Didi SunshineImagine la scène, tu es sur un marché artisanal, un dimanche matin, ton stand est prêt, tes pièces sont exposées avec soin, tu as mis des heures à les préparer, une dame s'arrête, regarde ton travail et te lance texto « Je déteste vos créations » . Pas de « c'est pas trop mon style » , pas de « je passe mon chemin » , non, « je déteste » en pleine face et devant tout le monde. Alors, la vraie question du jour, c'est celle-là. Et si ton style ne plaisait pas aux autres ? Et si au fond, c'était même obligé ? que ce soit le cas. Bienvenue dans Pimp ton style, le podcast pour créer plus, douter moins et arrêter d'attendre. Moi c'est Diane et aujourd'hui, on s'y met ensemble. Aujourd'hui, on parle de cette peur qui nous tord le ventre à toutes et tous, même après des années de pratique, la peur de ne pas plaire. On va voir pourquoi vouloir plaire à tout le monde est en réalité le meilleur moyen de ne plaire à personne, comment faire le tri entre une vraie critique constructive et un simple désaccord de goût qui ne te regarde pas. Et je vais te donner un petit exercice pour identifier dans ton style ce que tu ne veux jamais sacrifier, même si ça ne plaît pas à tout le monde. Cet épisode est pour toi si tu as déjà hésité à publier une création par peur du jugement, ou si une remarque t'a marqué bien plus longtemps qu'elle ne l'aurait dû. A la fin, tu repars avec un outil concret pour faire la paix avec une idée simple, non, tout le monde n'aimera pas ce que tu fais, et c'est même plutôt bon signe. Alors cette histoire du marché de créateur, c'est Chloé qui l'a racontée récemment. Tu la connais peut-être sous le nom @mellowparis_com. Elle crée des kits de broderie modernes, super graphiques, avec une identité très forte. Et en plus, elle est super sympa, j'ai déjà eu la chance de faire un marché avec elle. Et donc sur ce marché, une dame s'arrête devant son stand et lui dit « Je déteste vos créations » . Chloé raconte dans un post Instagram qu'elle a été choquée. Et franchement, on la comprend. Détester, c'est un mot fort. On est d'accord là-dessus. Il y a mille façons de dire à quelqu'un que son travail ne nous parle pas, et celle-là n'est clairement pas la plus délicate. On peut passer son chemin, sans un mot, on peut dire « ce n'est pas pour moi » , on peut même juste ne rien dire du tout. La forme, ça compte, et une remarque brutale peut faire mal, même quand le fond est légitime. Mais une fois le choc passé, Chloé arrive à une conclusion qui, je trouve, est hyper saine. C'est normal de ne pas plaire à tout le monde. Parce que, en voulant plaire à tout le monde, on finit par ne plaire à personne. Et cette idée-là, elle n'est pas nouvelle. Tu te souviens peut-être de la fable de La Fontaine. Le meunier, son fils et l'âne. Un meunier et son fils partent vendre leur âne au marché. Ils croisent des passants. Quoi ? Vous marchez tous les deux à côté de l'âne au lieu de monter dessus ? Quels idiots ! Alors le fils monte sur l'âne. Et là, de nouveaux passants disent Oh ! Un jeune homme qui laisse son vieux père marcher, quelle honte ! Alors c'est le père qui monte. Et ainsi de suite. A chaque fois, ils changent pour plaire à la dernière personne croisée, jusqu'à porter l'âne eux-mêmes sur une perche, ce qui affole la bête, qui tombe à l'eau et se noie. La morale, tu la connais déjà. À vouloir contenter tout le monde, on ne contente personne. Et en plus, on y perd son âne. Dans notre cas, ce qu'on risque de perdre, c'est bien pire qu'un âne. C'est notre style, notre voix, ce qui nous rend reconnaissable. Il y a aussi une phrase que j'aime beaucoup de Dita Von Teese. "Tu peux être la pêche la plus mûre et la plus juteuse du monde, il y aura toujours quelqu'un qui déteste les pêches." Bah oui, tu peux faire le travail le plus soigné, le plus sincère, le plus toi possible, il y aura toujours quelqu'un pour qui ce n'est pas la bonne saveur. Ce n'est pas un défaut de la pêche. C'est juste que tout le monde n'aime pas les pêches. Et c'est pas ton travail de devenir une mangue ou que sais-je pour lui plaire. Et c'est là que je veux qu'on s'arrête une seconde, parce qu'il y a une nuance importante à faire. Il y a deux types de retours très différents. Et on a tendance à les mettre dans le même panier alors qu'il ne faut vraiment pas. Il y a la critique constructive. Quelqu'un qui va te dire qu'on a un problème de composition ou qu'on ne comprend pas le message qu'on a voulu faire passer. Ça, ça parle de ton travail. de ta technique, de sa clarté. Et ça, ça peut te faire grandir. Ça mérite qu'on s'y arrête, qu'on y réfléchisse, éventuellement qu'on ajuste. Je dis bien éventuellement. Et puis, il y a le désaccord de goût pur. Le « je déteste » , « c'est moche » , « c'est pas pour moi » , « ça ne me parle pas » , ça, ça ne parle pas de ton travail. Ça parle des goûts de la personne en face. Ce n'est ni vrai, ni faux, c'est juste une préférence. Autant essayer de discuter avec quelqu'un qui n'aime pas le chocolat pour le convaincre que le chocolat est objectivement délicieux. Tu ne vas pas y arriver et ce n'est pas grave. Le piège, c'est que sur les réseaux sociaux, cette peur de ne pas plaire a été démultipliée parce que l'algorithme pousse à la validation, aux commentaires publics, à avoir une visibilité permanente. Tout ça nous fait croire qu'on doit plaire au plus grand nombre pour réussir. Je mets des guillemets avec mes doigts mais tu ne les vois pas. Alors qu'en art, comme ailleurs, ce sont les styles les plus tranchés. les plus reconnaissables, qui marquent les esprits. Personne ne se souvient d'un style qui essaye de plaire à tout le monde. Par contre, on se souvient d'un style qui ose être lui-même, quitte à diviser. Et diviser, ce n'est pas un échec. C'est souvent la preuve que ton travail a un point de vue. Et il y a une autre façon de voir les choses qui change tout. Ton style, ce n'est pas un filet que tu dois jeter le plus large possible pour attraper un maximum de poissons. C'est plutôt un aimant. Un style affirmé ne cherche pas à convaincre tout le monde. Il attire les bonnes personnes pour toi. Celles qui vont vraiment vibrer avec ce que tu fais. Qui vont revenir, partager, acheter, devenir fidèles. Et il repousse naturellement les personnes à qui ça ne parle pas. Ce qui est très bien aussi, parce que ce n'était pas ton public de toutes façons. Prenons l'exemple de Yayoi Kusama. Toute sa vie, son univers tourne autour des poids, des motifs répétés à l'infini, une esthétique hyper spécifique, presque obsessionnelle. Et pendant des décennies, ce n'était clairement pas pour tout le monde. Beaucoup y voyaient une lubie, une manie, plus qu'un art. Mais elle n'a jamais dévié pour élargir son public pour autant. Et c'est justement cette "radicalité", ce parti pris, jamais dilué, qui a fini par créer un univers instantanément reconnaissable dans le monde entier et qui continue d'attirer des foules entières dans ses expositions aujourd'hui. Elle n'a pas plu à tout le monde en cours de route. Elle a construit, pois après pois, un langage qui n'appartient qu'à elle et les bonnes personnes ont fini par le trouver. Voici ce que je te propose de faire aujourd'hui. 10-15 minutes sans matériel particulier, juste une feuille, un stylo et ou même les notes de ton téléphone. Appelons ça "le test des trois non négociables". Regarde tes 5 ou 10 dernières créations que tu as faites récemment. Celles que tu as postées, que tu as vendues, ou même que tu as juste gardées pour toi. Pour chacune de ces créations note en deux ou trois mots ce qui la rend "toi". Ça peut être une couleur que tu utilises tout le temps, un trait, un sujet qui revient, une façon de composer, une touche d'humour peut-être, ou de mélancolie, de bizarrerie assumée. Et à côté, note aussi, pour chacune sur dix, le plaisir que tu as pris à la créer. Pas le nombre de likes ou les retours que cette création a eu, hein. Non, juste ton ressenti à toi pendant que tu as fait cette création. Une fois que tu as ta liste, regarde s'il y a des répétitions. Il y a forcément deux ou trois éléments qui reviennent presque à chaque fois. Ce sont eux, tes non-négociables, les ingrédients qui vont faire que, même dans dix ans, dans un style différent, on pourra encore dire ça, c'est toi. Regarde aussi tes notes de plaisir. Tu vas sans doute remarquer que les créations qui sont le plus toi sont souvent aussi celles qui t'ont procuré le plus de plaisir à faire. Et ce n'est pas un hasard. Mais dis-moi si je me trompe. En tout cas, écris ces trois éléments quelque part que tu reverras. Ça peut être un post-it sur ton bureau, tu peux les illustrer, les mettre dans ton carnet, ou les mettre carrément en description de ton compte Insta, peu importe. La prochaine fois qu'une remarque te touche un peu trop, reviens à cette liste. Si ce qu'on critique n'a rien à voir avec ces trois éléments-là, tu sauras que c'est juste une histoire de goût, pas une remise en cause de ton travail. Et la prochaine fois que le doute pointe avant même de publier, essaye de remplacer la question « est-ce que ça va plaire ? » par « est-ce que j'ai pris du plaisir à le faire ? » C'est une question que toi seul•e peux juger et que personne ne peut te voler. Si ce sujet de la confiance et du regard des autres te parle, sache que ce n'est pas le seul épisode où on l'aborde. Tu peux aller écouter l'épisode 23 qui s'appelle « La critique n'est pas le problème » où on creuse justement comment recevoir une critique sans se laisser abîmer par elle. Et l'épisode 7 qui s'appelle « Montrer mon travail sans peur du jugement » si publier reste encore pour toi une étape qui fait un peu peur. Les deux épisodes se complètent très bien avec ce qu'on vient de voir. aujourd'hui. Voilà, je te dis à très vite et souviens-toi, personne ne peut briller à ta place, alors à toi de jouer !