Didi SunshineEn 2009, quand l'illustrateur Jake Parker a lancé Inktober, Instagram n'existait même pas encore. Et oui, l'application n'est sortie qu'un an plus tard. Alors pourquoi est-ce qu'on continue de penser que Inktober, c'est une sorte de délire 2.0, un défi artistique qu'on fait pour plaire à l'algorithme ? Eh bien, parce qu'on a complètement oublié que dessiner pendant un mois entier tous les jours, ce n'est pas une invention d'Instagram et encore moins de Jake Parker. C'est une tradition qui est vieille depuis plusieurs siècles. Léonard de Vinci le faisait, Louise Bourgeois le faisait, beaucoup d'autres artistes de l'histoire le faisaient, et personne ne les félicitait pour leur engagement sur un mois. Alors aujourd'hui, je te propose de regarder ensemble de plus près pour comprendre ce que Inktober a de commun avec les carnets de Léonard de Vinci, ou encore les ateliers de Louise Bourgeois. Il y a peut-être des siècles et des continents d'écart entre eux et nous, et pourtant les mêmes réflexes. Ces artistes ont fait de la discipline quotidienne une arme. Et bah, un joli truc à montrer. Bienvenue dans Pim ton style, le podcast pour créer plus, douter moins et arrêter d'attendre. Moi c'est Diane, illustratrice et autrice de guides créatifs sous le pseudo Didi Sunshine, et aujourd'hui, on s'y met ensemble. Aujourd'hui, on part à la rencontre de 5 artistes majeurs, des hommes, des femmes, disparus il y a un certain moment pour qu'on ait le recul nécessaire sur ce que leur discipline leur a réellement apporté tout au long de leur vie. On va parler de Léonard de Vinci, Okusai, Picasso, Louis Bourgeois et Georgia O'Keefe. On va avoir 4 points communs qui reviennent, peu importe le siècle, le pays ou le genre de l'artiste. Et à la fin, tu repars avec un exercice pour tester ça toi-même. Pas besoin d'attendre le mois d'octobre. Après, si tu cherches une liste alternative pour Hitobur, sache que je lance avec une autre artiste une liste avec les 13 signes du Zodiac. Oui, on a inclus le Serpentère en bonus. Donc je te donne rendez-vous sur mon compte Instagram Didi Sunshine. Mais ce n'est pas le sujet du jour. Le sujet, c'est de remonter avant tout ça, avant même l'idée d'un challenge. Pour comprendre pourquoi ces routines existaient déjà, bien avant qu'on ait un mot pour ça. Le premier point commun, c'est que chez ces artistes, la pratique ne dépend jamais de l'envie du jour. Si tu prends l'exemple de Georgia O'Keeffe, c'est une des figures majeures de l'art américain du XXe siècle. Elle vivait au Nouveau-Mexique dans les dernières décennies de sa vie. Sa journée commençait avant le lever du soleil. Elle se levait avec l'aube, elle allait faire une marche dans le désert. Elle prenait un petit déjeuner vers 7h et ensuite, elle allait à l'atelier. Et elle décrivait ce moment comme le sommet de sa journée, the high spot. Pas un supplément d'âme après tout le reste, non. C'était vraiment le centre, le cœur de sa journée. L'honneur de Vinci, lui, fonctionnait pareil, bon, à sa façon de bien plus chaotique. Il ne se séparait jamais de ses carnets. On en a conservé des milliers de pages aujourd'hui. Le Codex Atlanticus comportait lui seul 1100 feuillets, écrit recto verso et accumulé sur plus de 40 ans de sa vie. Dedans, il y a des croquis d'anatomie à côté de plans de machines volantes ou de listes de courses. Pour lui, noter et dessiner, ce n'était pas une activité à part. C'était vraiment sa manière de traverser une journée. Donc le point commun, tu vois ici, ce n'est pas l'inspiration qui déclenche la pratique chez ces deux artistes-là. C'est l'inverse. C'est la pratique qui est protégée et l'inspiration qui vient se loger dedans quand elle veut. Le deuxième point commun chez plusieurs de ces artistes, Ce n'est pas le grand œuvre qui est quotidien, c'est le petit geste, sans enjeu. Si tu prends Okusai, que tu connais sûrement pour son estampe La Grande Vague, il dessinait un croquis par jour, une pratique qu'il a tenue une bonne partie de sa vie, en plus de ses travaux plus officiels, on va dire. Et ces croquis-là n'étaient pas pensés comme des chefs-d'œuvre, c'était plus pour lui un espace d'entraînement, presque du gribouillage exploratoire. Louise Bourgeois, elle, qui est une des plus grandes sculptrices du XXe siècle, avait une routine très cadrée à la fin de sa vie. Son assistant venait la chercher vers 10h pour l'emmener dans son atelier à Brooklyn, où elle exigeait le silence et la solitude. Et ses après-midi étaient réservés aux dessins, avant de repasser à la sculpture plus tard dans la journée. Le dessin, chez elle, c'était un peu comme un journal intime, un espace pour vider quelque chose et pas pour réussir quelque chose. Tu vois, dans les deux cas, le petit format, le croquis, le dessin du jour, sert exactement à ça. C'est un endroit où on n'a rien à prouver, et donc où on peut vraiment se permettre d'essayer des choses. Le troisième point commun, et sans doute le plus libérateur, ces artistes ont accepté de produire énormément, précisément, pour ne pas avoir à viser la perfection à chaque tentative. Picasso est peut-être l'exemple le plus connu. Les chiffres varient selon les sources, mais a priori, il y aurait environ 50 000 œuvres sur toute sa vie. Peinture, dessin, céramique, sculpture, gravure. Il ne traitait clairement pas chaque toile, chaque... œuvre comme un monument à sceller pour l'éternité. Sinon, il n'en aurait pas fait autant. Okusai, de son côté, est crédité d'une production tout aussi vertigineuse. On parle de plusieurs dizaines de milliers d'œuvres et d'illustrations sur sa carrière, entre les estampes, les dessins. les planches de manga au sens ancien du terme. Et le message que je veux te faire passer là, c'est pas produire plus pour produire plus, non. C'est plutôt de te dire que quand on multiplie les tentatives, chaque pièce individuelle perd un peu son pouvoir de vie ou de mort sur l'estime que tu as de toi. On peut rater en cours de route et personne ne s'en souviendra, parce que c'est pas ça qui compte, la qualité naît de la quantité. Et grâce à ça, toi tu peux voir ta progression. Le quatrième et dernier point commun dont je voulais te parler aujourd'hui, c'est peut-être le plus émouvant d'ailleurs, c'est qu'aucun de ces artistes n'a arrêté sa pratique en misant sur un futur « quand je serai meilleure » . Okusai l'écrit lui-même dans la postface d'un de ses recueils les plus célèbres, qui s'appelle « Sans vue du Mont Fuji » , qu'il a publié en 1834. Dans ce texte, il retrace un peu sa progression, décennie par décennie, et y conclut en disant à peu près que « à 90 ans, il aura pénétré le mystère profond des choses. À 100 ans, il aura sans doute atteint un stade merveilleux. Et que quand il aura 110 ans, tout ce qu'il fera, ne serait-ce qu'un point où une ligne sera vivante. Il avait environ 75 ans quand il a écrit ce livre, et bon, il n'a jamais atteint les 110 ans, mais il a continué à dessiner jusqu'à sa mort, à 88 ans. Louise Bourgeois, elle, par exemple, elle a continué de dessiner et à sculpter jusqu'à sa mort aussi, en 2010, elle avait 98 ans. Georgia O'Keefe a peint jusqu'à un âge très avancé, elle aussi, elle est morte vers 98 ans, en 1986, et même quand sa vue a commencé à baisser, elle a adapté sa pratique pour pouvoir continuer plutôt que de s'arrêter. Ce qui me frappe, moi, quand on regarde tous ces artistes, c'est pas leur talent. Aucun ne s'est dit, j'attends d'être assez bon, assez bonne pour continuer. Non, ils ont juste continué au niveau où ils en étaient et ils ont continué chaque jour jusqu'au bout. Alors pour ton exercice aujourd'hui, j'aimerais que tu prennes un petit carnet ou même juste une simple feuille. Pas ton plus beau carnet, pas quelque chose qui va te mettre la pression. L'idée, c'est de dessiner pendant 10 minutes, comme l'aurait fait Okusai avec son cookie du jour. Tu peux choisir de dessiner un objet là, qu'il y a sur ton bureau à côté de toi, ta tasse de café, tu peux dessiner tes mains, j'avoue c'est pas facile, mais c'est l'occasion d'essayer. Et l'idée c'est de ne pas rechercher la perfection et de ne pas retoucher, juste de prendre le temps de dessiner comme ça, c'est pour la pratique, c'est pour le geste et pas pour le résultat. Et ensuite si tu veux, tu peux noter une petite phrase à côté, un peu comme le carnet de Léonard de Vinci, tu peux noter une observation sur ton dessin, ou alors une idée qui t'est venue pendant que tu dessinais. Ou si tu veux, tu peux même faire ta liste de courses, qui n'a aucun rapport avec le dessin comme lui aurait pu le faire. L'objectif, c'est pas de produire une pièce. L'objectif, là, c'est vraiment de sentir ce que ça fait de dessiner sans enjeu, un jour normal, comme ça, sans attendre une Ktober pour ça, ni un contexte spécial. Et si l'exercice du jour t'a plu, si tu as envie de transformer ça en une vraie routine, et pas juste un jour, eh bien, tu peux retrouver mon livre « Pimp Ton Style » , qui contient 50 exercices, qui sont pensés exactement pour ça d'ailleurs, pour dessiner régulièrement, sans avoir à te poser trop de questions. Moi, j'ai déjà prévu les exercices pour toi, t'as juste à les suivre. L'idée, c'est de tester plein de choses différentes et de laisser ta signature artistique se révéler au fil des pages. Tu trouveras le lien en description. Et si cet épisode t'a plu, laisse un avis ou partage-le à une âme créative qui en a besoin. Ça aide à faire grandir ce podcast bien plus que tu ne l'imagines. Et je te dis à très vite et d'ici là, souviens-toi que personne ne peut briller à ta place, alors à toi de jouer !