- Speaker #0
Petits Pas Verts, des outils en santé environnementale pour les assistantes maternelles.
Les mains à la bouche, nature, sens et alimentation. Bonjour et bienvenue à tous sur le podcast Petits Pas Verts qui vous est proposé par la Mutualité Française Nouvelle-Aquitaine, une fédération de vrais mutuelles et un expert en prévention qui vous aide à prendre soin de votre santé. Il est financé par l'ARS Nouvelle-Aquitaine dans le cadre de la stratégie des 1000 premiers jours de l'enfant et de son action en santé environnementale.
Dans ce nouvel épisode, nous allons parler d'un sujet à la fois familier et essentiel, l'alimentation. Mais pas seulement du point de vue nutritionnel, nous allons explorer le lien entre l'alimentation et notre environnement. Manger est un acte complexe qui s'apprend à travers les interactions de l'enfant avec son environnement, ses relations sociales et les cadres éducatifs dans lesquels il évolue. Une alimentation saine et équilibrée, choisie avec conscience, est un levier puissant pour réduire l'exposition aux perturbateurs endocriniens qui peuvent affecter le développement et la santé des tout-petits. En cultivant dès le plus jeune âge une relation sereine et éclairée à la nourriture, nous favorisons une meilleure santé individuelle. Moins de déchets, moins de produits chimiques, plus de choix durables. Et ces habitudes en créto deviennent des réflexes pour des adultes plus résilients et un monde plus sain. Pour mieux comprendre cette approche, je vous invite à découvrir le parcours de Catherine, cofondatrice de Caralim. Bonjour Catherine.
- Speaker #1
Bonjour Laure.
- Speaker #0
Alors Catherine, pour commencer, est-ce que vous pouvez vous présenter et présenter les actions de l'association ?
- Speaker #1
Alors moi je suis Catherine, je suis diététicienne et je représente l'association Caralim, née en 2015. L'association est née de la rencontre entre une consoeur diététicienne et un animateur culinaire. Ensemble, nous souhaitions promouvoir... une approche de l'alimentation non moralisatrice, notamment dans le cadre du surpoids et de l'obésité de l'enfant. Au fil des années, l'éducation alimentaire est devenue le cœur du projet de l'association Caralim et aujourd'hui, l'association forme et accompagne les professionnels pour répondre aux enjeux de l'éducation alimentaire et permettre à chaque enfant d'explorer librement les aliments en gagnant autonomie et confiance.
- Speaker #0
Cette approche est basée essentiellement sur l'exploration sensorielle. Est-ce que vous pouvez nous dire en quoi cette approche est pertinente pour les assistantes maternelles ?
- Speaker #1
Oui, l'approche les mains à la bouche est basée sur l'exploration sensorielle et elle est totalement pertinente pour les assistantes maternelles, mais également pour tous les adultes qui accompagnent les enfants autour du temps du repas, d'autres professionnels de la petite enfance et bien évidemment les parents.
- Speaker #0
Donc on se rend compte que l'environnement éducatif est très important. Et qu'en est-il de la nature elle-même du coup ? Pourquoi est-ce que c'est essentiel selon vous que les enfants soient en contact avec la nature dès leur plus jeune âge, notamment dans le cadre de l'alimentation ?
- Speaker #1
Ce qui va être important pour le développement de l'enfant, c'est sa capacité à appréhender son environnement. Et la nature offre une palette de sensations très riche, des couleurs, des textures, mais également des odeurs. et ainsi de suite. Et nous allons retrouver cette palette de sensations dans l'alimentation et en particulier dans la famille des fruits et des légumes.
- Speaker #0
Ok, et donc ce sont des activités assez simples comme le jardinage, la cueillette, le toucher des aliments, mais elles semblent avoir un impact assez profond. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur leurs bénéfices concrets pour les tout-petits ?
- Speaker #1
Oui, alors je vais prendre l'exemple du jardinage. qui permet de ressentir une multitude de sensations agréables ou désagréables. Ça va être aussi la capacité d'accepter ces sensations désagréables. Et en même temps, l'enfant, dans des activités de jardinage, est en contact avec différentes odeurs, différents sons, comme par exemple le chant des oiseaux, différentes textures. différentes textures de la terre qui peut être sableuse ou collante, mais aussi être en contact avec des habitants un peu étranges comme des escargots ou des insectes, etc. Et c'est bien cette richesse sensorielle qui va préparer l'acceptabilité des aliments.
- Speaker #0
Et donc ces observations semblent assez riches. Est-ce qu'aujourd'hui, il y a des études scientifiques ou des retours d'expérience qui étayent ces observations ?
- Speaker #1
Alors on peut porter la réflexion, c'est intéressant tout par... particulièrement aux travaux de Linda Cambon sur le sujet de l'éducation comme un déterminant majeur de la santé des enfants. C'est bien le contexte éducatif, les activités, l'environnement dans lequel l'enfant ou les enfants vont évoluer qui influence le développement global. Cela nous invite à considérer l'alimentation et la découverte des aliments dans un cadre... bien plus large que la dimension nutritionnelle, où c'est bien le contact avec la nature et l'expérimentation sensorielle qui participent au bien-être des enfants et à leur capacité d'apprentissage.
- Speaker #0
D'accord, et j'en profite pour préciser que deux références sont disponibles dans la newsletter si vous souhaitez approfondir le sujet. Et c'est rassurant de savoir que ces méthodes sont validées, mais concrètement, comment on peut les mettre en œuvre sans stresser ni les enfants ni les adultes ? Et comment est-ce qu'on peut impliquer les tout-petits dans la préparation des repas ?
- Speaker #1
Ce qui est essentiel, c'est de proposer des activités qui ne vont pas générer de stress chez l'enfant. Et pour cela, il faut en particulier... que les activités, les jeux proposés soient des tâches simples et adaptées à l'âge des enfants. Il est également essentiel de laisser les enfants explorer librement, sans jugement, sans interventions récurrentes du nom, afin de transformer tout ce qui va être autour de la préparation, par exemple de repas, que ça devienne un moment ludique et sensoriel Ouf ! Il s'agit de la curiosité et de l'autonomie qui vont primer sur le résultat final. Donc, par exemple, on peut, pour les tout-petits, entre 1 et 3 ans, proposer des activités de lavage des fruits et des légumes dans un bol d'eau, proposer de tremper ou d'enrober les aliments avec d'autres ingrédients, par exemple, tremper des morceaux de fruits dans du yaourt ou de la chapelure. mélanger les ingrédients dans un saladier avec les mains ou une cuillère en bois, faire des jeux de transvasement, déposer des aliments dans des bols ou sur des assiettes et tout ce qui va, d'une manière générale, permettre de sentir, de toucher les aliments comme des herbes, les textures un peu collantes de la banane, etc.
- Speaker #0
Et malgré tout, il y a des enfants qui refusent les aliments. Comment est-ce qu'on peut gérer ces refus ? Surtout quand l'enfant a préparé le plat, est-ce qu'il y a une différence d'acceptation ?
- Speaker #1
Alors, la participation à la préparation d'un repas n'est pas une garantie d'acceptation. Il est important de savoir que vers l'âge de 2 ans, certains enfants traversent une phase appelée néophobie alimentaire, où ils refusent certains aliments nouveaux. C'est un passage qui est... tout à fait normal. C'est l'exposition répétée environ une dizaine de fois selon les études qui va favoriser l'acceptabilité, c'est ce qu'on appelle le processus de familiarisation. Il est donc essentiel de ne pas forcer mais de continuer à proposer des aliments, à explorer et à goûter. En revanche, s'il est reçu persiste et que le repas devient une source de conflit ou de stress, il est recommandé de consulter un professionnel de santé, médecin, diététicien ou orthophoniste.
- Speaker #0
D'accord, donc les activités sensorielles semblent importantes pour aider à dépasser ces refus. Quelles sont selon vous les activités les plus efficaces pour familiariser les enfants avec les éléments naturels et les aliments ?
- Speaker #1
Alors l'activité majeure, c'est vraiment l'activité de toucher des textures qui vont être le plus contrastées possible. Aller du toucher de textures sèches à des textures un peu plus mouillées ou un peu plus collantes. Donc ça va aller du sable à la peau des fruits, à la terre mouillée, etc. Ensuite, on va aussi proposer tout ce qui est autour du sens de l'odorat. Les enfants sont très sensibles aux odeurs, donc sentir, identifier des herbes, des épices. Et puis après, on va déployer comme ça les cinq sens, écouter des sons comme les bruits des feuilles. Et puis à la fin, mais vraiment à la fin, on va proposer à l'enfant de mettre en contact avec les lèvres et mettre à la bouche. Mais le chemin vers la bouche, c'est vraiment, je regarde en premier la vue, je touche, je sens et enfin je goûte.
- Speaker #0
Et donc on le sait, les journées des assistantes maternelles sont assez chargées. Comment est-ce qu'on peut intégrer ces activités dans un emploi du temps assez complet déjà sur une journée ?
- Speaker #1
Alors l'idée n'est absolument pas d'ajouter des activités en plus, mais bien de s'appuyer sur des temps du quotidien. Donc on peut profiter de sorties pour faire des expériences sensorielles, évidemment le temps de préparation des repas, mais tout particulièrement le temps du goûter, qui est un temps un peu à part. peut être un bon prétexte à jouer avec la nourriture. Ce qui va être important, c'est que les adultes n'aient pas peur de laisser l'enfant jouer avec la nourriture. Jouer est souvent synonyme de gaspillage. Or, il faut vraiment le voir comme un moyen d'appréhender et de découverte de l'alimentation. L'important, c'est vraiment la régularité, la simplicité des activités proposées et la posture de l'adulte, du professionnel qui accompagne et laisse l'enfant explorer à son rythme, découvrir sans chercher, encore une fois, à préparer une belle assiette, sans chercher la performance.
- Speaker #0
C'est étonnant que vous disiez ça parce que c'est assez contradictoire avec ce qu'on entend. On dit beaucoup aux enfants, ne jouez pas avec la nourriture.
- Speaker #1
Alors oui, ce sont des principes éducatifs. On sait aujourd'hui que les enfants ont besoin, peut-être encore plus à l'heure actuelle, les enfants ont besoin d'être en contact avec les éléments de la nature. En fait, beaucoup de jouets, il y a une étude qui a montré qu'un groupe d'enfants qu'on fait jouer avec des fruits et des légumes en plastique et des enfants auxquels on propose des actifs... avec des vrais fruits et légumes, il y a une différence d'acceptabilité. Entre le groupe qui a joué avec des aliments en plastique, accepte moins facilement les fruits et légumes par rapport à ceux qui ont manipulé, touché les vrais aliments. Donc il y a un réel intérêt à laisser jouer les enfants sans obliger à mettre en bouche. C'est le seul moyen qu'il y ait une acceptabilité de la diversité des aliments.
- Speaker #0
D'accord, donc c'est effectivement un point super important et je suis contente que vous en ayez parlé. Et du coup, concrètement, quels ateliers nature plus cuisine ont déjà fait leur preuve en structure d'accueil sous forme de jeu ?
- Speaker #1
Alors, certains ateliers fonctionnent bien, mais après, c'est vraiment la créativité de chaque équipe et de chaque adulte qui doit se mettre en mouvement. Et il y a plein de choses que l'on peut proposer. J'en ai parlé tout à l'heure, tous les ateliers autour de la découverte des herbes aromatiques. On peut cueillir, sentir, on peut intégrer des herbes, des épices dans des préparations. On peut aussi faire des ateliers de la graine à l'assiette, où on va planter, regarder pousser, puis récolter, puis consommer. J'aime beaucoup personnellement faire des ateliers avec les tout-petits, que j'intitule Contes et goûts. où on part d'une histoire, où il y a un aliment dans l'histoire, et après on va faire un atelier sensoriel de découverte, de manipulation. Et après on peut aussi jouer à faire des assiettes créatives en mode food art, en créant des têtes d'animaux ou plein de choses à partir de fruits, de légumes, de céréales, de légumineuses, etc. Celier fonctionne très bien à condition qu'on respecte vraiment les capacités de l'enfant, qu'on n'impose rien. Il y a des enfants que ça ne va pas intéresser du tout. Il y en a qui vont, au fur et à mesure, par exemple, en créant l'assiette, ils vont mettre à la bouche sans cesse. Ce n'est pas grave. L'important, c'est vraiment de laisser l'enfant être dans cette interaction, dans un climat de confiance pour que quelque chose puisse... se développer au niveau de la confiance en soi.
- Speaker #0
D'accord, et vous parliez de confiance en soi. Donc, au-delà de l'alimentation, ces expériences, elles semblent avoir un impact plus large. Comment est-ce qu'elles contribuent au développement de l'autonomie, de la confiance en soi, par exemple, ou du respect de l'environnement ?
- Speaker #1
Alors en fait, l'approche que l'on a développée, les mains à la bouche, s'appuie sur la théorie de l'autodétermination, bien connue en sciences de l'éducation. Cette théorie dit qu'il est important, elle repose sur les trois besoins essentiels de l'enfant mais de tout individu. Ces trois besoins qui sont besoin d'autonomie, besoin de compétence et besoin... de proximité sociale. Et en fait, en répondant à ces trois besoins, on va faciliter l'épanouissement, la motivation et la capacité de l'individu à être en lien avec son environnement. Donc, laisser l'enfant être acteur de ce découvert, l'accompagner progressivement, à prendre confiance en ses capacités, vont lui permettre vont être des expériences qui vont favoriser l'autonomie, l'estime de soi et vraiment une relation plus respectueuse à soi, à l'alimentation et à l'environnement.
- Speaker #0
D'accord, et tout ça dans la durée potentiellement. Et selon vous, quel impact durable ça peut avoir sur l'alimentation des enfants à plus long terme ?
- Speaker #1
Alors on est bien dans ce que nous on porte à Caralim, les enjeux de l'éducation alimentaire qui doivent permettre à l'enfant de mieux se connaître et de mieux connaître l'environnement social, humain dans lequel il évolue. Donc plus les enfants vont expérimenter, interagir activement avec leur environnement alimentaire, plus il va... Les enfants vont pouvoir développer leur autonomie, la réflexion en grandissant et la capacité à agir avec confiance. Et ces compétences vont leur servir bien au-delà de l'alimentation. Elles vont leur permettre de s'installer dans leur taille d'adulte, si je puis dire, et leur servir toute leur vie.
- Speaker #0
D'accord, merci Catherine pour toutes ces informations. Pour finir, si vous aviez un message clé ? à faire passer aux assistantes maternelles qui souhaitent agir sur ce sujet ? Quels seraient-ils ?
- Speaker #1
Alors le principal message c'est laisser les enfants explorer et goûter librement, les laisser manipuler, jouer avec les aliments, voire même les accompagner avec le plus de bienveillance possible. Ne pas avoir peur de laisser jouer avec les enfants avec la nourriture, cela contribue. à leur autonomie, leur curiosité et permet une relation positive et joyeuse à l'alimentation.
- Speaker #0
Merci beaucoup Catherine. Pour celles et ceux qui souhaitent en savoir un petit peu plus, où est-ce qu'on peut trouver les ressources ou contacter Caralim ?
- Speaker #1
Vous pouvez accéder aux ressources en consultant le site de l'association www.caralim.org à la page détaillant le programme Les mains à la bouche. Vous pouvez également nous contacter directement par mail via l'onglet « Contact » sur le site ou vous pouvez envoyer un mail à l'adresse caralim.so.gmail.com pour obtenir des supports ou échanger sur la mise en place de formations ou d'actions. Enfin, vous pouvez télécharger gratuitement le guide « Nutrition et petite enfance » réalisé en partenariat avec Promotion Santé Nouvelle-Aquitaine.
- Speaker #0
Parfait ! Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir, le lien vers le site Caralim est disponible dans la newsletter ainsi que le lien vers le guide nutrition et petite enfance. Merci beaucoup Catherine. Votre approche les mains à la bouche nous rappelle que l'alimentation c'est bien plus qu'un repas. C'est un moment de découverte, de confiance et de lien avec la nature et avec soi-même. Merci à vous, auditrices et auditeurs, d'avoir été là. Si ce podcast vous a parlé, partagez-le autour de vous. Et surtout, cette semaine, testez un petit geste, une activité sensorielle, un moment de cuisine avec les enfants, une sortie dans la nature et dites-nous en commentaire ou par mail quel geste vous avez choisi. A très bientôt pour un nouveau podcast sur le thème de la santé environnementale, parce que chaque petit pas compte.