- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur Percher, le podcast qui vous emmène en montagne. Chaussiez vos skis et attachez vos chaussures de randonnée, car nous partons pour un voyage à la station de ski des Angles et son village, située à 1600 mètres d'altitude, à la rencontre de ceux qui vivent, perchés, sur les sommets. Ces montagnards nous embarquent dans des récits inspirants, remplis d'anecdotes, d'histoires et de souvenirs, de la création aux projets futurs.
- Speaker #1
Préparez-vous à entrer dans 60 ans d'histoire.
- Speaker #0
Aujourd'hui, nous sommes avec Cécile Hernandez, championne paralympique de snowboard et quadruple médaillée des Jeux olympiques. En dépit des obstacles liés à sa sclérose en plaques, Cécile a su démontrer une force de caractère et une résilience inspirante. Sa capacité à surmonter les difficultés font d'elle non seulement une championne paralympique, mais également une figure emblématique de la persévérance et de la réussite face à l'adversité. Elle sort de l'entraînement à l'instant et c'est un honneur de la voir comme marraine de notre village de station depuis 10 ans. Cécile, bonjour ! Bonjour ! Aux Angles, on a vraiment eu à cœur de donner accès au sport de glisse à tout le monde sur notre station et c'est encore plus marqué avec toi aujourd'hui comme ambassadrice et marraine. Est-ce que tu peux nous raconter un petit peu comment tu es devenue la marraine et l'ambassadrice de notre station de ski des Angles ?
- Speaker #1
Alors, il y a 10 ans, je participais à mes premiers Jeux en mars 2014 à Sochi, en Russie. Et à cette époque-là, je suis une personne handicapée, je suis atteinte de sclérose en plaques, j'avais fait le deuil du sport alors que j'avais déjà été licenciée en snowboard aux angles. Et donc du coup, quand la maladie est rentrée dans ma vie, on m'a dit de faire le deuil du sport, le deuil du snowboard encore plus, parce qu'avec des problèmes de jambes, des problèmes de force, des problèmes de coordination, le snowboard, il ne fallait pas du tout y compter. Et puis, je suis devenue journaliste, je me suis reconstruite différemment, je suis devenue journaliste sportive, mais pas de pratique sportive. Et puis, j'ai rencontré un snowboardeur en e-sport et qui m'a dit, mais tu sais, avec ton handicap, tu pourrais faire du snowboard en e-sport. Je ne savais absolument pas ce que c'était. Et puis, on a beaucoup parlé. Je me suis remise au snowboard avec lui dans les Alpes. Et il m'a dit, écoute, tu pourrais aussi participer un jour aux Jeux Paralympiques. Et je me suis licenciée. Je ne connaissais rien, donc je me suis licenciée. Je me suis laissée guidée par lui. Je me suis licenciée dans les Alpes alors que je suis une Pyrénènes. J'ai participé à mes premiers Jeux à Sochi. avec une étiquette d'Alpine. Et puis, je me suis dit, j'allais repartir sur une vraie carrière après cette médaille d'argent à Sochi. Je vais repartir sur une vraie carrière. Je me dis, je ne peux pas rester à Alpine. Donc, du coup, je devais revenir aux sources. Et quand la presse a su que je revenais après ma médaille d'argent à Sochi, a su que je revenais vivre dans le département, eh bien, j'ai fait une interview en disant, je suis à la recherche d'un club dans les Pyrénées pour m'accueillir, ou d'une station. Et j'ai eu deux touches, notamment directeur de la station. On m'a demandé « mais qu'est-ce que tu attends d'une station ? » Je lui ai dit « écoute, je vais préparer les prochains Jeux, donc j'attends d'une station qui soit à la fois prête à m'accueillir sportivement, mais aussi humainement, parce que je suis une personne handicapée, et à prendre à cœur cette problématique aussi du sport pour tous, du habile pour tous. On a foncé ensemble, donc j'habite ici l'hiver. Je suis angloise d'adoption et de cœur. Mais oui, je suis devenue ambassadrice de la station comme ça, sportive déjà de la station parce que je cours sous les couleurs des angles. Et puis, tout ça, ça a fait un cheminement parce que je te parle de ça il y a 10 ans. Et maintenant, la station a… Mais maintenant, il y a une vraie dimension d'accueillir la glisse pour tous avec le chalet en disquie et tout ça, qui permet de montrer que tout est possible et de… de faire fondre les barrières que peuvent se mettre dans la tête des gens. Sur la neige, on les fait fondre et on glisse ensemble et ça, c'est extraordinaire.
- Speaker #0
Et c'était un critère pour toi, quand tu as choisi cette station, de te dire que c'est une station qui a du potentiel et qui veut se développer vers la glisse pour tous ?
- Speaker #1
Pas forcément. Ce n'était pas un critère, mais j'étais persuadée qu'on allait pouvoir écrire une belle histoire et en tout cas qu'il y avait une ouverture d'esprit qui était faite pour évoluer sur la question du handicap.
- Speaker #0
C'est une angloise adoption, comme tu le dis. C'est particulier, du coup, cet endroit pour toi, hormis la glisse et hormis le snowboard ?
- Speaker #1
Alors, j'avais acheté un appartement quand je venais faire du snowboard valide avant le diagnostic de ma maladie. Donc, j'ai toujours adoré cette station. D'accord,
- Speaker #0
tu as toujours été aux angles. J'ai toujours été aux angles.
- Speaker #1
Même avant, petite, j'ai toujours été aux angles.
- Speaker #0
Ça a dû te faire plaisir de voir que la station avait répondu.
- Speaker #1
Bien sûr. Oui, oui. Ça m'a fait plaisir parce que je revenais aussi dans cette station, c'est-à-dire qu'à partir du moment où le handicap est entré dans ma vie, J'ai fait le deuil de la montagne. Je ne voulais pas revenir avec cette peine, avec ces regrets, avec ces remords, avec cette tristesse de me dire « je suis là, mais je ne peux rien faire » . Donc j'ai préféré… Vraiment faire le deuil et ne plus penser aux angles. Pour moi, aux angles, c'était du snowboard, valide, avec tous ces souvenirs. Ça restait dans mon histoire. Quand j'en ai fait part dans la presse en disant que je suis quand même attachée aux angles parce que je vivais aux angles, il y avait une vraie culture snowboard depuis toujours. J'ai un attachement, j'ai des souvenirs qui sont très forts dans cette station, de mon histoire d'avant. Et aujourd'hui, j'ai réécrit une histoire avec ma station. J'ai fermé un premier livre qui a été une première histoire valide. J'en ai ouvert un et j'ai en écrit les pages du livre ensemble avec la station des ans.
- Speaker #0
Et en tant que sportive de haut niveau et championne paralympique, atteinte de la sclérose en plaques, en quoi pour toi c'est important de représenter le monde du ski ?
- Speaker #1
C'est un parti pris, en fait, j'ai envie de dire, qui reflète l'âme de la station, l'âme du village. On se dit que c'est une station à taille humaine, ça s'appelle le village station, parce qu'il y a des valeurs d'humanité, il y a des valeurs de cœur. Je prends un téléski, les gens s'en affondent derrière moi, ils m'encouragent, voilà, c'est ça. Donc, j'ai envie de dire que le parti pris qui a fait la station, qui a choisi la station, de choisir une ambassadrice handicapée, une femme aussi. Il faut quand même dire ça. Oui, une femme, mais de dire, je choisis une femme et en plus, elle est handicapée. Waouh ! Je pense que c'est à l'image de ce qui se passe dans cette station, à l'image d'être soucieux de l'âme de la station, d'être soucieux du bien-être et du confort à la fois des résidents et des amis. et à la fois des touristes qui viennent, et encore plus aujourd'hui de prendre le pli, de faire une station en dit accueillante, plein d'événements qui se font.
- Speaker #0
Et en quoi la station des Angles a plus de particularités qu'une autre pour s'y entraîner ? Parce que je sais que dès que tu es là, tu vas sur les pistes, tu t'entraînes, tu es à fond toute la journée. Qu'est-ce qu'il y a de particulier aussi ?
- Speaker #1
Un journaliste m'a demandé, quand je préparais les Jeux de Pékin, j'ai une question, il me dit, mais comment on peut être sportif de haut niveau et habiter aux Angles ? Et là, ça m'a rendu dingue, en fait. Ça m'a donné encore plus envie d'aller chercher cette médaille, parce que j'avais déjà l'argent, j'avais déjà le bronze. Et comment on peut toujours comparer, peut-être parfois dénigrer, ou se dire, voilà, les Pyrénées, ce n'est pas les Alpes. Mais non, regarde, moi, je suis là, j'ai gagné des médailles, j'ai sporté au niveau. Qu'est-ce que ce station-offre ? C'est le confort, c'est aussi que tout est à ma disposition. Moi, je pose ma voiture. Tout mon temps, je ne touche pas ma voiture, parce que je vais m'entraîner. Il y a un système de navettes. Tout est fait. J'ai ma récupération. Aujourd'hui, tout est fait pour que je sois performante. Et je l'ai prouvé puisque je gagne l'or à Pékin. Regarde, je vais m'entraîner, quelles que soient les conditions de neige. Peu importe, on fait un sport d'extérieur avec des conditions qui sont tout le temps en mouvement, tout le temps changeantes. Donc du coup, aujourd'hui, j'ai tout. Et aujourd'hui, la station des Angles me permet largement de travailler ma technique. Et puis, il y a... On se dit, j'ai besoin de me ressourcer aussi, ça me permet de me ressourcer. Donc, je me sens bien et je pense que l'équilibre que j'ai psychologiquement, personnellement, me permet d'être performante.
- Speaker #0
Une journée avec Cécile Hernandez aux angles, qu'est-ce que c'est ?
- Speaker #1
Un réveil, un peu de yoga le matin parce que j'ai besoin, avec ce corps qui est capricieux, j'ai besoin de le mettre en route. Ensuite, généralement… Je prends le téleski, j'assète et j'arrive un quart d'heure avant et je fais mon échauffement avec les gars en tchat. C'est très sympa. Moi, j'aime beaucoup l'ambiance et vraiment l'accueil que je reçois et les encouragements que je reçois. Après, je ride. Je suis sur épices jusqu'à à peu près 13 heures. Et je vais déjeuner à la maison. Je vais habiter en corps de station. Et après, petite sieste. Et après, un peu de muscu et la récup à Angléo. Alors ça, c'est... Un moment extraordinaire, c'est génial aussi d'avoir ça sur place. Ça me permet de faire mon sauna, mes jacuzzis, mes bulles, mes hammams.
- Speaker #0
Et comme tu disais, en tant que sportive de haut niveau, tu as tout sur place pour faire de l'entraînement à la récupération.
- Speaker #1
Il y a tout parce que j'ai amené du matos à la maison, ce qui me permet d'avoir ma muscu sur place. Je vais nourrir l'âne qui habite en dessous de chez moi en mode marche de récup. Je lui amène mon pain, mes carottes, ma pomme. Je me sens aussi en sécurité, je me sens en sérénité, donc tout va bien. Je suis amoureuse de cette station. Et même les gens, quand tu arrives, que tu vois les sapins, le lac en dessous, les gens me disent « mais vous n'avez rien à envier à d'autres grandes stations, ne comparons pas ce qui n'est pas comparable » . Par contre, apprécie ce que tu as, il y a tout. Et je sais que depuis quelques années, on organise un week-end aux Angles, un disport. Alors, ça va dans la continuité ? de cette politique d'inclusion par le sport, d'inclusion par la glisse, de ce côté handi accueillant, de ce côté friendly en fait, voilà, sur la glisse. Chaque fois, je vois Jean-Luc Tarus, qui est le président du comité départemental Handisport, qui fait skier des gens, l'association l'Adapac aussi.
- Speaker #0
Moi, chaque fois, je m'arrête, je fais, ils veulent faire des selfies, on fait des selfies, je glisse à côté et tout. Et puis là,
- Speaker #1
moi, j'ai envie aussi, moi, je suis quand même sur une fin de carrière et je me dis que le sport, les valeurs du sport, c'est de transmettre. Et de transmettre, c'est à la fois transmettre des sourires. C'est à la fois transmettre l'avenir, transmettre sa passion. Et moi, mon but, c'est de montrer que dans les Pyrénées, parce que c'est vrai qu'on parle beaucoup des Alpes, c'est vrai que chaque fois qu'il y a des événements de détection, il se passe dans les Alpes, pour l'avenir, pour les jeunes qui ont aujourd'hui un handicap, disent « ben voilà, ok, c'est Fernandez, elle fait ça, moi aussi j'aimerais bien faire ça » . Moi, j'ai envie de dire que les Angles peuvent être une station ressource pour permettre de faire de l'initiation, de faire de la détection. de faire de la découverte, de faire du développement. Tout ça, c'est possible de le faire aux angles. Et j'ai vraiment envie que les angles se positionnent sur ce créneau. Et ça a dépassé le stade de l'envie, puisqu'aujourd'hui, on est dans le concret, parce que ça va se réaliser. Et j'ai envie de dire aussi une chose qui est importante, c'est qu'en France, les angles ont été la seule station à organiser une Coupe d'Europe et une Coupe du Monde de parasno-boardcross. Et quand on parle encore à des athlètes qui sont sur le circuit, ils me disent tout le temps, mais il faut absolument réorganiser quelque chose. C'était une des meilleures étapes dans le monde. Les Angles, c'est une station qui a tout d'une grande ampleur.
- Speaker #0
Et bon, comme on ne peut pas ne pas en parler, qu'est-ce que ça fait de gagner la médaille d'or au JO ?
- Speaker #1
Alors, ça fait… c'est toujours… c'est une émotion qui… Là, en fait, on est dans la deuxième année de cette médaille, mais j'ai l'impression que c'était hier. Et puis, je gagne et… Et puis, je reviens ici, je découvre tout ce qui a été fait, avec notamment cette cabine et tout.
- Speaker #0
C'est un peu l'émotion. Ah non, mais incroyable. Il faut savoir que tu as une cabine floquée Cécile Armandès aux angles.
- Speaker #1
C'est ça, avec le palmarès, avec moi à l'arrivée des Jeux, avec moi avec la médaille. Moi, je l'attends. Je suis comme une enfant. Tous les jours, je ne m'y habitue pas, en fait. Je n'ai pas envie de m'y habituer, parce que tous les jours, ce sont l'eau d'émotion. Tous les jours, ça me rappelle tout ce que j'ai vécu, parce qu'on avait dit que... je ne remarcherai jamais, on m'avait dit que je ne referais plus jamais de sport. Finalement, je suis ici aux angles avec cette médaille d'or et l'émotion, elle est indescriptible. C'est tout ce pour quoi tu vis, tout ce pour quoi tu t'entraînes, tout ce pour quoi tu fais aussi des sacrifices et puis tout ce pour quoi on te porte parce que dans cette aventure, tu embarques tes partenaires, tu embarques ta station, tu embarques les gens qui te suivent sur les réseaux, tu embarques tout ça. L'émotion, elle est indescriptible et tout ce que j'espère, c'est renouveler l'exploit. dans deux ans parce que c'était vraiment un exploit. Les gens, quand ils me voient arriver dans la queue, ils espèrent pouvoir monter avec moi, faire des selfies avec moi dans la cabine. Ou alors, ils m'envoient une gueule. « Oh là là, on est rentré dans ta cabine. Mais t'étais pas là. » Ils m'envoient des selfies. Elle vit cette cabine et c'est pour ça. Elle a son lot d'émotions personnellement, mais elle transmet aussi cette émotion à tous les autres.
- Speaker #0
Et tout ton parcours et tout ce que les angles aussi veulent transmettre à travers ton engagement et le fait que tu me représentes aussi.
- Speaker #1
Ouais, c'est ça. Je suis vraiment une love, je suis amoureuse de ma station. Et quand on me dit, souvent, on me dit, mais tu viens d'où ? Je dis, des Andes. Ils me disent, mais les Andes, c'est dans les Pyrénées. Je dis, oui, c'est dans les Pyrénées. Et après, les gens, je me rends compte qu'ils regardent un peu sur les réseaux, ils font des recherches et ils me disent, c'est intéressant, je veux venir. Et tu vois, même pour changer, parfois, quand j'ai envie de me couper, je ne veux pas venir, que rêver de mieux, en fait.
- Speaker #0
Et pour les JO, tu me parles des JO dans deux ans. Est-ce que tu peux nous en parler ?
- Speaker #1
Oui, alors ça sera à Milan Cortina. J'ai eu du mal à me reprojeter en fait sur des jeux parce que ma boucle, elle était bouclée en disant, ben voilà, mon objectif, mon rêve ultime, c'était de gagner une médaille d'or. Et après, j'arrête. Et en fait, j'aime tellement ce que je fais. Par rapport à ma maladie, ça m'apporte énormément que j'ai eu du mal à arrêter. Et puis après, je me suis dit, ben j'arrête le Snowboard Cross parce que je n'ai pas envie de remettre cette médaille en jeu. Et puis, je me mets... tellement de snowboard cross et je crois que c'est ce que je sais faire de mieux. L'année dernière, j'ai fait une année un peu off et par contre, là, j'ai repris. Donc, on a mis plusieurs étapes de Coupe du Monde pour après se projeter sur la Chambre du Monde et les Jeux qui vont se faire très vite. Après, c'est toujours compliqué avec un handicap comme le mien parce qu'il est dégénératif. Ce n'est pas tant le fait de vieillir, c'est vieillir avec une maladie dégénérative qui est plus compliquée. Donc, en tout cas, je mettrai tout en place pour arriver le plus en forme.
- Speaker #0
Et pour le mot de la fin, est-ce que tu as des conseils à donner à des jeunes personnes, moins jeunes, handicapées, qui veulent faire du ski ou du snow, mais qui n'osent pas à cause de leur maladie ou de leur handicap ?
- Speaker #1
Alors justement, je crois que tu as tout dit, c'est le fait de ne pas oser. Et moi, j'allais te dire, ma réponse allait te dire, oser. Soyez audacieux, la chance elle sourit aux audacieux, la chance elle sourit, les opportunités sourient aux gens qui osent. Et ne vous mettez pas des barrières avant même d'avoir essayé. Sortez de chez vous, la volonté c'est déjà énormément, la motivation ça ne dure pas, la motivation il faut l'entretenir. Et quoi qu'il en soit, moi je suis complètement... joignoles, donc si vous avez besoin de conseils n'hésitez pas, osez et on va aller dévaler les pieds des angles ensemble.
- Speaker #0
C'est la fin de cet épisode merci d'avoir rejoint Perchet pour ce périple en altitude on espère que ces histoires de vie en montagne vous auront plu à la prochaine pour une nouvelle ascension auditive