garçons à la règle. Mais tu ne peux pas faire ça, c'est interdit. Mais on ne peut pas... Alors, elles vont parfois essayer de contourner un petit peu, de rester dans... De faire quand même... Elles vont avoir souvent l'intelligence de faire quand même leur petite tambouille, leur petite sauce, leur petit plan, leur petit secret, mais tout en restant dans le cadre du groupe dans lequel elles évoluent, en fait. Là où les garçons vont toujours être représentés comme... On peut transgresser. C'est cool de transgresser. Ce n'est pas grave de transgresser. Si on transgresse, mais qu'on reste un bon garçon, finalement, c'est OK de le faire, en fait. Et ça, c'est hyper marqué. Quand on commence à regarder les contenus que voient nos enfants sous cet angle-là, c'est assez frappant, en fait, de l'observer.
- Speaker #0
Donc, il ne faut pas s'étonner, après, si c'est ce qui se passe. Oui,
- Speaker #1
complètement.
- Speaker #0
En t'écoutant, j'ai encore une fois la partie de moi un peu rebelle qui a envie de pousser ma fille à transgresser les règles. Mais c'est pour ça que tu es là, pour nous rappeler que non, les limites sont essentielles. Donc est-ce que tu peux nous dire pourquoi elles le sont ? Et moi, ce qui m'a beaucoup aidée dans ce que tu dis dans ta formation notamment, c'est qu'elles construisent des choses essentielles chez les enfants, pas que chez les petites filles, chez les enfants en général. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ça ?
- Speaker #1
Oui. J'ai noté dans les petites notes trois choses qui me paraissent essentielles. D'abord, la limite, elle est protectrice pour l'enfant. Donc ça, c'est super important de se rappeler ça, en fait. C'est que quand on dit à notre enfant « ne cours pas au bord de la route » , il y a une limite. En fait, on ne peut pas courir au bord de la route ou jouer au ballon au bord de la route. C'est évidemment parce que c'est dans un souci de protection de notre enfant. Puis il y a un deuxième niveau un petit peu, ça fait un peu comme des bulles, là, donc il y a le premier niveau limite protectrice de l'enfant. Il y a le deuxième niveau qui est parfois déjà un petit peu plus difficile à percevoir sous cet angle-là, c'est les limites qui sont protectrices pour le groupe famille. C'est-à-dire qu'on a besoin de limites qui permettent à ce que la vie en famille, elle soit agréable et sécuritaire pour l'enfant, mais aussi pour le parent. L'exemple que je donne dans « Poser les limites avec bienveillance » , que je vais réutiliser là, c'est si par exemple on dit « On ne boit pas de jus de fruits sur le canapé » . Alors, on peut se dire que c'est une règle un petit peu arbitraire, etc. Ça peut l'être. Mais il y a peut-être aussi un sens pour nous derrière de se dire, en fait, s'il y a du jus de fruits qui se renverse sur le canapé, mon enfant va être dans un environnement qui ne sera pas propre ou sain, etc. Et puis, ça, c'est une première limite. On va nettoyer, etc. Mais justement, le fait de se donner du travail supplémentaire fait qu'on va être peut-être moins disponible, qu'on va avoir moins de patience pour notre enfant. et donc en fait ça a un impact sur la qualité de présence qu'on va avoir avec notre enfant. Et puis la troisième grosse bulle, que tu as déjà un peu évoquée toi-même de ton côté depuis le début de notre petit échange, c'est les limites qui vont permettre à notre enfant d'évoluer dans le groupe société. Et ça, c'est aussi hyper important, parce qu'évidemment, on veut que nos enfants soient en capacité de s'affirmer, de se positionner, de faire entendre leur voix. Mais, et tu le pointais du doigt, on ne veut pas forcément en faire non plus des délinquants qui vont transgresser toutes les règles, ne respecter personne et mettre à bas toutes les règles de la société c'est pas forcément ça qu'on veut non plus évidemment et en plus de ça on sait que pour qu'un être humain se sente bien dans ses baskets quel que soit son âge il faut qu'il se sente inclus dans un groupe donc on a besoin d'être inclus dans le groupe et pour ça pour que nos enfants ils se sentent bien parce qu'ils se sentent inclus dans le groupe, il faut qu'ils respectent certaines règles. Donc notre rôle, c'est aussi de leur apprendre, dans une certaine mesure, à savoir se conformer, parfois. Parce que sinon, ils vont se retrouver marginalisés, ils vont se retrouver ostracisés, et ça, c'est une énorme source de souffrance pour les humains. Donc ?
- Speaker #0
Alors, du coup, tu nous as convaincus ? Maintenant, comment on fait pour le faire d'une manière qui soit saine ? qui soient bienveillantes et peut-être justement qui nous permettent aussi de transmettre une compétence, que ça c'était un autre avantage à finalement poser des limites, c'est qu'on leur apprend, enfin je spoil un peu, c'est toi qui vas nous dire, mais on leur apprend du coup à eux-mêmes poser des limites avec bienveillance.
- Speaker #1
Oui, le fait d'apprendre à notre enfant, enfin de poser des limites devant notre enfant, parce que c'est important de voir aussi que ce n'est pas forcément que les limites qu'on pose. à notre enfant. Ça peut être aussi les limites qu'on pose pour nous-mêmes devant notre enfant, qu'on pose à notre partenaire, qu'on pose à notre enfant, qu'on pose à un autre adulte. Et ça, en fait, les enfants, ils le modélisent, c'est-à-dire qu'ils l'observent et que par mimétisme, par imprégnation, en particulier nos filles, vont du coup s'autoriser à poser certaines limites et peut-être moins s'autoriser à poser certaines autres limites. Par exemple... Comment notre fille nous voit poser des limites dans notre vie professionnelle ? Est-ce que c'est facile pour nous de poser des limites dans notre vie professionnelle ou pas ? Parce que nos enfants, ils le perçoivent très vite et très bien, ça. Quand on a les discussions avec notre partenaire, « Oh, je n'ai pas osé dire non à mon chef » ou « Oh, telle cliente, ça manque équide, mais j'ai dit oui quand même » , etc. Bon, les limites qu'on pose à nos partenaires ou à notre famille, les limites qu'on pose à d'autres enfants, etc. Il y a peut-être des sphères de nos vies où on pose plus facilement des limites que d'autres.
- Speaker #0
Et du coup, comment... Comment on pose ces limites plutôt vis-à-vis de l'enfant ? Comment on les pose sainement et avec bienveillance ?
- Speaker #1
Alors, je m'étais noté trois choses que j'avais vraiment envie de partager là. D'abord, on l'a déjà dit, mais la limite, elle est protectrice pour l'enfant. Ça, c'est hyper important de l'avoir en tête. Et ça veut dire en fait que l'enfant, il est inclus dans une limite qui nous concerne aussi finalement. C'est-à-dire que ce n'est pas moi qui pose une limite à mon enfant. que moi je ne vais pas respecter. C'est une limite qui nous inclut dans un groupe ensemble. Par exemple, la limite de « dans notre famille, on ne tape pas » . Et ça s'oppose au fait d'user son pouvoir pour affirmer sa propre autorité, sa propre force. C'est-à-dire que la limite ne doit pas être là pour que l'adulte se sente puissant face à son enfant. Elle doit être claire et cohérente. Si par exemple, encore une fois, avec taper c'est facile, si par exemple on dit à notre enfant qu'il ne faut pas taper et que quand il tape, on le tape, quelle est la cohérence ? Il y a des limites qui sont effectives pour les enfants et pas pour les adultes, Mais il faut quand même qu'il y ait une cohérence. et une clarté aussi dans ce qu'on attend de notre enfant. Si parfois, quand il tape, ce n'est pas grave et puis parfois, quand il tape, ça nous met dans des colères stratosphériques et on se met, nous, à le taper en retour pour lui apprendre à ne pas taper, évidemment, pour l'enfant, ce n'est pas clair du tout et ce n'est pas sain du coup parce que ça veut dire que ça devient arbitraire. Et la troisième chose, donc on a dit protectrice, claire et cohérente, la troisième chose, le fait qu'elle soit cohérente ne veut pas dire qu'elle doit être figée. En fait, ça doit rester humain. Alors, il y a des limites qui vont sans doute être non négociables et un peu immuables. Chez nous, par exemple, c'est le fait de ne pas taper. Ça, c'est comme dans n'importe quelle circonstance, c'est une limite qu'on ne franchit pas. Mais néanmoins, il y a peut-être des limites qui vont être malléables en fonction des circonstances, en fonction de l'état de fatigue de notre enfant, en fonction de son âge, en fonction de la situation. On est en vacances, on n'est pas en vacances. il y a certains cadres qu'on va pouvoir élargir ou pas. Ça, c'est important parce que souvent, c'est quelque chose qui nous questionne beaucoup. Oui, mais là, j'ai dit non pour un quatrième bonbon. Mon enfant ne va pas comprendre. Nos enfants comprennent très bien si on leur explique simplement. Si on leur explique simplement, là, allez, c'est le week-end, c'est les vacances, on se fait un petit extra. On se fait une petite exception. Voilà, c'est OK, en fait, dans la vie, de se faire des petites exceptions.
- Speaker #0
Et ça, ça me fait penser à... La question, c'était aussi, du coup, quelles compétences on leur enseigne. Et tu vois, j'ai l'impression que ça, c'est hyper précieux d'enseigner ça à nos filles aussi. Qu'on peut aussi être flexible sur des limites qu'on s'est posées à soi ou que d'autres nous posent.
- Speaker #1
Mais tu as tout à fait raison de le souligner. D'autant plus que ça fait écho à ce qu'on disait tout à l'heure. C'est qu'on sait, la sociologie nous le montre maintenant, que les femmes ont plus tendance à se conformer. à ce qui est attendu d'elle, aux règles. Ça veut dire aussi que quand on se pose une règle, un objectif, quelque chose qu'on a dit qu'on allait faire, on a souvent un sens de l'engagement qui est différent aussi. Si je peux transgresser les règles de la société, c'est facile de transgresser les engagements que je prends avec moi-même. Si à l'inverse, je me suis construite avec l'idée que quand il y a des règles, il faut s'y conformer, que quand on est engagé à quelque chose, il faut s'y tenir jusqu'au bout, ça veut dire que quand on prend un engagement en tant que femme, où parfois on n'a pas forcément tous les tenants et les aboutissants de ce que ça signifie en réalité pour nous, surtout dans une société qui ne nous veut pas toujours du bien, du coup, on peut avoir tendance à rester engagé dans un processus ou dans une relation ou dans quelque chose qu'on a engagé justement parce qu'on ne veut pas poser de limite en fait, parce qu'on croit que la limite qu'on a posée est très loin et que du coup, on n'a pas le droit de rapprocher la limite. Et ça va dans les deux sens. C'est-à-dire que là, du coup, on fait un petit crochet par des notions de consentement qui serviront grandement à nos filles plus tard. Ce n'est pas parce qu'on a dit oui à quelque chose qu'on ne peut pas dire non juste après. Et inversement, ce n'est pas parce qu'on a dit non à quelque chose qu'on ne peut pas changer d'avis et dire oui.
- Speaker #0
Et donc, du coup, pour résumer, finalement, poser des limites avec bienveillance à nos filles, c'est à la fois leur apprendre à... Comment on pose des limites avec bienveillance. Et ça, ça leur sera aussi très utile. Et à la fois, comment on peut aussi trouver une forme de flexibilité dans tout ça pour se respecter. Donc, hyper chouette en fait. Ça donne envie, non, du coup ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y a un terme qu'on n'a pas posé et qui fait tout à fait référence à ce dont on vient de se parler, c'est la notion de limite personnelle en fait. C'est-à-dire qu'il y a les limites, on va dire, du groupe, et puis il y a nos limites personnelles. Et ces limites personnelles-là, souvent, c'est celles qui vont avoir le plus de variabilité. Parce que, encore une fois, on n'est pas des robots, et ça c'est le cas pour les adultes comme pour les enfants. On n'a pas le même seuil de tolérance à tout et n'importe quoi, d'un jour à l'autre en fait. Il y a des jours où je tolère plus que mon enfant crie, joue bruyamment à côté de moi. Il y a d'autres jours où en fait, non, j'ai vraiment besoin que cet espace dans lequel je suis, du salon, soit un espace de calme. Et je vais poser une limite personnelle que peut-être je n'aurais pas posée la veille. Et ça ne fait pas de moi une maman incohérente. À partir du moment où c'est formulé avec ce que je vais appeler la congruence, qui revient beaucoup dans mon travail et dans ma démarche, de chacun... peut exprimer ce qu'il ressent et ce dont il a besoin. Et on essaie, voilà, chacun de s'adapter, en fait, aux besoins qu'on a les uns et les autres. Et bien sûr, ça fonctionne si l'enfant aussi est autorisé à exprimer ses besoins et ses limites aussi. Ok, trop bien.
- Speaker #0
Alors, qu'est-ce qu'il fait selon toi ? Pourquoi, selon toi, moi, j'ai eu du mal à poser des limites ? Est-ce qu'il y a des parents qui ont plus de mal qu'eux ? D'autres, est-ce que les mères ont en général plus de mal que les pères ? Et si oui, en fait, à quoi ce serait lié, selon toi ?
- Speaker #1
Alors, oui, clairement. Ça, par contre, je le vois chez tous les couples que j'accompagne, dans toutes les familles que j'accompagne. Les mères ont globalement plus de mal à poser des limites que leurs partenaires, ou que le père s'ils ne sont plus en couple conjugal. Évidemment ! Là encore, ça va dépendre. Certains pères vont poser plus de limites sur, par exemple, la question, je ne sais pas, n'importe quoi, du bruit. Les mères vont peut-être poser plus de limites sur la question de l'hygiène, etc. Il y a quand même des zones, des domaines de compétences un peu respectifs, on va dire. Mais globalement, dans la grande globalité, les hommes posent beaucoup plus de limites facilement aux enfants. Ils tiennent aussi plus facilement les limites qu'ils posent. Et ils se font aussi souvent mieux entendre. Ce qui, à mon avis, entraîne aussi une... C'est-à-dire que quand ils posent une limite, la limite est plus facilement respectée par l'enfant. Ce qui fait que peut-être aussi les mères, petit à petit, en posent de moins en moins, parce que, de toute façon, les limites qu'elles posent ne sont pas respectées.
- Speaker #0
C'est assez paradoxal, par rapport à tout ce qu'on a dit, qu'ils transgressent plus facilement les limites, mais ils savent mieux les poser, alors.
- Speaker #1
Oui, c'est très paradoxal, effectivement. C'est très paradoxal encore que moi, je pense qu'il y a une des raisons pour lesquelles les mères... C'est multifactoriel, évidemment. Mais il y a une des grandes raisons pour lesquelles, à mon avis, les femmes ont plus de mal à poser des limites dans la relation avec des enfants, c'est que les mères vont beaucoup plus se demander si c'est une bonne limite, en fait. En tout cas, je vois tellement de mamans se demander si la limite est bonne, en fait. Est-ce que là, je suis légitime à poser cette limite ? Est-ce que là, j'ai bien mis le curseur ? Est-ce que là, j'ai bien formulé ma limite ? Est-ce que là, les pères ne se posent, dans l'immense majorité des cas que moi, j'ai pu accompagner ? En tout cas, jamais la question de savoir si la limite est bonne. Ils la posent et puis basta, quoi. On passe à autre chose. Elle est posée, elle est respectée et puis c'est fini, quoi. Tandis que les mères sont là après, deux jours après, encore à se demander, mais est-ce que j'ai bien fait de lui poser cette limite-là ? Tu vois ? Donc, finalement, il y a quand même une petite cohérence et une petite logique. Et puis, je pense aussi, alors ça, c'est quelque chose qui, pour moi, est aussi important de souligner. Je pense aussi que pour certaines mères, c'est plus difficile de poser les limites. Et notamment pour les mamans, et ça va sûrement parler aux femmes qui nous écoutent, pour les mamans qui sont engagées dans une parentalité respectueuse de leurs enfants. Parce qu'en fait, on a conscience que... notre façon d'interagir avec notre enfant a un vrai impact. Et on veut respecter leur consentement, on veut respecter leur individualité, leur laisser l'espace de s'affirmer, tous les enjeux que tu soulevais finalement en introduction de notre échange. Et du coup, forcément, ça nous pose davantage de questions. Et d'autant plus si notre partenaire n'est pas aussi engagé que nous dans cette démarche-là. C'est-à-dire que si je vois que mon partenaire est trop... autoritaire, trop dans l'éducatif et pas assez dans l'accueil des émotions, la régulation émotionnelle, je vais compenser en me disant, mon enfant a besoin qu'on accueille ses émotions, il faut que je me mette à son écoute, il faut que je comprenne ce qui se passe pour lui, il faut que je le fasse parler sur ce qui s'est passé, etc. Ce qui rend l'autre parent encore plus dans une posture d'éducation, d'autorité, parce qu'il se dit, ma compagne Merci. Et trop à chouchouter notre enfant, à le prendre dans le sens du poids, ne lui pose pas assez de limites, etc. Donc il y a cet effet de vaste communicant qui est un peu en cercle vicieux.
- Speaker #0
Complètement, et je ne l'avais pas vu sous cet angle, parce que moi j'étais un peu restée figée sur le fait que c'est peut-être aussi parce que nous, anciennes petites filles sages, on a pu voir aussi à quel point le fait d'avoir du mal à s'affirmer, et on va en reparler, mais l'affirmation de soi ça passe parfois aussi par peut-être... Pas forcément transgresser les limites, mais en tout cas, sortir de certains cadres qu'on peut nous imposer, à quel point ça ne nous a pas toujours aidé. On a une foi adulte et du coup, on a peut-être aussi envie de transmettre autre chose à notre fille.
- Speaker #1
Oui, je pense que c'est pour ça que je disais que c'est multifactoriel. Ce que tu souhaites me paraît tout à fait juste aussi. Je pense que ça serait aussi intéressant d'observer... Parce que ce qui est vrai pour nos filles est vrai pour nous. Comment on a vu notre mère poser des limites ? C'est-à-dire, comment elle, elle nous posait des limites à nous ? Est-ce que c'était plus notre père qui posait le cadre dans la famille, quand il y avait une figure paternelle, ou pas ? Tu vois, qui posait les limites, de quelle manière, comment ? Parce que ça, ça va aussi beaucoup impacter, en fait, notre profession. Ça peut être aussi le cas à l'inverse, C'est-à-dire que si on a eu une mère qui... pour x ou y raison, était justement poser beaucoup de limites, ne créer pas beaucoup de liens avec nous, parce que, par exemple, une maman qui travaillait énormément avec, je ne sais pas, deux enfants à charge, solo, parce que pas de figure paternelle ou pas suffisamment engagée, on peut se construire aussi à revers de ce modèle-là et vouloir être énormément dans le lien. Et souvent, en fait, Ça, je pense que par contre, on est toutes victimes de ça, on est toutes héritières de ça. Je pense qu'on a tous et toutes grandi dans une éducation où la limite, c'est la rupture de lien. C'est-à-dire, je pose une limite et ça veut dire je suis moins en lien avec toi, voire je ne suis plus en lien avec toi. Et ça, vraiment, c'est quelque chose que je pense qu'on doit transformer, comprendre que poser une limite à quelqu'un, en particulier à notre enfant, ce n'est pas rompre le lien. Au contraire, c'est lui dire « je suis » . Voilà, on fait partie d'un… on est ensemble, en fait. Si je reprends cet exemple de taper. Tout à l'heure, j'ai dit, on peut le formuler dans « personne ne tape dans cette famille » . Donc, on pose une limite. Dans cette famille, personne ne tape. Et en fait, on va prendre la charge. Souvent, ce qui fait que c'est difficile de ne pas rompre le lien, c'est parce qu'on se met en opposition. C'est-à-dire que plutôt que de formuler une limite, on fait une demande à notre enfant. Et ça peut paraître une… juste une différence de formulation, mais ça change tout en fait. Si je dis arrête de taper ton frère, on ne tape pas dans cette famille, arrête de taper ton frère, je fais une demande à mon enfant. Et du coup, je le responsabilise lui sur le fait de respecter la limite. Une façon qui serait plus, qui nous servirait plus, qui serait plus utile pour nous, ce serait de dire, je ne peux pas te laisser taper ton frère. Parce que là, la responsabilité nous revient à nous de poser la limite. Et on peut enchaîner avec « je vais t'aider à arrêter en te prenant dans les bras et en te mettant dans une autre pièce » . Et ça change tout, pas seulement sur la formulation, ça change tout sur le positionnement. Parce que je ne suis plus en opposition avec mon enfant à lui dire « tu dois faire ça » . Et si tu ne le fais pas, qu'est-ce qui se passe ? On est dans « on fait équipe » . Je t'aide à arrêter quelque chose que je ne peux pas te laisser faire. Et donc c'est moi qui prends la responsabilité. C'est moi qui prends la charge de ce qui est en train de se passer parce que je suis l'adulte et je ne le fais pas en t'excluant et en nous mettant en opposition, mais en faisant équipe avec toi. Je suis là pour t'aider à respecter cette limite. Autour des écrans, ça va être la même chose par exemple. On dit que l'enfant peut avoir, je ne sais pas, une demi-heure de petits dessins animés. Évidemment que les enfants, ils sont comme nous, il va y avoir un moment où ils ont envie de regarder un petit peu plus, ou en plus ils se laissent un petit peu aller, et leur cerveau, comme nous, devant nos séries Netflix, se dit « allez, encore un petit… » Et ils peuvent rechigner, ils peuvent soit ne pas nous prévenir que le dessin animé est passé, soit rechigner un peu quand on leur dit que là, c'est le moment d'éteindre. Pareil, on se replace en responsabilité. Ce n'est pas à notre enfant, en fait, de 4 ans, 6 ans, ni même 8 ans. de savoir se réguler là où nous, parfois, on n'y arrive pas. C'est je ne peux pas te laisser continuer à regarder l'écran. En tant que maman, je ne peux pas, en fait. Mon rôle de maman fait que je ne peux pas, ou de papa fait que je ne peux pas. Je vais t'aider à arrêter. Est-ce que tu veux arrêter, toi, l'écran, ou est-ce que c'est moi qui prends l'ordinateur, qui le ferme ? Mais je fais équipe avec toi. Ça ne veut pas dire que notre enfant va être content et nous dire... « Oh, merci maman, je me cache l'ordinateur. »
- Speaker #0
« Père coéquipière, 10 sur 10. »
- Speaker #1
Il ne va pas être content. Je ne suis pas en train de dire que l'enfant va être content. Un enfant n'est jamais content qu'on lui pose une limite quand il avait envie ou qu'il n'était pas prêt à. Mais dans notre positionnement, ça change tout parce qu'on n'est pas en train de couper le lien. On est en train de renforcer le lien, au contraire, de dire « quand tu n'arrives pas à te réguler, quand tu n'arrives pas à respecter une limite, quand tu transgresses quelque chose, je t'aide. »
- Speaker #0
à revenir dans notre socle commun, dans notre groupe famille, dans notre base ensemble. Et je ne suis pas en opposition, ce n'est pas toi contre moi. Et je pense que ça, c'est hyper précieux de construire ça dès le plus jeune âge de notre enfant, parce qu'à l'adolescence, les oppositions de nos enfants vont s'affirmer d'autant plus. C'est normal, c'est le jeu, ma bonne dame, comme on dit. Et du coup, en fait, s'ils se sont construits en se disant que face à la règle, c'est mon parent contre moi, ce n'est pas du tout pareil que de se dire que c'est mon parent et moi face à la règle, en fait. Tu vois ? Le positionnement n'est plus du tout le même, en fait.
- Speaker #1
Oui, oui. Mais évidemment, nous, on n'a pas grandi avec nous-mêmes.
- Speaker #0
Mais exactement. Donc, c'est dur, en fait, de le créer, en fait. ça demande de l'entraînement en fait c'est aussi souvent que le fait de voir notre enfant transgresser la limite ça nous met en colère en fait on se sent trahi, on se sent pas respecté et je pense que ça nous sert beaucoup aussi ça nous rend vraiment service de comprendre que notre rôle c'est bel et bien de poser le cadre, mais en fait c'est le job de l'enfant d'élargir le cadre c'est son travail en fait son travail d'enfant c'est d'élargir le cadre Quand je suis enfant, je peux manger, je ne sais pas, trois bonbons. Quand je suis adulte, je peux en manger autant que je veux. Quand je suis enfant, j'ai le droit à peut-être zéro écran, puis 20 minutes, puis peut-être une demi-heure, puis etc. Donc, c'est normal qu'en fait, nos enfants nous challengent sur le cadre. S'ils ne le faisaient pas, ce serait très inquiétant. Ça voudrait dire que notre enfant ne grandit pas, en fait. C'est d'inclure aussi notre enfant progressivement dans les limites qu'on pose, en fait. Et ça, c'est vraiment de... de construire une éducation que je vais appeler une éducation démocratique presque, au sens où, en fait, plus notre enfant grandit, plus les limites, on va devoir... Enfin, si on veut qu'il les respecte un minimum, en fait, et qu'on continue à faire équipe, on va devoir l'intégrer dans la décision de où on fixe la limite, en fait.
- Speaker #1
Mais est-ce que c'est comme ça, justement, pour revenir sur une question que j'avais aussi, qu'on peut les aider à construire leur confiance en eux ? L'affirmation de soi, est-ce que ça passe par ça aussi ?
- Speaker #0
Complètement. En fait, c'est génial parce qu'à partir du moment où on comprend, où on intègre, où on accueille, on accepte le fait que le job de l'enfant, c'est d'élargir le cadre, en fait, effectivement, cette question d'affirmation de soi, elle devient juste une carte du jeu, en fait, parce que du coup, on va pouvoir permettre à notre enfant, OK, tu veux élargir le cadre. Donc, quelle est ta proposition, en fait ? Moi, je ne suis pas forcément... Enfin, je veux dire... Je vais rester sur les écrans parce que souvent, c'est très parlant pour les parents. Là, mon enfant avait, je ne sais pas, je vais dire, il avait 6 ans, par exemple. On faisait une demi-heure d'écran les mercredis et le week-end. Il me dit qu'il veut plus de temps d'écran. En fait, évidemment que jusqu'à ses 18 ans, je ne vais pas lui laisser une demi-heure de temps d'écran. Ça n'a pas de sens. Donc, OK, qu'est-ce que toi, tu me proposes ? Qu'est-ce que tu voudrais, en fait ? De quoi tu aurais envie, besoin ? Qu'est-ce que... Pourquoi tu veux plus de temps d'écran ? En fait, on lui donne l'espace, et ça, c'est des vraies compétences qui vont leur servir toute leur vie, parfois, qui vont l'utiliser très rapidement à notre endroit, évidemment, d'argumenter, en fait, d'argumenter, de développer leurs pensées, d'identifier, en fait, leurs besoins aussi. Et ça va nous aider, en plus, à... Ben encore une fois, être dans cette notion de faire équipe ensemble, parce que quand on comprend les besoins de nos enfants, c'est beaucoup plus facile d'y répondre, de se mettre de leur côté, de leur dire ben là en fait, moi je pense que t'es pas prêt, c'est pas pratique pour moi, il faut qu'on trouve une organisation, voilà. on fait équipe en fait encore une fois et c'est là que l'enfant s'affirme en fait je pense que c'est aussi quelque part c'est à nouveau sortir de l'opposition dans laquelle on dit souvent les enfants s'opposent Moi, j'essaie de renverser un peu ça en disant que ce n'est pas qu'ils s'opposent, c'est qu'ils s'affirment. Et nous, on s'oppose en fait. Nous, on s'oppose au fait qu'ils s'affirment. Moi, je ne m'oppose pas à mon enfant si je lui dis « moi, je suis d'accord avec toi » . Il faut juste qu'on trouve un cadre qui nous convienne à tous en fait. Là, mon enfant, il se sent comme « ok, maman, elle est d'accord avec moi. Je peux réclamer d'avoir plus, je ne sais pas, d'argent de poche, de temps d'écran, de sortie dehors, d'avoir un bonbon de plus. » Et du coup, en fait, quand ça... Quand nous, on arrête de s'opposer, ça ne veut pas dire qu'on ne met plus aucun cadre. Ça veut dire qu'on donne à notre enfant la possibilité de dire quel cadre toi, tu voudrais.
- Speaker #1
Et quand tu discutes, quand tu discutes, tu peux être plus petite.
- Speaker #0
J'avais noté trois choses pour quand l'enfant transgresse ou refuse quelque chose. Parce que je dis souvent que c'est parce qu'il n'a pas les compétences. Mais ce n'est pas... Toujours que pour ça. Parfois, c'est parce qu'il ne veut pas, en fait, clairement. Et ça, c'est aussi, je trouve, important d'observer qu'en fait, notre enfant, il a son propre libre-arbitre et qu'il peut s'en servir pour dire, ben non, en fait, là, je n'ai pas envie de ranger. J'ai envie de continuer à faire mon jeu. Et je ne sais pas, l'enfant fait un puzzle. On a dit qu'il fallait ranger les cubes avant de sortir le puzzle. Il a quand même sorti le puzzle. Il ne veut pas ranger les cubes. Ce n'est pas parce qu'il n'a pas les compétences. C'est parce qu'il n'a pas envie. C'est parce qu'il utilise son libre-arbitre pour dire, moi, je préfère jouer. Donc... Dans ce cas-là, qu'est-ce qu'on fait ? On ne va pas avoir la même ligne de conduite que si c'est parce qu'en effet, l'enfant n'a pas les compétences. Par exemple, on a dit, il faut ranger la chambre, mais la chambre, il y a des capelas partout, des pièces de puzzle partout, des doudous répandus partout. En fait, l'enfant n'a pas la compétence cognitive de prendre les choses bout par bout. Il est submergé par, ok, maman, elle a dit qu'il faut ranger la chambre, mais en fait, je ne suis pas en capacité cognitive de le faire. Et donc ça, on peut le dire autant de fois qu'on veut, qu'il faut ranger la chambre, on peut s'énerver, on peut mettre des punitions. Si l'enfant n'a pas les compétences cognitives pour le faire, ça ne va rien changer en fait. Ça va juste créer plus d'opposition, plus de résistance, plus de conflit. Il faut l'aider à faire les choses bout par bout. Et prendre, voilà, donc on va toujours regarder quand il y a une opposition régulière. Est-ce que c'est tout simplement parce que l'enfant n'a pas encore les compétences ? Il faut distinguer aussi compétences et capacités. Mon enfant avait peut-être la compétence hier, mais aujourd'hui, il est épuisé, il a soif, il a été surstimulé toute la journée. Moi, je suis aussi, parce qu'ils ne sont pas les seuls, je suis aussi très fatiguée, je n'ai pas très bien formulé ma demande et du coup, on n'est plus en capacité d'adhérer en fait à ce que je lui demande là. Et puis, la troisième chose, c'est l'enfant a besoin d'élargir le cadre. Et quand un enfant a besoin d'élargir le cadre, il ne va pas forcément le faire sur la chose sur laquelle ce serait bien qu'il le fasse, en fait. Il va le faire de manière un peu générale, c'est-à-dire qu'il va repousser tout. C'est ces fameuses phases d'opposition. C'est ces moments où on a l'impression qu'ils veulent pousser les murs de la maison. Ils sont tout le temps en désaccord avec ce qu'on dit. Ils n'écoutent plus rien, etc. Donc là, c'est à nous d'observer. Je suis face à une petite phase d'affirmation. Donc, où est-ce que je vais lâcher du mou, en fait ? Où est-ce que je vais donner plus de responsabilités à mon enfant ? J'aime bien dire, il faut mettre les enfants au travail. C'est-à-dire, évidemment, il ne s'agit pas d'aller les faire creuser dans les mines de sel, mais c'est-à-dire leur donner des responsabilités pour le groupe. Souvent, on va leur donner des responsabilités pour eux-mêmes. Tu vas sortir toi-même tes habits ou tu vas t'habiller tout seul. L'enfant, pour lui, souvent, ça, c'est un peu boring, quoi. C'est un peu ennuyeux. Au départ, il est content de le faire. mais en fait ce qui va vraiment le valoriser c'est les responsabilités pour le groupe, là il sent qu'il élargit le cadre en fait, il sent qu'il gagne en responsabilité pour les autres, et donc ça souvent ça fonctionne bien, donc est-ce que mon enfant transgresse parce qu'il utilise son libre arbitre pour le faire, est-ce qu'il n'a pas la compétence ou la capacité, et est-ce qu'il ne faudrait pas élargir le cadre Est-ce que peut-être,
- Speaker #1
avant de conclure tu aurais d'autres conseils sur comment encourager l'affirmation de soi chez nos filles Merci.
- Speaker #0
Oui, j'en ai un dernier. C'est de leur faire connaître leurs droits, leurs droits d'enfants et leurs droits de femmes. Et de s'appuyer vraiment sur le droit, en fait. C'est-à-dire, parce que notre ressenti, il est manipulable, en fait. On va vite se remettre en question, on va vite, malgré toute l'éducation qui va avoir encouragé l'affirmation de soi.
- Speaker #1
Parce que là, ce que tu veux dire, c'est que, par exemple, moi, si je me base sur mon ressenti, je peux toujours me dire, oui, mais c'était de ma faute. ou un... Ah mais il l'a fait une fois, mais...
- Speaker #0
Si par exemple, on va rester sur une relation de copine. On est deux copines, voilà, j'ai 3-4 ans, j'ai une copine dans la cour de récré et cette copine, parfois elle m'humilie. Et je ne me sens pas bien avec ça, mais c'est ma copine, j'ai envie de rester copine avec elle, je l'aime bien, mais en même temps, des fois, elle me dit des trucs pas sympas et tout. En fait, nos émotions... C'est le propre des émotions. Elles sont souvent mélangées, en fait. Donc, évidemment, il y a toute... Comment je développe l'intelligence émotionnelle de mon enfant ? Mais parfois, c'est confus, en fait. Qu'est-ce que je ressens ? Mon ressenti, il est où le curseur ? Si je vois noir sur blanc un petit outil qui me dit « Quand ton amie t'humilie régulièrement, ben, c'est pas sympa et elle n'a pas le droit de le faire. » D'un coup, c'est pas que mon ressenti. C'est « Oui, j'observe ça dans ma relation avec ma copine. » Et ça, en fait, ce n'est pas juste de me le faire. On n'a pas le droit de m'humilier. Oui, on peut avoir eu un mot maladroit, mais on n'a pas le droit de m'humilier régulièrement devant les autres, dans tel contexte, aux toilettes, tu vois. Il y a notamment deux outils que je partage très régulièrement qui sont, à mon sens, hyper précieux. C'est le maltraitomètre et, je m'étais notée, le harcelomètre. C'est-à-dire que c'est des petits outils. Tu sais, tu as déjà vu ça sûrement, un peu comme des réglettes avec du vert jusqu'au rouge. Quels sont les comportements qui sont OK ? Quels sont les comportements sur lesquels il faut commencer à se demander, à être un peu méfiant ? Et les comportements qui sont vraiment dans le rouge. Et ça, je trouve que c'est super d'avoir ces outils-là qui sont vraiment à hauteur d'enfants, qui sont téléchargeables gratuitement sur Internet. Et je trouve que c'est un outil qui est hyper important pour nos filles en particulier, parce qu'en fait, quelque part, on est déjà plus éduqués que nos garçons à observer notre ressenti. Le problème, c'est qu'on n'en fait pas grand-chose derrière, si je peux dire. Tu vois, c'est qu'on reste avec ça. Et finalement, ça ne déclenche pas forcément d'action de notre part. Donc, c'est vraiment apprendre à dire non, apprendre à repérer quand nos limites ne sont pas respectées et apprendre à réagir quand nos limites ne sont pas respectées. Et là, on boucle la boucle. Puis après, je pourrais m'arrêter là. C'est super, tu vois, intéressant d'observer qu'en fait, ce qu'on a dit qu'il fallait faire pour nos enfants quand on pose une limite, C'est de se re-responsabiliser. Je ne peux pas te laisser taper ton frère. Je ne peux pas te laisser crier. Je ne peux pas te laisser marcher sur la route. C'est moi qui pose la limite. Et du coup, c'est moi qui ai la responsabilité que ça s'arrête. Eh bien, si ma fille, elle se trouve dans une situation où elle est humiliée par sa copine, elle ne va pas attendre que sa copine change et lui dire tu dois arrêter de m'humilier. C'est je ne te laisserai pas continuer à m'humilier. Parce que c'est moi qui ai le pouvoir, c'est moi qui pose la limite et c'est moi qui suis en charge et en responsabilité de mettre fin à la relation, moins te voir, changer de contexte, on va se voir que à l'école et tu ne viendras plus à la maison parce que quand tu viens à la maison, tu fais des trucs pas cool, tu vois. en fait on reprend du pouvoir comme ça donc c'est vraiment apprendre à dire non apprendre à repérer quand nos limites sont dépassées pas que sur le ressenti mais aussi sur les droits mes droits d'enfant, mes droits de femme de fille et comment je réagis dans ce cas-là.
- Speaker #1
Ça me donne des frissons. Évidemment, l'idée de pouvoir être un exemple pour ma fille, pour l'outiller pour ce genre de situation, ça donne envie. Et du coup, à la question qui était est-ce que poser des limites ne serait pas justement l'une des conditions pour aider nos filles à grandir libres ? Je pense que c'est oui.
- Speaker #0
Je pense que c'est oui. Je pense qu'on a fait le tour. Je pense que les auditrices et les auditeurs pourront répondre par eux-mêmes s'ils ont écouté l'ensemble de notre échange.
- Speaker #1
Trop bien. Merci énormément. C'était passionnant. Est-ce que tu veux peut-être parler aussi un peu de ton actualité ? On peut te retrouver sur Instagram. Je crois que tu as une newsletter aussi.
- Speaker #0
Oui, j'ai une newsletter sur Instagram à mon nom, Christelle Cardeur. J'ai une newsletter qui s'appelle La lettre des parents. On peut s'y abonner depuis mon compte Instagram ou depuis mon site. qui est aussi à mon nom, donc très facile à retrouver normalement. Et puis après, j'ai plein de petits outils justement pour les enfants et les parents. Donc tu as parlé de poser les limites avec bienveillance. Si le sujet qui nous intéresse plus, puisqu'on l'a un petit peu évoqué en arrière-fond, c'est le sujet de la protection des violences sexistes et sexuelles, j'ai aussi un petit contenu là-dessus. Évidemment, comme beaucoup de personnes qui travaillent dans ma sphère d'activité, des petites choses autour des émotions, comment aider nos enfants à développer justement cette intelligence émotionnelle. Puis après, plein d'autres choses autour des écrans. Il y en a pour un peu toutes les thématiques. C'est un peu la boîte à outils qu'on va se construire petit à petit en fonction de nos besoins. Donc, il ne faut pas hésiter à regarder et puis à voir s'il y a quelque chose qui peut nous intéresser. J'essaye. je le précise parce que c'est important pour moi j'essaye de pratiquer des prix accessibles je le confirme pour que ce soit accessible justement aux plus de familles aussi trop bien, merci énormément très belle continuation et puis plaisir de te revoir peut-être pour un autre sujet avec grand grand plaisir c'était vraiment très chouette d'échanger avec toi et d'avoir ces belles conversations qui fonctionnent, j'espère que ça fait sens oui je pense que ça fait sens
- Speaker #1
A bientôt !
- Speaker #0
A bientôt !
- Speaker #1
C'est déjà la fin de cet épisode. J'espère qu'il t'a plu et surtout qu'il t'a donné envie de réveiller un petit grain de rébellion en toi et de révéler celui de ta fille. Si tu penses qu'il pourrait inspirer une autre maman autour de toi, partage-le lui. Et si tu veux me donner un coup de pouce pour faire grandir cette démarche, tu peux laisser 5 étoiles et un petit mot doux. Ça compte énormément. A très vite !