- Speaker #0
Petits Pas Verts, des outils en santé environnementale pour les assistantes maternelles. Prendre soin de la peau des tout-petits. Bonjour et bienvenue à tous sur le podcast Petits Pas Verts qui vous est proposé par la mutualité française Nouvelle Aquitaine, une fédération de vraies mutuelles et un expert en prévention qui vous aide à prendre soin de votre santé. Il est financé par l'ARS Nouvelle Aquitaine dans le cadre de la stratégie des 1000 premiers jours de l'enfant et de son action en santé environnementale. La peau des tout-petits est bien plus fine et perméable que celle des adultes, ce qui la rend particulièrement sensible aux substances chimiques présentes dans les cosmétiques ou les couches. Dans cet épisode, on vous explique pourquoi cette vulnérabilité existe. L'idée ici, c'est de vous proposer des alternatives concrètes, sûres et écologiques pour prendre soin de la peau des tout-petits au quotidien dans le cadre de votre accueil. Pour cela, je suis aujourd'hui avec Anne-Sophie Moussa, docteure en pharmacie, experte en santé environnementale, et cofondatrice de Safely. Bonjour Anne-Sophie.
- Speaker #1
Bonjour Laure.
- Speaker #0
Alors Anne-Sophie, pour commencer, est-ce que tu veux bien te présenter et nous expliquer ton parcours, comment tu en es arrivée là ?
- Speaker #1
Alors, je suis docteure en pharmacie de formation. J'ai eu une première partie de vie professionnelle dans l'industrie du médicament et il y a quelques années, j'ai cofondé l'agence Safely qui accompagne les professionnels dans leur transition en santé environnement. J'ai un fort intérêt pour l'écologie et la santé, mais ça c'est sûr. Et je me suis intéressée à la question des plastiques dans la restauration scolaire pour mes enfants. Cette question a émergé en 2017, ce qui fait que je me suis engagée au niveau citoyen pour éliminer ces plastiques des cantines. Et ça, ça m'a donné envie de m'investir professionnellement sur cette même question. de l'exposition aux substances chimiques dans les produits du quotidien. Donc depuis 7 ans, j'oeuvre auprès des agences régionales de santé et des collectivités pour accompagner le changement de produits, le changement de pratiques auprès des jeunes enfants, que ce soit dans les crèches ou les écoles, et dicter des recommandations sur ces sujets. Et notamment, je contribue au projet Reco-crèche qui est porté par l'ARS Nouvelle Aquitaine.
- Speaker #0
Alors le sujet dont j'aimerais qu'on discute aujourd'hui, ce sont les couches. Les assistantes maternelles ne les fournissent pas toujours, mais cela peut arriver. Et puis elles sont quand même aussi en lien avec les parents. Et donc je pense qu'elles peuvent avoir des questions ou discuter de ce sujet avec les parents. Et ma première question, ce serait quand on évoque les couches, pour toi, qu'est-ce qui te vient en tête en premier ?
- Speaker #1
Il y a le fait que ces couches, elles vont être portées 24 heures sur 24, pendant les premières années de la vie des petits. Donc c'est des périodes quand même qui sont assez longues, puisque ça peut être deux ans, voire un peu plus. Et pendant cette période-là, il va y avoir un contact étroit entre ce produit qui est la couche, avec une partie relativement grande du corps, et puis aussi avec les muqueuses des petits. Donc là, on a de quoi se poser des questions sur la qualité et la composition de ces couches-là. Et puis aussi au niveau réglementaire, il faut savoir qu'ils sont... Il n'y a pas d'encadrement spécifique, ils sont considérés comme des produits de consommation lambda, si je peux dire. Donc il y a une obligation générale de sécurité, mais il n'y a pas de cadre vraiment spécifique là-dessus.
- Speaker #0
D'accord, et tu parlais du coup de la composition. Qu'est-ce que c'est la composition d'une couche classique ? Quelles substances on y retrouve et qui peuvent potentiellement être dangereuses ?
- Speaker #1
Alors c'est un produit qui est assez complexe. Quand on regarde une couche, il y a quand même plusieurs constituants. Il y a un voile interne qui est en contact des parties génitales avec la peau du bébé. Il y a le voile externe. Il y a le matelas super absorbant qui est à l'intérieur, le cœur du réacteur puisque c'est ce qui permet d'absorber évidemment. Il va y avoir les systèmes d'attache, les élastiques. La cellulose, la partie en contact d'origine végétale. Donc on a des produits d'origine végétale, des produits plastifiés. Donc tout ça, ça forme un tout, même si c'est un petit objet qui est quand même assez complexe et hétérogène. Et au niveau des substances qui peuvent poser question, en fait, il peut y avoir des substances qui ont été ajoutées intentionnellement, comme des parfums ou des lotions, avec un objectif qui n'est pas forcément nécessaire. Il peut y avoir des résidus liés aux produits d'origine végétale, comme des résidus de pesticides. Et puis, il peut y avoir aussi des substances qu'on appelle des coproduits, parce qu'en fait, on ne les a pas mis au démarrage au départ, mais ils vont être fabriqués pendant le processus de fabrication. Et donc là, on a pas mal de familles de substances, alors avec des noms barbares, comme les furanes, les dioxines. Les hydrocarbures aromatiques polycycliques, enfin, peu importe leur nom, mais on a pas mal de ces substances qui vont être fabriquées à ce moment-là. Voilà, en gros, c'est déjà pas mal.
- Speaker #0
C'est déjà pas mal. Et du coup, donc... Elles sont contenues, ces substances, dans les couches, mais si elles sont dangereuses et qu'elles peuvent migrer vers la peau des bébés, est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus sur pourquoi et comment elles migrent vers la peau des bébés ?
- Speaker #1
Elles peuvent migrer évidemment par le contact cutané. Parfois, avec aussi des corps gras, ça peut favoriser aussi, comme une crème, le passage entre la couche et puis la peau. Il peut y avoir aussi, je ne les ai pas cités dans les substances tout à l'heure identifiées pour les couches, les substances préoccupantes, mais il peut y avoir le formaldéhyde, qui lui va plutôt être émis, ça ne va pas être un passage forcément cutané, mais qui va être émis dans l'air, si je peux dire. Donc voilà comment ça peut se passer. Peut-être rappeler un petit peu l'historique. Ce qui s'est passé ces dernières années, parce qu'il s'est passé pas mal de choses autour de cette question-là, il y a eu, vous savez, des magazines grand public, mais un petit peu confidentiels, comme UFC Que Choisir, qui font des études, qui testent les produits. Ils ont fait une première alerte en 2017, en disant qu'il y avait des questions qui se posaient sur la composition des couches. Suite à ça, les autorités sont emparées, donc à travers... le rapport de l'ANSES, qui est l'agence de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail, qui a rendu un gros rapport, c'est un avis collectif, on appelle ça un avis d'experts, mais un avis collectif, et ils ont testé 23 références de couches, donc ils sont vraiment allés faire des tests avec des types de couches assez différents. Ils ont testé 15 substances ou familles de substances. Et puis, ils ont dit deux choses. Ils ont dit, il y a certaines familles ou substances qui nous préoccupent plus. Et on va voir ce qu'ils en ont fait de ces conclusions. Et puis, ils ont aussi dit, aujourd'hui, dans l'état actuel des connaissances, on ne peut pas dire qu'il n'y aurait pas de risque sanitaire avec le port des couches jetables. Une fois qu'ils ont fait ça, les autorités, plusieurs ministères ont convoqué les fabricants. Et on essayait un peu de tirer les bretelles en disant, vous pourriez faire mieux. Déjà, ne pas ajouter des substances en plus qui ne sont pas utiles. Revoir vos procédés de fabrication pour justement essayer de limiter les impuretés qui peuvent être émises au moment de la fabrication. Donc, essayer de faire mieux. Ce que les fabricants, grosso modo, ont fait, ça a été montré parce qu'il y a eu d'autres tests dans ces mêmes... UFC que choisir quelques années plus tard et on a vu que les résultats étaient meilleurs. Donc il y a eu des progrès de fait. Et puis l'ANSES, suite à son rapport, est monté au créneau auprès de l'Europe. Donc ça c'est aussi bien de voir que la France essaye de porter ses sujets au niveau européen pour proposer des seuils et dire sur certaines substances, on ne veut pas qu'il en reste plus que tant. Donc c'est des petites doses. Donc, ils essayent de porter ça pour qu'il y ait une réglementation spécifique qui soit adoptée au niveau européen.
- Speaker #0
Alors, justement, tu parlais de réglementation. Pour s'y retrouver, pour faire un choix éclairé, je sais qu'il existe un label européen. Est-ce que tu peux nous en expliquer un petit peu les grands principes ? Et quelle est la différence entre une couche classique, une couche bio ou une couche qui a un label, justement, le label européen, par exemple ?
- Speaker #1
Alors déjà, c'est vrai que... On aime bien mettre le mot bio partout et nous, on est assez vigilants là-dessus. Parce qu'il n'y a pas de couche bio. Aujourd'hui, il n'y a pas de couche qui peut se revendiquer bio. Alors parfois, les marques qui vont faire des efforts sur ces questions-là vont pouvoir appeler les couches écologiques, ce qui ne répond à rien de particulier ou de réglementaire. Mais c'est vrai que le bio... D'ailleurs, au niveau des couches, il y a des couches qui vont utiliser pas mal de matières plastifiées. Il peut y avoir les matières plastifiées classiques, conventionnelles. Et puis, il y en a qui vont revendiquer d'utiliser des bioplastiques. Donc, ça peut être... En gros, ça utilise moins de pétrole, donc moins de ressources non renouvelables. Mais ça n'a pas forcément un intérêt sanitaire. Il faudrait regarder très précisément. Il peut y avoir aussi un peu des abus de langage sur ces plastiques qui peuvent avoir des constituants d'origine agricole, de déchets de production agricole. Pour revenir sur ta question autour de comment faire un choix, effectivement, il y a des labels. Et il y en a plusieurs. Et aujourd'hui, sur le marché, on arrive à les trouver. Parce que des fois, il y a des labels, mais l'offre n'est pas très large. Donc, on a cette chance-là maintenant. Le marché a quand même évolué récemment. Alors, il y a le Cotex Standard 100, par exemple, qu'on peut trouver sur les couches. Il y a l'écolabel européen que tu citais. Il y a le Nordic Swan, qui existe, mais qu'on trouve plus difficilement. Et puis il y a un label aussi qui s'appelle TCF, c'est un acronyme anglais, mais qui parle de la méthode de blanchiment de la cellulose, qui est un constituant de la couche, donc d'origine végétale. En tout cas, c'est vrai que récemment, cet écolabel européen a revu son cahier des charges et il s'est bien collé justement à l'étude de l'ANSES. et a bien cadré cette question dans son cahier des charges pour limiter vraiment la présence de ces substances, que ce soit dans les constituants de départ ou dans les résidus qui restent après la fabrication sur le produit final. Donc c'est un label qui est aujourd'hui intéressant. Il y a une autre alternative qu'on a pu recommander, c'est le fait que certaines marques plus confidentielles, souvent commandes sur Internet, avec des livraisons, etc., ont pu faire faire des analyses par un laboratoire indépendant et donc mettaient à disposition ces résultats d'analyse sur leur site Internet, par exemple. Mais c'est vrai que ce n'est pas évident de s'approprier ça. Donc, c'est une preuve de grande transparence. Donc, ça, c'est chouette, mais c'est difficile de s'y retrouver. Donc, les labels, c'est vrai que ça a cet avantage d'être plus lisible.
- Speaker #0
Après, j'avais une question concernant les couches lavables. Est-ce qu'il existe des recommandations ? Parce qu'on sait qu'en matière de réduction des déchets, c'est quand même très efficace. Et pour ces raisons, il y a certains départements qui mettent en place des aides financières, notamment pour les parents et pour les assistantes maternelles. Mais qu'est-ce qu'il en est de l'aspect santé ?
- Speaker #1
Alors, c'est vrai que les couches lavables, d'abord, c'est intéressant par le fait qu'elles ne sont pas jetables. Donc, on va vraiment avoir un grand intérêt. puisqu'on va éviter ces déchets. Et on estime que pour un bébé, sur cette période où il va porter des couches, on estime à une tonne le poids des déchets. Voilà, donc ça c'est le côté environnemental. Côté sanitaire, c'est vrai que ces couches textiles, elles peuvent être en tissu bio. Là c'est bio parce que c'est... effectivement une fibre qui va être produite dans des conditions, des principes d'agriculture biologique, ou ça peut être des tissus qui vont être certifiés. Alors je citais tout à l'heure le label Ecotex Standard 100, qui est un label qu'on trouve assez fréquemment sur la lingerie pour enfants par exemple. Donc ces textiles peuvent être bio ou certifiés, et donc c'est vrai qu'ils sont en termes de composition. Ils sont de composition plus simple et moins préoccupante que les couches de table, comme je l'ai dit, où il y a beaucoup de constituants et beaucoup de substances préoccupantes potentiellement. Donc ça, c'est une chose. Donc l'impact sur l'environnement qui est moindre, ça, on l'a déjà dit, sur les déchets, mais aussi sur la fabrication en termes d'utilisation d'eau, d'utilisation d'énergie et de matières non renouvelables. Après, c'est vrai que nous, en tout cas, quand on travaille auprès des crèches, il y a des crèches qui fonctionnent comme ça. Ce n'est pas quelque chose qu'on pousse parce qu'on sait que quand elles le font, on ne les dissuade pas. Parce que c'est une mise en œuvre qui reste quand même complexe. Donc, ça peut convenir pour certains, mais pas pour tout le monde.
- Speaker #0
Et donc, peut-être pour finir, pour élargir un petit peu le sujet de cette conversation, sur le change, en général, est-ce que tu as des recommandations ? Est-ce qu'il y a eu des évolutions récentes dans les connaissances ?
- Speaker #1
Effectivement, sur cette question-là, en fait, il y a des évolutions depuis quelques années, des recommandations, et ces recommandations, elles sont appliquées dès la maternité, ce qui fait que les parents, dès la naissance, sont dans le bain et puis peuvent garder ses bonnes habitudes. Donc on est quand même sur une notion de sobriété, de se poser la question du besoin d'utiliser un produit au moment du change. Donc on va privilégier les choses simples. Aujourd'hui, les recommandations, c'est d'utiliser de l'eau, tout simplement, pour les urines. Et puis d'utiliser un savon ou un produit lavant bien choisi, on va voir comment, en cas de sel. donc il faut essayer de le choisir sans parfum, sans colorant, simple c'est en termes du nombre d'ingrédients et puis labellisé si possible comme le label Cosme Bio par exemple. Au delà de ça, pour éviter les rougeurs, c'est important de bien rincer quand on a utilisé un produit lavant et puis d'avoir un bon séchage, un bon temps de séchage. On a vu qu'au-delà du choix du produit lavant, ces étapes-là sont importantes. On va du coup éviter les produits non rincés, comme le limant ou un lait de toilette. On va éviter aussi une crème qui serait utilisée en routine, c'est-à-dire qu'on peut avoir besoin d'une crème, mais pas à chaque change. Donc en cas de rougeur simple, on peut utiliser une crème pour le change type Patalo, par exemple. Et puis, si on est dans le cas d'un érythème fessier, là, on va se tourner vers une crème médicamenteuse, mais sur prescription. On aura déjà vu ça avec le médecin, dans quel cas l'utiliser. Sinon, les lingettes qui peuvent être pratiques de temps en temps, quand on est en sortie, on va éviter de les utiliser au quotidien. Et pour leur composition et pour la question aussi du déchet, si on se pose cette question-là.
- Speaker #0
Merci Anne-Sophie. Pour finir ce podcast, quel serait ton message clé pour les assistantes maternelles ? Et puis, où est-ce qu'on peut retrouver des ressources sur ce sujet ?
- Speaker #1
En termes de ressources, on a fait, dans le cadre du projet RecoCrèche, on a mis à jour une fiche sur les couches lavables qui est disponible sur le site recocrèche.fr. Et puis, mon message, je pense que c'est de s'intéresser à ces sujets qui sont... Voilà, important de les prendre les uns après les autres, parce que dans la pratique professionnelle, il y a beaucoup de chapitres. Et puis, de faire le plus simple pour soi, c'est-à-dire de commencer par ce qui nous parle le plus ou ce qui nous semble le plus simple, pour faire évoluer ces pratiques les unes après les autres dans un esprit positif.
- Speaker #0
Petit pas par petit pas. Merci Anne-Sophie pour cet échange. Je rappelle que les guides RecoCrèche sont à disposition, notamment sur les cosmétiques et les couches lavables. Vous retrouverez également des informations utiles sur le site du WECF. Les liens sont dans notre article du mois. Merci pour votre écoute. N'hésitez pas à partager vos sujets et vos questions dans le formulaire disponible dans notre newsletter. A bientôt pour un nouvel épisode de Petits Pas Verts.