- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans Please Don't Disturb, le podcast qui vous ouvre les portes des palaces, maisons et hôtels emblématiques à travers les récits professionnels de l'autorité. Je suis Nia Mermier et dans chaque épisode, je vous invite à partager les histoires inspirantes, les parcours exceptionnels et les réflexions profondes de ceux qui font briller ces endroits prestigieux. Que vous soyez un passionné de voyage. un professionnel du secteur ou simplement curieux de découvrir les secrets bien gardés de ceux qui font rayonner ces établissements. Ce podcast est fait pour vous. Bonjour Louise, merci d'avoir accepté mon invitation. Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours professionnel s'il te plaît ?
- Speaker #1
Donc je m'appelle Louise, j'ai 30 ans. Aujourd'hui je suis patronne de mon restaurant que j'ai ouvert avec mon copain Arthur. À Marseille, on est tous les deux nés à Paris, on a grandi dans Paris, on a fait trois ans de tour du monde et en fait à notre tour on n'avait plus très envie de revenir à Paris. On cherchait une ville un peu plus libre, plus proche de la mer, de la nature, etc. Et donc du coup on a suivi mes parents qui vivent déjà à Marseille. Et on s'est installés à Marseille il y a trois ans et on a décidé d'ouvrir notre resto ensemble il y a un an et demi, face à la mer. J'ai le meilleur cadre pour des Parisiens.
- Speaker #0
Génial. Et Marseille, ça a été... Parce qu'il y avait tes parents ? Ou tu n'avais déjà rien de la tâche ?
- Speaker #1
Je n'avais pas trop de la tâche. Et en fait, ils sont partis deux ans avant moi. Donc j'allais juste une fois par mois voir ma famille, évidemment. Et c'est vrai que j'ai tout de suite matché moi avec l'énergie de la ville. Je trouve que c'est une ville qui me correspond à 100% en termes de valeur, d'émulsion positive entre les gens, etc. En plus, je savais que la restauration était en train d'exploser à Marseille. Donc du coup, c'était le bon moment pour investir. Et il y a surtout la lumière à Marseille quand tu reviens de Paris qui est assez frappante. Quand tu pars le dimanche sur le grand soleil de Marseille et que tu ressors à Gare de Lyon sous la pluie, tu ne mets pas beaucoup de temps à être convaincue de partir.
- Speaker #0
J'imagine. Et puis la mer surtout. Le fait de voir la mer, ça change tout.
- Speaker #1
Oui, franchement, moi je vis au bord de la mer et je travaille au bord de la mer. Donc ma route, c'est uniquement le front de mer. Je ne me sens jamais démoralisée. C'est vrai que c'est un film de l'océan et de la mer. Ça aide à relativiser,
- Speaker #0
je trouve.
- Speaker #1
Trop bien.
- Speaker #0
Tu peux revenir tout d'abord sur ton parcours, tes présences, tes expériences.
- Speaker #1
Moi, j'ai un parcours assez classique. J'ai fait un bac scientifique général. En fait, quand j'ai eu mon bac à 17 ans, je ne savais pas trop ce que je voulais faire. En tout cas, je savais que je ne voulais pas faire une école de commerce ou du droit, comme un peu tous mes copains. Et donc, je voulais vraiment faire un métier manuel. La cuisine, c'était vraiment... Mon terrain d'expression depuis que j'étais toute petite, mais je n'en faisais pas du tout de manière professionnelle. C'était vraiment juste chez moi avec mes sœurs. On se faisait des petits gâteaux, des petits dîners et tout. Donc on a toujours trop aimé ça. Donc c'est né comme ça. Du coup, j'ai tenté l'école Paul Bocuse où j'ai été admise pour mes 18 ans. Et du coup, j'ai fait trois ans de bachelor, donc art culinaire et management de la restauration. Et c'est vraiment une formation qui te permet de... Apprendre la cuisine évidemment, mais aussi toute la partie entrepreneuriale, gestion, communication qui sont vraiment propres au restaurant. Grâce à l'école, j'ai fait deux stages en deux étoiles et en trois étoiles. Donc sur les Champs-Elysées le premier, en deux étoiles qui s'appelle la Serre. Et ensuite, j'ai intégré les cuisines d'Alain Passard en dernière année d'école où je suis restée six mois. Et au final, ça s'est très bien passé. Donc je suis un peu plus restée et j'étais... Souvent avec lui dans les jardins, on faisait les événements ensemble. Il m'a emmenée dans beaucoup d'événements extérieurs. J'ai eu beaucoup de chance. On a cuisiné en Corse, on a cuisiné dans le musée d'art moderne. Donc vraiment, j'ai eu beaucoup de chance d'apprendre avec ce chef que j'admire énormément. Et ensuite, je suis partie en tour du monde pendant trois ans, où j'ai travaillé en Australie et en Nouvelle-Zélande en cuisine pour financer la suite du parcours. Et à mon retour, j'ai intégré les cuisines de Septim, qui sont à Paris du coup. Je suis restée trois ans. Je pense que la cuisinière que je suis devenue maintenant est un vrai combiné de Alain Passard et Bertrand Grébeau, mes deux chefs avec qui je suis restée le plus longtemps. J'ai eu d'autres expériences dont je parle moins, mais qui ont été plus courtes et dont je garde un moins bon souvenir. Mais j'ai quand même eu la chance de faire une saison chez Yannick Alénon, 3 étoiles à Courchevel. Et j'ai travaillé pour Christophe Saint-Agne, qui était l'ancien chef du Plaza Athénée, qui avait ouvert sa maison dans le 17e à Paris.
- Speaker #0
Trop chouette. Des belles maisons.
- Speaker #1
Des belles maisons. Et une fois que je suis arrivée à Marseille, je n'aurais pas ouvert directement parce que je n'avais pas de connaissances suffisantes du terrain, des fournisseurs, de la clientèle, etc. Et du coup, j'ai eu la chance, via Christophe Juvy et Rémi Efferdine en Fraléga, de prendre le poste de chef chez Ypon, qui était du coup mon premier poste de chef. Oui, ils m'ont beaucoup accompagnée et ça m'a permis de créer mon entreprise ensuite, qui a maintenant un an et demi.
- Speaker #0
Félicitations. Merci. Est-ce que tu peux nous parler plus de ton tour du monde ?
- Speaker #1
Ouais. En fait, j'ai rencontré Arthur du coup à l'Arpège. Lui revenait d'un an au Canada, qu'il avait complètement subjugué. Il en parlait tout le temps de ce côté voyage qui, lui, le stimulait énormément. Moi, je suis un peu une froussarde, donc c'est vrai que sans lui, je pense que je ne serais jamais partie. Mais lui, il avait vraiment cette envie de repartir de Paris, d'aller découvrir le monde. Et c'est vrai que la chance de nos métiers, lui, il est maître d'hôtel, c'est de pouvoir un peu travailler partout dans le monde, puisque finalement, il y a des restaurants dans tous les pays du monde. Et donc, on a décidé de partir le plus loin possible de chez nous, c'est-à-dire la Nouvelle-Zélande. On est arrivés à Auckland. Et on a travaillé dans un bistrot français où j'ai appris à parler anglais, à m'adapter au fait d'être loin de chez moi. C'est 12 heures de décalage horaire avec la France, donc c'est quand même assez compliqué. Moi qui suis très proche de ma famille, c'était quand même pas tous les jours simple. Mais c'est vrai qu'au début, on avait dit qu'on partait 3 à 6 mois et au final, on est partis 3 ans. Donc on est rejoints copines de l'école à Melbourne, en Australie, où on a travaillé pendant 10 mois. et ensuite on a fait Que du voyage, que de la randonnée, que de la découverte. On avait fait Bali, la Malaisie, Singapour, le Japon, l'Inde. On a fait vraiment un énorme tour d'Inde pendant deux mois. Ensuite, on est reparti vers l'Amérique et du coup, on est arrivé aux Etats-Unis d'abord. On a fait tous les parcs nationaux de la côte ouest, puis le Mexique. Et ensuite, de la Colombie à l'Argentine, on l'a fait que en bus et en rando.
- Speaker #0
C'est génial.
- Speaker #1
J'arrive toujours pas à réaliser que je l'ai fait alors que c'était il y a presque dix ans.
- Speaker #0
Comment cette expérience se retranscrit dans ta cuisine ? T'as senti un avant-après ?
- Speaker #1
Pas tant parce que finalement, quand je suis partie, j'étais encore comique cuisine. Donc j'apprenais énormément des autres. Donc j'ai continué d'apprendre des autres finalement pendant tout mon voyage. Ça m'a plus appris sur moi-même, sur ma personnalité, sur ma vision du monde. Et bien sûr, j'ai une connaissance produit et recette du monde très développée grâce à ce voyage. Mais c'est vrai que comme je suis très investie dans la cuisine locavore, j'ai du mal à intégrer des recettes qui nous viennent de l'étranger, qui souvent impliquent d'utiliser beaucoup d'épices qu'on n'a pas en France, par exemple.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un pays qui t'a particulièrement plus marquée que les autres ?
- Speaker #1
L'Inde, c'est un pays qui marque toutes les gens qui y vont. Je pense que c'est impossible d'y aller et d'en ressortir indifférent. Pour la cuisine déjà, parce que c'est une cuisine qui est majoritairement végétarienne, qui travaille beaucoup autour des épices, qui travaille autour de la sauce. Par religion, il y a des villes entières où tu ne peux même pas manger de viande au restaurant. Et je trouve ça assez formateur de cuisiner des plats si colorés, si développés, avec au final très peu de produits de base, puisque ça reste quand même un pays où l'agriculture est très réduite à quelques ingrédients. Et puis même en termes de... De pays, de découvertes, d'humains, l'Inde, c'est quand même intense. Et ensuite, la Bolivie, ça m'a beaucoup marquée. C'est un pays qui est très pauvre, et pourtant, j'ai trouvé les gens très généreux, très ouverts. Et leur cuisine, elle est pareille, principalement composée de pommes de terre, de riz et de poulet. Donc c'est vrai que ça ne passionne pas un cuisinier comme moi, mais voir que chaque jour, ils arrivent à créer des recettes qui sont quand même un peu différentes, avec trois produits, je trouve que c'est... Nous, c'est facile. En France, on a un économa qui est immense, un garde-manger qui est immense. Là, on est vraiment à l'extrême opposé. Donc,
- Speaker #0
retour du tour du monde, retour à Paris. Le choc ? Il y a eu un choc ?
- Speaker #1
Il y a eu un gros choc parce que déjà, je ne suis pas retournée directement à Paris. En fait, ça faisait trois ans qu'on n'était plus en France, on n'avait pas de fil de paix. C'était impossible de retrouver un appartement, de se réintégrer comme ça dans la vie française. Puisqu'on était vraiment sortis du cadre. Et puis on n'avait pas nécessairement envie de revenir vivre chez nos parents après trois ans de liberté absolue. Du coup, on est allés faire une saison à Courchevel. C'est pour ça qu'on a fait ça. Pour refaire six mois de Fils de Paix, se réintégrer dans la restauration en France, se refaire des contacts. Et c'est vrai que la vie à Courchevel, ça a été un choc immense pour moi. Moi, je l'ai très mal vécu. C'est pas le restaurant que j'ai mal vécu, c'est vraiment l'environnement. J'arrivais de pays très très pauvres. Le dernier pays que j'ai quitté, c'était l'Argentine, en pleine crise financière. On voyait tout le monde manifester dans la rue pour la hausse du prix du ticket de métro. Et d'un coup, t'arrives à Courchevel où tout le monde est hors sol et tout le monde dépense de l'argent de manière décadente. Et puis même la manière dont on nourrit les gens, dont l'hôtellerie est construite, c'est le lieu qui veut ça. Mais pour moi, c'était vraiment trop dans l'excès. Du coup, j'ai pris un énorme choc. Et ensuite, il y a eu le confinement. Donc ma saison a été écourtée par le confinement. Et du coup, j'avais une vie à mille à l'heure depuis trois ans où tous les jours, j'avais mon sac à dos, je n'avais pas de maison. On vagabondait d'hostel en hostel. Et du jour au lendemain, tu es enfermé dans une maison pendant trois mois. Donc c'était un peu déprimant. Enfin moi je l'ai très très mal vécu. Moi je suis quelqu'un qui est très actif tout le temps, c'est pour ça que j'adore la cuisine. C'est des grands horaires, ça occupe bien ma journée. Je suis jamais assise, je pourrais jamais être assise à un ordinateur toute une journée, c'est impossible pour moi. Du coup là d'un coup tout s'arrête, les restaurants sont fermés. Et c'est un peu un choc mental quoi. Je pense que c'est le cas de plein de gens, même pas de la restauration. Mais c'est vrai que ça a été un très très haut puis un très très bas quoi. Donc ouais, compliqué.
- Speaker #0
J'ai l'impression que c'est beaucoup de haut et de bas ton parcours, non ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que ma vie en général est beaucoup de haut et de bas, mais je suis vite survoltée par des choses très positives. Après, comme je suis très émotive, je me laisse souvent aussi envahir par plein d'émotions, donc je peux aussi arriver très bas. En tout cas, je suis à 30 ans assez fière de tout ce que j'ai déjà accompli dans ma vie. J'ai de la chance d'être aussi bien entourée et d'avoir des gens autour de moi qui me portent et qui me poussent à faire ce genre de projet.
- Speaker #0
C'est trop beau. On va parler de Top Chef. Comment c'est arrivé à toi ?
- Speaker #1
Top Chef, ça faisait plusieurs fois qu'on me le proposait. Vraiment pas mal de fois, chaque année. Moi, je ne suis pas quelqu'un qui aime spécialement être dans la lumière. Je n'ai pas du tout confiance en moi dans la vie. C'est vrai que je ne me serais pas vue aller me mettre sur le devant de la scène, devant des caméras. Et surtout en compétition face à 15 autres cuisiniers qui ont tous des très bons niveaux, s'ils sont sélectionnés. donc je n'avais jamais même répondu aux casteurs qui m'avaient écrit les années précédentes. Et cette année, j'ai ouvert mon restaurant, et du coup, c'est vrai qu'on a fait une très belle ouverture, les gens étaient assez réceptifs. J'ai reçu beaucoup de compliments sur ma cuisine, donc ça m'a confortée dans l'idée que je faisais correctement bien mon métier. Et du coup, Arthur et mes parents m'ont beaucoup poussée. Ma mère m'a emmenée à Paris, devant la salle du casting, pour faire les essais de cuisine. Sinon, je n'y serais jamais allée. Et en fait, j'y suis allée en me disant, bon, c'est vrai qu'ils sont tous très bons, mais ils ont tous un petit attrait qui est une petite différence par rapport à tous les autres cuisiniers. Une histoire de vie un peu exceptionnelle. Du coup, moi, c'est vrai que ma vie est assez simple. Tout va très bien dans ma vie. Je n'ai pas vécu de drame et en même temps, je n'ai pas vécu non plus de trucs formidables. Donc, c'est vrai que je ne me suis pas dit que je suis la candidate passionnante et donc, je ne vais pas forcément être sélectionnée. Il s'avère que j'ai été sélectionnée. Tu étais contente ? J'étais très contente et c'est vrai que je n'y croyais pas. C'est une belle reconnaissance d'avoir été choisie parmi... Je ne sais pas combien de candidats il y a eu au casting, mais énormément. Donc oui, forcément, ça flatte ton égo d'avoir été choisie parmi des milliers de gens, juste 16 personnes. Donc j'ai décidé de tenter l'expérience.
- Speaker #0
Et alors, comment tu t'es préparée ?
- Speaker #1
En fait, on n'a pas eu beaucoup de temps pour se préparer, parce que finalement, on a été prévenus que peut-être trois semaines avant qu'on allait commencer. Donc, je ne me suis pas trop préparée. En fait, j'ai un restaurant qui est quand même très grand. J'ai une équipe de huit personnes à gérer. Donc, c'est vrai que jusqu'à la veille du départ, je n'ai pas trop pensé à Top Chef. Je sais que d'autres candidats se sont entraînés à faire... On ne connaît pas les épreuves, mais on sait que chaque année, il y a quand même des épreuves qui se répètent depuis 17 ans de saison. Je pense qu'il y en avait pas mal qui s'étaient déjà préparés. Et moi, j'y suis un peu allée au talent. Et voilà, quoi. Moi, ma crainte, c'était de perdre au premier tour. C'était mon but, c'était de passer la première semaine. Et je me suis un peu dit que ça. Et la seule chose que j'ai préparée, c'était plutôt mon départ de mon restaurant. Donc, comment se faire remplacer ? Parce que je suis chef de cuisine et les gens qui travaillent pour moi, ils ont envie d'être avec moi, ce qui est normal. Pour Arthur, c'est compliqué de ne pas avoir son associé pendant... En plus, on ne sait pas combien de temps dure le tournage, puisqu'il peut durer une semaine comme il peut durer deux mois. Et donc, c'était plutôt ça, la partie que je devais appréhender sur mon départ.
- Speaker #0
Et tu as réussi à bien gérer ton départ du reste ?
- Speaker #1
J'ai un ami qui m'a remplacée en cuisine pendant six mois, un ami chef en qui j'ai une extrême confiance, qui est brillant. Et du coup, si lui n'avait pas accepté de me remplacer, je n'aurais pas accepté de partir faire cette compétition. Et savoir que mes deux autres associés, c'est mon copain et mon père, je savais que je laissais quand même le bébé entre de très bonnes mains et qu'on avait un intérêt commun à ce que tout se passe bien pendant la durée du tournage. C'est sûr que c'est stressant.
- Speaker #0
Et pendant les épreuves, tu dilais un peu avec le restaurant ou t'as vraiment coupé ?
- Speaker #1
J'avais vraiment de la chance, c'est que tout le monde a mis un point d'honneur à ne pas trop me parler du restaurant. Quand je dis tout le monde, c'est mon équipe et mes associés. Donc oui, j'ai mes associés qui... qui prenait vraiment tout en charge. Je faisais des petits points, on va dire, toutes les semaines avec mon père. Mais le but était vraiment que je rentre dans ma bulle et que je me concentre à fond puisque j'avais passé la première semaine. Ensuite, du coup, tu as envie d'aller le plus loin possible. Une fois que tu as validé le premier tour, forcément, l'instinct de compétiteur, même si tu ne l'as jamais vraiment ressenti, commence à croître en toi.
- Speaker #0
Très bien. Comment tu t'es sentie tout au long des épreuves, tout au long de l'émission ?
- Speaker #1
Ça a été une période très compliquée pour moi le tournage, vraiment. J'ai jamais ressenti autant de stress de ma vie. Et c'est ce que je disais souvent, c'est que j'ai quand même ouvert un resto, ce qui est quand même une charge mentale assez lourde. Et j'ai pas ressenti autant de stress que pendant le tournage, c'est très intense. En fait, c'est un côté qui est un peu irréel, parce que du coup, tu quittes ton domicile, tu quittes ton travail, t'habites dans un hôtel avec les candidats. T'es dans ta bulle, en plus le côté itinérant, il était super. Moi j'ai adoré ce côté-là. Mais c'est vrai que du coup ça nécessite de faire les trajets, etc. Donc t'es quand même perpétuellement fatiguée. Et pourtant j'ai fait des insomnies tous les jours, pendant tout le temps du tournage. D'ailleurs il y a des nuits entières où je dormais pas du tout, je courais toute la nuit dans la salle de sport. Et c'est vrai que moi je suis une grosse anxieuse, donc je me doutais que j'allais vivre ce moment. Mais oui, j'ai vraiment ressenti un sentiment d'écrasement qui était lourd et que je n'avais jamais ressenti avant. Et d'ailleurs, quand je me vois à la télé maintenant, ça se voit que je suis crevée. Les gens me demandent si j'ai fumé des joints. Tellement j'ai l'air... Mais je suis complètement amorphe. Je le sens, genre ma voix, elle est cassée. J'ai le regard bas. Et d'ailleurs, il y a plein de gens, quand je lis les commentaires méchants de Twitter, parce que merci à tous ces gens qui font des commentaires sympathiques. qui disent qu'elle n'a jamais souri de sa vie, qu'elle a l'air en dépression. Alors que franchement, dans ma vie, on m'a tellement dit « arrête de sourire, tu souris trop » et on dirait que tu te moques des gens, que vraiment, je vois bien que ce que j'ai montré dans ce concours, elle est vraiment à l'opposé de la personne que je suis vraiment. Et je pense que c'est vraiment dû à ce sentiment de stress énorme.
- Speaker #0
Et tu l'analyses comment ? C'est le stress, j'imagine, que tu te mets. Et c'est le stress aussi d'avoir des caméras ?
- Speaker #1
Il y a une pression énorme. Il y a la compétition déjà. Les chefs sont impressionnants et nous, on a envie de les impressionner. Parce que c'est pour ça qu'on est là aussi. Tu as envie de prouver à toi-même, tu as envie de prouver aux autres candidats que tu as ta place. Et c'est vrai que la chef Lekelec m'a dit assez rapidement dans le concours, arrête de t'excuser d'être là, ça se voit à ta posture. Tu as les épaules baissées, tu regardes toujours par terre. Et j'ai encore du mal à prendre du recul par rapport à tout ça. J'avoue que je vois une psy pour en jeter avec elle. Mais c'est vrai que je me suis un peu sentie écrasée.
- Speaker #0
Mais je ne saurais pas expliquer pourquoi.
- Speaker #1
Mais pas positivement, ça c'est sûr. Et d'ailleurs, quand je regarde les plats, par exemple, que j'ai fait à Top Chef, c'est tellement pas la cuisine que je fais dans la vie. Par exemple, de beaucoup en mettre, de beaucoup vouloir en faire. Alors que chez moi, j'ai un bistrot, donc je vais souvent à l'essentiel. Il y a trois éléments, quatre éléments dans mes assiettes. Et c'est ce qu'on m'a reproché tout le concours, d'en avoir trop. Et c'est vrai que c'est très paradoxal au vu de la personne que je suis dans la vie. Quelqu'un de relativement simple. Et je ne suis pas trop dans la démonstration, je trouve, dans ma cuisine. Et là, c'était l'opposé. Et je pense que j'avais vraiment envie de réussir. Et du coup, je me mettais énormément de pression pour... Pour faire plus et mieux. Est-ce que c'était une bonne stratégie ? Je ne sais pas. En tout cas, ça m'a quand même emmenée assez loin dans le concours. Je ne regrette rien. Mais c'est vrai que j'ai du mal à me reconnaître. Ce qui est drôle, c'est que quand j'en parle à mon entourage, ils n'ont pas cette sensation. Ils me disent quand on te voit, on voit tellement toi à la télé, t'es hyper naturelle, t'es mimique, tes commentaires, c'est toi dans la vraie vie.
- Speaker #0
Après, c'est vrai que ça doit être un peu bizarre de se voir à la télé. Les retours des gens, mais justement, comment tu appréhendes la diffusion des épisodes ?
- Speaker #1
Là, ça va mieux parce que je sais où je suis allée, où je suis allée dans le concours. Je suis quand même fière de mon parcours. Le premier épisode, je n'ai pas dormi pendant un mois avant qu'il passe. Parce que c'est vrai qu'on tourne des journées de 10 heures, 12 heures de tournage. On sait que ça va être résumé dans une heure et demie, deux heures d'émission. Qu'est-ce qui va être gardé, qu'est-ce qui ne va pas être gardé ? C'est vrai que dans l'engouement du concours, parfois on lâche un peu des phrases qu'on n'aurait pas forcément dit ou qu'on n'avait pas forcément envie de montrer. au public. Donc c'est vrai que j'étais un peu anxieuse. Bon après je suis anxieuse souvent donc ça ne m'a pas gênée plus que ça. Mais c'est vrai que c'est bizarre de se voir. En fait c'est pas le fait de se voir qui est gênant, c'est le fait de savoir que tout le monde va émettre un jugement sur toi. Et d'ailleurs bon là ça s'est quand même pas mal calmé parce que je trouvais qu'Antoine avait une analyse assez juste au fur et à mesure des épisodes. Les gens finissent par un peu s'attacher à nous et du coup ils sont moins méchants. deux, trois premiers épisodes. Et tout le monde m'avait dit, regarde pas les commentaires. Il y a Margot Ely, une candidate de l'année dernière avec qui j'ai un peu discuté, qui m'a dit, protège-toi. Parce que moi, je l'ai très mal vécu. Et je sais pas, j'ai pas pu m'en empêcher. Je pense que c'est un peu le cas de tout le monde, objectivement. Et le premier message méchant que tu lis sur toi, il est un peu perturbant. Et je pense que... Moi, j'avoue que je suis pas très réseau social, initialement. Donc j'ai jamais fait de commentaires sur personne, personnellement. Mais... Je pense que les gens oublient que chaque commentaire qu'ils écrivent est quand même reçu par des personnes normales et vivantes. C'est pas juste un ordinateur qui relie un autre ordinateur. Et parfois, les attaques sont hyper personnelles, elles sont même pas relatives à la cuisine. Et même parfois, elles sont relatives à la cuisine. T'as pas les épaules pour faire ton métier. Mais toi, qu'est-ce que t'en sais, en fait ? Qu'est-ce que t'en sais, parce que c'est mon métier.
- Speaker #0
C'est un long sujet.
- Speaker #1
C'est un long sujet, ouais. Je pense que c'est le cas de plein de gens qui sont médiatisés. C'est pas que les cuisiniers. Mais j'avais lu plusieurs fois des interviews d'inconnus qui disaient « j'allais couper les réseaux parce que c'est hyper dur, etc. » Je me l'imaginais, mais je pense qu'en fait, tant que tu ne l'as pas vécu, tu ne t'en rends pas compte.
- Speaker #0
J'imagine.
- Speaker #1
Et c'est un peu violent. Franchement, moi, ça a été très dur pour moi.
- Speaker #0
Et donc, tu as coupé les réseaux ?
- Speaker #1
Je n'ai pas coupé les réseaux. Je vais continuer de regarder et de me faire mal.
- Speaker #0
Je pense que c'est humain. Oui,
- Speaker #1
c'est humain.
- Speaker #0
Je pense qu'on le ferait tous pour voir. Je ne sais pas trop comment expliquer, mais...
- Speaker #1
Mais c'est un peu ce côté... Je sais pas, c'est une curiosité mal placée. En même temps, il y a deux mois, on était personne. Et maintenant, on est vachement sur le devant de la scène. Je sais très bien que dans trois mois, si on cultive pas cette notoriété, on reviendra vite aux petites têtes de personnes, qui moi me conviennent très bien. Mais je sais pas. Même mes parents, ils me disent, mais arrête, en plus, tu pleures toute la nuit quand tu regardes ça, évidemment. Même si tu sais que ça va te faire mal, tu continues de le faire. c'est comme quand tu fumes et tu sais que c'est mauvais pour ta santé et tu continues quand même de fumer c'est comme quand tu bois une fois trop et le lendemain tu te sens mal, tu te jures de jamais revoir et puis finalement, tiens, tu y retournes c'est un peu ce cercle malsain que tu te fais à toi-même ouais, j'ai des super bons souvenirs déjà Vivre un tournage, c'est un peu magique pour nous les cuisiniers. On est toujours enfermés dans notre cuisine, on ne parle pas forcément avec beaucoup de monde à part notre équipe. Et autant les gens en salle sont quand même sur le devant de la scène, autant les cuisiniers sont dans leur bulle. Et moi, ça me convient très bien au quotidien. Mais là, d'un coup, faire le Tour de France, se déplacer avec 90 personnes de la production, se rendre compte même de tous les métiers qui sont internes à une émission de télé, moi j'avoue que je n'avais pas du tout ce regard-là. Rencontrer les chefs, c'est une chance énorme. Rencontrer Stéphane Rottenberg, moi j'avoue, j'ai trop aimé. Et même les candidats, confronter ta cuisine à celle d'autres candidats qui ont à peu près le même parcours professionnel que toi. On vient tous à peu près du même milieu d'étoilés. On a maintenant notre identité culinaire. Et justement, échanger avec des gens qui n'ont pas du tout les mêmes visions de la cuisine et qui finalement tentent vers la même chose, faire de la bonne nourriture, c'est quand même gratifiant. Moi j'ai bien aimé faire le tournage, j'en garde pas un mauvais souvenir. C'est juste que j'en ai beaucoup souffert d'une certaine manière. Et il y a d'autres parties que j'ai trouvées formidables. C'est une chance, je pense, qu'on a eu tous les 16 candidats de participer à Top Chef 17 comme les saisons précédentes. C'est un tremplin de carrière énorme. Il ne faut pas cracher dans la soupe, c'est juste qu'il faut pouvoir aussi se remettre de cette... Partie médiatisation très rapide et moi, mon stress avec lequel j'ai vécu pendant mes deux mois. Je ne pense pas que tout le monde ait se ressenti là.
- Speaker #0
Mais justement, quand tu t'es inscrite ou quand tu as commencé le casting, est-ce que tu t'appréhendais la médiatisation ou tu ne l'avais pas du tout en tête ?
- Speaker #1
On a quand même un entretien avec un psy pendant le casting, qui du coup, elle, questionne beaucoup sur justement cette médiatisation qui va être très rapide. en fait, Je pense que j'ai dit ça me dérange pas parce que je me rendais pas compte de ce que ça implique d'être médiatisé. Et après, je vis pas mal la médiatisation actuellement. Oui, les commentaires négatifs, c'est blessant, évidemment. Et je pense qu'on l'a tous mal vécu, ces parties-là. Mais je reçois aussi beaucoup de messages d'encouragement, de bienveillance, de femmes qui me disent que je donne confiance aux femmes qui commencent dans le métier, qu'on peut réussir en étant une fille, déjà, dans ce milieu, et être patronne à 31. Et voilà, donc, en fait, les gens soulignent quand même les choses. cool que j'ai fait dans ma vie et je trouve ça très gratifiant. Au restaurant, les gens qui viennent me voir, ils sont toujours très touchés de me rencontrer, ce qui, moi, me perturbe énormément, mais je trouve ça trop adorable. Là, on a fait le repas avec Antoine pendant deux jours chez Rouge et moi, je vais aller le faire chez lui au mois d'août. Les gens, quand ils nous voyaient ensemble, il y a quand même une femme qui nous a dit « c'est irréel de vous voir » . Je trouve que c'est trop mignon. Pas mal de petits enfants de 6-7 ans qui me disent « je suis fan de toi » . C'est chou en vrai. C'est perturbant parce que je ne comprends pas vraiment pourquoi ils sont fans de moi, objectivement, mais je trouve que c'est tellement bienveillant et gentil. Et ouais, on reçoit aussi beaucoup d'amour. Moi, je garde le négatif parce que ça te perturbe tellement que forcément, tu t'accroches un peu à ça au début, mais il y a aussi des vagues d'amour qui sont énormes et qui sont belles. C'est quand même une chance.
- Speaker #0
Oui, je pense que les gens ont ressenti ta sensibilité quand tu les as touchées.
- Speaker #1
C'est ce qu'on me dit. En fait, les gens qui me disent « t'es ma préférée » , bon j'imagine que tous les candidats reçoivent « t'es ma préférée » , mais souvent le mot qui revient, c'était tellement naturel et était tellement toi que du coup on sait que t'es vraie. Et je suis contente d'avoir quand même réussi à être la personne que je suis et pas me donner un rôle ou pas avoir l'air hautaine parce que je suis pas quelqu'un comme ça, ou condescendante ou des maîtres de jugement parce que dans la vraie vie, je suis pas comme ça. donc je suis contente que ce soit que l'image que j'ai à la télé soit quand même fidèle à l'image de la personne que je suis en vrai, hormis la partie « je suis défoncée » , parce que je ne suis pas. Je suis juste très fatiguée et anxieuse. Mais en tout cas, c'est cool. Vraiment, j'en garde un très bon souvenir. Je me sens quand même chanceuse d'avoir vécu cette expérience dans ma vie. Et ça me permet d'avoir accès aujourd'hui à plein de choses auxquelles je n'aurais pas forcément eu accès sans cette émission.
- Speaker #0
On va en parler, mais je reviens juste à la petite question. Le psy de M6, vous le voyez au début et au début à la fin ?
- Speaker #1
Non, en fait, on ne le voit qu'au début. On le voit avant que ça commence pour voir si on a un profil sujet ou non à pouvoir faire ce genre de concours, parce que c'est quand même très prenant. Et puis, une fois qu'on est engagé dedans, il y a tellement d'équipes autour de nous qu'on ne peut pas quitter le navire en route. Donc, c'est normal qu'on ait des tests de psy. Après, ils ne reviennent pas vers nous. Là, j'ai été recontactée par la psy récemment. Il y a 2-3 semaines, il m'a proposé un accompagnement. C'est vrai que du coup, moi, de mon côté, j'avais commencé un accompagnement personnalisé. Ça fait du bien de pouvoir aussi un peu poser sa valise et parler à quelqu'un de neutre.
- Speaker #0
L'après-top-chef. Comment tu vois les choses ?
- Speaker #1
Là, je suis encore dans le concours. En fait, il y a pas mal de manières d'aborder l'après-top-chef. Soit tu veux monter un projet et donc tu as besoin de beaucoup d'argent vite et donc tu fais des gros contrats rapidement. Soit tu veux plutôt tabler sur l'avenir et voir ce que ça peut te rapporter à long terme. Et du coup, ce qu'on m'a conseillé, c'est de justement ne pas partir tête baissée vers tout ce qu'on te propose et justement bien évaluer. Ce qui ressemble un peu à notre déat personnel. Et moi, c'est vrai que je n'ai pas besoin d'investir tout de suite vu que j'ai déjà mon restaurant. J'ai cette chance de pouvoir prendre le temps d'appréhender la suite.
- Speaker #0
Viser long terme.
- Speaker #1
Voilà. Dans le concours, j'ai eu deux personnes qui m'accompagnaient. J'ai eu une coach, qui elle, est une ancienne sportive olympique, Muriel Hermine, qui m'a énormément soutenue, qui m'a énormément appris à gérer mon stress, à... remettre un peu les pieds sur terre quand je riais. On a commencé un tout petit peu avant le tournage et elle m'a suivie vraiment jusqu'à la fin. Et j'ai une attachée de presse qui m'a fait du media training pour apprendre à parler dans une caméra parce que c'est carrément pas inné. Et ne serait-ce que dire les bonnes choses, ne pas être vulgaire, ne pas y mettre de critiques, tout ça c'est quand même des très bons conseils qu'on m'a donnés tôt.
- Speaker #0
Et je me suis un peu laissée voguer au gré du vent depuis la fin du tournage. Et je me rends compte que je suis très sollicitée pour beaucoup de choses. Et je n'ai pas envie de me perdre. Donc je commence à regarder pour me faire accompagner. Oui, j'aimerais bien avoir peut-être pas une agent, mais en tout cas quelqu'un qui me conseille sur l'avenir.
- Speaker #1
C'est trop chouette.
- Speaker #0
À faire de mauvais choix.
- Speaker #1
Et tu les connaissais d'avant ? Ou c'est venu avec Top Chef ?
- Speaker #0
C'est venu avec Top Chef. L'attachée de presse, c'était l'attachée de presse de mon restaurant. Et elle bossait avec mon père. Donc on s'est rencontré à ce moment-là. Coach, pareil, elle travaillait avec mon papa. Et du coup, c'est lui qui l'a contacté pour moi. On a commencé peut-être un mois avant le début du tournoi. En fait, à partir du moment où je savais que j'allais y aller. Comment aborder ça ? Même le fait d'accepter que tu as été sélectionnée, ce n'était pas si simple pour moi. Et du coup, elle m'a pas mal aidée.
- Speaker #1
Syndrome de l'imposteur ?
- Speaker #0
Oui. Je l'ai toujours eu, le syndrome de l'imposteur. Mais je pense que pas mal de gens le ressentent. Donc j'ai eu cette chance d'avoir, oui, ce cadre. que des femmes fortes qui donnent confiance et ça m'a beaucoup aidée. Je les remercie toutes les trois.
- Speaker #1
Et ton agent, ce serait pour... Tu verrais...
- Speaker #0
J'aimerais bien prendre un peu de recul sur le resto et j'aimerais bien faire quelques événements, autant pour des assos que aussi des choses rémunérées parce que pour pouvoir financer l'associatif, il faut aussi se payer, arrêter de la vie. Voilà. Mais pareil, je veux pas me perdre, je veux pas faire n'importe quoi.
- Speaker #1
Est-ce que tu pensais avoir un agent un jour ?
- Speaker #0
Mais pas du tout. Déjà, je pensais pas passer à la télé un jour dans ma vie. Premier épisode, j'ai mis une semaine à le regarder. Je l'ai regardé deux fois sans son.
- Speaker #1
C'est vrai ?
- Speaker #0
C'est trop dur d'écouter ça. Mais ouais, j'ai regardé deux fois l'épisode sans son. Et je l'ai regardé au bout d'une semaine dans un hôtel avec une très bonne copine qui m'a dit « Allez, on y va, on regarde que toutes les deux dans le lit. » Tout ça, je pense pas que ça va t'arriver un jour. Mais après, c'est des belles surprises. La vie, de toute façon, te réserve toujours plein de surprises. Je ne pensais pas avoir la chance de faire trois ans de tour du monde à 21 ans. Et pourtant, j'ai fait ça. Je ne pensais pas être patronne à 28 ans. Et pourtant, j'étais patronne à 28 ans. Et ça marche. Ça non plus. Tu ne sais jamais. Donc forcément, c'est cool. Et du coup, oui, je ne pensais même pas faire top chef un jour. Donc c'est beau. Comme quoi, la vie.
- Speaker #1
Ce serait la conclusion. Comme quoi la vie.
- Speaker #0
Donc je pense qu'avoir quelqu'un qui a plus une vision globale de la réalité du métier, ça peut m'aider. Après je ne sais pas si ça se fera, mais en tout cas on en discute ensemble demain. Moi j'ai un grand combat dans la vie, c'est les gens qui vivent dans la rue. C'est un truc qui me touche depuis que j'ai 3 ans. Et donc, grâce à Top Chef, je suis rentrée dans plusieurs associations qui permettent d'aider ces gens-là et en tout cas, mettre la lumière sur ces associations via justement cette notoriété dont on parlait. Donc pour moi, c'est quand même la plus belle réussite après Top Chef. Et le restaurant, il est complet tous les jours. Donc forcément, en tant qu'un patron, on est content. L'objectif, c'est sûrement de réouvrir quelque chose d'autre l'année prochaine. Et pareil, je sais que cette émission, elle nous permet quand même d'avoir accès à l'entrepreneuriat encore plus rapidement. Et voilà, je trouve que pouvoir avoir une voix qu'on écoute et défendre ses valeurs, déjà, c'est une chance d'après Top Chef. Après, pour l'instant, c'est très récent. Je me fais beaucoup conseiller. J'essaye de ne pas aller trop vite. Pour l'instant, c'est la diffusion de l'émission. Donc, il ne faut pas partir dans tous les sens. Moi, je savais juste que je ne voulais pas trop associer. Mon nom a de la publicité parce que ça ne me correspond pas. Après, chacun fait ce qu'il veut, je ne juge pas du tout. Mais c'est vrai que ce n'était pas moi mon objectif. Mais si le but étant de faire des événements le plus possible à l'extérieur, j'ai de la chance d'avoir été invitée à des très belles opérations dans les prochains mois. Donc je sais que c'est aussi grâce à Top Chef.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux citer les associations pour les mettre un peu en avant ?
- Speaker #0
Déjà, c'est la troisième année que je participe au festival Chef au féminin de l'association Hello Ernest, qui est dirigée par Marie, qui est une très belle personne, très engagée. Elle a deux restaurants solidaires à Paris. Et donc, ce festival permet de mettre en lumière des chefs femmes. Les deux années précédentes, il y avait une édition Paris et une édition Marseille. Cette année, il n'y a que Paris. Mais elle m'a quand même invitée à l'édition de Paris, donc je suis très touchée. Et évidemment, c'est une levée de fonds pour l'aide alimentaire. Donc moi, ça me tient à cœur vraiment. Ensuite, je participe à quelques... Pour l'instant, je n'en ai fait qu'une, mais... à une des tables rondes avec une association qui s'appelle Restore, qui est une association pour le bien-être en cuisine, l'inclusivité, le respect des gens, des femmes, tout ça, tout ça. Je pense que c'est un gros sujet encore aujourd'hui, même si ça s'améliore, on a encore un énorme chemin à faire sur la restauration en règle générale, le traitement des gens, la prise en considération de... de la vie de chacun. Donc cette association fait des tables ouvertes, etc. pour justement initier le plus grand nombre à tous les enjeux de la restauration aujourd'hui, mais propose aussi de la formation dans les restaurants pour les managers et pour les employés pour prévenir les violences en cuisine, etc. Donc c'est important d'y participer. Et la dernière, c'est le refletorio qui est à la Madeleine. Blandine, la chef, m'a invitée à cuisiner il y a quelques mois. Et là, j'y retourne en mois de juin et on a un projet en cours entre toutes les deux, duquel je ne peux pas encore parler, mais j'espère qu'on ira au bout parce que ça me tient énormément à cœur.
- Speaker #1
Trop chouette.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux nous en dire plus ? Parce qu'on sent que les sujets d'inclusivité en cuisine te touchent. Est-ce que c'est quelque chose que tu as vécu ? Est-ce que tu veux partager ? Moi,
- Speaker #0
je ne rentrerai pas trop dans les détails parce que j'ai travaillé pour des chefs que je respecte. et que je n'ai pas envie de t'arriver à leur image. Par contre, effectivement, oui, en 3 étoiles, en 2 étoiles, en 1 étoile, et même en bistrot, il y a des abus. Je pense que ce n'est pas moi qui vous l'apprends. Ça s'améliore. Mais même, il y a un abus, c'est les horaires. Et je trouve que nous, à Rouge, on essaye vraiment de respecter les horaires, qui sont déjà grosses, 42 heures semaine, c'est nos contrats. C'est ce que Bertrand Grébeau et Tophie Le Pourrien ont fait chez Septim, et c'est eux qui m'ont vraiment inspirée, montré la voie. Donc certes, ça coûte de l'argent au restaurateur, ça aménuise nos marges, mais on a des employés heureux et qui sont hyper engagés dans notre projet parce qu'ils voient qu'on fait un pas vers eux, donc forcément, ils font un pas vers nous. Effectivement, j'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de racisme, d'homophobie, de sexisme. Et moi, de mon expérience personnelle, je suis très touchée par les trois sujets, donc forcément, ça me tient à cœur de montrer que c'est... Par exemple, chez nous, on a une charte rétique que tous nos employés signent, que j'ai rédigée moi-même avec ma sœur et mon associé, qui, évidemment, ça reprend les bases, mais je trouve que c'est bien de le souligner. Et c'est étonnant parce que j'en parle à tous mes entretiens d'embauche et tous les gens qui signent avec nous sont hyper contents de signer cette charte. D'ailleurs, je pense que si je leur avais jamais fait signer, ils auraient de toute façon respecté cette charte. Mais au moins, ça amène des gens qui ont la même... énergie et la même intention que nous on a, c'est-à-dire pas d'insultes, pas de mots qui sont graves. Même souvent, les plongeurs sont issus de l'immigration dans les restaurants. J'ai entendu beaucoup de phrases que je trouve très graves, des plongeurs qu'on réduit au nom de bamboula. Je trouve que c'est... En 2026, c'est aberrant. Donc voilà, je pense qu'il y a encore un gros boulot. Je pense qu'il y a beaucoup de chefs qui en parlent énormément, notamment Eloise Pinard. qu'on voit beaucoup sur le devant de la scène, et qui avait une analyse assez juste. J'ai écouté une interview de lui récemment qui disait que c'est un problème systémique dans la restauration, qui a toujours été là. Et puis c'est vrai qu'on a trop associé le fait que l'exigence et l'excellence sont associées à le fait d'être dure et d'en faire trop et d'être complètement aliénée par son travail. Mais ce n'est pas vrai. Je pense que les meilleurs cuisinaires, c'est quand même des gens qui sont ouverts sur l'extérieur et qui... qu'on comprenne qu'il y a un monde autour de notre resto. Pas tous, hein.
- Speaker #1
Mais ouais, c'est un beau message. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ton restaurant ? L'ouverture, comment t'as fait pour trouver les personnes qui travaillent ? Bon, mon restaurant, ça nous a pris quand même un an. Moi, j'avais quand même fait dix ans de restauration,
- Speaker #0
mon associé une quinzaine. donc on avait quand même une vision assez précise de ce qu'on voulait comme résultat. Après, nous deux, on a des parcours que en étoilé. C'est vrai que ce qui nous a le plus gênés, moi j'ai adoré bosser en étoilé, ça apprend l'exigence, ça apprend le respect des produits, une vision précise des assaisonnements, des cuissons justes, etc. Donc c'était important pour nous d'apprendre à des meilleurs. Mais c'est vrai que ce qui nous a gênés dans notre parcours pro, c'est qu'on n'a jamais vu nos potes ou nos familles dans nos restos. Parce que c'est évidemment hors budget. Donc tes parents, ils le font une fois parce qu'ils ont envie de te soutenir. Mais c'est vrai que, comme j'en parle tout le temps, de cette accessibilité à la bonne nourriture, etc., c'était pour moi pas un objectif de dire je vais ouvrir un restaurant étoilé qui redevient de nouveau quelque chose d'inaccessible. Donc on a essayé de faire un bistrot. C'est pas non plus un truc à 12 euros, donc c'est pas accessible à tous, mais en tout cas, c'est accessible à un bien plus grand nombre de gens que le restaurant étoilé en termes de budget. Et donc on a voulu un lieu qui est grand. qui peut accueillir des petites tables de deux intimistes comme des grandes tablées de 15. Et pour moi, c'est notre meilleure réussite, c'est de voir des petites mamies de 80 ans réunir toute leur famille autour de notre table et venir fêter leur anniversaire. On a fait des baptêmes, on a eu une demande de mariage. En fait, on a des moments de vie, et c'est la vie de tout le monde. Et moi, ça me parle. Et du coup, la cuisine qu'on fait et le service qu'on fait, il est exigeant, il est évidemment... que l'Ocavor. Tous les produits qu'on a viennent de moins de 30 km de Marseille. Je suis allée voir tous mes fournisseurs. J'emmène mes équipes sur les exploits des vins richés, etc. Là, on met ça en place quand on est encore jeune, mais on aimerait bien faire des week-ends où on va voir les vignerons, etc., pour que tout le monde soit sensible au travail qu'on fait. Parce que la restauration, c'est un cercle virtueux de plein de corps de métiers différents. Parce que si on reçoit que des sacs sous vide de nourriture pas terrible, déjà après coup. On ne fera jamais une belle assiette. En fait, c'était mutualiser le tout, le travail de tous ces gens dans notre établissement et le valoriser le mieux possible et le faire comprendre aux gens. Parce que c'est vrai que quand on a commencé, les gens me disaient la cuisine provençale, elle est très tomates, poivrons, aubergines. Mais les tomates, les poivrons et les aubergines, ça dure trois mois dans l'année. Ça ne dure pas 12 mois dans l'année. Et du coup, au début, c'était clivant pour pas mal de nos clients qui disaient mais il n'y a pas ce plat, il n'y a pas ça. Pourquoi il n'y a pas tout le temps un féculent dans vos assiettes ? Parce que ce n'était pas ma vision d'un resto. Et donc, du coup, c'était un peu une éducation positive pour nous et pour eux. Voilà, on essaie de construire cette carte autour de nos producteurs et pas autour de nous-mêmes. Ce n'est pas un restaurant qui est centré sur nous, c'est un restaurant qui est centré sur l'humain. Il y a le nom des fournisseurs sur les menus. Toutes nos équipes sont consultées sur plein de choses. qu'on fait dans le menu, etc. Donc c'était ça l'objectif. Et après, monter un resto, c'est long. On n'avait pas trop d'idées de ce qu'on voulait comme déco, comme trouver un nom, tout ça. C'est un peu des choses qu'on sous-estime, mais en fait, c'est hyper dur de trouver un nom de restaurant. Moi, je voulais un seul mot, mais je ne voulais pas un mot conceptuel. Donc je voulais un mot qui avait quand même une histoire, comme on avait quand même pour projet d'ouvrir plusieurs établissements. On voulait un mot qu'on pouvait décliner. Donc mon père est publicitaire. Mais il a du coup suggéré l'idée des couleurs. Et le quartier dans lequel on est, c'est la Pointe Rouge de Marseille. Donc on a relié le rouge. C'est la couleur de l'amour, de la passion. La passion qui nous anime, Arthur et moi, dans notre milieu. Et dans notre métier qu'on adore. Donc voilà, on l'a appelé Rouge. Et c'est juste né comme ça. Et après tout se construit au fur et à mesure de discussions. Mais il y a plein de choses qu'on a décidées la veille de l'ouverture. Ma mère est assez douée en déco, heureusement, parce que c'est elle qui a fait toute la déco du restaurant. Toute la vaisselle, on l'a chinée dans des brocantes chez Emmaüs, Troc de Lille. Toutes les chaises sont chinées. En fait, c'est vraiment à notre image. Du coup, quand on n'avait pas d'idée assez précise de ce qu'on voulait, on a vraiment fait au feeling et voilà. Et après, le recrutement, je pense que c'est un peu le nerf de la guerre. On me l'avait répété des centaines de fois. Fais gaffe, le recrutement, c'est compliqué, surtout dans nos métiers. Post-Covid, les gens ont pas mal tourné le dos à l'autaire et restauration, parce que c'est un métier qui est quand même réputé dur, les salaires sont quand même bas, et les horaires sont pas avantageuses, même si on respecte le cadre des 40 heures, tu travailles forcément le soir, nous on est ouverts le samedi et le dimanche, donc voilà, c'est quand même un sacrifice sur nos vies privées. Et au début on a pris des gens pour leur CV, et pas pour leur... humanité. Et ça n'a pas forcément matché pour plein de raisons. Du coup, on s'est beaucoup remis en question après six mois d'ouverture. Et en fait, toute l'équipe a changé après six mois d'ouverture. Et on a pris des gens pour l'humain. Donc j'ai pris des CV que j'aurais probablement jamais lus un an avant. Et j'ai pris le temps de rencontrer les gens. On a fait des, pas un jour d'essai, mais des semaines d'essai. Et maintenant, quand on recrute, c'est évidemment moi qui ai le dernier mot parce que je suis chef. Et Arthur qui a le dernier mot parce qu'il est propriétaire et directeur. On demande à tout le monde, toute l'équipe déjà en place, est-ce que tu t'es sentie bien avec cette personne ? Et du coup, ils sont tous devenus très vite copains. Et en fait, ils se soutiennent vachement. Il n'y a pas ce côté compète entre eux. Moi, je n'ai pas de sous-chef, par exemple. Je n'ai que des chefs de parti. Et du coup, ils sont très responsables les uns les autres. Et personne n'est en train d'écraser l'autre. Donc voilà. Moi, souvent, j'ai trouvé que les pires dans les restos, c'était les sous-chefs. Donc je me suis dit qu'on pouvait peut-être s'en passer. En tout cas, j'ai fait l'essai d'eux. Et pour l'instant, ça marche très bien. Et c'est vrai que bon, après, j'ai des adultes. Ils ont tous 30 ans. Il y en a qui sont en reconversion, il y en a qui ont fait des études longues et puis finalement qui se sont juste retournées vers la restauration directement. Il y en a qui ont toujours fait ça. Mais en tout cas, ils ont une passion commune qui est l'envie de bien faire, l'envie de faire les choses correctement et surtout l'envie de le faire dans des belles conditions. Chez nous, il n'y a personne qui crie, personne ne s'insulte, personne ne critique les autres et en fait, c'est bienveillant. Moi, j'en ai énormément souffert dans mes anciens boulots, ce côté un peu compétition, ce côté un peu... critique permanente des autres restaurants, des gens dans l'équipe entre eux, etc. Critiquer ton patron. Du coup, on essaye d'être les patrons qui sont pas critiqués. Après, j'imagine qu'ils ont des choses à nous reprocher, comme tout le monde. En tout cas, on tend vers un lieu bienveillant. Et pour moi, c'est ce qui manque vraiment à la restauration. Je pense pas qu'on tire le meilleur des gens en hurlant sur eux et en leur disant qu'ils sont nuls. Comme moi, on m'a fait pas mal de fois. Je suis quelqu'un de très résilient, donc j'ai traversé ces moments et je ne suis jamais mal partie d'un travail. Donc j'ai quand même toujours gardé un bon souvenir de mes expériences professionnelles. Mais c'est vrai qu'on a trop associé la haute restauration à une exigence qui est militaire. Et ça, c'est bien. Être exigeant, c'est bien. Être exigeant, c'est important dans les métiers qu'on fait. On accueille des gens, mais on fait un métier d'humain. C'est ça le fondement de la resto, c'est l'humain. On accueille des gens, on travaille avec des gens et on utilise des choses produites par des gens. Si on perd tout l'humain, on perd l'âme de la restauration. Et on fait des assiettes effectivement très belles à regarder et sûrement très bonnes, mais finalement qui n'ont pas tant d'émotions parce qu'on a trop brimé les émotions dans les équipes. En tout cas, c'est mon avis. Je pense que plein de gens auraient une vision différente de la mienne. En tout cas, c'est ce que je ressens en tant qu'au début employée, maintenant chef.
- Speaker #1
C'est chouette parce que tu crées des représentations.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Déjà en tant que restant bienveillante, femme, patronne.
- Speaker #0
Mais je ne serais pas non plus allée vers l'excel opposé en disant je ne prendrai que des filles avec moi. Bon, alors du fait que je suis une femme chef, je reçois naturellement beaucoup de CV de femmes. Et d'ailleurs, la plupart sortent d'expériences horribles où elles sont étarcelées, etc. Et en fait, il y en a qui ne sont pas arrivées comme ça, mais il y en a certains qui sont arrivées avec une grosse perte de confiance en eux et que moi, j'ai ressenti beaucoup en tant qu'employée. Et j'essaie de montrer que voilà, c'est pas parce qu'on a une mauvaise expérience professionnelle qu'on est mauvais. Et si ton équipe rate, et si ton plat est mauvais, si ton client, il sort pas satisfait, je suis désolée, mais c'est la faute du patron. C'est pas la faute du petit gommi en bas de la chaîne. C'est pas la faute du chef de partie qui se fait écrabouiller depuis 12 heures dans la cuisine. C'est de la faute du mec au pass, c'est de la faute du patron, c'est de la faute du chef de cuisine. Il faut arrêter de toujours dire, oui, mais c'est parce que lui, il est nul, oui, parce que lui, il est en retard. Ben non, en fait. Toi, c'est ta boîte. Moi, c'est un truc que mon père m'a toujours répété, que je trouve assez juste. T'es le seul responsable de ce qui se passe dans ton entreprise quand t'es le patron. Et c'est à toi de fédérer les gens vers le résultat que t'attends. Mais c'est pas à eux de tout donner et d'en perdre leur âme pour faire ce que tu veux faire. Parce qu'à la fin, le resto, il est qu'à nous. Il est pas à eux. Donc c'est normal qu'on y mette un peu plus d'eux. d'énergie.
- Speaker #1
Il y a eu Rouge, vous avez déjà une idée pour le prochain ?
- Speaker #0
On en a plein en fait. Il y en a quatre différents auxquels on réfléchit. On ne sait pas trop pour l'instant, on ne sait même pas si on réouvrirait ensemble ou séparément pour aussi avoir des projets personnels parce que là on est un projet familial, il y a mon papa, il y a Arthur et aussi peut-être que j'aimerais bien faire quelque chose toute seule pour voir. En fait, j'ai toujours fait tout avec tout le monde. Top Chef, c'était un peu la première activité que je faisais de ma vie toute seule. Bon, et d'ailleurs, je n'ai pas vraiment fait toute seule. Ma mère m'a poussée jusqu'au bout, Arthur aussi. Et c'était en vrai la première fois que je faisais un truc pour moi, que pour moi. Je ne suis pas rentrée à Marseille pendant deux mois. Et j'ai vraiment vécu un concours pour Louise. Et du coup, ça m'a donné un peu envie de faire des projets à moi. Pour voir aussi si ça réussirait aussi bien que quand je suis bien entourée. Un nouveau challenge.
- Speaker #1
T'as senti la différence avant et après Top Chef ?
- Speaker #0
Au resto ou dans la vie ? Non tout. Oui, j'ai senti la différence avant et après Top Chef. Au restaurant, oui, parce qu'on avait une très bonne clientèle d'habitués. Mais là, c'est vrai qu'on n'a aucun service un peu plus mou. On refuse pas mal de gens parce qu'on est complet assez rapidement sur tous les services. Donc c'est une chance énorme. Je pense que tous les restaurateurs concèderont ça. Et oui, j'ai senti... Après, Marseille, c'est une ville qui est quand même un peu à petite échelle. On se connaît pas mal tous. Il n'y a pas tant de quartiers où on sort. Ça reste sur les 7-8 premiers arrondissements de Marseille. Du coup, il y a pas mal de gens qui me reconnaissent dans la rue. Des trucs comme ça que moi, j'avoue, je... Enfin, c'est pas que je vis mal, mais je suis très malaise par rapport à ça. Après, les gens qui viennent me parler sont toujours gentils. Enfin, c'est pas... Mais ça peut être perturbant. Mais la plupart me regardent de loin et me font un sourire. Ça, c'est pas... Il y en a d'autres qui ont vraiment envie d'interagir. Ça dépend ce que tu recherches. En fait, il y a des gens qui aiment bien la lumière. Il y a des gens qui ont envie de briller. Il y a des gens qui ont envie d'être mis en avant. Et je respecte complètement ça. Mais c'est vrai que moi, pas trop. Du coup, ça me déstabilise. Mais en même temps, il y a un côté égo boost qui fait plaisir. On ne va pas se mentir. Je ne vais pas dire que c'est chiant. Mais c'est vrai que c'est déroutant les premières fois.
- Speaker #1
Est-ce que tu aurais une anecdote à nous raconter sur l'émission Top Chef ou même toi ? Une anecdote que tu aimerais partager à nos auditeurs ?
- Speaker #0
Pendant le concours, j'aimerais vraiment remercier la chef Lekelec parce que dès les premières épreuves, on a eu beaucoup de discussions parce qu'il y a plein de choses qu'on ne voit pas à la télé, bien sûr, mais on avait des conseils de classe à la fin de chaque épreuve. Et donc, on rencontrait un chef qui faisait une petite analyse de notre travail, etc. Et c'est vrai que la chef Lekelec a l'épisode de Puto, le marché, qui s'est en plus pas très bien passé. Elle a eu des mots qui m'ont un peu secouée. D'ailleurs, je crois qu'on voit un mini moment dans l'émission. Mais elle m'a dit, arrête de t'excuser d'être là. Moi, quand je te vois, je me vois. Et bon, quand tu vois la chef lecaque, le goût des chefs femmes, elle est trop stylée en tout point. Déjà, elle est brillantissime. Sa cuisine est magnifique. Et en plus, du fait qu'elle a été candidate et jury, elle a une vision, une analyse des choses qui est quand même propre à juste elle, même si tous les chefs ont des bonnes analyses. Elle, elle a la vision candidat en plus. Et du coup, elle m'a vraiment boostée, Je pense que vraiment, sans elle, je ne serais pas allée aussi loin. Donc, c'était un peu mon booster du concours. Et franchement, j'ai eu trop de chance qu'elle s'intéresse un peu à moi déjà. Donc, ouais, ouais, franchement, je me sens très honorée.
- Speaker #1
Vous êtes toujours en contact ?
- Speaker #0
Elle m'a écrit un petit message la dernière fois, ça m'a fait plaisir. Après, j'imagine qu'elle a beaucoup de choses à faire, mais moi aussi. Mais savoir que si à un moment, j'ai besoin de lui écrire, je pense qu'elle serait réceptive. Enfin, je ne veux pas parler en son nom, mais ça fait quand même un peu plaisir.
- Speaker #1
Est-ce que tu aurais un conseil à donner à nos auditeurs ?
- Speaker #0
Qui font de la cuisine ?
- Speaker #1
Oui, qui sont passionnés de cuisine, d'hôtellerie.
- Speaker #0
Je trouve que c'est un très beau métier, je ne me verrais pas faire autre chose. Donc s'il y a un moment où les gens ont une passion pour ce métier, lâchez rien. Je sais que ce n'est pas parce qu'on a une mauvaise expérience professionnelle que ce n'est pas fait pour nous. Moi j'ai commencé où je me suis dit qu'est-ce que je fous là, est-ce que je vais tenir le choc ? Et grâce à mes parents qui ne m'ont jamais lâchée, grâce à mes soeurs qui m'ont donné une force énorme, j'ai continué dans cette voie et maintenant je suis très épanouie. Donc lâchez rien. Et si aucune structure déjà existante vous convient, tenter l'entreprenariat, c'est à donner à tout le monde. Ça ne veut pas dire que tu vas faire un immense hôtel, mais en tout cas, il y a plein de manières d'exercer la resto. Ce n'est plus le grand chef étoilé ou le routier. Il y a maintenant un panel énorme de manières de faire de la restauration. Il faut se faire confiance. C'est moi qui dis ça, je suis loutée. Mais ouais, faites-vous confiance. Et ouais, donner du plaisir. Et si tu travailles en équipe, essayer de penser à l'équipe, quoi.
- Speaker #1
Et est-ce que, justement, t'auras un dernier message sur ce que tu veux ? Un dernier message à faire passer à nos auditeurs ?
- Speaker #0
Ne jetez pas la nourriture. C'est un bien précieux. Respectez les saisons. Respectez les gens. Si quelqu'un vous parle dans la rue et vous demande de l'argent, même si vous ne vous allez pas lui en donner, vous pouvez quand même répondre bonjour. En fait, c'est une vraie personne qui vous parle. Et voilà. Ces gens qui ont acquis une histoire de vie plus compliquée que la vôtre, ça reste des humains. Moi, ce sera mon combat toute ma vie. Il ne faut pas laisser les gens dans l'ombre. Tous ces humains qui sont sur Terre méritent une petite seconde d'attention, je trouve.
- Speaker #1
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