Didi SunshineEst-ce que tu t'es déjà surpris à dire « je fais un peu de dessin » avec cette voix d'excuse comme si tu te justifiais d'exister, comme si le mot « artiste » était un titre qu'on t'avait pas encore accordé, un diplôme que tu attends, une validation qui doit venir de quelqu'un d'autre, un prof, un jury, un nombre de followers, je ne sais pas. Aujourd'hui, je veux m'attaquer à cette phrase-là, parce qu'elle te coûte cher et parce qu'elle repose sur un mensonge. Bienvenue dans Pimp ton style, le podcast pour créer plus, douter moins et arrêter d'attendre. Moi c'est Diane, et aujourd'hui, on s'y met ensemble. Dans cet épisode, on explore une question qui paraît simple, mais qui paralyse beaucoup de monde. Est-ce qu'on devient artiste, ou est-ce qu'on décide de l'être ? Je te propose de déconstruire ensemble l'idée de légitimité. D'où elle vient, pourquoi elle nous bloque, et ce qu'on peut faire concrètement dès aujourd'hui, pour arrêter d'attendre la permission. Si tu as un carnet qui traîne, un projet qui attend le bon moment, ou si tu barres le mot artiste quand tu parles de toi, cet épisode est pour toi. Alors, la légitimité, c'est quoi exactement ? La légitimité créative, c'est cette conviction qu'on n'a pas encore le droit de se revendiquer artiste. Qu'il faut d'abord quelque chose. Avoir fait une certaine formation, obtenu un diplôme, avoir fait une expo, une vente, avoir une reconnaissance extérieure. Comme si l'identité d'artiste se mérite, qu'elle s'accorde comme une médaille. Et le problème, c'est que cette conviction-là, elle est très confortable pour ne jamais commencer. Ou pour s'arrêter dès que ça coince d'ailleurs. Mais d'où ça vient cette légitimité ? Je pense qu'elle vient de plein d'endroits à la fois. De l'école déjà, où le dessin était noté, comparé, jugé, où certains étaient soi-disant "doués", on va mettre des guillemets, et d'autres non. On nous a appris très tôt que la créativité était une question de talent inné et pas de pratique. Alors que c'est complètement faux. Elle vient aussi des réseaux sociaux, où on voit des illustrations finies, parfaites, encadrées, mais on voit rarement les vingt essais ratés d'avant. Alors on finit par comparer notre brouillon à la vitrine des autres artistes. On en a déjà parlé dans les épisodes précédents, et forcément, on se dit qu'on n'est pas du même monde. Et parfois, cette légitimité, elle vient aussi de nous-mêmes. De cette petite voix intérieure qui dit « mais qui suis-je pour appeler ça de l'art ? » Ça te parle ? Mais qui décide en fait ? Et c'est là que ça devient intéressant. Je te donne la définition de l'Académie Française pour le mot « artiste » . "Personne qui crée des œuvres dotées de qualités esthétiques répondant à sa conception de l'art." Je répète si tu n'as pas bien entendu. "Personne qui crée des œuvres dotées de qualité esthétique répondant à SA conception de l'art." Dans cette définition, il n'y a aucun seuil de qualité à atteindre pour avoir le droit de se dire artiste, on est d'accord. Picasso ne s'est pas demandé si ses toiles étaient assez bien. Basquiat n'avait pas de diplôme des beaux-arts. Et à l'autre bout du spectre, toi, avec ton carnet de voyage griffonné dans le train, tes dessins sur ta tablette, tes doodles dans les marges des feuilles, tu crées. Tu produis donc quelque chose qui n'existait pas avant que tu ne le fasses. Est-ce que c'est pas ça, être artiste ? Moi je pense que la légitimité, c'est un peu une excuse déguisée. Je vais être directe parce que j'aurais aimé qu'on me le dise un peu plus tôt. Parfois, l'attente de légitimité, c'est aussi une façon très élégante d'éviter le risque. Si je ne me dis pas artiste, je n'ai pas à montrer mon travail. Si je ne montre pas mon travail, personne ne peut me critiquer. Et si personne ne me critique, je reste en sécurité. mais en sécurité de quoi, finalement ? D'une pratique qui pourrait nous nourrir ? D'une voix créative qui n'attend que d'être entendue ? On ne va pas se mentir. J'ai mis des années à dire « je suis illustratrice » sans ajouter un petit « enfin, je fais des dessins » derrière. Ce petit « enfin » , il pèse une tonne. Il efface tout ce que je crée avant même que l'autre ait le temps de répondre. Et ce que j'ai appris, et que je vois d'ailleurs chez toutes les personnes créatives que je côtoie aujourd'hui, c'est que la légitimité ne vient pas de l'extérieur. Elle se décide. Elle s'entraîne comme un muscle. Parfois on rechute, ok, mais il faut tenir bon. Attention, ce n'est pas de l'arrogance, c'est de la clarté. Décider qu'on est artiste, c'est décider qu'on prend sa pratique au sérieux, pas qu'on se prétend être meilleur•e que les autres. Et cette décision-là, personne ne peut te la donner. Ni un nombre de likes, ni une galerie, ni même moi, elle vient de toi. Et la bonne nouvelle, c'est que tu peux la prendre aujourd'hui. L'exercice du jour, C'est un exercice de langage, parce que les mots qu'on utilise pour se décrire façonnent ce qu'on croit de nous-mêmes. Cette semaine, je t'invite à changer une phrase, juste une seule. La prochaine fois que quelqu'un te demande ce que tu fais, ou la prochaine fois que tu parles de ta pratique créative, même à toi-même, remplace le « je fais un peu de » par « je crée » ou « je dessine » . Et même si tu le sens, tu dis carrément « je suis artiste » . Pas besoin de le crier, pas besoin de le justifier, juste le dire. Voir comment ça sonne, remarquer s'il y a un peu de résistance dans ta voix et la laisser être là. Si tu veux aller plus loin, tu peux prendre un carnet et écrire la réponse à cette question : "Qu'est-ce que je crée et pourquoi ça compte ?". Pas pour le montrer à quelqu'un, juste pour toi. Et si cet épisode t'a parlé, si tu t'es reconnu•e dans cette petite voix qui s'excuse, viens me le dire sur Instagram. Tu me trouveras sous le pseudo @didisunshine_ avec un underscore à la fin. Je partage sur Insta mon propre processus créatif, mes carnets, mes ratés, mes avancés, parce que je suis persuadée qu'on avance mieux quand on se voit avancer ensemble. Et si tu as envie de me dire comment tu t'es présenté•e cette semaine, artiste ou pas, je te répondrai avec grand plaisir. Maintenant, je te dis à très vite et souviens-toi, un trait raté, c'est quand même un trait. Alors lance-toi !